Auteur: Selim Lander

Selim Lander est critique, membre de l'AICT (section Caraïbe)

L’Incertain témoigne de la fécondité littéraire des Antilles

L Incertain n1Au temps des tablettes et des liseuses, une jeune maison d’édition martiniquaise lance une « revue de création littéraire et critique », sous la forme de petits livres au format de poche (1). L’avenir seul dira si la présentation adoptée par les copistes du Moyen Âge (une liasse de feuilles de même dimension) et continuée depuis sans autres changements que dans les techniques de fabrication, est condamnée à disparaître au profit d’autres supports. En attendant, les chiffres montrent que le papier résiste, car, même s’il est loin de disposer de la capacité de stockage des instruments modernes, il offre un confort de lecture jusqu’ici inégalé. La question de la capacité, au demeurant, importe peu à la plupart des lecteurs qui se satisfont de lire un livre à la fois et n’ont nul besoin de transporter en permanence une bibliothèque avec eux ! Si elle maintient son exigence de qualité, L’Incertain mérite donc d’échapper au sort de tant d’autres revues littéraires créées dans l’enthousiasme mais n’ayant connu qu’une existence éphémère.

La revue dirigée par Jean-Durosier Desrivières et Jean-Marc Rosier comporte un certain nombre de rubriques attendues : poésie, récits, critiques – et d’autres qui le sont moins : théâtre (avec des extraits de pièces), musique et arts plastiques (avec un artiste à l’honneur dans chaque numéro). Bien que la revue ait pour vocation de s’ouvrir largement à des collaborateurs étrangers aux Antilles, les contributions rassemblées dans les deux premiers numéros en proviennent principalement, ce qui nous donne l’occasion de souligner la fécondité de la nouvelle génération d’auteurs qui sont liés d’une manière ou d’une autre à la Martinique, qu’ils en soient originaires ou non, comme ceux arrivés d’Haïti. Pour n’en citer que quelques-uns, les Alfred Alexandre, Faubert Bolivar, Gaël Octavia (sans compter les deux directeurs déjà cités), qui figurent au sommaire du premier numéro, ont déjà chacun commencé à produire une œuvre qui – bien qu’elle en diffère autant par l’esprit que par la forme – peut s’inscrire sans rougir à côté de celle des grands devanciers souvent mentionnés dans les « pages » de mondesfrancophones.

 

(1) L’Incertain, revue de création littéraire et critique, K.Éditions, Fort-de-France. Deux numéros parus : n° 1, janvier-juin 2013, 94 p. et n° 2, juillet-décembre 2013, 133 p., 12 €.

 

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