Auteur: Jacques Henric

Jacques Henric est né à Paris en 1938. Enseignant de 1960 à 1985, il collabore dans les années soixante aux Lettres Françaises, hebdomadaire culturel dirigé par Louis Aragon. Il publie ses premiers romans dans la collection Tel Quel. Il appartient depuis 1971 au comité de direction de la revue Art Press.

Une nouvelle chronique dans art press

Il devient habituel que des groupes minoritaires de pression « citoyenne  imposent leur loi à une majorité, sinon consentante, du moins mollement réactive. Voilà comment tout doucettement les démocraties s’affaissent. La presse n’échappe hélas pas aux tentatives d’intimidation de ces groupes quand, avant de céder devant elles, elle ne devance pas leurs désirs en pratiquant l’autocensure. Un exemple s’est présenté à nous récemment, qui est à l’origine de cet édito.

Lecteurs de Libération, Catherine Millet et moi avons eu la méchante surprise d’apprendre, au début de l’été, que le journal avait mis fin, sur la pression des anti-corridas, aux chroniques taurines de Jacques Durand. Passant l’été près de Perpignan, nous ignorions que, depuis un an déjà, la moitié nord de la France était privée desdites chroniques (la ligne de démarcation entre pros et antis avait-elle absurdement été calquée sur celle de la zone libre et la zone occupée dans la France de 1942 ?). Ainsi, un interdit visait cette fois, non plus des actes (la pratique de la corrida elle-même), mais des écrits. En l’occurrence, les écrits d’un des plus brillants connaisseurs de l’art taurin en France. Anti-corridas et directeurs de journaux camés à la « moraline » vont-ils, dans la foulée, et en toute logique, exiger bientôt l’autodafé des livres de Lorca, Bergamìn, Hemingway, Leiris, Paulhan, Bataille…, et pendant qu’ils y sont demander une purge des musées après celle des bibliothèques ? Goya, Velasquèz, Manet, Masson, Picasso, Saura… Out !

C’est par Georges Didi-Huberman que nous avons appris que Jacques Durand, après son éviction de Libération, souhaitait retrouver un lieu où publier ses chroniques. Nos colonnes  lui ont été aussitôt proposées. S’il est des aficionados parmi les collaborateurs d’art press, il en est d’autres qui ne tiennent pas à fréquenter les arènes. Mais tous  considèrent que la liberté doit être laissée à chacun, et tous sont fermement opposés à toute forme de censures des écrits.

Art press étant un mensuel, on ne peut offrir la possibilité à Jacques Durand de rendre compte de l’ensemble des manifestations taurines se déroulant en France et à l’étranger, comme il le faisait dans Libération. Nous publierons donc un choix de ses chroniques, dont la première a sa place dans ce numéro-ci.

Attentifs, par ailleurs, aux polémiques récemment déclenchées par l’agitation des anti-corridas cherchant à obtenir par la loi l’interdiction des courses en France (une nouvelle pétition vient d’être lancée dans le Monde), et aux enjeux intellectuels qu’elles sous-tendent (dommage qu’au cours d’une émission d’Alain Finkielkraut sur les ondes de France-Culture, dans le débat qui opposa le philosophe Francis Woolf à Élisabeth de Fontenay, auteur de ce grand livre qu’est le Silence des bêtes, celle-ci, emportée par sa fougue anti-corrida, ait débité quelques contre-vérités et âneries prouvant qu’elle n’avait jamais assisté à une course de taureaux et ne savait manifestement pas de quoi elle parlait), art press a décidé par ailleurs de consacrer, au printemps prochain, un numéro hors-série sur la corrida. Outre d’art taurin, il y sera question de littérature, de peinture, de cinéma de philosophie, de théologie, de morale… En attendant, conseillons la lecture d’un livre qui vient de paraître, de Jean-Michel Mariou, Ce besoin d’Espagne, paru dans l’excellente collection « Faenas » des éditions Verdier, et de Jacques Durand !Si Senõr!, aux éditions Atelier Baie.

 

 

 

 

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