Auteur: Francis X. Pavy

Peintre, sculpteur et céramiste né en 1954 à Lafayette, Louisiane, Francis X. Pavy puise ses sources d'inspiration dans la vie et le folklore de la population locale. Cajun par excellence, on l'a surnommé le "Picasso du Zydeco" (Rolling stone, 1990), en reférence a la musique folklorique locale.

Entretien avec Francis X. Pavy (7): Le Conte de l’Oiseau qui Vola.

Le conte de l’oiseau qui vola (2010; collection privée), Francis X. Pavy.

 

Le conte de l’oiseau qui vola (2010 ; collection privée) : Quelques mots au sujet de l’œuvre

 

L’imagination vit à la frontière de la conscience et du subconscient. En tant qu’artiste, je passe énormément de temps dans cet univers : la visualisation, le rêve, le rêve éveillé. J’essaie aussi d’être au courant des différences de perception des individualités. Ce que je veux dire c’est que j’ai l’impression que pas tout le monde ne voit le rouge et le bleu de la même manière. Je me demande pourquoi certaines personnes n’ont pas le sens de la couleur. Il me semble que certains peuvent voir la couleur comme quelque chose de très vivant et d’autres voient la couleur comme quelque chose de sourd, comme un daltonien, mais pas aussi grave.

J’utilise le rêve pour imaginer quelque chose de différent et le mettre en forme de réalité physique. Je distingue bien ce qui est réel et non-réel ;  parfois, cependant, j’ai erré au-delà de la frontière peut être un peu trop longtemps, mais j’ai toujours retrouvé le chemin du retour.

Certains de mes amis ont fait un voyage bien au-delà de cette frontière et dans l’arrière-pays, et ils n’ont plus jamais été les mêmes. Cette œuvre concerne un ami qui était perdu et qui ensuite a retrouvé son chemin.  Je pense faire une série d’œuvres concernant tous les soldats déchus que j’ai vu le long du chemin sortir de leurs gonds à cause de la drogue,  d’une peine de cœur, d’un déséquilibré biologique ou du stress. L’autre jour, j’en faisais le compte, et je suis arrivé à un nombre considérable.

Josh (les noms et certains détails ont été changés pour protéger la personne) était un étudiant quand j’étais à l’université. Il ne lui a pas fallu longtemps pour  échouer dans toutes ses classes et pour commencer à vivre à la campagne vers Grand Couteau.  Je l’ai rencontré la première fois lorsqu’il est venu vendre des légumes à mon colocataire – Daniel. Après l’avoir rencontré et parlé avec lui, c’était sûr je ne vivais pas dans le même monde que lui. Il a commencé à dire que les lois de la société ne s’appliquaient pas à lui (surtout lorsque ça concernait la culture de certaines herbes) et l’entremêlement tortueux de sa nouvelle religion qui impliquait Sainte Marie-Jeanne et le christianisme. Il n’avait pas d’armes à feux et rien de tout cela, mais disons que ses idées étaient pas mal tirées par les cheveux. Par contre, il aimait le jazz, et plusieurs fois nous sommes allés dans sa cabane pour faire une jam-session. Nous devions entrer par la portière de voiture qu’il utilisait comme porte. Chez lui, il avait démoli tous les murs et il y avait un grenier où il dormait. Sur les barres de l’échelle qui allait jusqu’au grenier il y avait écrit des titres et des dates significatifs qui correspondaient à chaque phase de sa vie tel que : 1952-1955 « le commencement », 1965-1971 « la prise de conscience », 1972-1974 « l’épanouissement », et ainsi de suite. Nous nous entassions parmi les piles de magazines, d’habits et d’œuvres d’art éparpillés partout. Nous tolérions Josh parce qu’il n’était pas agressif. Je l’ai vu quelques fois chez lui, mais finalement, même pour moi, il était trop étrange. La dernière fois que je lui ai rendu visite à la campagne, il avait déménagé et il construisait son propre taudis en utilisant du fer-blanc et du bois de récupération au milieu d’un champ de soja. Il m’a dit que Dieu lui avait donné cet endroit et lui avait dit que c’était sa place sur terre. Il vendait des sandales faites en corde.

À ce moment,  nous avons tous fait connaissance d’un nouvel étudiant Ben. Il était intelligent et s’était inscrit à l’université. Il venait juste de rentrer de l’étranger où il avait fait son service militaire. Il avait un talent incroyable pour le dessin. Il trainait avec notre groupe et il avait fini par faire la connaissance de Josh. Peu de temps après, ils sont devenus meilleurs amis. Je n’eus aucune nouvelle ni de l’un ni de l’autre pour quelque temps car j’étais trop occupé à faire des accordéons ou des figurines en céramique pour me soucier de qui faisait quoi avec qui.

Un jour que j’étais chez moi sur Brooks St., Jason frappa à ma porte. Il allait quitter la ville pour retourner au Texas et il voulait nous dire au revoir. J’ai commencé à lui parler et il était remarquablement lucide. Il m’a dit qu’il avait eu un emploi pour travailler dans la construction et qu’il partait le lendemain. Il n’avait plus les yeux vitreux et ne faisait plus des proclamations au sujet de Dieu ou d’autres sujets bizarres d’étrange. Il est parti ; j’étais perplexe.

Quelques jours après Ben m’appela et me demanda si je pouvais l’emmener chez lui avec ses affaires. Son propriétaire en avait marre de lui et il avait été expulsé. Maintenant ses yeux a lui étaient vitreux et il parlait bizarrement. Je m’étais coupé la main et il insista pour me guérir. Il leva sa main et marmonna quelque chose, ensuite il me dit que j’étais guéri bien que ma coupure saignât toujours. De toute façon, je l’ai reconduit chez lui et j’ai été surpris de voir qu’il venait d’une famille très riche. Ils avaient des puits de pétrole partout sur leur propriété. Ils m’ont remercié et je me suis éloigné. J’ai récemment croisé la sœur cadette de Ben. Elle n’était qu’une petite fille, maintenant c’est une femme. Je lui ai demandé ce que devenait son frère et elle m’a dit qu’il était en clinique psychiatrique depuis longtemps.

Cette expérience m’a troublé pendant de longues années. Je pense que Ben et Josh ont échangé leur conscience et leur état d’esprit. Donc, comme c’est le cas avec les choses qui me dérangent ou qui s’imprègnent en moi, j’en ai fait une œuvre.

The Tale of the Bird that Flew (2010: private collection) : A  little more about the work  

 

 Imagination lives on the border of consciousness and the subconscious. As an artist I hang out in this realm, lots. Visualization, dreaming, lucid dreaming. Also, I try to be aware of the differences in perception that different people have. I mean not everybody sees red or blue the same way, I feel. I wonder why some people have not sense of color. It’s occurred to me that a portion of the population may see color vividly and other portions see color as muted, kind of like color blind people, but not as bad.

With dreaming it’s all a part of what I do to imagine something different and put it into physical reality. I DO understand what’s real and not real but sometimes I have strayed over the border maybe a little too long at times but I have always found my way back.

 Some of my friends have taken a voyage way past the border and to the hinterlands never to be the same again. This piece is about one friend that was lost and then found his way back. I’m thinking of doing a series of works about all the fallen soldiers that I have seen along my path go off the deep end. Either for drugs, heartache, personal chemistry or stress. I was counting the other day and it’s a substantial number. 

Josh (names and some details have been changed to protect the innocent) was a student when I was in college. He didn’t last long there before he failed all of his classes and started living in the country around Grand Couteau. I first met him when he showed up to sell some vegetation to my roommate -Daniel. After meeting him and talking to him it was certain he wasn’t living on the same plane as I. He started talking about how the laws of society didn’t apply to him (especially when it came to growing things) and the intricate weavings of his new religion which involved weeds and Christianity. He didn’t have guns or anything like that, but his ideas were say the least far-fetched. He liked Jazz music though, and several times we made it out to his cabin to Jam. We had to step through the car door he used for his entrance. Inside his house he had ripped out all the walls and there was a loft where he slept. On the rungs of the ladder that went to the loft were written dates and critic titles that corresponded to different phases of his life such as: 1952 -1955 “the beginning” , 1965-1971- “the awakening”, 1972-1974 “the flowering”, and so forth. We jammed amongst the piles of magazines, clothes and artwork scattered all over. We tolerated Josh as he wasn’t aggressive. I went out to his house maybe a handful of times but even he was too strange for me. The last time I visited him in the country he had moved and made his own hovel out of tin and scrap wood in the middle of a soybean field. He told me God gave this place to him and told him that this was his place on earth. He was selling sandals made out of rope. 

About this time a new level-headed student, Ben, enrolled in college and we all became acquainted. He had just come back from overseas serving in the military and had some serious drawing skills. He was hanging around with our group and eventually got to be friends with Josh. Before too long they were best friends. I didn’t hear from either one for sometimes as I was busy making ceramic accordions, or ceramic people, to even care about who was doing what with whom. 

One day I was at home on Brooks St. when Jason knocked on the door. He was leaving town to go back to Texas and wanted to say good-bye to us. I started talking to him and he was remarkably lucid. He told me he got a job working in construction and was taking off the next day. No glazed over eyes with proclamations about God or anything strange. He left and I was puzzled.  

A few days Later Ben called and asked me if I would drive him and his possessions home. His landlord had enough of him and he had been evicted. Now HIS eyes were all glazed over red and he was talking strange. I had cut my hand and he insisted on healing me. He raised his hand and mumbled something then told me I was healed although, my cut was still bleeding. At any rate I did drive him home and was surprised he came from a very wealthy family. They had oil wells all over their property. They thanked me and I drove off. I recently ran into Ben’s younger sister not long ago. Then she was just a girl, now she’s a grown woman. I asked how her brother was and she told me he was committed and has been so for a long time.

This experience has troubled me throughout the years. I feel that Ben and Josh exchanged consciousnesses or mindsets. So, as is the case with things that bother me or stay with me I made a piece about it. 

 

 

 


 

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