Selim Lander est critique, membre de l'AICT (section Caraïbe)

Billet d’Avignon 2014-9. « La Danse [im]mobile »

Nous avons parlé dans un billet précédent du spectacle En roue libre, le seul en scène de Gérard Lefort. Il y présente avec un peu de dérision et beaucoup d’humour la condition de celui qui, ayant perdu l’usage de ses jambes, se trouve condamné à rester sur une chaise roulante. Clémentine Célarié aborde cette situation d’une manière complètement différente. Sa démarche est d’abord amicale : créer un ballet autour de son ami le comédien Thierry Monfray atteint de la maladie de Charcot.

dans immobileLe résultat est étonnant. Cl. Célarié nous transporte dans un univers féérique. Les roulants sont les maîtres d’un royaume enchanté ; des esclaves dévoués sont là pour les servir et les distraire par leurs danses, pour les entraîner dans des ballets lents et majestueux, d’où, néanmoins, la sensualité n’est nullement bannie. Les costumes richement décorés des deux maîtres – un homme (Jean d’Artigues remplaçant Th. Monfray) et une femme (Lauren ou Vanessa François en alternance) – aux merveilleux sourires, donnent une couleur orientale à ce spectacle qui semble venu d’une planète où les conditions seraient à l’envers de la nôtre. Les cantates de Bach, la lumière bleutée, les voiles vaporeux contribuent à l’impression d’étrangeté, de même que les deux danseurs de formation hip hop (Ilyess Benali et Virgile Garcia), lesquels, enfermés dans un sac, dessinent dans l’espace des monstres fantastiques. Clémentine Célarié n’est qu’une servante, humiliée de ne pouvoir suivre jusqu’au bout lorsque la danse des fauteuils se fait tourbillonnante.

Les séquences se succèdent, somptueuses et émouvantes. On retiendra peut-être comme la plus touchante celle où le maître et la maîtresse se retrouvent sur le même fauteuil, elle sur ses genoux à lui. Et, à la fin, les cinq comédiens retrouvent une forme d’égalité assis chacun dans un fauteuil roulant.

Un ballet muet, une proposition vraiment originale, d’une maîtrise impressionnante, à voir d’abord pour les sentiments inédits qu’il suscite chez le spectateur.

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