Auteur: Selim Lander

Selim Lander est critique, membre de l'AICT (section Caraïbe)

Cinéma politique : Pater d’Alain Cavalier.

Les critiques présents au festival de Cannes ont été unanimes pour saluer le dernier film d’Alain Cavalier, cinéaste rare mais qui ne laisse jamais indifférent. C’est encore le cas avec Pater, exercice de cinéma minimal, en décors naturels, avec une poignée de comédiens tous masculins, pour la plupart amateurs, à commencer par A. Cavalier lui-même qui porte avec une aisance stupéfiante le rôle principal, celui du président de la République (française). Il incarne un Président très proche du Mitterrand du second mandat, hanté par la mort, entre cynisme et idéalisme, qui gouverne comme au second degré. En face de lui, Vincent Lindon, le comédien professionnel, a plus de mal à faire exister le Premier ministre : son côté débraillé, son élocution hésitante ne collent guère avec l’image d’un meneur d’hommes.

Une scène de Pater

Pour cette raison-là d’abord, le film n’est pas une totale réussite. Ce n’est pas la seule. Montrer les caméras, insérer quelques scènes « off » pour bien nous faire comprendre que nous sommes au cinéma apparaît ici bien superflu. A. Cavalier s’amuse, c’est son droit, mais rien ne l’obligeait à nous l’expliquer aussi crûment.

L’intérêt du film n’est pas dans ces manières de faiseur. Avec un indéniable humour, A. Cavalier brosse un portrait que l’on pourrait dire « hyperréaliste » de la classe politique française. Ces intérieurs (ville ou campagne) décorés à la dernière mode des magazines spécialisés, ces dressings débordant de costumes et de chaussures de prix, ces dilemmes autour du choix d’une cravate, ces vins aux étiquettes prestigieuses, ces plats « du terroir » à la mode Fauchon, tout cela est plus vrai que vrai. Si l’on songe que l’argument principal du film consiste en une tentative – évidemment avortée – des deux principaux protagonistes pour ramener autoritairement l’écart des revenus entre le titulaire du SMIG et le Français le plus riche de 1 à 15 (au lieu de 1 à 1000 environ en France, aujourd’hui !), on voit tout de suite l’ironie (voulue ?) de cette histoire. Jamais les personnages que le film montre en train de discuter sur les meilleurs moyens de faire aboutir leur proposition de loi ne pourraient conserver leur train de vie si – par un malencontreux hasard – la loi était adoptée.

Bien que l’histoire ne soit pas très bien ficelée et que V. Lindon s’avère un Premier ministre assez peu crédible, ce film devrait être vu par tous ceux qui ne connaissent pas le milieu des gens qui nous gouvernent (nous les Français) : comme une leçon de politique concrète à la fois instructive et drôle.

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