Auteur: Dimitri Dimitrievich

Dimitri Dimitrievich, né derrière le rideau de fer du puritanisme, français de hasard, amoureux de la liberté et des femmes, écrit des oeuvres d'imagination pure.

Mercenaire

 

Dessin M. Lehmann

Cet homme est un individu plutôt ordinaire tel que le monde occidental en a produit à la pelle au tournant du XXIème siècle. Il a été plus jeune ; il a cru à de belles choses : l’honneur, la patrie, le drapeau, le service ; la vie s’est chargée de lui remettre les idées en place. Il était officier dans l’armée de l’air, prêt à mourir pour son pays en échange d’une modeste solde ; il fait partie maintenant de la garde rapproché du Président.  Chef du SSE, le Service de Sécurité de l’État, en fait la sécurité du chef de l’État. Il se voit plutôt en exécuteur des basses œuvres. On peut considérer qu’il est au-dessus des lois ; on peut plus justement voir en lui un hors-la-loi qui ne doit l’impunité qu’à l’autorité de son commanditaire.
Il serait faux de le croire complètement en paix avec sa conscience. Malgré un port altier, une belle crinière où le sel commence à se mêler au poivre, un visage buriné d’aventurier, il mesure exactement combien lui coûtent le costume sur mesure et la Mercedes classe CLS dans lesquels il est installé pour attendre la demoiselle qui se trouve être actuellement le principal souci du Président.
S’il n’attache guère d’importance à ses costumes de bonne  coupe, il n’a pas encore épuisé la jouissance qu’il tire de cette voiture à la ligne racée et au confort cossu, à laquelle les ministres eux-mêmes n’ont pas droit, pour cause de préférence nationale et de luxe par trop ostentatoire.
Il ne sait toujours pas pourquoi on est allé le chercher, lui, pour lui confier des missions que même  les services secrets officiels ne doivent pas connaitre ; peut-être parce qu’il avait une réputation d’officier casse-cou mais loyal et efficace, peut-être à cause de sa gueule, ou de sa particule, comment savoir ? Il se souvient de son premier jour au palais, l’entretien avec le chef d’État-major particulier du Président, et dans la foulée avec le Président lui-même. Visiblement, ces messieurs le connaissaient mieux qu’il ne se connaissait lui-même… Il n’a pas hésité longtemps avant de dire oui. Il pensait alors faire son service autrement, à ceci près qu’il s’effectuerait dans l’ombre ; il n’imaginait pas qu’il pût s’agir d’un tout autre service. Il faut avouer que les conditions qu’on lui offrait ne l’incitaient guère à réfléchir. On ne refuse pas un traitement de préfet de région, un logement de fonction dans les beaux quartiers, une voiture de PDG. Il est toujours de cet avis. Sans doute, le bonheur ne se résume-t-il pas à la possession des biens matériels, aussi prestigieux soient-ils ; ils y contribuent, néanmoins, pour une part que lui estime toujours considérable. Suffisamment pour faire taire sa conscience dans les circonstances où elle aurait dû s’exprimer. Jusqu’ici en tout cas.
Il se carre dans le fauteuil au cuir douillet de la Mercedes. Il allume l’un des cigares Davidoff qu’il a rapportés de sa dernière mission à Genève. Un de ces voyages où l’on part avec des valises pleines et d’où l’on retourne à vide. Fumer le culpabilise davantage que son métier, mais que faire d’autre quand on est coincé pour plusieurs heures dans l’habitacle, aussi confortable soit-il, d’une voiture ? Il écoute la radio. À cette heure avancée de la nuit, il y a surtout  de la musique, et surtout ces chansons d’aujourd’hui, répétitives et d’une pauvreté mélodique attristante. Quant aux paroles, il n’essaye même pas de les comprendre, tellement il sait d’avance qu’elles seront aussi misérables que la musique. Il réussit néanmoins à capter une émission politique. Sûrement la rediffusion d’une émission de la journée. Un journaliste connu du paysage audiovisuel interroge la chef de l’opposition, personnage sans grâce qui espère pourtant, contre toute vraisemblance, prendre la place du Président aux prochaines élections. La future candidate (à moins qu’un coup-fourré de ses camarades de parti ne l’éjecte d’ici-là) égrène les promesses. À l’en croire, elle fera repartir la croissance, supprimera le chômage, rétablira les comptes sociaux, réduira le déficit budgétaire et cela évidemment sans hausse des cotisations ni des impôts. Et bien sûr le journaliste est trop complaisant – à moins qu’il ne soit trop bête – pour lui opposer la moindre objection. Il pourrait, par exemple, demander à la future (ou bientôt ex-future) candidate s’il lui est déjà venu à l’idée que les politiques apparaissent désormais aux yeux de tous (sauf d’eux-mêmes, apparemment) comme des fantoches capables au mieux de gérer la pénurie. Poussant plus avant, il pourrait suggérer que si elle se refuse à augmenter cotisations et impôts, ce n’est pas par choix mais faute de pouvoir faire autrement, étant donné que le capital, les investissements ne manqueraient pas de quitter le pays au moindre signe de hausse du coût du travail ou des taxes sur les profits.
Le journaliste, bien sûr, ne va pas chercher aussi loin, préférant titiller son interlocutrice sur les bisbilles internes à l’opposition. La chef se défend plutôt mollement. Et celui qui l’écoute au cœur de la nuit est surtout frappé qu’elle ne se montre pas plus virulente à l’encontre du Président. Il y a tellement de points sur lesquels on pourrait l’attaquer ! Mais si elle conteste sa politique – comme si elle était capable de faire mieux ! –, elle se garde bien de mentionner ses affaires, ou sa vie privée. Sans doute a-t-elle compris qu’elle ne convaincrait qu’une minorité de ses concitoyens, les autres refusant obstinément, et depuis des années, de tenir rigueur au Président de ses frasques. Loin de les condamner, la plupart les admirent et ne regrettent qu’une chose : ne pas pouvoir en faire autant (ou pire)… Que pourrait-elle dire, au demeurant, que l’on ne sache déjà ? Si elle a connaissance de quelques-unes de ces choses bien plus graves dont le Président s’est rendu coupable, elle sait nécessairement combien il serait dangereux de les évoquer publiquement. Aussi s’en dispensera-t-elle. Et c’est tant mieux, car si elle commençait à être un peu trop bavarde, ce serait justement à celui qui l’écoute dans la nuit de l’en empêcher. Définitivement.
Il voit enfin venir les deux policiers qu’il a postés à la sortie de la boite. Ils sont bien accompagnés de Zhora. Tout s’est donc passé comme prévu. Il allume ses phares : la fille est vraiment sublime. Il ne l’a jamais aperçue, sinon en photo ; elle n’est pas du gibier pour lui, trop chère, beaucoup trop chère. La lumière des phares éclaire ses jambes nues jusqu’à la robe très courte et légère, un manteau qu’elle n’a pas eu le temps, ou la volonté, d’enfiler pend à son bras, elle porte des escarpins à la mode d’aujourd’hui, avec des talons d’une hauteur démesurée qui ne semblent nullement la gêner et un petit sac en bandoulière dont il n’a pas besoin de connaître la marque pour savoir que son prix se compte en milliers d’euros. Ravissante vraiment. Et même plus que ça ! Il demande à vérifier quand elle se sera rapprochée mais il sent qu’elle se classera sans coup férir dans la catégorie des irrésistibles. Dommage, vraiment dommage…
La fille n’a pas l’air content. Elle parlemente avec les deux pandores. Les menace-t-elle à nouveau des foudres du Président ? Elle se rassérène dès qu’elle constate qu’on l’amène à la Mercedes. Rien de tel que le luxe, n’est-ce pas, pour calmer une nana dans son genre. Pour elle, qui a été élevée dans la misère, le fric égale la sécurité. Et plus de fric égale encore plus de sécurité. Que ne savait-elle, la pauvre…
Il ouvre la portière, côté passager. Elle s’assied sans faire de difficulté, se tourne vers lui. Il est immédiatement subjugué par les yeux de biche aux abois, la bouche à la sensualité torride, le décolleté qui laisse émerger deux globes voluptueux. Dans un second temps, il remarque la perfection du visage, le casque de cheveux noirs coupés très court, les cuisses effilées. Elle a croisé les jambes, la robe est remontée à la limite de l’indécence. Elle n’a pas peur. Elle connaît ses atouts et s’apprête à s’en servir. L’homme qui est au volant est trop bien vêtu pour être un vulgaire chauffeur de maître. Il est donc riche. Il est encore jeune, il est beau. Bien que ne sachant pas ce qu’il lui veut, elle n’en attend que du bien. Elle passe la langue sur ses lèvres pour les rendre plus brillantes, bombe le torse pour faire sortir davantage les seins. Elle se tait, car elle a commencé à apprendre la valeur du silence. Comme l’homme ne semble pas non plus pressé de parler – il a démarré la voiture et commencé à rouler vers une destination inconnue – elle sort de son sac un crayon et entreprend de redessiner ses sourcils. Puis elle passe au rouge et ses lèvres déjà spectaculaires brillent encore plus intensément. Comme l’homme reste muet, elle sort sa brosse à rimmel et ses cils paraissent soudain plus longs. Enfin, n’y tenant plus, elle l’interroge, Qui êtes-vous ? – Un ami du Président. – Où me conduisez-vous ? – Sur l’Odyssée. – L’Odyssée ? – Le yacht du Président ; vous ne connaissez pas ? – Non, pas encore. – Il vous plaira, je crois. – Je n’en doute pas. – Pourquoi vous, pourquoi ces flics ? – Après votre « coup d’éclat », la discrétion s’imposait, non ? – Je me suis fait piéger : quelqu’un a prévenu les médias ; sinon, personne n’aurait jamais rien su ! – Cette idée d’en appeler tout de suite au Président sous prétexte qu’on vous avait prise avec un peu de poudre, elle n’était quand même pas très brillante, non ? – Les choses n’ont pas tourné comme je l’avais prévu. – Il faut pourtant prévoir toutes les éventualités ; mais vous êtes encore très jeune, n’est-ce pas ? – Dix-huit ans. – Quelque chose me dit que vous n’en avez pas encore seize. – Et alors, cela vous gêne ? – Moi non, au contraire ; mais ce n’est pas exactement ce qu’il faut pour la réputation du Président. – Je croyais qu’elle n’était plus à faire ! – Là vous marquez un point ; il se trouve malgré tout que tout le bruit autour de cette affaire l’a dérangé. – Et alors ? Il veut me donner la fessée sur son yacht, c’est ça ? Ça ne serait pas la première fois (pour la fessée, je veux dire). – Et vous aimez ? – Qu’est-ce que vous croyez ? – Je ne saurais dire ; je manque d’expérience dans le domaine. – Je n’en doute point.  – Eh bien, vous avez raison ; maintenant je vous suggère de vous reposer car nous avons une longue  route à faire ; vous pouvez incliner votre siège complètement ; vous verrez, ça vaut presque un bon lit.
Comme la nuit est déjà bien avancée, que Zhora a beaucoup dansé et qu’elle a absorbé pas mal de boissons fortes, elle ne se le fait pas dire deux fois. Bien que toujours intriguée par la personnalité de son chauffeur, elle a accepté ses explications. Elle s’allonge sur le siège, se couvre de son manteau et ne tarde pas à s’endormir.
L’homme conduit. Il conduit très vite sur l’autoroute qui descend vers le sud. Encore un avantage de son métier : pouvoir accélérer sans la peur des radars où des gendarmes. Un CD dans la boite à musique : Cesaria Evora chante en sourdine. Il conduit et il réfléchit. Cette fille l’agace : elle est trop belle, trop sûre d’elle, elle n’aura que ce qu’elle mérite. En même temps, il est forcé de s’avouer que sa faute n’est pas de celles qui méritent un châtiment cruel. Elle est jeune, donc naïve malgré ses airs d’affranchie ; elle n’a tout simplement pas compris qu’elle risquait de gêner le Président ; elle a cru qu’il suffirait de prononcer son nom pour qu’on la laisse tranquille. Mais le pays n’est pas tout à fait une dictature et beaucoup de gens sont prêts à sauter sur tous les prétextes pour embarrasser le Président.
Zhora a un sommeil agité. Au bout d’un moment elle se couche sur le côté, dos tourné au conducteur, son manteau est tombé, sa robe est relevée jusqu’à la ceinture, dénudant deux fesses adorables à peine soulignées par les ficelles rouges du string. La main droite de l’homme est attirée, comme par un aimant, jusqu’au cul complaisamment offert par la créature de rêve inconsciente dans son sommeil. Plus il le caresse et plus son érection grandit. Son sexe pousse le pantalon à travers le slip (il n’aime pas les caleçons) ; il défait sa ceinture, sa braguette pour lui donner plus d’aisance. Quant à elle, aussi profondément qu’elle ait été endormie, les caresses répétées sur son cul ont fini par la réveiller. Sans manifester quoi que ce soit, elle se surprend à ressentir du plaisir. Elle qui a fait l’amour si souvent – plus précisément qui s’est laissé faire l’amour par tant d’hommes différents, soit qu’on l’ait forcée, quand elle n’était qu’une petite fille, soit qu’elle ait cédé par un pur motif d’intérêt –, pour une fois, une première fois, elle jouit de la caresse du bel homme à la Mercedes. Instinctivement, elle cambre ses reins pour rapprocher son cul de la main de l’homme. Elle le laisse faire pendant un long moment, puis, prise d’un autre désir, elle se couche sur le dos, écarte largement les jambes, dans l’attente d’une autre caresse. L’homme n’a pas besoin de mots pour comprendre ce qu’elle veut. De l’index, il écarte le string et commence à s’activer sur le sexe de la wondergirl. Incroyable ! Cette petite pute qu’il n’a jamais rencontrée auparavant, avec laquelle il n’a échangé que quelques mots bien peu galants, est en train de mouiller comme une demoiselle (ou une dame) enamourée. L’homme s’en donne à cœur joie. Il n’en était pas conscient mais il se rend compte tout d’un coup qu’il avait justement envie de cela, de caresser le sexe de la fille de rêve, de titiller son bouton, d’enfoncer un doigt, puis deux,  puis trois, aussi profond qu’il peut. Pendant ce temps, Zhora, toujours concentrée sur ce qu’il lui fait, persiste à ne rien manifester. À ceci près que son bassin, par moments, se soulève imperceptiblement en réponse à certains attouchements, plus jouissifs sans doute.
L’homme contrôle de moins en moins ses actes. Ce n’est pas qu’il ne connaisse rien aux femmes. Au contraire, il n’a pas plus de complexe à avoir sur ce point que sur les autres côtés de ce qu’on appelle communément une vie réussie ; il a connu un certain nombre de ces femmes qui rendent facilement envieux les autres hommes, et orgueilleux celui qui a le privilège de les soumettre (fût-ce brièvement). Mais il ne s’est jamais senti inférieur à ces femmes-là. Avec Zhora, c’est complètement différent. Il interprète comme un privilège rare de pouvoir simplement la toucher. La pénétrer de ses doigts lui semble une grâce extraordinaire. Il n’a plus qu’une ambition : la faire jouir. Il cherche le clitoris, touche, frôle, effleure, câline. Il sort ses doigts pour les porter à sa bouche et se gorger du suc de la belle tarentine, avant de les replonger dans le tabernacle des délices. La déesse se cambre soudain, écartant encore plus largement les jambes et laissant s’exhaler un murmure, un râle léger que l’homme interprète immédiatement. Garant brutalement la voiture sur le bas-côté, pantalon descendu jusqu’aux chevilles, il enjambe le levier de vitesses et pénètre la fille illico. En signe de bienvenue, Zhora a soulevé les jambes puis les a serrées bien fort autour des cuisses de l’homme. C’est ainsi, soudés l’un à l’autre qu’ils vont s’aimer. L’homme s’écarte un instant pour soulever  complètement la robe, arracher le soutien-gorge, prendre un sein dans sa bouche, puis l’autre. Et enfin, ultime étape, coller ses lèvres contre celles de Zhora.
Un baiser d’adolescent ; alors que son sexe l’a déjà pénétrée, il sait maintenant avec une certitude absolue, définitive, qu’il lui fallait absolument ce baiser, qu’il signifiait bien plus que tout le reste, et que la manière dont Zhora y répondrait serait le signe infaillible de ses sentiments envers lui. L’homme est dans la jeune fille, il s’agite en elle comme les mâles lorsqu’ils font l’amour, mais son esprit (son cœur ?) est à mille lieux de ces plaisirs vulgaires. Contre toute attente, il se découvre amoureux de la petite pute du Président. Et s’il faut en croire la manière dont elle répond à ses baisers, elle-même se trouve dans un état assez voisin du sien.
Elle est, en tout cas, de plus en plus surprise. Elle a l’habitude de voir les représentants du sexe dit fort soit comme des menaces – dont elle se débarrasse facilement désormais – soit comme des occasions de profit, des vaches à cornes dont elle sait traire, à côté d’un lait désagréablement poisseux, des espèces délicieusement fiduciaires. Mais l’homme est indéniablement différent de ces mâles qui la considèrent comme un simple objet. Il l’a caressée avec la délicatesse d’un enfant, il l’embrasse comme un adolescent à son premier baiser et il la baise comme seul peut le faire un homme entièrement voué au plaisir de la femme adorée. On peut se vouloir femme fatale et se retrouver midinette. Ainsi en est-il de notre Zhora.
Aussi sont-ils dans une sorte d’égalité. L’homme qui croyait son cœur fermé à jamais et la jeune femme, la jeune fille qui ne croyait pas qu’elle pût en avoir un. Laissons-les donc à leur bonheur virginal.
Quoique… Si virginité, il y a, chez ces deux-là, elle ne concerne pas les corps depuis longtemps exercés aux figures de l’amour. Vous vous souvenez de la main de l’homme caressant le cul de Zhora et de Zhora cambrant ses reins pour mieux sentir les caresses de l’homme. Leurs cœurs s’expriment dans leurs baisers, mais leurs corps exigent une nourriture plus épicée. Lorsque l’homme a fait jouir la petite pute du Président, ni lui ni elle ne se sont estimés satisfaits. Dans un coin du cerveau de l’homme, il y a le cul de Zhora, le lieu des premiers attouchements. Et dans un coin du cerveau de Zhora, il y a la jouissance des premières caresses de l’homme en cet endroit. Aussi, lorsque l’homme, s’étant détaché d’elle, l’a retournée sur le ventre, son sphincter s’est-il immédiatement détendu pour accueillir la queue gorgée de sperme de l’homme. Car c’est là qu’il veut maintenant dégorger. Quant à elle, qui a déjà subi si souvent les outrages sodomites de ses amants précédents, elle  découvre, au bord de cette autoroute, en cette fin de nuit perturbée par le vrombissement croissant puis décroissant des voitures qui s’approchent puis s’éloignent, qu’elle a envie de la queue de l’homme dans son cul. Si bien qu’il la pénètre presque aussi aisément par derrière que par devant ; et elle jouit encore plus vite derrière que devant. Si vite qu’il a pu encore se retenir. Alors un nouvel objet emporte son désir ; retournant à nouveau le corps si léger de la jeune fille, il approche de sa bouche la queue gluante de leur jus et souillée de quelques traces de merde. Zhora engloutit cette queue et se régale du sperme qui ne tarde pas à s’en écouler comme du plus délicieux des mets des triples étoilés chez lesquels elle a parfois dîné.
Tout cela est très banal. Pas de quoi, sans doute, alimenter un scénario de film porno. Mais ni Zhora, ni l’homme ne sont au cinéma ; ils sont dans la vraie vie, leur vraie vie. Et ces séquences obligées – qu’ils ont déjà chacun jouées et rejouées avec tant d’autres partenaires – prennent pour eux une signification toute nouvelle. Quoique immergés dans  le sexe, ils sont bien loin du sexe. Ils sont – n’en déplaise à certains – dans cette autre dimension où parfois fusionnent les âmes.
L’homme redémarre la Mercedes sans même se rajuster. Il stationne sur la première aire de repos, rejoint sa passagère sur sa couchette improvisée, la prend dans ses bras. Ils dorment.
Deux heures plus tard, l’homme, réveillé, fait quelques pas dehors – c’est l’heure où l’aube blanchit la campagne –, se réinstalle au volant et reprend la route vers le sud, tandis que la délicieuse, toujours plus qu’à moitié nue repose endormie sur son siège-couchette. Il conduit toujours aussi vite, ne s’arrêtant que deux fois pour boire un café. Lorsqu’elle se réveille, ils sont déjà presque arrivés au port d’attache du yacht présidentiel. Elle lui demande de s’arrêter sur une plage ; elle veut nager. Il s’écarte de sa route jusqu’à une crique qu’il connaît, encore à demi sauvage. Elle quitte la voiture en courant. Il y a longtemps qu’elle n’a plus ni string ni soutien-gorge ; elle laisse tomber sa robe froissée sur le sable ; elle est dans la splendeur de ses presque seize ans, corps parfait et déjà ô combien voluptueux ; l’homme, quelques pas en arrière, est totalement subjugué. Il ne croyait pas qu’une telle merveille pût exister en vrai. Sur des photos retouchées, oui bien sûr, mais une fille en chair et en os, non il ne croyait pas cela possible. Elle est déjà dans l’eau et s’éloigne de la côte d’un crawl vigoureux. Il se déshabille à son tour et se précipite à sa suite. Si elle est bonne nageuse, il est meilleur encore et ne tarde pas à la rattraper. II la prend par la taille, embrasse les seins, la bouche de la fille qui lui rend un baiser passionné. Ils rient. Le bonheur existe puisqu’ils l’ont rencontré. Il caresse ses fesses. Elle attrape la queue déjà bandée qui, à ce contact, bande plus fort. Ils nagent de conserve vers le rivage, s’arrêtent dès qu’ils ont pied. Il la soulève sous les fesses, l’empale sur sa queue dressée. Elle enserre avec ses jambes la taille de l’homme, s’arrime à son cou, approche ses lèvres des siennes. Ils s’embrassent, ils se baisent. Ils ne seront jamais rassasiés l’un de l’autre.  Leur plaisir est moins brutal que dans la voiture, moins précipité, ondoyant comme la mer, ils ont la vie devant eux, une vie de fête et de félicité sensuelle. L’orgasme les prend par surprise, elle d’abord, et l’homme qui suit. Ils sortent de l’eau, se couchent sur le sable, bien serrés l’un contre l’autre, bouche contre bouche, avec les langues qui se mélangent.
Il faut repartir. Qu’est-ce que je vais me mettre ? Je ne peux quand même pas me présenter avec cette robe toute froissée. On va faire des achats ? – Ce ne sera pas la peine, regarde, dit-il en ouvrant le coffre. Elle reconnaît ses valises, en ouvre une, constate qu’elle est remplie de vêtements, choisit de quoi se changer. Qu’est-ce que ça signifie, tu m’as cambriolée ? – Pas moi, non, mais des hommes à moi, oui. – Ils ont bien pris tout ce qui m’appartient ? – Tu veux dire les bijoux et une assez grosse somme en argent liquide ? Oui, tu trouveras tout cela dans un de tes sacs, dans le coffre. Au fait, il faut que je te dise, je ne suis pas vraiment un ami du Président, je suis le chef de sa sécurité. – Et  pourquoi m’accompagnes-tu ? Tu crois que je vais attenter à la vie du Président ? – Non, mais tu lui as déjà suffisamment nui comme ça ; on va t’exfiltrer vers le Maroc ; le Roi est d’accord ; une vedette de la Marine royale accostera l’Odyssée en pleine mer et te ramènera chez toi. – C’est vraiment décidé ? Il n’y a pas moyen de revenir en arrière ? Et nous deux, on arrête là alors ? – Je ne crois pas, non. Qu’est-ce que tu en penses ? – Je pense que tu es le mec qu’il me faut. Mais tu crois que je suis vraiment obligée de rentrer au Maroc, chez moi comme tu dis ? Tu me vois au fin fond de l’Atlas avec un fichu sur la tête en train de tisser des tapis, sous le regard concupiscent d’un patron intégriste et moustachu ? – Pour l’instant, je ne vois rien. Je n’avais pas prévu de…, comment dit-on, de tomber amoureux, tu sais ? Pour tout te dire, jusqu’à cette nuit, je croyais que l’amour n’existait pas ! Quant au Maroc, c’est à toi de plaider ta cause avec le Président quand il arrivera sur son yacht. – Tu seras là ? – Oui, c’est moi qui assurerai sa sécurité sur le bateau.
L’Odyssée est un vrai yacht de milliardaire. Piscine, hélicoptère, planches à voile, scooters des mers, vaste plage dissimulée dans la coque à tribord, qu’on abaisse, bateau à l’arrêt, afin que le propriétaire et ses invités n’aient aucun mal à se mettre à l’eau, si l’envie les prend d’un bain de mer. Un grand salon prolonge le pont inférieur, permettant aux hôtes du bateau de jouir à leur gré, suivant les caprices du temps ou de leur humeur, des avantages de l’intérieur ou de l’extérieur. La suite du propriétaire donne sur le pont supérieur, de même que les cabines de ses invités de marque (en général des filles de son harem, lequel se résumera en la circonstance à la seule Zhora) et, naturellement, par nécessité de service, celle de la personne chargée de sa sécurité. L’Odyssée largue les amarres dès qu’ils sont montés à bord. Le Président sera déposé le lendemain samedi par un hélicoptère de l’armée ; il lui restera tout le week-end, un dernier week-end pour profiter incognito de la si belle et si jeune Zhora avant de la renvoyer ad patres.
En attendant, l’homme et Zhora ont une nuit pour eux. On leur a servi un somptueux dîner aux chandelles, puis le maître d’hôtel s’est retiré dans ses quartiers et ils sont restés tous les deux seuls. Ils sont rentrés chacun dans sa cabine, en attendant que tout soit tranquille à bord. La jeune fille est venue frapper à la porte de l’homme. Elle a revêtu un déshabillé totalement indécent, ouvert, fendu partout où il faut pour ne pas dissimuler les parties les plus érotiques de son anatomie, accessoire dont l’efficacité est prouvée lorsqu’il s’agit de réveiller la libido de ses amants riches, mais vieux, si rassasiés de plaisirs et accablés de tant de soucis, et préoccupés de tant d’intrigues, qu’ils ne sont pas toujours dans la disposition physique et morale nécessaire pour accueillir comme il convient une fille de joie, même aussi exceptionnellement sensuelle que l’est notre Zhora. L’homme, quant à lui, n’a aucunement besoin d’adjuvant pour honorer sa belle. Il n’est ni riche – bien que son traitement d’homme de l’ombre lui assure, grâce à divers avantages annexes, un train de vie bien plus que confortable – ni vieux, ni blasé, n’intrigue nullement et n’avait aucun réel souci jusqu’à ce que le destin mette la belle Zhora sur son chemin. Aussi la tenue affriolante de cette dernière l’amuse plutôt. Il entreprend d’explorer tout ce qu’elle fait semblant de dissimuler : avec les mains, avec la bouche, avec la queue aussi bien, car il est, lui, couvert d’un léger peignoir qui ne demande qu’à s’entrouvrir pour laisser passer l’appendice viril déjà superbement érigé, qui fait sa fierté en même temps que l’admiration de sa belle.
Celle-ci se prête au jeu d’autant plus facilement qu’elle a entrepris, réciproquement, d’explorer ce qui se dissimule sous le peignoir. Négligeant pour un moment le phallus trop ostensible, elle écarte la sortie de bain pour faire apparaître le thorax puis le buste tout entier, histoire de vérifier, d’un doigt délicat, que sont toujours là les abdos qui saillaient, le matin, sur la plage. Rassurée sur ce point, elle fait le tour de son homme et soulève les pans du peignoir pour examiner les fesses. Zhora aime l’argent, on l’a compris, c’est pourquoi elle a privilégié jusqu’ici des amants non seulement riches mais encore assez vieux pour accepter de payer fort cher ce que, plus jeune, ils obtenaient gratis. Or le corps des vieux – aussi fringants et liftés soient-ils, à l’instar du Président – pèche toujours du côté de l’abdomen, déformé qu’il est par une répugnante bedaine, comme des fesses qui s’avachissent inexorablement.  L’amant, évidemment, n’a pas ces défauts. Grand, athlétique, le port altier, et la crinière abondante, comme on a déjà plus ou moins dit, il a tous les muscles qu’il faut là où il faut. Aussi Zhora considère-t-elle avec respect le cul rebondi à souhait, avant de s’agenouiller pour passer une langue humide dans la fente entre les fesses, tandis que, pour ne plus oublier maintenant l’essentiel, ses mains, contournant le corps de l’homme, se saisissent de la queue jusqu’ici orpheline.
Raconterait-on leur nuit d’amour que vous ne tarderiez pas à vous ennuyer. Il suffira donc de dire ici qu’ils se montrèrent très doués, bien plus que lors de leurs exercices précédents, qui, de fait, doivent apparaître au lecteur, rétrospectivement, comme de simples gammes, des arpèges qui ne prennent tout leur sens que le soir du concert, cette nuit-ci donc, à bord de l’Odyssée, tout au long de laquelle ils ont joué, ils ont joui souvent, bruyamment, quoique avec beaucoup de sentiment, et le plus souvent dans un ensemble irréprochable. Ils se quittent au petit matin sur un dernier accord parfait, aussi plein de regrets que riche de promesses.
Ils ont à peine eu le temps de se remettre de leurs émotions lorsque se fait entendre le bruit saccadé d’un hélicoptère. Il ne se pose qu’un instant. Le Président en descend lestement ; il est en forme, bronzé, ses efforts pour paraître moins que son âge n’ont pas été en vain. Pour qui n’est pas trop regardant sur les principes, il est concevable de se laisser séduire par le caractère de battant du chef de l’État, par son inlassable énergie.
Zhora, petite demoiselle docile, se précipite à sa rencontre. Échange de bises ; les choses sérieuses seront pour plus tard. L’homme est resté en arrière avec le capitaine de l’Odyssée. Poignées de main lorsque le Président arrive à leur hauteur. Le capitaine au rapport : rien à signaler, le bateau poursuit son cap vers la grande île.
Le Président invite le chef du SSE à s’entretenir en privé avec lui. Vous avez mis la petite au courant ? – Oui Président, elle sait qu’elle doit retourner au Maroc. – En fait, non ; le plan a changé ; la renvoyer là-bas ne ferait qu’exciter davantage les chiens pendus à mes basques ; je n’ai pas contacté le roi dont, par ailleurs, je ne veux pas devenir l’obligé ; j’envisage une solution plus radicale. – Bien Monsieur. À quoi pensez-vous donc ? – Cette petite a fait son temps ; je la garde jusqu’à demain et après pfut. – Pfut ? – Oui et c’est là où vous intervenez ; puisque vous êtes pilote, nous lui raconterons que le transfert jusqu’à la vedette marocaine se fera par la voie des airs ; je lui ferai boire un puissant sédatif juste avant de la faire monter dans l’hélicoptère du bateau ; comme cela, vous l’aurez endormie à votre disposition ; vous lui attacherez un bon poids aux chevilles et vous la balancerez à la flotte ; après avoir régalé les messieurs, elle régalera les poissons. Ni vu, ni connu. Pas d’objection, officier ? Naturellement, vous recevrez une gratification exceptionnelle, comme à chaque fois. – Cette fille n’est-elle pas bien jeune et bien peu coupable du scandale qu’elle a, malgré elle, entraîné ? – Vous objecteriez donc ? Ressaisissez-vous, officier ; nul n’est irremplaçable, comme on dit. – Pardon Président ; vous avez bien sûr raison ; le sort de cette petite n’a aucune importance ; j’exécuterai vos instructions à la lettre ; comme chaque fois.
Que croyez-vous qu’il arriva ? L’amour est plus fort que la raison. Surtout quand la raison déraisonne.  L’amant parle à l’amante. Puis, la nuit, quand le temps est venu de satisfaire les caprices du Président, elle lui en donne plus qu’il n’en demande, le pousse à accomplir des prouesses qu’il croyait depuis longtemps hors de sa portée. Et lorsqu’elle a tant épuisé le Président, tant tiré de jus de sa pauvre queue de vieux queutard qu’il finit par s’effondrer à demi groggy, elle va vite chercher l’homme. Et que fait l’homme ? Il serre si fort la poitrine de Président que le cœur de Président s’arrête. Président est mort. Ni vu, ni connu, comme il disait. L’homme regagne alors sa cabine. Zhora se couche, comme si de rien n’était, à côté du cadavre de Président, attendant le matin pour donner l’alerte. Le Président est mort dans son sommeil. Sûrement un accident cardiaque, ce que confirmera l’autopsie.
La mort de Président eut un grand retentissement dans le monde entier. Des commentateurs commentèrent avec autorité : avec Président, dirent-ils, c’est un style de gouvernement, plus monarchique que républicain, qui disparaît à jamais ! Quant aux citoyens de son pays, passé le choc initial, ils se sont réveillés du cauchemar dans lequel Président les avait plongés. Ils ont décidé de ne plus élire que des présidents modestes et honnêtes, bons maris et parents exemplaires.  Tel est bien, en tout cas, le premier successeur de Président.
Et Zhora ? Et l’homme ? L’homme a démissionné de la fonction publique et s’est fait mercenaire sur des champs de bataille exotiques. Quant à Zhora, elle continue, bien sûr, son métier de mercenaire du sexe. Ils sont toujours follement amoureux l’un de l’autre et se retrouvent aussi souvent que les hasards de leurs existences mouvementées les y autorisent.

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