Auteur: Aimé Césaire

Né en 1913 à Basse-Pointe, Martinique, et issu d'une modeste famille de sept enfants, Aimé Césaire étudie d'abord au lycée Schoelcher, à Fort-de-France. Grâce aux conseils d'un de ses professeurs, il obtient une bourse pour partir poursuivre ses études à Paris, au lycée Louis Le Grand. C'est là qu'il rencontre Léopold Sédar Senghor, avec lequel il fonde, en 1934, L'Etudiant noir (http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/aime-cesaire/etudiant_noir-photo.asp). C'est dans cette revue qu'Aimé Césaire emploie, pour la première fois, le mot qui, à lui seul, résumera son combat, tant littéraire que politique : la "négritude". A la veille de la Seconde Guerre mondiale, il publie le Cahier d'un retour au pays natal http://www.presenceafricaine.com/poesie-afrique-caraibes/455-cahier-d-un-retour-au-pays-natal-2708704206.html), texte fondateur à bien des égards, puis rentre en Martinique, pour y enseigner le français. La Seconde Guerre mondiale lui donne l'occasion de forger ses idéaux politiques, la Libération de mettre ces idéaux en pratique. Il synthétise sa vision politique et économique dans le Discours sur le colonialisme (http://monthlyreview.org/press/books/pb0254/). Pendant plus de 50 ans, il mène de pair son activité poétique et ses mandats de maire et de député. Il se bat à la fois pour la reconnaissance de la spécificité et la richesse de la langue de ses ancêtres, et l'indépendance des colonies françaises. Faire prendre conscience au peuple noir de la richesse de ses propres racines : tel est donc, depuis plus de 60 ans, le but premier de l'oeuvre d'Aimé Césaire. En 2008, retiré de la vie politique depuis plusieurs années, Aimé Césaire décède à l’âge de 94 ans. Il reste une figure incontournable de l’histoire et de la littérature martiniquaise.

Les armes miraculeuses, manuscrit inédit présenté par René Hénane et Dominique Rudelle (5)

Tapuscrit intégral de Tombeau du soleil

Ce document entièrement tapuscrit faisait partie de l’envoi effectué par Aimé Césaire à son ami André Breton résidant aux États-Unis (New-York), le 24 août 1945.

Rappelons que cet envoi contenait cinq éléments :

– un cahier avec le titre manuscrit Tombeau du soleil, sur lequel sont contrecollées des feuilles extraites de la revue Tropiques, portant le numéro 10

– un tapuscrit intitulé Tombeau du soleil

– cinq poèmes manuscrits autographes : Annonciation, Tam-tam I, Tam-tam II, Légende et Tendresse.

– un tapuscrit intitulé Colombes et menfenils

– un poème autographe intitulé Simouns.

Le cahier Tombeau du soleil se compose des poèmes suivants :

Les pur-sang (Contrecollages) : Et voici par mon ouïe, tramée de crissements… jusqu’à : … aux caroncules crève, la patte levée, le monde…

Investiture (manuscrit) : vol de cayes de mancenilliers de galets de ruisseau… jusqu’à …Je ne lâcherai pas l’ibis de l’investiture folle de mes mains en flammes

Poème sans titre, n°3 (manuscrit) : Parce que les jardins timbrés inopportuns de ma physionomie… jusqu’à : … aux pentes douces d’hiver et de morue fraîche..

Poème sans titre, n°4 (manuscrit) : Parce que les  jardins mon beau pays aux hautes rives de sésame… jusqu’à : … et de marchés grossis par les crues d’automne.

Poème sans titre, n°5 (manuscrit): Ô retour, ô paupières merveilleuses et parmi mille choses siluriennes… jusqu’à : … la voix enrouée des saisons : tendresse

Poème sans titre, n°6 (manuscrit) : Mais qui m’a mené ici ? Quel crime ? … jusqu’à : … inépuisablement la chanson de l’aurore.

Poème sans titre, n°7 (manuscrit): Ô Chimborazo violent…  jusqu’à : … au fond du volcan des lentes termitières

Poème sans titre, n°8 (manuscrit) : Et les collines soulevèrent de leurs épaules grêles…, jusqu’à : … Et le ciel s’écroula…

Calcination (contrecollage): … Reine du vent fondu – au cœur des fortes paix -… jusqu’à : … et la farouche occultation des solitudes.

Le Grand Midi, titre rayé (contrecollages) : La fin ! Quelle sottise ! Mes pieds vont le vermineux cheminement… jusqu’à : … L’oreille collée au sol j’entendis passer Demain

Miroir fertile (contrecollages) : C’est bon. Je veux un soleil plus brillant… jusqu’à : … sans crucifiement vers les heures dénouées du soir !

Le Grand Midi : seul le titre est manuscrit (contrecollages) : Seul et nu ! Les messages d’atome frappent à même… jusqu’à : … les bossettes de mon front et la rose de mon pouls catapultent le Grand Midi. Aimé Césaire.- en fin de poème, la signature barrée du poète : AIMÉ CÉSAIRE

Conquête de l’aube :  nous mourons notre mort dans des forêts d’eucalyptus…jusqu’à : …plonge loin des toussaints aux froides entournures

À la fin du tapuscrit, la signature et les mentions suivantes rayées :

AIMÉ CÉSAIRE

(Extraits inédits du Grand Midi.

Fort-de-France, Martinique

Le tapuscrit  intitulé Tombeau du soleil[1],[2]

Vingt pages dactylographiées sur papier fin, à l’encre bleue délavée – la dactylographie est de mauvaise qualité, la frappe irrégulière rend parfois la lisibilité difficile (vieille machine usée).

– Page 1 : Texte avec  dactylographie médiocre sur papier fin qui a mal résisté au temps, écrit à l’encre bleue délavée. Nous distinguons en première page le titre : Aimé Césaire et Tombeau du soleil, souligné et barré d’une rature.

Page 2 : Le titre manuscrit, de la main du poète et souligné : Tombeau du soleil :

Nous relevons des corrections manuelles très lisibles, des ajouts, des ratures, un paragraphe entièrement rayé, dans Calcination alors qu’il figure sans retouches dans la version en contrecollages :

Seul et nu !

Les messages d’atome frappent à même et d’incroyables

baisers gargouillant leurs errances qui se délitent

et des et des agonisements comme des lys

perfides éclatant dans la rosace et l’ensablement  et la farouche

occultation des solitudes

Cette strophe qui figurait initialement dans le poème Calcination et rayée, se retrouve, transférée, au début du poème Le Grand Midi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tapuscrit 1 : page titre :                        Aimé CÉSAIRE

TOMBEAU  DU  SOLEIL

 

Tapuscrit 2 : en écriture manuscrite      Tombeau du soleil                                   

Début du tapuscrit 3 : LES PUR-SANG. [3]

 

Et voici par mon ouïe tramée de crissements

et de fusées* syncoper de laideurs rêches*

les cent purs[4]-sang hennissants du soleil,

parmi la stagnation.

 

Ah ! je sens l’enfer des délices

et par les brumes nidoreuses* imitant de floches

chevelures – respirations touffues de vieillards

imberbes – la tiédeur mille fois féroce

de la folie hurlante et de

la mort !

 

Mais comment, comment ne pas bénir,

telle que ne l’ont point rêvée mes logiques,

dure, à contrefil lézardant leur pouacre* ramas

et leur saburre*, et plus pathétique

que la fleur fructifiante,

la gerce lucide des déraisons ?

 

 

Et j’entends l’eau qui monte,

la nouvelle, l’intouchée, l’éternelle,

vers l’air renouvelé

 

Ai-je dit l’air ?

 

Une flueur* de cadmium, avec, géantes levures

expalmées de céruse, de blanches mèches

de tourmente.

 

Essentiel paysage !

 

Taillés à même la lumière, de fulgurants nopals*,

des aurores poussantes, d’inouïes[5] blanchoiements,

 

d’enracinées stalactites porteuses de jour,

 

ô ardentes lactescences ! prés hyalins* !

neigeuses glanes !

 

Début du tapuscrit 4 : … vers les rivières de néroli…

 

Vers les rivières de néroli* docile des haies

incorruptibles mûrissent mûrissent de mica lointain

leur longue incandescence.

 

La paupière des brisants se referment – Prélude –

Audiblement des youcas* tintent

dans une lavande d’arcs-en-ciel tièdes,

des huettes* picorent leurs mordorures.

 

Qui

Rifle*

et rafle

le vacarme, par delà le cœur brouillé de ce

troisième jour ?

 

Qui se perd et se déchire et se noie

dans les ondes rougies du Siloé* ?

 

Rafale.

Les lumières flanchent. Les bruits rhizulent*

Rhizule*

f

u

m

e

silence !

 

Le ciel bâille d’absence noire !

 

Et voici passer

vagabondage sans nom

vers les sûres métropoles du couchant

les soleils, les pluies, les galaxies

fondus en un fraternel magma.

 

Et la terre, oubliée la morgue des orages,

qui dans son roulis ourle des déchirures

perdue, patiente, debout

durcifiant sauvagement l’invisible falun*,

s’éteignit

 

Et la mer fait à la terre un collier de silence,

la mer humant la paix sacrificielle

 

Début du tapuscrit 5 : … où s’enchevêtrent nos râles…

 

Où s’enchevêtrent nos râles, immobile avec

d’étranges perles et de muets mûrissements

d’abisse[6],

 

la terre fait à la mer un bombement de silence

dans le silence.

 

Et voici la terre seule,

sans tremblement et sans trémulement*

sans rouissement* de racine

et sans perforation d’insecte

 

vide,

 

vide comme au jour d’avant le jour……

 

-Grâce !

 

Qu’est-ce qui crie grâce ?

 

Poings avortés, amassements taciturnes, jeûnes

hurrah pour le départ lyrique

brûlantes métamorphoses

dispenses foudroyantes

 

feu, ô feu !

 

Les volcans tirent à bout portant

les villes par terre, dans un grand  bris d’idoles,

dans le vent mauvais des prostitutions

et des sodomies.

Les villes par terre et le vent soufflant

parmi l’éclatement fangeux de leur chair

le rugissement excrémentiel !

 

Ici gît du béton l’obscure gemme aride

ici gît sous cette cendre le dollar de la lune

borborygme*

ô borborygme

de ce monde sous la cendre.

 

Début du tapuscrit 6 : … La terre ne joue plus avec les blés…

 

La terre ne joue plus avec les blés.

La terre ne fait plus l’amour avec le soleil

La terre ne réchauffe plus des eaux dans le creux

de sa main.

La terre ne se frotte plus la joue avec des touffes

d’étoiles.

Sous l’œil du néant suppurant une nuit

La terre saquée* doucement, dérive

éternellement.

 

La grisaille suinte à mes yeux, alourdit mes

jarrets, paresse affreusement le long de mes bras.

Moi à moi !

Fumée

f

u

m

é

e

de la terre

 

Entendez-vous parmi le vétiver* le cri fort

de la sueur ?

 

La route

Oh ! la route par les doigts et les paumes

de la Mort, la route

par la soif et l’amitié de la mort

béante comme l’amour !

 

La route, oh ! ma déroute

parmi  les signes

parmi

les pierres….

 

Dieu, comment ai-je pu oublier Dieu,

moi roi des vastes azurs.

 

Dieu, je veux dire la liberté et pour ma joie l’éternité ?

 

Enos* !

mon émanation barbote dans la mare

de sa naissance plurielle avec une

puissante volupté

 

 

Début du tapuscrit 7 : … Des philosophies, des morales…

 

Des philosophies, d’inouies[7] tentatives

d’exaltation et d’épurement, des prières, des hosannas,

des Ninives et des Babylones métaphysiques sur le cinabre*

profilent parmi un grouillement de flammes héraldiquement

 

vrillantes des renforts basaltiques.

 

Moi moi homme ! Rien qu’homme !

Ah ! ne plus voir avec les yeux. N’être plus une oreille à entendre !

N’être plus la brouette à évacuer le

décor !

 

N’être plus une machine à déménager les sensations !

 

Je veux le seul, le pur trésor,

celui qui fait largesse des autres.

Je veux la vie !

Fût-ce au prix de la mort !

 

Homme !

Mais ce début me fait moins qu’homme !

Quelle torpeur ! ma tête stupidement

ballotte.

Ma tête rongée est déglutie par mon corps.

Mon œil coule à pic dans la chose

non plus regardée mais regardante.

 

Et voici l’assourdissement violet

qu’officie ma mémoire terrestre,

mon désir frappe aux états simples,

je rêve d’un bec assourdi d’hibiscus

et de vierges sentences violettes

s’alourdissant aux lézards avaleurs

de soleil[8]

l’heure bat comme un remords

la neige d’un soleil

aux caroncules* crève, la patte levée,

le monde…


2

INVESTITURE

Vol de cayes de mancenilliers* de galets de ruisseau

toute l’eau de KANANGA* chavire de la Grande Ourse à mes yeux

mes yeux de ville assassinée

mes yeux d’exécution sommaire et de dos au mur

mes yeux qui s’insurgent contre l’édit de grâce

mes yeux de Saint-Pierre* bravant les assassins sous la cendre morte

mes yeux sans baptême et sans rescrit*

mes yeux de scorpène frénétique* et de poignard sans roxelane*

Je ne lâcherai pas l’ibis* de l’investiture folle de mes mains

en flammes.

 

3

 

Parce que les jardins timbrés inopportuns de ma

physionomie inédite : saint-suaire sauvé de Gorée*

 

 

Début du tapuscrit 8 : …de Ouidah. du Bénin…

 

de Ouidah*, du Bénin, du Dahomey, face très dérisoire

d’escarbilles de mangliers* de pyramides sifflait

à mes risques, à mes périls les baisers matineux*

aux pentes douces d’hiver et de morue fraîche

 

4

 

Parce que mon beau pays aux hautes

rives de sésame où fument de noirceurs adolescentes

la flêche[9] de mon sang aux bons sentiments – s’était,

armoire, ouvert en pleine extase de machines hydrau-

liques, de larmes chaudes, de témoins irrécusables

et de marchés grossis par les crues d’automne.

 

5

O retour, ô paupières merveilleuses et parmi mille choses

siluriennes*, quand les gratte-ciel se couchent sur le

flanc comme de grands paquebots ou des femmes, trier mon

cœur âgé jailli du marais, une fleur une fleur à chaque oreillette :

il n’y aura plus de rois aveugles, mots, morts, désirs

pourris, ivresses perdues aux sables. Une absence de lambeaux

jouant la carte des naissances égales préface la voix enrouée

des saisons : tendresse.

6

Mais qui m’a mené ici ? quel crime ?

Pèlerin… pèlerin…. Lyddite*, cheddite*, pèlerin des dynamites

Je maudis l’impuissance qui m’immobilise

dans le réseau arachnéen des lignes de ma main car dans

les replis d’une cervelle béate se lovent amoureusement

trois dents d’ivoire et des yeux caressants.

Des éclairs. Des feux. Et ce doux rire de la lumière. Ma vie, elle aussi :

Ce train qui s’élance avec la tranquille furie des rivières

Pierreuses par les journées étincelantes.

Fosse aux ours ! fosse aux ours ! à l’heure sans faute de l’acide

carbonique

Un midi ténébreux. La tige éblouissante du silence.

Les surfaces isolantes disparurent.

Fenêtres du marécage fleurissez ah ! fleurissez

sur le coi* de la nuit pour Suzanne Césaire

de papillons sonores

Nous gonflerons nos voiles océanes,

vers l’élan retrouvé des pampas et des pierres

et nous chanterons aux basses eaux inépuisablement

la chanson de l’aurore.

 

7

 

O Chimborazo* violent,

prendre aux cheveux la tête du soleil

 

Début du tapuscrit 9

 

36 flûtes n’insensibiliseront point les mains d’arbre à pain

de mon désir de ponts de cheveux sur l’abîme

de bras de pluie de miroirs de nuits

de chèvres aux yeux de fleurs remontant les abîmes sans rampe

de sang bien frais de voilures au fond du volcan des lentes

termitières.

 

8

Et les collines soulevèrent de leurs épaules grêles,

de leurs épaules sans paille, de leurs épaules d’eau jaune,

de terre noire, de nénuphar torrentiel, la poitrine

trois fois horrible du ciel tenace.

Au rond-point des Trois flammes dans le sproum* du désespoir

Des eaux se poignardèrent. L’eau n’était plus l’eau.

Le ciel n’était plus le ciel.

Et le ciel s’écroula….

 

CALCINATION

 

Reine du vent fondu

– au cœur des fortes paix –

gravier, brouhaha d’hier

reine du vent fondu mais tenace mémoire

c’est une épaule qui se gonfle

c’est une main qui se desserre

c’est une enfant qui tapote les joues de son sommeil

c’est une eau qui lèche ses babines d’eau

vers les fruits de  noyés succulents,

gravier, brouhaha d’hier, reine du vent fondu….

 

Essaim dur. Guerriers ivres ô mandibules caïnites*

éblouissements rampants, paradisiaques thaumalées*

jets, croisements, brûlements brûlements et dépouillements

ô poulpe

crachats des rayonnements

pollen secrêtement[10] bavant les quatre points cardinaux

moi, moi seul, flottille nolisée*

m’agrippant à moi-même

dans l’effarade et l’effrayante gueulée vermiculaire

 

Seul et nu

 

Les messages d’atome frappent à même et d’incroyables

baisers gargouillent leurs errances qui se délitent

et des vagissements et des agonisements comme des lys

perfides éclatant dans la rosace de l’ensablement et la farouche occultation des solitudes.

 

La fin ! Quelle sottise !

mes pieds vont le vermineux* cheminement

 

 

Début du tapuscrit 10 :

 

Plante !

Mes membres ligneux conduisent d’étranges sèves,

Plante ! Plante !

 

Le vieil esprit de la terre passe…

 

Et je dis

et ma parole est paix

et je dis  et ma parole est terre

et je dis

et

la Joie

éclate dans le soleil nouveau !

et je dis :

par de savantes herbes le temps glisse

Les branches picoraient une paix surréelle

et la terre respire sous la gaze des brumes.

et la terre s’étira. Il y eut un craquement

à ses épaules nouées. Il y eut dans ses veines

un pétillement de feu.

Son sommeil pelait comme un goyavier d’août

 

sur de vierges îles assoifées[11] de lumière

et la terre accroupie dans ses cheveux

d’eau vive

Au fond de ses yeux attendit les étoiles…

« Dors, ma cruauté », pensai-je

 

L’oreille collée au sol, j’entendis

passer Demain

 

10

MIROIR FERTILE

C’est bon

Je veux un soleil plus brillant et de plus pures étoiles !

 

Je m’ébroue en une mouvance d’images

de souvenirs néritiques, de possibles

en suspension, de tendances – larves,

d’obscurs devenirs ;

les habitudes font à la vase liquide

de trainantes[12] algues – mauvaisement, des fleurs éclatent.

 

On enfonce, on enfonce comme dans

Une musique.

 

Radiolaires*

 

Nous dérivons à travers votre sacrifice

 

Refoulements enfouis ! désirs, désirs,

processionnels désirs !

 

D’un dodelinement de la vague, je saute

ancestral aux branches de ma

 

Début du tapuscrit 11 :

 

végétation.

Je m’égare aux complications fructueuses.

je nage aux vaisseaux

je plonge aux écluses

 

Où, où, où vrombissent les hyènes

fienteuses du désespoir ?

 

Non. Toujours ici torrentueuses

cascadent les paroles.

 

Silence

Silence par delà les rampes

sanguinolentes.

 

par cette grisaille et cette

calcination inouïe

 

Enfin, lui, ce vent des méplats*, bonheur,

le silence

 

Mon cerveau meurt dans une illumination

avec de fumantes aigrettes d’or fauve,

un bourrelet tiédi de circonvolutions par

un ricanement de palmes strié

fond

une titillation duvetée nage, nage, nage,

Brindilles, forêt, lac

aérienne une biche.

 

Oh ! un vide d’incendie. Tortures,

 

Où où  où

vrombissent les hyènes fienteuses du désespoir ?

 

Renversé sur ma lassitude,

à travers la gaze, des bouffées tièdes

irradient mon inexistence fluide

une saveur meurt à ma lèvre

une flèche file, je ne sais pas.

 

Frisson. Tout le vécu pétarade avec des

reprises.

 

 

Les bruits se donnent la main et s’embrassent

par-dessus moi.

j’attends. Je n’attends plus.

Délire.

 

Néant de jour

Néant de nuit

une attirance douce

à la chair même des choses

éclabousse.

 

Jour nocturne

nuit diurne

qu’exsude

la plénitude

 

 

Début du tapuscrit 12

 

Le dernier des derniers soleils tombe.

 

Ou[13] se couchera-t-il en moi ?

 

A mesure que se poursuit toute chose,

je me suis, je me suis  élargi – comme le monde –

et ma conscience plus large que la mer !

Dernier soleil.

J’éclate. Je suis le feu, je suis la mer. Le

monde se défait. Mais je suis le monde !

 

La fin, la fin disions-nous.

 

Quelle sottise ! Une paix proliférante

d’obscures plaisances. Branchies, opacules,*

palmes, syrinx*, pennes*. Il me pousse

invisibles et instants par tout le corps,

secrêtement[14] exigés, des sens,

 

Et nous voici pris enfin dans le sacre tourbillonnant

Ruissellement primordial

Au recommencement de tout.

 

La sérénité découpe l’attente en prodigieux

Cactus.

 

Tout le possible sous la main. Rien d’exclu.

Le monde véritablement pour la première

fois total

 

Et je pousse, moi, l’Homme

stéatopyge* assis

 

en mes yeux des reflets de marais, de honte, d’acquiescement

– pas un pli d’air ne bougeant

aux échancrures de ses membres –

sur les épines séculaires,

 

Je pousse, comme une plante

sans remords  et sans gauchissement

vers les heures dénouées du jour

 

pur et sûr comme une plante

sans crucifiement

vers les heures dénouées du soir !

 

 

II

LE GRAND MIDI

 

Seul et nu !

 

Les messages d’atome frappent à même et d’incroyables baisers

gargouillant leurs errances qui se délitent et des vagissements

et des agonisements comme des lys perfides éclatant dans la

rosace et l’ensablement de leur farouche occultation

des solitudes

 

 

Début du tapuscrit 13 :

 

 

Je bourlingue[15] à travers les mystérieux rouissements, les atolls

enroulés, les têtards à face de molosse, les levures réticentes

et les délires de tonnerre bas et la tempête sacrée des chromosomes

 

gorge tendue, tête levée et l’épouvante première et les délices

secrets incendiant dans son crâne des frénésies d’or, gorge tendue,

tête levée, à travers les patiences, les attentes, les montées,

les girations, les métamorphoses, les coalescences l’écaillement

ictérique* des paysages futurs, gorge lourde, tête levée, tel un nageur

têtu à travers les pluvieuses mitraillades de l’ombre à travers le

trémail* virevoltant du ciel

à travers le ressac

et l’embrun pépiant neuf

à travers le pertuis désemparé des epurs

tête levée

sous le pavois

dans le frisselis des naissances et des aubes !….

 

Le sang du monde une lèvre salée

vertement à mon oreille aigüe[16]

sanglote

gréé de foudres

ses fenaisons marines

 

Ô embrassements sans portulan*

Qu’importe ?

Jaillissant palmier

 

fontaine irrésistible, ombelle*,

ma

hourde

lourde

écrase

la vase

avance

et

monte

Ah cîme[17] ! demain flexible,

virgule d’eau, une hourde* lourde sans chamulque*, à contre-filet

écrase la cîme fine qui s’amenuise.

 

Écume

 

Je ne cherche plus : j’ai trouvé !

 

L’amour s’accroche aux branches

L’amour perce les narines du soleil ; l’amour d’une dent bleue

Happe la blanche mer.

je suis la colonne du matin terrassé

 

 

Début du tapuscrit  14 :

 

je suis la flamme juste de l’écorce brûlée ;

dans le bocage de mes cinq doigts toute la forêt debout rougit,

oui, rougit au dessus des abimes les cent mille pointes

des danses impavides.

Large ah ! plus large ! disperser au carrefour de mes reins

les cavaleries frappées d’amour !

broutantes fongosités* l’abime a soufflé la bulle

vivante des collines

broutantes fongosités

élan assassiné

ne partirez-vous point ?

Suivrais-je déjà les lourds chemins bis des pluies et des coxalgies* ?

Mon amour sans pourquoi fait une roue de serpent tiède

mon amour sans pourquoi fait un tour de soleil blanc

mon amour aux entrailles de temps dans une désolation brusque

de sauge et de glaucome gratte sabot inquiet le bombax* de la

savane sourde

 

M’avancerais-je caressé déjà de soleil pâle vers les ciels où

mes crimes et les longs effilochements d’herbes de mes enfers

colonisés luiront comme des oreilles trépassées dans la caverne

des Requiems *?

 

Ô oiseau du soleil aux durs becs renaissants

Fraternel minuit,

seul estuaire où bouillir ma darne* indifférence

 

J’entends le souffle des aralies*

la creuse lumière des plages

le tisonnement des soleils marins, et les silences

 

et les soirs chevelus aux ricanements noueux

et sur la clapotante batterie des grenouilles l’âcre persévérance

nocturne !

 

Qui fêle ma joie ? Qui soupire vers le jour ? Qui conspire

sur la tour ?

Mon sang miaule

des cloches tintent dans mes genoux

Ô l’aptère* marche de l’homme dans le sable hérissée.

Demain ? mais déjà cet aujourd’hui me fuit, s’effondre, muette

divinité que gorge

une lasse noyade à travers la bonace* !

– Lâche, lâche soupir ! et ceinturant la nucelle de son

Gargouillement, la mort, l’autre mort, lambruche* aigre et vivace !

misère.

Ah ! je défaille, ce son ! Il entre par mes talons, râcle mes os,

étoile rose et gris parmi le bouillonnement de mon crâne.

Arrête ! j’avoue, j’avoue tout. Je ne suis pas un Dieu. Cicindelle* !

Cicindelle ! Cicindelle !

Lumière Ah ! pourquoi ce refus ?

Quel ruissellement de sang !

Sur ma face.

 

Début du tapuscrit 15 :

 

En épaisse glu le long de mes épaules !

Ma décrépitude à genoux sanglote éperdûment[18]

 

Ding !

Dong !

 

D’incroyables sorties se précipitent ! sur des biseaux de voie

lactée

je vise le 9 qui démarre en fusée,

j’accroche la fleur foudroyée en oiseau, j’incendie en mille et une cloches inefficaces

le puissant tocsin de mes neuves salives

 

Tiédeur.

Souffle vireux*. Morsures, caïeu* sanglant à travers les nécroses*…

Quelque part dans le monde un tam-tam bat ma défaite,

Des tiges de lumière brute sous les machettes et dans le

dérèglement tombent.

Le soleil de la 116e rue*  en d’étranges bourbiers où soufflent

les silicoses, éclôt dans mon sang la seérénade des vers.

 

Arums d’amour

 

Me bercerez-vous plus docile que l’agami*

 

mes lèpres et mes ennuis ?

 

Tam-tams de sang

Papayers de l’ombre

Mumbo-jumbo dur tipoyeur

Kolikombo dur tipoyeur

Kolikombo goutte de nuit au cœur jaune de pens ée

Kolikombo aux larges yeux de cassave claire

Kolikombo milan* de feu tassé dans l’oreille des années,

Kolikombo

Kolikombo

Kolikombo

dans les tourbillonnnants beuglements des cécropies*….

 

Un panache de monde

tranquillement s’installe et parfile* la pariade* métallique

dans ce boulottement d’incendie. Pluie !

(je ne comprends pas car je n’ai point expédié mes messages

pariétaux*)[19]

pluie pluie pluie

 

Début du tapuscrit 16 :

 

éclatant parmi moi ses épaules électriques.

– Enos ! Toute ma vie, trouverais-je aux statiques carrefours

foisonnant aux mains pâles des tremblements et des silences, ta

monarchie nocturne et ta paix violacée ?

 

Arrière ! je suis debout ; mon pied hihane* vers de moins plats

!pays

Je marcherai plein d’une dernière et plantureuse ivresse mon

or et mes sanglots dans mon poing couché contre mon cœur !

 

En avant par la gauche où bat en ma chair plus cruelle que

l’érigne* la nénie* suduleuse* – attendre

maléfiquement cornant par mon couchant sonore le

bouillonnement de sang et l’oreille fermée et le cœur mieux

clos qu’une sagaie, jeter l’ancre de mes ongles nets dans la

pouture* du jour

 

Attendre ? pourquoi attendre ?

le palmier à travers ses doigts s’évade comme un remords et

voici le martèlement et voici le piétinement et voici le souffle

vertigineux de la négation sur ma face de steppe et de toundra !

 

je pars. je n’arriverai point. C’est égal, mais je pars sur

la route des arrivées avec mon rire prognathe*.

 

je pars. le trisme* du désespoir ne déforme point ma

bouche. Tant pis pour les corbeaux : très loin jouent les pibrochs*.

 

je pars, je pars. Mer sans ailleursn ô recreux* sans départ

je vous dis que je pars : dans la clarté aréneuse*, vers mon

 

hostie vivace, se cambrent des centaures.

 

Je pars. le vent d’un museau dur fouine dans ma patience.

Ô terre grasse de cimaise* dénuée

terre grasse gorgée d’eau lourde

votre jour est un chien qui jappe après une ombre.

 

Adieu

 

Début du tapuscrit 17 :

 

Quand la terre acagnardée scalpera le soleil

dans la mer violette vous trouverez mon œil fumant comme

un tison.

 

Fournaise, rude tendresse

salut !

 

les étoiles pourrissent dans les maris du ciel

mais j’avance plus sûr et plus secret et plus terrible

que l’étoile pourrissante.

Ô vol courbe de mes pas !

posez-vous dans la forêt ardente.

 

Et déjà les bossettes de mon front et la rose de mon pouls

catapultent le Grand Midi.

 

AIMÉ  CÉSAIRE


12

CONQUÊTE  DE  L’AUBE

Nous mourons notre mort dans les forêts d’eucalyptus géants

dorlotant des échouages de paquebots saugrenus*

 

dans le pays où croître

drosera* irrespirable

pâturant aux embouchures des clartés somnambules

ivre

très ivre guirlande arrachant démonstrativement

nos pétales sonores

dans la pluie campanulaire* de sang bleu,

 

Nous mourons

avec des regards croissant en amours extatiques dans des salles*

vermoulues, sans parole de barrage dans nos poches, comme une

île qui sombre dans l’explosion brumeuse de ses polypes – le soir,

 

Nous mourons parmi les substances vivantes renflées anecdotiquement

de préméditations arborisées qui seulement se feuillent de voix d’en-

fant, qui seulement rampent au large des paupières dans la marche

percée des sacrés myriapodes des larmes silencieuses,

 

Nous mourons d’une mort blanche fleurissant de mosquées son poitrail

d’absence splendide où l’araignée de perles salive son ardente

mélancolie – de monère* convulsive

 

dans l’inénarrable conversion de la Fin.

 

Merveilleuse mort de rien.

 

Une écluse alimentée aux sources les plus secrètes de  l’arbre du

voyageur s’évase en croupe de gazelle inattentive

 

 

Début du tapuscrit 18 :

 

Merveilleuse mort de rien

 

Les sourires échappés au lasso des complaisances

écoulent sans prix les bijoux de leur enfance

au plus fort de la foire des sensitives* en tablier d’ange*

dans la saison liminaire de ma voix

sur la pente douce de ma voix

à tue-tête

pour s’endormir.

 

Le jour ne dédie plus son jour

Le jour simplement pond un œuf de jour dans l’œsophage des

clématites* ignorantes du jour brûleur de sucre

oblique aux droites encolures

 

merveilleuse mort de rien

 

Ah ! l’aigrette déposée des orgueils puérils

les tendresses devinées

voici aux portes plus polies que les genoux de la prostitution –

le château des rosées – mon rêve

où j’adore

du dessèchement des cœurs inutiles

 

(sur le triangle orchidal qui saigne violent comme le silence des

basses terres aux vendredis orphelins de la pierre et du vide)

 

jaillir

 

dans une gloire de trompettes libres de l’écorce écarlate

 

Cœur non crémeux, dérobant à la voix large des précipices

d’incendiaires et capiteux tumultes de cavalcade !

 

Une femme d’où surgie de moi-même inexplicablement éveillée

s’assied au rebord de moi-même

 

dans le nuage de ses cils

avec des poses de nuage

son regard creusé de vallées insensibles, son regard connu et

inconnu, son regard de forêt et de lune

dans une horreur d’inattention limpide

voit

 

tant pis.

 

Je me promène parmi cet impartial et très inutile regard coupé

de rides d’eau sans affluent et sans but

 

Tant pis.

 

Je lave les fraises aux halliers hasardeux de ce regard qui voit.

 

Une femme, pourquoi une femme ?

au rebord de moi-même

son imprévoyance parcourue me mène sans encombre

au cœur ouvert du côté des explosions

oublieusement

au cœur dessinant un nom doux à décapiter une fleur

 

Notre sœur très sincère

 

Début du tapuscrit 19 :

 

C’est Elle

 

Cœur très clair

 

Croisée de mille mers

 

Moi aux abois

C’est Toi.

 

Parfait. je m’éveille je m’éveille

mais c’est que je suis furieusement éveillé

Debout ! debout ! Ton sang, tes océans, tes foules !

 

Tes cheveux ont l’odeur plurielle du frangipanier brûlé les jours

de pluie et l’exquise solitude de tes jambes fait plus tremblante

la plaine querelleuse.

 

bambous scalpés

lances épiphytes*

 

je m’avance

et les doutes et les pitiés et les mensonges se déprenant du cam-

pement massif des composts s’élèvent en bûchers tendres

 

vers tes cils de cristal fleuri

 

Je m’avance

Je n’ai pas peur de la lave amoncelée au lit de ce cœur qui n’est plus

 

que mon cœur

 

Et je sens du plus profond de la houle ultra-violette de mes

naufrages où convergent les canaux de mes faux départs

et mon cœur de verdure

vers tes mains de morne rouge

vers tes mains de bouche vive

vers tes mains de jardin fleuri

et tes doigts de clef polie.

 

Réveil. Maison hantée

 

Pluie d’été saccagée des purs cris de la terre

où les broméliacées aux ruses ophidiennes

défient les implorations.

 

Le massacre ! le seuil, le dernier, l’indispensable

mantes , mayas*, gongyles*, phasmes*, renoncules*

la mort

la mort des infidèles

– celle qui épargne les paramécies –

comme une incursion du brouillard

coule dans les vallées aux charmes mulatresses.[20]

 

Arrêtez ! vous ne l’aurez pas !

 

Mais qui parle de me prendre mon enfance !

Réflexe vieux

 

Mon enfance est à moi –

 

Allons –

 

Début du tapuscrit 20 :

 

Mon enfance sur les barricades diurnes que la nuit même ne

saurait renverser – respire

 

Mon enfance dans l’œil large aux abandons de lactose – rit

 

Mon enfance

 

belle selon les masques et les sagaies et les pygargues* et les

tornades et les lunes frénétiques plonge loin des toussaints

aux froides entournures.

AIMÉ  CÉSAIRE

  (extraits inédits du Grand Midi.

Fort-de-France,

 Martinique)

 

GLOSSAIRE[21]

 

acagnardé :dDu vieux français, cagnard ; mot qui dérive de l’italien cagna, sens péjoratif du mot chienne. Acagnardé, habitué à paresser. Au XVIe siècle on appelait cagnards des gueux qui, l’été, logeaient sous les ponts. Acagnarder c’est donc habituer quelqu’un à imiter des cagnards, c’est-à-dire vivre dans l’abandon et l’oisiveté – du verbe provençal acanarda, imiter les canards paresseux, vivant dans la fange – accoutumer quelqu’un à une vie molle et libertine – rendre mou, lâche, indifférent.

aptère : Du grec pteron, aile. Aptère, privé d’ailes.

aralie : Botanique : Arbre ou plante grimpante de la famille des clusiacées (Aralia capitata) aux fleurs et ombelles ressemblant au lierre. En Martinique et en Guadeloupe, l’aralie est encore appelée figuier maudit marron.

Mythologie vaudou : L’aralie appartient au dieu Shangó (voir ce nom) Elle a le pouvoir d’éloigner les tornades et protège de la foudre et des décharges électriques. On fait un feu dans la forêt ou à côté des maisons avec le bois d’aralie pour empêcher la foudre de tomber.

Aréneuse : du latin arena, sable ; sablonneux.

bombax : Arbre fromager (Bombax ceiba) (voir Ceiba) Ses fleurs sèches ont un parfum agréable et des propriétés adoucissantes de la peau.

borborygme  : du grec borborugmos, je fais un bruit sourd ;  gargouillement produit par les bulles gazeuses dans les liquides du tube digestif.

bourlingue : du verbe bourlinguer, terme de marine, avancer péniblement contre le vent et la mer, en tanguant et en roulant.

broméliacée : Plante monocotylédone, du type de l’ananas. Les plantations d’ananas se développent dans la partie nord de la Martinique … ruses ophidiennes… Ces plantations, comme les plantations de canne à sucre, abritent des serpents trigonocéphales dangereux, d’où les précautions à prendre lors de la cueillette.

caïeu : Botanique : mot normand dérivant de cael, du latin catellus, petit chien, signifiant rejeton. Bulbe accessoire sur le côté du bulbe principal d’une plante. Un bulbe peut former plusieurs caïeux.

caïnite : Membres d’une secte agnostique apparue vers l’an 159 après J.C. siècle qui vénérait Caïn et les Sodomites. Ils possédaient un Évangile qu’ils attribuaient à Judas.

caroncules : du latin caruncula, de caro, petit morceau de chair. Crête charnue érectile, rouge, dépourvue de plumes, sur la tête et le cou du dindon ou du paon.

caye : Mot antillais : rochers affleurant le niveau de la mer ; désigne en français des îles, des récifs à fleur d’eau. Vient de “ Cairi ”, qui signifie île dans la langue des Taïnos des grandes Antilles.

Mot créole qui désigne  une maison. « vol de cayes de mancenilliers de galets de ruisseau » Aimé Césaire définit ainsi cette image : « vol de cayes : vol de l’oiseau car les cayes  (rochers) ressemblent à de gros oiseaux qui planent dans la mer »

116ème rue : rue de New York habitée par une importante colonie sénégalaise.

chamulque : Du grec, chamulkos, de chamai, à terre, et elao, je traîne. Dans l’Antiquité, sorte de baquet dont on se servait pour transporter des fardeaux très lourds.

chimborazo : Volcan des Andes de l’Équateur.

cicindelle : Zoologie : nom féminin – du latin cicindela, ver luisant ; s’écrit aussi cicindèle. Coléoptère carnassier aux élytres verts et jaune clair, chasseur actif à l’état larvaire et à l’âge adulte. Ce très bel insecte, la cincindèle exerce une véritable fascination sur les esprits avertis.

cinabre : sulfure de mercure, de couleur rouge.

 clématite : belle plante aux fleurs ornementales blanches ou rouges et aux fruits couverts d’aigrettes soyeuses et nacrées. C’est une plante toxique, corrosive : elle est âcre et irritante. En effet, les feuilles de clématite écrasées et étalées sur la peau provoquent des vésications et des ulcères. Cette mixture, appelée “ herbe des gueux”, était autrefois utilisée par les mendiants pour créer des plaies cutanées, appelant ainsi la compassion. Mâcher cette plante, provoque des sensations de brûlure intense de l’œsophage et de l’estomac.

coxalgie : Pathologie – Lésion douloureuse de l’articulation coxo-fémorale de la hanche.

drosera : Botanique : du grec droseros, rosée humide. Plante carnivore qui croît dans les nappes d’eau et qui capture les insectes qu’elle digère par l’action de ses sucs enzymatiques.

effarade : État d’une personne effarée, rendue sauvage, effarouchée.

éozoon : Archéobiologie : du grec eos aurore, et zoon, animal. Organisme fossile énigmatique, foraminifère fossile, découvert dans les terrains de Laurentides canadiennes. Énigme scientifique qui divise les savants car considéré comme un animal par les uns et par d’autres, comme un minéral. Ce foraminifère montrerait que la vie existait déjà avant l’ère paléozoïque.

épiphytes : Botanique : du grec epi, sur, et phuton, plante. Plante parasite qui, comme l’algue, le lichen ou l’orchidée, vit sur un support neutre ou une autre plante, sans contact avec le sol.

Autre sens : Entomologie –  Insecte coléoptère, du genre malacoderme, au corps mou et flexible.

érigne : Chirurgie : nom féminin. Instrument de chirurgie. Écarteur dont le nom est une forme altérée du mot araigne, à cause de sa forme qui rappelle l’araignée. On s’en servait autrefois pour l’ablation des amygdales

falun : Minéralogie : du grec falos, clair, luisant, brillant. Roche sédimentaire détritique, friable, blanche, grise ou rougeâtre, composée de débris coquilliers, dont certaines coquilles très bien conservées. Utilisée comme engrais.

floche : Du latin fluxus, frêle, lâche, mou, flasque. Désigne aussi une petite houppe.

flueur : Du latin fluor, fluoris, écoulement. Physiologie : Menstrues, règles, chez la femme. Les flueurs désignent aussi les règles blanches ou leucorrhée.

fongosité : Pathologie : du latin fungus, champignon. Bourgeon charnu se développant dans les plaies ulcérées et caverneuses.

fusée : Terme possédant plusieurs sens aisément accessibles dans les dictionnaires courants : écheveau, liasse de fils, feu d’artifice, pièce d’artillerie, etc. Dans Les pur-sang, le mot fusée est employé dans un contexte sonore : ouïe, crissements, hennissements. La définition pertinente relève de la sonorité musicale aiguë. La fusée est un trait diatonique éclatant, fort rapide qui, en montant et en descendant, unit deux notes séparées par un grand intervalle.

glane : poignée d’épis ramassée dans un champ ; action de glaner, ramasser les épis.

glaucome : Pathologie. Affection oculaire caractérisée par une hypertension des milieux intérieurs de l’œil, pouvant conduire à l’atrophie de la rétine et du nerf optique.

gongyle : D’une racine grecque qui signifie rond. Zoologie : espèce de reptiles sauriens. Botanique : corpuscules reproducteurs globuleux dans l’écorce de la plante.

Gorée : Île côtière du Sénégal, fermant la rade de Dakar – L’un des principaux centres d’où partaient les esclaves vers les côtes d’Amérique et caraïbes.

hihane : Mot dérivé de l’onomatopée hi-han, le braiement de l’âne. Signifie marcher comme un âne, animal endurant, résistant et résigné.

hourde : Terme de fortification : charpente au sommet des tours de défense, des places ou des châteaux. Estrade dressée autour d’un camp où se donnaient les tournois. Désigne aussi une charge lourde : hourder ses hôtes de présents, hourder une troupe d’équipements lourds.

huette : Zoologie : du latin ululare ; nom vulgaire de la hulotte, chouette nocturne des forêts, chat-huant.

hyalin :  qui a la transparence du verre.

ibis :Zoologie : noter que ibis en latin signifie tu iras. Grand oiseau échassier au plumage rouge qui fouille sans cesse le sol marécageux de la mangrove, vivant en grandes colonies, en Guyane notamment. Oiseau sacré des Égyptiens, consacré à la lune, personnification du dieu Thot, vénéré car il détruisait les sauterelles, l’une des sept plaies de l’Égypte.

ictérique : qui à la couleur d’un ictère, c’est-à-dire jaune comme les pigments de la bile.

Kananga : Botanique : Aimé Césaire définit ainsi l’eau de Kananga : « à vrai dire, il aurait mieux valu écrire Cananga ou Canang. C’est un mot malais qui désigne l’énorme odorant dont les fleurs servent à faire un parfum. Cet arbre qui est très beau, pousse également aux Antilles »

Kolikombo : Dans la mythologie des tribus Banda (Oubangui), génie de petite taille, pervers et facétieux évoqué par René Maran dans  Batouala.

lambruche : Botanique : vigne sauvage, dans le midi de la France ; même racine que lambrusco, vin rouge italien, pétillant.

lyddite, cheddite : Lyddite : Explosif à base de sel d’acide picrique. Cheddite : explosif à base de perchlorate.

mangliers : Botanique : Mot espagnol dérivé du caraïbe ; fruit du manglier (Rhizophora mangle), arbre du genre palétuvier qui se développe dans la mangrove, ses rameaux plongeant vers le sol et l’eau et formant un lacis très dense et protecteur où pullulent poissons, crabes et coquillages. Le manglier est le principal composant de la mangrove avec le palétuvier.

matineux : Archaïsme : qui a l’habitude de se lever tôt. Le terme matinal désigne ce qui se lève matin, par hasard et non par habitude. C’est donc à tort que les poètes surtout, emploient le mot matinal pour matineux ; c’est ainsi qu’ils disent le coq matinal, l’hirondelle matinale, etc. (Bescherelle)

Mayas : Peuple indien d’Amérique Centrale.

méplat : qui a plus de largeur que d’épaisseur ; exemple le méplat de la joue.

mitose : Biologie : du grec mitos, filament. Processus de division cellulaire au cours duquel les chromosomes prennent une forme filamenteuse avant de se scinder en deux.

mitte : Nom féminin. Mot ancien qui désigne la vapeur âcre qu’exhalent les fosses d’aisance. Désigne également l’irritation oculaire, le mal d’yeux provoqués par ces vapeurs – Métrologie : ancienne mesure dont on se servait pour mesurer le sel et le blé. Nom d’une ancienne monnaie.

Ce mot écrit correctement dans la version Tropiques du poème Le Grand Midi, subit une erreur de transcription, mite, dans l’édition Gallimard 1946 des Armes miraculeuses, erreur reproduite dans les éditions ultérieures.

monère : Dans l’Antiquité, vaisseau n’ayant qu’une seule rangée de rames. Biologie : Du grec monêrês, simple : organisme monocellulaire du genre amibe, avec un protoplasme dépourvu d’enveloppe et de noyau : la monère primitive.

Mumbo-jumbo : Plusieurs sens dérivés : Divinité de la mythologie du Congo « Faites attention à ce que votre main fera / Autrement Mumbo-Jumbo, le Dieu du Congo, vous envoûtera » Poème de Vacel Lindsay, in  Jean-Claude Bajeux, Antilia retrouvée, Éditions caribéennes, 1983, p.242. Chez les peuplades Mandika (Mandingues), le mumbo-jumbo désigne les atours rituels que les hommes revêtent lors des séances de conciliation pour résoudre les conflits domestiques. Autre sens : Nom donné par les colonisateurs britanniques aux idoles jugées grotesques adorées par les tribus africaines – ce mot désigne l’objet d’une vénération superstitieuse. Il dériverait

de l’expression mandingue ma-ma-gyo-mbo désignant les atours rituels que les hommes revêtent lors des séances de conciliation pour résoudre les conflits domestiques. – autre sens : Mumbo-jumbo, mot africain, serait

une corruption du mot de bienvenue, en swahili : Mambo jambo – Terme argotique, en anglais, signifiant mots obscurs, inintelligibles, charabia, baragouin

myéline : Biologie : du grec muelos, moelle. Substance lipidique formant la gaine qui enveloppe les nerfs (gaine de myéline).

nénie :Nom féminin pluriel. En mythologie romaine, déesses des funérailles que l’on commençait à honorer au début de l’agonie et qui présidaient aux chants funèbres en l’honneur des morts. Les nénies étaient chantées d’une voix de lamentation, au son des flûtes, par des femmes louées pour cet office. Plus tard, on entendait par ce nom, un chant dont les nourrices se servaient pour bercer ou endormir les enfants (Bescherelle).

néritique : Géologie : du grec neritês, coquillage de mer. Terme de géologie qui désigne des sédiments marins (galets, graviers, sable) qui s’accumulent sur le plateau continental océanique – Zoologie : La nérite est un coquillage mollusque gastéropode à coquille semi-globuleuse fermée par un opercule.

néroli : Chimie : Essence d’oranger, du nom d’Anne-Marie de la Trémoille, femme de Flavio Orsini, prince de Nerola, qui adopta ce parfum.

nidoreux : De nidor, du latin nidorus : odeur de chair brûlée. Le nidor définit une odeur de pourriture, d’œufs couvés, de matière organique brûlée.

nolisée :De l’italien noleggiare, de nolo affrètement ; du latin naulum, frais de transport. Mot synonyme d’affrété, chartérisé.

nopal : Botanique : Mot espagnol venant de l’aztèque nopalli. Plante cactacée d’Amérique (Euphorbia lactea), encore appelée opuntia ou oponce (de la ville d’Oponte en Locride) ; figuier de barbarie dont les fruits sont comestibles (voir le mot euphorbe) Une espèce de nopal du Mexique nourrit la cochenille et donne une teinture rouge.

nucelle : Botanique : du latin nucella, diminutif de nux, noix. Nucelle, petite noix. Partie de l’ovule des plantes qui enveloppe le sac embryonnaire.

ombelle : botanique – inflorescence avec les pédicules qui prennent tous naissance autour du même plan de la tige et se développent en divergeant.

opacule :  Biologie : du latin opacus, sombre, opaque. Mot employé comme adjectif pour qualifier les branchies des poissons qui sont operculées (du latin operculum, couvercle, opercule), c’est-à-dire recouvertes par les fentes branchiales.

Ouidah : Port du Bénin, à l’ouest de Cotonou. Jusqu’en 1961, enclave portugaise jusqu’en 1961.

parfile : Défaire fil à fil afin de récupérer les fils d’or et d’argent.

pariade : Rassemblement des animaux par couples, en prélude à l’accouplement sexuel. Autre sens : la pariade désignait le viol collectif d’une femme par les marins, sur un bateau d’esclaves. Toutes les grossesse qui en résultaient étaient considérées comme une plus-value.

pariétaux, pariétal : qui a rapport à la paroi, exemple l’os pariétal, os de la paroi latérale du crâne.

penne : Zoophytologie : Espèce de zoophyte, polypier libre appelé plume de mer, penne marine ou pennacule.

pibroch : air de cornemuse d’Écosse.

phasme : Insecte au corps allongé, doué de mimétisme et  imitant  la forme des tiges sur lesquelles il se pose

portulan : Livre qui contient le gisement des ports de mer et des côtes, l’indication des courants et des marées, des heures de pleine mer, des heures de pleine et de nouvelle lune.

pouture : du latin pultis, bouillie de céréale. Mode d’engraissement des bestiaux avec des graines farineuses.

pygargue : Zoologie : du grec pugargos, qui a les fesses blanches. Grand rapace diurne, falco albicaudus, (en Europe, s’appelle l’orfraie) qui se nourrit de poissons et de charogne.

radiolaire : Zoologie : de radiolus, petit rayon –  Prorozoaire du plancton doté d’un squelette silicieux à symétrie axiale.

recreux : Cavité, renfoncement

rêche : âpre au goût, rude au toucher.

renoncule : Botanique : du latin ranunculus, petite grenouille. Herbe vivace, aux fleurs jaunes, blanches ou rouges, aux fruits munis d’un bec crochu. Plante vénéneuse ; la renoncule aquatique, encore appelée grenouillette, contient un poison violent, utilisée autrefois à la place de la mouche cantharide, pour ses propriétés  rubéfiantes ou vésicantes. Les renoncules avaient la propriété d’exciter le rire spasmodique, le rire sardonique.                                                                                  

Requiems : Outre le sens de prière des Trépassés, ce mot désigne le requin, car, selon l’expression familière des marins, « qui voit un requin voit son Requiem ». « On rencontrait surtout le requin franc ou Requiem (Dutertre) qui abonde à Cayenne… »

rescrit : Archaïsme : Vieux mot français dérivant du latin impérial rescriptum, de scribere, écrire. Réponse de l’empereur aux questions posées par les gouverneurs, les juges, les citoyens, en cas de contentieux. Réponse du Pape sur des questions de théologie pour servir de décision ou de bulle.

rhizulent : Botanique : du grec rhiza, racine. Rhizule, petite racine ; se dit notamment des racines de champignons (le rhizome).

rifle : archaïsme : ancienne forme du verbe rafler qui signifie déchirer en frottant, érafler, écorcher, arracher, raboter (d’où dérive le mot riflard, grosse lime pour dégrossir les métaux).

Autres sens archaïques : se quereller, se battre avec acharnement, piller, ravager, frapper, tuer.

– manger avidement, goulûment – Gale de lèpre ; rifleur : couvert de gale.

rouissement : ou rouissage ; action de rouir, isoler les fibres textiles comme le lin et le chanvre, pour le tissage.

saburre : Pathologie : du latin saburra, gravier. Les saburres sont des enduits blanchâtres composés de cellules desquamées, de filaments mycéliens, de microbes et de particules alimentaires qui s’accumulent au cours des fièvres et des troubles digestifs.

Saint-Pierre : Commune du nord de la Martinique, détruite par l’éruption de la Montagne Pélée, le 8 mai 1902 – Zoologie : Poisson comestible des côtes de France (Zeus faber), encore appelé poule de mer, au corps en forme de disque aplati, qui nage couché sur un côté ; dénommé Saint Pierre, à cause de la tache ronde de ses flancs qui serait la marque du pouce de l’apôtre.

salle : Archaïsme : le mot salle désignait, en français ancien un lieu planté de grands arbres, de verdures, de charmilles ; une salle de chênes, de saules, de marronniers, etc.

saquée : Archaïsme : Vieux mot français, le verbe saquer veut dire tirer violemment, traîner avec effort et soubresaut.

scorpène : Zoologie : nom féminin. Poisson de mer côtier, encore appelé rascasse ou scorpion de mer à cause de ses épines venimeuses. La scorpène est un poisson hideux à l’aspect inquiétant dont le  corps est hérissé de barbillons et d’aiguillons, comme la scorpène horible (scorpœna horrida)

sensitive : Botanique : Plante, encore appelée mimeuse pudique (Mimosa pudica) cas les feuilles se replient au moindre contact. La sensitive présente le sommeil végétal. Le soir, elle rapproche ses folioles, les incline, replie ses pétioles, relève feuilles et tigelles. Les narcotiques endorment les sensitives. Zhèbe moin misé.

Siloé : Source intermittente d’eau vive de l’ancienne Palestine qui alimentait les piscines ; rendue célèbre par le miracle de l’aveugle-né à qui Jésus rendit la vue.

silurienne : Géologie : Période archéologique paléozoïque. Nom dérivé des Silures, habitants d’une région de l’Angleterre où ces formations géologiques furent étudiées. Zoologie : Le nom du poisson silure dérive du latin silurus (du grec silouros)

sproum : Terme d’argot familier – désigne le scandale, l’esclandre, le bruit, le tapage, la colère, la révolte.

stéatopyge : Anatomie : du grec steatos, graisse et pugê, fesse. Caractère anatomique des fesses grasses et rebondies, voire hypertrophiées, dans l’espèce humaine

suduleuse : Terme non identifié. Néologisme probable ; mot-valise composé de la racine latine sudor, sueur, sudation et du suffixe – leuse, que l’on retrouve dans les termes médicaux papuleuse, vésiculeuse. Une affection cutanée, le sudamina, est caractérisée par une éruption sudorale avec des formes vésiculeuses et papuleuses, remplies de liquide séreux clair et transparent. Le sudamina se voit dans certaines maladies infectieuses, comme la fièvre typhoïde, avec production excessive de sueur (suette miliaire) : sudor + papuleuse (ou vésiculeuse) = suduleuse.

syrinx : Du latin syrinx, roseau. Ce mot possède plusieurs sens. Mythologie : Nymphe d’Arcadie qui fut transformée en roseau alors qu’elle fuyait les poursuites amoureuses de Pan. Syrinx était aussi le dieu des bergers, à la forme humaine et animale, à la fois, satyre doué d’une débordante activité sexuelle. Zoologie : nom générique d’une espèce de siponcle, zoophyte caractérisé par un corps allongé, cylindrique, nu. Les siponcles constituent un mets très recherché en cuisine chinoise. Ce dernier sens, le syrinx animal marin, est cohérent avec la connotation marine de ce passage du poème.

tablier d’ange : Anthropologie : Les anthropologues africanistes désignent sous le nom de tablier d’ange la particularité anatomique observée chez les femmes hottentotes, caractérisée par un extraordinaire développement des petites lèvres vulvaires qui finissent par ressembler à des pans de tablier.En Europe, le tablier d’ange désigne le sac de toile suspendu sous le ventre des béliers pour les empêcher de saillir les brebis.

thaumalée : Zoologie : du grec thaumaleos, admirable. Oiseau encore appelé chrysolophe, faisan à collerette, élevé pour la beauté de son plumage. Désigne aussi un oiseau-mouche, porteur d’une aigrette dorée.

tipoyeur : Mot africain (Rwanda, Congo) désignant un porteur de tipoye. La tipoye est un hamac fixé à une ou deux tiges de bambou, porté par deux ou quatre hommes. Utilisé à l’époque coloniale pour transporter les notables ;  sert actuellement au transport des blessés et des malades.

tisonnement :action de tisonner, c’est-à-dire remuer les tisons et la braise.

trisme : Pathologie : terme médical, encore appelé  trismus ; du grec trismos, de trizein, grincer.Contracture des muscles masséters, muscles de la mâchoire, qui provoque un rictus ; symptôme apparaissant dans la méningite ou le tétanos.

trémulement : Tremblement à secousses fines et rapide – se voit dans certaines maladies comme la maladie de Parkinson.

vermiculaire : qui a la forme d’un ver.

vétiver : Botanique : mot d’origine tamoul, vettivern ; graminée de l’Inde, de la Réunion, des Philippines dont la racine odorante est employée en parfumerie.

vireux : du latin virosus, d’odeur fétide, de virus, poison.  Se dit de produits végétaux toxiques comme la ciguë et l’opium qui ont une odeur ou une saveur nauséabonde.

youca: s’écrit aussi yucca ; nom masculin, plante liliacée arborescente, originaire d’Amérique centrale, aux feuilles réunies en touffes, aux grandes fleurs violettes ou blanc-crème, au port élégant.

 

 


[1] Le glossaire des termes difficiles est en fin de texte.

[2]  L’analyse critique et commentée de ces poèmes, in : René Hénane, « Les armes miraculeuses » d’Aimé Césaire – Une lecture critique, L’Harmattan, 2008.

[3] Les mots soulignés par un astérisque * se retrouvent dans le glossaire.

[4] sic

[5] sic

[6] sic

[7] sic

[8] lézards avaleurs de soleil… référence à la religion et à la mythologie orientale  indoue des védas  où apparaît le “dragon avaleur de soleil” : « Dans les chants du véda de l’Inde antique vers le 15ème siècle avant J.C., le dragon Vrita est avaleur de soleil, il détient l’eau des fleuves et celle du ciel ; le dieu Indra l’a tué libérant le soleil et les eaux sans lesquels toute agriculture est impossible… Ces deux animaux [le dragon occidental et le dragon oriental] ont le plus souvent la gueule grande ouverte, l’une crachant du feu, l’autre attrapant une boule représentant les astres lunaires ou solaire… » cf : http://www.reseau-asie.com – mot-clé : lézard avaleur de soleil)

[9] sic

[10] sic

[11] sic

[12] sic

[13] sic

[14] sic

[15]  Dans la version contrecollages de Tombeau du soleil apparaît une  strophe différente : … je bourlingue… supprimée dans le tapuscrit :

… je bourlingue

à travers le lait tendre des lumières et des lichens et les

mitoses* et l’épaisse myéline*

et l’éozoon*

et les brouillards et les mittes* de chaleur hurlante.

[16] sic

[17] sic

[18] sic

[19] Il manque, dans le tapuscrit, le vers suivant figurant dans la version Le Grand midi contrecollages :

(… je ne comprends pas car je n’ai point convoqué d’onde)

[20] sic

[21] Extrait de : René Hénane, Glossaire des termes rares dans l’œuvre d’Aimé Césaire, Éditions Jean-Michel Place,2004 – tome 2, en préparation.

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