Jean-François Samlong est poète, romancier et critique. Docteur ès Lettres, membre de l'Académie de La Réunion, président de l'Udir (Union pour la Défense de l'Identité Réunionnaise), co-animateur de l'émission littéraire Karoliv (produite par RFO), professeur de français et de langue créole (Langues et Cultures Régionales), chargé de cours à l'Université de La Réunion, il milite pour la promotion de la culture réunionnaise. Il est auteur de "Christ Mississippi", un poème inédit offert aux lecteurs d' "île en île" à la suite de l'ouragan Katrina dont l'onde de choc est arrivée jusqu'à sa "petite île du sud de l'océan Indien".

La poésie seychelloise à l’honneur

Károly Sándor Pallai, Subjectivités seychelloises : Identité et insularité dans la poésie seychelloise contemporaine

Presses de l’Université de Pécs, Pécs, 2017, 113 p., ISBN 978-963-429-114-5

paru dans la série Acta Romanica Quinqueecclesiensis du Département d’Études Françaises,

sous la direction d’Adrián Bene

Recension par Jean-François Samlong

 

Jean-François Samlong est un écrivain et poète français né en 1949 à Sainte-Marie, sur l’île de La Réunion. Docteur ès Lettres, il est membre de l’Académie de La Réunion et président de la maison d’édition UDIR (Union pour la défense de l’identité réunionnaise). Il est membre du comité d’honneur de Mondes Francophones.

Lors de mes différents voyages aux Seychelles, il m’a toujours été agréable de rencontrer les écrivains seychellois, soit à ma propre initiative, soit à l’initiative de l’Institut Créole Seychellois, et je me souviens d’une soirée émouvante, en octobre 2013, au cours de laquelle, en présence du ministre de la Culture des Seychelles, différents prix et livres ont été remis aux poètes, nouvellistes, romanciers. Je m’étais dit alors que la littérature seychelloise mériterait d’être mieux connue hors des îles de l’archipel, une littérature qui fait partie intégrante de la culture indianocéanique, au même titre que la littérature malgache, mauricienne, réunionnaise, comorienne, mahoraise. Et donc, je viens de lire avec un immense plaisir les travaux de Károly Sándor Pallai : Subjectivités seychelloises : Identité et insularité dans la poésie seychelloise contemporaine. Universitaire cultivé, talentueux, généreux, il a pesé chacun de ses mots pour nous donner à mieux comprendre des poèmes écrits en français, en créole, en anglais, les trois langues officielles des Seychelles.

Les facteurs psycho-philosophiques que sont l’identité, l’altérité, l’insularité, on s’en doute, concernent toute la région indianocéanique, mais aussi les Antilles, et bien d’autres espaces insulaires où s’est développée une littérature qui, par son caractère multilatéral et pluriel, « favorise les transgressions, les échanges, les ouvertures et redéfinitions », d’où les enjeux fondamentaux mis en exergue par Károly Sándor Pallai, dès qu’il est question de projeter un nouvel éclairage sur les liaisons entre psychisme et culture, entre multiplicité identitaire culturelle et complexité historique, entre insularité et imaginaire. Cet éclairage pertinent nous permet alors d’aimer les poèmes de Magie-Faure Vidot, Daniel Ally, Philippe Boullé, Reuban Lespoir, Vénida Marcel, Marie-Flora Ben David Nourrice, Marie-Neige Philoë, Jean Aline, Eugène Elisabeth, Paul Derjâcques.

En 2008, à l’occasion du 30ème anniversaire de l’association Udir (Union pour la Défense de l’Identité Réunionnaise), j’ai publié une anthologie qui regroupe les poètes de l’océan Indien, dont Reuban Lespoir :

« Vini,
Mon a partaz avek ou
Mon lanmmitye.
Konfye mwan ou larm e ou detres
Mon pa promet ou lenposib.
Me mon a konvenk ou
Ki napa nanryen ki enposib. »

Cet extrait du poème « Mon lanmitye » montre déjà une construction identitaire tournée vers l’avenir, en devenir donc, fondée sur la notion de l’entraide et du partage. Et cette subjectivité, comme nous le montre parfaitement Károly Sándor Pallai, le poète ne la créée pas pour lui, enfin pas pour lui seul, car le pire échec serait d’écrire pour soi, il la créée aussi pour ses lecteurs, le plaisir d’écrire s’accompagnant du plaisir de lire, et c’est ainsi que s’accomplit l’œuvre littéraire. Comment dire, voire comment récupérer par la parole poétique, ce monde-ci, celui de l’insularité ? L’acte créateur, en effet, suppose que la liberté est à l’origine de la pensée, et que le but final de l’art est de se sentir essentiel au monde. Mais quel monde à l’ère des échanges interplanétaires ? D’autant plus que l’empire des signes, c’est connu, ce n’est pas la poésie mais la prose.

De par les enjeux liés à la modernité, les poètes seychellois s’ouvrent au monde à partir d’une pluralité littéraire fondée sur le trilinguisme. Une chance pour eux, certainement. Qu’ils la saisissent et nous fassent entendre un chant poétique pluriel ! Que leur réel social, culturel, politique soit transcendé par ce que l’on nomme le poétique, voilà qui forcera l’admiration de tous. Aujourd’hui, le bruissement de la vie seychelloise nous parvient grâce à la générosité intellectuelle de Károly Sándor Pallai qui, pour notre plus grand bonheur, se passionne pour la respiration poétique de l’archipel, en privilégiant l’analyse textuelle car les poètes seychellois assurent une médiation entre l’indianocéanie et le Tout-monde, entre la pensée originelle et la page du futur à écrire. Grâce à son étude remarquable, nous tissons un nouveau rapport à la poésie et gardons une curiosité pour l’écriture.

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One Response to “La poésie seychelloise à l’honneur”

  1. Igilgometa dit :

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