Auteur: Max Paitch

Max Paitch est né à Berlin il y a de ça quelques années. Abandonné par sa mère à l’âge de six ans, il a été recruté par les milices de l’extrême centre pour lesquelles il a travaillé comme démineur volontaire pendant plusieurs années. À l’âge de 18 ans, il a connu une relation torride avec Vanessa Paradis, qui était encore jolie à cette époque mais qui lui a préféré Johnny Depp, allez savoir pourquoi. Après l’invasion du Koweït par l’Irak, Max Paitch s’est engagé dans l’armée canadienne dont il était une des quatorze nouvelles recrues depuis deux ans. Chargé des services de renseignements (les latrines ? À gauche), il fut racheté par l’armée botswanaise en échange de deux caisses de munitions que l’armée canadienne ne pouvait acheter, faute de moyens. Blessé gravement lors d’une opération suicide dans un centre communautaire pour femmes battues (au Koweït, toujours est-il), il fut rapatrié au Canada, les Botswanais ne voulant plus s’en occuper, où il habite encore aujourd’hui, en faisant tout en son pouvoir pour éviter les provinces maritimes. Anencéphale à ses moments, il s’est lancé dans l’écriture après avoir vu des photos de l’immense maison de Bernard-Henri Lévy qui, il est vrai, n’est pas vraiment un écrivain. Aujourd’hui Max Paitch enseigne la mythologie à de petits psychopathes qui fréquentent l’école publique et que personne n’arrive à distinguer des autres.

« Le Pénisator » 1

Ce texte est copyrighté :

 

 

Le dernier qui l’a copié s’est retrouvé à Guantanamo Bay.  

 

 

En ce qui concerne la taille du sexe de l’homme européen, d’après les dernières statistiques, la moyenne serait aux alentours d’une quinzaine de centimètres. Attention, tout est dans la manière de positionner le centimètre. Et l’on se trompe souvent. (…) Effectivement, suivant que l’on met la règle graduée en dessus ou en dessous du sexe, on gagne, ou perd, plusieurs centimètres. Si l’on veut vraiment se comparer de façon correcte, il faut se mesurer en dessus du sexe, en partant de ce qu’on appelle le pubis. Mais on aura la plus petite longueur, et pour ceux qui veulent se rassurer, c’est embêtant !

AsiaFlah.com

 

 

Pour connaître la taille de votre pénis, mesurez simplement sa longueur à partir de la base supérieure (là où le pénis rejoint l’abdomen) jusqu’à l’extrémité du gland. 8 à 10 cm au repos et 12 à 16 cm en érection sont les mesures correspondant à 80 ou 90 % des hommes occidentaux. Les chiffres sont inférieurs en Asie.

LoveAnnu.com

 

 

Parmi les exercices les plus populaires, le jelqing. On prétend que le jelqing est une véritable technique des anciens Arabes du Soudan transmise de père en fils durant des siècles. La méthode varie (…), mais repose essentiellement sur une série d’étirements et de pressions manuelles à partir de la base du pénis jusqu’au gland. (…) Selon le docteur Tom Lue, professeur d’urologie à l’Université de Californie, seule l’enflure causée par des saignements internes peut expliquer l’augmentation de la taille du pénis avec ce type d’exercices.

ServiceVie.com

 

 

 Introduction

 

 

 

Oh et puis non, personne ne lit les introductions.

 

 

 

1

 

C’est le matin, un vrai matin de carte postale de mauvais goût achetée non pas à la boutique souvenir mais derrière le petit cinéma porno que personne n’ose fréquenter, maintenant que tous possèdent un lecteur dvd grâce auquel il est possible de s’arrêter sur une image assez longtemps pour faire ce qu’il y a à faire, petit cinéma dont l’entrée arrière est partagée avec le très vieux sex shop, dont les photos des années 50 et 60 donnent au fait sexuel un petit goût de revenez-y et dans lequel on trouve, étonnement, de ces cartes postales magnifiquement excessives qui plairaient bien à grand-mère qui serait troublée, sans le savoir, par l’odeur étrange d’huile et de sperme qui y collent. Bref, c’est un matin dans ce genre. La lumière entre doucement par la fenêtre (ce qui, théoriquement, va de soi) alors que le vent glisse dans les rideaux. Il fait chaud, si chaud que les arbres mêmes semblent souffrir, les pauvres chéris. Devant, couché sur le lit, à moitié nu, couvert par les draps, se présente le corps musclé, jeune, luisant et imberbe de Rosario. Rosario qui dort.

 

Rosario a 25 ans. Il mesure 1,85 m. Il est très beau. Il a les cheveux blonds, les yeux bleus, les dents blanches, les cuisses musclées, les fesses dures, les avant-bras gonflés, les orteils propres, le pancréas jeune, les poumons roses, l’intestin grêle élastique et les ongles bien coupés. Bref comme cliché, difficile de faire mieux (sauf pour l’intestin grêle). Évidemment, ce n’est pas tout. Rosario est un jeune homme élancé (bien sûr) qui s’habille toujours avec une élégance négligée (jeans, chemises, mocassins en cuir), qui achète les œuvres importantes et récentes (les plaçant avec soin dans la grande bibliothèque de chêne que les crimes économiques de son père lui ont permis d’acheter), qui voit les films qu’il faut voir (même ceux de Lars Von Trier), qui est aussi un grand amateur de musique du monde (malgré la musique arabe), qui boit du bon vin et connaît des alcools qui sont si grands qu’ils détruisent le foie avec dignité. Bref, Rosario est un jeune homme en parfaite harmonie avec son époque, si une telle chose est possible. Il habite d’ailleurs un joli appartement que lui payent ses parents et qu’il a à peine décoré, comme le veut la mode zen, cet enfant difforme et autiste sorti du ventre de la société de consommation abasourdie. Bien sûr, Rosario fume quelque peu, boit quand cela est nécessaire et se drogue avec modération. Il glande aussi avec modération. Jeune homme de son monde que personne ne comprend (le monde, pas le jeune homme), il poursuit des études au HEC sans trop saisir le sens du qualificatif ‘haut’, et semble vouloir se diriger vers une carrière en marketing ou en publicité (mais pense aussi faire un peu de cinéma ou encore, lorsque son cerveau confond les métiers et leur statut sexuel social, à écrire). Il aime parsemer sa conversation des plus récentes nouvelles du monde de l’art, de la politique et de la haute couture, les confondant allégrement comme un animateur de téléjournal. Il aime bien aussi rappeler ses quelques investissements boursiers, particulièrement inéquitables et donc fructueux, à ceux qui l’entourent. Il conduit une Volkswagen neuve, équipée de la radio satellite qui lui permet d’écouter en direct ces innombrables et merveilleuses stations de radios qui émanent de Détroit. Il regarde peu la télé car il ne sait pas ce que les autres en pensent, est à l’aise sur Internet sur lequel d’ailleurs il garde de nombreux contacts, amoureux tout autant que professionnels.

 

Mais par-dessus tout, Rosario, comme ces milliards d’hommes, de sangsue, d’orangs-outangs, de morues, d’écrevisses et de choses gluantes et visqueuses qui traînent dans le pus, aime les femmes (ou enfin, il aime le corps des femmes, ce qui, je ne vous apprends rien, n’est pas tout à fait la même chose). Il aime les draguer, les envoûter, les faire tomber en amour avec lui (les femmes, pas les écrevisses). C’est, en fait, son activité favorite. Il collectionne littéralement les femmes (sur bandes numériques, qu’il diffuse sur le serveur des HEC après les avoir bien compressées, les bandes numériques, pas les femmes) et s’en vante d’ailleurs à ses copains qui, évidemment, ne connaissent pas autant de succès (mais connaissent bien le serveur des HEC). C’est pourquoi d’ailleurs ils sont ses copains. Son truc, leur répète-t-il, est l’amour à trois. Il leur raconte souvent avec détails ses expériences en ce domaine leur laissant alors la liberté d’imaginer le malstrom de bouches, sexes, orifices, tendons, ligaments, amygdales, cuir chevelu, moelle épinière, nerf sciatique, plexus lombaire et, ah oui, seins et mamelons, dans lequel il s’immerge (ce qui les fait tous profondément saliver, sauf peut-être pour le nerf sciatique). Malgré cela, Rosario n’est ni méchant ni vicieux. Il sait qu’il plaît beaucoup et en profite au maximum. Il fait donc souvent l’amour, change aussi souvent de maîtresse et s’il ne cherche pas à leur faire mal, il se préoccupe cependant peu de leurs besoins et finit généralement par les blesser. Certaines femmes acceptent cet état des choses, d’autres (la plupart) beaucoup moins. Malgré certaines crises parfois graves, Rosario, lui, ne s’énerve jamais. Et toujours répète-t-il: ‘je t’avais prévenue : je ne m’attache pas. Je vais d’une femme à l’autre’.

 

Ça va ? Vous arrivez à visualiser le bonhomme ?

 

Mais il y a quelque chose que je ne vous ai pas dite. Si Rosario est beau, bien éduqué, superficiel, élégant et intuitif juste comme il le faut, il possède aussi un autre atout qui joue profondément (et je pèse mes mots) en sa faveur et qui explique ses immenses succès sexuels que nous envions tous (enfin vous je sais pas, mais moi oui). Oui, Rosario sait (très bien) faire l’amour. Mais par-dessus (ou par delà) tout, il sait mettre en évidence sa carte cachée (enfin cachée, on s’entend) : la taille impressionnante de son pénis. Avez-vous déjà vu un pénis de la taille de celui de Rosario ? Grand comme ça, et je n’exagère pas. Ce n’est pas rien et cela capte instantanément l’attention de tous, faites-moi confiance car je n’en ai aucune idée.

 

Ah cher lecteur que j’aime déjà sans même connaître, cher lecteur qui, je le sais, a vu ce texte traîné dans un site quelconque et s’est dit ah titre intéressant ça a l’air rigolo et ça ne peut pas être pire que Catherine M, cher lecteur, cher lectrice même, je sais que le pénis est aussi pour vous un sujet d’interrogation, d’incompréhension et de malentendus. Je le sais cher lecteur et c’est pour cela que j’ai écrit ce texte. Voici enfin un texte qui saura répondre à nombre de vos questions sur le sujet et saura aussi aborder en toute franchise les thèmes soulevés (c’est le mot) par le dit-pénis, si évacués par des années de féminisme qui en avaient gros sur le cœur (ou sur un autre organe, mais vous avez saisi), il faut les comprendre, comment auriez-vous réagi si on vous avait excisé le gland à l’adolescence en invitant tout le village à assister ?

 

Bref, le premier et certainement fondamental sujet brûlant qu’il faut aborder (ce que fait chaque homme dès le moment où il est pubère et quelques années avant s’il habite en Thaïlande) est la taille de ce dit-pénis. Est-elle importante ? Eh bien cher lecteur, malgré ce qu’ont pu écrire des milliers de philosophes maussades et ténébreux qui n’avaient pas eu la chance de lire les lettres à l’éditeur de certains magazines vendus derrière le comptoir et interceptés par des douaniers pour leur site web, la taille de cette chose qui, de profil, n’avantage personne avouons-le, est non seulement importante, elle occupe en fait une place prépondérante dans la psyché planétaire et je soupèse mes mots (car je les ai déjà pesés quelques lignes plus haut). Qui d’ailleurs n’a pas chez lui une petite sculpture indoue au pénis monstrueux, une petite estampe kama sutrienne, un petit personnage en bois à la verge troublante acheté dans un bazar africain, dites-moi ? Loin de moi de vouloir prétendre comprendre la psychologie féminine, mais je peux quand même dire que les nombreuses conquêtes amoureuses de Rosario tiennent beaucoup à la curiosité de certaines femmes pour qui la taille du sexe renvoie à des atavismes profonds même si elles ne connaissent pas le mot. Et Rosario le sait. Il comprend l’avantage qu’il possède. L’utilise avec soin. N’en abuse pas, mais sait qu’il lui est de grande utilité, non pas simplement dans l’acte sexuel lui-même mais aussi dans le jeu de la séduction (le sujet étant chaud, je me contente ici de termes plus techniques). Ainsi, tous les pantalons qu’il possède ont systématiquement été choisis une taille trop petite afin que la bosse proéminente de son entrejambe soit visible (cela, bien sûr, lui interdit tout pantalon en cuir, réservé aux homosexuels). Mais là encore, Rosario procède avec soin et sans exagération. Bref, si le Sujet n’est jamais abordé directement par les amis masculins de Rosario (on les comprend), il est néanmoins une source constante de murmures, de fascination, d’envie et d’invitations à jouer au basketball dans un gymnase où les douches n’ont ni portes ni rideaux. En fait, seules les femmes en parlent ouvertement, mais toujours avec une certaine gêne (osé-je espérer).

 

Quant aux parents de Rosario, ils sont comme lui : sûrs d’eux-mêmes, bourgeois et dominants mais de façon discrète. Leur port est altier, confiant, droit. Monsieur Rosario possède d’ailleurs les mêmes atouts que son fils mais est moins discret que lui comme en témoignent ses innombrables photos en costume de bain prises par Madame Rosario qui même après toutes ces années ne tarit pas d’éloges pour ce destin qui l’a mise sur la route de cette chose si extraordinaire qu’elle en oublie même de faire semblant.

 

Et ainsi va la vie de Rosario.
 

 

2

 

 

Mais revenons à nos moutons. Rosario est donc couché sur le ventre. À ses côtés, une jeune femme, endormie jusqu’à tout récemment, se lève doucement, le corps chaud et calme, encore marquée des caresses magnifiques dont l’a noyée Rosario. Elle se penche vers lui, le tourne doucement sur le dos et lui passe tendrement le bout de son sein gauche sur les lèvres. Visiblement, elle veut faire l’amour avec lui (ai-je vraiment besoin de le préciser ?). Rosario ouvre alors les yeux, la regarde, lui embrasse les seins, la caresse et lui glisse le doigt là où ça glisse. La voilà alors qui se baisse pour lui embrasser le sexe. Rosario, tout comme les trois milliards sept cent quatre-vingt-six millions deux cent trente-trois mille quatre cent dix-sept autres hommes qui peuplent la planète, n’attendait que ça. Il se laisse donc faire, s’étire, ronronne et se fait emporter par le désir et la bouche et la langue et les lèvres de cette jeune femme. Puis, comme les milliards d’hommes dont j’ai parlé plus haut auraient fait (et font peut-être en ce moment dans un lit, sur une table, dans un placard, assis à un bureau, sous un porche alors que les bombes pleuvent tout autour et que les chiens se font éventrer par les balles), il fait bouger ses reins. En fait, dois-je le mentionner ? il est heureux. En harmonie avec sa vie. Que demander de plus de cette existence étrange et éphémère, si ce n’est le corps d’une femme (ou d’un homme, ou de deux hommes, ou d’un homme et d’une femme, ou d’une femme et une femme et un homme avec un godemiché, non pardon c’est la femme qui a le godemiché, ou d’un animal, ou d’une morte, ou de sept vierges) nue et chaud contre le sien (peut-être pas aussi chaud dans le cas de la morte, mais nous nous comprenons)? Rosario, heureux, calme, les muscles musclés de ses abdominaux abdominants tendus de tension sous le plaisir, penche lors la tête et regarde cette magnifique chevelure blonde (évidemment) de cette magnifique jeune femme (évidemment) dont il a oublié le nom, Marika, Maribelle, Marie-Ange, Marie Salope (ça c’est un bateau mon coco), penchée sur son entrejambe et hop la viande, le gratifiant d’une extase dont on ne se lasse jamais (à moins d’être encore à la maternelle, mais ça c’est une autre histoire).

 

Mais quelque chose ne semble pas normal. Car, d’abord discrètement, puis d’une façon de plus en plus marquée, le front de Rosario se tend. Que se passe-t-il ? Quelle est la cause de ce soudain et étrange malaise entre ces deux jeunes gens si magnifiques qu’on se croirait dans un film à grand budget avec Angelina Jolie alors que nous sommes dans un texte à petit financement avec vous et moi ? L’incroyable serait-il en train de se pointer le bout du nez, la fin du doigt, le poil de l’oreille, l’onde de la cellulite ? Eh oui ! Cher lecteur, le tout est si extraordinaire que je ne sais comment aborder le sujet. Je tenterai donc, avec tout ce talent dont les dieux m’ont fait don et que seuls quelques critiques qui iront en enfer et partageront leur lit avec Foucault ne peuvent voir, de vous décrire la scène.

 

Alors que Rosario et la jeune femme sont lancés dans ce ballet érotique dont l’origine remonte à la Mésopotamie (je dis n’importe quoi là) et que nous regardons attentivement la scène, répétant ainsi une tradition créée à la fin du règne de Narâm-Sîn (c’est en Mésopotamie pour ceux qui ne font pas les liens facilement) dont l’influence s’étendra au-delà des frontières de l’État urbain de Lagash qui comptait 216,000 âmes à l’époque et qui, vainqueur des Élamites d’Anshan, fera don du butin saisi au dieu Ningirsu et reconstruira l’Eninnou (pas mal non ? J’ai emprunté), nous pouvons clairement percevoir qu’il manque quelque chose dans la bouche de la jeune femme. Oui, cher lecteur, qui ne savait pas que la Mésopotamie, « pays situé entre les deux fleuves » en grec, doit son nom à la position qu’elle occupe entre le Tigre et l’Euphrate (tout ce qu’on peut emprunter, c’est vraiment génial), l’inconcevable est en train de se concevoir. L’entrejambe de Rosario refuse de répondre…

 

Comme cela est-il possible, demandez-vous ? Comment un jeune homme, si jeune et si homme, peut-il voir le seul organe qu’il contrôle, refuser de lui obéir ? Comment est-il possible que cette chose refuse de se dresser comme la majuscule qu’elle est (intéressant emploi du féminin ici)? Et l’inconcevable allant même jusqu’à se lever, sortir de la pièce et se chercher un coke dans le frigidaire, Rosario sent le frottement sensuel de la langue de cette jeune femme contre son appendice veiné se transformer en quelque chose de grotesque, d’inutile, de déséquilibré. Qui plus est, le mouvement de cette magnifique tête blonde, dont la bouche ne cesse de laper son truc flasque et mou et, oh malheur, toujours petit et qui tente par tous les moyens décrits par Vatsyayana (je n’invente rien), de lui redonner vie, véritable infirmière acharnée à prodiguer les premiers soins pour les premières nécessités et sauvegarde de l’espèce, lui donne littéralement la nausée. Étrangement, mais pas tant que ça, la pluie se met alors à tomber avec une soudaine colère (j’ai pensé aux éclairs mais j’ai décidé de m’abstenir) et le vent fait claquer les volets comme si la nature elle-même ne savait comment réagir devant cette hérésie, cette déchirure de l’espace-temps, ce crépuscule des dieux (qui est le titre d’un film des années 70 si je me souviens bien). Puis, la patience humaine, comme toute chose de ce monde, ayant une limite rapidement atteinte, la jeune femme, dont les muscles de la mâchoire commencent à produire de l’acide lactique, lève la tête, s’essuie la bouche, enlève les deux cheveux et les trois poils qui y traînent et regarde Rosario avec un mélange d’étonnement, d’agacement et de surprise (réalisant soudainement qu’elle a oublié de tirer la chasse d’eau avant de partir ce matin, ce qui n’a rien à voir avec ce qui nous intéresse). C’est un regard difficile à soutenir pour un homme (demandez-leur, vous verrez) car si carrière, argent, bonheur, succès personnel et sentimental semblent former la base de ce qui empêche un humain de se suicider lorsqu’il comprend qu’il n’en a que pour quelques dizaines d’années et que toute son agitation aura la portée planétaire de l’effort de l’insecte qui charrie treize fois son poids pour nourrir la fourmilière, la possibilité de garder son pénis au garde-à-vous pendant un temps prédéterminé, forme, non pas la base, mais l’eau, le fruit, l’air, le soleil et le dialogue avec Dieu de l’existence d’un mâle (rien de moins). Ainsi, Rosario, pour qui ce complément de sang et de tissu est moins un sexe qu’une antenne, un livre, un troisième œil (qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre), se trouve donc placé dans une situation non seulement incompréhensible mais aussi, et surtout, métaphysiquement troublante. Le truc pend. Il pend. Il refuse de faire autre chose que de pendre. Il pend, comme un mort pend au bout d’une corde, comme une larve au bout de la branche, comme une souris dans la gueule du chat. Il pend. Puis, après un pend, pardon un temps, qui semble s’éterniser comme des perles de lumière dans l’orée du couchant, la jeune femme se relève, les cheveux collés sur son visage en sueur.

 

 

- Rosario : Je ne comprends pas…c’est…Je ne sais pas…

 

- La jeune femme : Tu m’étonnes… Avec la nuit qu’on a eue hier…

 

- Rosario : Je ne comprends pas…

 

- La jeune femme : Bon…enfin…C’est pas grave, on s’est peut-être trop démenés justement.

 

- Mais ça ne m’est jamais arrivé !

 

- On vous l’apprend quand vous êtes petits celle-là ou quoi ? Vous dites tous la même chose.

 

- Non, je te jure, je ne comprends pas, c’est…

 

- T’en fais pas, c’est pas grave, on s’est bien amusés !

 

 

Bien éduquée (comme sa lecture complète des œuvres de Vatsyayana le confirme), gentille et douce comme ses parents lui ont appris à être pour manipuler le patron, elle se retourne, se glisse à ses côtés, lui embrasse le lobe d’oreille (aussi mou que le reste, ne peut-elle s’empêcher de penser), tout cela dans un geste d’une grande tendresse, particulièrement surprenant puisqu’elle n’a rien à y gagner. Quant à lui (Rosario, pas Vatsyayana), il la regarde, ne sait quoi dire, quoi proposer, n’arrive même plus à penser (tout le sang ayant reflué dans ses fesses). Cependant, dans un bref moment de lucidité (pas tout le sang), il tire, d’un geste pudique, le drap sur son entrejambe, ne voulant pas joindre l’inutile au désagréable. Elle ne dit rien, ajuste cependant le drap pour couvrir un bout toujours visible (aussi mou que le lobe, mais plus sombre, s’entend-elle penser). Il lui sourit. Entre eux maintenant, il y a cette chose, encore mouillée de salive, dont se dégage, comme qui dirait, un certain malaise. Puis, les seins toujours aussi beaux et fermes, la jeune femme se retourne, penche la tête sur le côté, se passe la main dans les cheveux dans un geste d’une immense sensualité, comme un défi comprend Rosario, tire un paquet de cigarettes de la poche de son pantalon qui traîne à terre et s’en allume une (une cigarette, pas un défi). Inquiet, troublé, tendu (mais pas au bon endroit), Rosario tire le drap et se lève.

 

 

- Où tu vas ?

 

 

Lui dit-elle l’observant à travers le nuage de fumée qu’elle produit, ses mots à peine audibles derrière le vacarme que font maintenant la pluie et le vent et les douze mille six cent trente-trois prisonniers politiques enterrés vivants à Pyongyang. Il ne répond pas. Elle le regarde alors sortir de la chambre et ne peut faire autrement qu’admirer son corps musclé, ses fesses rondes, ses mollets de chasseurs de perdrix, ses épaules de sous-marinier, sa taille d’abeilles mangeuses d’hommes et sa démarche de culturiste sans stéroïdes.

 

Troublé (ai-je besoin de le mentionner ?), Rosario entre dans la salle de bain, se cogne l’orteil contre le bord de la toilette mais ne dit rien car il se sent empli d’un désir d’auto-flagellation (flagellation, fellation, comme les mots se ressemblent), allume et se regarde dans le miroir comme pour y découvrir les raisons de son malheur. Est-il victime de quelques mauvais sorts jetés lors d’un matin pluvieux par un conseiller au service technique de Bombay ? D’un empoisonnement alimentaire causé par des gènes de poissons qui fleurissent dans la fraise ? D’un déséquilibre planétaire provoqué par la naissance, ce matin, d’une petite fille à qui le destin a promis une carrière de chanteuse populaire ? Mais le miroir n’étant qu’une surface où la lumière se réfléchit sans jamais permettre à ce verbe de perdre sa particule pronominale, les réponses, bien sûr, ne viennent pas.

 

Pendant ce temps, la jeune femme s’est levée, a, elle aussi, admiré son corps ferme et sensuel, a dressé dans sa tête la liste des choses qu’elle devait faire pour, elle aussi, réaliser ce rêve de chanteuse populaire, s’est habillée, a tourné au maximum le volume de la chanson qu’ils écoutaient plus tôt et s’est préparée à sortir. Rosario, lui, toujours dans la salle de bain, se regarde comme cendrillon devant sa citrouille (ce qui n’arrange rien). Il se lève sur la pointe des pieds, le miroir est haut, et présente son pénis mou à la réflexion de la vitre. Et alors que les photons de lumière frappent son pénis et se dispersent dans toutes les directions et finissent par rebondir sur le miroir puis dans ses pupilles, happés alors par les cônes de ses yeux et que son cerveau tente de comprendre ce qu’il voit, la chose, elle, reste indubitablement, inexorablement, fatalement molle. Désespéré, Rosario examine son pénis, le tire dans tous les sens. Le caresse. Le caresse encore. Se concentre, pense à ses fantasmes les plus fous, s’agite et se démène. Mais rien à faire. La chose reste désespérément molle. En désespoir de cause, Rosario enfile sa culotte et retourne dans la chambre.

 

La jeune femme s’est rhabillée. Elle fouille dans son sac, y tire un trousseau de clés.

 

- Où tu vas ?

 

- Au travail.

 

 

Elle l’embrasse, prend son manteau qui est accroché sur le dossier de la chaise et sort.

Envoyez Envoyez