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	<title>MondesFrancophones.com &#187; Comptes-rendus</title>
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		<title>Pour Haïti</title>
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		<pubDate>Sat, 08 May 2010 22:37:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mherland</dc:creator>
				<category><![CDATA[Créolisations]]></category>
		<category><![CDATA[En librairie]]></category>
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		<description><![CDATA[  Pour Haïti, coordonné par Suzanne Dracius, Desnel, 2010, 378 p., 21,80 €.   Pour commander Pour Haïti en ligne, cliquer ici En savoir plus sur Pour Haïti, éditions Desnel, cliquer ici                                                                                                Dies irae dies illa Décidément, le XXIe siècle a bien mal commencé : d’abord le 11 septembre 2001 et maintenant le 12 janvier [...]]]></description>
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<p><strong><em><a rel="attachment wp-att-3376" href="http://mondesfrancophones.com/espaces/creolisations/pour-haiti/attachment/desnel-haiti/"><img class="alignleft size-full wp-image-3376" title="Desnel Haïti" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2010/05/Desnel-Haïti.bmp" alt="" /></a></em></strong></p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<p><strong><em>Pour Haïti</em></strong><strong>, coordonné par Suzanne Dracius, Desnel, 2010, 378 p., 21,80 €. </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Pour commander <em>Pour Haïti</em> en ligne, <a href="http://livre.fnac.com/a2823181/Collectif-Pour-Haiti?Fr=0&amp;To=0&amp;Nu=2&amp;from=1&amp;Mn=-1&amp;Ra=-1">cliquer ici</a><br />
En savoir plus sur <em>Pour Haïti,</em> éditions Desnel, <a href="http://www.desnel.com/spip.php?article267">cliquer ici</a></strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: right;"><em>                                                                                             </em><em>Dies irae dies illa</em></p>
<p>Décidément, le XXIe siècle a bien mal commencé : d’abord le 11 septembre 2001 et maintenant le 12 janvier 2010. Stupeur en 2001, car qui aurait cru que les forces du mal pourraient ainsi frapper au cœur la puissante Amérique. Commotion en 2010, parce que ce n’était vraiment pas admissible qu’un tel désastre allât toucher, entre tous les pays de la planète, celui qui avait déjà souffert tant de maux et qui était peut-être le plus vulnérable.</p>
<p>Depuis toujours, la Martinique entretient des liens particulièrement étroits avec la partie occidentale d’une île qui s’est d’abord nommée Hispaniola, mais qui est bientôt devenue française, avant de prendre son indépendance, avec le fracas que l’on sait, dès 1804. Les contacts entre les Martiniquais et les universités, les écrivains, les artistes haïtiens sont permanents et il faut compter aussi avec les innombrables relations personnelles dues à la présence, en Martinique-même, de nombreux Haïtiens. Il n’était donc pas vraiment fortuit qu’un éditeur martiniquais, Desnel – dont les productions commencent à être connues bien au-delà de sa petite île – soit à l’origine d’une entreprise qui conjugue l’amour de la littérature et l’indispensable solidarité avec les frères haïtiens plongés dans le malheur. Les bénéfices tirés de la vente de l’ouvrage (dont les contributeurs sont évidemment tous bénévoles) seront versés à l’association Bibliothèques Sans Frontières (BSF) qui les utilisera pour la préservation du patrimoine écrit d’Haïti, très fragilisé à la suite du séisme et des destructions.</p>
<p>Quelques cent trente écrivains et (surtout) poètes ont apporté leur pierre à l’œuvre collective, certains un gros bloc de plusieurs pages et d’autres un simple caillou <strong>(1)</strong>. Tous les textes exprimant sous une forme ou sous une autre la même sidération face à la catastrophe haïtienne, on pourrait craindre la répétition, donc l’ennui, et acquérir le livre comme on fait une bonne action, sans se préoccuper de la marchandise reçue en échange. Les amis des lettres – encore nombreux, Dieu merci – en jugeront vite autrement. Il suffit de feuilleter le livre pour se convaincre que, contrairement à une idée largement reçue, on peut faire de la (bonne) littérature avec de bons sentiments, du moment que le talent et la sincérité sont réunis. Certes, le lecteur n’apprendra rien dans ce livre qu’il ne sache déjà. Il n’a pas sous les yeux un reportage sur le séisme ou un essai sur la tragédie du peuple haïtien. Il est plutôt en face d’un kaléidoscope, chaque auteur montrant l’évènement sous un éclairage différent, sous une couleur nouvelle. La forme compte plus que tout, en littérature, mais elle n’est pas dissociable du fond. Chaque contributeur apporte son style propre en même temps qu’une manière particulière d’aborder le drame haïtien.</p>
<p>Il y par exemple celui qui évoque le souvenir de la capitale haïtienne avant le séisme : « À Port-au-Prince les poètes sont légions / ils lancent dans la ville / des ailes de papillons / des avions de papier / des lettres d’amour / des colibris bleus / Et des cris de prophètes » (Ernest Pépin, p. 79). Mais il serait vain de cacher que l’air de la ville véhiculait aussi des effluves peu ragoutantes, « les moiteurs recuites / les parfums recrus même-pareil les nuits de veille / les suints d’huile rance et de guildive / l’odeur du café-cirise » (Monchoachi, p. 325). Et certains auteurs vont même jusqu’à penser que le drame du 12 janvier n’a pas radicalement modifié une situation qui était déjà celle de la catastrophe permanente : « Rien de neuf / pas même les charniers / les miséreux mourant de faim et de justice / calmant de glaise les spasmes / de leur ventre » (Georges Meckler, p. 348).</p>
<p>Face à ce nouveau coup du sort, un sentiment d’injustice domine : « Sur l’échelle de Richter / de la pauvreté / ce sont toujours / les mêmes terres / qui tremblent » (Azadée Nichapour, p. 343). Injustice qui engendre une envie de se révolter contre les responsables, quels qu’ils soient : « Haïti qui dit ‘merde et bande de chiens enragés’ aux divinités supérieures, fainéantes, cancres et incapables d’enfermer pour ne fût-ce que vingt-quatre mille ans, dans nos cages à bestioles et autres coléoptères, les forces maléfiques de cette nature morte… » (Fiston Mwanza, p. 102).</p>
<p>« Une interminable nocturne des jours s’est abattue sur Haïti » (Gabriel Okoundji, p. 92). Partout des cadavres, « les corps sont là, couchés, inertes sur la route / au centre d’un fracas de fers enchevêtré » (Édith Piotrowski, p. 153), « la terre n’a plus de nom / elle n’a plus que des morts / et des pères / qui cherchent leurs fils / au sein gercé des montagnes » (Cécile Oumhani, p. 262). Un enfant, à peine tiré des décombres, « se livre au pillage au milieu des appels étouffés / et du vomissement des morts » (Rosa Alice Branco, p. 117).</p>
<p>Car les survivants ne sont guère mieux lotis que ceux qui ne sont plus : « Toi mon frère / à qui personne n’a tendu la main / à qui on a tout pris / tu n’as même plus un mur / pour t’adosser et pleurer ta misère. » (Maria Desmée, p. 155).</p>
<p>Heureusement, la solidarité existe : « Aux cœurs du monde entier bat / du cœur de la Caraïbe l’apocalyptique émoi » (Suzanne Dracius, p.77). Et quoique, pour la plupart, notre contribution doive rester modeste, puisque « nous sommes si loin / dans le Bas-Peu de Choses de l’entraide » (Bruno Doucey, p. 70), l’essentiel est de garder le cap, celui de l’espérance : « L’avenir te suffit Haïti / pour rapiécer tes ailes de malfini / abreuver tes couis d’or à la source des femmes » (Daniel Maximin, p. 362).</p>
<p style="text-align: center;">Car il faudra revenir au jour<br />
À la beauté des arbres<br />
À la douceur du feutre<br />
Au pays profond<br />
Aux sentiers balayés des vents<br />
(Frédéric Ohlen, p. 201).</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p><strong>(1)</strong> La préface de Suzanne Dracius est suivie d’un long entretien avec René Depestre.</p>

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		<title>Quand la danse devient l’accessoire d’un spectacle vivant : &#171;&#160;La Tentation d’Eve&#160;&#187; et &#171;&#160;Ivresse&#160;&#187;, deux chorégraphies solo de la Pietragalla Compagnie</title>
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		<pubDate>Sat, 17 Apr 2010 17:21:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>slander</dc:creator>
				<category><![CDATA[Périples des Arts]]></category>
		<category><![CDATA[Comptes-rendus]]></category>

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<p><a rel="attachment wp-att-3308" href="http://mondesfrancophones.com/espaces/periples-des-arts/quand-la-danse-devient-l%e2%80%99accessoire-d%e2%80%99un-spectacle-vivant-la-tentation-d%e2%80%99eve-et-ivresse-deux-choregraphies-solo-de-la-pietragalla-compagnie/attachment/slide1-11/"></a></p>
<p style="text-align: center;"><a rel="attachment wp-att-3308" href="http://mondesfrancophones.com/espaces/periples-des-arts/quand-la-danse-devient-l%e2%80%99accessoire-d%e2%80%99un-spectacle-vivant-la-tentation-d%e2%80%99eve-et-ivresse-deux-choregraphies-solo-de-la-pietragalla-compagnie/attachment/slide1-11/"><img class="size-full wp-image-3308 aligncenter" title="Slide1" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2010/04/Slide11.jpg" alt="" width="228" height="278" /></a></p>
<p>La biennale de danse 2010 de Fort-de-France a commencé très très fort avec deux chorégraphies de la « Pietragalla Compagnie », deux solos, le premier, <em>Ivresse</em>, par le danseur Julien Derouault, le second, <em>La Tentation d’Eve</em> par Marie-Claude Pietragalla elle-même. Au-delà des différences des thèmes et des interprètes (une femme ne danse pas comme un homme), ces deux chorégraphies sont suffisamment proches pour faire une soirée finalement très homogène. Il y a dans les deux cas des musiques envoûtantes, beaucoup d’humour, une manière d’utiliser les costumes et les accessoires toujours surprenante, enfin la capacité de varier le jeu pour incarner des personnages très différents, en passant du rire au tragique.</p>
<p>C’est à dessein qu’on a employé le mot « jeu », car les chorégraphies de M-Cl Pietragalla exigent des danseurs qu’ils soient aussi des comédiens ou des mimes et il faut reconnaître que le mariage entre ces diverses formes du spectacle vivant, ordinairement disjointes, s’avère ici une réussite. On notera, à ce propos, que le programme ne crédite pas seulement M-Cl Pietragalla pour la chorégraphie mais pour « la chorégraphie et la mise en scène ».</p>
<p>Lorsque la danse s’interrompt, tout devient brusquement différent. L’attention du spectateur se concentre sur les visages. Et si d’aventure un danseur prend la parole, on est vraiment comme au théâtre. Ce fut le cas lorsque M-Cl Petraglia, habillée en gentilhomme du XVIIe siècle se mit à réciter un morceau de la fameuse tirade d’Arnolphe sur le mariage, dans <em>L’École des femmes</em> :</p>
<p>Le mariage, Agnès, n&#8217;est pas un badinage :<br />
À d&#8217;austères devoirs le rang de femme engage;<br />
Et vous n&#8217;y montez pas, à ce que je prétends,<br />
Pour être libertine et prendre du bon temps.<br />
Votre sexe n&#8217;est là que pour la dépendance :<br />
Du côté de la barbe est la toute-puissance.<br />
Bien qu&#8217;on soit deux moitiés de la société,<br />
Ces deux moitiés pourtant n&#8217;ont point d&#8217;égalité ;<br />
L&#8217;une est moitié suprême, et l&#8217;autre subalterne ;<br />
L&#8217;une en tout est soumise à l&#8217;autre, qui gouverne ;<br />
Et ce que le soldat, dans son devoir instruit,<br />
Montre d&#8217;obéissance au chef qui le conduit,<br />
Le valet à son maître, un enfant à son père,<br />
À son supérieur le moindre petit frère,<br />
N&#8217;approche point encor de la docilité,<br />
Et de l&#8217;obéissance, et de l&#8217;humilité,<br />
Et du profond respect où la femme doit être<br />
Pour son mari, son chef, son seigneur et son maître.<br />
Lorsqu&#8217;il jette sur elle un regard sérieux,<br />
Son devoir aussitôt est de baisser les yeux,<br />
Et de n&#8217;oser jamais le regarder en face…</p>
<p>(Molière, <em>L’École des femmes</em>, acte 3, scène 2)</p>
<p style="text-align: center;"><a rel="attachment wp-att-3309" href="http://mondesfrancophones.com/espaces/periples-des-arts/quand-la-danse-devient-l%e2%80%99accessoire-d%e2%80%99un-spectacle-vivant-la-tentation-d%e2%80%99eve-et-ivresse-deux-choregraphies-solo-de-la-pietragalla-compagnie/attachment/slide2-11/"><img class="alignnone size-full wp-image-3309" title="Slide2" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2010/04/Slide21.jpg" alt="" width="212" height="298" /></a><br />
Arnolphe fait la leçon à Agnès</p>
<p>On ne peut pas raconter tous les moments forts de cette soirée qui en eut beaucoup. Peut-être le plus remarquable fut-il quand M-Cl Pietragalla se mit à jouer avec une marionnette. Couchée à l’avant-scène, immobile comme une morte, seul le bras dissimulé au regard des spectateurs s’activait pour animer la marionnette qu’on peut voir sur la photo ci-dessous, une sorte de vieux moine du désert au crane chauve, à moins qu’il ne s’agît d’un bébé aux traits précocement vieilli. Une marionnette, lorsqu’elle est bien menée, peut exprimer une foule de sentiments et celle-ci rendait à la perfection le désespoir de qui ne parvient pas à rappeler à la vie une amante (ou mère ?) à jamais adulée.</p>
<p style="text-align: center;"><a rel="attachment wp-att-3310" href="http://mondesfrancophones.com/espaces/periples-des-arts/quand-la-danse-devient-l%e2%80%99accessoire-d%e2%80%99un-spectacle-vivant-la-tentation-d%e2%80%99eve-et-ivresse-deux-choregraphies-solo-de-la-pietragalla-compagnie/attachment/slide3-7/"><img class="alignnone size-full wp-image-3310" title="Slide3" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2010/04/Slide3.jpg" alt="" width="240" height="181" /></a><br />
Désespoir amoureux de la marionnette</p>
<p>Dans un autre tableau, M-Cl Pietragalla chante en play-back un air de Barbara. C’est presque la fin du spectacle, elle est fatiguée, elle ne danse plus vraiment, se contentant de chavirer de long en large sur la scène, une cigarette au bec. Mais cela n’a pas d’importance, la musique suffit, la danseuse peut s’effacer. Auparavant, on l’aura vue tournoyante avec un immense voile de tulle dans une imitation de Loïe Fuller, puis implacable et courbée, avec un masque blanc juché sur le dessus de la tête qui en faisait un drôle d’être au cou anormalement long, puis en Jeanne d’Arc revêtue d’une blanche cuirasse, puis en reine de la nuit, puis en ménagère des films américains des années 50, puis en business-woman dotée de la panoplie complète des instruments high-tech, et puis, et puis…</p>
<p style="text-align: center;"><a rel="attachment wp-att-3311" href="http://mondesfrancophones.com/espaces/periples-des-arts/quand-la-danse-devient-l%e2%80%99accessoire-d%e2%80%99un-spectacle-vivant-la-tentation-d%e2%80%99eve-et-ivresse-deux-choregraphies-solo-de-la-pietragalla-compagnie/attachment/slide4-5/"><img class="size-full wp-image-3311 aligncenter" title="Slide4" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2010/04/Slide4.jpg" alt="" width="503" height="161" /></a></p>
<p>Nous n’avons pas beaucoup parlé de danse, jusqu’ici. De fait, comme nous l’avons déjà noté, au vu des deux chorégraphies auxquelles il nous a été donné d’assister, il ne semble pas que ce soit désormais le souci premier de M-Cl Pietragalla. L’histoire à raconter l’emporte chez elle sur la danse qui n’est plus qu’un mode d’expression parmi d’autres. Le répertoire purement chorégraphique n’est pas très varié, au demeurant : marche, course, arabesques, déhanchements en tous genres, ports de bras, mouvements du cou. Presque rien, ou presque, ne demeure de la formation classique des danseurs, sinon bien sûr la perfection et la grâce, ce qui est déjà beaucoup, reconnaissons-le ! M-Cl Pietragalla, ou peut le rappeler ici, a été nommée « étoile » à l’Opéra de Paris, en 1990, avant de devenir directrice du Ballet national de Marseille en 1998, puis de fonder sa propre compagnie en 2004.</p>
<p>Contrairement à la danse classique, où ils sont réduits le plus souvent au rôle d’auxiliaire (et de porteur) de leur partenaire, les hommes tirent mieux leur épingle du jeu dans la danse contemporaine. On a pu le vérifier dans <em>Ivresse</em> où la chorégraphie tire profit des incontestables qualités athlétiques du danseur pour aboutir à un solo très dynamique avec sauts (dont certains avec une périlleuse réception sur les genoux) et roulés-boulés dans toutes les directions. Ce qui n’empêche pas, ici aussi, les pauses où le talent du comédien peut s’exprimer librement.</p>
<p>Dans les deux morceaux, les parties dansées restent presque toujours dans la tonalité habituelle des ballets contemporains, privilégiant des attitudes (déhanchements, flexions des jambes sur une rythmique obsédante, etc.) qui évoquent davantage, à vrai dire, les humains les plus primitifs que les raffinements de la civilisation (dont la danse classique, par contre, rend si merveilleusement compte). Curieux paradoxe, en effet, que cette danse contemporaine qui nous renvoie vers ce qu’il y a de plus primordial en nous, sentiments obscurs, gestes ataviques, tendresses maladroites… </p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p>En tournée et à l’Atrium de Fort-de-France le 8 avril 2010.</p>
<p>PS : À voir ou à revoir, des extraits de <em>La tentation d’Eve</em> :<br />
<a href="http://www.youtube.com/watch?v=_1sHuvJUo_k&amp;feature=player_embedded">http://www.youtube.com/watch?v=_1sHuvJUo_k&amp;feature=player_embedded#</a><br />
… et d’un non moins remarquable spectacle créé en 2007, <em>Sade ou le théâtre des fous</em>, non un solo, cette fois, mais un ballet :<br />
<a href="http://www.pietragalla.com/videosade.html">http://www.pietragalla.com/videosade.html</a></p>

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		<title>« Confidences à Allah » de Saphia Azzeddine avec Alice Belaïdi : Une défense paradoxale de la religion</title>
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		<pubDate>Sat, 03 Apr 2010 16:03:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>slander</dc:creator>
				<category><![CDATA[Périples des Arts]]></category>
		<category><![CDATA[Comptes-rendus]]></category>

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		<description><![CDATA[Mise en scène sobre et moderne par Gérard Gélas, interprétation époustouflante de la jeune et charmante Alice Belaïdi, les Confidences à Allah ont amplement mérité le succès qu’elles ont rencontré partout où elles sont passées, succès que l’enthousiasme des spectateurs de l’Atrium n’a pas démenti. À cause ou malgré le texte de Saphia Azzeddine ? On [...]]]></description>
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<p>Mise en scène sobre et moderne par Gérard Gélas, interprétation époustouflante de la jeune et charmante Alice Belaïdi, les <em>Confidences à Allah</em> ont amplement mérité le succès qu’elles ont rencontré partout où elles sont passées, succès que l’enthousiasme des spectateurs de l’Atrium n’a pas démenti. À cause ou malgré le texte de Saphia Azzeddine ? On peut se poser légitimement la question tant l’histoire paraît convenue. Une jeune fille pauvre traverse toutes les vicissitudes de l’existence sans jamais perdre confiance en son confident Allah. Née au bled dans une famille de paysans misérables dont elle est chassée lorsqu’elle se retrouve enceinte, elle se prostitue, accouche en secret du bébé avant de l’abandonner dans un terrain vague, devient bonne chez des riches puis à nouveau prostituée, mais de haut vol, se retrouve en prison, et après avoir traversé quelques autres hasards fini en épouse aimée, aimante et fidèle d’un imam. Dieu du Ciel ! est-on tenté de s’écrier. Et de fait, l’histoire de cette rédemption, contée de manière complètement linéaire, a beaucoup de mal à nous surprendre. <em>Confidences à Allah</em> est le premier roman de S. Azzeddine et cela se voit !</p>
<p style="text-align: center;"><a rel="attachment wp-att-3287" href="http://mondesfrancophones.com/espaces/periples-des-arts/%c2%ab-confidences-a-allah-%c2%bb-de-saphia-azzeddine-avec-alice-belaidi-une-defense-paradoxale-de-la-religion/attachment/confidences-allah-2/"><img class="size-full wp-image-3287 aligncenter" title="Confidences Allah" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2010/04/Confidences-Allah1.jpg" alt="" width="340" height="267" /></a><strong>Alice Bedaïdi</strong></p>
<p>À défaut d’inventer une histoire originale, ce récit a le mérite du réalisme. La brutalité des pauvres des campagnes, l’arrogance des riches qui traitent leur personnel comme du bétail, l’hypocrisie absolue des cheikhs enrichis par le pétrole qui viennent se dévergonder au Maroc (où se passe l’histoire), pays plus libéral que les États du Golfe, tout cela est exact. De même que le mépris général dans lequel les femmes sont tenues en terres d’islam (Maroc compris, si l’on excepte les sphères les plus émancipées de la société) : tout cela est juste, de même que l’allusion à la recrudescence actuelle de la religiosité, la multiplication des femmes voilées, enfin tout ce dont les journaux sont remplis. Mais était-il nécessaire de nous expliquer ce que nous savions déjà ?</p>
<p>Le ton du récit est heureusement un autre de ses mérites moins douteux que le précédent. La manière dont l’histoire est racontée contraste en effet opportunément avec son contenu platement réaliste. Car la femme qui s’exprime sur la scène introduit le vocabulaire le plus cru dans ses élans de ferveur mystique d’une manière aussi étonnante que détonante. Cette liberté de ton est sans doute ce qui explique le mieux le succès de S. Azzeddine auprès de ses lecteurs comme des spectateurs du théâtre.</p>
<p>On ajoutera que le style des <em>Confidences à Allah</em> est congruent avec le message que l’auteur souhaite faire passer. Nous sommes tellement habitués à considérer l’islam comme une religion rigoriste, arriérée, effrayante en un mot ! S. Azzeddine nous explique tout le contraire, qu’on peut conserver la foi en Allah, en faire même le pilier indispensable de sa vie, sans être obligé d’obéir aux prescriptions rétrogrades et souvent vexatoires (pour les femmes) des religieux patentés, qu’on peut en d’autres termes vivre libre dans l’islam (et par extension dans toute autre religion). Chacun entendra le message à sa façon, assurément. Il n’en demeure pas moins que le plaidoyer de S. Azzeddine en faveur d’une foi moderne et sincère apparaît particulièrement adroit.</p>
<p>En tournée et à l’Atrium de Fort-de-France les 19 et 20 mars 2010.</p>

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		<title>Avatar, hélas !</title>
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		<pubDate>Sun, 14 Feb 2010 22:09:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>slander</dc:creator>
				<category><![CDATA[Périples des Arts]]></category>
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<p>Dans un article récent du <em>Monde</em> (27 janvier 2010), Pierre Desjardins, professeur dans un CEGEP québécois, présente une judicieuse analyse de l’idéologie militariste du film événement de ce début d’année, qui a déjà fait onze millions (!) d’entrées en France (chiffre des six premières semaines). Depuis l’effondrement de « l’arbre-maison » qui évoque celui du WTC de New York jusqu’à l’apparition finale d’un dragon volant salvateur, image de l’aigle américain, tout est fait pour convaincre le spectateur que la guerre à outrance est juste pourvu qu’elle soit défensive. La transformation des paisibles Na’vi, qui versaient des larmes de crocodile chaque fois qu’ils devaient tuer un animal à la chasse, en guerriers assoiffés de sang passe ainsi comme une lettre à la poste. Les bons soldats se battent à la loyale, avec des arcs, des flèches et des poignards, tandis que les méchants, loin de se contenter de leurs gros calibres, dévastent les forêts au napalm et vont même jusqu’à tenter d’utiliser des armes chimiques. Heureusement, tout finit bien qui doit bien finir : les bons sont vainqueurs et ils expulsent <em>manu militari</em> les quelques envahisseurs qui ont survécu au carnage.</p>
<p style="text-align: center;"><a rel="attachment wp-att-3212" href="http://mondesfrancophones.com/espaces/periples-des-arts/avatar-helas/attachment/slide2-8/"><img class="size-full wp-image-3212  aligncenter" title="Slide2" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2010/02/Slide2.jpg" alt="" width="441" height="248" /></a></p>
<p>Le simplisme du film ne se limite pas à une idéologie exaltant les guerres justes. La pauvreté de l’intrigue est consternante. Il est vrai que, avec des personnages taillés d’une seule pièce, bons ou méchants, et quand on sait à l’avance que les premiers finiront par gagner, le suspense est nécessairement limité ! Malgré tout, le réalisateur ne nous épargne pas les scènes de bataille qui deviennent rapidement fastidieuses non seulement parce que l’issue en est toujours prévisible mais encore parce que les joujoux guerriers – qu’il s’agisse des grosses machines style <em>« transformer »</em> ou des monstres en tous genres – ont déjà été vus, à quelques variantes près, évidemment, dans d’autres superproductions américaines.</p>
<p>Le petit vaudeville sentimental ne suscite pas davantage d’intérêt : la princesse extraterrestre et le mercenaire au cœur gros comme ça réincarné dans l’avatar auront beaucoup d’enfants, c’est certain.</p>
<p style="text-align: center;"><a rel="attachment wp-att-3213" href="http://mondesfrancophones.com/espaces/periples-des-arts/avatar-helas/attachment/slide1-8/"><img class="size-full wp-image-3213  aligncenter" title="Slide1" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2010/02/Slide1.jpg" alt="" width="433" height="263" /></a></p>
<p>On se demande à quel public ce film est destiné : pas aux enfants parce qu’il est trop violent ; pas aux adultes parce qu’il est trop bêta. On ne voit que les adolescents – qui constituent le public habituel des films de ce genre – comme cible évidente. Comment expliquer alors le succès démentiel du film ? Certes, la promotion a été massive mais cela ne suffit pas à expliquer un nombre d’entrées aussi astronomique. La raison déterminante ne peut tenir qu’à deux choses : 1) l’aura dont bénéficie le réalisateur, James Cameron, depuis le succès mondial de <em>Titanic</em> (record absolu au box-office en France avec 21 millions d’entrées) ; et surtout, à notre avis, 2) le fait que le film a été conçu pour être regardé en relief, donc dans une salle de cinéma, ce qui s’avère fortement dissuasif pour les adeptes du téléchargement illégal, friands a priori des « films d’ados ».</p>
<p>Cela étant, les spectateurs qui ne sont pas amateurs de ces films-là ne sortiront pas nécessairement furieux de la projection, d’une part parce que le film n’est jamais vulgaire et, d’autre part, parce qu’il fournit malgré tout un certain plaisir esthétique : cette forêt et ses longilignes habitants sont plutôt agréables à regarder. Quant aux bons sentiments qui dégoulinent : une fois de temps en temps, il n’y a pas de quoi se mettre en colère… Par contre, pour peu qu’on ait eu l’occasion de visionner quelques films démontrant la technique« 3D » – par exemple au Futuroscope de Poitiers ou à la Géode, à Paris – l’usage qui en est fait dans <em>Avatar</em> apparaîtra d’une modestie décevante.</p>

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		<title>« Dits du Gisant » de Jacques Perrin</title>
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		<pubDate>Sun, 14 Feb 2010 21:54:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ejoyeux</dc:creator>
				<category><![CDATA[Suisses]]></category>
		<category><![CDATA[Comptes-rendus]]></category>

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		<description><![CDATA[Jacques Perrin, Dits du Gisant. Les Éditions de l’Aire, Vevey, 2009. Au moment où l’on se presse en masse dans les salles de cinéma, lunettes spéciales sur le nez, pour assister aux menées d’un soldat paraplégique à qui est confiée la mission d’habiter une copie génétique d’extraterrestre propre à intriguer sur la planète Pandora, donnons [...]]]></description>
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<p><strong><a rel="attachment wp-att-3209" href="http://mondesfrancophones.com/espaces/suisses/%c2%ab-dits-du-gisant-%c2%bb-de-jacques-perrin/attachment/dits-du-gisant/"></a>Jacques Perrin, <em><a href="http://www.amazon.fr/Dits-du-gisant-Jacques-Perrin/dp/2881088902/ref=sr_1_1?ie=UTF8&amp;s=books&amp;qid=1266183937&amp;sr=8-1">Dits du Gisant</a></em>. Les Éditions de l’Aire, Vevey, 2009.</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><a rel="attachment wp-att-3209" href="http://mondesfrancophones.com/espaces/suisses/%c2%ab-dits-du-gisant-%c2%bb-de-jacques-perrin/attachment/dits-du-gisant/"><img title="dits du gisant" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2010/02/dits-du-gisant.png" alt="" width="497" height="347" /></a></strong></p>
<p>Au moment où l’on se presse en masse dans les salles de cinéma, lunettes spéciales sur le nez, pour assister aux menées d’un soldat paraplégique à qui est confiée la mission d’habiter une copie génétique d’extraterrestre propre à intriguer sur la planète <em>Pandora</em>, donnons un coup d’œil à un livre, lui aussi pluridimensionnel. Quel rapport avec <em>Avatar</em>, œuvre annonciatrice d’une humanité rédimée par une ultime prise de conscience ?</p>
<p>C’est qu’on peut utilement exploiter le mot de ce titre pour bien entrer dans le récit proposé par Jacques Perrin, film d’une douloureuse, mais souvent jubilatoire chrysalide vécue, elle aussi, dans <em>un autre monde</em>. Le verbe « rédimer » lui-même éclaire, dans l’extension de ses sens, la complexe logique du rachat, du salut, de l’affranchissement que l’on trouve à l’œuvre chez Jasper, ne serait-ce que dans la dernière parole, empruntée à Rimbaud dont le héros a revécu une partie du calvaire en étroite et funeste harmonie avec lui : l’éternité retrouvée, parole traduisant l’exaltation d’une victoire. Le vocabulaire théologique ne manque pas dans ce récit aux accents parfois mystiques qu’on hésite à mettre au compte de l’expérience vécue ou de celle de l’euphorie <em>a posteriori </em>d’une écriture traitant avec gourmandise de mort et de résurrection…</p>
<p>Venu du sanscrit <em>avatara, </em>le mot évoque l’idée de <em>descente, </em>en particulier de descente d’un dieu sur terre, avec pour signification corrélative celle de <em>métamorphose</em>. Voici qui n’est pas sans parenté avec l’expérience de la <em>chute </em>du héros,<em> </em>suivie de celle de la transformation de tout son rapport au monde. Il y a plus, car le mot a pris le sens familier de <em>mésaventure, </em>de<em> malheur. </em>C’est donc bien de l’<em>avatar </em>de Jasper, tombé du haut de ses certitudes, que traite ce livre dense et déchirant. De l’homme ivre de verticalité ne va bientôt plus rester qu’un tragique <em>ludion </em>cloué, humilié sur son super-grabat à l’état de <em>gisant</em> (on pense à l’étonnant <em>clinitron </em>contre lequel il se rebiffe, car il le prive de ses contours).</p>
<p>Le motif de la chute revient sans cesse <em>en abyme </em>au fil des pages de journal que contient le livre, fatalité intrinsèque à l’écriture qui multiplie les chutes dans la chute à la faveur d’un étourdissant inventaire : celle de Jim Morrison, furieux qu’on lui porte secours ; de Pierre, l’ami tombé en montagne, passé en trombe à quelques centimètres de lui ; celles, toujours menaçantes, de la double expédition au Piz Badile. À cela s’ajoutent les images de <em>gouffres </em>qui s’ouvrent ça et là, comme celui, subit, dans lequel tout bascule durant le concert des Rolling Stones remémoré, au cours duquel une femme est poignardée… et alors ce sont les rêves, les utopies dont ils se croyaient porteurs qui s’effondrent. À quoi font contrepoids les réminiscences de caves visitées, lieux obscurs de magiques et prémonitoires évolutions.</p>
<p>Ce n’est pas tout : pensons aux incessants renvois à l’expérience des profondeurs, à la <em>Tiefenpsychologie </em>particulière de Jasper qui entrevoit dans la descente, dans le bas, dans le noir de lui-même une possible révélation au sein même de son infortune. Apparaissent alors de façon insistante les thèmes géologiques du <em>gisement, </em>des masses de minéraux exploitables comme dans les entrailles de la terre, des strates intimes dans lesquelles fouiller sans fin pour son salut, bref, de la <em>mine, </em>et mieux encore, du <em>filon </em>(du <em>bon filon</em>) à exploiter, que Jasper rencontre dans une lecture providentielle, celle de Rick Bass, avec l’espoir de gagner ou de regagner sa nature propre et redevenir vivant à part entière. C’est le côté chercheur d’or du personnage. Voici alors conjuré l’effroi de l’effondrement, du sentiment de « sol qui se dérobe » et d’ « étages traversés », sa seconde chute, en somme, la plus grave, lorsqu’il apprend l’ampleur des dégâts sur son lit d’hôpital ; voici réunies les prémisses d’une remontée après avoir <em>touché le fond </em>archéologique de soi-même – et celles de l’écriture.</p>
<p>« Ta perception va changer », lui explique un ami qui l’a précédé dans un accident semblable et qui dit avoir plongé à l’intérieur de lui-même, condition impliquant à la fois solitude et conquête créatrice de sens. Mésaventure métamorphosée en grisante redécouverte (se redécouvrir, c’est peut-être prendre véritablement possession de soi), si joliment et timidement pressentie et transposée dans le tableau du monde de l’avant-dernière section du livre : on se prend à envier en tremblant cette paradoxale « chance » qui s’est offerte à Jasper aux dires d’une inconnue venue lui rendre visite, elle aussi grièvement blessée dans une chute en Patagonie, à envier l’effervescence des <em>remontées </em>successives – comme celle procurée par la voix âpre du Deleuze de l’<em>Abécédaire, </em>par exemple. Sans une terrible secousse, sans le riche et pathétique <em>avatar</em> tel que Jasper l’expérimente, peut-être est-il vain de prétendre à un changement radical de notre rapport au monde et restons-nous prisonniers de mille petites habitudes, de mille petits goûts convenus qui nous enserrent. Prisonniers en surface, retenus, incapables de nous enfoncer dans l’étrange pays intérieur où veillent tant de choses…</p>
<p>Reste le titre du livre, dont un mot provient de l’exclamation dédicatoire d’une amie offrant des roses : « A mon gisant préféré ! », et qui fait réfléchir Jasper. <em>Dits du gisant.</em></p>
<p>Il fallait <em>dire </em>tout cela, on l’a poussé (Elias, le Dr. Boher). On sait que le <em>dit </em>est un genre littéraire du Moyen Age, vers ou chanson, traitant un sujet familier. Cette définition ne nous avance guère pour comprendre ce choix précieux. À l’origine, le mot renvoie simplement à la parole. Peut-être est-il préférable alors de se souvenir de la remarque si éclairante de Paul Valéry, qui affirme qu’on ne pense jamais que ce qu’on est capable de se dire à soi-même. Pascal lui aussi parle, dans une de ses pensées, de l’entretien intérieur que chacun nourrit en soi (et qu’il importe, selon lui, de « bien régler »). C’est le cas de Jasper dans ce texte polyphonique orchestré à plusieurs voix, celles des sentiments, des sens, de l’esprit, de la culture. En son for intérieur inquiet tour à tour médisant, maudissant, prédisant, trouvant à redire, redisant de mille manières sa douleur, ses élans, ses tragiques prises de conscience de « pantin cassé », et partant les objectivant, stockant autant de matière pensée propre à être exploitée, consciemment ou non, par l’écriture à venir, et utile à ses montages.</p>
<p>Quant au « gisant », il renvoie au sens funèbre de statue représentant un mort étendu, sur un tombeau. Dérivé du latin « jacere », qui signifie proprement « être dans l’état d’une chose jetée » ! C’est là le sentiment du pauvre Jasper échoué, si l’on ose dire, dans son vibrant « paquebot », non loin du terrible « ci-gît » signalant un mort couché dans sa tombe. Mais prenons garde pour finir à la logique induite par le mot, en remarquant un peu par jeu que « gésir », c’est paradoxalement l’activité essentielle d’un Jasper qu’on peut dire, en retenant son initiale, littéralement <em>« Jisant ».</em> Car s’il est bien étendu, <em>immobile</em> sur la couche de sa cabine, dans le « paquebot » qui l’emmène il ignore où, il est le lieu d’une <em>mobilisation </em>générale de toutes sortes de facultés, exacerbées par sa condition, demi-mort condamné à vivre des ressources de sa mémoire personnelle et culturelle. Il lui faut « mobiliser l’armée de petits soldats qui est à son service », comme le lui dit le spécialiste de l’hypnose venu l’aider à vaincre la douleur.</p>
<p>Ne manquons pas enfin de relever la parenté du verbe « gésir » avec le terme de « gésine », même s’il faut en réactiver le sens devenu archaïque désignant l’accouchement : « en gésine », c’est-à-dire « en train d’accoucher ».</p>
<p><em> </em></p>
<p><em>Le gisant en gésine accouchera d’un livre</em>.</p>

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		<title>Immigration, désindustrialisation, désillusion : « Adieu Gary » de Nassim Amaouche</title>
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		<pubDate>Sun, 18 Oct 2009 15:38:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>slander</dc:creator>
				<category><![CDATA[Périples des Arts]]></category>
		<category><![CDATA[Comptes-rendus]]></category>

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		<description><![CDATA[Adieu Gary, un premier film auréolé par le grand prix de la Semaine de la critique au festival de Cannes 2009, marqué par la disparition de son interprète principal, Yasmine Belmadi (33 ans), dans un tragique accident de scooter quelques jours avant la sortie du film sur les écrans français, la participation d’un Jean-Pierre Bacri [...]]]></description>
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<p><em>Adieu Gary</em>, un premier film auréolé par le grand prix de la Semaine de la critique au festival de Cannes 2009, marqué par la disparition de son interprète principal, Yasmine Belmadi (33 ans), dans un tragique accident de scooter quelques jours avant la sortie du film sur les écrans français, la participation d’un Jean-Pierre Bacri en grande forme, les ingrédients du succès semblent réunis. Et l’on ne saurait souhaiter autre chose à ce premier opus délibérément modeste, intimiste, économe qui nous charme de bout en bout. <em>Adieu Gary</em> joue sur le registre populiste un peu à la manière de Rabah Ameur Zaimeche dans <em><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/periples-des-arts/cinema-de-l%e2%80%99immigration-%c2%ab-dernier-maquis-%c2%bb-de-rabah-ameur-zaimeche/">Dernier Maquis</a></em>. Il faut saluer comme elle le mérite la nouvelle génération de cinéastes français issus de l’immigration qui fait souffler un vent rafraîchissant sur nos écrans.</p>
<h5 style="TEXT-ALIGN: center"><img class="alignnone size-full wp-image-3026" title="Slide1" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2009/10/Slide1.JPG" alt="Slide1" width="219" height="316" /> <br />
De gauche à droite et de haut en bas : J-P Bacri, D Reymond, Y Belmadi et M Arezki</h5>
<p align="center"> </p>
<p>Tout comme les moyens mis en œuvre par le réalisateur Amaouche, l’argument concocté par le même Amaouche en tant que scénariste du film est modeste. Samir (Y. Belmadi) sort de prison. Il est accueilli par son père Francis (J.-P. Bacri) et son frère Icham (Mhamed Arezki). Ce dernier a trouvé pour Samir une place dans le supermarché où il travaille. Samir a du mal à se faire à un emploi aussi peu gratifiant ; il préfère la fréquentation de sa voisine Nejma (Sabrina Ouazani) et finit par abandonner son poste. Parmi les autres protagonistes, on remarque Maria, la maîtresse de Francis (Dominique Raymond), son fils José (Alexandre Bonnin) et, <em>last but not least</em>, Abdel (Hab-Eddine Sebiane) le trafiquant de produits illicites, cloué sur sa chaise roulante. L’action se situe dans un quartier ouvrier après la fermeture de l’usine.</p>
<p> </p>
<h5 style="TEXT-ALIGN: center"> <img class="alignnone size-full wp-image-3027" title="Slide2" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2009/10/Slide2.JPG" alt="Slide2" width="323" height="231" /><br />
S. Ouazani</h5>
<p> </p>
<p>Tous les personnages ont une histoire qui est évoquée dans le film avec suffisamment de précision pour que nous nous attachions à eux. Francis n’arrive pas à admettre la fermeture de l’usine, il s’obstine à réparer la machine sur laquelle il travaillait quand son emploi a disparu. Ses deux fils sont comme l’eau et le feu : Icham le raisonnable contre Samir le perpétuel révolté. Maria traîne sa croix en la personne de son fils José qui passe son temps à visionner des films de Gary Cooper, le sosie de son père parti au loin. Nejma rêve d’un ailleurs et finit par s’en aller à Paris. Enfin, Abdel est un improbable mais néanmoins crédible caïd cloué sur son fauteuil d’infirme.</p>
<p> </p>
<h5 style="TEXT-ALIGN: center"> <img class="alignnone size-full wp-image-3028" title="Slide3" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2009/10/Slide3.JPG" alt="Slide3" width="318" height="227" /><br />
A. Bonnin et H.-E. Sebiane</h5>
<p align="center"> </p>
<p>Le charme d’<em>Adieu Gary</em> tient pour une part non négligeable au lieu du tournage, la Cité blanche du Teil (Ardèche), ancienne cité ouvrière annexée à une usine des ciments Lafarge aujourd’hui désaffectée. Rarement le choix du décor naturel aura été autant justifié. Le sentiment de déliquescence, de déréliction qui est le thème principal du film – est palpable rien qu’à regarder ces immeubles à demi abandonnés, ces rues qui paraissent d’autant plus larges qu’elles sont à peu près désertes. La lumière du midi renforce l’impression d’étrangeté tant on a oublié que l’industrie, jadis, irriguait tour le territoire de la France, qu’elle n’était pas confinée, comme aujourd’hui, dans quelques enclaves septentrionales.</p>
<p>La réussite du film tient aussi, évidemment, au jeu des acteurs, pour la plupart inconnus et, pour certains, débutants. Des acteurs qui, au demeurant, n’ont guère eu besoin de forcer leur talent, tant leur rôle apparaît proche de celui qu’ils tiennent dans la vie. J.-P. Bacri fait du Bacri, ce qui convient parfaitement à son personnage. Y. Belmadi (déjà repéré en particulier dans <em>Beur, blanc, rouge </em>de Mahmoud Zemmouri) confirme malheureusement pour la dernière fois son talent à incarner une sensibilité à fleur de peau. On ne saurait manquer également de mentionner S. Ouazani (qui débuta dans <em>l’Esquive</em> d’Abdellatif Kechiche) dont la présence est toujours impressionnante, dès que la caméra se braque sur elle. Quant à H.-E. Sebiane, qui incarne un autre rôle secondaire, il crève si bien l’écran qu’il en paraît véritablement « énorme », en dépit de sa petite taille.</p>
<p>Nassim Amaouche excelle à décrire les prolétaires et les immigrés dans la France contemporaine, celle de la mondialisation et de la désindustrialisation. Et de fait, les personnages de son film ne connaissent que les allocations ou les petits boulots. Francis est au chômage, Maria sert de cobaye à un laboratoire pharmaceutique, son fils ne fait strictement rien, Icham range des boîtes sur les rayons du supermarché, Nejma est serveuse. Abdel trafique. Quant à Samir, on sent bien que sa révolte ne le conduira qu’à la délinquance et au retour à la case prison. Chez tous domine le désenchantement et la résignation. Mais non pas le désespoir, car il y a toujours des moyens de survivre : la retraite pour les vieux, la mosquée pour certains, les allocations pour les paresseux, les boulots mal payés pour les courageux sans ambition, les trafics plus lucratifs – quoique risqués – pour les ambitieux. Ainsi va la France des petites gens en ce début du XXIème siècle !</p>

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		<title>Une vie, une œuvre : « Légendes du je » de Romain Gary</title>
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		<pubDate>Sun, 18 Oct 2009 15:09:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jhenric</dc:creator>
				<category><![CDATA[Frances]]></category>
		<category><![CDATA[Comptes-rendus]]></category>

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		<description><![CDATA[Romain Gary et Émile Ajar, Légendes du je. Éditions Gallimard, Collection Quarto, 2009, 1428 p.             Bien qu’ayant tenu au début des années soixante une chronique littéraire dans un hebdomadaire de la presse communiste, je ne me suis jamais considéré comme un critique professionnel contraint à rendre compte objectivement de l’activité éditoriale du moment. [...]]]></description>
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<p><strong><strong>Romain Gary et Émile Ajar, <a href="http://www.amazon.fr/L%C3%A9gendes-du-Je-Romain-Gary/dp/2070121860/ref=sr_1_1?ie=UTF8&amp;s=books&amp;qid=1255877219&amp;sr=8-1">Légendes du je</a>. Éditions Gallimard, Collection Quarto, 2009, 1428 p.</strong></strong></p>
<p style="TEXT-ALIGN: center"><strong><img class="aligncenter" title="Henric" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2009/10/Henric.jpg" alt="Henric" width="152" height="235" /></strong></p>
<p> </p>
<p>          Bien qu’ayant tenu au début des années soixante une chronique littéraire dans un hebdomadaire de la presse communiste, je ne me suis jamais considéré comme un critique professionnel contraint à rendre compte objectivement de l’activité éditoriale du moment. Mon engagement politique et surtout mon intérêt d’alors pour ce qu’on appelait les avant-gardes littéraires, le surréalisme et ses dissidents, dont Artaud et Bataille, le Nouveau roman et les premiers écrits du groupe <em>Tel quel</em>, également pour les « grands » modernes qui n’étaient pas en odeur de sainteté aussi bien dans les publications communistes que dans la presse dite bourgeoise, je pense notamment à Joyce et Céline, me faisaient volontairement négliger tout un pan de la littérature française tenue à mes yeux pour dépassée, ringarde, voire réactionnaire. C’est dire que les romans de Romain Gary ne pouvaient avoir de place dans mon panthéon littéraire. Des livres qui racontaient des histoires, dont on pouvait tirer des films (mauvais, en plus), pouah ! Et puis un écrivain de droite, gaulliste, qui en plus crachait sur Freud et sur les écrivains qui avaient marqué (et continuent de marquer) le 20ème siècle… La seule chose qui à l’époque aurait pu ébranler mon jugement, c’est l’exécution, dans le plus pur style stalinien, des <em>Racines du ciel</em> (Goncourt 1956) par André Wurmser, dans le journal d’Aragon, <em>les Lettres Françaises</em>.</p>
<p>          Le temps a passé. Les convictions idéologiques, les a priori doctrinaux ont pris du mou, certaines œuvres portées au pinacle par un enthousiasme juvénile ont pâli, d’autres, négligées, ont pris du poids. De Romain Gary, je n’avais qu’une image, celle qu’on voit sur des photos de lui, abondamment reproduites, et tel qu’il se décrit avec humour à plusieurs reprises dans ses écrits autobiographiques : le mec viril, « roulant des épaules, la casquette sur l’œil, les mains dans les poches de cette veste de cuir qui avait tant fait pour le recrutement des jeunes gens dans l’aviation ». Amateur de biographies, j’ai lu celle que Myriam Anyssimov a écrite sur le romancier aux allures de dur à cuir. Quel formidable roman que cette vie ! Tout dans le personnage m’a immédiatement touché et a suscité chez moi une chaleureuse empathie. Ses origines, son enfance, son combat contre le nazisme, son incorrection politique et idéologique, son courage physique, son sens de l’injustice, de la révolte, son égocentrisme paradoxal et son autodérision, sa morale amoureuse et sexuelle (ô combien scandaleuse pour notre temps camé à la camomille — lire ses propos sur la prostitution, sur l’inceste), son rapport aux femmes, sa douloureuse liaison avec Jean Seberg, ce mélange de fragilité psychique et de force morale, son dandysme, ses fringues pittoresques, ses bagues, ses chiens, ses chats, ses cigares, et sa façon de dire, canon de révolver Smith &amp; Wesson glissé entre les lèvres et dirigé vers le palais « Au revoir et merci<em> </em>»… Il me restait à lire ses livres, pour vérifier que vie et œuvre allaient de pair. J’ai lu, dans le désordre, <em>les Oiseaux vont mourir au Pérou, la Nuit sera calme, Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable, Clair de femme, Chien blanc</em>…</p>
<p>          Le Quarto qui vient de paraître, titré <em>Légendes du je, </em>propose un choix de romans et de récits de Gary (choix assumé et justifié dans son éclairante préface par la responsable de cette édition, Mireille Sacotte). On y trouve <em>Éducation européenne</em>, <em>Chien blanc</em>, <em>les Trésors de la mer rouge</em>, <em>les Enchanteurs</em>, les récits signés Ajar, et ce qui est sans doute le chef-d’œuvre de Gary, cette autobiographie (très) romancée, <em>la Promesse de l’aube</em>. On suit au fil des pages de celle-ci comment une vie est abordée « comme une œuvre artistique en élaboration », et comment sa « logique cachée mais immuable » est « toujours, en définitive, celle de la beauté ». Le livre, écrit très justement Mireille Sacotte, est « un traité paradoxal sur la force des faibles et la faiblesse des forts ». Avec quelle tendresse le faux « dur<em> </em>» mais vrai « fort<em> </em>» dresse le portrait de cette femme forte, canne menaçante à la main et clope toujours au bec, sa vieille mère juive qui l’habite de son souffle, lui communique sa fougue, sa violence, son irréductible esprit de résistance. C’est elle qui lui apprendra à reconnaître ses ennemis de toujours : Totoche, le dieu de la bêtise, « derrière de singe et tête d’intellectuel primaire<em> </em>», Merzavka, « dieu des vérités absolues » qui trône sur des monceaux de cadavres, et Filoche, « le dieu de la petitesse, des préjugés, du mépris, de la haine<em> </em>». C’est elle, c’est son esprit de rébellion, qui le poussera à combattre le <em>« </em>gouvernement des têtes baissées » de Vichy et à s’engager dans les Forces aériennes françaises libres. Belle lucidité de ce faux macho qui confesse que ce sont toujours les femmes qui lui ont donné la force de faire face à la vie. C’est lui, avec ses attitudes de « viril protecteur » qui en vérité s’accrochait à des mains féminines pour ne pas sombrer avec un monde qui croulait autour de lui.</p>
<p>         Mais j’en viens aux derniers et radicaux avatars du « je » de Roman Kacew, dit Romain Gary, né en 1914 dans la communauté juive d’une petite ville de Lituanie : les livres signés Ajar. Je n’avais lu aucun d’eux, ni <em>Gros-Câlin</em> (qui ne figure pas dans le Quarto), ni <em>la Vie devant soi</em>, ni <em>Pseudo</em>. Ces débats d’alors pour savoir qui se cachait derrière le nom d’Ajar — débats au cours desquels, comme le note Gary dans son ultime confession écrite <em>Vie et mort d’Émile Ajar</em>, la <em>«</em> critique parisienne », à quelques exceptions près, fit la preuve de son inculture, de son incompétence et de sa suffisance — me paraissaient, à tort peut-être, d’aucun intérêt. J’avais en cours d’autres lectures et d’autres controverses requéraient mon attention. Après la découverte du pot aux roses, s’est imposée, sans voix discordantes, me semble-t-il, que les Ajar étaient du grand, du très grand Gary. Grâce à Quarto, je viens enfin de lire <em>la Vie devant soi</em>. C’est drôle, c’est bien fait, c’est un rien démago, c’est fait pour avoir un prix (il l’a eu), pour faire un film (il a été fait). Cette langue qui veut faire peuple a quelque chose d’emprunté. Ce n’est ni celle de Céline ni celle d’Aragon. Des expressions comme « rubis sur l’ongle », dormir <em>«</em> du sommeil du juste », « discuter le bout de gras », « la trêve des confiseurs », sonnent faux dans la bouche d’un Momo, ce petit arabe de Belleville. Quant aux phrases très tarabiscotées, elles n’arrivent pas plus à donner le change. Gary termine ainsi <em>Vie et mort d’Émile Ajar </em>: « Je me suis bien amusé (on peut le croire). Au revoir et merci ».</p>
<p>         Au revoir et merci à Ajar. Re-bonjour à Gary.</p>

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		<title>Les Années, par Annie Ernaux</title>
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		<pubDate>Tue, 18 Aug 2009 22:42:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>kspiropoulou</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Annie Ernaux, Les Années, Paris, Éditions Gallimard, 2008, 242 p., ISBN : 978-2-07-077922-2   Écrivain majeur de notre temps, selon critiques, universitaires et lecteurs, Annie Ernaux démarre sa carrière d&#8217;écrivain prolifique en 1974, sous le signe du récit intime &#8211; l&#8217;histoire de son père et celle de sa mère, leur ascension sociale, son adolescence, son avortement « illégal », [...]]]></description>
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<p><strong>Annie Ernaux, <a href="http://www.amazon.fr/ann%C3%A9es-Annie-Ernaux/dp/207077922X/ref=sr_1_4?ie=UTF8&amp;s=books&amp;qid=1250634237&amp;sr=8-4">Les Années</a>, Paris, <strong>Éditions </strong>Gallimard, 2008, 242 p., ISBN : 978-2-07-077922-2</strong></p>
<p> </p>
<p>Écrivain majeur de notre temps, selon critiques, universitaires et lecteurs, Annie Ernaux démarre sa carrière d&#8217;écrivain prolifique en 1974, sous le signe du récit intime &#8211; l&#8217;histoire de son père et celle de sa mère, leur ascension sociale, son adolescence, son avortement « illégal », la honte de son milieu d&#8217;origine, son entrée sur la scène du roman. Que le champ littéraire fût bouleversé en cette décennie par l&#8217;émergence de l&#8217;autobiographie n&#8217;est sans doute pas négligeable dans l&#8217;éclosion de cet écrivain.</p>
<p><em>Les Années</em>,<em> </em>titre de son nouveau livre, rassemble les vies multiples de la narratrice, s&#8217;étendant sur plus de soixante ans en une sorte d&#8217; « autobiographie » impersonnelle. Loin de l&#8217;introspection, Annie Ernaux reparcourt ici toutes les années vécues, pas seulement les siennes mais celles de l&#8217;Histoire, de la société, de la civilisation, au gré des émotions, des souvenirs, des rites et des croyances :</p>
<p style="PADDING-LEFT: 30px"><em>Ce qui compte pour elle, c&#8217;est</em> [...]<em> de saisir cette durée qui constitue son passage sur la terre à une époque donnée, ce temps qui l&#8217;a traversée, ce monde qu&#8217;elle a enregistré rien qu&#8217;en vivant. </em>(p. 238)</p>
<p>Autant dire « une recherche du temps perdu », où l&#8217;écrivain évoque des réminiscences fugaces, comme le célèbre parfum de la madeleine trempée dans le thé :</p>
<p style="PADDING-LEFT: 30px"><em>Sauver quelque chose du temps où l&#8217;on ne sera plus jamais.</em></p>
<p>On découvre, par le biais de son journal et de ses notes, des photos en noir et blanc au début, puis en couleurs &#8211; le renvoi à <em>l&#8217;usage de photos </em>est manifeste &#8211; qui font revivre, à travers la perception de la romancière, les événements qui ont traversé le siècle, avec tout ce qui est mouvement de la société interrompue. « Elle ne regardera en elle-même que pour y retrouver le monde, la mémoire et l&#8217;imaginaire des jours passés du monde, saisir le changement des idées, des croyances et de la sensibilité, la transformation des personnes et du sujet, qu&#8217;elle a connus et qui ne sont rien&#8230; », écrit l&#8217;écrivain.</p>
<p style="PADDING-LEFT: 30px"><em>Pourtant, ce souvenir-là, en tant que souvenir personnel, ne m&#8217;intéresse pas. Ce que je veux, c&#8217;est trouver une entrée, une conscience dilatée dans l&#8217;époque et me rappeler ainsi beaucoup d&#8217;autres choses qui vont s&#8217;accumuler, s&#8217;intégrer. C&#8217;est ça qui est fort et c&#8217;est ça qui sauve. Car, au fond, ce livre est une manière de sauver une vie. </em></p>
<p>Ajoutons à cela que ces images ne sont pas montrées mais dévoilées par le texte.</p>
<p>Reprenons la ligne chronologique que suit l&#8217;auteur. Durant son enfance après la guerre (elle est née en 1940) et son adolescence, on se trouve dans le régime de la V<sup>e</sup> République. Au fil des pages, surgissent les échos de la guerre d&#8217;Indochine, la grande grève des trains en 1953, la guerre d&#8217;Algérie, puis Mai 68. À côté de l&#8217;alternative politique de 1964 à 2006 &#8211; sous les présidences successives de Georges Pompidou, Valéry Giscard d&#8217;Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy &#8211; sont évoqués la chute du mur de Berlin, les années de désabusement de la fin 1990, les attentats de 2001, et, plus près de nous encore, les jeunes des banlieues et le dialogue des cultures. Force est de constater qu&#8217;on revit le destin de toute une génération &#8211; voiture, télé, pilule &#8211; et celui des femmes avec l&#8217;avortement, le désir sexuel, la maternité, la vieillesse. C&#8217;est ainsi une manière de vivre, de s&#8217;habiller, de se loger, de penser, d&#8217;aimer, de s&#8217;émouvoir de l&#8217;actualité qui fait la trame de ce que Annie Ernaux aborde dans ce livre. On a vraiment l&#8217;impression, même si la narratrice, en tant que Française, oscille inlassablement entre mémoire intime et mémoire collective, de revivre l&#8217;Histoire à rebours.</p>
<p>Mais comment au fond écrit-elle l&#8217;Histoire ? À qui appartiennent ces souvenirs à la recherche de la réalité, de la vérité ? L&#8217;écriture naturelle de l&#8217;écrivain, dans un style épuré et neutre, proche du Nouveau Roman, joue de la fusion du &laquo;&nbsp;Elle&nbsp;&raquo;, du &laquo;&nbsp;On&nbsp;&raquo; et du &laquo;&nbsp;Je&nbsp;&raquo;, qui atteint là à la perfection. « Elle » représente cette femme à l&#8217;intérieur du texte, une femme au singulier située (dirait Jean-Paul Sartre) dans un contexte social et politique. Et ceux qui se cachent derrière le « on » et le « nous » ne sont autres que les jeunes, les enfants pour faire de ce genre d&#8217;autobiographie une Histoire collective.</p>
<p><em>Les Années</em>,<em> </em>en somme,<em> </em>c&#8217;est une manière de réinventer l&#8217;autobiographie, sans avoir l&#8217;air d&#8217;y toucher. Il faut espérer que ce petit ouvrage s&#8217;offrira comme ouverture afin de revisiter le genre et ses paradigmes. Tout lecteur et chercheur s&#8217;intéressant à l&#8217;autobiographie y trouvera sans doute de quoi nourrir durablement sa réflexion.</p>

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		<title>« Bloody Niggers » : un pamphlet contre tous les racismes</title>
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		<pubDate>Wed, 05 Aug 2009 16:40:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>slander</dc:creator>
				<category><![CDATA[Afriques]]></category>
		<category><![CDATA[Comptes-rendus]]></category>

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		<description><![CDATA[  Dorcy Rugamba est rwandais ; il est né en 1969. En 1999, il a créé en tant que co-auteur et comédien la pièce Rwanda 94. Dix ans plus tard, il tourne « en Francophonie » avec un nouveau spectacle dont il est l&#8217;auteur et qu&#8217;il interprète avec ses deux complices de la troupe Groupov, Younouss Diallo et [...]]]></description>
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<p align="left"> </p>
<p align="left">Dorcy Rugamba est rwandais ; il est né en 1969. En 1999, il a créé en tant que co-auteur et comédien la pièce <em>Rwanda 94</em>. Dix ans plus tard, il tourne « en Francophonie » avec un nouveau spectacle dont il est l&#8217;auteur et qu&#8217;il interprète avec ses deux complices de la troupe <em>Groupov</em>, Younouss Diallo et Pierre Étienne. <em>Bloody Niggers</em> a été co-produit par le Théâtre national de la Communauté française de Belgique et le Festival de Liège, en 2007, dans une mise en scène de Jacques Decuvellerie. L&#8217;argument est simple : trois hommes, deux noirs et un blanc, en costume-cravate, chacun devant son micro, énumèrent les violences dont s&#8217;est rendu coupable l&#8217;homme blanc depuis les croisades. Le sujet est éminemment grave et sérieux, mais néanmoins susceptible de devenir fastidieux. On se situe bien dans le registre du pamphlet, tant sur le fond (le procès unilatéral d&#8217;une race qui se croit à tort meilleure que les autres) que sur la forme (un acte d&#8217;accusation récité sans autre mise en scène que l&#8217;alternance des voix qui se partagent le texte).</p>
<p style="TEXT-ALIGN: center" align="left"> <img class="size-full wp-image-2863 aligncenter" title="lander_image" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2009/08/lander_image.jpg" alt="lander_image" width="433" height="332" /></p>
<h5 style="TEXT-ALIGN: center">De gauche à droite : P. Etienne,Y. Diallo et D. Rugamba</h5>
<p align="center"><strong><em> </em></strong></p>
<p align="left">Celui qui, lassé après plus d&#8217;une heure de ce procès sans défenseur, refuserait d&#8217;en entendre davantage, pourrait rendre compte du spectacle comme nous venons de le faire, sans presque trahir la réalité. Car il est vrai que les projections et la musique qui entrecoupent ou complètent le discours ne suffisent pas pour nous convaincre que nous sommes au théâtre et non dans un meeting quelconque consacré au ressassement du passé par les héritiers des victimes (non-européennes) de l&#8217;histoire.</p>
<p align="left">C&#8217;est pourquoi il est essentiel de demeurer jusqu&#8217;à la fin du spectacle. En effet, le dernier, ou plutôt le deuxième tableau (puisqu&#8217;il n&#8217;y en a que deux), ménage un retournement que rien de ce qui précédait n&#8217;aurait pu laisser prévoir. Soudain les interprètes s&#8217;animent. L&#8217;un se drape dans une grande étoffe rouge et se transforme en une mère africaine pleurant son enfant perdu. L&#8217;autre, torse nu, débarrassé de son micro, se lance dans un incroyable monologue &#8211; incroyable par sa longueur, sa violence, les changements de ton et d&#8217;accent &#8211; qui raconte la situation actuelle de l&#8217;Afrique dans toute sa cruauté, sans rien dissimuler des responsabilités des chefs prévaricateurs et assassins, des tortionnaires en tout genre, des corrompus. Même le peuple ne trouve pas grâce à ses yeux, accusé qu&#8217;il est de se laisser berner trop facilement. Rarement aura-t-on entendu une critique aussi dure des ravages de l&#8217;ethnicisme, du tribalisme. Seuls, à vrai dire, des Africains pouvaient se livrer à une telle diatribe sans être accusés immédiatement de racisme.</p>
<p align="left">Le titre, <em>Bloody Niggers</em>, trouve alors sa double explication. <em>Bloody niggers</em>, les nègres ensanglantés à cause des mauvais traitements que leur ont fait subir injustement les blancs : tel est le message de la première partie. Mais encore &#8211; c&#8217;est le message de la fin &#8211; <em>bloody niggers</em>, les nègres assoiffés de sang, au Nigeria, au Rwanda, au Zimbabwe, au Congo, en Côte-d&#8217;Ivoire et ailleurs.</p>
<p align="left">On peut regretter que le retournement final, s&#8217;il permet au spectacle de sortir de la vision trop unilatérale véhiculée par la première partie, ne fasse finalement que juxtaposer un diable noir au diable blond. Les humains, quelle que soit leur couleur, sont-ils aussi méchants que les décrit <em>Groupov</em> ? Ne sont-ils pas mus, pour la plupart, par des appétits, des faiblesses, des déterminismes de toutes sortes, qui les dépassent ? Bien sûr, certains résistent, qui ne sont pas pour rien dans le progrès qui, peu à peu, avance, malgré tout. Mais les autres ne sont-ils pas davantage les jouets de l&#8217;histoire que ses perfides acteurs ?</p>
<p align="left"> </p>
<p align="left"> </p>

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		<title>Inassouvies, nos vies, par Fatou Diome</title>
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		<pubDate>Wed, 10 Jun 2009 21:22:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>kspiropoulou</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Comptes-rendus]]></category>

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		<description><![CDATA[Fatou Diome, Inassouvies, nos vies, Paris, Flammarion, 2008, 271 p., ISBN : 978-0812-1353-1.     Remarquée en 2003 pour son premier roman Le Ventre de l&#8217;Atlantique, Fatou Diome, jeune romancière originaire du Sénégal, revient en juin 2008 avec un troisième roman, musical, tendre, sensible, poignant : Inassouvies, nos vies. Loin de l&#8217;immigration des Noirs attirés par l&#8217;Europe [...]]]></description>
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<p><strong>Fatou Diome, <em><a href="http://www.amazon.fr/Inassouvies-nos-vies-Fatou-Diome/dp/2081213532">Inassouvies, nos vies</a></em>, Paris, Flammarion, 2008, 271 p., ISBN : 978-0812-1353-1.</strong></p>
<p style="TEXT-ALIGN: center"><strong> <img class="size-full wp-image-2765 aligncenter" title="1150632-1480347" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2009/06/1150632-1480347.jpg" alt="1150632-1480347" width="285" height="450" /></strong></p>
<p> </p>
<p>Remarquée en 2003 pour son premier roman <em>Le Ventre de l&#8217;Atlantique</em>, Fatou Diome, jeune romancière originaire du Sénégal, revient en juin 2008 avec un troisième roman, musical, tendre, sensible, poignant : <em>Inassouvies, nos vies</em>.</p>
<p>Loin de l&#8217;immigration des Noirs attirés par l&#8217;Europe qu&#8217;elle évoquait avec finesse dans <em>Le Ventre de l&#8217;Atlantique</em> ou de la transmission orale africaine qui faisait la trame de <em>Ketala,</em> la romancière interroge ici la vie, ses pulsations, ses ratés. Pourquoi avons-nous besoin des autres pour vivre ? Par quelles touches le bonheur est-il possible ? Pourquoi, toujours, cette sensation de manque comme si notre vie était inassouvie ?</p>
<p style="PADDING-LEFT: 30px"><em>L&#8217;inassouvi, surgi de nulle part nous surprend partout, à tout moment, et creuse son cratère en nous. Aboutissement ? Où et comment ? Peu importe puisque la ligne continue. </em>(p. 202)<em> </em></p>
<p>Betty, la trentaine inaccomplie, célibataire, solitaire et angoissée, cherche anxieusement, comme à la loupe, des réponses, accoudée à sa fenêtre, passant ses journées à « zoomer » et à analyser la vie des autres : tel couple de vieux, l&#8217;intello-écolo du quatrième étage, le divorcé-dragueur, une épouse sophistiquée, des jumelles de la quarantaine du deuxième&#8230; Ces vies-là se croisent, ces liens-là se font et se défont sous nos yeux, toujours trop fragiles. Tous, du quatrième au rez-de-chaussée, sont exactement comme l&#8217;héroïne du livre : images changeantes de la même difficulté d&#8217;être. Parmi ces personnages, l&#8217;attention de Betty se porte sur une vieille dame, dont l&#8217;histoire occupe presque l&#8217;ensemble du livre. Baptisée Félicité par l&#8217;héroïne tant elle avait l&#8217;air joyeuse de vivre, celle-ci va se nouer d&#8217;amitié avec Betty qui, à son tour, en aperçoit des leçons, un fil, pour vivre :</p>
<p style="PADDING-LEFT: 30px"><em>De son étude des différentes vies qui l&#8217;entouraient, elle espérait tirer un solide enseignement afin de mieux orienter ses pas. Inassouvi, notre besoin de modèle pour vivre. </em>(p. 128)<em> </em></p>
<p>Des liens véritables se tissent au fur et à mesure qu&#8217;on avance, mais soudain la doyenne se trouve, contre son gré, enfermée dans une maison de retraite pour y passer le reste de sa vie. Comme « l&#8217;enfant sortant du ventre maternel, pleura, en quittant son domicile », la vieille dame se trouve éloignée de chez elle par la décision des siens. Fatou Diome, frappée dès son arrivée en France par la cloison dressée entre les générations, interroge le sort que réserve la société occidentale aux personnes âgées. Les institutions de retraite n&#8217;y sont-elles pas, se demande-t-elle dans une interview, une nouvelle forme d&#8217;esclavage ?</p>
<p>Obstinément, Betty rend visite à Félicité tous les jours mais celle-ci se plonge dans le mutisme. L&#8217;héroïne prend du recul et se décide de partir quelques jours à l&#8217;étranger. À son retour, elle apprend la mort de Félicité. Son amie n&#8217;est plus là, elle est partie incognito, seule en proie à sa tourmente.</p>
<p style="PADDING-LEFT: 30px"><em>Inassouvi, notre désir d&#8217;être là au bon moment&#8230; </em>(p. 199)<em> </em></p>
<p>Félicité a pris le temps de laisser un seul mais éloquent message à l&#8217;héroïne :</p>
<p style="PADDING-LEFT: 30px"> <em>Il faut vivre ! Pas seulement pour les autres, pour vous aussi. </em>(p. 198)<em> </em></p>
<p>La mélancolie et la tristesse de Betty sont diffuses. Fatiguée par la vacuité de l&#8217;existence, elle trouve refuge dans la musique et la kora. Crises, colères, réflexion dominent l&#8217;existence de Betty qui vit en recluse jusqu&#8217;à l&#8217;apparition d&#8217;un homme, qui la fait sortir de son spleen. Mais la vie fait ses trous de dentelle ; au vide de trop, c&#8217;est le déclic : Betty largue les amarres, disparaît, coupant les ponts avec ses habitudes et la routine, pour on ne sait où, à la recherche de la Vie :</p>
<p style="PADDING-LEFT: 30px"><em>Inassouvie, la vie, puisqu&#8217;elle a toujours besoin d&#8217;un horizon.</em></p>
<p style="PADDING-LEFT: 30px"><em>Je pars, apprendre à vivre&#8230; La vie navigue sans carte, libre, elle ne revient jamais sur ces pas et n&#8217;honore que ses propres rendez-vous ; c&#8217;est elle qui choisit nos ports&#8230; Partir, vivre libre et mourir, comme une algue de l&#8217;Atlantique</em>. (p. 250, 260, 261)</p>
<p>Dans <em>Inassouvies, nos vies</em>, au style limpide et plein de métaphores, la Vie est un voyage intérieur qui nous met face à nous-mêmes : on ne peut se saisir qu&#8217;à travers des relations aux choses, aux êtres, des liens au monde.</p>
<p> </p>
<p><strong>L&#8217;Auteur :<br />
</strong>Fatou Diome est née au Sénégal. Elle arrive en France en 1994 et vit depuis à Strasbourg. Elle est l&#8217;auteur d&#8217;un recueil de nouvelles <em>La Préférence nationale</em> (2001) ainsi que deux romans <em>Le Ventre de l&#8217;Atlantique</em> (2003) et <em>Kétala </em>(2006).</p>

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