Auteur: Aimé Césaire

Né en 1913 à Basse-Pointe, Martinique, et issu d'une modeste famille de sept enfants, Aimé Césaire étudie d'abord au lycée Schoelcher, à Fort-de-France. Grâce aux conseils d'un de ses professeurs, il obtient une bourse pour partir poursuivre ses études à Paris, au lycée Louis Le Grand. C'est là qu'il rencontre Léopold Sédar Senghor, avec lequel il fonde, en 1934, L'Etudiant noir (http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/aime-cesaire/etudiant_noir-photo.asp). C'est dans cette revue qu'Aimé Césaire emploie, pour la première fois, le mot qui, à lui seul, résumera son combat, tant littéraire que politique : la "négritude". A la veille de la Seconde Guerre mondiale, il publie le Cahier d'un retour au pays natal http://www.presenceafricaine.com/poesie-afrique-caraibes/455-cahier-d-un-retour-au-pays-natal-2708704206.html), texte fondateur à bien des égards, puis rentre en Martinique, pour y enseigner le français. La Seconde Guerre mondiale lui donne l'occasion de forger ses idéaux politiques, la Libération de mettre ces idéaux en pratique. Il synthétise sa vision politique et économique dans le Discours sur le colonialisme (http://monthlyreview.org/press/books/pb0254/). Pendant plus de 50 ans, il mène de pair son activité poétique et ses mandats de maire et de député. Il se bat à la fois pour la reconnaissance de la spécificité et la richesse de la langue de ses ancêtres, et l'indépendance des colonies françaises. Faire prendre conscience au peuple noir de la richesse de ses propres racines : tel est donc, depuis plus de 60 ans, le but premier de l'oeuvre d'Aimé Césaire. En 2008, retiré de la vie politique depuis plusieurs années, Aimé Césaire décède à l’âge de 94 ans. Il reste une figure incontournable de l’histoire et de la littérature martiniquaise.

Les armes miraculeuses, manuscrit inédit présenté par René Hénane et Dominique Rudelle (7)

Colombes et menfenils

 

Rappelons que Colombes et menfenils[1] est le titre d’un recueil de poèmes faisant partie de l’envoi que fit Aimé Césaire  à son ami André Breton, aux États-Unis, le 24 août 1945 aux fins de publication dans les revues américaines VVV dont Breton était directeur éditorial et Hémisphères dirigée par Yvan Goll. Dans cet envoi figuraient également :

–       Tombeau du soleil,

–       cinq poèmes autographes : Annonciation  dédié à André Breton, Tam Tam I dédié à Benjamin Péret, Tam-tam II, dédié à Wifredo Lam, Légende et Tendresse.

–       Le tapuscrit complet de Tombeau du soleil avec corrections de la main d’Aimé Césaire.

–       Colombes et menfenils, tapuscrit comportant des corrections autographes d’Aimé Césaire et André Breton.

–       Simouns, poème dédié à Wifredo Lam, poème isolé, indépendant de l’ensemble.

Ce titre, Colombes et menfenils, pas plus que Tombeau du soleil, n’a jamais été mentionné dans les correspondances échangées entre Aimé Césaire et André Breton, depuis octobre 1941 à août 1945. Seule une discrète allusion est faite de l’envoi de cinq poèmes dans la lettre du 10 janvier 1943, postée à Fort-de-France :

Cher André Breton… Peut-être réussirai-je à faire sortir prochainement le n°6 de Tropiques  – après un long silence. Nous n’avons pas reçu le  numéro 2 de LA REVUE[2]… Je vous envoie cinq poèmes dont vous disposerez à votre guise… Avez-vous enfin reçu Tropiques n°5 ? Nous n’avons pas reçu le catalogue que vous nous annonciez[3]… Aimé Césaire 

 

Deux hypothèses pour l’allusion à ces cinq poèmes :

Il peut s’agir des cinq poèmes : Entrée des amazones –  Fantômes à vendre – Femme d’eau – Tam-tam de nuit (Tropiques n°6-7, février 1943) – Avis de tirs (Tropiques, n°8-9, octobre 1943)

Autre hypothèse : les cinq poèmes autographes : Annonciation – Tam-tam I – Tam-tam II – Légende – Tendresse.

 

Colombes et menfenils dont est présenté ici le tapuscrit comporte 11 poèmes dont les titres suivants seront tous repris dans ce qui deviendra Les Armes miraculeuses en 1946 (La graphie des titres est respectée):

SURVIE – AU-DELA[4]N’AYEZ POINT PITIE DE MOI – Poème pour l’aube, sans titre (qui deviendra Soleil serpent) – Tam-tam de nuit – Tam-tam I – Tam-tam II – Annonciation – Femme d’eau – BATOUQUE.

 

Les trois poèmes autographes suivants, Annonciation, Tam-tam I, Tam-tam II, déjà présentés, ne seront pas repris ici.

 

Le tapuscrit COLOMBES  ET  MENFENILS

(corrections autographes d’Aimé Césaire et André Breton, en caractères diffus – certaines pages étant rognées, l’auteur de l’article a écrit le texte manquant, en caractères lisibles, à l’encre noire)

 Le tapuscrit Colombes et menfenils, page titre

 

 

 Survie

 

– Sources manuscrites inconnues à ce jour.

– Première publication : Tropiques, n°3, octobre 1941, en même temps que N’ayez point pitié de moi, Au-delà, Perdition.

– Fait partie du recueil Colombes et menfenils.

– Une seule variante : Colombes et menfenils : donnez-moi l’œil immortel de l’ambre ; suppression de :  donnez-moi/ ah donnez-moi l’œil immortel… (versions Tropiques, Gallimard 1946 et suivantes).

– Poème de 22 vers, découpés en 5 versets (Tropiques et Colombes et menfenils). Cette disposition est supprimée dans l’édition Gallimard 1946 et éditions suivantes, le poème se présentant d’un seul tenant avec suppression des majuscules.

Je t’évoque

bananier pathétique agitant mon cœur nu dans le jour psalmodiant

 

Je t’évoque

vieux hougan des montagnes sourdes la nuit

juste la nuit qui précède la dernière

et ses roulements d’ennui frappant à la poterne folle des villes enfouies.

 

Mais ce n’est que le prélude des forêts en marche au cou sanglant du monde

C’est ma haine singulière

dérivant ses icebergs dans l’haleine des vraies flammes

Donnez-moi

ah donnez-moi l’œil immortel de l’ambre

et des ombres et des tombes en granit équarri

 

Car l’idéale barrière des plans moites et les herbes aquatiques

écouleront aux zones vertes

des truchements de l’oubli se nouant et se dénouant

et les racines de la montagne

levant la race royale des amandiers de l’espérance

fleuriront par les sentiers de la chair

(le mal de vivre passant comme un orage)

 

Cependant qu’à l’enseigne du ciel

un feu d’or sourira

 

au chant ardent des flammes de mon corps.

 

 

 

 

POEME.     

 

AU-DELA ;

 

d’ D’ en bas[5] de l’entassement furieux des songes épouvantables

les aubes nouvelles

montaient

roulant leurs têtes de lionceaux libres

 

Le néant niait ce que je voyais à la lumière plus

fraîche de mes yeux naufragés

mais – des sirènes sifflant de puissance sourde –

la faim des heures manquées agaça l’aigle farouche

du sang

 

les bras trop courts s’allongèrent de flammes

les désirs éclatèrent en grisou violent dans la ténèbre

des cœurs lâches

 

Le poids du Rrêve  Rêve bascula dans le vent des flibustes

— merveille de pommes douces pour les oiseaux des branches –

 

Et des bandes réconciliées se donnèrent richesse dans

la main d’une femme assassinant le jour

 

 

– Sources manuscrites inconnues à ce jour.

– Première publication : Tropiques, n°3, octobre 1941, en même temps que Survie, N’ayez point pitié de moi.

– Ce poème fait partie du recueil Colombes et menfenils (1945).

– Erratum signalé par Tropiques : p.26, supprimer un point qui termine le 2ème vers

– Ce numéro de tropiques qui suit de quelques mois, la rencontre Césaire-Breton, peut être vu comme un hommage attentif au poète surréaliste puisqu’il comprend un article de Suzanne Césaire intitulé : André Breton, Poète et trois poèmes de Breton : La mort rose, Vigilance (extrait de Le revolver à cheveux blancs, publié en 1932) et Pour Madame*** (sous-entendu, pour Madame Césaire)

Dans sa lettre du 21 octobre 1941 à André et Jacqueline Breton, résidant à New York, Suzanne Césaire écrit :

Vous avoir rencontré au moment où nous avions pu faire paraître Tropiques est un signe éclatant… J’étais en train de finir un article sur la poésie d’André quand nous avons reçu votre lettre. Comment le remercier de son délicat et très beau poème ?[6] Dans Tropiques 3, nous nous sommes permis de le faire paraître comme illustration de mon article, en même temps que Vigilance et La mort rose que nous admirons particulièrement… Vous devinez sans peine l’émotion d’Aimé à l’idée d’être publié par vous… Il joint à cette lettre des poèmes inédits… » [7]

 

Au delà fait partie de l’envoi que Césaire adressa à Breton, aux U.S.A., le 24 août 1945. La forme du poème est identique à celle de Tropiques, la seule différence étant la suppression complète de la ponctuation.

Les éditions ultérieures, Gallimard 1946, Gallimard 1970 modifient la forme dans sa présentation typographique : outre la ponctuation absente, les cinq versets, séparés nettement dans Tropiques et Colombes et menfenils, sont regroupés en un bloc unique avec suppression des espacements et des majuscules en début de verset – ce qui donne au texte un aspect dense et peu aéré.

 

 

 

 

 

POEME


N’AYEZ POINT PITIE DE MOI

 

 

Fumez marais

les images rupestres de l’inconnu

vers moi détournent le silencieux silencieux crépuscule

de leur rire

Fumez ô marais  cœur-d’-ours  cœur d’oursin

les étoiles mortes apaisées par des mains merveilleuses jaillissent

de la pulpe de mes yeux

Fumez, fumez

l’obscurité fragile de ma voix craque de cités

flamboyantes

et  la pureté irrésistible de ma main appelle

de loin, de très loin, du patrimoine héréditaire

le zèle victorieux de l’acide dans la chair

de la vie – marais.–

telle une vipère née de la force blonde

de l’éblouissement.

 

 

N’ayez point pitié de moi

– Sources manuscrites inconnues à ce jour.

– Première publication : Tropiques, n°3, octobre 1941.

– Fait partie du recueil Colombes et menfenils.

– Variante : Le titre est modifié dans l’édition Gallimard 1970 et suivantes et devient N’ayez point pitié.

– Nous donnons ici la présentation du poème telle qu’il figure dans Tropiques :

 

Ce titre est emprunté, en écho, au poème d’Apollinaire La jolie rousse, extrait de Calligrammes[8] qui s’achève sur cette supplication : «… pitié pour nous qui combattons… / pitié pour nos erreurs pitié pour nos péchés / Ayez pitié de moi ». Rappelons qu’Aimé Césaire avait déjà emprunté le titre Soleil cou coupé au poème d’Apollinaire Zone, extrait d’Alcools.

Une autre variante, mineure, d’ordre typographique, apparaît dans la version Gallimard 1946 et suivantes : disparition d’un espacement entre les vers 7 et 8 :

de la pulpe de mes yeux // Fumez, fumez

 

N’ayez point pitié de moi est un poème de 15 vers répartis en trois versets d’inégale longueur et encadrés au début et à la fin, par deux vers isolés : Fumez marais  //  telle une vipère née de la force blonde de l’éblouissement

L’architecture syntaxique est parfaite, avec des majuscules en début de verset, avec de rares signes de ponctuation et une succession de phrases riches d’images énigmatiques échappant à toute logique du sens.

           

 

Poème pour l’aube

– Sources manuscrites : inconnues à ce jour.

– Première édition : Tropiques, n°4, janvier 1942.

– Ce poème fait partie du recueil Colombes et menfenils (1945)

– Nouvelles éditions : Gallimard1946 et 1970, Désormeaux 1976 et le Seuil 1994. Ces éditions reprennent les textes de Tropiques et Colombes et menfenils avec les mêmes changements typographiques qui ont marqué Perdition et Au-delà : texte en un seul bloc avec suppression des espacements entre les versets.

 

les fougues de chair vive

 

aux étés éployés de l’écorce cérébrale

ont flagellé les contours de la terre

 

les ramphorinques dans le sarcasme de queue

prennent le vent

le vent qui n’a plus d’épée

 

le vent qui n’est plus qu’une gaule à cueillir les  fruits de toutes les saisons du ciel

mains ouvertes

mains vertes

pour les fêtes belles des fonctions anhydrides

il neigera d’adorables crépuscules sur les mains coupées des mémoires respirantes

 

et voici

sur les rhagades de nos lèvres d’Orénoque désespéré

l’heureuse tendresse des îles bercées par la poitrine adolescente des sources de la mer

et dans l’air et le pain toujours renaissant des efforts musculaires

 

l’aube irrésistible ouverte sous la feuille

 

– tel clarteux l’élan épineux des belladones.

 

Soleil serpent

 

– Sources manuscrites : inconnues à ce jour.

– Première publication : Les armes miraculeuses, Gallimard 1946, pp.25-26.

– Ce poème fait partie du recueil Colombes et menfenils (1945).

– Une variante : dans Colombes et menfenils et Galli 46, le vers … vampires montant à la relève des orchidées…  devient  vampires à la relève des orchidées, dans Galli 70 et suivantes.

– Le poème est sans titre dans Colombes et menfenils, le titre Soleil serpent n’apparaissant que dans l’édition Gallimard 1946 et suivantes.

 

Texte de la version Colombes et menfenils (1945)

 

Soleil serpent œil fascinant mon œil

et la mer pouilleuse d’îles craquant aux doigts des roses

lance-flammes et mon corps intact de foudroyé

l’eau exhausse les caresse de lumière perdues dans le couloir sans pompe

des tourbillons de glaçons auréolent le cœur fumant des corbeaux

nos cœurs

c’est la voix des foudres apprivoisées tournant sur leurs gonds de lézarde

transmission d’anolis[9] au paysage des verres cassés

 c’est les fleurs vampires montant à la relève des orchidées

élixir du feu central

feu juste manguier de nuit couvert d’abeilles

mon désir un hasard de tigres surpris aux soufres

mais l’éveil stanneux se dore de gisements enfantins

et mon corps de galet mangeant poisson mangeant

colombes et sommeils

le sucre du mot Brésil au fond du marécage.

 

 

 

Tam-tam de nuit

 

– Sources manuscrites : inconnues à ce jour.

– Première publication : Tropiques, n°6-7, février 1943, p.33.

– Ce poème fait partie du recueil Colombes et menfenils (1945).

– La seule variante relève de la forme du poème, différente selon la version Tropiques et toutes les autres versions, y compris Colombes et menfenils.


Version Tropiques

 

train d’okapis faciles aux pleurs, la rivière aux doigts charnus fouille dans le cheveu des pierres mille lunes miroirs tournants mille morsures de diamant, mille langues sans oraison fièvre entrelacs d’archet caché à la remorque des mains de pierre chatouillant l’ombre des songes plongés aux simulacres de la mer,

Version Colombes et menfenils et toutes autres éditions

 

train d’okapis facile aux pleurs la rivière aux doigts charnus

fouille dans le cheveu des pierres lunaires miroirs tournants

mille morsures de diamants mille langues sans  oraison

fièvre entrelacs d’archet caché à la remorque des mains de pierre

chatouillant l’ombre des songes plongés aux  simulacres de la mer

 

 

Page-titre intercalée entre deux poèmes

 

Femme d’eau -Nostalgique

– Sources manuscrites : inconnues à ce jour.

– Première publication : Femme d’eau : Tropiques, n°6-7, février 1943.

Femme d’eau, titre repris dans l’édition Gallimard 1946 avec une première variante qui réduit le  poème à 10 vers.

– Nostalgique : titre du poème dans Gallimard 1970 et  variante qui réduit le poème à 7 vers, formule reprise dans les éditions ultérieures.- Le poème fait partie du recueil Colombes et menfenils

 


Version Gallimard 46 et Colombes et menfenils 
: Femme d’eau 

 

ô lances de nos corps de vin pur

vers la femme d’eau passée de l’autre côté d’elle-même

aux sylves de nèfles amollies

cheval cheval corrompu cheval d’eau vive

tombée fatale de pamplemousses tièdes

sur la ponte novice des ciels

davier de lymphes amères

nourrissant d’amandes douces d’heures mortes de stipes d’orage

de grands éboulis de flamme ouverte

la lovée massive de races nostalgiques

 

Version Gallimard 1970, Désormeaux et Seuil : Nostalgique

ô lances de nos corps de vin pur

vers la femme d’eau passée de l’autre côté d’elle-même

aux sylves de nèfles amollies

davier de lymphes amères

nourrissant d’amandes douces d’heures mortes de stipes d’orage

de grands éboulis de flamme ouverte

la lovée massive de races nostalgiques

 

Version Gallimard 1970, Désormeaux et Seuil : Nostalgique

 

ô lances de nos corps de vin pur

vers la femme d’eau passée de l’autre côté d’elle-même

aux sylves de nèfles amollies

davier de lymphes amères

nourrissant d’amandes douces d’heures mortes de stipes d’orage

de grands éboulis de flamme ouverte

la lovée massive de races nostalgiques

 

Ce poème a été probablement envoyé (aucune preuve datée) pour la première fois à André Breton en 1943[10] avec quatre autres textes : Avis de tirs, Entrée des amazones, Fantômes à vendre et Tam-tam de nuit.

Il semble que Femme d’eau soit la réponse poétisée d’Aimé Césaire au poème que lui a adressé André Breton, poème intitulé “La lanterne sourde”, publié dans Tropiques n°5, avril 1942 avec la dédicace suivante : « à Aimé Césaire, René Ménil et Georges Gratiant, à qui je dois cet après-midi inoubliable » Cet inoubliable après-midi est la promenade qu’ils firent ensemble, en 1941, au Gouffre d’Absalon, célèbre site naturel en Martinique, sous une pluie battante. En effet, Aimé Césaire répond à André Breton (lettre du 20 avril 1942) :

merci pour votre beau poème La lanterne sourde… cette admirable vallée d’Absalon, nous ne la revoyons plus qu’avec vous et par vous : un des rares coins qui font que ce pays est encore supportable…

 

 

 


Batouque[11]

 

– Sources manuscrites : inconnues à ce jour.

– La première évocation de Batouque  figure dans la lettre du 16 novembre 1943, de Césaire à Breton : « Avez-vous reçu mes dernières lettres ? Un poème Batouque. Je vous enverrai bientôt par paquet-poste les manuscrits d’un recueil possible de poèmes ainsi qu’un drame : Et les chiens se taisaient ».

– Le poème Batouque fut publié pour la première fois dans la revue VVV (n°4, janvier 1944) dirigée par Yvan Goll, aux États-Unis, en même temps qu’un article d’André Breton et un autre de Benjamin Péret, revue dont les conseillers éditoriaux étaient, avec André Breton, les artistes peintres Marcel Duchamp et Max Ernst.

– Comme nous l’avons déjà signalé (voir Le Grand Midi[12]), dans sa lettre du 26 mai 1944, adressée à Breton, aux USA, Aimé Césaire évoque, de nouveau, « Batouque et le Grand Midi dont une partie a paru… dans Hémisphères. »

– Par ailleurs, Batouque fit partie du recueil Colombes et menfenils  qu’Aimé Césaire adressa à André Breton, sous forme de tapuscrit (18 pages), par son envoi du 24 août 1945.

– Batouque, poème composé probablement en 1943, comporta plusieurs variantes dont la plus importante est la transposition d’un bloc de 24 vers

Batouque

Quand le monde sera une mine à ciel découvert… (vers155),   jusqu’à : …toutes les démissions des chinchillas (vers 177)

Ce bloc se trouvait initialement dans la dernière partie de Batouque, dans l’édition VVV et le recueil Colombes et menfenils. Il fut transféré au début du poème dans l’édition Gallimard 1946 et les suivantes.

Le mot Batouque  désigne un rythme de tam-tam, au Brésil, ainsi que cela est précisé par Aimé Césaire, dans l’édition Galli 46. L’origine de ce rythme est africaine comme l’indique Roger Bastide[13].

 

Notons la particularité sémantique qui marque les titres des deux recueils : Tombeau du soleil et Colombes et menfenils : Les deux titres sont des oxymores jumelant des images opposées. Il s’agit d’une véritable esthétique des contraires : Les ténèbres du tombeau s’opposent à la clarté solaire, l’angélisme de la colombe s’oppose à la sombre cruauté du rapace menfenil

 

 

 

Batouque : le tapuscrit, version Colombes et menfenils[14]

 

 

Batouque 

version tapuscrite de Colombes et menfenils.

 

Les rizières de mégots de crachat sur l’étrange sommation

de ma simplicité se tatouent de pitons.

Les mots perforés dans ma salive resurgissent en villes

d’écluse ouverte, plus pâle sur les faubourgs de mon amour[15]

5        Ô les villes transparentes montées de yaks[16]

sang lent pissant aux feuilles du filigrane le dernier souvenir

le boulevard comète meurtrie brusque oiseau traversé

se frappe en plein ciel

noyé de flèches

10      C’est la nuit comme je l’aime très creuse et très nulle

éventail de doigts de boussole effondrés au rire blanc des sommeils.

 

 

batouque

quand le monde sera nu et roux

comme une matrice calcinée par les grands soleils de l’amour

15      batouque

quand le monde sera sans enquête

un cœur merveilleux où s’imprime le décor des regards brisés en éclats

pour la première fois

quand les attirances prendront au piège les étoiles

20      quand l’amour et la mort seront

un même serpent corail ressoudé autour d’un bras sans joyau

(1)  Au  Brésil rythme du tam-tam[17]

sans suie

sans défense

25      batouque du fleuve grossi de larmes de crocodiles et de fouets à la dérive

batouque de l’arbre aux serpents des danseurs de la prairie

des roses de Pennsylvanie  regardent aux yeux au nez aux oreilles

aux fenêtres de la tête sciée

du supplicié

30      batouque de la femme aux bras de mer aux cheveux de source sous-marine

la rigidité cadavérique transforme les corps en larmes d’acier,

tous les phasmes feuillus dont une mer de youcas[18] bleus et de radeaux

tous les fantasmes névrotiques ont pris le mors aux dents

batouque

35      quand le monde sera, d’abstractions séduites  de pousses de sel gemme

les jardins de la mer

pour la première et la dernière fois

un mât de caravelle oubliée flambe amandier du naufrage

un cocotier un baobab une feuille de papier

40      un rejet de pourvoi

batouque de trompes cassées de paupière d’huile de pluviers[19] virulents

batouque de la pluie tuée fendue finement d’oreilles  rougies

purulence et vigilance

ayant violé jusqu’à la transparence le sexe étroit du crépuscule

45      le grand nègre du matin

          jusqu’au fond de la mer de pierre éclatée

attente les fruits de faim des villes nouées

          Guivre[20] des guivres le feuillage de pubis balancés aux longs hasards marins

          mouettes flots bayous[21] par le regard rafale du paysage

50      pacaniers[22] doux pagne herbeux bracelets repus                                  

          baisers baisers

fraîcheur de rivière au cou des femmes trébuchantes.

Et le navire survola le cratère aux portes mêmes de l’heure labourée d’aigles

le navire marcha à bottes calmes d’étoiles filantes

55      à bottes fauves de wharfs[23] coupés et de panoplies

 et le navire lâcha un bordée de souris

de télégrammes de cauris[24] de houris[25]

un danseur ouolof faisait des pointes et des signaux à la pointe du mât le

plus élevé

60      toute la nuit on le vit danser chargé d’amulettes et d’alcool

bondissant à la hauteur des étoiles grasses

 une armée de corbeaux

une armée de couteaux

une armée de paraboles

65      une armée de bouteilles de jeunes mariées de    vanilliers

          un tonnerre vertébral du nid des feuilles mortes

agrafa des sistoles[26] dans l’assiette lovée d’ombre

et le navire cambré lâcha une armée de chevaux

les foules rompront les rues comme des pains dépoitraillés aux jours de disette

70      les chevaux boiront les rues aux arroseuses municipales

          les chevaux brouteront les fleurs aquatiques aux tapisseries épaissies de marée

rideau, rideau

          sur le danseur tranquille

          dînant au fond des eaux

75      ô le pain des collines beurrées   de pluie

A  minuit la terre s’engagea dans le chenal du cratère

et le vent de diamants tendu de soutanes rouges

hors l’oubli

souffla des sabots de cheval chantant l’aventure de la mort à voix de lait

80      sur les jardins de l’arc-en-ciel planté de caroubiers

           de lisses  chevaux couverts de  globules paissant aux cicatrices

remuées de la brume, des ailes  hennissantes.

batouque

quand le monde sera un vivier où je pêcherai mes yeux à la ligne de tes yeux

85      batouque

quand le monde sera le latex au long cours des chairs de sommeil bu

batouque

la boîte à clous la boîte à pluie charge en spencer en grains de riz

charge en rafale en nuée ardente crème de sapote[27] crème de papaye

90      la boîte à clous la boîte à grêle cœur de surprise

cœur de cisaille

 la boîte à clous essaim de moustiques et vol de dents

la boîte à pluie tristement cisaille les barbelés du trombone

et la paille des semaines

95      la boîte à pluie

la boîte à clous

la boîte à cygnes

la boîte à feuilles lentement                                                                           

mortes

100    batouque

 

batouque  des mains

          batouque des seins en furie de lianes et de forêt vierge

batouque des sept péchés décapités

batouque du sexe au baiser d’oiseau à la fuite du poisson

105    batouque de princesse noire en diadème de soleil fondant

batouque de la princesse tisonnant mille jardins inconnus

           mille jardins oubliés sous le sable et l’arc-en-ciel

           batouque de la princesse aux cuisses de Congo

de Bornéo

110    de Caracas[28]

neige noire aux cuisses de fleuve dépliant des sommeils

          d’absurde glacier sous la main   du soleil de minuit

           

 batouque

                                                                                               

la princesse se noie dans son  sourire d’eau absente

115    batouque

 

dans son sourire de rigole

          batouque dans son   sourire de rigole

          batouque

 

dans ses yeux de soleil macéré et de prunes

120     batouque

 

            dans sa justice de mine magnétique

batouque batouque

 

 la princesse dans le cœur  vierge de l’été au  seuil des liserons

           s’est retirée noyée du cœur crevé de terres

 125    reclus algue cachée dans le silence des vagues

 

batouque de nuit sans noyau

          de nuit sans lèvres

          cravatée du jet de ma galère sans nom

          de mon oiseau de boomerang

 

130     j’ai lancé mon œil dans le roulis de la Guinée du désespoir et de la mort

tout l’étrange se fige île de Pâques, île de Pâques

          tout l’étrange coupé des cavaleries de l’ombre

          un ruisseau d’eau fraîche coule dans ma main sargasse[29] de cris  fondus.

 

et le navire dévêtu creusa dans la cervelle des nuits têtues

135    mon exil-minaret-soif-des-branches

je crie le sel lunaire du grand poisson de larmes de pierre taillée

          les courants marins roulèrent des  touffes de sabres[30] d’argent

et de cuillers à nausée

et le vent troué des doigts du SOLEIL

140   tondit de feu l’aisselle des îles à cheveux d’écumes

oubliés poumons des sonneries et des soies

           des fiers thuyas chuchotés sang aux lèvres ardentes du blizzard mâle.

 

           batouque de terres enceintes

batouque de mer murée

145    batouque d’ukulélé[31] assassiné sous l’herbage

quand les doigts frappaient l’heure des minutes sans fibres

          batouque de bourgs bossus de pieds pourris de morts épelées dans le désespoir

sans prix du souvenir

 

           Basse-Pointe, Diamant, Tartane et Caravelle

150    sekels d’or[32], rabots des flottaisons assaillis de gerbes et de nielles

cervelles tristes rampées d’orgasmes

tatous fumeux

          ô les croumens[33] amuseurs de ma barre

 

 

batouque

155    quand le monde sera une mine à ciel découvert

quand le monde sera du haut de la passerelle

mon désir

          ton désir

          conjugués en un saut dans le vide respiré

160    à l’auvent de nos yeux déferlent

toutes les poussières de soleils peuplés de parachutes

d’incendies volontaires d’oriflammes de blé rouge

batouque des yeux pourris

batouque des yeux de mélasse

165    batouque des yeux de court-circuit surpris de lait de vache

batouque des yeux sucrés de fièvre

batouque de la nuit au sexe d’aubergine signalé de mercure

          batouque de la nuit à la chair de cigare

          batouque de mer dolente encroûtée d’îles

170    le Congo est un saut de soleil levant au bout d’un fil

un seau de villes saignantes

une touffe de citronnelle dans la nuit forcée

          batouque

          quand le monde sera une tour de silence

175    où nous serons la proie et le vautour

toutes les pluies de perroquets

toutes les démissions de chinchillas

          le soleil a sauté des grandes poches marsupiales de la mer sans lucarne

en pleine algèbre de faux cheveux et de rails sans tramway ;

180   batouque, les rivières lézardent dans le heaume délacé des ravins

les cannes chavirent aux roulis de la terre en crue de bosses de chamelle

les anses défoncent de lumières irresponsables les vessies sans reflux de la

 pierre

 

          soleil, aux gorges

185    noir hurleur, noir boucher, noir corsaire batouque déployé d’épices  et de mouches

endormi troupeau de cavales sous la touffe de bambous

saigne saigne troupeau de carambas[34].

Assassin je t’acquitte au nom du viol.

          Je t’acquitte au nom du Saint-Esprit

190    Je t’acquitte de mes mains de salamandre.

 

Le jour passera comme une vague avec les villes en bandoulière

dans sa besace de coquillages gonflés de poudre

soleil, soleil, roux serpentaire accoudé à mes transes

          de marais en travail

195    le fleuve de couleuvres que j’appelle mes veines

          le fleuve de créneaux que j’appelle mon sang

le fleuve de sagaies que les hommes appellent mon visage

le fleuve à pied autour du monde

frappera le roc artésien d’un cent d’étoiles à mousson.

 

200    Liberté mon seul pirate, eau de l’an neuf ma seule soif

           amour mon seul sampang[35]

 nous coulerons nos doigts de rire et de gourde[36]

203    entre les dents glacées de la Belle-au-bois-dormant.

 


[1] voir : René Hénane, « Les armes miraculeuses » d’Aimé Césaire – Une lecture critique, L’Harmattan, 2008.

[2] Il s’agit de la revue VVV, dirigée par André Breton.

[3] Il s’agit du catalogue de l’exposition organisée par André Breton et le peintre Marcel Duchamp, First papers of surrealism, en octobre 1942, à la Whitlaw Reid Foundation (Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Fonds André breton)

[4] sic

[5] Toutes les ponctuations ont été barrées sur le tapuscrit

[6] Il s’agit de Pour Madame***, repris sous le titre Pour Madame Suzanne Césaire, dans Martinique charmeuse de serpents.

[7] Il s’agit probalement de La conquête de l’aube, publiée dans VVV n°1, Tam-tam II et Annonciation publiés dans VVV n°2.

[8] … pitié pour nous qui combattons… / pitié pour nos erreurs pitié pour nos péchés/ Ayez pitié de moi. (La jolie rousse, Calligrammes).

[9] anoli : Zoologie : petit lézard vert des Antilles, « ce lézard est fort vif, très leste et si familier qu’il se promène sans crainte dans les appartements, sur les tables et même sur les convives. Son attitude est gracieuse, son regard fixe ; il examine tout avec une sorte d’attention : on croirait qu’il écoute ce que l’on dit » (Cuvier et Lacépède). C’est le surnom qu’avaient donné les élèves d’Aimé Césaire à leur maître (Denise Wiltord, sœur d’Aimé Césaire). En créole martiniquais, le zandoli.

[10] Césaire écrit à Breton (lettre du 10 janvier 1943) :… peut-être réussirai-je à faire sortir prochainement le n°6 de Tropiques… je vous envoie 5 poèmes dont vous disposerez à votre guise… Avez-vous enfin reçu Tropiques n°5… : Il s’agit du numéro où figure le poème d’Aimé Césaire En guise de manifeste littéraire, dédié à André Breton.

[11] Poème présenté et analysé in : René Hénane « Les armes miraculeuses » d’Aimé Césaire – Une lecture critique, L’Harmattan, 2008, pp.116-143.

[12]           ibid. : p.60.

[13] Roger bastide, Les Amériques noires, Payot, 1973.

[14] menfenil : Zoologie – Oiseau rapace des Antilles encore appelé malfini en créole.

[15] de mon amour : supprimé dans Gallimard 70 et éditions suivantes.

[16] Yak : Mot qui possède deux sens : mot d’origine tibétaine qui désigne le bœuf massif, à longue toison soyeuse et queue de cheval, domestiqué au Tibet. Autre sens : Terme ancien : Grand pavillon royal d’Angleterre, portant une croix ordinaire et une croix de saint André, se traversant l’une l’autre, rouge et bordées de blanc, sur champ bleu. Le yak britannique désigne le pavillon de Grande Bretagne (Dictionnaire de Bescherelle, 1871)

[17] note de bas de page d’Aimé Césaire.

[18]youca : s’écrit aussi yucca ; nom masculin, plante liliacée arborescente, originaire d’Amérique centrale, aux feuilles réunies en touffes, aux grandes fleurs violettes ou blanc crème, au port élégant.

[19] pluvier : Oiseau échassier de la taille d’une grive, à tête courte et bec fort, qui se nourrit d’insectes aquatiques. Il arrive en troupes, à la saison des pluies. D’où son nom. Autre sens : Pluvier armé, mollusque gastéropode de type buccin, à la coquille garnie de piquants.

[20] guivre : nom féminin ; du latin vipera, vipère. Sorte de grande couleuvre fantastique, encore appelée vouivre, portant la symbolique de l’eau dans les légendes du Moyen âge. Il s’agit, dans la littérature fantastique de la Gaule, d’un monstre serpent ailé pourvu d’une escarboucle à la place de l’œil. Celle-ci correspond au diamant posé sur le front des dragons. À l’instar de la fée Mélusine, on lui prêtait le pouvoir de se métamorphoser en créature féminine. Cet animal fabuleux est en rapport avec les forces telluriques. On le considérait comme le gardien des trésors, en particulier des richesses minières.

[21] bayou : nom masculin de l’amérindien bàjuk, petite rivière ; En Louisiane et dans la région du bas Mississippi, bras secondaire du fleuve ou petil lac  établi dans un méandre abandonné.

[22] pacanier : Noyer d’Amérique et des Antilles (20 mètres de haut) dont le fruit, la pacane, donne une amande douce au parfum de noisette. Son bois, très dur, est utilisé en ébénisterie.

[23] wharf : mot anglais ; appontement ou en métal, perpendiculaire au rivage, auquel les bateaux peuvent accoster des deux côtés.

[24] cauri : Coquillage du groupe des cyprées ou porcelaines qui a servi de monnaie en Afrique noire et en Asie. Le cauri est aussi employé comme parure.

[25] houri : de l’arabe hawr, qui signifie pur ; hawra, au féminin, désigne, en arabe, l’œil où le blanc très pur de la cornée contraste avec le noir profond de l’iris. La houri est une hawra el aayoun (pure des yeux) – nom que le Musulman donne aux beautés célestes dont les voluptueux mais chastes embrassements doivent, selon le Coran, récompenser la vertu et la foi du croyant.

[26] sic

[27] Sapote : de l’espagnol zapote, de l’amérindien nahuatl, tzàpotl. Nom commun à divers fruits comestibles, pulpeux, d’Amérique centrale et des  Antilles, portés par des arbres sans parenté botanique. La sapotille est le fruit du sapotillier.

2de Casamance, dans Galli 46 et suivantes.

[29] sargasse : du portugais sargaço. Algue tropicale, brune, flottante, dont l’accumulation forme au large des côtes de Floride (mer des Sargasses) forme une vaste prairie où pondent les anguilles (Larousse de la langue française).

[30] sabre : poisson marin comestible du genre trichiuridé, au long corps rubané, dépourvu d’écailles, prédateur vorace à la denture puissante.

[31] Ukulélé : nom masculin d’origine polynésienne. Petite guitare hawaïenne apparue au 19e siècle, d’après un modèle de guitare portugaise (Grand Larousse en 5 vol.)

[32] sekel : s’écrit shekel. Unité monétaire israélienne. 1 euro = 5.55 shekels.

[33] Croumen : s’écrit aussi Kroumen (Galli 70) : Population de Guinée occidentale et de Côte d’Ivoire. Excellents marins, ils tiennent le commerce de la région.

[34] caramba : Juron espagnol exprimant la colère. Autre sens : désigne le nœud de ruban que les femmes portent dans les cheveux.

[35] sampang : mot d’origine chinoise signifiant trois planches. Embarcation asiatique à fond plat marchant à la godille ou à l’aviron qui comporte au centre, un cabanon en bambou pour abriter les passagers.

[36] gourde : mot aux sens multiples – du latin gurdus, gourd, signifie lent, paresseux, maladroit, engourdi. De l’espagnol gordo, gros, épais, la gourde était une monnaie en usage en Haïti, en Martinique et en Guadeloupe. La gourde désignait aussi une lourde pièce de cinq francs, d’un usage courant, autrefois, aux Antilles. De l’italien cordino, petite corde, la gourde était la corde avec laquelle étaient fouettés les forçats à bord des galères ; d’où dérive le mot gourdin. Chez les Bambara d’Afrique, la gourde était le symbole de l’œuf cosmique, de la gestation, de la matrice féminine où s’élabore la vie… Les Bambara appellent gourde le cordon ombilical qui relie l’enfant nouveau-né à la mère.

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One Response to “Les armes miraculeuses, manuscrit inédit présenté par René Hénane et Dominique Rudelle (7)”

  1. […] Aimé Césaire, Les Armes miraculeuses, 1946 (voir ce site sur le sujet) […]