Auteur: Ludovic Monnerat

Ludovic Monnerat est un officier supérieur de l'Etat-major de conduite de l'armée suisse. Journaliste de métier, expert militaire et stratégique suisse notamment pour les médias (Le Temps, Télévision Suisse Romande, Radio Suisse Romande, etc.), créateur du site d'information militaire et stratégique www.checkpoint-online.ch, et du blog LudovicMonnerat.com, rédacteur adjoint de la Revue militaire suisse. Il s'exprime ici à titre personnel.

Les Suisses infligent un coup d’arrêt au fondamentalisme musulman

L’initiative pour une interdiction de la construction de minarets en Suisse a été acceptée par la population contre la majorité de la classe politique et médiatique, et surtout contre le politiquement correct qui a tenté de museler des débats.

C’est une surprise doublée d’une gifle : 57,5% des Suisses ayant voté ce week-end ont approuvé une initiative populaire visant à interdire la construction de minarets, alors que les sondages annonçaient au contraire une défaite des initiants. C’est aussi la volonté d’infliger un coup d’arrêt à l’islam militant, aux tendances fondamentalistes qui existent également dans les quelque 350’000 musulmans vivant en Suisse (5% des habitants), ainsi qu’une réaction à l’immobilisme et à la pensée unique qui entachent à ce sujet les autorités politiques, sans parler des médias.

Affiche MinaretsLa campagne ayant mené à cette votation populaire a en effet été marquée par une polémique sur les affiches des initiants : plusieurs communes – dont des grandes villes – ont refusé d’autoriser cette affiche (ci-contre dans son incarnation germanophone) condamnée par de nombreuses organisations, une chose pour le moins rare dans les votations populaires fédérales qui, tous les 3 mois, rythment la démocratie directe du pays. Le seul parti gouvernemental ayant soutenu cette initiative, l’Union Démocratique du Centre (droite nationaliste), est d’ailleurs régulièrement accusé de populisme dans ce sens.

L’affiche en question relève bien entendu d’une technique de communication agressive, offrant une vision simplifiée et provocatrice de la question. Les minarets ne sont pas en soi les symboles d’une domination sur notre pays, ni même d’un asservissement des femmes ; de la même manière que les clochers et les campaniles ne peuvent être parés de tous les maux du christianisme, ce sont formellement des constructions architecturales liées à la pratique et à l’esprit de la religion musulmane. Qu’une mosquée porte ou non un minaret n’a pas d’influence directe sur le message qu’on y distille, mais bien sur sa visibilité alentour.

D’un autre côté, les votations populaires sont systématiquement l’occasion de voir fleurir sur les panneaux d’affichages de telles simplifications des objets soumis au verdict du peuple. Cela a par exemple été le cas pour la votation – également ce week-end – sur l’initiative pour l’interdiction de l’exportation du matériel de guerre: le Groupe pour une Suisse sans armée a réussi à placer dans la publication officielle comme dans ses affichages une image de char de combat, alors que l’industrie suisse ne produit ni n’exporte de telles armes. On force le trait pour frapper les esprits (ce qui n’a pas empêché l’initiative d’être rejetée par 68% des Suisses).

Rien de tout cela ne justifie une censure de la part des autorités publiques, alors même que c’est le peuple – et non ses élus – qui étaient appelés à se prononcer. Le contenu de l’affiche incriminée exagère certes la portée du danger que porte le militantisme islamique, mais n’invente pas la burqa ou les minarets, ni même le fait que l’on voit de plus en plus de femmes voilées en Suisse. Tôt ou tard, la place de l’islam dans une société occidentale doit faire l’objet d’un débat public, même si cette initiative populaire – nécessairement réduite à la modification d’un article de la constitution, ce sont les limites de la démocratie directe helvétique – n’était sans doute pas le meilleur vecteur dans ce sens.

Pour avoir refusé d’ouvrir ce débat pendant des années, alors que les frictions entre les musulmans militants et les citoyens suisses se multipliaient, les autorités fédérales sont maintenant contraintes d’entrer en matière, et ceci par les craintes et par le rejet que la population a finalement pu exprimer. Il ne sert à rien de scander à tue-tête des accusations éculées telles que la discrimination (il  n’y en a pas : l’initiative n’interdit pas les mosquées ni les minarets existants) ou le racisme (il n’y en a pas : ce sont des pratiques et des valeurs qui sont rejetées, non une origine ou une ethnie). La majorité des Suisses pensent que l’islam peut poser problème. Il faut désormais des réponses.

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10 Responses to “Les Suisses infligent un coup d’arrêt au fondamentalisme musulman”

  1. Guy dit :

    Bravo la Suisse. Un bon exemple de courage pour tous les dirigeants poltrons des autres pays d »Europe qui baissent leur froc devant l’islam envahissant.

  2. Jan dit :

    @Stéphane Hoarau

    On peut avoir une lecture diamétralement opposée du vote, à savoir que c’est le « camp du non » qui a exprimé sa peur, peur d’offenser les musulmans les moins modérés, peur de s’attirer les foudres des islamistes de tous poils et de toutes nationalités, peur d’exposer son pays à la terreur en se rassurant de cette paix toute munichoise qu’ils auraient conservé avec un non.

    Après l’épisode des caricatures de Mohamed et les expressions de violences qui s’en sont suivis ci et là, je trouve au contraire que le peuple Suisse a dans sa majorité fait montre d’un véritable courage.

    En tant que franco-allemand, je remercie nos amis suisses de n’avoir pas baissé la tête et le pantalon, et ce même sous la pression du politiquement et médiatiquement correct.

  3. La peur engendre bien souvent l’ignorance. Et réciproquement, l’ignorance, la peur. Pour répondre à ces commentaires, et ce texte – dont je ne partage pas l’idéologie plutôt fermée – il existe en « occident » des appels à la prière : tous les soirs, à 18h, en France, l’on entend depuis plus d’un siècle cet appel (à Saint-Denis de La Réunion, mais aussi à Saint-Pierre, etc.). Et sans pour autant que cela favorise la création de fondamentalismes. Non.

    En revanche, les situations de replis identitaires, sont elles favorables à la création (par effet de réplique et de contre-coup) de ce type de comportements au sein d’une société. Et finalement, le repli marqué par les Suisses (ceux qui ont fait ce choix), va dans le même sens que celui des fondamentalistes accusés… Se renfermer, et marquer le refus de l’autre, ses valeurs, ses pratiques, ses cultes et cultures.

  4. D. M.-T. dit :

    Il y a de très beaux minarets, qui ajoutent à la beauté urbaine, comme celui-là (voir lien ci-dessous), mais beaucoup sont laids et agressifs, inutiles en plus, puisque l’appel à la prière n’est pas possible en Occident (pour le moment…).

    http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2009/12/01/01016-20091201ARTFIG00018-debat-chez-les-imams-de-france-sur-les-minarets-.php

  5. Jan dit :

    « […]Les minarets ne sont pas en soi les symboles d’une domination sur notre pays[…] »

    Qui se plante sur la symbolique des minarets, Erdogan ou vous?

    « […]Les mosquées sont nos casernes, les minarets nos baïonnettes, les dômes nos casques et les croyants nos soldats[…] »

  6. Jean-Sébastien Philippart dit :

    Comme souvent, il y a des raisons que la passion ne connaît pas. Luc Rosenzweig les met ici en lumière :

    http://www.causeur.fr/suisse-les-montagnards-sont-las,3374

  7. Merci pour votre commentaire. Il ne faut toutefois pas aller trop vite en besogne et déduire du vote en question des étapes successives.

    L’UDC rassemble environ 30% des voix lors des élections fédérales. Cela en fait le premier parti du pays, mais ne lui donne en aucun cas la possibilité de former des majorités automatiques sur ses thèmes de prédilection. Si une majorité de Suisses l’a suivie ce week-end, à la différence d’autres scrutins, c’est bien parce que l’UDC a été le seul parti gouvernemental à mettre le doigt sur un problème croissant, et que le climat sémantique actuel – formaté par le politiquement correct – ne permet pas d’exprimer.

    Les Suisses votent souvent – on le sait – et de façon modérée, conforme aux choix du Conseil fédéral – on le sait moins. Les initiatives extrêmes, propulsées par tous les bords de l’échiquier politique, ne trouvent que bien rarement grâce à leurs yeux. Il faut une révolte particulièrement latente pour qu’un scrutin et la campagne qui le précède provoquent l’éruption, telle que ce vote sur les minarets l’a montré.

    Je ne pense pas, dès lors, que votre projection de mesures toujours plus restrictives trouve grâce aux yeux du Souverain. A moins que les autorités ne tiennent pas compte de son avis, bien entendu.

  8. Daray dit :

    J’espère que Monsieur Monnerat n’ignore point quels sont les fondamentaux de l’UDC. Hier fort du succès de leur initiative quelques ahuris de service n’ont pas hésité à clamer quelles seront les prochaines étapes prévues par ce parti de tendance totalitaire et fascisante oubliant que dans une démocratie, la majorité ne peut pas se permettre n’importe quoi pour le seul motif qu’elle est la majorité. Ainsi, par exemple, aucune majorité ne pourrait légitimement réduire une minorité en esclavage.
    Ci-après le détail de leurs élucubrations :
    La prochaine étape sera le renvoi de tous les criminels dans leur pays d’origine,
    La deuxième étape sera l’expulsion des musulmans de Suisse qui a leur ôté la nationalité s’il s’agit d’immigrés ayant acquis la nationalité suisse.
    La troisième étape sera la suppression de l’article 261bis du Code pénal suisse qui dit
    Art. 261bis 1
    Discrimination raciale
    – Celui qui, publiquement, aura incité à la haine ou à la discrimination envers une personne ou un groupe de personnes en raison de leur appartenance raciale, ethnique ou religieuse;
    – celui qui, publiquement, aura propagé une idéologie visant à rabaisser ou à dénigrer de façon systématique les membres d’une race, d’une ethnie ou d’une religion;
    – celui qui, dans le même dessein, aura organisé ou encouragé des actions de propagande ou y aura pris part;
    – celui qui aura publiquement, par la parole, l’écriture, l’image, le geste, par des voies de fait ou de toute autre manière, abaissé ou discriminé d’une façon qui porte atteinte à la dignité humaine une personne ou un groupe de personnes en raison de leur race, de leur appartenance ethnique ou de leur religion ou qui, pour la même raison, niera, minimisera grossièrement ou cherchera à justifier un génocide ou d’autres crimes contre l’humanité;
    – celui qui aura refusé à une personne ou à un groupe de personnes, en raison de leur appartenance raciale, ethnique ou religieuse, une prestation destinée à l’usage public,
    SERA PUNI D’UNE PEINE PRIVATIVE DE LIBERTE DE TROIS ANS AU PLUS OU D’UNE PEINE PECUNIAIRE

    -La quatrième étape sera l’INTERDICTION d’importer de la viande casher et hallal***car profondément anti-juif ils pourront compter sur les 450’000 membres de la société de protection des animaux.
    *** A noter qu’après l’expulsion des musulmans dit étrangers il restera un solde d’environ 20’000 suisses (de souche… oh ! que je déteste ce mot) qui ne pourront être déchu de leur nationalité et expulsé vers d’autres cieux.