Auteur: Francis X. Pavy

Peintre, sculpteur et céramiste né en 1954 à Lafayette, Louisiane, Francis X. Pavy puise ses sources d'inspiration dans la vie et le folklore de la population locale. Cajun par excellence, on l'a surnommé le "Picasso du Zydeco" (Rolling stone, 1990), en reférence a la musique folklorique locale.

Entretien avec Francis X. Pavis (11): Vision et technique

La peinture est une vision et non une techniqueVous avez commencé comme un peintre hyperréaliste. Qu’est-ce qui vous a incité à rejeter ce style et à vous lancer dans une nouvelle trajectoire créative ?

Mes premières incursions dans la peinture en tant qu’artiste professionnel étaient fondées sur le style hyperréaliste. Je croyais que peindre de cette manière ferait de moi un artiste exceptionnel. Mais au fur et à mesure que les choses progressaient, je réalisais que ma façon naturelle de peindre était trop diluée. Je n’avais pas besoin de me prouver que j’étais un excellent peintre en transformant un objet en une ombre. Les idées avaient pris le dessus au détriment de la technique.

Après avoir fini mes études universitaires en 1976, j’ai décidé d’ouvrir mon propre studio. Pendant l’été de 1975, j’ai visité l’Institut des Arts de Chicago. j’y ai assisté à une exposition des photos d’œuvres réalistes. J’ai été impressionné par l’expertise technique que ces artistes ont réalisée et j’ai pensé que cela pouvait être un bon exemple à suivre. J’avais toujours voulu être un peintre. Cependant, je sentais que je n’étais pas assez préparé pour réaliser des travaux comme ceux que j’avais vus à Chicago. J’ai travaillé en mer pour pouvoir avoir de l’argent me permettant d’ouvrir mon propre studio et de continuer à m’auto-éduquer en tant qu’artiste. Mon travail consistait à faire la cuisine dans les bateaux. J’emportais avec moi en mer mon cahier de dessin et des livres d’art pour pouvoir travailler et étudier pendant mes petits moments de loisir. Pour certains travailleurs, j’étais ridicule. Mais dans la plupart des cas, les autres travailleurs étaient impressionnés que je sois capable de reproduire une face, des mains ou un corps. Je dessinais beaucoup des portraits des travailleurs. Et s’ils n’étaient pas à côté de moi, je reproduisais des images des magazines et livres.

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Après neuf mois de travail en mer, j’ai été recruté dans une boutique de verres. Mon travail consistait à reproduire toutes les formes de verres. Ce fut un tournant dans mon apprentissage et une fascination de travailler dans un milieu différent. Bien que ceci me distraie de mes objectifs relatifs au dessin et à la peinture, je continuais à reproduire des photos des figures et portraits réalistes.

J’ai ouvert mon studio en 1981 où je vis actuellement. Je fabriquais toujours des verres biseautés au plomb pour pouvoir payer les factures. À cette étape, j’étais assez confiant de mon habileté à dessiner que je sentais qu’il était temps de commencer à peindre. J’ai acheté quelques livres portant sur la technique de la peinture et une grande quantité de peinture à huile lors d’une solde lancée à cause du feu. J’ai acheté toute la peinture qu’il y avait et j’ai commencé à collectionner plus de peintures. Après avoir peint quelques œuvres, le message a circulé indiquant que je pouvais réaliser des portraits.

En 1983, je fus approché par un couple qui voulait un portrait de chacune de leurs deux filles, qui étaient « Mardi Gras Royalty ». Je me suis résolu avec joie à relever le défi et j’ai accepté la commission. J’ai eu beaucoup de satisfaction en réalisant ces travaux. Cependant, au même moment, j’étais mécontent. À la fin, j’ai réalisé que ce genre de travail était techniquement trop restrictif et qu’il ne cadrait pas avec ma méthode naturelle de travailler.

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En ce moment, la photo réaliste est devenue pour moi une interprétation trop littérale de la vie. Ce que je voyais à travers mes yeux spirituels était plus expressif. Je pensais que je réaliserais un travail exceptionnel si je parvenais à cette expression. J’ai commencé le dessin et la peinture d’une manière simpliste. J’ai essayé la peinture à l’air libre. Il était possible que j’arrive dans un endroit, je fixe une planche dans le sol, j’y accroche une toile et je travaille tout l’après-midi sur une peinture. J’ai toujours essayé de faire une expérience, celle de reproduire des vies de façon abstraite. Un jour, je n’avais rien à faire. Je suis sorti avec trois toiles et j’ai étalé tous mes tubes de peinture sur le sol. Je me suis retrouvé à la fin de cette journée avec trois tableaux peints. J’étais content de ce travail. Il constituait pour moi une direction que je pouvais construire et développer. J’ai aussitôt abandonné le travail avec le verre et j’ai commencé à vivre de la peinture.

 

Painting is vision, not techniqueYou began as a hyperrealist painter. What prompted you to repudiate this style and begin a new creative path?

My first forays into painting as a professional artist were of a superreal nature and that was because I thought if I could paint in such a manner I would be a genuine painter. But as things progressed I realized my natural way of painting was much looser.  I didn’t need to prove to myself that I was genuine by rendering something in shadow. Ideas took over, not technique.

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After I graduated from College in 1976, I decided that I would open my own studio. During the previous summer of 1975 I visited the Chicago Art Institute, where I saw a show of photo realistic work. I was impressed   by the technical expertise that these artists had achieved, and thought that this would be a good direction for me. I always wanted to be a painter however, I felt   was not prepared enough to paint like the work I had seen in Chicago. I worked offshore to  raise money to open my own studio and continue my self-education as an artist. My   job was cooking on the work boats. I brought my sketchbook and art books offshore to work and study during the little spare time I had.  I received some ridicule, but for the most part the other workers were pretty amazed that I could render a face, hands or a body. I drew many portraits of the workers and if they were not around, I would draw from magazines or books.

After nine months of working offshore, I was hired by a glass shop. My duties were all manner of glass work. There was a learning curve and a fascination   of working with a different medium. Although this was a distraction from my drawing and painting goals, I continued to draw photo realistic figures and portraits.

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I opened my studio in 1981 at my current location. I was still  making leaded and beveled glass to pay the bills. At that point I  was confident enough about my drawing foundation, that I felt it was time I started to paint. I bought a few books on the technique of painting, and a large quantity of oil paint at a “fire”  sale. I bought all the paint they had and I started collecting more paint. After I painted a few works, word circulated that I could do portraits.

In 1983 I was approached by a couple who wanted a portrait each of their two daughters, who were Mardi Gras Royalty. I welcomed the challenge and took the commission. I got much satisfaction from making these works however, at the same time I was dissatisfied. In the end I felt like this kind of work was too technically restrictive and was not my natural method of working.

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At that time photo realism  became for me, too much of a literal interpretation of life. What  I was seeing in my mind’s eye  was more expressive. I thought I would create unique work if I could arrive at that expression. I started drawing and painting in a looser manner. I tried plain air painting. I would arrive in a location, drive a board into the ground and hang a canvas on the wood then work all afternoon on   a painting. I tried still lives and I experimented with some abstract work. One day I didn’t have anything to do, so I took three canvases out and dumped all my paint tubes on the floor. I ended up painting three works that day. I felt good about the work and this was a direction that I could build a vocabulary and grow into. I soon quit working with glass and began making a living as a painter.

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