Auteur: Umar Timol

Umar Timol est né à Réduit (Île Maurice). Après quelques années sur les bancs du John Kennedy College à Beau-Bassin, Umar Timol part poursuivre ses études à l'université de Londres. Grâce au soutien du poète Sedley Assonne, Umar Timol publie en 1998 ses premiers poèmes dans les pages culturelles du quotidien mauricien, L'Express. Il contribue ensuite des poèmes à l'Anthologie de la nouvelle poésie mauricienne, recueil de 1999, qui réunit les textes de cinq jeunes poètes mauriciens. En 2003, L'Harmattan, dans la collection Poètes des Cinq Continents, édite sa Parole Testament, avec une préface d'Ananda Devi. En 2004, il publie un poème d'inspiration mystique, Sang (L'Harmattan).

petit cahier sanglant : hommage à Aimé Césaire

on ne demande pas au sang d’instruire les connivences des corps ou d’induire la volupté des pierres, on ne demande pas au sang d’enferrer le vol des vautours ou d’ensevelir les périples des barbares, on ne demande pas au sang de manifester les intrusions de la sagesse ou d’empiéter les traces de nos trop grandes douleurs, on ne demande pas au sang de courber les errances de l’ombre ou de dissoudre les larmes des innocents, on ne demande pas au sang de rassasier de pus nos mains trouées ou de jaillir à l’entour d’un désert bleu, on ne demande pas au sang d’enfourcher une étoile pour charrier la pleine ardeur de l’amour ou d’écarteler l’os pour en extraire la vermine et le corail, on ne demande pas au sang d’abrutir la pénitence des infidèles ou d’énoncer le torrent qui apprivoise l’oubli, on ne demande pas au sang de pulser les cadastres de la jouissance ou d’arrimer à nos rivages les hystériques de la beauté, on ne demande pas au sang de singer les rites des fous ou de cadenasser l’archange qui exerce le vouloir de la fracture, on ne demande pas au sang de nourrir ces couleurs ternies par le mépris ou de maculer la peau de nos rêves trop paisibles, on ne demande pas au sang d’engendrer un temps dénué de flétrissures ou de façonner sur ton visage les desseins de l’extase,

on ne lui demande qu’une seule chose,

d’encrer dans l’ouvrage qui archive nos différences

les efflorescences du mélange et d’une insatiable bâtardise

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