Alain Juranville, Les cinq époques de l’histoire. Bréviaire logique pour la fin des temps

Alain JURANVILLE

Les cinq époques de l’histoire

Bréviaire logique pour la fin des temps

Le propos n’est pas ici de dire, avec Adorno, que l’histoire universelle est une « catastrophe permanente ». Il n’est pas de déplorer la perte des valeurs (n’étaient-ce pas des valeurs qui, telles quelles, devaient être perdues ?). Ni l’abstraction déshumanisante et le matérialisme du monde actuel (ce matérialisme n’est-il pas la face négative de quelque chose de très positif ?). Ni son implacable cruauté.

Le propos est ici de dire que l’histoire universelle, avec toutes les catastrophes qu’elle a fait traverser (ultimement la plus extrême, l’Holocauste), a un sens. Que le passage d’une époque à une autre marque un progrès vers la justice. Et que le monde actuel, qui est celui de la fin de l’histoire, est, malgré ses aspects horrifiants, le seul monde juste possible. Et cela parce qu’à chacun est ouverte — c’est là la pointe de la justice — la possibilité de devenir individu. Non pas l’individu individualiste de l’ordinaire narcissisme, mais l’individu véritable, qui se caractérise par sa puissance créatrice, mais par une puissance créatrice qui n’est réelle que dans l’affrontement à la finitude. Certes la pente naturelle des hommes est toujours de fuir cette possibilité difficile, incertaine — c’est l’inéliminable pulsion de mort. Au moins les conditions lui en auront-elles été données socialement.

Une exigence logique a animé ce travail, essentiellement philosophique, mais en permanence dirigé vers la politique et l’histoire et en dialogue avec les penseurs majeurs modernes et contemporains. Avant tout avec Carl Schmitt qui écrivait dans une lettre de 1967 qu’il s’occupait depuis une vingtaine d’années de la « comparaison des époques de l’histoire » et que cette comparaison était « devenue pour lui une hantise ». Mais aussi avec d’autres penseurs contemporains qui se sont attachés aux époques de l’histoire, Max Weber, Rosenzweig, Heidegger, Hannah Arendt, jusqu’à Michel Foucault. Toujours avec Lacan, Lévinas … Et avec bien d’autres penseurs antérieurs, dont Hegel évidemment.

Cette exigence logique conduit à présenter, en stricte correspondance, les cinq époques de l’histoire : antique, médiévale, moderne, contemporaine et actuelle. Chaque époque est abordée en trois sections : philosophique, politique, historique.

Dans la première section, philosophique, sont donnés :

1) l’affirmation fondatrice qui engage l’époque nouvelle (affirmation socratique de l’idée, christique du péché, cartésienne du doute, kierkegaardienne de l’existence, freudienne de l’inconscient) ;

2) le savoir philosophique nouveau alors produit (savoir ontologique de l’idéalisme, théologique du réalisme, cosmologique du solipsisme, psychologique de l’existentialisme, logique du structuralisme) ;

3) la vérité que, dans ce savoir, on s’approprie et qui est à chaque fois un aspect de l’existence telle qu’elle apparaît dans l’histoire (objectivité, objectivité coupée en objectivité absolue et objectivité finie, subjectivité, altérité, identité).

La deuxième section, politique, évoque :

1) l’institution qui en résulte (Etat, Eglise, science, démocratie, capitalisme), avec ce qu’il faut proclamer pour en participer (l’épreuve du tragique, le sceau du sacrement, la valeur suprême de la liberté, celle de l’égalité, celle de la fraternité) ;

2) les droits qui y sont garantis (droits de propriété et de suffrage, libertés de culte et d’enseignement, libertés d’expression et de presse, droit au travail et liberté d’association, droits à la santé et à l’information) ;

3) les conséquences qui apparaissent sur le plan de l’univers, avec l’extension de ce qui a été apporté de nouveau (romanisation, évangélisation, modernisation, démocratisation, mondialisation), mais aussi ce qui, longtemps, empêche cette extension et débouche sur la guerre (traditionnelle, juste, « dans les formes », totale, avant son actuelle disparition).

La troisième section, historique, envisage :

1) ce qu’il en est alors du monde social et de son difficile progrès vers la justice (paganisme, esclavage, despotisme, jeux du cirque ; gnosticisme, servage, féodalisme, millénarisme ; progressisme, salariat, libéralisme, colonialisme ; nihilisme, prolétariat, socialisme, impérialisme ; universalisme, individualisme, pluralisme, cosmopolitisme) ;

2) la réaction de la philosophie face à ce monde qu’elle avait voulu (impuissance, efficace, complaisance, échec, responsabilité)

3) la terreur en tant qu’elle menace finalement ce monde d’effondrement, voire le fait effectivement s’effondrer (terreur devant le jugement de Dieu, terreur d’avoir à renoncer au paganisme, terreur contre qui ne veut pas renoncer au paganisme, terreur contre qui appelle à renoncer au paganisme, terreur païenne exercée contre le monde juste enfin établi).

 

Chaque époque aura donc été ouverte par une affirmation nouvelle ; elle aura produit un savoir philosophique nouveau ; on s’y sera approprié une vérité nouvelle ; une institution nouvelle, des droits nouveaux y auront été établis. A chaque fois, tout cela aura été définitivement acquis. A chaque fois, néanmoins, on se sera heurté au refus foncier que les hommes opposent à tout progrès vers la justice. Ce n’est qu’à l’époque actuelle (fin de l’histoire), et pour autant que la pulsion de mort, inassumable en dernier ressort (d’où le terrorisme), y aura été socialement assumée (c’est l’institution — question brûlante aujourd’hui — du capitalisme), que la place centrale de l’individu sera fixée.

 

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Alain Juranville, ancien élève de l’École Normale Supérieure, agrégé de philosophie, a enseigné la philosophie moderne et contemporaine à l’Université de Rennes 1. Il a publié Physique de Nietzsche (Denoël-Gonthier, 1973 ; Les Contemporains favoris, 2014), Lacan et la philosophie (PUF, 1984, 1988, 1996, 2003), La philosophie comme savoir de l’existence, en trois volumes : L’altérité, Le jeu, L’inconscient (PUF, 2000), L’événement. Nouveau traité théologico-politique (PUF, 2007), Inconscient, capitalisme et fin de l’histoire (PUF, 2010).

 

 

RELATIONS PRESSE :

Isabelle Marchandier

isabelle.marchandier@editionsducerf.fr 01 80 05 36 16

Parution : février 2015

Format : 15 x 23 cm

Prix public : 34 €

566 pages

Disponible sur le site des Éditions du Cerf (www.editionsducerf.fr) et dans toutes les librairies en ligne (fnac.com, amazon.fr, chapitre.com, decitre.fr).

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