Auteur: Selim Lander

Selim Lander est critique, membre de l'AICT (section Caraïbe)

Avignon 2015 (2) : « N° 51 – Mu naine vihastas »

Après le Richard III d’Ostermeier en allemand surtitré, un spectacle en estonien.

En 2004, deux Estoniens Ene-Lis Semper, vidéaste et scénographe, et Tiit Ojasoo, metteur en scène ont créé la compagnie « Teater n° 99 ». Ce nom revêt une signification précise. Leur premier spectacle portait le numéro 99 ; les suivants sont numérotés en comptant à rebours et ils préparent actuellement le n° 43. Celui présenté cette année dans le IN d’Avignon porte le numéro 51. Son titre en français explique l’argument de la pièce (« Ma femme m’a fait une scène et effacé toutes nos photos de vacances »). Ce dernier, cependant n’apparaît pas immédiatement. Au début, un homme se trouve dans une chambre d’un hôtel moderne, de bon standing. Pendant un bon quart d’heure rien ne se passe. On ne s’ennuie pas pour autant. L’homme fait le tour  de la chambre, teste le lit, fait l’inventaire du réfrigérateur, allume puis éteint la radio, vide une valise… Il attend ou prépare quelque chose, on ne sait trop. Le numéro du comédien rappelle agréablement celui de ses grands devanciers du cinéma muet.

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Un noir se fait. Quand la lumière revient, on découvre que la chambre a été envahie par une troupe hétéroclite de sept nouveaux personnages : cinq jeunes (trois garçons, deux filles) vêtus dans le style « djeuns » plus un homme et une femme habillés dans un style plus conforme à un âge plus mûr. Le premier personnage explique aux nouveaux venus la perte des photos et qu’il va les mettre à contribution pour les refaire. Mais comment refaire des photos d’enfants avec des jeunes gens (et filles), comment évoquer un décor de montagne, ou la mer dans une chambre d’hôtel ? Heureusement, l’imagination de l’hôte, bientôt complétée par celle de ses invités, est sans limite : le lit est l’endroit tout trouvé pour imiter la mer ; de l’édredon, on peut faire une grotte, etc… Des photos sont donc prises et le résultat est immédiatement projeté sur la portion du fond de scène qui n’est pas occupée par le décor de la chambre. Effet comique assuré.

Evidemment, le plan initial est perturbé. Les invités prennent de plus en plus d’initiative. Et lorsque l’hôte, passablement caractériel, quitte la chambre pour calmer ses nerfs, la troupe se déchaîne dans un exercice de défoulement collectif, sans omettre de photographier les tableaux qu’ils composent. À son retour, il chasse tout le monde. Seule demeure la femme qui a joué le rôle de l’épouse sur les photos et dont on découvre qu’elle est en fait l’épouse véritable (au sens de la vérité du théâtre, bien sûr).

L’idée est originale, on le voit, et la réalisation brillante. N° 51 vient d’Estonie, un pays tout proche de la Russie et, de fait, le spectacle se déroule dans une ambiance très « nouveaux Russes » avec ses filles court vêtues perchées sur de hauts talons. On frôle parfois la vulgarité et une pornographie soft, mais la dérision et la bonne humeur sont toujours là pour empêcher le spectacle de sombrer.

 

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