Auteur: Dimitri Dimitrievich

Dimitri Dimitrievich, né derrière le rideau de fer du puritanisme, français de hasard, amoureux de la liberté et des femmes, écrit des oeuvres d'imagination pure.

Les caprices de Marianne

Marianne et Jules sont follement amoureux l’un de l’autre. Depuis qu’ils se sont rencontrés, ils ne se quittent plus.

Jules s’est installé chez Marianne, il couche dans son lit. Il ne cesse de s’extasier sur la beauté de sa maîtresse. Il peut le jurer, jamais, il n’en a eu de semblable, jamais une qui soit aussi belle, aussi sensuelle, aussi femme enfin. Quand les yeux de Jules croisent le regard de Marianne, son cœur s’accélère, quand il touche ne serait-ce que le bout du petit doigt de Marianne, tout son corps s’électrise, quand il dégrafe le corsage de Marianne, il croit défaillir, quand il pose les lèvres sur le sein de Marianne, il a quitté la terre, il est au paradis. Quand sa branche s’est glissée dans la grotte humide de Marianne, il oublie tout le reste : il n’est plus qu’une machine, la machine à fabriquer une jouissance infinie. Jules n’a jamais été en manque de partenaires de lit. Il est drôle, charmeur, intelligent. Et il est tellement beau ! Il aurait la beauté du diable, si le diable était beau. Un corps ferme, avec des muscles dessinés sur lesquels les dames aiment à porter la main. Un teint mat, des cheveux très noirs, des yeux de chat, pleins de promesses et de mystère, d’un vert très doux, une bouche qui attire les baisers. Grand, toujours élégamment vêtu, l’allure sportive, à cet âge indécis où l’on peut passer aussi bien pour un jeune homme que pour déjà un homme, il est l’un des rares spécimens du sexe dit fort sur lesquels les filles et les femmes se retournent. Il ignore tout de la drague, des manœuvres d’approche plus ou moins subtiles par lesquelles un homme ordinaire se doit de passer pour faire d’une femme sa proie. Il n’a pas besoin de séduire : il séduit. On le sollicite : il dit oui, il dit non ; c’est à lui de choisir.

Jules a 25 ans. Il est encore étudiant à la faculté d’Assas, à Paris, se prépare à devenir avocat. Il n’est pas pressé. Les études ne sont pas pour lui un obstacle, mais la vie offre tant de possibilités ! Alors, il a pris son temps, il a voyagé. Il connaît mieux la Californie que la Côte d’azur, Londres que Limoges où son père possède une usine. Une brillante carrière d’avocat d’affaires l’attend. Il le sait. Il ne se trompe pas. Il ne s’est jamais trompé sur ses capacités.

Marianne est, elle, déjà associée dans l’un des principaux cabinets parisiens. A quarante ans, elle n’est pas encore au sommet de sa carrière mais peut-être au sommet de sa beauté. Elle est immensément sûre d’elle, brillante, autoritaire, toutes qualités dont elle a absolument besoin pour s’imposer à ses clients, des hommes arrivés qui pourraient être facilement portés, si elle les laissait faire, à la traiter comme la potiche de service. Car de la potiche elle a en effet tous les attributs. Des formes callipyges, que les tailleurs noir ou gris d’uniforme ne dissimulent en aucune façon. Des yeux de biche qui pourraient vous faire croire qu’elle vous implore si vous ne saviez qu’elle vous ordonne. Des lèvres à damner un saint, à ceci près que, même si vous n’êtes pas un saint, il ne sera jamais question de vous damner avec elle, à moins qu’elle ne vous le demande, bien sûr.

Jules a fait un stage dans le cabinet où travaille Marianne. Il était son assistant. Ils se sont jaugés, ils se sont reconnus pour ce qu’ils étaient, deux prédateurs gâtés par le destin, ils se sont tout de suite désirés. Elle s’est laissé prendre, il l’a prise dès le premier soir, lui debout, elle assise sur un bureau, jupe relevée jusqu’à la ceinture, cuisses écartées. Deux jours plus tard, Jules déménageait chez Marianne. Six mois plus tard, il y est toujours.

Si Marianne a eu d’innombrables amants elle n’avait jamais vécu jusque là avec l’un d’eux. Si elle aimait le sexe, elle faisait passer sa carrière avant l’amour et tenait par-dessus tout à son indépendance. A dix-huit ans, toute jeune étudiante mais déjà lancée dans le monde, elle s’est trouvée enceinte, un peu par hasard ; prise d’un désir de maternité, elle a décidé de garder l’enfant. C’est ainsi que Maryse est née ; elle a aujourd’hui vingt-deux ans. Marianne n’a pas songé un seul instant à avertir l’homme qui l’avait imprudemment engrossée, un journaliste connu et très bourgeoisement marié, qu’il allait devenir père. Elle ne voulait surtout pas voir un homme interférer dans sa vie, et n’envisageait pas un instant de compter sur l’assistance financière de qui que ce soit pour élever sa fille. Elle se hâta de terminer ses études et confia Maryse, en attendant, à la garde de sa grand-mère. Plusieurs années passèrent, Marianne avait déjà connu ses premiers succès professionnels lorsqu’elle résolut d’avoir un nouvel enfant. Elle choisit un amant dans l’unique perspective d’en faire un bon géniteur, mais celui-ci, finalement, n’était pas très différent de ceux qu’elle avait déjà eus, puisqu’elle se limitait toujours au haut du panier. Mariette a aujourd’hui 16 ans. Marion, la dernière, est une adorable petite fille de douze ans.

Les trois sœurs s’entendent à merveille. Si elles se ressemblent peu, puisque nées de pères différents, elles sont toutes les trois très belles : Marianne n’aurait jamais pris le risque qu’il en fût autrement. Mariette a la peau claire, de grandes boucles blondes et l’allure un peu guindée de son père. Maryse a le visage ovale et le teint olivâtre d’une jolie mexicaine. Quant à Marion, elle a un je ne sais quoi de maghrébin dans la bouche, la tignasse de cheveux crépus et les yeux charbonneux. Les deux aînées, chacune dans leur genre, sont de belles plantes avec des formes agréablement évocatrices, des muscles déliés par la pratique sportive et une tête déjà bien pleine. De la petite dernière, on se dit qu’elle promet.

Avec une mère prise par un métier aussi absorbant que passionnant mais n’ayant jamais renoncé aux plaisirs de l’amour, les filles se sont retrouvées livrées à elles-mêmes, elles ont resserré entre elles trois les tendres liens que leur mère ne se souciait pas de nouer. Habituées à voir les hommes se succéder dans le lit de Marianne au gré de ses caprices, elles ne démontrent à son égard ni une véritable tendresse ni un véritable respect. Elles voient en elle une pourvoyeuse dont la générosité traduit moins de l’affection que le remord de ne pas remplir toutes les fonctions d’une mère. Elles manifestent en sa présence une forme de déférence toute extérieure, elles admirent sa compétence, envient sa beauté qu’elles jugent supérieure à la leur, elles ne l’aiment pas.

L’arrivée de Jules à la maison fit une grande révolution chez les filles. Jamais leur maison n’avait hébergé un homme. Certes, il n’était pas rare que leur mère accueille un homme dans son lit, surtout si l’homme était marié – ce qui était généralement le cas, car les meilleurs sont déjà en main, n’est-ce pas ? – s’il ne disposait pas d’une garçonnière, et s’ils étaient trop occupés l’un et l’autre pour s’échapper hors de Paris. En dehors des rares week-ends en tête à tête que lui permettait son métier, elle détestait en effet dormir à l’hôtel et préférait ramener chez elle son amant du moment. Elle n’avait jamais honte de le montrer à ses filles, au contraire elle considérait de son devoir de leur présenter des hommes riches, beaux et puissants afin qu’elles ne soient jamais tentées de commettre le plus infamant des péchés dont une femme pût se rendre coupable, à ses yeux : céder aux avances d’un homme vulgaire.

Avec Jules, c’était tout-à-fait différent. Au lieu de passer, il habitait dans la même maison que les filles. Alors que les autres auraient pu être leur père, celui-là avait l’âge d’être leur camarade. C’est d’ailleurs ainsi qu’il se comportait avec elles. Comme il était beau, charmant, elles l’adorèrent tout de suite. Il jouait avec Marion, plaisantait avec Mariette, discutait droit ou politique avec Maryse, brillante élève de Sciences-Po. Très épris de Marianne, il se comportait sans aucune arrière-pensée avec celles qu’il considéra très vite comme des sœurs. D’ailleurs ses vrais sœurs, car il en avait, n’étaient pas très différentes des filles de Marianne : riches, jolies, sportives, intelligentes, un peu provinciales peut-être, Limoges oblige, mais si peu… il n’y a plus vraiment de Province de nos jours.

Si les idées de Jules étaient claires, celles des filles ne l’étaient pas moins. Après une brève période d’observation, elles conclurent que s’il était bon pour leur mère, il n’y avait aucun obstacle à ce qu’il le fût également pour elles. Certes, elles ne mettaient pas le même contenu derrière ces mots. Si Maryse et Mariette voyaient en lui un amant à conquérir, les souhaits de Marion n’allaient pas aussi loin. Quant aux deux sœurs aînées, elles n’avaient, croyaient-elles, plus rien à apprendre des hommes. Le voudrait-elle, une belle fille ne peut passer indemne à travers des séjours réguliers au ski l’hiver et en Angleterre l’été, n’est-ce pas ? Ces deux là n’ayant aucun goût pour la chasteté, et comme les jeunes garçons qui skiaient ou baragouinaient l’anglais avec elles étaient du même milieu privilégié que le leur, elles ne crurent pas déroger en se laissant embrasser, déshabiller, dépuceler,… à moins que ce ne fût l’inverse. A Paris, le Racing, dont leur mère, évidemment, était membre – comme ses associés et la plupart de ses clients – fournissait un éventail d’hommes et de garçons plus varié. A l’instar de Marianne au même âge, Maryse était en puissance d’un amant riche et marié. Quant à Mariette, elle préférait pour le moment baguenauder avec des jeunes gens plus frais, rejetons de parents de l’âge de sa mère ou de l’amant de sa sœur. Et Marion ? Marion, pour l’heure, se contentait d’observer – sans se faire remarquer (croyait-elle) – le manège de Mariette, lorsque cette dernière se livrait à l’acte de chair à la maison, de Mariette seulement puisque Maryse, pour sa part, faisait cela ailleurs.

Les trois sœurs, on l’a dit, étaient très proches les unes des autres. Elles ne se cachaient rien. Maryse et Mariette discutaient librement de Jules devant Marion. Au début, il s’agissait seulement de se raconter leurs fantasmes. Elles en vinrent très vite à échafauder des plans. Comme c’était la première fois qu’elles se découvraient amoureuses du même garçon, elles décidèrent de « l’avoir » ensemble. À Marion, qui réclamait sa part, on répondit qu’elle aurait le droit d’assister à tout et, lui précisa-t-on, sans qu’elle ait besoin de se cacher. Restait à passer à l’action. Les deux aînées connaissaient déjà suffisamment la gent masculine pour ne pas prévoir de trop grandes difficultés. Elles avaient bien compris, à l’attitude de Jules à leur égard, qu’il était fort épris… de leur mère, mais un homme n’a pas besoin d’être amoureux pour honorer de séduisantes jeunes femmes, n’est-il pas vrai ?

Alors Maryse et Mariette se mirent à porter systématiquement les vêtements les plus sexy possible chaque fois que Jules se trouvait à la maison en l’absence de leur mère, ce qui se produisait à peu près tous les soirs, Marianne rentrant fort tard du bureau. Maryse, qui portait à l’ordinaire la tenue stricte des élèves de son école, ne mettait plus que des jeans à la taille si basse qu’on ne pouvait pas rater la raie de ses fesses, avec des hauts toujours assez petits pour dégager son nombril, sans parler des seins, évidemment, qui n’auraient pu échapper qu’au regard… d’un aveugle. Mariette préférait les mini-robes qui offraient à qui traînait par là une vue imprenable sur son derrière bien rond (merci à l’inventeur du string) pour peu qu’elle se penchât… un tant soit peu. Marion, faute de pouvoir étaler un sex appeal encore à naître, prit l’habitude de s’assoir sur les genoux de Jules et de lui soutirer des baisers dès que l’occasion se présentait.

Jules l’ignorait mais il était cerné, bientôt il serait acculé. Ce qui se passa le plus naturellement du monde. Ils avaient dîné sans Marianne, ils étaient tous les quatre devant la télévision, Marion, comme de juste, sur les genoux du jeune homme. Après un signe à ses deux sœurs, Maryse qui, sous prétexte qu’elle avait chaud, avait laissé son chemisier complètement ouvert, afin de mieux exhiber sa poitrine pigeonnante, se leva, prit la place de Marion et embrassa Jules sur la bouche. Il aurait pu aisément, à ce moment-là, crier, se débattre, quitter le salon : la vérité oblige à dire qu’il n’en fit rien. Maryse n’eut pas besoin d’encouragement plus précis pour commencer à déboutonner la chemise de Jules. Pendant ce temps, Mariette, qui s’était rapprochée à son tour, s’attaquait au pantalon. Jules fut nu en moins de temps qu’il n’en faut pour le raconter. Tandis que Maryse continuait ses baisers, Mariette s’activait sur la verge du garçon, l’objet viril qui avait atteint une dimension plus qu’honorable avant même qu’on ne lui prodigue des soins… Mariette eût été très déçue, pour Madame sa mère, s’il en avait été autrement. Aussi ne fut-ce pas pour un motif d’utilité mais entièrement de bonheur qu’elle engloutit dans sa bouche la pine déjà efflorescente, tout en massant les fesses fermes et rebondies du garçon. A seize ans, si elle n’avait pas déjà connu tout l’alphabet des plaisirs, elle n’eût pas été de son époque ni de son milieu.

Bien que très amoureux de Marianne, Jules sans se l’avouer, n’était pas insensible au charme des trois filles. Il les avait considérées jusque là comme des sœurs, c’est vrai, mais comment se serait-il comporté si ses vraies sœurs, si charmantes elles aussi, s’étaient précipitées sur lui animées d’intentions lubriques ? Mieux vaut ne pas se poser la question. Quoi qu’il en soit, si le cœur de Jules parlait toujours pour Marianne, son corps se trouvait bien aise du traitement qu’il recevait de la part de Maryse et Mariette. Le temps n’était d’ailleurs plus à la réflexion. Ses sens le sollicitaient tout entier, le poussaient à l’action. D’un geste brusque, il déchira le chemisier arachnéen de Maryse et dégrafa d’un geste d’expert son soutien-gorge pour la téter, goulûment. Un râle de plaisir répondit à ce geste que la fille avait déjà imaginé, dans les rêveries où elle se mettait en scène avec Jules. Ainsi encouragée, elle déboutonna son jeans, se contorsionna un instant pour le faire descendre suffisamment et approcha son losange épilé de frais de la bouche de Jules, afin qu’il lui rendît le service qu’il recevait lui-même de Mariette. Il s’exécuta volontiers, dégustant en connaisseur les premières gouttes du jus de l’aînée de ces demoiselles. Pendant ce temps, il lui caressait la taille, le cul, comparait avec les sensations que lui procuraient ces mêmes objets chez la maman.

Mariette, cependant, ne voulait pas être en reste. Délaissant la pine de Jules, elle déclara que c’était son tour de profiter de la langue du garçon. Sa robe se releva toute seule, quand elle s’installa à califourchon au-dessus de lui. Elle écarta d’un doigt son string, sans prendre la peine de l’enlever. Contrairement à sa sœur, elle avait gardé une minuscule moustache autour de sa fente, deux lignes herbeuses qui chatouillaient la bouche de Jules. Quant à Maryse, désireuse de passer maintenant aux choses sérieuses, elle attrapa un préservatif dans la boite qu’on avait dissimulée non loin de là et s’apprêtait à en coiffer la hampe du garçon lorsqu’elle croisa le regard implorant de Marion. La petite, qui n’avait rien perdu du manège de ses sœurs, contemplait, fascinée, le bâton d’amour. Elle avait déjà regardé des films pornos avec des copines mais c’était la première fois qu’elle voyait un sexe d’homme en vrai. Elle avança un doigt pour toucher, puis se pencha pour engloutir comme elle avait vu faire Mariette. Maryse, cependant, voulut se comporter en aînée responsable. On a dit que tu te contenterais de regarder, alors tu arrêtes ! Marion prit un air si triste que Maryse sentit son cœur fondre. Elle tendit le préservatif à sa petite sœur afin qu’elle le pose elle-même sur le sexe de Jules : À défaut de pouvoir participer aux agapes, Marion pouvait au moins être la servante de l’amour. Il fallut lui expliquer comment s’y prendre, mais Marion était adroite et réussit du premier coup une tâche qu’elle n’aurait plus guère l’occasion d’accomplir dans la suite de son existence.

Sa mission accomplie, Marion fut priée de se cantonner désormais à son rôle d’observatrice et Maryse put enfin s’enfourcher sur le pieu dûment couvert de Jules. Elle s’agita sur lui, cherchant son plaisir. Elle pensait atteindre le nirvana avec Jules : comme elle n’était pas complètement en paix avec sa conscience, elle eut beau se remuer tant et plus, elle ne réussit qu’à provoquer la jouissance du garçon. Car si Jules n’était pas exempt non plus d’un certain sentiment caché de culpabilité, il arrive un moment, n’est-ce pas, où à force de le titiller, le sexe de l’homme se vide.

Maryse était déçue. Quant à Jules, il eut enfin l’occasion de reprendre ses esprits. Prenant par la taille Mariette, qui n’était pas non plus parvenue au nirvana, il la fit asseoir à côté de lui. Ils se dévisagèrent tous les trois, sentiment mêlés. Eh bien, fit-il, je ne crois pas que c’était une si bonne idée. Je vous aime bien, mais c’est votre maman que j’aime. C’est la première fois, vous savez, que je suis vraiment amoureux, je ne veux pas gâter cette chance. Et vous, vous voyez bien que ça n’a aucun sens de vouloir coucher avec le mec de votre mère. Vous n’êtes pas frustrées, que je sache ! Et puis regardez la petite Marion, vous croyez que c’est un spectacle pour elle ? Alors, on se rhabille et on oublie tout. D’accord ? Sans attendre une réponse, il se leva et disparut dans la partie de la maison qu’il partageait avec Marianne.

Jules avait tenu un discours de raison. Mais le corps a ses raisons que la raison ne connaît pas. Si Jules croyait avoir réglé le problème des filles, il était loin d’avoir réglé son propre problème : il ne parvenait pas à oublier et – faut-il le préciser ? – ses souvenirs étaient loin d’être désagréables. Quant aux filles, les deux grandes, elles étaient restées sur un échec et, si leur mère leur avait appris quelque chose, c’était bien de ne tolérer aucun échec.

Chacun, cependant, faisait semblant de vivre comme avant. Jules aimait toujours Marianne, Maryse jouissait toujours dans les bras de son riche amant, Mariette papillonnait un peu plus qu’à l’ordinaire, la petite Marion souffrait d’avoir moins souvent sa place sur les genoux de Jules.

Qui a osé raconter que les humains sont libres ? Nos personnages sont dans la main du destin. Nul auteur ne pourra les faire dévier de leur chemin.

Les jours passaient. Jules et Maryse s’étaient mis sérieusement au travail ; Mariette préparait son bac de français ; seule Marion ne sentait pas peser sur elle la pression qui empoisonne le printemps des jeunes gens et filles consignés pour cause d’examen. Or l’état de pression perturbe. Il peut pousser à accomplir des actes déraisonnables. Ni Maryse ni Mariette n’avaient renoncé à leurs vêtements très dénudés. Et Jules n’était plus insensible à leurs efforts pour le séduire. Il repassait dans sa tête leur séance précédente et plus il y pensait plus il se trouvait tenté. Son amour pour Marianne n’était pas diminué ; il la trouvait toujours plus belle, plus désirable, bref plus aimable que ses filles. Mais ces dernières prises ensemble lui offraient des perspectives bien troublantes. Maryse et Mariette, quant à elles, s’étaient bien rendu compte que l’état d’esprit de Jules avait changé depuis qu’il leur avait conseillé de l’oublier. Cependant, pour que leur revanche fût complète, il était indispensable qu’il fît les premiers pas. Elles continuèrent donc leur jeu de la tentation, sans rien faire elles-mêmes qui pût passer pour une invite. Elles étaient souriantes, enjouées, mais ne se permettaient aucune provocation en dehors de leurs vêtements. Elles avaient d’ailleurs une réponse toute prête à cet égard : puisque Jules ne s’intéressait pas à elles, en quoi leur manière de s’habiller pouvait-elle le déranger ?

Bien sûr que ces filles le dérangeaient, ou plutôt qu’elles le troublaient délicieusement. Il les regardait, il ne savait plus si elles étaient belles, il était certain de les trouver très désirables. Il finit par céder à la tentation. Cela commença par des frôlements, une main qui se pose comme par inadvertance sur un bras, sur une épaule, puis qui tarde à se détacher. Les deux sœurs, qui frémissaient intérieurement à ce contact, affectaient de ne rien ressentir. Cela continua ainsi pendant quelques jours. Un soir, sous prétexte de regarder de près une photo, Jules se trouva entre les deux sœurs, il n’eut qu’à étendre les bras pour les enlacer toutes les deux. Il lui suffit ensuite de resserrer légèrement son étreinte pour qu’elles pivotent vers lui. Il embrassa rapidement Mariette qui s’était approchée la première, puis en fit autant avec Maryse. Elles se laissaient faire toutes les deux, muettes. Sans prononcer lui-même un seul mot, il les fit s’allonger sur le grand sofa du salon et les déshabilla à la hâte. Il tira le jeans de Maryse qu’elle portait sans slip dessous, lui ôta son chemisier. Quand ce fut le tour de Mariette, il n’eut aucun mal à la débarrasser de sa petite robe. Comme elle ne portait, pour sa part, pas de soutien-gorge, elle se retrouva vêtue seulement de son string, tandis que sa sœur, au contraire, ne portait rien d’autre que le Wonder-Bra qui rendait sa poitrine encore plus glorieuse. Après l’avoir baissé un tantinet pour dégager les tétons, Jules prit les mains de Maryse et les posa sur les boutons de sa chemise, celles de Mariette sur la ceinture de son jeans. Comme elles estimaient qu’il avait suffisamment démontré sa flamme, les deux filles obtempérèrent. Il fut bientôt complètement nu, bandant comme le brave bouc qu’il était. Marion, qui n’avait rien perdu de la scène, était déjà là, le préservatif à la main. Elle demanda si elle pouvait encagouler la verge de Jules. On lui répondit d’attendre, que ce n’était pas encore le moment. Alors elle voulut toucher. On l’y autorisa. Elle prit la queue de Jules entre le pouce et l’index et commença un mouvement de va-et-vient si bien exécuté que tout le monde se mit à rire. Cela détendit l’atmosphère ; la fête pouvait commencer.

Les quatre personnages de cette scène en garderont un souvenir mitigé. Car le sexe a beau être le meilleur des amusements offerts aux humains par leur créateur, il est recommandé d’y réfléchir à deux fois avant de se jeter à tête perdue dans le stupre et la fornication. Mais pour l’heure nos trois jeunes gens, faisant preuve d’une audace de bon aloi, se livrent avec un enthousiasme certain aux manœuvres de circonstance : les attouchements, les caresses, les baisers, les trois formes de pénétration, enfin tous les moyens connus pour atteindre la volupté. S’y adonnant avec d’autant plus de bonheur qu’ils ne connaissent pas d’autre définition du bonheur que celle-là.

Jules, cette fois, a décidé de prendre l’initiative. A son âge, avec son passé de séducteur, ce n’était pas pour lui, contrairement à ses deux partenaires, sa première expérience d’amour polygame. Guidées par Jules, Maryse et Mariette se donnèrent pour la première fois l’une à l’autre du plaisir. Elles n’ignoraient pas, bien sûr, que les femmes pouvaient faire cela entre elles, mais n’avaient jamais auparavant cultivé l’art de Lesbos et, surtout, n’auraient jamais imaginé le faire entre sœurs. Jules, cependant, ne cessait de varier les positions, passant de celles qu’il avait déjà expérimentées à d’autres qu’il imaginait. Les deux sœurs se pliaient complaisamment à ses indications. Il lui suffisait de suggérer ce qu’il attendait d’elles puisque, depuis le début, elles avaient résolu de le laisser faire. Il importait avant tout qu’il fût bien clair que l’initiative venait de Jules, qu’il faisait exactement le contraire de ce qu’il avait décrété, bref qu’elles avaient gagné leur bras de fer amoureux.

Ces arrière-pensées n’excluaient pas le plaisir, au contraire. Rarement la queue de Jules avait été à pareille fête, passant de la bouche de Mariette au con de Maryse, au conelet de Mariette, à la bouche de Maryse. Ses mains caressaient des poitrines, des culs, sa bouche baisait des seins, sa langue léchait les lèvres que le beau sexe dissimule en son jardin, ses doigts fouillaient, chatouillaient le bouton secret, son dard roide et pourtant si doux explorait les minous veloutés, les gorges profondes, transperçait les fleurs de Sodome. Il y eut des cris de plaisir, des cris de douleur vite transformés en gémissements de délice, des halètements, des mots sans suite. Du haut des cieux, Éros les contemplait et jugeait que cela était bon. Comme Jules était jeune et vigoureux, Marion dut débarrasser plusieurs fois sa tige du capuchon rempli du liquide sacré – ou maudit, c’est selon – avant de l’encapuchonner à nouveau. Les demoiselles, ce soir-là, eurent aussi leur jouissance, et plusieurs fois. Triomphantes dans leurs têtes et comblées dans leurs corps, elles n’avaient rien à envier à leur seigneur et maître.

Tout à ses plaisirs ou, en ce qui concerne Marion, à la contemplation fascinée des plaisirs des plus grands, on s’oublie, on oublie l’heure, on oublie la maîtresse, la maman. Le sexe est une ivresse, s’il est réussi, mais l’ivresse est chargée de périls. Voilà une leçon que les trois filles, pas plus que le garçon, n’oublieront. Car Marianne rentra. Il n’était pas question qu’elle ne rentrât point et sans cette sorte de délire où ils étaient plongés, ils auraient su s’arrêter à temps. (Et qui sait qu’elle eût été, alors, la suite de cette histoire ?) Mais la lucidité leur manqua. Et Marianne revint, vit tout : Maryse et Mariette s’ébattant dans son salon dans le plus simple appareil. Et sous les yeux de qui ? De sa petite fille qu’elle croyait encore si pure (pour les autres elle ne se faisait plus aucune illusion). Et avec qui ? C’était cela le pire, la vraie cause de sa fureur (car envers ses filles elle s’était toujours montrée – trop ? – libérale) : avec ce salaud, ce traître, ce petit con de Jules. Qui osait non seulement la tromper, mais sous son toit, mais avec ses propres filles, ses deux filles ensemble. Il était donc partouzard, en plus, ce con ! Il ne lui manquait plus que ça ! (Marianne abhorrait jusqu’à l’idée des partouzes.)

La vengeance de Marianne fut à la hauteur de sa fureur. Maryse chassée de la maison et invitée à pourvoir elle-même à ses nombreux besoins. Mais maman ? Débrouille-toi, ma grande, fais la pute, si tu veux, puisque tu as les dispositions qu’il faut. Mariette exilée dans une pension en Suisse, avec l’interdiction d’en sortir, y compris pendant les vacances. Marianne ne garda que Marion à la maison. Après avoir renvoyé la domestique béninoise qui s’occupait de tout jusqu’alors, elle fit de la benjamine sa boniche : puisque tu sais déjà faire la souillon de bordel, tu feras très bien la cuisine et le ménage chez moi… Et Jules ? Elle comptait sur l’amour de Jules pour rendre sa punition  effective : elle le chassa, jeta ses affaires dans la rue et lui ordonna de ne plus jamais se présenter devant elle.

Maryse n’était pas trop inquiète : n’y avait-il pas le riche amant, sa garçonnière ? Il se révéla pourtant que l’amant, lorsqu’il fut informé, refusa de se montrer coopératif. Il connaissait la maman, envers laquelle il était redevable en affaires, par ailleurs une de ses ex, enfin il ne tenait pas que Marianne sût qu’il aidait une Maryse décrétée hors-la-loi. Celle-ci connut alors des hauts et des bas. Il lui arriva, effectivement, de faire la pute, ou plus précisément de choisir des amants qui n’avaient pour seul charme que de bien vouloir lui signer un gros chèque. Elle s’en sortit quand même, car elle avait été à bonne école. Elle termina ses études, devint avocate. Elle a rencontré à plusieurs reprises sa mère comme partie adverse. Elles sont finalement plutôt fières l’une de l’autre.

Mariette profita moins bien de ses années dans la prison où sa mère l’avait enfermée. Le fait de se retrouver dans un univers uniquement féminin, ajouté à ce qu’elle avait appris à goûter chez sa sœur, lors de sa dernière soirée à la maison, fit qu’elle développa une passion exclusive pour son sexe. Sans réelle ambition, et privée de tout financement maternel, elle ne poursuivit pas d’études après le baccalauréat. Comme elle était très sexy, très féminine, elle fut successivement la compagne de lesbiennes célèbres et puissantes. Elle finirait dans la misère si la mort de sa mère ne devait lui apporter un petit capital, au moment où, la cinquantaine venue, sa valeur marchande allait tomber à rien.

Le sort de Marion n’est pas beaucoup plus heureux. Dépourvue de toute vocation pour le métier de boniche, elle a fait d’énormes efforts pour réussir dans ses études, tout en accomplissant les tâches domestiques qui étaient désormais son lot. A force de volonté – car elle n’était pas la plus douée des trois sœurs – elle réussit le concours de l’ENA. Elle accomplit depuis un parcours sans éclat dans l’administration des finances. Elle est toujours fascinée par les choses de l’amour mais quelque chose la retient de s’y livrer. Elle vit seule, entourée de chats et de cassettes pornos.

Jules, d’abord, ne crut pas que Marianne refuserait de le revoir. Il fit son siège pendant plusieurs semaines avant d’admettre que la réputation d’inflexibilité de Marianne valait aussi dans les affaires de cœur. Alors vint pour lui le temps du désespoir. Car Jules aimait Marianne d’amour : et c’est au moment-même où elle le rejetait qu’il en avait le plus la certitude. Il connut les affres de la passion, un mot qu’il tenait jusque là comme une simple invention des romanciers. Il se détourna des femmes pendant plusieurs années, devint un avocat réputé. À lui aussi, il arrive de se trouver en face de Marianne à l’occasion d’une négociation ou d’un procès. Leurs duels, alors, sont féroces. Il lui arrive également de rencontrer Maryse, et pas uniquement dans un cadre professionnel. Ils ne s’aiment pas : leur seul plaisir, lorsqu’ils se retrouvent dans le même lit, est de braver l’interdit de Marianne.

Marianne est fière et orgueilleuse. Elle eut la satisfaction d’avoir démontré qu’une fois de plus elle était la plus forte. Néanmoins… Néanmoins elle est femme aussi. Jamais avant cette fois, elle n’avait invité un homme à habiter chez elle, à aucun elle n’avait donné autant d’elle-même qu’à Jules. Si l’on peut imaginer Marianne capable d’amour, à coup sûr elle aimait Jules.  Son départ fut pour elle un déchirement infiniment plus grand que celui de ses deux ainées. Elle souffrit. Elle commença à se défier des hommes, espaça les amants. Elle est désormais immergée dans une carrière dont, en dépit de ses succès et de sa réputation, elle tire de moins en moins de satisfactions.

A.D. 2011

 

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