Auteur: Michel Lercoulois

Michel Lercoulois enseigne les sciences économiques. Il est poète à ses heures.

Automatique

 

La passion est le manque d’elle

 

L’écriture est automatique, le pistolet est automatique, la pensée aussi.

Ça tourne à 100 à l’heure dans ma tête

La femme, ma fille, la femme de l’autre

Elle est toujours là celle qui hante mes jours et mes nuits

Quand je dors elle est là

Quand je travaille elle est là

Quand je mange, quand je bois elle est là

Quand je regarde les filles elle est là

Quand j’en désire une autre elle est encore là

Ma femme, ma fille, ma chérie, mon amour

Au cinéma elle est là à côté de moi

Je me penche vers elle je veux lui parler elle n’est plus là

Au théâtre elle est assise à mon côté belle comme un cœur

Je suis ému je veux lui prendre la main elle a disparu

Dans mon lit elle est couchée près de moi

Je bande pour elle je me tourne vers elle je vais la caresser je vais la prendre

Le lit est vide elle est couchée avec un autre

Qui bande pour elle se tourne vers elle la caresse et la prend

Elle crie dans l’amour elle crie sa jouissance elle crie merci à la queue qui la pénètre

Elle crie le manque de moi

Et nul ne peut savoir lequel du plaisir ou du chagrin est plus fort dans son cri

Je chevauche ma moto dans la fraîcheur du matin

Je la sens derrière moi elle s’accroche à  moi ses seins s’écrasent contre mon dos

Nos cheveux s’emmêlent dans le vent sa jupe se soulève et dégage les fesses nues

Gloire à l’inventeur du string libérateur du désir adorateur des formes rondes

Les automobilistes qui nous croisent klaxonnent furieusement

Ou joyeusement l’humeur est plutôt au bonheur ce matin

La caresse du vent nous rend fous

Une de mes mains agrippe son cul une de ses mains est dans ma braguette

Mon autre main est sur l’accélérateur son autre main enlace ma taille

La moto penche dans les virages à droite à gauche toujours plus vite toujours plus loin

La moto est mécanique l’écriture est automatique le sexe est anatomique

La bombe est atomique l’orgasme est une bombe qui pète dans le désert de ma vie

La mort est une bombe qui fait exploser ma solitude

La moto va trop vite le virage est trop court

Bien calé sur ma trajectoire je décolle je m’envole

Un grand oiseau noir une frégate la gorge rouge de sang

Il y a si longtemps que je voulais la retrouver

Emporté sur les courants du désir je ne la manquerai pas

Elle m’accueillera soignera ma blessure

Elle se blottira contre moi à l’abri de mes ailes repliées

Et nous partirons tous les deux au nirvana des amoureux

Où il n’y a rien d’automatique ni de mécanique

Juste le frôlement des corps et le frou-frou des âmes

Des amants enfin réunis

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