Vincent Brédif, sculpteur

A L’ENDROIT DE LA LIGNE

Le sculpteur parle d’un lieu. Un endroit où la sculpture désigne. Pas forcément elle-même. Elle dans le juste endroit. Ou plutôt, elle avec l’endroit.

Peut-être la sculpture est un lieu.

Vincent Brédif parle de rencontres, de frictions entre les matières. D’aspérités sous la pulpe des doigts qui contredisent la râpe du monde. Peau d’air contre peau de métal, de bois, de cordage. Tous impunément capteurs de temps et d’humeurs.

Le sculpteur touche les reliefs de ses mains.

Instinctif de l’instant fragile, l’artiste réclame le vivant. A tant l’admirer, à tant éprouver son intensité, sa présence. A désirer affirmer un lien de vivants et relever le défi de la forme inerte, du matériau mort.

Naître dans et de la nature. Parce qu’il en ressent profondément, sensiblement, sensoriellement la vitalité, l’artiste devrait saisir cette force de naissance, après apprivoisement réciproque.

Car la contradiction est inhérente à une création en milieu naturel. Eprouver le besoin de dénaturer une île, une rive, un champs ou l’abord d’une maison argumente l’invite, et la non-prétention à prodiguer du sens à un lieu qui en serait dépourvu. L’intrusion de la sculpture modifie les perspectives, déplace les proximités, les lointains du regard. Une oeuvre dans un paysage et ce sont deux forces qui s’épaulent ou se rejettent.

L’inscription éphémère des sculptures de Vincent Brédif forcerait peut-être à réimaginer ce paysage sans.

A VOIR TREMBLER LES HAUBANS

On imagine un sculpteur se mouvoir dans des vides et des pleins, des espaces emplis de volumes et des volumes occupant l’espace. La ligne est le volume de Vincent Bredif, qu’il fait courir dans l’espace. En mobile fixe (car après tout l’appellation de Duchamp évoque la mobilité d’une structure fixe), il souligne le côtoiement du vivant et décompose le mouvement en captation de sons et de vibrations.

Ainsi de ses bouquets éclatés de mâts dressés dans des obliques parfois extrêmes. En suspension risquée, en équilibre d’élancement fortuit, ils effleurent un mur, un arbre, eux-mêmes. Autant de gnomons à la fois assemblés et dispersés aux quatre coins cardinaux. Grâce à la tension des câbles qui les maintiennent, ces tiges paraissent figurer le temps et son abrupt.

Et maintenant que les pics bandés de couleurs ont réveillé le regard, entends-tu ces haubans de terre ferme qui claquent dans le vent ? Colle ton oreille sur les montants. Tu entends ? Déplace-toi, tourne autour et même danse et joue…

La ligne relie. Courbe, elle trace au ralenti. Droite, elle souligne ou décide vivement ce que l’oeil tente de lire dans ses visions de géomètre. Les lignes, point A vers point B vers point C, toutes les lettres pointées de l’alphabet, de tous les alphabets de l’univers, une cosmogonie. Entre les constellations, des lignes.

Vincent Brédif, yeux verts perçants de chat en virée nocturne n’est pas tant pêcheur d’étoiles qu’inventeur de constellations imaginaires. Et que le ciel demeure éloigné de la terre. Aucune tentative de rapprochement, de reconfiguration de ces mythes où ciels épousaient croûtes terrestres. Non, là où ses pas l’emmènent, au plus près du sol, dans une verticalité d’homme debout, le sculpteur tire des lignes entre les astres.

La ligne lie. Lien entre sol et ciel, les sculptures désignent la distance qui les en sépare. Mais encore si le matériau révèle ses liens avec un milieu naturel ou citadin, il en montre également la fragilité qui lui est inhérente – ainsi de la nôtre aussi – car quoi de plus simple que de rompre ces cordes.

Dans un jet de hasard le firmament se dessine. Et l’enfant désire, fermant les yeux, que ses bâtons géants lancés en une épiphanie s’inscrivent dans l’instant du geste ; Que cette instantanéité se fige, que les astres décident en quelques secondes de leur place et que le ciel figure.

Mais quand l’espace se choisirait malléable, transformable, un souffle influerait sur le souffle et tout serait à recommencer.

Ainsi l’art n’est-il qu’ é(preuve) du vif désir de participer, d’en être de ce vivant perceptible ou imperceptible. Et peu importe qu’il soit présence tangible d’une forme ou simple trait, motif d’un doigt sur l’invisible de l’air.

Hélène Lanscotte

Vincent BREDIF                      

L’idée de déjouer l’équilibre. Un déhanchement improbable et volontaire, comme une polyphonie, où l’élégance de sons entrecroisés finit par créer une harmonie.

Tout a commencé avec la photographie argentique. Jouer avec la lumière, faire apparaître.

Et puis, de la mécanique. Progressivement, j’ai intégré du relief dans les photographies et les ai suspendues.

Puis j’ai dépouillé la sculpture, jusqu’à ne plus laisser apparaitre que le squelette, les lignes, cet ensemble, qui vibre et fait raisonner l’environnement dans lequel il se trouve. Les couleurs soulignent ce mouvement et flottent au dessus du sol, ou en dessous du ciel.

Une multiplication à l’infini des points de vue poétique.

 

 

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