Auteur: Jacques Henric

Jacques Henric est né à Paris en 1938. Enseignant de 1960 à 1985, il collabore dans les années soixante aux Lettres Françaises, hebdomadaire culturel dirigé par Louis Aragon. Il publie ses premiers romans dans la collection Tel Quel. Il appartient depuis 1971 au comité de direction de la revue Art Press.

Bernard-Henri Lévy, identités

 

Bernard-Henri Lévy
De la guerre en philosophie
Grasset & Fasquelle, 2010


 

 

Bernard-Henri Lévy
Pièces d’identité
Grasset & Fasquelle, 2010

 

 

Pour qui voyage et a l’occasion de lire la presse étrangère, la lecture des journaux français reste un sujet de perplexité, voire de consternation.

Deux livres de Bernard-Henri Lévy paraissent, l’un sur la philosophie (amplification d’une conférence donnée à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm), où il est question, entre autres, de Sartre, Althusser, Lacan, Levinas, Bataille, Derrida, Descartes, Platon, Leibniz, Heidegger, Nietzsche…, où est discuté le lien de la philosophie à la théologie, à la littérature, à la vérité, son extension au domaine du journalisme, de la guerre, de la mémoire, aux aléas de l’Histoire, à la nature des engagements du philosophe. De quoi donner à penser, ainsi que le montre Philippe Forest dans la recension qu’il fait ici de De la guerre en philosophie. Le titre, à lui seul, donnait à espérer qu’on allait assister à un débat autour du contenu du livre, voire à de francs affrontements ou carrément à une guerre, pas une guerre de sang en l’occurrence, mais d’encre, d’idées, de concepts (l’ouvrage s’y prête, et son auteur, en bagarreur qu’il est, n’en attendait pas moins).

Le second livre, Pièces d’identité fait plus de 1300 pages. Figurez-vous que j’ai fait une chose très bête avec ce recueil d’interventions et de textes datant des cinq dernières années : je l’ai lu. Et, bien qu’ayant une certaine familiarité avec la pensée de Lévy, pour avoir été le lecteur de ses précédents livres, les avoir à plusieurs reprises chroniqués dans Art press, je me suis beaucoup instruit, et notamment, moi le rationaliste, le mécréant de culture catholique, j’ai appris bien des choses sur ce que Lévy appelle « le génie du judaïsme ». Les pages sur Levinas, Rosenzweig, Benny Lévy, sur les rapports de l’ancien mao avec Sartre, sur la guerre métaphysique entre Athènes et Jérusalem, sur Joseph de Maistre, Joyce, Artaud, Claudel, Céline, Jean-Paul II et Pie XII (je signale en passant que le Juif Bernard-Henri Lévy a fait preuve dans son jugement sur ces deux papes d’un courage que beaucoup de catholiques pourraient lui envier), sur la question de l’Universel, chez les Grecs, chez les penseurs des Lumières, dans le Talmud, les réflexions sur la notion de Mal absolu…, voilà le matériau sur quoi les responsables des rubriques littéraires et philosophiques auraient pu aiguiser leurs dents critiques, proposer leurs points de vue et éventuellement répondre par leurs propres analyses. Au lieu de quoi, nous avons assisté aux habituelles haineuses, archi-ressassées attaques dirigées contre l’homme (rappelons-nous la violence des attaques visant sa personne lors de la parution de l’Idéologie française), et à la montée en épingle de la botulienne bévue, dont s’est amusé Lévy avec l’humour qui convenait, faite tout simplement pour tenter de discréditer, voire de salir l’homme et de plus faire obstacle la lecture de ses livres.

Je pourrais d’ailleurs faire la même remarque sur la réception « critique » d’un grand livre paru il y a quelques mois, de Philippe Sollers, qui attend toujours que soit dit dans la presse française tout simplement de quoi parle son Discours parfait (on peut toujours relire le numéro d’Art press qui en a rendu compte). Il me semble que la chiennerie habituelle qui se déchaîne contre Bernard-Henri Lévy n’a jamais atteint, comme ces dernières semaines, une telle rage. Je ne suis d’ailleurs pas sûr que ma métaphore animale soit la plus juste, vu que les blogs qu’hébergent les journaux français tiennent , hélas, plus souvent de l’égout que de la tribune de discussions. Il est significatif que Libération ait dû fermer certains de ses sites, tant le déversoir à ordures antisémites était près de déborder. Voilà en tout cas qui devrait nous alerter sur les inquiétantes dérives d’une certaine extrême gauche (car c’est là que gagne le purulent mal) et faire réfléchir les partis de la gauche officielle et quelques intellectuels dans leur fonction d’« idiots utiles » qui sont prêts à pactiser sans le moindre scrupule avec ce que, faute de mieux, on peut appeler la canaille populiste.

Dans un des derniers textes de Pièces d’identité, Bernard-Henri Lévy met en garde contre l’utilisation de certains mots et contre l’imaginaire qu’ils véhiculent,: antiaméricanisme, antisarkozisme, antisionisme, antiracisme… « Car c’est bizarre l’antisémitisme. (…) C’est un virus qui mue. Et qui mue pour trouver, à chaque époque, les voies qui lui permettront de contaminer le plus grand nombre ». Une des manières de combattre ce virus ? Lire Lévy, je veux dire le suivre sur ses divers « théâtres d’opérations ».

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One Response to “Bernard-Henri Lévy, identités”

  1. Selim dit :

    Puisque BHL est un adepte de Botul, on pourrait lui rappeler ce « proverbe des Corbières » (?) tiré de la « Métaphysique du mou » : « Ce n’est pas en remuant la râpe qu’on fait venir le gruyère » (p. 24).


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