Auteur: Merlin Urvoy

Ce que nous relate ici Merlin Urvoy, universitaire français ayant été de poste en poste à travers le monde, c’est une vie sexuelle dans la moyenne de l’homme occidental de notre époque. Ce n’est pas "My Secret Life" avec des exploits hors du commun (des milliers de femmes possédées, des femmes de tous les pays du monde, etc.), ce sont des instantanés, agrémentés de fantasmes, dans une vie sexuelle parfois morne, parfois agitée, parfois remplie d’éclats, mais toujours proche de la vérité et de la réalité du temps. Ces courts récits, ces contes érotiques et amoureux, suivent un ordre à peu près chronologique, depuis les premiers émois de l’adolescent jusqu’aux plaisirs plus raffinés de l’homme mûr.

Psy

a psychiatrist listening to a patient and taking notes

Il ne savait pas pourquoi, il tombait souvent sur des psys. Peut-être leur côté tourmenté l’attirait, peut-être était-ce au contraire ses tourments à lui qui le portaient vers ces femmes, peut-être était-ce tout simplement le hasard. Qui sait, qui peut percer les mystères de l’âme et du cœur ? Toujours est-il que les trois dernières dans sa vie amoureuse et érotique l’étaient, une brune, une châtain et une blonde. Commençons par la première, une Parisienne ultra sexy, qui lui en fit voir de toutes les couleurs…

Il était avec une femme qui lui convenait parfaitement, sportive comme lui, voyageuse comme lui, enseignante comme lui, aimant le sexe et ouverte à toutes les expériences comme lui, et, Dieu sait pourquoi, il eut le malheur de s’enticher de l’autre. L’histoire arriva banalement, il s’était disputé avec son instit, ils s’étaient séparés, et naturellement il chercha ailleurs. A l’époque, à la fin des années 1990, les sites de rencontre internet n’étaient pas trop développés, et les petites annonces du Nouvel Obs étaient encore en vogue auprès de ceux qu’on commençait à appeler les bobos. Toujours est-il que vivant sur la Côte, elle à Paris, ils eurent l’occasion de se rencontrer pour un déjeuner sur le port de plaisance près de chez lui. Ils se plurent, quelque chose passa. Puis la vie reprit ses droits, il revint même vers la première, ils se revirent, se retrouvèrent, et il abandonna l’idée de la psy, car c’en était une. Six mois plus tard, l’été, il la revit cependant à Paris, ils avaient échangé encore épisodiquement, sa compagne était partie en vacances au loin avec ses enfants, et une passion commença, chez la psy, dans la jolie maison qu’elle avait dans une banlieue proche. A la rentrée, dans le Midi, il annonça sa liaison à sa compagne et mit toutes les formes pour éviter de la blesser. Elle ne l’entendit pas de cette oreille cependant et entreprit de le reconquérir. Il fut ainsi partagé entre les deux, la Parisienne qu’il allait voir les week-ends,  et son ex, qu’il voyait chez lui, avec qui il s’efforçait de n’entretenir que des relations d’amitié…

Comme il n’était qu’au début avec la psy, et donc très amoureux, il ne voulait pas la tromper, il refusa ainsi de coucher avec l’autre, mais la chair étant faible, et elle étant proche, ils eurent quand même des rencontres, des rencontres érotiques. Ils allèrent faire ainsi une balade à côté de chez eux, ne renonçant pas aussi rapidement à leurs habitudes, sur la côte découpée de Giens, c’était dans la chaleur de septembre et vers midi, il se baignèrent dans une crique, avec d’autres couples pas très loin, l’eau était chaude, ils se déshabillèrent et plongèrent nus dans la mer. Quelques brasses et elle s’appuya sur un rocher, présentant sa croupe, les jambes écartées. Il voyait la fente à travers l’eau et l’imaginait luisante, il avait une érection de damné… Elle attendait, offerte, et il dut se retenir à quatre contre toute son envie et la nature, pour ne pas la prendre, cueillir le fruit désiré. Elle essayait ainsi, à sa façon franche et déterminée, de le reprendre pour elle.

Un soir ils allèrent prendre un café dans un bistro semi-désert, elle le branchait toujours et il bandait, il prit sa main sous la table et la posa sur son pantalon déformé. Elle ne se fit pas prier et sortit le sexe, regardant furtivement alentour si personne n’observait. Elle le branla doucement, longuement, il regardait le bar, hagard, tendu, ailleurs, le bar où quelques clients discutaient avec la barmaid, et finit par venir, soufflant, haletant, envoyant ses giclées sur le dessous de la table. Une autre fois, elle était venue le voir chez lui pour emprunter un truc, et ils cherchèrent au garage, il ne put se retenir et sortit son sexe, quand elle se retourna et le vit, il la prit aux épaules et la pressa pour qu’elle s’agenouille et le prenne dans sa bouche, il jouit encore très vite, se comportant en égoïste complet et refusant toujours de lui faire l’amour, par une sorte de « fidélité » à l’autre, mal placée. Cela dura des semaines, elle l’accompagnait même à l’aéroport proche le vendredi, alors qu’il allait voir sa psy, et lui faisait encore une fellation dans la voiture, il éclatait dans sa bouche et la voyait avaler le sperme de façon experte, se demandant si après un tel traitement, il pourrait encore honorer l’autre le soir même… Une fois même, la psy était descendue passer la fin de semaine chez lui, et en allant flâner au marché au puce traditionnel du dimanche matin, ils tombèrent sur son ex, qui vint vers lui, et devant l’autre lui passa doucement, tendrement, la main sur le bras, sans gêne, devant les yeux écarquillés de sa nouvelle compagne. Il eut droit bien sûr plus tard à des reproches sanglants, se défendant très mal en protestant : « Ce n’est pas de ma faute, c’est elle ! » Quatre ans durant, par la suite, l’histoire revenait sur le tapis avec une indignation jalouse dès qu’ils se disputaient.

Mais revenons à elle, la psy. Elle avait deux enfants ados à Paris, avec qui il s’entendait curieusement assez bien, mieux qu’avec sa compagne. Leurs relations, d’un érotisme torride au début, se fanèrent assez vite, tombant dans l’acrimonie et plus tard dans la souffrance. Il essaya de venir à Paris, de trouver un poste, sans succès, et elle lui reprochait constamment la distance, son absence de participation à sa vie matérielle. Une fois, au début, pendant les vacances d’été, ils louèrent un houseboat et passèrent quelques jours sur la Charente, ce fut leur lune de miel. Ils faisaient naturellement l’amour sans arrêt, elle était mince et très jolie, avec un coté incroyablement sexy. Une nuit dans le bateau, alors qu’il la prenait par derrière, il sortit son sexe raide comme une trique et poussa dans son anus, il la pénétra totalement et elle se laissa faire, allant et venant dans l’étroit passage, jouissant finalement abondamment en elle. Ce n’est que le lendemain, au matin, qu’elle lui dit : « J’ai aimé ça hier soir… » Ce fut dès lors une pratique répétée, il aimait, comme il lui disait avec une vulgarité et un machisme voulus, « faire le tour du propriétaire », la prendre dans sa bouche, dans son vagin, et finir dans son rectum. Elle se posait la question toujours, « J’aime ça, c’est bizarre, comment se fait-il que j’aime tellement ça ? » Il n’avait pas de réponse, se contentant de profiter de cette disposition, sans chercher plus avant.

Un matin à l’hôtel, alors qu’ils avaient fait l’amour au réveil, il était habillé, elle encore alanguie, allongée sur le côté, dans un demi-sommeil. Sa chemise ou chemise de nuit arrivait au milieu des fesses, le fin liseré de dentelle allant d’une hanche à l’autre, couvrant à moitié sa croupe, ne masquant rien et masquant tout, une demi exposition d’un érotisme fulgurant, il eut comme un court-circuit dans la tête, en voyant la courbure des hanches, les fesses arrondies offertes, la féminité magnifique. Il sortit son sexe, se mit en cuillère derrière elle et la pénétra lentement, elle gémit doucement, semblant s’arracher d’un rêve pour accompagner ses mouvements. Par la suite, elle lui rappela ce moment et cette image de ses fesses à demi exposées, et il s’aperçut qu’il n’avait pas été le seul à être troublé, et qu’elle avait ressenti la même force érotique de cet instant.

Des années après, d’autres souvenirs du même type lui venaient en avalanche, quand il pensait à elle. Le fait qu’elle aimait par exemple être attachée quand il lui faisait l’amour. Parfois il la liait aux montants du lit, étalée et offerte, ou encore il lui nouait les mains sur les reins, la couchait sur le ventre, et quand il la prenait par derrière, appuyait sur ses deux poignets reliés, au dessus des fesses, et la labourait sauvagement. Elle lui disait, « Mais pourquoi tu ne m’attaches par les pieds aussi ? » C’est vrai, il n’y avait pas pensé… Une autre fois, chez lui, dans le Midi, elle lui annonça, « Je veux être soumise ». Il ne se fit pas prier et la fit mettre à genoux dans le salon, avec un bandeau sur les yeux, et les mains attachées dans le dos. Il la laissa ainsi, nue, un moment à attendre. Puis sortit son sexe et caressa son visage avec le gland humide, pour l’enfoncer finalement dans sa bouche sans prévenir, aller et venir sans ménagement en lui tenant la tête, et jouir enfin, se repaissant de ses déglutitions pour avaler le sperme. Elle aimait aussi les fessées, et il passait un moment à la frapper jusqu’à se ce que son postérieur soit rouge et qu’il s’arrête pour la sodomiser. Elle lui demanda d’aller plus loin, goûtant la douleur et son acceptation, il prenait une rallonge électrique, repliée, et commençait à la fouetter, debout, les bras attachés vers le haut. Quand le derrière magnifique était bien zébré, il était si excité qu’il la prenait ainsi brutalement, pantelante et suffocante de plaisir.

Un soir à Paris, une nuit douce de juin, entre St Sulpice et le Luxembourg, dans une rue peu fréquentée, ils firent l’amour debout, sous une porte cochère. Il la poussa contre le mur et mit la main sous sa jupe, écartant le slip pour laisser le passage à son sexe. Le contact de son gland avec la vulve humide les électrisa tous les deux, il poussa et ils eurent un de leur meilleur moment d’érotisme, regardant avec un œil inquiet les groupes de gens pas très loin, mais d’autant plus excités. Quand il se rappelait tout ça plus tard, il se dit que les souvenirs de ce genre ont un côté bien agréable, ils peuvent meubler une nuit d’insomnie par exemple, et plus on en a mieux c’est. En outre, ils fournissent des instants plaisants, sans la dépense d’énergie de la réalité elle-même…

Au bout de quelques années, dans une relation qui en dura quatre, en tirant à l’extrême les derniers mois, elle commença à devenir odieuse, pratiquant le refus du sexe, et le trompant à plusieurs reprises, avec cette caractéristique curieuse qu’elle ne chercha pas à le cacher, mais au contraire trouvait plaisir à lui raconter les détails. Les épisodes de soumission n’étaient qu’un jeu érotique, car dans la vie courante, elle n’avait rien d’une femme soumise, bien au contraire. Comme beaucoup, elle était fascinée par les médecins, et sa première conquête fut son cardiologue, dans son cabinet. A moitié nue sur le banc d’examen, au cours d’un électrocardiogramme, elle lui fit comprendre qu’elle était disponible. Il la prit sur le banc, et ils commencèrent une liaison épisodique, car il était marié.

Elle lui annonça cela tranquillement au téléphone, alors qu’il sortait d’un cours à l’université, et ne trouva à lui répondre qu’un « Non ! » effondré. Il connut alors, entre souffrance et jouissance, une curieuse expérience autoérotique, totalement neuve pour lui. Dès cette annonce, sur le campus, imaginant la situation, sa maîtresse prise par un autre, le recevant dans sa bouche, il fut pris d’un spasme, puis d’un orgasme incontrôlable, dehors, en pleine lumière, tachant son pantalon… Il ne supportait pas la tromperie, mais en même temps prenait ainsi une faible consolation érotique dans la situation. Sans érection aucune, à plusieurs reprises, par la suite, chez lui le plus souvent, allongé à plat ventre sur son lit, un puissant orgasme le transportait avec les images qui lui passaient dans la tête, elle faisant l’amour, dans toutes les positions, avec un inconnu, quelqu’un qu’il ne verrait jamais.

Elle revint cependant vers lui, le vit à nouveau, il pardonnait. Une sorte de jeu du chat et de la souris, elle le prenant et le reprenant à sa guise. Une fois qu’ils étaient séparés, il l’invita à un mariage, loin de Paris, et elle accepta, fit la route pour venir le rejoindre. Il avait réservé un hôtel, avec deux chambres, conformément à la situation de leur séparation, elle avec un autre partenaire dans la capitale. Le soir, ils jouaient une sorte de comédie, sachant tous les deux que si elle était venue, ils allaient faire l’amour. Mais ils se traitaient en simples « connaissances », en « amis », sans sexe au programme, un jeu érotique, la question étant quand, quand ils allaient se retrouver. Une des chambres avait deux lits, et ils décidèrent de la prendre finalement, de renoncer à l’autre, couchant chacun dans un lit différent, à quelques mètres… La nuit avançait, ils se retournaient dans leur couche respective, faisant à moitié semblant de dormir. Mais tous les deux savaient que l’autre ne dormait pas, qu’il ou elle n’avait qu’une idée en tête… Le jeu dura une heure ou deux, plus il durait, plus la tension érotique était forte. Finalement, n’y tenant plus, il se leva, le sexe bandé, sortant du pyjama, pour aller la retrouver. Et là, il eut la surprise en la touchant, en l’embrassant, de constater qu’elle était complètement trempée, le sexe mouillé comme jamais il ne l’avait vu. Sa raideur à lui et son humidité à elle étaient le signe évident de leur paroxysme d’excitation. Quand il la pénétra, il ne sentit rien, « tu es un vrai lac ! », lui dit-il. Il jouit assez vite cependant, libérant en un seul coup la montée et l’attente de quelques heures. Ils passèrent une partie de la nuit à se reprendre, arrivant épuisés à la fête du lendemain.

Elle eut ensuite d’autres aventures, rencontra quelqu’un à ses cours de tango, lui raconta encore, la même dévastation, la même jouissance morbide le prenaient. De son côté, il rencontra d’autres femmes, chez des amis ou sur Internet, les sites de rencontres étaient devenus la norme en seulement quelques années. Il abandonna alors la curieuse expérience d’orgasmes sans érection, provoqués seulement par les images et situations douloureuses dans sa tête, reprenant une vie à peu près normale.

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2 Responses to “Psy”

  1. Anonyme dit :

    « Dans Climats, le génie d’André Maurois réside en premier lieu dans la finesse de ses analyses psychologiques. Il insiste notamment sur ce fait étrange: la jalousie amoureuse procure souvent des plaisirs troubles, une volupté de la souffrance qui se réalise pleinement lorsque nos doutes nous paraissent se confirmer sous nos yeux. Lorsque l’infidélité de l’être aimé nous semble plus évidente que jamais, nous éprouvons toute une gamme de sensations que l’écrivain se propose de nous révéler. »

    Un roman oublié : http://www.milkipress.fr/2015-07-05-climats-d-andre-maurois-chef-d-oeuvre-du-roman-sentimental.html

  2. Dimitri dit :

    Eh bien, eh bien …