Auteur: Jacques Henric

Jacques Henric est né à Paris en 1938. Enseignant de 1960 à 1985, il collabore dans les années soixante aux Lettres Françaises, hebdomadaire culturel dirigé par Louis Aragon. Il publie ses premiers romans dans la collection Tel Quel. Il appartient depuis 1971 au comité de direction de la revue Art Press.

Michel Houellebecq, de conversion en soumission, interview par Jacques Henric et Catherine Millet

L’interview à paraître dans notre numéro de février, à l’occasion de la sortie de « Soumission » (Editions Flammarion), son prochain roman.

Michel Houellebecq, de conversion en soumission, interview par Jacques Henric et Catherine Millet

Contrainte du mensuel qu’est artpress, l’entretien réalisé le 17 décembre avec Michel Houellebecq, à propos de son nouveau roman, Soumission (Flammarion, sortie le 7 janvier) ne figurera que dans notre numéro de février (sortie le 22 janvier). Mais beaucoup d’âneries, de propos indignés, de commentaires malveillants, voire fielleux, inondent déjà tellement les médias, avant même que le livre n’ait été lu, que nous avons décidé de rendre cet entretien disponible immédiatement sur notre site.

C’est un Michel Houellebecq pour une part inattendu qu’on découvrira au fil de notre dialogue, et qui paraîtra plus inattendu encore aux lecteurs de son livre. Il n’est plus le polémiste auquel l’ont réduit les médias en mal de scandale, mais le romancier dont l’art est fait d’ambiguïté, d’humour, d’intuitions poétiques, et d’une force visionnaire avérée déjà dans ses précédents livres.

Fable, enquête sociologique, récit d’anticipation, plongée dans les bas et hauts fonds de l’humain, précis de métaphysique et de morale, essai de critique littéraire, pamphlet politique, Soumission raconte, via la carrière et le destin du narrateur, un universitaire spécialiste de Huysmans, dont certains traits ne sont pas sans évoquer ceux de l’auteur, comment les démocraties occidentales et l’Europe sont au bord de l’épuisement, et comment, ô ironie, ô paradoxe, l’islam, un islam consensuel, vient les régénérer, redonnant notamment à la France, et ce n’est pas la moindre des surprises, sa langue elle aussi actuellement en perdition… 

 

Qui est le « je » qui parle ?

J’ai écrit les premières pages, où j’évoque les années de fac du narrateur, parce que je trouvais convaincant qu’un jeune homme prenne Huysmans comme ami, au cours de ses années d’étude, et décide de lui consacrer sa vie. Je n’ai pas du tout eu ce type de rapport à Huysmans, je ne l’ai lu qu’assez tard, vers 35 ans, en même temps que les naturalistes, Maupassant, Zola… Je pense que Huysmans aurait pu m’aider à supporter mes conditions de vie plutôt minables : chambre humide et froide, repas médiocres au restaurant universitaire… J’ai été dans la situation de quelqu’un qui n’a qu’un auteur pour seule compagnie, mais c’était Baudelaire. Et si j’ai choisi Huysmans comme centre du livre, plutôt que Baudelaire, c’est que j’avais besoin, pour construire le personnage, d’avoir des points communs avec lui mais aussi un écart.

 

Parmi les auteurs que vous citez, qui ne sont guère, à l’exception de Nietzsche (que vous ne ratez pas, une fois de plus, en le traitant de « vieille pétasse »), les références du monde littéraire actuel, comme Auguste Comte, Schopenhauer, René Guénon, il en est un, Chesterton, dont vous reprenez la théorie du distributivisme. En quoi cela consiste-t-il ?

Dans le livre, c’est assez conforme à la réalité historique. Chesterton et Belloc étaient deux polémistes anglais, catholiques, qui avaient mis au point une philosophie politique et surtout économique qui leur paraissait compatible avec les enseignements de l’Église catholique. Ça ressemble à ce qu’a été plus tard le catholicisme social, mais avec de vraies originalités qui les rapprochent de William Morris. Il y a un livre de Chesterton que j’aime particulièrement, le Retour de Don Quichotte, dont le personnage central est d’ailleurs William Morris (1).

Cette philosophie économique est compatible avec l’islam, pour les mêmes raisons qu’elle est compatible avec le catholicisme. On trouve dans les deux religions une vive méfiance pour tout ce qui consiste à gagner de l’argent avec de l’argent. Méfiance est un mot faible, il y a même des formes de placements qui sont carrément interdites dans l’islam.

 

Pourquoi avez-vous recours au roman plutôt que d’exprimer en direct vos points de vue sur les situations présentes et à venir de l’Europe et de nos démocraties occidentales ?

Ce qui est bizarre, c’est que je n’ai jamais été aussi politisé qu’aujourd’hui et que ça ne joue aucun rôle dans ce livre. Par exemple, je suis sérieux quand je parle de la démocratie directe, que je considère comme la seule solution politique, et, en même temps, je pense qu’elle n’a aucune chance d’être un jour adoptée, à moins peut-être d’une révolution violente.

 

En quoi consisterait cette démocratie directe ?

Je me suis déjà exprimé là-dessus dans Lui, mais je peux compléter. Disons qu’il y aurait un président à vie, mais révocable à tout moment par référendum. Ces référendums, comme ceux décidant de l’adoption ou du rejet des lois, auraient une seule origine possible : une pétition signée par au moins 1% des inscrits sur les listes électorales ; le Parlement serait donc supprimé. Par ailleurs, je propose de figer la liste des ministères et de permettre à la population de voter le budget, sa répartition entre ministères. Les ministres eux-mêmes seraient révocables par référendum. Les juges et les procureurs seraient élus.

Tout ce qu’il y a dans ce roman n’a donc rien à voir avec les idées que je défends. Par ailleurs, je pense que mes prédictions politiques ont peu de chances de se réaliser. Le plus invraisemblable dans ce livre, c’est qu’un parti musulman se crée, tant la mésentente entre musulmans est forte. Ou alors il faudrait qu’apparaisse une personnalité aussi brillante et politiquement habile que Mohamed Ben Abbes, président musulman d’une république d’une Union européenne élargie.

 

Avez-vous écrit ce livre d’une traite ou en plusieurs étapes ?

En deux étapes. Les premières pages, où il est question de Huysmans, je les trouvais très bien, mais je n’ai su qu’en faire pendant six mois, puis j’ai eu une idée, qui d’ailleurs ne s’est pas réalisée. Ce livre devait s’intituler la Conversion. Mon personnage devait suivre le chemin de Huysmans un siècle plus tard, et se convertir au catholicisme. On trouve des traces de ce projet dans le livre, notamment dans deux passages, le premier, lorsque le narrateur contemple pendant des heures la Vierge noire de Rocamadour, où il est à deux doigts d’être emporté, mais finalement ça tourne court ; le deuxième, plus ridicule, lorsqu’il séjourne à l’abbaye de Ligugé, où un recueil de sentences écrit par un moine finit par l’exaspérer. Telle était mon idée de départ : la conversion au catholicisme.

 

Et comment cela a-t-il dérapé vers l’islam ?

C’est mystérieux. Rien n’annonce la bifurcation, et rien ne l’explique vraiment. Quand j’écrivais, j’ai aussi envisagé que le narrateur parte rejoindre Myriam en Israël. Mon éditeur israélien voulait m’y inviter à y passer quelques mois, finalement ça n’a pas pu se faire, et je n’ai pas réussi à écrire les retrouvailles avec Myriam. Les hasards ont joué un grand rôle dans l’évolution du livre. Autre exemple : pendant des mois,  j’ai déjeuné avec un banquier d’affaires travaillant dans une banque russe, j’en ai tiré des dizaines de pages de notes sur les manœuvres financières des oligarques, parce qu’à un moment donné, je voulais que l’identitaire, Lempereur, soit financé par un oligarque russe, mais je n’ai pas réussi à exploiter ces notes, sans doute faute d’avoir réellement rencontré un oligarque. Bref, le livre aurait pu tourner de manière tout à fait différente. Si j’écris des romans, c’est parce que je ne sais pas ce qui va se passer quand je commence à écrire. Lorsqu’une chose est pleinement définie, je n’ai plus envie de l’écrire, raison pour laquelle je n’écrirai jamais de vrais essais.

 

Compte tenu de la situation politique actuelle en France et en Europe, de ce qu’on apprend chaque jour sur les événements tragiques du monde, le lecteur n’est-il pas fondé à penser que votre vision anticipatrice n’est pas gratuite, qu’elle n’est pas qu’une spéculation sans lien avec le réel ?

Possible, mais la situation que je décris ne se réalisera pas en 2022. Là où les Frères musulmans sont arrivés au pouvoir, c’est après avoir opéré un travail de maillage de longue haleine, via des associations caritatives, des lieux de culture et d’enseignement, un travail qui a demandé des dizaines d’années pour porter ses fruits. Créer d’abord une société parallèle ; ce qu’avait fait, d’ailleurs, le parti communiste à sa belle époque.

 

Y a-t-il des signes de cet effondrement annoncé de l’Europe ?

Il ne s’agit pas à proprement parler d’effondrement. Au contraire, le livre décrit un franc succès géopolitique : la reconstitution de l’Empire romain en plus grand.

 

Nos démocraties occidentales ne sont-elles pas en péril ?

Peut-on parler de démocraties ? Je récuse ce terme. Si ce ne sont pas des démocraties directes, ce ne sont pas des démocraties du tout.

 

Vous êtes anti-européen parce que l’Europe dissout les nations, dont la France…

Je suis aussi contre les nations. On leur doit les catastrophes, les grandes guerres des 19e et 20e siècles. Je suis contre l’Europe avant tout parce qu’elle n’existe pas. Prenez un pays un peu périphérique, et demandez autour de vous s’il appartient à l’Europe, mettons la Lettonie, la Bulgarie, la Croatie, la Norvège… Les gens ne savent pas. Si on ajoute, question subsidiaire : est-ce qu’ils ont l’euro ? Tout le monde est largué. Je crois que le but de l’Europe est de rendre la démocratie impossible. La vraie démocratie a toujours dérangé les hommes politiques, ils préfèrent s’arranger entre experts, ne pas associer la population aux décisions.

La naissance des nations a été un long processus. La destruction des grands féodaux d’une part, l’émancipation progressive par rapport à l’Église catholique d’autre part, ont eu pour conséquence de permettre aux rois de mener des guerres sur une échelle de plus en plus grande, puis il y a eu un bond qualitatif avec la Révolution française et la conscription obligatoire, ce qui a permis les massacres à une échelle inédite. Immédiatement après la Révolution, Napoléon met l’Europe à feu et à sang.

 

Quel serait le bon modèle ?

Le modèle de la chrétienté médiévale n’était pas mal. Il fonctionnait sur une base conflictuelle entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, mais le conflit était équilibré. Ce modèle est impossible aujourd’hui, puisqu’il n’y a plus de chrétiens.

 

D’où l’idée que les musulmans reconstitueraient quelque chose d’approchant ? L’islam redonnerait ainsi une force à l’Europe…

D’une certaine façon, en la recentrant sur la Méditerranée.

 

Le narrateur a une vision plutôt « cool » de cette emprise de l’islam sur l’Europe, au point qu’à la fin, lui, le spécialiste de Huysmans, s’y convertit.

L’idéologie ne joue pas un très grand rôle dans sa vie. On lui propose une solution finalement confortable. Il se dit : pourquoi pas. Rediger, l’autre universitaire qui s’efforce de le convaincre, est beaucoup plus idéologue. Il joue un peu, auprès de lui, le rôle de Méphistophélès. Il est très convaincant, comme peut l’être tout discours nietzschéo-guénonien.

 

Ne pensez-vous pas qu’aux raisons politiques, idéologiques, de cet assez lâche renoncement des Européens, s’ajoutent des raisons d’ordre sexuel, une sorte de jouissance masochiste ? J’ai été frappé que le mot « soumission », titre du livre, n’apparaît que lorsque vous parlez d’Histoire d’O.

La seule chose dans mes livres qui soit toujours l’expression de mes opinions, c’est ce que j’écris sur d’autres livres. J’aimerais faire de la critique littéraire mais je n’ai jamais le temps, je profite donc de mes romans pour caser des morceaux de critique littéraire. Histoire d’O m’a fasciné. C’est nul et kitsch, et pourtant je n’ai pas pu m’arrêter de le lire. Mais la soumission à Dieu est d’un autre ordre, et je crois qu’elle repose sur une base beaucoup plus douloureuse et plus profonde que le masochisme. Si des gens se convertissent, c’est qu’ils ne supportent plus de vivre sans Dieu.

Il n’y a pas que l’islam qui soit en progression aujourd’hui, il y a aussi l’évangélisme qui a du succès en Amérique du Sud et en Afrique ; ces deux puissances religieuses sont en pleine ascension. Il faut prendre au sérieux cette souffrance à vivre sans Dieu. La difficulté de vivre sans religion, cela n’a pas été beaucoup relevé, est un thème ancien chez moi. On le trouve dès les Particules élémentaires. Ce sujet ne m’a jamais laissé tranquille. Les questions qui ont fait perdre le sommeil à Pascal m’ont aussi fait perdre le sommeil. Les espaces infinis : est-ce que tout cela est silence, chaos, vide ? Ces questions n’effleurent pas du tout Huysmans, qui est un cas assez rare de conversion purement esthétique. Ça joue pour lui comme une preuve : le catholicisme est beau, donc il est juste. Moi, en revanche, si je ne suis pas satisfait métaphysiquement, je suis malheureux. J’ai besoin de savoir si le monde est organisé ou pas, ça me torture vraiment.

 

Comme dans tous vos livres, les scènes sexuelles sont très nombreuses et plutôt hard. J’entends dire souvent qu’elles seraient le signe d’une misère sexuelle. En quoi, cher Michel, vivriez-vous, vous, dans un état de misère sexuelle ?

Moi, ça va. Quant au personnage principal du livre, ça se passe plutôt bien pour lui au départ, mais les femmes ont tendance à le quitter, il ne suscite pas de vraie passion. Les deux vrais cas de misère sexuelle dans mes livres sont ceux de Tisserand et de Bruno (2). Puisqu’on parle de sexe, il y a une chose dont je suis assez content dans ce livre, c’est d’avoir décrit l’état de l’homme qui arrive à bander sans problème, mais qui n’éprouve pas de plaisir. Le plaisir chez les hommes, on en parle rarement ; les femmes s’imaginent parfois que si l’homme bande, il éprouve du plaisir ; ce n’est pas vrai. Au fond, l’homme et la femme sont exactement à l’opposé : le désir chez la femme est un mystère, mais lui donner du plaisir, on s’en sort toujours. Le désir de l’homme repose sur des mécanismes simplistes, mais son plaisir est énigmatique.

Le personnage manifeste aussi une vraie envie de couple. Il commence à envisager l’union sur d’autres bases que le sexe. Les passages de Huysmans, dans En ménage, l’émeuvent vraiment. Il commence à s’intéresser aussi à la bouffe. Il a quand même 44 ans ! [rires] Alors la solution polygame, avec différentes femmes pour répondre à différents besoins… il est tenté. La dernière phrase du livre exprime pourtant le maximum d’ambiguïté : « Je n’aurais rien à regretter. » On peut comprendre exactement le contraire. J’ai fait beaucoup d’efforts pour que cette phrase soit isolée sur les deux dernières pages.

 

Je reviens un peu en arrière à propos des auteurs cités dans le livre. Il y en a un assez présent, c’est Péguy.

Il est cité avec beaucoup d’admiration, mais je pense qu’il ne pouvait pas comprendre la Vierge noire. Au fond Péguy est un homme du 13e siècle, du temps des grandes cathédrales, un homme du cœur du Moyen Âge, pas du tout de l’âge roman. La Vierge noire, si on la regarde longuement, a quelque chose d’incompréhensible ; elle paraît venir d’aussi loin que les statues assyriennes. Mon athéisme, ou plutôt mon rationalisme, est très relatif, parce que j’ai parfois l’impression de sentir des vibrations spirituelles. Chez les chrétiens de l’âge roman, le jugement individuel, l’examen des fautes existent à peine. Le protestantisme a beaucoup contaminé le catholicisme. On a du mal à imaginer ce qu’était la chrétienté romane. En tout cas, c’était une force spirituelle puissante.

 

La contamination dont vous parlez, n’est-ce pas l’inoculation, via le protestantisme, d’une forte dose d’humanisme dans le catholicisme, d’où l’affaiblissement de celui-ci. L’humanisme, qui est une de vos bêtes noires…

Je suis resté comtien. Je pense qu’on ne peut rien construire au cours de la phase métaphysique. Il la fait commencer à la fin du Moyen Âge, avec pour point culminant le siècle des Lumières et la Révolution. Comte a passé sa vie à tenter de promouvoir une nouvelle religion, mais il a échoué. Il était persuadé qu’aucune société ne pouvait subsister sans religion. Je ne lui donne pas tort. L’humanisme n’est pas une religion, il ne réunit pas l’homme à un ordre cosmique. J’ai besoin d’un ordre cosmique, sinon je me réveille la nuit.

 

Au fait, avez-vous séjourné à Ligugé pour vous imprégner de l’atmosphère d’un monastère ?

J’avais prévu de rester une semaine mais je suis resté deux jours, exactement comme le personnage dans mon livre. Les moines étaient adorables mais on ne pouvait pas fumer.

 

Avez-vous pensé aux réactions des féministes à votre livre ?

Elles devraient logiquement être atterrées, mais je n’y peux rien. Il y a des moments, pas fréquents, où l’idéologie bouge. Il y en a eu un, à partir de 1945 et pendant les trente ans qui ont suivi, où les fils ont pensé le contraire de leurs pères. Mais en temps ordinaire, les fils pensent comme leurs pères. Ils veulent juste les remplacer, sans changer leurs valeurs. Voilà pourquoi, démographiquement, les valeurs patriarcales gagnent. L’idéologie n’y peut rien. Interrogeons-nous sur le succès de la « manif pour tous ». Ce n’est pas que l’islam qui est concerné par cette question. La démographie est une force puissante. Le conservatisme a le vent en poupe.

 

N’est-ce pas sur lui que l’islam assoit son succès ? Dans votre livre, l’éducation, l’enseignement, la transmission des valeurs sont des priorités pour le parti islamique, plus que les préoccupations économiques.

C’est vrai, et c’est assez rafraîchissant. L’économie est une pseudo-science bidon et chiante. Bernard Maris, économiste qui a écrit un livre sur moi (3), et qui a plus d’autorité que moi en la matière, confirme : la science économique repose sur du vent. Dans les pays musulmans, le débat politique porte presque exclusivement sur les mœurs ; dans les pays occidentaux, sur l’économie. Les mœurs, c’est tout de même plus intéressant. L’islam, dans mon livre, est un islam plutôt rassurant. Il y a moins d’incompatibilités entre un musulman et un catholique qu’entre un musulman et un athée. La base est la même, et un musulman ne perdra jamais l’espoir de convertir un catholique. Mais l’islam, à mon avis, a commis une grave faute historique en ne se dotant pas d’une hiérarchie spirituelle analogue à celle de l’Église catholique : les évêques et, au sommet, le pape. Ainsi, l’Église catholique, même si cela a pris du temps, a fini par éradiquer les intégristes : il y a eu débat, ils ont été entendus, puis le pape, en dernière instance, a tranché. C’est ainsi que les hérésies ont été vaincues. De la même manière, les djihadistes sont avant tout de mauvais musulmans, une lecture un tant soit peu honnête du Coran ne peut qu’aboutir à cette conclusion. S’il existait en Islam une autorité spirituelle analogue au pape, avec le pouvoir de prononcer l’équivalent d’une excommunication, en moins de vingt ans le djihadisme serait éradiqué.

 

(1) William Morris et son idéal hérité du Moyen Âge étaient la référence majeure du précédent roman de Michel Houellebecq, la Carte et le Territoire.

(2) Raphaël Tisserand, personnage d’Extension du domaine de la lutte, Bruno, personnage des Particules élémentaires.

(3) Bernard Maris, Houellebecq économiste, Flammarion, 2014.

 

 

Portrait de Michel Houellebecq chez lui, à Paris, en décembre 2014 (Ph. Philippe Matsas © Flammarion)

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11 Responses to “Michel Houellebecq, de conversion en soumission, interview par Jacques Henric et Catherine Millet”

  1. ML dit :

    « un peu de finesse ne saurait nuire… »

    Oui, c’est exactement ce que je voulais vous dire.

  2. luc dit :

    @ML : un peu de finesse, ne saurait nuire…
    Nul ne conteste que Houellebecq ne se fait pas d’illusions sur le rétablissement de l’ordre féodal, en général, et de la chrétienté médiévale en particulier. Il n’en reste pas moins que ce genre d’allusion est un clin d’oeil, un peu lourdingue, à la frange la plus rance du lectorat.
    Cela dit, à l’insu de son gré, Houellebecq nous rend service -et ce n’est pas la première fois que cela lui arrive.
    Il nous incite à nous interroger, même si assurément notre époque a d’autres priorités, sur les soi-disant… « valeurs chevaleresques ».

  3. ML dit :

    Aucune insistance mon cher, je vous faisais simplement remarquer que vous preniez au sérieux une affirmation qui ne l’était guère.

  4. luc dit :

    ML je rappelle que nous sommes ici entre gens bien élevés, et me garderai bien de vous demander si vous vous sentez morveux… Je m’en garderai d’autant plus que je préfère tenir compte de votre incitation (1 day ago) à prendre « un peu de distance, voyons… ». Je prendrai même une grande distance et pour dire que je ne comprends pas même le pourquoi de votre insistance : un simple regard sur la photo de ce Houellebecq suffit à attester que ce type, aime rire!

  5. ML dit :

    Je me mouche…

  6. luc dit :

    ML, je prends bonne note de ce que c’était « juste pour rigoler »… Mais voilà qui, du même coup, soulève une lancinante question : et avec les oreilles vous faites quoi ?

  7. ML dit :

    Mais Luc, vous prenez avec le sérieux d’un pape ce qui n’est qu’une boutade (le modèle que serait la chrétienté médiévale), un peu de sens de l’humour, un peu de distance, voyons…

  8. luc dit :

    Hubi vous avez droit à vos opinions, à vos goûts littéraires ou à vos sympathies mais en ce qui me concerne je comprends mal pourquoi vous montez sur vos grands chevaux là où je n’ai fait que dénoncer une puérilité certes un peu grosse -mais rien d’autre : à savoir, la présentation de la chrétienté médiévale comme un… modèle.

  9. Hubi dit :

    Parler de Michel Houellebecq, le grand auteur français d’aujourd’hui, avec le légèreté et le mépris dont font preuve certains intervenants ne peut provenir que de leur incapacité à le comprendre.
    Il n’est pas invraisemblable que certains puissent se hasarder à critiquer son style s’il ne leur convient pas ; c’est pourtant le vrai style français, clair, simple et exact, celui qui a fait notre langue – je convoquerais bien (comme on dit) Benjamin Constant et madame de La Fayette pour illustrer mon propos, si je ne craignais pas de provoquer un arrêt cardiaque à MH au cas où mon avis tomberait sous ses yeux.
    Je comprend que d’autres le condamnent à cause de ses idées économiques ; mais cela tient au fait qu’elles ne sont PAS économiques, car il accorde en fait le primat au culturel, aux mœurs et à la vie vivante.
    Pour le reste, MH est un des seuls aujourd’hui à tenter d’analyser ce qu’est notre vie sur Terre avec ses faux espoirs et ses plaisirs trompeurs, et en quoi elle serait elle-même une promesse puisqu’elle semble révéler une organisation.
    J’ai à la fois de l’estime et un intérêt passionné pour MH. Et pourtant il traite Céline comme certains sur ce forum le traitent lui… Après tout chacun à droit à l’erreur.

  10. luc nemeth dit :

    on comprend mal comment Houellebecq-la-gâteuse peut affirmer que « le modèle de la chrétienté médiévale n’était pas mal », sic : c’était alors au nom de l’Evangile, autant que du Coran, que l’on massacrait…

  11. Quidam dit :

    Ce sont ces journalistes de papier, de dossier, les seuls doués de la bonne morale qui inondent les ondes de leur bien-pensance, et croient détenir l’absolue la vérité. Ils ne laissent aucune place au raisonnement, à l’instar de ces jihadistes qui s’embarquent dans les méandres de leurs cerveaux malades. Pourquoi ne pas reconnaître qu’il y a un problème islamiste mondial ? Ce n’est pas faire offense aux musulmans, dits modérés, qui eux-mêmes en sont victimes !
    Osons regarder objectivement l’histoire : partout où les musulmans se sont implantés en pays à majorité chrétienne, ils ne sont plus qu’une poignée de main aujourd’hui, quelques centaines d’années plus tard. Pourquoi en serait-il autrement aujourd’hui ? C’est le propre de toutes les religions, comme des idéologies, que de vouloir dominer l’homme au nom de Dieu ou d’un concept !
    Soumission, est un roman qui doit faire réfléchir, alors réfléchissons ensemble.

    Merci Michel Houellebecq