Auteur: Selim Lander

Selim Lander est critique, membre de l'AICT (section Caraïbe)

L’exposition Canaletto à l’Hôtel de Caumont

caumont1Aix-en-Provence vient de s’enrichir d’un autre lieu consacré aux beaux arts. Racheté à la ville par la société Culturespaces (laquelle gère plusieurs lieux culturels prestigieux en France), l’Hôtel de Caumont, construit dans la première moitié du XVIIIe siècle, est un exemple unique du style baroque aixois, unique car situé entre cour et jardin et doté d’un escalier d’apparat éclairé par une imposante verrière. Abritant précédemment le conservatoire municipal de musique, il s’est trouvé libéré après que la ville eût confié à l’architecte japonais Kengo Kuma la construction d’un nouveau bâtiment dans le quartier moderne qui accueillait déjà le Grand Théâtre de Provence et le Pavillon Noir du chorégraphe Angelin Preljocaj. Caumont

La rénovation de l’Hôtel de Caumont (et des jardins) est exemplaire et le lieu vaut à lui seul la visite. Certaines pièces ont été restituées avec leurs gypseries d’origine et remeublées dans le style du XVIIIe : une chambre, le salon de musique, la bibliothèque ainsi que les salons de l’actuel café-restaurant. L’exposition « Canaletto, Rome – Londres – Venise – le triomphe de la lumière » qui se déroule en ce moment (et jusqu’au 13 septembre) est une autre raison qui justifierait à elle seule le voyage d’Aix. La cinquantaine d’œuvres rassemblées pour la circonstance ne permettent pas seulement d’apprécier à nouveau la qualité des vedute vénitiennes, ces vues quasi-photographiques de la Cité des doges produites en grande quantité, que l’on peut admirer dans tous les grands musées du monde et qui font la plus grande part de l’exposition.

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Bien que son principal fonds de commerce, Venise n’est pas, en effet, le seul lieu à avoir nourri l’inspiration de Canaletto. Il y eut une première période d’apprentissage, romaine, puis Venise, puis Londres et enfin Venise à nouveau. C’est à Rome qu’il produisit ses premiers « caprices », des architectures imaginaires. Celui qui est reproduit ici reste vénitien : il représente le pont Rialto reconstruit à l’antique suivant un projet de Palladio (1508-1580).

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Canaletto a séjourné à Londres pendant une dizaine d’années (1746-1755). À cause de la guerre de Succession d’Autriche (1740-1748), les Anglais s’étaient faits rares à Venise. Or ces derniers se montraient particulièrement friands de ses œuvres ; d’où cet exil en Angleterre. Il y a peint les châteaux appartenant à ses riches clients et des vues de Londres comme celle qui représente le Pont de Westminster. On y remarque la galère du Lord Maire, au premier plan, moins imposante que celle du doge de Venise, l’imposant Bucentaure qui servit plusieurs fois de sujet au peintre.

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On peut vérifier que Canaletto (1697-1768), dans ses tableaux, ne s’intéresse guère aux humains qui n’apparaissent en général qu’en tant que minuscules silhouettes, sur des gondoles écrasées par les bâtiments. Quelques rares peintures font cependant exception comme celle représentant une partie de la façade du Palais des doges vue de la place Saint-Marc.

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Contrairement à ce que l’on pourrait anticiper, les tableaux réunis dans cette exposition ne laissent aucune impression de répétition et cela est dû à la fois à la présence de toutes les peintures (« caprices », etc.) qui tranchent sur les habituelles vues de Venise, et parce que l’on ne se lasse pas d’admirer la fameuse lumière qui les baigne ainsi que la perfection de l’exécution. À ce propos, c’est une bonne idée que d’exposer deux exemples de camera obscura, ce dispositif optique, ancêtre de l’appareil photographique, qui permettait aux peintres de reproduire exactement le dessin de ce qu’ils voyaient.

Mentionnons, pour finir, l’installation baptisée « Capriccio Veneziano ». Des tableaux de Canaletto projetés sur trois côtés autour d’un bassin sont les matériaux à partir desquels se développe une image animée de la Venise du peintre.

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