Auteur: Selim Lander

Selim Lander est critique, membre de l'AICT (section Caraïbe)

« L’oublié(e) » : cérémonie endiablée

Raphaëlle Boitel

Raphaëlle Boitel

Raphaëlle Boitel est passée par l’Ecole nationale du cirque, elle a participé à de nombreux spectacles s’inscrivant peu ou prou dans ce qu’il convient d’appeler le « nouveau cirque », qui se produit sur des scènes de théâtre plutôt que sous la tente, d’où sont d’ailleurs bannis les animaux et les clowns, qui conjugue la dextérité et la force physique des circassiens dans une mise en scène au service de la poésie et du merveilleux. Le plus souvent, dans ces spectacles, on ne mélange pas les métiers du cirque. La spécialité de R. Boitel est l’acrobatie suspendue à un harnais : telle est la technique de base de L’Oublié(e) dont R. Boitel tient la vedette à côté de Maya Masse qui pratique la même discipline.

Lilou Hérin intervient également dans le spectacle : d’un âge certain, elle ne se livre à aucune acrobatie, pas plus d’ailleurs que les trois garçons qui interviennent épisodiquement en renfort sur le plateau, elle offre un contrepoint statique, parfois comique, parfois poétique, aux deux jeunes femmes qui virevoltent sur et au-dessus du plateau.

L’Oublié(e) est la première création de R. Boitel. L’immense scène du Grand Théâtre de Provence, co-producteur du spectacle, s’est révélée à la mesure des évolutions des deux acrobates tantôt balancées d’un côté à l’autre, tantôt tourbillonnant, tantôt soulevées jusqu’aux cintres. Cela étant, le succès de L’Oublié(e) ne tient pas seulement à ces envolées sportives. Le nouveau cirque raconte souvent une histoire sans parole. En l’occurrence, on a un peu de mal à retrouver sur la scène l’argument proposé dans le programme, mais cela ne tire pas vraiment à conséquence ; on se contente de ressentir le message subliminal qui sourd des scènes enchaînées sur un rythme très rapide. On est saisi par les surprises tant visuelles que sonores, séduit par la beauté plastique du spectacle, son élégance, son humour.

 

Maya Masse

Maya Masse

Le travail sur les lumières (Hervet Frichet) est particulièrement remarquable, de même que les costumes (signés Lilou Hérin) qui oscillent entre la nudité (laquelle, une fois n’est pas coutume, n’apparaît pas gratuite) et la robe de duègne. Un écran s’interpose parfois entre le spectateur et les interprètes, pour créer des ombres chinoises, un reflet, voire un effet « 3-D ». On retient quelques images particulièrement fortes comme celle de R. Boitel s’élevant dans les airs avec la table où elle se trouvait assise (en fait, elle la tenait fermement sur les côtés) ou encore celle de M. Masse grimpant littéralement aux rideaux, ou plutôt sur un grand voile tombant dans des cintres. Les deux jeunes femmes se révèlent également virtuoses comme danseuses dans un de ces numéros de derviches tourneurs qui impressionnent toujours. Ce ne sont pas les seuls moments remarquables de L’Oublié(e) et il faut être un spectateur bien difficile pour ne pas sortir ravi de ce spectacle endiablé et néanmoins lyrique.

En tournée. À Aix-en-Provence, les 18-19-20 septembre 2014.

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