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		<title>Sacrilèges</title>
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		<pubDate>Tue, 31 Aug 2010 01:55:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>eseul</dc:creator>
				<category><![CDATA[Les Alarmes d'Eros]]></category>

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Sans se demander pour quoi ni vers quoi, elle vivait, enfin. Elle aurait voulu embrasser le monde mais personne n’était là pour partager, pas un ami, pas même son mari, elle en souffrait mais n’en était pas moins heureuse. On la disait plus ou moins « givrée », « allumée », incapable de comprendre les bonheurs fous de quelqu’un [...]]]></description>
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<p>Sans se demander pour quoi ni vers quoi, elle vivait, enfin. Elle aurait voulu embrasser le monde mais personne n’était là pour partager, pas un ami, pas même son mari, elle en souffrait mais n’en était pas moins heureuse. On la disait plus ou moins « givrée », « allumée », incapable de comprendre les bonheurs fous de quelqu’un dont la vie à force d’être parquée, normée, a glissé puis dérivé avant d’être réanimée, incapable de comprendre ces bonheurs fous, aussi éphémères qu’intenses, ces bonheurs de redécouvrir la vie perdue dans les schémas de son enfance et dissolue dans les revanches adolescentes, incapable de comprendre les enthousiasmes éperdus de se sentir enfin vibrer au rythme de ses propres séismes pour une musique, un bord de mer, une campagne, une montagne, un grand air à pied à vélo ou dans l’eau, mais aussi un sourire ou un mot. Pour quelques mots elle exultait, pour un seul adressé elle en envoyait cent, cela surprenait, énervait alors bien vite elle se taisait, en se disant qu’ils n’y comprenaient rien et finissait, lassée après s’être sentie blessée et délaissée, par s’en moquer.  Une détresse furtive la débordait, elle la chassait pour faire surgir l’ivresse, l’ivresse de vivre, de vivre selon ses envies, de ne vivre que selon ses envies, l’ivresse de sentir sourdre de soi la joie d’être là, pour rien, si ce n’est pour cette joie-là, l’ivresse de savourer l’instant sans avoir à le retenir ou à planifier l’avenir, l’ivresse de se suffire qu’elle savait pourtant être l’envers de l’effroi solitaire. C’est toujours autrement que la vie vous revient après s’en être allée, c’est toujours trop ou pas assez, parfois si exaltant que c’en est terrifiant, c’est l’infini côtoyant le néant, la fièvre et l’épouvante, et ses bonheurs parfois manquaient de basculer, pétris d’une fureur de vivre qui les rendait à la fois forts et fragiles et elle luttait pour ne pas sombrer, il fallait qu’il soit vrai qu’enfin elle avait gagné.</p>
<p>Elle s’était épuisée à vouloir se plier aux exigences étriquées de ses parents bien pensants, épuisée à vouloir ressembler à ses sœurs, petites filles modèles priant agenouillées le soir avant de se coucher, épuisée à vouloir se sentir purifiée par les «notre Père» et autres prières auxquelles elle ne comprenait rien si ce n’est leur nécessité pour pardonner les péchés de la journée mais elle se demandait avec anxiété desquels il s’agissait au point qu’elle guettait l’occasion de désobéir pour avoir une raison le soir de s’en repentir. Elle se violentait pour être « comme il faut ». Pour réussir, il fallait fuir, fuir le désir, diabolique. Et finalement, petite fille modèle elle l’était devenue, à force de refus. Elle vivait au diapason de ce qu’elle ne ressentait pas faisant taire sa voix pour n’écouter que celle des autres, de l’Autre. Instinctive, spontanée, elle apprit à raisonner, à retenir, à refouler, à prévoir, à ne jamais s’aventurer. Rien jamais ne devait être laissé au hasard, rien non plus ne devait être futile. Tout devait être sérieux, travaillé, finalisé. Mais devenue jeune fille, l’âge la rendit ingrate et submergée par la rage, la rage d’être trop sage et d’avoir à le rester, elle s’insurgea, se saborda, joua sa vie à quitte ou double pour le plaisir interdit d’en être la maîtresse.</p>
<p>Elle s’était dit qu’il fallait partir, quitter ce milieu qui se méfie de ceux qui aiment trop la vie. Alors elle avait fui. Un matin de juillet, elle n’avait pas seize ans, ironiquement elle dit « adieu » à tous et sac à dos sur l’épaule, prit la route, comme on va à l’école.  Destination le sud. De sa mémoire étrangement ont disparu les détails du voyage et elle ne se souvient que des camions qui la faisaient monter pour un bout de chemin et puis bien sûr des camionneurs qu’elle reposait de leur fatigue, pour leur plus grand plaisir et son plus grand dégout. Avoir renié le désir n’apprend pas à jouir. Mais cela importait peu. Elle découvrit une autre forme d’allégresse, de joie perverse et bien qu’inexpérimentée, passa vite pour une experte. Elle avait d’ailleurs satisfait à la demande du premier comme si cela allait de soi, croyant que refuser serait un réflexe bourgeois et les bourgeois, elle se disait dans sa naïve et furieuse rébellion qu’ils doivent tous être évincés ou contrariés et que sucer, branler, engorger, faire baver gicler râler, mal allongée ou accroupie ou à genoux à l’arrière d’une camionnette était le premier acte révolutionnaire d’une fillette en mal de liberté! Ignorant tout elle était prête à tout, à tous les excès dans toutes les positions. Se mettre à genoux elle adorait, c’était la position pour vénérer, on le lui avait si bien enseigné, ce serait celle pour transgresser, transgresser l’ordre du soir, celui de la prière près du lit, mains jointes les yeux fermés, un sourire de none extasiée, suppliant notre Père de nous aimer pauvres pécheurs et la Vierge de nous donner sa grâce et sa bonté et de nous pardonner et de nous faire monter au cieux où on roucoule comme des bienheureux enfin, à moins  d’être ici bas tombés dans l’infamie du plaisir dont il faudra se repentir avant d’avoir le droit de se réjouir, mais ce droit, indifférente au plaisir, elle le prenait agenouillée devant leur sexe érigé, baveux de désir, et s’exaltait de patauger dans ce que les fanatiques qui l’avaient élevée auraient appelé la fange, excitée par l’horreur du fruit défendu dans lequel elle croquait pour se faire damner, et là elle jouissait, elle rayonnait elle jubilait de s’appliquer à donner ses faveurs à ces pauvres pécheurs de chauffeurs, et même si c’était fugace elle les sentait reconnaissants de cette fugue enchanteresse et se croyant aimée pour un instant, leur rendait grâces en murmurant merci chauffeur. Ils se régalaient de ses mains qu’elle avait appris à joindre en priant et elle obtempérait fougueusement quand leur verge dressée implorait d’être enserrée, caressée, presque malmenée par des va et vient doucereux ou violents la leur faisant monter aux cieux où les corps bienheureux chantent et dansent, glorieux. Ou bien, toujours à genoux, et sa frénésie vengeresse en était décuplée, elle usait de ses lèvres qu’elle ouvrait comme pour réciter des prières et sa bouche, telle une armoire se refermait sur leur membre qu’elle gardait bien au fond, et sa gorge faisait tabernacle et ils marmonnaient que c’était bon, oh oui que c’était bon jusqu’à ce que gicle l’eau grasse de leur robinet souterrain. Aspergée par leur jouissance, elle se sentait lavée, bénie, purifiée, déshabillée de ses oripeaux de fillette trop bien élevée ou mal élevée c’est selon. Elle en éprouva une joie ardente.</p>
<p>Un jour elle tomba sur un camionneur un peu déviant qui pendant la pause de deux heures immanquablement réservée aux jeux défendus de la chair exigea d’elle qu’elle se laisse attacher les bras en croix aux parois du camion, les pieds et poings liés. Elle acquiesça avec une joie démente, et prise d’un délire sacré lui ordonna avec véhémence de violer son intimité sans ménagement, de lui faire mal, très mal et puis de l’insulter, de lui cracher au visage, de la griffer, de la piétiner de la fouetter. Immobilisée, elle trépignait d’une impatience sublime qu’il contemplait ahuri et si ravi, qu’il se répandit sur elle en la traitant de pauvresse de putain de pourriture de raclure de déchet. Elle était radieuse, incandescente et comme elle en redemandait il enleva sa ceinture et comme un forcené la roua de coups lui provoquant des douleurs fulgurantes jusqu’à ce que comblée mais vaincue elle demande grâce. Alors il s’arrêta l’air furibond, mais congestionné de désir, il défit ses liens, s’accroupit sur elle, la prit aux épaules et la fit violemment s’asseoir pour rejoindre son buste de déménageur pendant qu’il la pénétrait dans un feulement rauque. Elle se recroquevilla contre lui, le corps brisé, meurtri hésitant maintenant à lui dire merci. Elle crut qu’il en avait fini mais elle l’avait enflammé, il fulminait, il voulait la faire jouir, la faire crier. Alors, il desserra son étreinte, la bascula à quatre pattes, lui déchira les fesses, elle hurla, tout en lui caressant son sexe moite, béant et visqueux de sa propre pénétration, il y fourra ses gros doigts, elle avait l’impression d’avoir un trou énorme, soudain il les sortit pour tortiller son clitoris qui grossissait, s’élargissait, alors éberluée de ce qui lui arrivait, exténuée mais enchantée elle commença à plier, à se tendre à se détendre et à se déverser en jets tièdes, c’était divin, des jets qui faisaient glisser sur sa fente comme sur de la soie ses mains calleuses et sales mais tant pis, c’était comme si tout son être s’épanouissait sous ses doigts, comme si de douceurs en douceurs tout son être montait, montait irrésistiblement dans un mouvement infini qui allait exploser en feux d’artifices et qu’il fallait retenir pendant que sous elle ses écoulements tièdes la faisait mollir et gémir et elle le suppliait de ralentir pour prolonger l’extase, sentir sa vulve suffocante s’ouvrir et se fermer comme le museau de certains poissons, et elle le suppliait encore pour que ça coule mais bientôt se tordant pour ne pas jouir, il lui fut impossible de résister à l’assaut d’un orgasme qui n’en finissait pas de s’amplifier et de la faire chanter toujours plus fort.</p>
<p>Sa revanche était prise, elle avait même joui et commençait à goûter la saveur des corps diaboliques de son catéchisme. Mais ce fut trop brutal et ses camionneurs débordant de sève beaucoup plus que de finesse commencèrent à la traiter comme une dépravée, une femme de petite vertu, vénale et corrompue ou bien c’est elle peut-être qui changeait et que l’apprentissage du sexe flétrissait. Elle n’avait plus la grâce d’une vierge dévergondée, ni l’énergie d’une furie divine, ni même la violence solaire des renégats, elle n’avait plus que le charme usé et triste des filles qui s’offrent et aiment ça ou qui ont l’air d’aimer ça. Elle était allée trop vite, trop fort. Peu à peu elle perdit le goût de ses revanches sacrilèges, son visage avait changé, il avait perdu sa lumière, son auréole d’ange illuminé, le vent de la rébellion ne soufflait plus mais seulement l’air fétide de l’abjection, qui l’étouffait. Sans pouvoir désormais orchestrer leurs ébats ni même se réjouir de leurs outrances, elle se laissait « consommer » parfois par plusieurs, multipliant les orgies auxquelles malgré ses révoltes elle n’était pas préparée.  Elle avait présumé de ses forces et devenait la proie facile de tous les vicieux et les drogués de ce midi pourtant ensoleillé où partie de Paris elle était enfin arrivée. Elle n’avait plus d’économie et fut contrainte de jouer son corps pour survivre, de le piquer aussi pour retrouver l’espoir à force de dégringoler jusqu’à ce qu’une crise de démence et de manque la sauve ou enfin l’oblige à dormir et à vagabonder, paumée, dans les couloirs de quelque clinique pour ceux que la vie a déglingué.</p>
<p>Mais c’est une autre histoire, une autre vie ou plutôt un autre morceau de vie et c’est pourquoi aujourd’hui elle aime tant la vie, et passe pour une illuminée, tout juste guérie de fulgurants espoirs désespérés.</p>

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		<title>Galouzeau, roi de la métaphore</title>
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		<pubDate>Sun, 29 Aug 2010 16:24:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lrosenzweig</dc:creator>
				<category><![CDATA[La chronique de Luc Rosenzweig]]></category>

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Dans l’opus que Le Monde s’est empressé de publier sans même  le soumettre à la lecture pointilleuse des secrétaires de rédaction,  Dominique Galouzeau de Villepin, ci-devant premier ministre et aspirant à  la plus haute fonction de la République, s’est déchaîné contre son  ennemi intime Nicolas Sarkozy. Et quand Galouzeau est en [...]]]></description>
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<p>Dans l’opus que <em>Le Monde</em> s’est empressé de publier sans même  le soumettre à la lecture pointilleuse des secrétaires de rédaction,  Dominique Galouzeau de Villepin, ci-devant premier ministre et aspirant à  la plus haute fonction de la République, s’est déchaîné contre son  ennemi intime Nicolas Sarkozy. Et quand Galouzeau est en colère, côté  style, ça déménage ! Il pleut des métaphores comme à Gravelotte. Passe  encore pour la <em>« tâche de honte sur notre drapeau »</em> déposée à  Grenoble par le président en exercice. Aurait-il lu Philippe Roth ?  Cette tache nous plonge dans la perplexité quant à sa nature.</p>
<p>Mais la franche rigolade est de mise lorsqu’on découvre les figures  de style villepiniennes qui nous invitent à constater, par exemple, que <em>« la  rupture ente le sommet de l’Etat et la nation est en marche ».</em> Je  dirais même plus : la rupture, elle court ! Il accuse également notre  président et ses courtisans de tenter de réveiller <em>« L’hydre (qui  sommeille) au fond de chacun de nous »</em>. Il ne peut s’agir que d’une  version parasite, style ténia, de l’hydre de Lerne, dont Hercule  trancha d’un seul coup d’épée les sept têtes. Quelle horreur ! Ce Sarko  est pire qu’un monstre ! Il invite d’autre part les hommes politiques à <em>« se  hisser au delà des arrière-pensées électorales »</em>. Comme il est  déjà pour le moins hasardeux, stylistiquement, de se hisser au-delà de  la pensée, il faut être un cador de la poésie comme Dominique pour  réaliser cet exploit <em>« au-delà de l’arrière »</em>. On a pu entendre  quelques commentateurs de la radio publique française qualifier cette  prose de « gaullienne ». Disons plutôt : gaugaullienne.</p>

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		<title>Grande Mosquée sur Ground Zero : Obama se trompe</title>
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		<pubDate>Fri, 27 Aug 2010 20:45:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lsoulahbib</dc:creator>
				<category><![CDATA[Politiques]]></category>
		<category><![CDATA[Événements]]></category>

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C&#8217;est une très mauvaise idée en réalité puisqu&#8217;il sera possible de dire que sans le 11 septembre il n&#8217;y aurait jamais eu ce centre, tenu certes par un modéré, du moins paraît-il, un soufi, tendance ultra-minoritaire en Islam cependant et souvent pourchassé par les autres sectes musulmanes. Certains, et parce que le soufisme semble être [...]]]></description>
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<p>C&#8217;est une très mauvaise idée en réalité puisqu&#8217;il sera possible de dire que sans le 11 septembre il n&#8217;y aurait jamais eu ce centre, tenu certes par un modéré, du moins paraît-il, un soufi, tendance ultra-minoritaire en Islam cependant et souvent pourchassé par les autres sectes musulmanes. Certains, et parce que le soufisme semble être compatible avec la perception eurocentriste de l&#8217;islam, voudraient néanmoins encourager cette tendance dont le rédacteur en chef de <strong><a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/ext/http:/www.newsweek.com/2010/08/06/the-real-ground-zero.html">Newsweek Fareed Zakaria</a></strong>.</p>
<p>Pourquoi pas ? Mais pas au détriment préalable d&#8217;une clarification entre islam et islamisme qui n&#8217;existe que dans les têtes occidentales projetant encore une fois leur propre vision de la &laquo;&nbsp;paix&nbsp;&raquo; qui, en islam, ne peut être qu&#8217;une paix &laquo;&nbsp;musulmane&nbsp;&raquo; c&#8217;est-à-dire la Sharia. Dans ces strictes conditions, le débat, relancé également par Obama récemment, ne consiste pas à dire que l&#8217;islam ce n&#8217;est pas Ben Laden et donc il faudrait promouvoir le &laquo;&nbsp;vrai&nbsp;&raquo; islam puisque c&#8217;est précisément le contraire qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;observer : Ben Laden c&#8217;est lui le vrai islam, fidèle aux <strong><a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/ext/http:/www.lefigaro.fr/international/2009/09/21/01003-20090921ARTFIG00402-virginie-une-ecole-islamique-dechaine-les-passions-.php">principes hobbesiens</a></strong> d&#8217;extension et de domination de tout corps constitué et désirant persévérer dans son être, ce qui est humain.</p>
<p>Ainsi, <strong><a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/ext/http:/www.lepoint.fr/societe/agresse-parce-qu-il-n-a-pas-respecte-le-ramadan-23-08-2010-1227824_23.php">et si l&#8217;on en croit le Point.fr</a></strong>, de plus en plus de gens sont attaqués durant le ramadan en France, ce qui est tout à fait normal selon ces mêmes principes.</p>
<p>Or, les musulmans qui ne seraient pas d&#8217;accord avec cette perception absolue, et qui donc admettraient que la paix ce n&#8217;est pas seulement la leur, mais aussi le partage de valeurs communes avec d&#8217;autres civilisations, doivent dans ce cas montrer non pas dans le Coran mais dans les faits en quoi leur islam diffère du sien à Ben Laden. Car dans tous les pays musulmans l&#8217;islam y est pratiquement celui de Ben Laden, et dans ces pays, la paix n&#8217;est pas fameuse… En fait Ben Laden voudrait aller plus loin encore dans l&#8217;application intégrale de l&#8217;islam, il y a une différence de degré pas de nature, c&#8217;est tout.</p>
<p>Obama devrait plutôt expliquer que si certains musulmans sont en désaccord avec Ben Laden c&#8217;est bien parce qu&#8217;ils ont intégré certaines valeurs universelles découvertes en Europe et qui aujourd&#8217;hui se répandent comme autant de techniques mentales de vie et d&#8217;organisation sociale, à la façon de l&#8217;électricité, internet, le moteur à explosion.</p>
<p>Dans ces conditions il n&#8217;y a aucune raison que ces musulmans poursuivent la même voie que Ben Laden concernant la place des femmes, le voile, le hallal, voire même l&#8217;alcool et le porc, pourquoi pas ? Les juifs ont fait d&#8217;ailleurs ce pas: on peut être juif et manger du porc, mais il est vrai que être juif c&#8217;est avant tout être membre d&#8217;un peuple plus que d&#8217;une ethnie, ce qui diffère des musulmans, contrairement à ce qu&#8217;avancent certains croyant que l&#8217;islam est une race, ce qui est un mensonge éhonté, à moins que cela soit une race métaphysique, et l&#8217;on tombe dans la politique, avec une ressemblance nette avec le nazisme qui lui aussi se considérait comme une idéologie de la race.</p>
<p>Mais comme l&#8217;islam n&#8217;est pas une race, les musulmans ont donc tout le loisir d&#8217;inventer l&#8217;islam de leur temps sans pour autant se référer à des pratiques qui correspondent justement à l&#8217;islam de Ben Laden. Car si l&#8217;on veut prouver que l&#8217;islam diffère vraiment de celui de Ben Laden, c&#8217;est simple, il suffit d&#8217;abandonner tous les préceptes qui le rappellent. Si ce n&#8217;est pas le cas, on peut avoir des doutes sur la différence supposée radicale entre l&#8217;islam de Ben Laden et l&#8217;autre islam. Comme on avait déjà des doutes sur l&#8217;islam soviétique ou maoïste ou l&#8217;autre communisme qu&#8217;un Badiou ou un Besancenot prétendent encore trouver sous un fer à cheval. En tout cas l&#8217;islam qui différerait radicalement avec celui de Ben Laden n&#8217;est pas encore né, cela se saurait.</p>
<p>Il suffit de se demander comment vivent les gens sous domination musulmane même modérée hormis deux à trois pays : pas ou peu de cinéma, pas de théâtre, de concerts, de danse, pas de mixité également dans les rares lieux qui existent encore ; ne parlons pas des musées, bibliothèques, librairies etc&#8230; Et là, il s&#8217;agit de pays non encore benladenisés c&#8217;est-à-dire ne vivant pas encore sous le &laquo;&nbsp;vrai&nbsp;&raquo; islam&#8230;</p>
<p>Pour marquer votre inquiétude, vous pouvez l&#8217;indiquer en joignant les rasssemblements prévus le 4 septembre pour défendre l&#8217;idée d&#8217;une République démocratique et laïque : </p>
<p><strong><a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/ext/http:/cjoint.com/data/iykfkSXjIp_double-recto-verso.pdf">http://cjoint.com/data/iykfkSXjIp_double-recto-verso.pdf</a></strong></p>

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		<title>Réflexions sur les origines de la nouvelle judéophobie en Occident, inspirées par Emmanuel Levinas</title>
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		<pubDate>Fri, 27 Aug 2010 20:36:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jsphilippart</dc:creator>
				<category><![CDATA[Frances]]></category>
		<category><![CDATA[Philosophies]]></category>
		<category><![CDATA[Politiques]]></category>

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« La nouvelle judéophobie planétaire […] ne se fonde pas sur une théorie raciste, elle consiste au contraire à retourner contre les Juifs l&#8217;accusation de ‘‘racisme’’. Elle se donne donc pour une position  ‘‘antiraciste’’. »  
Pierre-André Taguieff[i]  
Le grand succès en librairie, pour un ouvrage classé dans les sciences humaines, du livre de Shlomo Sand paru il n’y a [...]]]></description>
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<p><em>« La nouvelle judéophobie planétaire </em>[…]<em> ne se fonde pas sur une théorie raciste, elle consiste au contraire à retourner contre les Juifs l&#8217;accusation de ‘‘racisme’’. Elle se donne donc pour une position  </em>‘‘antiraciste’’. <em>»</em>  </p>
<p>Pierre-André Taguieff<a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn1">[i]</a>  </p>
<p>Le grand succès en librairie, pour un ouvrage classé dans les sciences humaines, du livre de Shlomo Sand paru il n’y a pas si longtemps, <em>Comment le peuple juif fut inventé</em> (Fayard, 2008), pose encore une fois la question de l’imposante irrationalité qui se décharge automatiquement dans les lieux communs occidentaux lorsqu’il s’agit d’Israël. Que signifie de la part du public intello cet accueil d’un travail qui n’est jamais qu’une énième et laborieuse variation déconstructiviste sur le thème du mythe de l’identité (que « le nouvel historien » concède pourtant aux Palestiniens) ? Pourquoi se laisse-t-on séduire par l’absurde dénégation postmoderne du réel sous prétexte que toute réalité implique une conscience, en l’occurrence celle d’un peuple, laquelle est toujours un travail, une construction (mais qui ne revient en définitive à personne, soutient le déconstructiviste qui s’est fixé pour tâche de tout nier, y compris lui-même) ? C’est que Shlomo Sand rejoint ainsi les cohortes de pacifistes qui, depuis les années 70 et par le biais du thème des « spoliations terriennes », de « l’apartheid » et son plan « d’épuration ethnique », visent un crime impardonnable, ontologique : l’existence d’Israël. <em>« L’Allemand coupable du nazisme et non de l’Allemagne, l’Italien coupable de Mussolini et non de l’Italie, le Français coupable de Vichy et non de la France s’en tirent mieux</em>…<em> »</em><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn2">[ii]</a> Une chose est de considérer la réponse juive, le retour à la patrie ou sa fondation, comme n’épuisant pas la question, une autre est de réduire cette réponse à une nature criminelle. L’intensité de l’effort à déconstruire pointe de cette manière vers <em>autre chose</em> qu’une <em>critique</em>. Autrement dit et pour le dire sans ménagement, l’antisionisme contemporain — devenu l’évidence des bien-pensants — constitue pour le moins, par son agitation extrême (en particulier sur le Net), un acte complice de judéophobie.  </p>
<p>Pourquoi donc tant de haine ? Pourquoi Israël doit-il systématiquement incarner aux yeux de tous ceux qui se disent « progressistes » la scène où se joue l’humanité du monde entier contre la barbarie dans sa pureté<a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn3">[iii]</a> ? Parce qu’à l’heure du cosmopolitisme,                     « l’ultranationalisme » israélien, trahissant « l’essence » du juif errant (comprenons : reniant le nomadisme ou transnationalisme tant à la mode), viendrait comme un cheveu sur la soupe ? Parce que <em>Tsahal </em>(qui ne guerroie pas mais « massacre ») bousculerait le schéma mental attaché à l’antique figure du « bouc émissaire » ? Parce que l’Etat d’Israël, à titre d’indemnisation « au détriment des Palestiniens », serait né de la honte occidentale ? Parce que l’Etat hébreux constituerait « au Sud » le bras droit de « l’impérialisme américain » ?  </p>
<p>En réalité, ces hypothèses se rassemblent et se fondent en s’inscrivant dans le tréfonds de la judéophobie dont Emmanuel Levinas a su, dès les débuts de son œuvre, condenser l’essence en une formule lapidaire que nous allons tenter de dérouler avec lui pour comprendre la nouvelle judéophobie comme l’une de ses modalités : <em>« Derrière l’envie ou l’intolérance qui le dissimulent, il </em>[l’antisémitisme]<a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn4">[iv]</a><em> est la révolte de la Nature contre la Surnature </em>[…]<em>. »</em><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn5">[v]</a> La vérité posée en ces termes doit être entendue dans sa résonance phénoménologique.  </p>
<p style="text-align: center;">_______________  </p>
<p> </p>
<p>La judéophobie ne se confond pas d’abord avec le racisme : il n’en est pas une expression. <em>« Dans l’expression du racisme, on ressent l’identité humaine uniquement à partir de sa persistance dans l’être, en faisant valoir les différences qualitatives, les attributs, comme dans l’appréciation des choses qu’on veut posséder ou rejeter. »</em><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn6">[vi]</a> Dans une vision hallucinante-hallucinée, le raciste vise l’autre comme un objet dont il appréhenderait tous les côtés. Il le fixe en résumant son être dans une nature, une totalité de prédicats, un type qu’il classe catégoriquement, jugeant qu’il ne peut pas partager le même monde ou l’ordonnant à une hiérarchie. Autrement dit, le racisme n’épuise pas toutes les possibilités du mal.  </p>
<p><strong> </strong>  </p>
<p><strong>1.  La motivation transcendantale de la haine</strong>  </p>
<p>L’intentionalité de la haine dans sa pureté vise en réalité <em>(l’)au(-)delà de l’être</em>. Originairement, elle ne hait pas la différence mais l’altérité : <em>« c’est l’altérité qui fait la différence. »</em><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn7">[vii]</a> L’altérité, c’est — par delà ce qui se sent et se représente, par delà l’être et le genre — ce qui rend chaque homme, chac’un, unique. L’altérité, c’est le fait qu’il y a de l’infigurable.  </p>
<p>Ce qui sollicite la haine n’est pas, en d’autres termes, la résistance qu’opposerait la liberté d’autrui ne cédant pas à notre bon vouloir. Il n’y est pas d’abord question d’une épreuve de force ou d’un très grand pouvoir qui infléchirait une autre volonté et motiverait de la sorte sa rébellion. La volonté de réduire l’autre au néant se porte vers ce qui dépasse absolument le pouvoir ou l’impuissance : « l’infigurabilité » ni vue, ni touchée, qui scintille dans le yeux d’autrui. Infigurabilité qui ne se mesure à rien et de la sorte désarçonne en profondeur, sans repli possible, ce qui ne peut rien contre elle ; l’infigurabilité <em>« paralyse le pouvoir même de pouvoir. »</em><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn8">[viii]</a> La haine surgit originairement de ce <em>dérangement</em>.  </p>
<p>L’énergie, la spontanéité du désir meurtrier se fonde alors sur cet ajustement <em>à ce qu’il ne peut absolument pas atteindre</em>. <em>« L’altérité qui s’exprime dans le visage fournit l’unique ‘‘matière’’ possible à la négation totale. »</em><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn9">[ix]</a> Motivé par ce qu’il ne peut atteindre, puisque la matière, infiniment, lui échappe, le désir n’est pas encombré par la prise où sommeille toujours la crispation. Le pouvoir qu’exerce la haine sur la chair meurtrie vise donc au delà de ce qu’il peut viser : la haine reconnaît (d’une connaissance non thématique) à sa façon l’entière indépendance de l’autre.<a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn10">[x]</a>  </p>
<p>Aussi, ayant tranché en faveur d’Aristophane dans <em>Le Banquet</em>, la psychanalyse rivée au registre du manque et/ou de la possession, restitue les choses dans le mauvais sens. A travers le prisme du complexe d’Œdipe, les intentions criminelles apparaissent divines, naturelles, liées au destin, et surmontées, refoulées par la promulgation paternelle de la Loi qui, par son interdiction, autorise le sujet à désirer. La psychanalyse, pourrait-on dire, met la charrue avant les boeufs. Certes la haine fratricide de Caïn s’inscrit également dans une rivalité mimétique. Mais, face à Dieu, la parole de Caïn : <em>« Je n’ai pas su »</em>, signifie précisément que, s’étant détourné de l’au-delà, celui-ci s’ignorait comme meurtrier. Après coup, il se découvre tel, son geste allait plus loin qu’il ne le pensait : <em>« l’œil était dans la tombe et regardait Caïn. »</em>  </p>
<p><strong> </strong>  </p>
<p><strong>2.  La judéophobie comme forme de la haine pure</strong>  </p>
<p>La judéophobie constitue la forme historique la plus frappante de la haine pure. C’est que le judaïsme, avant de se distinguer comme façon de comprendre, professe la séparation de l’homme d’avec le monde. <em>Le Juif s’exprime originairement comme trace de l’au-delà </em>; l’homme de la culture du Livre habite le monde à titre d’invité. Il n’est pas attaché au monde, mais à son Créateur. Avant de se donner en représentation, signe d’une jouissance comblée où la réalité se répète dans l’apparence et la théâtralité, <em>la conscience juive</em> est celle d’une gratitude s’offrant comme l’ouverture de l’homme à ce qui <em>excède</em> la conscience : l’Infini, le Bien, Dieu. « Au-delà » absolument incompréhensible, au delà du sensible, au delà de la confusion païenne du visible et de l’invisible, au delà des idéaux projetés par les pulsions : Dieu unique. Gratitude ou inquiétude (culpabilité sans faute) qui interdit de se croire pleinement souverain et ouvre au sens du provisoire. Le Juif se dresse ainsi face à l’idolâtre qui, ignorant la transcendance, se satisfait du monde, se repose sur lui ; idolâtre qui, persévérant dans l’être, comprend l’infini dans le fini — structure même du fétichisme.  </p>
<p>Mais le Juif n’a pas à mourir au monde et s’abîmer dans la contemplation de l’Autre : <em>« cette différence entre le moi et le monde est prolongée par des obligations envers les autres. »</em><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn11">[xi]</a> C’est dans l’attention aux autres que l’Autre est reconnu.  </p>
<p>Par son enseignement, le judaïsme communique ainsi le sentiment d’étrangeté qui n’est pas le dépaysement ; il communique <em>« son inquiétude du bien. »</em><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn12">[xii]</a> Face à l’évidence où se love l’existence, il oppose une loi qui n’est pas de ce monde. Le Juif où passe l’irréductible étrangeté, déjoue le solide, défait le préjugé, secoue l’inébranlable, juge l’histoire plutôt que de paraître devant elle. C’est ainsi que l’historien rejoint le philosophe : <em>«</em> […] <em>la tradition de Moïse, la seule à sevrer l’homme de la nature, à combattre férocement les idoles en bois et en pierre, décréta illusoire et même sacrilège le rêve immortel, suscitant de la sorte une résistance permanente, et des résistances et des haines qui allaient en même temps à ces porteurs incarnés de l’Ancien Testament qu’étaient, aux yeux du monde, les Juifs — quoi que ceux-ci puissent dire ou faire.</em> <em>»</em><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn13">[xiii]</a>  </p>
<p>Mais à travers l’image du Juif projetée par les yeux du monde, perce réellement depuis l’altérité une mise en question plus profonde que n’importe quelle attaque : la <em>distance</em> — face à l’univers politique, face à une conceptualité qui enserre les individus, face à l’Etat que l’on doit servir — qu’<em>« une fidélité à des souvenirs et à un livre »</em><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn14">[xiv]</a> a su entretenir, la <em>conscience</em> d’un peuple <em>un</em> dans les migrations, parmi les nations, <em>« à travers les ères diverses et contradictoires de l’Histoire »</em><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn15">[xv]</a>. Et c’est bien cette étrangeté irréductible à quelque nationalité et s’inscrivant dans la filiation qui unit le Juif athée au religieux.  </p>
<p>Que l’au-delà ou l’absolument autre soit appelé « Dieu », n’a pas ici d’importance. Pour le phénoménologue, il se signifie dans un bouleversement radical de la conscience, son délogement. Bouleversement qui n’est pas vécu (sauf, d’une certaine manière, chez le psychotique) mais structure précisément le sujet en disposant son œuvre critique sur le fond d’une impossibilité à occuper son foyer, en permettant donc à la réflexion de se poursuivre, d’être à chaque fois relancée. De la même manière, lorsque Levinas traite du paganisme, il pointe, en deçà de tout contenu théologique, cette tendance de l’être à persévérer spontanément dans son être. Autrement dit, il s’agit d’appréhender la conscience juive en tant que culture exposant originairement et dévoilant singulièrement la trace de l’au-delà que recèle l’humanité.  </p>
<p>Le lexique judéophobe moderne — centré sur l’invisibilité des Juifs, leur manière sournoise d’agir, leur regard fuyant, sur l’angoisse d’une société secrète, d’un pouvoir occulte, d’un complot international, sur l’infection, le parasitisme que représentent les Juifs disséminés partout dans le monde — vise donc précisément, <em>« dans le langage du ressentiment »</em><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn16">[xvi]</a>, cette étrangeté, cette insaisissabilité qui interroge l’existence, l’oblige à ne pas aller sans dire.  </p>
<p>La théorie du complot est en effet incontestablement liée à l’avènement de la démocratie. Etant donné le travail du doute consubstantiel au régime moderne, étant donné  l’impossibilité pour le peuple souverain, en l’absence d’un pouvoir qui lui donnerait corps en le figurant, de se rendre visible, <em>« le complot serait l’élément-clé de l’imaginaire qui permettrait aux agents sociaux de se rendre intelligibles les mécanismes du pouvoir. »</em><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn17">[xvii]</a> Les Juifs apparaissent ainsi comme les agents de la dissolution sociétale.     </p>
<p>Mais, bien qu’il ne faille pas confondre toutes les époques où s’identifient à chaque fois un mode particulier de la judéophobie et qu’il faille souligner naturellement la spécificité du nazisme (qui n’est pas une extension logique de la judéophobie chrétienne dont l’Eglise a su se départir), il n’en reste pas moins que l’on retrouve au Moyen Age, par exemple, autre chose qu’une simple accusation de déicide. Comme l’indique Léon Poliakov<a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn18">[xviii]</a>, l’anxiété suscitée par le Juif s’expliquerait au fond en tant que conscience <em>faussée</em> par la présence de ce qui  démentirait de soi la croyance en la résurrection du Christ, voie royale à une Eglise triomphante. Ainsi le marquage et la ghettoïsation renvoient à la nécessité de cerner celui dont la ruse va jusqu’à pousser les hommes à nier son existence : Satan. Et par un retournement mythifiant, la terreur dote les Juifs refusant la nouvelle Alliance d’un pouvoir magique : leurs tribulations deviennent la preuve de l’existence de Dieu.  </p>
<p>C’est bien là à une démonologie que nous avons déjà affaire ; une démonologie que l’Eglise, à l’époque, n’a pas su dominer, complice qu’elle était du rêve immortel mettant en cause l’inquiétante étrangeté des Juifs.  </p>
<p style="text-align: center;">_________________ </p>
<p> </p>
<p>Venons-en maintenant à la nouvelle judéophobie. Notre thèse : celle-ci plonge ses racines à la confluence du marxisme et du postmodernisme. Mieux : la judéophobie des progressistes s’approfondit et renouvelle son printemps au contact du postmodernisme.  </p>
<p><strong> </strong>  </p>
<p><strong>1.  La judéophobie marxiste</strong>  </p>
<p>Le marxisme, quoi qu’on dise, quoi qu’il dise, qu’il ait fait ou fasse encore, continue de faire bonne figure. Les belles âmes pérorent toujours que la solution finale à la misère sociale tient au renversement de l’exploitation de l’homme par l’homme, que le discours dominant reflète les intérêts de la classe dominante, que les raisons d’un phénomène relèvent de ses causes socio-économiques… En bref : « Sale bourgeois ! » sonne toujours comme un pléonasme et le libéralisme économique constitue la source doctrinale de tous les maux sociétaux pour les cohortes d’intellocrates qui n’ont pas commis « la faute » d’être « de droite ».  </p>
<p>Le spectre de Marx hante et captive les bonnes volontés en se diffusant dans un lieu commun : le dessein communiste n’est absolument pas rabattable sur la corruption du dessein ; l’idéal communiste de justice qui inspire encore tant d’hommes aujourd’hui ne correspondra jamais au projet exécuté par les nazis. Il serait temps d’en finir avec ce lieu commun.  </p>
<p>Outre que la notion de « classe sociale », malgré sa popularité, n’a jamais été un concept valide, puisque, démarquant les groupes par des facteurs économiques comme le revenu, la fonction économique et la relation à un système de production, elle regroupe de ce fait des critères hétérogènes ; outre que notre société apparaît depuis longtemps comme post-industrielle ; outre que le prolétariat ne peut pas, en tant que masse des défavorisés, accéder au pouvoir puisque celui-ci est réservé, par définition, à une minorité privilégiée — le marxisme est indéfendable parce qu’il constitue, pour reprendre Poliakov, une <em>« diabolectique »</em><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn19">[xix]</a>  </p>
<p>Le marxiste à la base, en effet, n’invoque pas un enchaînement causal, mais un ordre invisible dans l’enseignement immédiat de la conscience : la loi de l’Histoire. Les actions humaines sont subordonnées à une fin, un dessein voulu par l’Histoire et produit par <em>sa ruse</em>. Les hommes, instruments aveugles de l’Histoire, ne savent pas ce qu’ils font. Ainsi, l’anéantissement du capital provient de ses propres forces : la bourgeoisie, croyant agir dans son intérêt, creuse en réalité sa propre tombe. La marche de l’Histoire implique donc une confusion entre moralité et conceptualité. Le capitaliste est <em>« le capital fait homme »</em><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn20">[xx]</a> et le capital n’est rien d’autre qu’un <em>« vampire »</em><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn21">[xxi]</a>. Ainsi, une classe sociale, la bourgeoisie, est personnifiée par diabolisation (c’est une entité mauvaise par essence) et jaillit la monstrueuse notion de « culpabilité objective » et son corollaire « la trahison objective ». Il incombe au marxiste, animé par son entrevision de la fin de l’Histoire, de se conformer à l’élaboration du processus, d’activer donc <em>la purge</em>.  </p>
<p>Or, à l’échelle planétaire, qui ? selon Marx, incarne, tapi dans l’ombre des tyrans, l’âme diffuse du capital millénaire, dissolvant la couleur et la saveur du monde, des époques, et toutes les formes que l’on juge sacrées, dans le flux glacé du profit ? <em>« Les marchands d’argent juifs… »</em><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn22">[xxii]</a>   </p>
<p><strong> </strong>  </p>
<p><strong>2.  Le délire postmoderne</strong>  </p>
<p>Le postmodernisme se donne comme un approfondissement du marxisme en ce qu’il recherche <em>une liquidation totale du principe de propriété</em>.  </p>
<p>La sphère du privé, du sujet, du propre, est pour le philosophe postmoderne un mythe. Mythe de l’identité ou de l’appropriation (de soi) qui constitue l’essence « désastreuse » de l’Occident. Le diagnostic que pose le postmoderne est alors proprement délirant : <em>« L’idée même du mythe résume peut-être à elle seule ce qu’on pourra nommer tantôt l’hallucination, tantôt l’imposture de la conscience-de-soi d’un monde moderne qui s’est exténué dans la représentation fabuleuse de sa propre puissance. L’idée du mythe concentre peut-être à elle seule toute la prétention de l’Occident à s’approprier sa propre origine, ou à lui dérober son secret, pour pouvoir s’identifier enfin, absolument, autour de sa propre profération et de sa propre puissance. L’idée du mythe présente peut-être à elle seule l’Idée même de l’Occident, dans sa représentation et dans sa pulsion permanentes d’une remontée à ses propres sources pour s’y réengendrer comme le destin même de l’humanité. »</em><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn23">[xxiii]</a> Or, le mythe d’une humanité qui s’engendre d’elle-même est la formation du <em>mythe aryen</em>.  </p>
<p>Autrement dit, la volonté techno-scientifique en tant que déploiement du mythe occidental de la conscience, de la raison qui s’empare de l’Etre, conduit à la production d’une industrie qui ne fait absolument plus rien d’autre que d’éliminer <em>purement et simplement</em> : la boucle est bouclée par le nihilisme comme machine de mort. <em>« </em>[…] <em>l’Extermination </em>[Auschwitz]<em>, est à l’égard de l’Occident la terrible révélation de son essence. »</em><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn24">[xxiv]</a>  </p>
<p>Le postmodernisme se propose donc d’interrompre le cycle infernal du mythe de la conscience de soi en célébrant <em>le</em> <em>désoeuvrement</em>. Le pouvoir (dans tous les sens du terme), le savoir, le principe d’identité (« la loi est la loi ») — c’est-à-dire l’emprisonnement, l’interdiction, la sélection —, ne sont pas discutables parce que toute discussion sensée n’opposera jamais que <em>des raisons</em> à la Raison. La critique du pouvoir demeure une forme de pouvoir. Il ne s’agit donc pas de réfuter le principe d’identité ou de propriété mais de montrer comment, de manière générale, chaque chose est entamée par son contraire, son double. Une contrariété qui n’invite pas au dépassement selon la loi de la dialectique (thèse / antithèse &#8211; synthèse), mais <em>paralyse</em> le sujet en ce qu’il endure l’indécidable : le double sens n’est pas maîtrisable.  </p>
<p>Il y aurait de la sorte, selon le postmoderne, toujours deux choses  dans une chose : elle-même et son simulacre et ce ne serait jamais la même chose que l’on retrouverait derrière lui. Décider, en général, ce serait ainsi faire violence, trancher, en découpant arbitrairement des catégories dans la dissémination essentielle du réel.  </p>
<p>L’impossibilité de discerner entre le bien et le mal, entre l’un et l’autre, telle est l’amoralité de l’histoire (c’est-à-dire d’une fable) pour le postmoderne. Il n’y a donc rien à faire puisque rien n’arrive <em>vraiment.</em> (De la même manière, ce que nous « pensons » être arrivé est, en fait, « peut-être » arrivé, « nous n’en savons rien ». Autrement dit, l’événement est de fond en comble indicible, il est arrivé en même temps que pas encore arrivé ; n’ayant jamais lieu (au présent), il échappe de la sorte à la re-présentation.)  En toute rigueur postmoderne, il faut s’en tenir à l’impossible.  </p>
<p><strong> </strong>  </p>
<p><strong>3.  Postmodernisme et politique</strong>  </p>
<p>Sur le plan politique, <em>« il faut »</em> également que <em>« la communauté résiste à sa propre mise en œuvre »</em><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn25">[xxv]</a>.  </p>
<p>Au lieu du dialogue, de l’échange, l’articulation de la voix signifie aux yeux du postmoderne que le moi n’a pas pris la parole, parce que dans la parole, on ne s’entend guère parler mais on entend que de l’autre parle en soi. Ce qui, en un sens, détermine la structure même de l’inspiration (« Je est un autre »). Sauf qu’il appartient au sujet de reprendre à son compte l’inspiration sous peine d’expirer dans la folie. Mais le postmoderne ne saurait tolérer un quelconque retour à soi. S’agit-il alors que nous succombions tous à la folie, passionnément ? Rien de plus normal puisque la folie, la fragmentation mortelle du sujet, est pour le postmoderne l’essence du désir que la société moderne réprime en l’assujettissant à la passivité (en retournant le désir contre soi, en bouclant le désir : le désir souffre ainsi d’être maîtrisé, d’être laissé en souffrance). Il faut libérer la folie (ce que la raison ne comprend pas) qui n’est pathologique que dans cette mesure où elle est contenue dans un sujet enfermé, circonscrit par le savoir en place. Le mot d’ordre postmoderne est donc <em>« la joie devant la mort »</em><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn26">[xxvi]</a>.  </p>
<p>Mais quand le postmoderne dit <em>« il faut que la société… »</em>, il ne vise personne : <em>« (Je dis : ‘‘il faut…’’ — et cela ne peut être ordonné par aucune volonté, à aucune volonté. Cela ne peut faire l’objet, ni d’une morale, ni d’une politique de la communauté. Et pourtant, c’est prescrit… Et une politique peut en tout cas se donner pour objet que cette prescription puisse toujours se frayer un libre accès.) »</em><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn27">[xxvii]</a> Nous retrouvons ici sous le thème du désoeuvrement, de l’expropriation totale du sujet s’illusionnant sur son droit de propriétaire, le travail d’une puissance anonyme, advenant par prosopopée ; c’est plus fort que soi : il faut que le postmoderne déconstruise ce qui ne se déconstruit pas encore. « C’est impossible et cela se fait. »  </p>
<p>Cet oeuvre de mort est naturellement présente pour le postmoderne dans le projet politique moderne arrivé à maturité : la démocratie au sein de l’Etat-nation.  </p>
<p>Le projet moderne s’ouvre en effet selon lui dès l’abord en guise d’« immunisation ». Allergique à l’autre, à l’étranger, etc., le principe de souveraineté nationale émerge comme un vaccin contre l’autre. Mieux : le principe d’autonomie ne congédie pas seulement l’autre, mais l’exposition même à l’autre. De la même manière, le Droit, élément du calcul égoïste sur lequel repose la société, est par essence arbitraire et donc fondamentalement violent, puisque, en tant que fondement, « il n’est absolument pas fondé ».  </p>
<p>Cependant, <em>à son comble</em>, l’immunisation est conduite, pour le coup, à s’immuniser elle-même. La souveraineté, dans le moment même où elle s’approprie son autonomie, <em>s’auto-immunise</em>. Elle se déconstruit elle-même et réouvre <em>la faille</em> de la communauté où <em>le même et l’autre sont le semblable</em>. Voilà la démocratie souveraine ou la souveraineté démocratique qui creuse en soi le jeu des différences parasitant la volonté générale.  </p>
<p>La communauté s’immunise contre sa propre immunité, défait la protection de l’agent comptable, mais l’Etat-nation accuse le coup : il sait tirer parti de son déficit. Il faut donc penser l’impensable : l’au-delà de la souveraineté qui fait le jeu de la démocratie ou l’au-delà de l’inconditionnalité de la Justice qui n’existe pas sans les conditions du Droit. <em>Il ne doit plus rester de réserve, de calcul, la dépense doit être totale</em> : l’auto-immunisation doit s’emballer, s’affoler, la démocratie se suicider pour laisser infiniment béante une communauté dont la folie ne se concevrait absolument pas. Il faut atteindre (« sans l’atteindre », dira le postmoderne) la fin interminable d’un désespoir dont l’incessante oscillation du « peut-être » empêchera à jamais la pensée d’accomplir son œuvre « totalitaire » de pensée.  </p>
<p>Car c’est là où Marx a péché contre soi pour le postmoderne : la fin de sa diabolectique est encore un résultat, le résultat d’un calcul qui « apparaît » à la communauté, où la communauté s’apparaît à elle-même et par là <em>se retrouve</em>. Le sociologue en effet ne se départ pas du vernis de la conscience. La lutte des classes, en laquelle il pense saisir le cri de fraternité qui s’y époumone, est l’<em>objet</em> d’une étude qui présuppose que la demande émane d’un <em>sujet</em> : l’humanité qui « veut » la communauté, qui veut se réconcilier avec elle-même.    </p>
<p><strong> </strong>  </p>
<p><strong>4.  L’absurdité du postmodernisme</strong>  </p>
<p>Le lien entre postmodernisme et judéophobie va se préciser. Trois remarques d’abord, dont la dernière est capitale pour notre sujet.  </p>
<p>a) Comme y insiste Frederic Jameson<a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn28">[xxviii]</a>, attester l’éclatement du système au profit d’un pur jeu de forces hétérogènes, attester la logique dévorante du simulacre (toute chose n’est que l’imitation d’une autre), ne peut que renforcer ce qui est dénoncé et s’affirme comme une société de consommation où prévaut l’image, où tout se négocie, y compris la négociation.  </p>
<p>b) La stratégie postmoderne consiste à montrer que tout discours, de façon générale, (s’)expose d’ores et déjà (à) son autre.  </p>
<p>La spécificité du discours de Raison tiendrait-elle alors en un oubli « volontaire » déniant que rien ne peut s’approprier ? Mais — soit ce déni comporte des effets conformes à sa cause et il existe alors un niveau de discours qui échappe à la logique du désoeuvrement (et invoquer les effets pervers inhérents à toute cause, c’est s’interdire d’aller chez le médecin sous prétexte que le remède est aussi un poison.) ; — soit ce déni connaît <em>semblablement</em> des effets secondaires et il est donc vain de le dénoncer.  </p>
<p>La spécificité du discours de Raison tiendrait-elle alors à un refoulement (inconscient) du désoeuvrement ? Mais pourquoi diable se renierait-il lui-même ? Qu’il soit dans sa logique de se renier ou qu’il soit dans sa nature d’être confronté à la maladie — à nouveau, que reste-t-il à dénoncer ? Auschwitz ne serait qu’une erreur du destin ?  </p>
<p>Le postmoderne n’a évidemment que faire de ce genre d’analyse, puisqu’au fond il s’agit pour lui, sous des dehors savoureux et intellectuellement raffinés, que les esprits se <em>brouillent</em>, que la confusion soit <em>semée</em>.  </p>
<p>c) On ne le souligne pas suffisamment, mais les mots de Levinas à l’encontre du postmodernisme peuvent être très durs : <em>« L’exaltation de l’humain dans son courage et dans son héroïsme — dans son identité d’activité pure — s’invertit en conscience de faillite, mais aussi de jeu. Jeu d’influences et de pulsions. Jeu joué sans joueurs, ni enjeu, jeu sans sujets et non pas rigueur rationnelle </em>[…]<em>.</em> <strong><em>C’est ce retournement de la crise de sens en irresponsabilité du jeu qui est, peut-être, malgré son ambiguïté, la modalité la plus perversement subtile du fiasco humain. </em></strong><em>Désordre gracieux de simples reflets d’être, ressenti comme moins contraignant dans son arbitraire, cédant à la drogue, que la loi sociale et même logique, toujours répressive. »<a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn29"><strong>[xxix]</strong></a> </em>Et Dieu sait combien, pour le philosophe, le terme d’« irresponsabilité » pèse lourd… La déconstruction qui fait perdre son sérieux à l’appréhension du réel n’est pas une affaire juive : <em>« dans la ‘‘bagatelle’’, ressentie comme extase du Sacré, <strong>la loi suspendue</strong>. »</em><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn30">[xxx]</a> Le païen qui s’abîme dans l’équivoque qu’il prend pour une énigme se ferme à la loi de l’<em>absolument</em> autre (non contaminé par la logique du simulacre) qui oriente l’existence, l’arrache à sa suffisance, lui confère un sens unique auquel les choses empruntent leur signifiance. Le crime — l’ordure (le sans-nom) étranglant le propre — se voit dès lors absous au nom du dés-ordre.  </p>
<p style="text-align: center;">__________________ </p>
<p><strong> </strong>  </p>
<p><strong>Le postmodernisme comme masque de l’irresponsabilité</strong>  </p>
<p>La renommée internationale du postmodernisme, relayé par la presse branchée, s’explique alors par le fait qu’il a rencontré deux désirs humains, trop humains. Le désir de ne pas comprendre, qui, sous couvert de lectures ou de références « savantes », — d’icônes —, préfère à la critique et aux risques qu’elle encourt, une plongée dans le coma. Et le désir de ne pas avoir de compte à rendre : <em>« Elles</em> [les théories de la déconstruction] <em>mettent l’accent sur la nature constructive, créatrice, de nos langages expressifs, tout en passant sous silence leurs horizons de signification. Et elles prennent les formes extrêmes de l’amoralisme de la créativité, tout en ignorant son contexte dialogique qui nous lie à l’autre. »</em><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn31">[xxxi]</a> Aussi : <em>« les théories néo-nietzschéennes engendrent un sentiment de liberté totale. »</em><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn32">[xxxii]</a> On le voit, ces deux désirs sont l’envers et l’endroit d’une même pièce : <em>les pacifistes veulent (qu’on leur f…) la paix !</em> Et ne dit-on pas que c’est le mort qui repose en paix ?<em> </em>  </p>
<p>Autrement dit, l’impact de l’anti-humanisme postmoderne n’est pas entier : dans l’ensemble, les belles âmes ne poussent pas le bouchon jusqu’à douter du « sentiment de soi ». En revanche, le suicide intellectuel se pratique plutôt bien : <em>le postmodernisme demeure pour lui un climat très favorable</em>. Avec lui, il n’y a pas de honte à réfuter ce que l’on avance, à proférer une chose et son contraire, à soupçonner derrière toute parole, la sienne comprise, une idéologie : tout discours articulé est, par la force des choses, suspect. <em>Voilà donc comment éviter toute confrontation avec l’ennemi : en déclarant la guerre fièrement à ses propres engagements.</em> Derrière le paravent de « la complexité » se dissimule alors la peur dissolvant à l’infini les concepts ou assumant des amalgames. Ainsi, pour l’adepte arrogant de la pseudo-pensée, « la diversité » du terrorisme peut-elle interdire sa subsomption : « le totalitarisme vert, ça n’existe pas ». Ainsi, le terrorisme lui-même peut-il devenir un effet secondaire de la domination occidentale. Ainsi, les trois mille victimes du World Trade Center et les otages décapités peuvent-ils apparaître comme les instruments du néoréactionnaire pour asseoir son argumentation. Ainsi, la distinction entre le bien et le mal n’être qu’un manichéisme arriéré. Ainsi, la quête d’objectivité ne faire que <em>dresser</em> les hommes les uns contre les autres…  </p>
<p>Depuis trois décennies, la vieille rengaine progressiste a retrouvé de la sorte son souffle, grâce à la parole inouïe de ses nouveaux maîtres à <em>dé-penser</em> sans regarder (ce qui arrive vraiment). Les esprits peuvent librement désaffecter le sensé et s’épancher dans le jeu interminable des allusions : plus rien ne les retient. La xénophilie anti-frontières devient la joyeuse hémophilie en acte de la (bonne) conscience<a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn33">[xxxiii]</a>. Les dominants peuvent ainsi avoir toujours tort parce qu’ils sont <em>a priori</em> du côté de la Raison ou de la Science, cette machine xénophobe qui, au nom de l’universel, emploie toute son industrie pour se servir elle-même. L’autre (entendons : l’homme qui ne s’enracine pas dans culture occidentale) devient <em>nécessairement</em>, au contact de l’Occident, un humilié qui, dépossédé de ses droits, a désormais tous les droits.  </p>
<p style="text-align: center;">_________________ </p>
<p style="text-align: center;">  </p>
<p><strong>Conclusion : La responsabilité d’Israël comme altérité et motivation de la haine</strong>  </p>
<p>En 1948, Israël entrait dans l’histoire. Israël reconnaissait la signification de l’Etat démocratique. Etat démocratique où, précisément, à travers la compétition politique, le pouvoir reconnaît qu’il n’est pas au principe du droit. Etat démocratique où, précisément, la confiance placée dans les bienfaits de la délibération publique et dans le caractère fondamentalement ouvert des débats, donne à la société sa légitimité. Etat démocratique où, précisément, tous les discours ne se valent pas, parce qu’ouvert à l’événement il est lié à un référent (« la chose dont on parle » (Ricœur) et non l’effet du discours)<a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn34">[xxxiv]</a>. Etat démocratique où, précisément, le cadre national empêche le débat de se répandre dans tous les sens. (Le débat public s’appuyant ainsi sur un passé commun (c’est-à-dire étudié) duquel se dégage un avenir ; la frontière conditionnant ainsi le vis-à-vis des identités.) <strong> </strong>  </p>
<p>            Mais dès le départ, dès la conception même du projet, dès que l’idée même fut émise, Israël devait affronter la haine de tous ses futurs voisins. Au milieu de terres à perte de vue et pourtant manquant cruellement d’appui dans le monde, s’instituant en <em>« l’absence de toute ‘‘position de repli préparée à l’avance’’ »</em><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn35">[xxxv]</a>, l’Etat d’Israël a — cependant — tenu bon. Ainsi, le tenir-bon dans l’impasse où des voisins incontestés précipitaient Israël et persistent à vouloir le précipiter, <em>met en exergue une réserve infinie, une intériorité — une altérité </em>: « Point de choix ! ».  </p>
<p>Altérité en tant que rapport à l’Autre, en tant que responsabilité, en tant que confiance originaire en l’avenir, non pas sur base de quelque prophétie, mais <em>à travers sa détermination</em> : la promotion des valeurs libérales ou démocratiques. La démocratie israélienne constitue, en premier chef, l’enseignement d’une <em>responsabilité absolument singulière</em>, c’est-à-dire <em>à laquelle on n’échappe pas</em> — <em>voilà ce que met en cause la haine des pacifistes.</em>  </p>
<p>Altérité en tant que rapport à l’Autre, altérité à laquelle l’Etat d’Israël a su rester fidèle et qui confère au sujet de l’histoire son sens. Sujet libre, libre donc de se fermer à sa propre responsabilité, de relâcher son attention, — mais dans ce relâchement même, sujet demeurant responsable de son irresponsabilité. Etat critiquable donc, mais, sur la scène internationale, critiquable <em>comme les autres</em>…  </p>
<p>La haine de l’altérité telle que nous l’entendons avec Levinas explique de la sorte le nouveau délire judéophobe obsédé par la résolution du conflit israélo-palestinien « que les israéliens n’ont jamais voulu et ne voudront jamais », comme s’il s’agissait de clé de la paix dans le monde<a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_edn36">[xxxvi]</a> : pensée magique, pensée païenne que l’imposture déconstructiviste soutient de part en part en lui fournissant sa drogue. Judéocentrisme postmoderne qui, face à l’engagement d’Israël qui engage l’Europe et ses valeurs libérales, se lave de toute responsabilité en retournant contre Israël l’accusation de nazisme. Et face à la haine contre Israël, des intellectuels juifs qui succombent à la fatigue…  </p>
<hr size="1" /> </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref1">[i]</a> « Prêcheurs de Haine : entretien avec Pierre-André Taguieff » in <em>Observatoire du communautarisme</em> : http://www.communautarisme.net/Precheurs-de-Haine-entretien-avec-Pierre-Andre-Taguieff_a357.html  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref2">[ii]</a> Peter SLOTERDIJK, Alain FINKIELKRAUT, <em>Les battements du monde</em>, Hachette Littératures, Paris, 2005, p. 31.  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref3">[iii]</a> Le scandaleux et parfaitement absurde amalgame entre sionisme et nazisme ne choquera pas le moins du monde les cohortes de bien-pensants.  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref4">[iv]</a> Conformément aux travaux de Pierre-André Taguieff, nous préférons le mot « judéophobie » en tant que terme générique au mot « antisémitisme » conçu alors comme la modalité de la judéophobie qui trouva sa forme extrême dans le nazisme. Cf. P.-A. TAGUIEFF, <em>La Judéophobie</em><em> des Modernes</em>, Odile Jacob, Paris, 2008, p. 1.  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref5">[v]</a> Emmanuel LEVINAS, « L’essence spirituelle de l’antisémitisme (d’après Jacques Maritain) », in  <em>Cahier de l’Herne, Emmanuel Levinas</em>, Paris, Editions de l’Herne, 1991, p. 150.  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref6">[vi]</a> E. LEVINAS, « La vocation de l’autre », in <em>Racismes</em>, Entretiens d’Emmanuel Hirsch, Paris, Le Cerf, 1988, p. 98.  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref7">[vii]</a> <em>Ibid</em>., p. 92.  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref8">[viii]</a> E. LEVINAS, <em>Totalité et infini</em>, Paris, Le Livre de Poche, 1996, p. 216.  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref9">[ix]</a> <em>Ibid.</em>  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref10">[x]</a> On sort donc ici de la dialectique sadomasochiste qui structure le rapport à autrui dans <em>L’être et le néant</em> et où la haine ne connaît que l’autre-objet.  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref11">[xi]</a> E. LEVINAS, <em>L’humanisme de l’autre homme</em>, Paris, Le Livre de Poche, 1996, p. 108.  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref12">[xii]</a> E. LEVINAS, « L’essence spirituelle de l’antisémitisme », p. 151.  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref13">[xiii]</a> Léon POLIAKOV, <em>Le Mythe Aryen</em>, Paris, Calmann-Lévy, 1971, p. 351.  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref14">[xiv]</a> E. LEVINAS, <em>L’au-delà du verset</em>, Paris, Les Editions de Minuit, 1982, p. 223.  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref15">[xv]</a> <em>Ibid</em>., p. 222.  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref16">[xvi]</a> A. FINKIELKRAUT, <em>La sagesse de l’amour</em>, Paris, Gallimard, 1984, p. 155.  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref17">[xvii]</a> Pierre NORA, « Le thème du complot et la définition de l’identité juive », in <em>Les Protocoles des Sages de Sion</em>, sous la direction de Pierre André Taguieff, tome II, Paris, Berg International,  p. 462.  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref18">[xviii]</a> Cf. L. POLIAKOV, <em>La causalité diabolique</em>, Paris, Calmann-Lévy, 1980  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref19">[xix]</a> Cf. <em>Ibid</em>., p. 200 et suivantes.  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref20">[xx]</a> Karl MARX cité par L. POLIAKOV, in <em>Ibid</em>., p. 237.  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref21">[xxi]</a> <em>Ibid</em>., p. 238.  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref22">[xxii]</a> <em>Ibid</em>., p. 227. — L’historien insiste sur le fait que l’antisémitisme de Marx, contrairement à l’opinion répandue, n’est pas accidentel ou passager.  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref23">[xxiii]</a> Jean-Luc NANCY, <em>La communauté désoeuvrée</em>, Paris, Christian Bourgois, 1999, p. 117 et 118.  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref24">[xxiv]</a> Philippe LACOUE-LABARTHE, <em>La fiction du politique</em>, Paris, Christian Bourgois, p. 63.  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref25">[xxv]</a> J.-L. NANCY, <em>Op. cit</em>., p. 188.  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref26">[xxvi]</a> Georges BATAILLE repris par J.-L. NANCY, in <em>Ibid.</em>, p. 84.  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref27">[xxvii]</a> J.-L. NANCY, <em>Ibid.</em>, p. 182.  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref28">[xxviii]</a> Cf. Richard KEARNEY, « Postmodernisme et imagination éthique », in <em>L’éthique comme philosophie première</em>, sous la direction de Jean Greisch et Jacques Rolland, Paris, Le Cerf, 1993, p. 368-374.  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref29">[xxix]</a> E. LEVINAS, <em>De Dieu qui vient à l’idée</em>, Paris, J. Vrin, 1998, p. 85. C’est moi qui souligne.  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref30">[xxx]</a> E. LEVINAS, <em>Du sacré au saint</em>, Paris, Minuit, 1977, p. 93. C’est moi qui souligne.  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref31">[xxxi]</a> Charles TAYLOR, <em>Le malaise de la modernité</em>, Paris, Le Cerf, 1994, p. 74.  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref32">[xxxii]</a> <em>Ibid.</em>  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref33">[xxxiii]</a> Il est temps que l’on cesse de brandir Levinas comme un étendard de la xénophilie. L’ouverture à l’Autre chez Levinas est un rapport à un passé ou un avenir transcendantal selon un mode différent de l’intentionalité : l’Autre ne représente personne. Autrui, quant à lui, constitue une modalité d’apparaître : la défection de la phénoménalité. Face aux autres, maintenant, au bout du montage corporel lévinassien, le moi acquiert un  droit : celui de pouvoir juger… En bref, l’éthique chez Levinas est neutre ; il est tout bonnement absurde de vouloir en tirer quelque précepte altruiste. Mais c’est probablement trop demander aux belles âmes que d’en avoir une lecture rigoureuse et de penser autre chose que ce qu’elles veulent « bien » penser…  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref34">[xxxiv]</a> Il serait intéressant d’étudier ici les conséquences d’une position comme celle de Barthes.  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref35">[xxxv]</a> E. LEVINAS, <em>L’au-delà du verset</em>, Paris, Minuit, 1982, p. 226.  </p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=3482&amp;message=10#_ednref36">[xxxvi]</a> Voici au milieu d’innombrables exemples ce qu’écrit sans rire un internaute sur <a href="http://fr.globalvoicesonline.org/2009/01/09/1468/">Global Voices </a>: <em>« Les faiseurs de paix extérieurs ne pourront jamais comprendre complètement le nœud du problème (entre Israël et la Palestine). Alors qui peut prédire quand le conflit entre Israël et la Palestine finira et quand arrivera la paix pour le monde ? Une telle idée n&#8217;est-elle pas trop naïve ? »</em></p>

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		<title>Les problèmes juridico-politiques de la déchéance de nationalité</title>
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		<pubDate>Fri, 27 Aug 2010 04:43:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lsoulahbib</dc:creator>
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		<description><![CDATA[
Il est exact que cette menace annoncée par le Président (et que nous suggérions dans un précédent écrit, mais ce en lien avec d&#8217;autres mesures) pose le problème constitutionnel de l&#8217;égalité quant à la possessivité une fois pour toutes (irréfragable) d&#8217;un droit fondamental, en l&#8217;occurrence celui de la nationalité. Ce qui pose problème, et je ne l&#8217;avais pas [...]]]></description>
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<p>Il est exact que cette <a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/ext/http:/www.ladepeche.fr/article/2010/07/31/882155-Securite-Sarkozy-sort-l-artillerie.html" target="_blank">menace annoncée</a> par le Président (<a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/article-le-president-de-la-republique-fran-aise-decide-l-application-de-l-article-16-54557777.html" target="_blank">et que nous suggérions dans un précédent écrit, mais ce en lien avec d&#8217;autres</a> <a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/article-le-president-de-la-republique-fran-aise-decide-l-application-de-l-article-16-54557777.html" target="_blank">mesures</a>) pose le problème constitutionnel de l&#8217;égalité quant à la possessivité une fois pour toutes (<em>irréfragable</em>) d&#8217;un droit fondamental, en l&#8217;occurrence celui de la nationalité. Ce qui pose problème, et je ne l&#8217;avais pas vu dans toute sa profondeur. </p>
<p>Car quand bien même y aurait-il modification de la Constitution, cela ne pourrait s&#8217;appliquer qu&#8217;aux nouvelles naturalisations. A moins d&#8217;introduire la rétroactivité, ce qui n&#8217;existe pas en droit français et ne peut être possible qu&#8217;en régime d&#8217;exception, donc non démocratique, ce qui n&#8217;est pas souhaitable, (et cela n&#8217;a rien à voir avec l&#8217;application de l&#8217;article 16).</p>
<p>Peut-on néanmoins envisager d&#8217;autre chose d&#8217;aussi fort ? Oui, et cela pourrait même répondre à la remarque qu&#8217;a fait le Président lui-même concernant les troisième et quatrième générations d&#8217;immigrés venus d&#8217;Algérie et d&#8217;Afrique :</p>
<p>&laquo;&nbsp; <em>« Notre système d&#8217;intégration a marché, il ne marche plus. Il est quand même invraisemblable que des jeunes gens de la troisième et la quatrième génération se sentent moins Français que leurs parents ou grands-parents »,</em> <em><a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/ext/http:/www.ladepeche.fr/article/2010/07/31/882155-Securite-Sarkozy-sort-l-artillerie.html" target="_blank">a lancé Nicolas Sarkozy</a>&laquo;&nbsp;.</em></p>
<p>Ne peut-on pas expliquer, et pas seulement avec des raisons socio-économiques, que cela ne &laquo;&nbsp;marche plus&nbsp;&raquo; parce que tout un dispositif multiforme a été mis en place depuis au moins soixante ans (les racines plongent bien plus loin) pour empêcher de se sentir français : Gilbert Meynier l&#8217;explique bien dans <em><a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/ext/http:/www.algeria.com/forums/history-histoire/19759-histoire-int-rieure-du-fln-de-gilbert-meynier.html" target="_blank">Histoire intérieure du FLN</a></em> (j&#8217;en étudie un aspect dans ce texte, <em><a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/ext/http:/mouvement.neomoderne.free.fr/islamismeetflnalg.html" target="_blank">L&#8217;islamisme d&#8217;origine algérienne et ses présentes répercussions en France</a></em><em> </em>et je l&#8217;analyse dans mon livre <em><a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/ext/http:/www.amazon.fr/monde-arabe-existe-t-il-Histoire-paradoxale/dp/2851622145" target="_blank">Le monde arabe existe-t-il ?</a></em>). </p>
<p>Cela a commencé tout d&#8217;abord par l&#8217;idée que la culture française, issue pour une grande part du judéo-christianisme et de la culture gréco-romaine, est inférieure à la culture islamique, d&#8217;où l&#8217;impossibilité de partager le pouvoir voire de vivre ensemble (leurs opposés dans l&#8217;extrémisme disait la même chose dans l&#8217;autre sens évidemment). Puis le relativisme nihiliste issu des années 60 a fait le reste via l&#8217;école et les structures culturelles (MJC etc) en dénigrant les cultures occidentales au profit des autres cultures, passant ainsi d&#8217;un extrême à l&#8217;autre, jusqu&#8217;à aujourd&#8217;hui défendre le port du voile, voire de la burka, amalgamant dans ce cas religion et traditions culturelles, ce qui ne fait que sacraliser celles-ci et donc rendre plus difficiles leur dépassement.</p>
<p>Or, en renforçant l&#8217;emprise des courants les plus rétrogrades (via l&#8217;UOIF), l&#8217;UMP n&#8217;a pas été en reste dans ce mouvement de relativisation et de dénigrement puisque loin de rectifier les mensonges historiques, il n&#8217;y a eu que des reculades, surtout depuis la non application de la loi sur <a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/ext/http:/www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-bilan-positif-du-colonialisme-14474" target="_blank">l&#8217;aspect positif du colonialisme français</a>.</p>
<p>Ensuite il y eut l&#8217;idée de nommer un préfet &laquo;&nbsp;musulman&nbsp;&raquo; puis ensuite le déferlement en matière de relativisation que l&#8217;on sait des cultures judéo-chrétiennes et humanistes,  sans parler de la politique arabe de la France qui a été d&#8217;ailleurs la raison principale de l&#8217;abandon de l&#8217;Algérie par De Gaulle alors que celle-ci aurait pu vivre un destin façon Afrique du Sud actuelle (si la bande des 4 généraux s&#8217;était contenté de bloquer l&#8217;Algérie au lieu de vouloir prendre le pouvoir à&#8230; Paris).</p>
<p>Voilà en tout cas pourquoi cela ne marche plus : il ne fallait surtout pas s&#8217;intégrer dans une culture inférieure, et de plus impérialiste, capitaliste, (sioniste maintenant) selon la culture qui domine encore l&#8217;école et les MJC, et qui a formé et forme encore les générations en question (il suffit de lire un Mucchielli), en particulier dans les municipalités tenues par le PC et la gauche radicale PS-Vert.</p>
<p>Il apparaît donc bien inadéquat de prendre comme mesure le fait de déchoir de la nationalité s&#8217;il n&#8217;est pas pris en même temps et immédiatement toute une série de décisions politico-culturelles pour rectifier un tir hélas dévoyé dès le début.</p>

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		<title>Café-philo sur l&#8217;Ile Maurice&#8230;</title>
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		<pubDate>Wed, 25 Aug 2010 20:08:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>UpopIleMaurice</dc:creator>
				<category><![CDATA[Annonces]]></category>
		<category><![CDATA[Philosophies]]></category>

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		<description><![CDATA[
Bonjour,
Venez nous rejoindre Dimanche 5 septembre 2010 de 10h à 12h au bar &#171;&#160;Le Petit Journal&#160;&#187; pour réfléchir et débattre sur la question :
&#171;&#160;Faut-il choisir entre sécurité ou liberté ?&#160;&#187;
Ce café-philo sera animé par Fabiani APPAVOU et Joseph CARDELLA.
&#171;&#160;Le Petit Journal&#160;&#187; se trouve à Forest Side, en face du KFC, 150m plus haut.
Le café-philo est [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[
<p>Bonjour,</p>
<p>Venez nous rejoindre Dimanche 5 septembre 2010 de 10h à 12h au bar &laquo;&nbsp;Le Petit Journal&nbsp;&raquo; pour réfléchir et débattre sur la question :</p>
<p><strong>&laquo;&nbsp;Faut-il choisir entre sécurité ou liberté ?&nbsp;&raquo;</strong></p>
<p>Ce café-philo sera animé par Fabiani APPAVOU et Joseph CARDELLA.<br />
&laquo;&nbsp;Le Petit Journal&nbsp;&raquo; se trouve à Forest Side, en face du KFC, 150m plus haut.</p>
<p>Le café-philo est ouvert à tous et nous permet de pouvoir réfléchir et discuter de sujets tournant autour de thèmes philosophiques.</p>
<p>VENEZ NOUS REJOINDRE POUR ÉCHANGER EN TOUTE LIBERTÉ VOS IDÉES !</p>
<p>Contact:</p>
<p>Université Populaire de l&#8217;Île Maurice (UPIM)<br />
email : <a href="mailto:upmaurice@gmail.com">upmaurice@gmail.com</a><br />
site web : <a href="http://www.upim.info/">http://www.upim.info</a><br />
Tél. : Annick au (00.230) 701 3587</p>

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		<title>Adieu l’Arlette, j’t’aimais pas bien…  Chabot, personne ne la regrette…</title>
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		<pubDate>Wed, 25 Aug 2010 16:02:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lrosenzweig</dc:creator>
				<category><![CDATA[La chronique de Luc Rosenzweig]]></category>

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Elle aurait pu être, dans cette période plutôt troublée pour le  pouvoir sarkozyste, la vedette martyre de cette rentrée. Arlette Chabot,  directrice de l’information de France 2 depuis plus de six ans, a été  virée de son poste avant même que le nouveau PDG de la télévision  publique française, Rémy Pflimlin, [...]]]></description>
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<p><img title="Arlette-Chabot" src="http://www.causeur.fr/wp-content/uploads/2010/08/Arlette-Chabot.jpg" alt="" width="450" height="280" /></p>
<p>Elle aurait pu être, dans cette période plutôt troublée pour le  pouvoir sarkozyste, la vedette martyre de cette rentrée. Arlette Chabot,  directrice de l’information de France 2 depuis plus de six ans, a été  virée de son poste avant même que le nouveau PDG de la télévision  publique française, Rémy Pflimlin, remplace Patrick de Carolis dans son  bureau présidentiel.<br />
Comme Nicolas Sarkozy s’était laissé aller, lors d’un voyage à New York,  à morigéner en public la cheftaine de la troupe informatrice de France  2, cette dernière avait tout pour se poser en victime de l’arbitraire  d’un  pouvoir étranglant la liberté de l’information.</p>
<p><strong>Silence radio des professionnels de la protestation</strong></p>
<p>Or, jusque-là, on n’a rien entendu du côté des protestataires  habituels. BHL est étonnamment silencieux, ce qui en dit long, à moins  qu’il ne soit dans un lieu de villégiature exotique, où cette nouvelle  essentielle n’est pas encore parvenue.<br />
La société des journalistes de France 2, par la voix de son président,  Dominique Verdeilhan, a « pris acte » de l’éviction de la cheftaine sans  toutefois exprimer la moindre parole de regret, même poliment  hypocrite, relative à ce départ. Pas de communiqué syndical offusqué en  défense de Mme Chabot, le chef de la CGT locale, Jean-François Téaldi  estimant benoîtement qu’à chaque changement de PDG, on pouvait constater  quelque remue-ménage dans les étages supérieurs de l’immeuble de la  place Henri de France. Et de passer aux choses sérieuses dans le  registre « moi y en a vouloir des sous et des postes ».</p>
<p>Il faut avouer que cette mise à l’écart a été organisée de main de  maître par Rémy Pflimlin, dont la rondeur alsacienne dissimule un  caractère bien trempé et une intelligence aigüe des situations. Cet  homme de médias, sorti du moule de la presse quotidienne régionale,  s’est signalé ces dernières années par une gestion habile d’un vaisseau  en détresse, les anciennes NMPP, devenues Presstalis, touchées de plein  fouet par la crise  de la diffusion de la presse écrite. Ce succès se  mesure au peu d’écho médiatique rencontré par la réorganisation de cette  entreprise, où jadis les gros bras de la CGT du Livre faisaient régner  leur loi syndicalo-mafieuse.</p>
<p><strong>Une femme de réseaux, de pouvoir et d’intrigues</strong></p>
<p>Sommée de choisir entre son poste de directrice de l’information et  sa présence à l’antenne comme présentatrice de l’émission politique «  À  vous de juger », Arlette Chabot a préféré continuer à montrer sa  binette dans le poste une fois par mois. Ainsi, elle n’apparaît pas  comme la victime d’un limogeage brutal à la Domenech, alors qu’en fait  elle n’avait pas le choix : coincée entre une présidence hostile et une  base excédée par son autoritarisme cassant, elle n’aurait pas tardé à  jeter l’éponge…</p>
<p>Derrière l’allure austère de «  grande professionnelle » qu’elle a  peaufinée tout au long de sa carrière radiophonique et télévisuelle, et  un visage d’instit’ qui aurait découvert le poker, se trouvait une vraie  femme de pouvoir, de réseaux et d’intrigues, obséquieuse avec les  puissants et impitoyable avec les faibles. Nicolas Sarkozy ne lui a  d’ailleurs jamais pardonné son activisme au sein de réseaux mondains  visant à torpiller sa candidature présidentielle au profit de celle de  Dominique de Villepin. Seule la protection du duo Patrick de Carolis-  Patrice Duhamel – l’épouse de ce dernier, Nathalie Saint-Cricq, étant le  bras droit de Chabot – lui permit de rester en poste. Qu’importait la  baisse d’audience du JT de France 2 ? Les « erreurs » de diffusion de  sujets bidonnés dont jamais les auteurs ne furent sanctionnés ? Chabot,  c’était l’info et l’info, c’était Chabot.</p>
<p><strong>À la manœuvre dans l’affaire Enderlin</strong></p>
<p>J’eus, personnellement, le loisir de la voir à la manœuvre lorsqu’il  s’est agi de sauver le soldat Enderlin, soupçonné d’avoir entraîné la  chaîne publique dans la diffusion d’une mise en scène, celle de la «  mort » de l’enfant Mohammed Al Doura en septembre 2000 dans la bande de  Gaza. En octobre 2004, à peine arrivée à la direction de l’info, elle  aurait pu mettre un terme définitif à cette controverse, qui est loin  d’être close, en acceptant ma suggestion de soumettre Jamal al Doura, le  père, «  grièvement blessé » par balles à une expertise médico-légale  indépendante. Au lieu de cela, elle envoya le caméraman de France 2  Talal Abou Rahma, principal organisateur de la mise en scène macabre,  filmer des cicatrices existant sur le corps de Jamal al Dura. Cette «  preuve » devait  clore le bec  à tous ceux qu’elle traitait alors de «   révisionnistes » et d’extrémistes juifs. Une bonne dizaine de procès  plus tard et grâce à l’opiniâtreté de quelques passionnés de la vérité  comme Stéphane Juffa, Philippe Karsenty, Elisabeth Lévy, Gil Mihaely,  Pierre-André Taguieff et quelques autres, la vérité chabotienne est   aujourd’hui passablement amochée. Les cicatrices de Jamal al Doura ?  Elles résultent d’une opération réalisée dans les années 90 par le  chirurgien israélien Yehuda David après des agressions à l’arme blanche  subies à Gaza. Un documentaire de la première chaine allemande ARD,  réduisant à néant la thèse défendue par France 2, a été boycotté par  tous les diffuseurs français. Le constat implacable de l’imposture  médiatique dressé par Taguieff dans <a href="http://www.causeur.fr/embargo-sur-taguieff,6904">son dernier livre </a>valut à son auteur le silence absolu des supplétifs de Chabot  oeuvrant dans les principaux médias nationaux.</p>
<p>Elle organisa le sabotage de l’instance de médiation établie à  l’initiative du président du CRIF Richard Prasquier et de la LICRA, à  laquelle Patrick de Carolis avait donné son aval avant de se défiler  piteusement. Un nouvel épisode judiciaire de cette interminable affaire  doit se dérouler cet automne, avec comme protagonistes Jamal al Doura  portant plainte en diffamation contre le docteur Yehuda David et le  journaliste de France 3 Clément Weill-Raynal, pour une interview publiée  l’an passé dans l’hebdomadaire <em>Actualités juives</em>. Hormis le  bloc compact et corporatiste des  patrons de médias français et de leurs  obligés, plus personne ne croit à la version défendue par la chaîne  publique française. La crainte de subir des ennuis professionnels, en  exprimant ne seraient-ce que des doutes et des interrogations, empêche  de très nombreux journalistes de dire publiquement ce qu’ils ne cachent  pas en privé.</p>
<p><strong>Pour Pflimlin, un choix cornélien</strong></p>
<p>Interrogé, lors de <a href="http://www.youtube.com/watch?v=I7DjMbV7fkc">son audition devant le  Parlement</a> par le sénateur Jean Pierre Plancade sur ce qu’il  comptait faire pour lever la suspicion, fortement étayée, qui continue  de peser sur France 2 à propos de l’affaire Al Doura, Rémy Pflimlin a  assuré qu’il allait se pencher sur ce dossier. Il s’est ainsi placé  devant un choix cornélien : affronter en un combat douteux les  défenseurs inconditionnels de Charles Enderlin, puissants dans les  médias, au quai d’Orsay, et dans l’entourage de Nicolas Sarkozy, ou  persévérer dans le bétonnage d’une position dont la solidité est loin  d’être garantie. S’il choisit cette dernière attitude, il ne faudra pas  qu’il s’étonne d’entendre tinter derrière lui la casserole que Carolis  et Chabot ont accrochée à ses basques avant de s’éclipser.</p>

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		<title>L&#8217;Islam pluriel à la Réunion (2)</title>
		<link>http://mondesfrancophones.com/espaces/creolisations/lislam-pluriel-a-la-reunion-2/</link>
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		<pubDate>Mon, 23 Aug 2010 12:17:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>sdodat</dc:creator>
				<category><![CDATA[Créolisations]]></category>

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4. Les écoles juridiques sunnites
L’appartenance aux écoles juridiques étant un élément différenciant des groupes sociaux sus-cités, et occupant également une place importante au sein du discours institutionnel porté par une des madrasas pour jeunes filles et femmes que nous avons étudiées, nous avons choisi de les présenter dès à présent, afin de bien comprendre l’enjeu des [...]]]></description>
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<h3><span style="text-decoration: underline;">4. Les écoles juridiques sunnites</span></h3>
<p>L’appartenance aux écoles juridiques étant un élément différenciant des groupes sociaux sus-cités, et occupant également une place importante au sein du discours institutionnel porté par une des madrasas pour jeunes filles et femmes que nous avons étudiées, nous avons choisi de les présenter dès à présent, afin de bien comprendre l’enjeu des écoles juridiques et de cerner leurs différences les unes par rapport aux autres.</p>
<p><em> </em></p>
<p>Les écoles juridiques, aussi appelées rites ou <em>madâhib </em>en arabe &#8211; pluriel de <em>madhhab</em>, surgissent dès les origines de l’Islam. Ces écoles précisent les bases de la foi, les fondements de la Loi islamique et détaillent ses applications. « Leur existence tient essentiellement au fait que ni le Coran ni l’ensemble des paroles et actes de Muhammad que désigne en arabe le mot Sunna ne fournissait directement de solutions à tous les problèmes concrets qui se posèrent à la communauté musulmane naissante, dans son essence quotidienne comme dans son organisation politique »<a href="#_ftn1">[1]</a>. Aussi, des réponses et pratiques différentes naissent, qui sont d’abord informelles et non organisées. Elles vont s’institutionnaliser à travers les docteurs de la foi. A la fin du Califat des Omeyyades<a href="#_ftn2">[2]</a> et au début de celui des Abassides<a href="#_ftn3">[3]</a>, les <em>mujtahid</em> entreprennent un véritable champ de réflexion sur ces questions. « <em>Mujtahid »</em> est le titre octroyé à la personne qui pratique l’<em>ijtihâd</em>, terme qui signifie « effort de réflexion et d’interprétation ». Cet effort à partir du Coran et de la Sunna vise à définir les réponses qui n’ont pas été données par Dieu ni par le Prophète à des questions qui ne sont pas posées par le Coran. Ainsi, les cadis se mirent à appliquer la Loi de façon très diverse au sein de l’empire Abasside. Au 13<sup>e</sup> siècle, seules les quatre écoles malikite, hanafite, chaféite et hanbalite sont autorisées. Ces écoles, qui dans un premier temps étaient des écoles juridiques, devinrent des écoles théologiques ; certaines se transforment en courants de pensée. « Ce travail intellectuel commença, comme tout un chacun le sait, par l’effort de réflexion et d’interprétation (<em>idjtihâd</em>) dans le domaine de la jurisprudence (<em>fiqh</em>), avant de s’étendre à la théologie dogmatique (<em>Ilm El Kalam</em>), à l’exégèse (<em>tafsîr</em>), puis à la philosophie et à d’autres disciplines intellectuelles »<a href="#_ftn4">[4]</a>. Ces <em>madâhib</em> sont les quatre seules écoles légitimes et reconnues par les musulmans sunnites. Elles peuvent être qualifiées d’orthodoxes, si tant est qu’on peut parler d’une orthodoxie et d’une hétérodoxie en l’absence d’une autorité religieuse instituée, comme peut l’être par exemple le Vatican pour les Chrétiens catholiques<a href="#_ftn5">[5]</a>.</p>
<p>Les écoles de droit sunnites doivent leurs noms à leurs pères fondateurs, Malik Ibn Anas ( ?-795), Abu Hanîfa Enno’mâne (699-767), Mohammed Ibn Idriss Echâfi’î ( ?-820) et Ahmed Ibn Hanbal Echibânî (780-850). Ces écoles, « (…) diffèrent sur de nombreuses questions ayant trait aux pratiques cultuelles et jurisprudentielles ainsi qu’aux positions politiques vis-à-vis des pouvoirs. Les raisons à cela sont liées à la démarche intellectuelle de chacun de ces <em>ouléma</em><a href="#_ftn6">[6]</a>, à sa formation et à l’enseignement qu’il a reçu, à sa méthode de réflexion, d’interprétation et de déduction et à l’environnement dans lequel il a vécu et, partant, à l’influence qu’il a reçue »<a href="#_ftn7">[7]</a>. Il convient maintenant d’introduire les différentes doctrines des pères spirituels des rites de l’Islam sunnite ; l’ordre de citation choisi est l’ordre chronologique d’apparition des écoles<a href="#_ftn8">[8]</a>.</p>
<p><em> </em></p>
<p>La doctrine de l’imam Malik Ibn Anas, originaire de Médine, attache une importance primordiale aux <em>hadith</em>. En effet, l’imam Mâlik s’appuie essentiellement sur le « consensus des gens de Médine » quant aux dits du Prophète Mahomet. « On considérait que cette pratique représentait la Sunna vivante de Muhammad et de ses Compagnons. »<a href="#_ftn9">[9]</a>. Le rite malékite est considéré comme étant très attaché à la Tradition, dans la mesure où il entend reproduire ce qui avait cours dans la « Cité idéale » mise en place par le Prophète. Le consensus des Médinois est préféré au raisonnement personnel (<em>errai</em>) dans l’élaboration de la doctrine de l’école. Celle-ci laisse très peu de place à la réflexion individuelle. Le rite malékite se positionne de façon diamétralement opposée aux qadarites, courant de pensée qui valorise le libre-arbitre en donnant une importance moindre à la prédestination divine ; il véhicule également une grande méfiance à l’égard des soufis.</p>
<p>L’école malékite, née à Médine, caractérise aujourd’hui les pays maghrébins, les pays de l’Afrique Subsaharienne et de l’Afrique Noire, ainsi qu’une grande partie de l’Egypte. Les français convertis et maghrébins rencontrés lors de notre terrain sont rattachés à ce courant.<em> </em></p>
<p>Le rite hanafite, pour sa part, accorde une grande place au raisonnement personnel par analogie (<em>qiyâs</em>), et rejette les hadiths faibles. En cela, l’iman Abu Hanifa Enno’mâne s’attira les critiques acerbes des « partisans du hadith » ; ces derniers estiment que les paroles du Prophète, même à un degré d’authenticité moindre, sont plus à même de guider les pratiques. La méthode choisie par l’imam Abu Hanifa s’explique facilement lorsqu’on resitue le contexte de naissance de sa doctrine. L’école est née dans la ville de Koufa, en Irak, d’où est originaire Abu Hanifa. « (…) à cette époque, la ville de Koufa était un carrefour d’idées et de philosophies diverses qui se côtoyaient, et parfois s’entrechoquaient. Il y avait, en effet, des adeptes des anciennes religions assyriennes et perses, de même que des partisans du manichéisme, du sabéisme, du christianisme et du judaïsme. En outre, toutes les écoles de pensée musulmanes y étaient présentes. On y trouvait, en effet, des adeptes du Chiisme, du Kharédjisme, du Mutazélisme, du Djahisme, du Qadarisme ainsi que du soufisme, dont les adeptes étaient nombreux à l’époque à Koufa et en Irak en général. »<a href="#_ftn10">[10]</a>. Abu Hanifa refusa de travailler pour les gouverneurs omeyyades et s’enfuit à la Mecque ; il revint en Irak sous les califes abassides, qui favorisèrent l’école hanafite. Cette école fut choisie par les Turcs lors de leur entrée dans le monde musulman ; elle devint donc l’école juridique officielle de l’empire ottoman. Par ailleurs, les principes du hanafisme ont été repris pour l’élaboration de l’Anglo-Muhammadan Law en Inde : « Les adeptes du hanafisme furent donc assez facilement gagnés aux efforts de renouvellement propres à l’époque moderne et cette situation favorisa encore le développement de leur école. »<a href="#_ftn11">[11]</a>. Aujourd’hui, le rite hanafite est très présent en Irak, en Turquie, dans les pays des Balkans et en Asie centrale, de même que dans une partie de la Chine, et dans la quasi-totalité de l’Inde et du Pakistan. Les indo-musulmans sunnites de La Réunion appartiennent à l’école hanafite, et certains en retirent une certaine fierté. La directrice d’un institut réunionnais de théologie musulmane, adepte de ce rite, nous a déclaré sur ce point : « Abu Hanifa est considéré par beaucoup comme « le plus grand imam ». Il était réputé pour avoir un <em>fiqh</em> extraordinaire ; et puis, c’est un <em>tabéine</em><a href="#_ftn12">[12]</a>, il a vu un <em>Sahaba</em><a href="#_ftn13">[13]</a>&#8230; Il y a un vrai prestige du <em>madhhab</em> hanafite chez les <em>Ahnaf</em><a href="#_ftn14">[14]</a>. ».</p>
<p>Le chaféisme, pour sa part, se caractérise par un souci de logique. La doctrine chaféie tente de concilier l’attachement au sens littéral des textes, notamment le hadith, et le raisonnement par analogie, dont elle s’attache à définir les règles. Elle met l’accent dans son système de pensée sur la nécessité de règles générales employées pour extraire et déduire (<em>istinbât</em>) les jugements juridiques à partir des textes fondamentaux. Elle définit aussi les places respectives du Coran, de la Sunna et du raisonnement par analogie dans l’élaboration du droit. L’imam Echâfi’î adopta à ses débuts l’école de Mâlik, puis inaugura une nouvelle école, après son établissement en Irak puis en Egypte. La doctrine se lie au soufisme, et se répand en Mésopotamie et en Egypte. « Mais le chaféisme n’allait pas tarder à perdre sa prépondérance officielle dans l’Egypte des Mamlouks où les sultans au pouvoir d’origine turque et de l’école hanafite, créèrent quatre postes de grand-cadis, destinés chacun à promouvoir les méthodes de l’une des quatre écoles désormais officiellement reconnues. »<a href="#_ftn15">[15]</a>.</p>
<p>L’école chaféite prend une importance moindre dans le monde arabe, mais elle est influente dans les pays du Proche-Orient (Egypte, Syrie, Liban, Irak, Palestine, Jordanie) de même qu’en Malaisie et en Indonésie, ainsi que dans certaines régions de l’Asie centrale jusqu’en Chine et en Inde, où elle touche une partie de la population musulmane.</p>
<p>L’école hanbalite est généralement perçue par les adeptes des autres écoles comme très rigoriste. La doctrine fondée par l’imam Ahmed Ibn Hanbal s’en tient strictement au Coran et aux hadiths remontant jusqu’au Prophète lui-même ; il s’attache au sens apparent et littéral des sources, et non à leur signification métaphorique. Le recours à la « réflexion personnelle » est évité autant que possible. Cette école enseigne une obéissance inconditionnelle au chef de la communauté, qu’il soit musulman ou non. Elle naît dans la deuxième partie du 8<sup>e</sup> siècle dans l’Irak des Abassides. Au 13<sup>e</sup> siècle, elle est encore active à Bagdad, puis elle arrive en Syrie mais décline avec la conquête ottomane. Au 17<sup>e</sup> siècle, avec l’arrivée du wahhabisme et son implantation durable en Arabie Saoudite, la doctrine hanbalite prend son essor. Les théories d’Abd al-Wahhab se greffèrent sur les principes du hanbalisme. L’école hanbalite est aujourd’hui présente en Arabie saoudite et dans certains pays du Golf arabique<a href="#_ftn16">[16]</a> ; elle a également des adeptes dans une partie de la Syrie.</p>
<h3><span style="text-decoration: underline;">5. Une Umma réunionnaise hétérogène : un dialogue fait de heurts et de bonheurs</span></h3>
<p>Ainsi que nous avons pu le voir, les différentes composantes de la population musulmane réunionnaise ont des origines variées, des périodes et circonstances de migrations divergentes, et appartiennent à des classes sociales et des écoles juridiques différentes. Quelle incidence cela peut-il avoir sur les rapports qu’elles entretiennent les unes avec les autres ?</p>
<p>Avant d’entrer plus avant dans les explications, il est bon de mettre l’accent sur l’identité musulmane forte des groupes sociaux précédemment mentionnés. Elle est généralement mise en avant comme élément constitutif et de l’identité individuelle, et de l’identité de groupe. Aussi la question de l’<em>Umma</em>, la communauté des croyants musulmans, qui se veut unie et pour qui ne devrait compter que la croyance en Dieu et son Prophète, se pose à ces groupes.</p>
<p>Cependant, on a pu relever la présence de certaines tensions, notamment entre les Comoriens et Mahorais et les Indo-musulmans. En effet, une sorte d’incompréhension quant à certaines pratiques rituelles des uns et des autres a pu s’instaurer. A. Barbey note, dans le contexte musulman réunionnais, « une tendance générale des informateurs à nier la diversité des pratiques et des dogmes… Quand on aperçoit une différence évidente – comme la pratique du <em>mawlid<a href="#_ftn17"><strong>[17]</strong></a></em> par exemple –, on l’attribue au tribalisme supposé de l’autre et non à la doctrine d’une école ou d’un groupe. »<a href="#_ftn18">[18]</a>. Ainsi, si les Indo-musulmans hanafites se couvrent la tête quand ils sont à la mosquée, les comoriens mahorais, de rite chaféite, ne le font pas. Cela a pu être perçu négativement par les premiers, du moins il y a quelques années, qui l’interprétèrent comme une absence de savoir être, traduisant un manque de respect total par rapport à l’espace sacré de la mosquée<a href="#_ftn19">[19]</a>. Aujourd’hui néanmoins, le dialogue semble bien engagé ; ces différences paraissent s’être estompées, et ne plus poser de problème au sein des mosquées. Les ressortissants de chacun des groupes ont adopté indifféremment l’une ou l’autre façon de faire. Interrogé sur ce point, le Docteur Ismael-Daoudjee<a href="#_ftn20">[20]</a>, indo-musulman d’origine gujaratie, souligne le caractère interchangeable de ces pratiques. La question du port du bonnet ne se pose plus à présent en terme de respect par rapport au lieu, ni d’appartenance aux divers rites ; il se pose plutôt en termes pratiques, ce qui prévient tout conflit : « Quand vient l’heure de la prière et que je me trouve plus proche de la mosquée que de mon domicile, je ne me pose plus la question de savoir si j’ai un bonnet ou non sur moi. La pratique comorienne et mahoraise a dénoué les tensions sur ce sujet. Je peux me rendre à la mosquée sans être inquiété par ça. »<a href="#_ftn21">[21]</a>.</p>
<p>En réalité, comme nos entretiens l’ont mis à jour, la « question comorienne et mahoraise » fait débat dans la communauté indo-musulmane réunionnaise depuis plus d’une décennie. Notons que dans ce débat qui agite les musulmans, on relève l’existence d’une approche des différents groupes sociaux qui s’opère selon une théorie néomarxiste de l’ethnicité ; le groupe ethnique y est défini par les conditions de vie, la place de ses membres dans l’économie. Les indo-musulmans semblent conscients de leur position au sein de la société créole en tant qu’acteurs politiques et économiques, alors que les Comoriens et Mahorais soulignent un rôle social moindre, en raison de leur appartenance à une classe sociale défavorisée<a href="#_ftn22">[22]</a>.</p>
<p>Quant aux rapports entre Indo-musulmans et Français convertis et d’origine maghrébine, ils semblent être faits de concurrence. Interrogés sur les relations inter-groupes entre les différentes composantes de la population musulmane aujourd’hui sur l’île, quelques fidèles d’âge moyen (40 à 50 ans) axent leurs réponses sur l’attitude jugée parfois déplaisante de certains Maghrébins, parlant la langue arabe, qui porteraient un regard teinté de mépris sur les Indo-musulmans ou Mahorais qui, eux, ne sont pas de langue maternelle arabe. Quelque soit la réalité de ces propos, ce qui transparaît à travers le discours de ces acteurs est l’enjeu identitaire mis en relief autour de la maîtrise ou non de l’arabe ; l’arabe est perçu par les acteurs comme un des éléments constitutifs de l’identité musulmane. Cette identité trouve néanmoins d’autres façons de s’exprimer, en dehors de la pratique linguistique, à travers notamment la présence marquée d’institutions religieuses<a href="#_ftn23">[23]</a> musulmanes dans l’espace social réunionnais, valorisée dans les discours des acteurs sociaux.</p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<p><strong><em> Soraya Dodat.</em></strong></p>
<hr size="1" /><a href="#_ftnref1">[1]</a> Sourdel, D. et J., <em>Dictionnaire encyclopédique de l’Islam</em>, PUF, Paris, 1996, p. 258</p>
<p><a href="#_ftnref2">[2]</a> La dynastie des Omeyyades, dont le règne commence en 661, prend fin en 750</p>
<p><a href="#_ftnref3">[3]</a> La dynastie des Abassides commence en 750 et s’achève en 1258</p>
<p><a href="#_ftnref4">[4]</a> Boudjenoun, M., <em>Les quatre imâms fondateurs des écoles sunnites</em>, Editions Universel, 2009, p. 10</p>
<p><a href="#_ftnref5">[5]</a> Barbey, A., op. cité, p. 10</p>
<p><a href="#_ftnref6">[6]</a> Docteurs de la Loi musulmane</p>
<p><a href="#_ftnref7">[7]</a> Boudjenoun, M., op. cité, p. 7-8</p>
<p><a href="#_ftnref8">[8]</a> Pour cette présentation des <em>madâhibs, </em>nous nous sommes principalement appuyés sur le <em>Dictionnaire encyclopédique de l’Islam</em>, de D. et J. Sourdel, et sur <em>Les quatre imâms fondateurs des écoles sunnites</em>, de M. Boudjenoun.</p>
<p><a href="#_ftnref9">[9]</a> Sourdel, D. et J., op. cité, p. 524</p>
<p><a href="#_ftnref10">[10]</a> Boudjenoun, M., op. cité, p. 14</p>
<p><a href="#_ftnref11">[11]</a> Sourdel, D. et J., op. cité, p. 335</p>
<p><a href="#_ftnref12">[12]</a> Les <em>tabéine</em> sont les musulmans qui ont vu et côtoyé les <em>Sahaba</em>, les Compagnons du Prophète</p>
<p><a href="#_ftnref13">[13]</a> Ce terme désigne les Compagnons du Prophète Mahomet, qui constituaient ses proches</p>
<p><a href="#_ftnref14">[14]</a> Nom donné aux adeptes du rite hanafite</p>
<p><a href="#_ftnref15">[15]</a> Sourdel, D. et J., op. cité, p. 194</p>
<p><a href="#_ftnref16">[16]</a> Sultanat d’Oman et Qatar</p>
<p><a href="#_ftnref17">[17]</a> Le <em>mawlid</em> est une fête commémorant la naissance du Prophète Mahomet., qui n’est plus célébrée aujourd’hui chez les indo-musulmans réunionnais mais l’est encore chez les Comoriens et Mahorais</p>
<p><a href="#_ftnref18">[18]</a> Barbey, A., op. cité, p. 74</p>
<p><a href="#_ftnref19">[19]</a> Mourrégot, M .-F., <em>Une alchimie à la gloire d’Allah : stratégies commerciales et institutions religieuses à l’île de La Réunion</em>, EHESS, 2008</p>
<p><a href="#_ftnref20">[20]</a> Auteur de l’ouvrage <em>Les Indo-musulmans Gujaratis – z’arabes- et la mosquée-médersa de Saint Pierre de La Réunion</em>, éditions du GRAHTER, 2002</p>
<p><a href="#_ftnref21">[21]</a> Entretien Dr Ismael-Daoujee, La Réunion, janvier 2010</p>
<p><a href="#_ftnref22">[22]</a> Barbey, A., op. cité, p. 74</p>
<p><a href="#_ftnref23">[23]</a> Les mosquées, madrasas, ou encore les instituts de théologie musulmanes sont nombreuses sur l’île</p>

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		<title>RÊVERIES</title>
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		<pubDate>Thu, 19 Aug 2010 14:20:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>eseul</dc:creator>
				<category><![CDATA[Les Alarmes d'Eros]]></category>

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Déçue par la vie, elle imaginait. Elle imaginait des vies, des morceaux de vie à ne plus savoir où elle était ni où elle en était. Si elle n’imaginait rien de précis, elle couvrait le réel d’un voile qui en brouillait les teintes et la transportait dans un ailleurs vague où elle flottait à la [...]]]></description>
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<p>Déçue par la vie, elle imaginait. Elle imaginait des vies, des morceaux de vie à ne plus savoir où elle était ni où elle en était. Si elle n’imaginait rien de précis, elle couvrait le réel d’un voile qui en brouillait les teintes et la transportait dans un ailleurs vague où elle flottait à la limite d’entrer dans le rêve. Elle était alors enchantée, exaltée, survoltée, comme elle l’était lorsque la musique l’emportait. Quelquefois cependant, la solitude mentale de cette « vie dans la tête » lui faisait craindre de sombrer dans la folie. Alors, dans ces moments-là, elle allait le voir, lui, l’ami, dont elle n’aimait pas le prénom, il s’appelait Marcel, mais qu’elle aimait comme l’ami fidèle chez qui à toute heure du jour, même de la nuit, il ne dormait presque pas, elle pouvait aller respirer, se ressourcer. Il l’avait aimée  dans ses jeunes années, à peine quelques semaines, follement, attiré par son air éthéré, sa tête bouclée son teint ambré puis l’avait oubliée, enfin il le croyait. Longtemps après que la vie les eût séparés, son souvenir pourtant l’avait hanté jusqu’à ce qu’ils se retrouvent et fassent finalement plus ample connaissance. D’une élégance aristocrate et bien qu’un tantinet phallocrate, elle l’avait aimé aussi mais aujourd’hui, seul un souvenir tendre les unissait et malgré le désir qui pouvait à nouveau surgir, elle venait le voir simplement pour s’apaiser et l’écouter. Il s’était fait conteur après avoir évolué dans le milieu d’acteurs. Elle entrait, il arrivait et s’asseyait sur le canapé où elle s’allongeait la tête posée sur ses cuisses, la joue contre son ventre et tout en caressant ses boucles brunes, il commençait à raconter ses histoires. Les siennes, celle de ses amis plus moins mondains qui peuplaient l’univers un peu particulier autour duquel il gravitait. Mordant, ironique, caustique et drôle, il lui décrivait les diverses péripéties auxquelles tel jour il avait assisté, les situations frivoles ou cocasses auxquelles il avait été confronté, ces actrices de second rang ou déjà « passées » qui n’auraient hésité devant rien pour « décrocher » un rôle ou le prendre à une autre, les amertumes des acteurs médiocres à l’heure des repas de fête où ils découvraient n’être pas invités alors qu’ils l’auraient dû compte tenu de leur valeur, les jalousies féroces engendrées par le sentiment d’avoir été volontairement exclus et par conséquent détestés, les hostilités qui couvaient, les calomnies qui se tramaient bien que tout ce petit monde s’appelât « chéri », les amours troubles aussi qui se tissaient et qui se défaisaient aussi vite que nouées, les « grands » souvent gonflés de vanité, se déplaçant à pas feutrés et conversant d’un ton compassé sans même s’écouter, les insignifiants, cérémonieux et ennuyeux qui se prenaient pour des importants sous prétexte qu’ils en connaissaient vaguement quelques uns, leurs manières affectées, leurs jeux, leurs confidences, leurs connivences, leurs rires haut perchés ou leurs sourires discrets, et puis leurs rendez-vous secrets d’un mot chuchotés en passant, qu’il épiait derrière ses lunettes fumées. Elle en avait pour la soirée. Rien ne la ravissait tant que les récits de ces mondanités de festivals ou ces cocktails de personnalités élancées ou boursouflées où les femmes en robes longues ou trop courtes mais surtout excentriques rivalisaient selon leur âge et leur physique de beauté ou de ridicule tandis que les hommes selon leur élégance ou leur suffisance inspiraient le respect ou le dégoût. Grâce à lui elle savait tout des potins canailles, des alliances d’un jour, des rumeurs sulfureuses démenties avec force quand par hasard elles franchissaient la frontière du privé. Il évoquait aussi ses amours espérées, avortées ou ratées ou ses relations bien particulières à la recherche d’une jeunesse fringante et il le faisait avec une délectation et une précision qui l’envoutaient. Il parlait comme un livre émaillant ses descriptions de fines réflexions comme si rien ne lui eût échappé de la psychologie des hommes ou des femmes. Il racontait comme on compose, vous entraînant dans un tourbillon « crescendo decrescendo » au cœur duquel vous vous perdiez et il fallait lui demander d’arrêter, alors il reprenait au début. Lui aussi semblait dans un rêve intérieur, visionnaire des sentiments de chacun, de leurs jeux, de leurs mensonges, de leur petites hypocrisies, de leur vulgarité grandiloquente ou simplement de leurs bêtises. Avec lui elle ne sortait pas vraiment du rêve mais au moins c’était ceux d’un autre ou avec la vie des autres et elle s’évadait de ses obsessions, de ses fantasmes, ce qui pour un moment freinait la folie de ses vagabondages, ses réflexions toujours justes et précises réveillant les siennes et ravivant les analyses dont sa vie avait besoin mais dont elle s’éloignait dangereusement.</p>
<p>C’était la vie des autres mais en même temps c’était un peu sa vie aussi que ces situations observées, ces amours cherchées, ratées, avortées. Elle était bien avec lui, du même pays finalement, tous les deux promeneurs solitaires de la vie.</p>
<p>Certains soirs, il oubliait ce milieu d’acteur et sans qu’elle puisse l’en empêcher il évoquait inlassablement, mélancoliquement, son inconnue, sa belle inconnue comme il l’appelait, dont elle connaissait l’histoire depuis longtemps. Il l’avait rencontrée chez lui, dans le midi où elle passait des vacances promenant sa silhouette brune, fine, enfantine, un peu sauvage. Intrigué par sa solitude,  son regard désolé, ses yeux distraits, il l’avait un jour abordée, invitée à dîner et ils ne s’étaient plus quittés jusqu’au jour de son départ. Ils s’étaient aimés avec passion sans rien savoir l’un de l’autre. Plus tard il ne s’était pas consolé d’ignorer vers quels horizons elle était partie. Elle n’avait rien dit, il n’avait rien demandé, sa fierté en eût été touchée, et puis, familier de l’éphémère, il était peu enclin à s’attacher. Il le regretta pourtant. Assagi par l’âge, il n’aimait plus que ses souvenirs et l’image de cette inconnue éclipsait celle des autres. Elle lui avait laissé un goût différent, ce je ne sais quoi qu’un regard, une odeur, un murmure suggèrent soudain faisant affluer les saveurs du passé. Il avait un temps sombré dans une profonde mélancolie puis de belles alanguies s’étaient chargées de le divertir de son souvenir. Mais nostalgique il avait voulu la retrouver. Sans le savoir ils s’étaient croisés ici et là comme s’ils jouaient à « cache-cache », ou comme si le destin voulait les réunir. Ils avaient ainsi  manqué une belle occasion de se rencontrer, ayant séjourné chacun de leur côté à la même époque de l’année dans une belle île de l’Atlantique, tranquille et encore authentique avant de se rencontrer moins romantiquement par la magie de l’électronique et enfin de se donner un nouveau rendez-vous après tant d’années. Elle aurait préféré qu’il taise cette histoire mais se gardait de l’interrompre sachant le bonheur qu’il avait de la raconter. Quand il commençait à en parler, il était intarissable ne refusant aucun détail, à se demander s’il ne les inventait pas pour idéaliser le souvenir qui lui restait. Il tremblait presque à la pensée de leurs ébats et elle devait parfois attendre quelques minutes. Il commençait toujours de la même façon :</p>
<p>« Je me souviens. Elle avait loué une chambre dans un petit hôtel non loin de la mer qu’on apercevait de son lit. Le premier soir, le désir nous brûlait, mais elle avait pris le temps de mettre sa musique préférée qu’elle avait enregistrée. Elle disait que la musique la transportait, qu’elle avait ce pouvoir magique et mystérieux de balayer sa tristesse sur le champ et de soulever en elle un bonheur, une richesse et une intensité de sentiments qu’il lui était impossible d’exprimer en mots. Presqu’irradiés en effet dès les premières notes, debout, me faisant face, ses yeux d’enfant ne quittant pas les miens, elle s’était déshabillée lentement et m’avait dit tout simplement, viens, prends moi.  Mes habits jetés en boule je caressai ses petits seins ronds pinçant le bout sombre jusqu’à ce qu’elle frémisse puis la soulevai par les fesses jusqu’à ma taille, elle était légère, et ses jambes croisées autour de mon buste, en position assise, je la pénétrai dansant en elle de plus en plus vite comme pour une valse à mille temps qui me fit exploser épuisé et la déposer le plus doucement que je pus sur le lit. Elle réclamait son plaisir qu’elle n’avait pas pris, elle le prenait rarement de la sorte. Alors je me laissai guider parce qu’elle était très excitée. Son sexe était écarquillé de désir, ses lèvres s’ouvraient toutes seules et ma main à peine posée sur sa chair recueillait l’eau de sa source profonde en laquelle mes doigts visqueux entrèrent, lui arrachant des soupirs de plaisirs et des petits bonds de son buste menu. Elle aimait que je la caresse, que je la chatouille là me disait-elle à l’entrée, juste là où ça descend, un peu en bas du cœur de la fleur. Elle s’ouvrait, se gonflait et mes doigts glissaient, remontaient en un va et vient langoureux jusqu’à ce qu’elle me demande dans un souffle de sortir et de remonter très haut et de pincer son petit bouton pointu qui sous le plaisir s’élargissait et devenait énorme. J’essayai  parfois de la tenir aussi prisonnière entre les fesses mais elle me repoussait quoique souvent elle s’y laissait aller à cause de l’eau tiède que cela faisait jaillir, et chantait finalement de plaisir sous l’impression ravie d’être assiégée de part et d’autre et que ses deux entrées se rejoignaient sous mes doigts et ma verge, puis suppliant mes caresses d’une main sur toute la surface de son sexe, à l’extérieur, à l’intérieur, elle s’élançait soulevée par de multiples décharges électrique, dans un chant clair, ce si beau chant des jouissances féminines. Nous nous reposions et doucement nous refaisions l’amour jusqu’à nous endormir de fatigue heureuse encastrés l’un dans l’autre. Le matin, nous nous faisions monter notre petit déjeuner et nous ne sortions pas jusqu’à midi. Nous allions ensuite flâner le long de la plage, plonger nos corps repus dans la mer bleue immense et puis, sans même avoir mangé nous remontions nous coucher et nous aimer jusqu’au dîner. Parfois quand elle estimait que je l’avais négligée, elle se caressait sous mes yeux, connaissant son corps par cœur, et me disait, regarde bien, apprends, faire jouir importe moins que d’y conduire en donnant l’impression de s’élancer vers des extases d’éternité. »</p>
<p>Il terminait son récit toujours de la même façon : Il soulevait sa tête pour qu’elle s’assoie et tournait son petit visage vers lui en disant « Tu te souviens» ? Oui bien sur elle se souvenait et elle avait rêvé de lui aussi, longtemps, longtemps après leurs brèves amours, mais lorsqu’elle l’avait revu elle s’était demandé sans le lui avouer  si ce n’était pas plutôt d’un autre, sans bien savoir de quel autre d’ailleurs…</p>
<p>On voudrait toujours que le rêve se réalise mais on rêve toujours d’un autre…</p>
<p>L’ayant réalisé, ils rêvaient maintenant qu’ils étaient ensemble comme ils l’étaient dans leurs rêves.</p>

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		<title>Une leçon d’écriture : « L’origine de l’homme » de Christine Montalbetti</title>
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		<pubDate>Tue, 17 Aug 2010 17:46:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mlercoulois</dc:creator>
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Une leçon d’écriture : L’origine de l’homme de Christine Montalbetti (Paris, POL, 2002, 280 p.)
Christine Montalbetti, née en 1965 au Havre, maîtresse de conférences à Paris VIII, n’est pas de ces écrivains dont la renommée court toutes les gazettes. Elle trace pourtant son chemin avec déjà huit romans qui mériteraient une critique plus attentive, depuis Sa [...]]]></description>
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<p><strong><a rel="attachment wp-att-3474" href="http://mondesfrancophones.com/espaces/frances/une-lecon-d%e2%80%99ecriture-%c2%ab-l%e2%80%99origine-de-l%e2%80%99homme-%c2%bb-de-christine-montalbetti/attachment/9782070307784fs-2/"><img class="size-full wp-image-3474 alignright" title="9782070307784FS" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2010/08/9782070307784FS1.gif" alt="" width="149" height="250" /></a>Une leçon d’écriture : <em><a href="http://www.amazon.fr/Lorigine-lhomme-Christine-Montalbetti/dp/2070307786/ref=sr_1_15?ie=UTF8&amp;s=books&amp;qid=1282067415&amp;sr=8-15">L’origine de l’homme</a> </em>de Christine Montalbetti (Paris, POL, 2002, 280 p.)</strong></p>
<p>Christine Montalbetti, née en 1965 au Havre, maîtresse de conférences à Paris VIII, n’est pas de ces écrivains dont la renommée court toutes les gazettes. Elle trace pourtant son chemin avec déjà huit romans qui mériteraient une critique plus attentive, depuis <em>Sa fable achevée, Simon sort dans la bruine</em> (2001) jusqu’au <em>Cas Jekyll</em> (2010) en passant par <em>Western</em> (2005 – le tout chez POL). Non en raison des histoires qu’elle raconte – qui se résument à peu de choses –, mais à cause d’une écriture qui parvient à rendre passionnants le rien ou le presque rien. Les dédaigneux diront peut-être qu’elle n’est qu’un épigone du Nouveau Roman, que l’on est revenu de ce formalisme, et qu’il est plus que temps de passer à autre chose. Mais les vrais amoureux de la littérature ne se laisseront pas influencer par de telles arguties de ce genre. On ne peut pas s’être laissé entraîné avec délice dans les labyrinthes d’un Claude Simon, ni avoir applaudi à son Nobel, pour accepter une condamnation reposant simplement sur les caprices de la mode.</p>
<p>Le hasard nous a mis entre les mains <em>L’origine de l’homme</em>, le second roman de Ch. Montalbetti. En dépit de son nom qui semble inventé pour les besoins de la fiction, le héros, nommé Jacques Boucher de Crèvecœur de Perthes, est un personnage historique. Le récit se situe au début des années 1860 à Abbeville et dans ses environs. Il s’achèvera sur la découverte (fictive) du squelette de « l’ancêtre antédiluvien » (p. 277) dont le vrai Boucher de Perthes avait néanmoins annoncé l’existence dans ses ouvrages <strong>(1)</strong>. Le livre, pourtant, n’est nullement le récit de cette découverte. Si nous suivrons pas à pas le héros, ce ne sera pas dans les chantiers de fouille mais plutôt chez lui, ou jusqu’à la rivière dans laquelle il aime à se baigner, chez un ami auquel il rend visite, au cabaret, voire même dans une station balnéaire où il amène Margot, l’objet de sa discrète passion.</p>
<p>Au Nouveau Roman Ch. Montalbetti emprunte à la fois le goût des phrases labyrinthiques et des descriptions interminables. Le livre s’ouvre d’ailleurs par un morceau de bravoure : six pages sur la manière dont le héros sort de son « bain diurnal » dans la rivière, s’essuie et se rhabille. L’occasion pour l’auteure de satisfaire son goût pour « les géométries » qu’elle avouera beaucoup plus tard, à la page 246. Maniant sa serviette, Jacques s’efforce de lui « maintenir sa configuration de rectangle ». A l’issue d’une gymnastique compliquée pour se sécher la plante des pieds, il se retrouve plus à l’aise  « dans la surface de sustentation, élargie par le compas légèrement ouvert des jambes » (p. 12). Et, lorsque, enfin revêtu, il s’incline pour se présenter à vous, lecteur, une goutte d’eau glisse le long d’une mèche de ses cheveux et atterrit « dans le petit trapèze de votre main » (p. 16).</p>
<p>Le style de Ch. Montalbetti se caractérise encore par la préciosité de son vocabulaire et l’art des rapprochements inattendus. On a déjà noté le « bain diurnal ». Mais les exemples de ce genre abondent. Pour ne prendre que deux pages : Margot  endormie sur le quai d’une gare forme un couple « d’amants siamois » avec Jacques sur l’épaule duquel elle repose sa tête (p. 195). Un cheveu de Margot resté accroché à la redingote de Jacques est déclaré « aporétique » (car Jacques ne sait quel sort lui réserver – p. 194). Et lorsque, de retour à Abbeville, notre héros se trouve séparé de Margot, celle-ci laisse néanmoins auprès de lui son « prolongement hologrammatique » (p. 195).</p>
<p>On admire encore l’art du recul de Ch. Montalbetti. Non seulement son personnage apparaît velléitaire, plus enclin à rêver sa vie qu’à la vivre vraiment, mais encore elle-même, l’écrivaine, fait de ce recul un procédé narratif. En nous laçant sur des pistes qui s’avèrent autant d’impasses, elle s’amuse à nous tromper, en même temps d’ailleurs qu’elle trompe son personnage. Comme elle vend la mèche sans aucune vergogne, cette transparence – parce qu’elle crée une sorte d’intimité entre l’auteur et son lecteur – ajoute une nouvelle dimension au plaisir de la lecture. Exemple :</p>
<p style="padding-left: 30px;">« Il regrette son incapacité à mener à bien son histoire sentimentale avec Margot, ces fuites, sa manière d’être allé se promener seul et de rester là, baignant dans son inaptitude. Il faut dire que cette fuite dans laquelle notre personnage se tient, le narrateur, manifestement, la relaie, s’attardant à des descriptions, celles des cartes postales, …, puis des tableaux, c’était le pompon, parfaitement étrangers à l’histoire de Jacques, …, plutôt que de se confronter à l’écriture des séquences sentimentales… » (p. 184).</p>
<p>On notera également un usage (ou un non-usage) subtil des majuscules et de la ponctuation. La majuscule au milieu d’une phrase signale fréquemment le passage au style direct. Elle est précédée d’une virgule lorsqu’elle suit une proposition incise, ainsi au bas de la page 202, où le lecteur – de même que dans le passage du bain – entre dans le roman comme un personnage supplémentaire : « …, … je me fumerai tranquillement une petite cigarette brune en attendant que le lecteur s’aperçoive du stratagème et redescende de la chambre, Ben alors t’étais là, … ». On comprend alors que c’est le lecteur qui pose une question (bien que celle-ci ne soit suivie d’aucun point d’interrogation). Lorsque la question s’inscrit immédiatement dans le fil du discours, la ponctuation devient superflue. Tel est le cas en haut de la page suivante : « … demeurant un peu sur le seuil, l’œil au loin et la mine maussade, Jacques répondrait Eh oui, vous voyez bien,… ».</p>
<p>La préhistoire est évoquée par de courts tableaux que traversent des ancêtres ou lointains cousins de l’homme. Ils demeurent  à l’arrière plan du roman et seul le lecteur peut les percevoir. Ils sont aussi, évidemment, dans la tête de Jacques. Face à un savant venu d’Outre Manche – ce qui est l’occasion de délectables digressions sur le voyage – qui se montre plutôt sceptique quant à l’importance des découvertes de Jacques, celui-ci se transporte à l’âge de la pierre taillée « où l’on vous sculptait les outils avec une dextérité vindiou » (p. 232), un temps « où l’on ne versait pas d’abord le thé puis le lait non le silex vous tranchait la peau de la bête et la chair venait et c’était ripailles pas gâteaux secs… » (p. 233).</p>
<p>Il ressort suffisamment de ces citations que Ch. Montalbetti a recours largement au registre de l’humour. Sans doute était-ce indispensable pour convaincre le lecteur de la suivre jusqu’au bout d’une expérience littéraire dont les atermoiements risqueraient, sans cela, de lasser. On ne cachera pas en effet  que, malgré un ton agréablement léger, la lecture de <em>L’Origine de l’homme</em> exige une concentration certaine. Mais la récompense sera à la mesure de l’effort.</p>
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<p><strong>(1)</strong> Sur la base des silex qu’il avait découverts auprès de squelettes d’animaux depuis longtemps disparus. Cf. Jacques Boucher de Perthes, <em>De l’homme antédiluvien et de ses œuvres</em> (1860).</p>

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