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	<title>MondesFrancophones.com &#187; Psychés</title>
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		<title>Jeu des stéréotypes et séduction dans Comment faire l&#8217;amour avec un nègre sans se fatiguer de Dany Laferrière</title>
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		<pubDate>Thu, 10 Nov 2011 15:10:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>accaille</dc:creator>
				<category><![CDATA[Les Alarmes d'Eros]]></category>
		<category><![CDATA[Psychés]]></category>

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		<description><![CDATA[Les jeunes Blanches de Montréal du premier roman de Dany Laferrière semblent être des proies faciles pour les « nègres » du quartier Saint-Louis. Mais en sont-elles seulement les « proies »? Et si elles le sont, de quel(s) type(s) de chasse ou mode(s) de capture sont-elles victimes? Est-ce d&#8217;une chasse comparable à celle du chasseur, du requin, ou plutôt d&#8217;un [...]]]></description>
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<p style="text-align: justify;">Les jeunes Blanches de Montréal du premier roman de Dany Laferrière semblent être des proies faciles pour les « nègres » du quartier Saint-Louis. Mais en sont-elles <em>seulement </em>les « proies »? Et si elles le sont, de quel(s) type(s) de chasse ou mode(s) de capture sont-elles victimes? Est-ce d&#8217;une chasse comparable à celle du chasseur, du requin, ou plutôt d&#8217;un mode de capture tel que celui du braconnier ou de l&#8217;araignée ?</p>
<p style="text-align: justify;">Chaque stratégie est tour à tour visible dans ce roman se présentant comme un manuel de savoir-faire. Son titre n&#8217;est-il pas lui-même un appât trompeur ? Ceux qui liront le livre dans l&#8217;espoir de satisfaire une curiosité naïve resteront sur leur faim. Le titre du roman intra-diégétique – <em>Paradis du dragueur nègre</em> – semble constituer un énoncé plus proche du contrat rempli par le roman qui l&#8217;exhibe. Mystérieuse inversion de point de vue qui fait par avance du « nègre » l&#8217;objet-jouet d&#8217;un plaisir sexuel dont on nous livrerait le secret mode d&#8217;emploi, puis nous place immédiatement à l&#8217;intérieur du corps de celui-ci pour nous montrer comment lui-même joue de son statut pour jouir des autres. Toutefois pour que le terrain de jeu se change en paradis, il faut en maîtriser les subtilités. Mais ses subtilités sont-elles bien subtiles ? La grande subtilité ne réside-t-elle pas dans l&#8217;acceptation des valeurs grossières héritées du passé, qui stimulent d&#8217;autant plus le désir qu&#8217;elles permettent de le confronter à de célèbres interdits, désormais susceptibles d&#8217;être transgressés à moindre peine ?</p>
<p style="text-align: justify;">Et si en définitive le titre du roman réel n&#8217;attendait pas la révélation d&#8217;un secret, mais qu&#8217;il était lui-même le secret de cet autre projet annoncé par le roman fictif : <em>publier</em> la transformation du monde « occidental » en paradis hédoniste pour « ceux » qui en ont été les esclaves silencieux ?</p>
<p style="text-align: justify;">Au fond la sexualité, et plus spécifiquement ici, l&#8217;hétérosexualité masculine, est-elle tout entière un mauvais investissement – de temps, d&#8217;efforts, et quelquefois d&#8217;argent ? Nos protagonistes ont l&#8217;avantage de ne pas avoir à affronter cette question de ce dernier point de vue, ayant à peine de quoi remplir leur appartement insalubre de quelques provisions nécessaires à la survie. Mais tout d&#8217;abord pourquoi et comment s&#8217;adresser cette question, qu&#8217;il est peut-être étonnant de voir apparaître entre deux jeunes hommes apparemment séduisants dans un contexte social qui semble favoriser leurs succès ? On se serait beaucoup attendu à une discussion sur les méthodes à succès avec les femmes, à des récits de conquêtes présentes et passées, ou au récit des désirs de conquêtes futures, mais sans doute pas à une discussion de fond sur la valeur de la sexualité ? Encore moins à une sorte de critique de la faculté de juger (au sens de Kant), s&#8217;attaquant au problème de la Beauté, de sa relation avec le désir, de sa position entre désir et plaisir.</p>
<p style="text-align: justify;">Le point de vue de Bouba est qu&#8217;une éthique sexuelle bien pensée consiste à substituer à la quête d&#8217;un objet de désir, celle d&#8217;un <em>sujet</em> de désir ; et cela, non pas par une sorte d&#8217;égard kantien (« Agis de façon telle que tu traites l&#8217;humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin, jamais simplement comme moyen »<a href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/Jeu%20des%20st%C3%A9r%C3%A9otypes%20et%20s%C3%A9duction%20dans%20Comment%20faire%20l'amour%20avec%20un%20n%C3%A8gre%20sans%20se%20fatiguer%20de%20Dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftn1">[1]</a>), mais par souci hédoniste, <em>du point de vue du plaisir</em>. Du point de vue du plaisir, le meilleur investissement est du côté de l&#8217;autre comme <em>sujet de désir</em>, et non de l&#8217;autre comme objet de plaisir fantasmé.</p>
<p style="text-align: justify;">La raison profonde de l&#8217;erreur du désirant, pour Bouba, est de ne pas avoir une lecture freudienne – freudienne au sens de Bouba et qui est peut-être davantage encore proustienne – de l&#8217;acte sexuel. Dans l&#8217;acte sexuel, l&#8217;objet fantasmé disparaît : un simple baiser fait disparaître la bouche de l&#8217;autre. Et la bouche que notre esprit met sur l&#8217;autre au moment du baiser, est une bouche de rêve, une bouche simplement rêvée.</p>
<p style="text-align: justify;">Faire l&#8217;amour avec <em>un(e)</em> désirant(e), plutôt qu&#8217;être <em>le</em> désirant du rapport amoureux, cela permet au contraire d&#8217;expérimenter le plaisir que donne <em>réellement</em> l&#8217;autre, plutôt que le plaisir qu&#8217;on <em>entend</em> prendre avec elle. Et cela permet d&#8217;expérimenter ce plaisir en dehors du danger d&#8217;un plaisir qui demeurerait toujours de nature essentiellement fantasmatique, insaisissable, trompeuse.</p>
<p style="text-align: justify;">Telle est l&#8217;éthique hédoniste de Bouba, qui se défie de tout un pan de la sexualité comme susceptible de n&#8217;être qu&#8217;un leurre.</p>
<p style="text-align: justify;">«  Bouba passe ses journées, apparemment, à ne rien faire. En réalité, il purifie l&#8217;univers. Le sommeil nous guérit de toutes les impuretés physiques, les maladies mentales et les perversions morales. Bouba fait, entre deux lectures du Coran, des cures de sommeil qui peuvent durer jusqu&#8217;à trois jours. Le Coran, dans sa sagesse infinie, dit : « Tout âme subira la mort. Vous recevrez vos récompenses au jour de la résurrection. Celui qui aura évité le feu et qui entrera dans le paradis, celui-là sera bienheureux, car la vie d&#8217;ici-bas n&#8217;est qu&#8217;une jouissance trompeuse. » »<a href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/Jeu%20des%20st%C3%A9r%C3%A9otypes%20et%20s%C3%A9duction%20dans%20Comment%20faire%20l'amour%20avec%20un%20n%C3%A8gre%20sans%20se%20fatiguer%20de%20Dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftn2">[2]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Mais si le narrateur, colocataire et ami de Bouba l&#8217;écoute patiemment et l&#8217;admire, il ne le suit pas pour autant. Lui, dont le regard perçant sur la société pluriethnique dans laquelle il vit, perçoit les mécanismes inconscients de désir sur lesquels elle repose, ne serait-il pas cependant encore prisonnier d&#8217;une fantasmatique qui l&#8217;englobe lui-même autant que ses propres proies ?</p>
<p style="text-align: justify;">De Miz Littérature et des autres belles jeunes filles de bonnes familles, au sommet de l&#8217;échelle sociale, qui viennent chez lui appâtées par leurs propres fantasmes, à lui qui semble ironiquement en profiter, n&#8217;y a-t-il pas une <em>parenté</em> de fonctionnement psychologique en dépit de la grande distance sociale qui les sépare et du mouvement inverse qui les réunit ?</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;attirance de ce locataire d&#8217;un appartement sordide et empuanti pour ce qui brille, sent bon et frais, est peut-être le talon d&#8217;Achille de son système apparemment bien huilé. La compréhension du fonctionnement du désir de l&#8217;autre, du désir des personnes qu&#8217;il regarde comme des objets virtuels de son plaisir, lui procure une jouissance, un contentement ironique de l&#8217;ordre d&#8217;une revanche socioculturelle et raciale, une intense et profonde jouissance qui fait vibrer de multiples couches de fantasmes tassées dans sa conscience. Mais le plaisir que lui procure la compréhension du fonctionnement du désir de l&#8217;autre est aussi ce qui entrave un processus critique à l&#8217;égard du fonctionnement de son propre désir. La stéréotypie dans laquelle se prend le désir des belles jeunes femmes blanches privilégiées, fonctionne bien comme une toile d&#8217;araignée, mais comme une toile d&#8217;araignée où toutes les proies sont elles-mêmes des araignées, toutes les araignées elles-mêmes des proies, des victimes de la toile des stéréotypes, qui tiennent les uns par les autres.</p>
<p style="text-align: justify;">Comment sortir de cette toile ? Il y a la méthode Bouba, qui est non seulement un parti pris pour le plaisir à l&#8217;encontre du désir, mais encore une vraie usine à défaire la stéréotypie. Une usine à fantasmes, mais à fantasmes anti-stéréotypiques.</p>
<p style="text-align: justify;">«  Bouba est affalé sur le Divan dans sa pose habituelle (couché sur le côté gauche, face à la Mecque) à siroter du thé de Shanghai tout en feuilletant un bouquin de Freud. Comme Bouba est complètement toqué de jazz et qu&#8217;il ne reconnaît qu&#8217;un gourou (Allah est grand, et Freud est son prophète), ça ne lui a pas pris de temps à bricoler cette thèse complexe et sophistiquée où, au bout du compte, Sigmund Freud devient l&#8217;inventeur du jazz. »<a href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/Jeu%20des%20st%C3%A9r%C3%A9otypes%20et%20s%C3%A9duction%20dans%20Comment%20faire%20l'amour%20avec%20un%20n%C3%A8gre%20sans%20se%20fatiguer%20de%20Dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftn3">[3]</a></p>
<p style="text-align: justify;">«  Et me voici avalé, absorbé, annihilé, bu, digéré, mastiqué par ce Niagara de mots débités, dans un délire fantastique, avec une diction paranoïaque, le tout secoué de pulsations jazzées au rythme des incantations de sourates, avant de comprendre que Bouba me fait une lecture hachée, syncopée des tranquilles pages 68 et 69 de<em>Totem et tabou</em>. »<a href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/Jeu%20des%20st%C3%A9r%C3%A9otypes%20et%20s%C3%A9duction%20dans%20Comment%20faire%20l'amour%20avec%20un%20n%C3%A8gre%20sans%20se%20fatiguer%20de%20Dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftn4">[4]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Mais il y a aussi la méthode du narrateur, qui consiste à tisser une autre toile, une toile plus difficile à concevoir parce qu&#8217;au contraire de la toile des stéréotypes, il faut soi-même la tisser, une toile qui permet d&#8217;échapper au danger du leurre, au danger d&#8217;une séduction basée sur la transformation réciproque de soi et de l&#8217;autre en images fantasmatiques. Cette toile du sens difficile, c&#8217;est celle du texte bien sûr, celle du texte qui déjoue les stéréotypes, décèle le sens de leur jeu, dit ce que les stéréotypes ne disent pas d&#8217;eux-mêmes, se gardant de révéler leur propre fragilité. A l&#8217;art oral et inspiré de Bouba s&#8217;oppose l&#8217;art pénible, souvent menacé d&#8217;infertilité, de l&#8217;écriture.</p>
<p style="text-align: justify;">Que l&#8217;écrit ait quelque chose à voir avec un art de la toile pour le narrateur, celui-ci en donne quelques indications, par exemple celle-ci : « Les mots m&#8217;apparaissent comme des esquisses de mouches. Les lettres tremblantes, secouées de légers frissons. La phrase cahotante, vivante, bougeant sous mes yeux. »<a href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/Jeu%20des%20st%C3%A9r%C3%A9otypes%20et%20s%C3%A9duction%20dans%20Comment%20faire%20l'amour%20avec%20un%20n%C3%A8gre%20sans%20se%20fatiguer%20de%20Dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftn5">[5]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Cependant si l&#8217;on parle de l&#8217;art de l&#8217;écriture dans ce roman, de quel roman parle-t-on ? Le roman du narrateur correspond-il <em>au</em> roman de l&#8217;écrivain ? Ou correspond-il <em>avec</em> lui ? Les fantasmes que montre le <em>récit</em> du narrateur sont-ils les fantasmes du romancier <em>réel</em> ? Ou sont-ils ceux que la publication de <em>son</em> <em>roman</em> permettrait au narrateur (des amours avec une Carole Laure pour groupie numéro 1) ? Ce roman du narrateur est-il lui-même autre chose qu&#8217;un fantasme, un fantasme logé au creux d&#8217;un roman bien réel d&#8217;un écrivain qui avait déjà une vie bien rangée en arrivant à Montréal ?</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui importe à travers cette structure où le fantasme est contagieux au point de contaminer tout le projet dans lequel il prend place, c&#8217;est peut-être la place accordée au tabou, qui est ici le nœud du rapport entre stéréotypie et séduction, entre diaspora, mémoire et forme du roman. Remémorons-nous un instant les bases du concept de tabou.</p>
<p style="text-align: justify;">«  Pour nous, le tabou présente deux significations opposées : d&#8217;un côté, celle de sacré, consacré; de l&#8217;autre, celle d&#8217;inquiétant, de dangereux, d&#8217;interdit, d&#8217;impur. En polynésien, le contraire de tabou se dit <em>noa,</em> ce qui est ordinaire, accessible à tout le monde. C&#8217;est ainsi qu&#8217;au tabou se rattache la notion d&#8217;une sorte de réserve, et le tabou se manifeste essentiellement par des interdictions et restrictions. Notre expression terreur sacrée rendrait souvent, le sens de tabou. Les restrictions taboues sont autre chose que des prohibitions purement morales ou religieuses. Elles ne sont pas ramenées à un commandement divin, mais se recommandent d&#8217;elles-mêmes. Ce qui les distingue des prohibitions morales, c&#8217;est qu&#8217;elles ne font pas partie d&#8217;un système considérant les abstentions comme nécessaires d&#8217;une façon générale et donnant les raisons de cette nécessité. Les prohibitions taboues ne se fondent sur aucune raison; leur origine est inconnue; incompréhensibles pour nous, elles paraissent naturelles à ceux qui vivent sous leur empire. »</p>
<p style="text-align: justify;">Freud citant l&#8217;article de l&#8217;<em>Encyclopedia britannica</em> écrit par Northcote :</p>
<p style="text-align: justify;">«  Envisagé à un point de vue plus vaste, tabou présente plusieurs variétés : 1° un tabou naturel ou direct, qui est le produit d&#8217;une force mystérieuse (Mana) attachée à une personne ou à une chose; 2° un tabou transmis ou indirect, émanant de la même force, mais qui est ou a) acquis ou b) emprunté à un prêtre, à un chef, etc., etc.; enfin, 3° un tabou intermédiaire entre les deux premiers, se composant des deux facteurs précédents, comme, par exemple, dans l&#8217;appropriation d&#8217;une femme par un homme. »<a href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/Jeu%20des%20st%C3%A9r%C3%A9otypes%20et%20s%C3%A9duction%20dans%20Comment%20faire%20l'amour%20avec%20un%20n%C3%A8gre%20sans%20se%20fatiguer%20de%20Dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftn6">[6]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Citation du roman :</p>
<p style="text-align: justify;">«  Ça la touche de me voir manger. Elle est incroyable, Miz Littérature. Elle a été dressée à croire à tout ce qu&#8217;on lui dit. C&#8217;est sa culture. Je peux lui raconter n&#8217;importe quel boniment, elle secoue la tête avec des yeux émus. Elle est touchée. Je peux lui dire que je mange de la chair humaine, que quelque part dans mon code génétique se trouve inscrit ce désir de manger de la chair blanche, que mes nuits sont hantées par ses seins, ses hanches, ses cuisses, vraiment, je le jure, je peux lui dire ça et elle comprendra. D&#8217;abord, elle me croira. Tu t&#8217;imagines, elle étudie à McGill (une vénérable institution où la bourgeoisie place ses enfants pour leur apprendre la clarté, l&#8217;analyse et le doute scientifique) et le premier Nègre qui lui raconte la première histoire à dormir debout la baise. Pourquoi ? Parce qu&#8217;elle peut se payer ce luxe. Si je me permets la moindre naïveté, ne serait-ce qu&#8217;une seconde, je suis un Nègre mort. Littéralement. Je dois être une cible mouvante ; sinon à la première émotion, ma peau ne vaudra pas cher. Miz Littérature peut bien se permettre d&#8217;avoir une conscience pure, claire et honnête. Elle en a les moyens. Quant à moi, j&#8217;ai su très tôt qu&#8217;il fallait en finir avec ce produit de luxe. Pas de conscience. Pas de paradis perdu. Pas de terre promise. Dis- moi : quelle aide une conscience peut-elle bien m&#8217;apporter ? Elle ne peut être qu&#8217;une cause d&#8217;embêtements pour un Nègre rempli à craquer de fantasmes, de désirs et de rêves inassouvis. »<a href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/Jeu%20des%20st%C3%A9r%C3%A9otypes%20et%20s%C3%A9duction%20dans%20Comment%20faire%20l'amour%20avec%20un%20n%C3%A8gre%20sans%20se%20fatiguer%20de%20Dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftn7">[7]</a></p>
<p style="text-align: justify;">On pourrait dire que dans ce roman-monde, l&#8217;homme noir pour la jeune femme WASP relève du premier type de tabou (celui-ci doit faire attention de ne pas perdre à ses yeux ses mystérieux pouvoirs : il ne peut la capturer qu&#8217;à condition de la captiver, en se reposant sur sa <em>mauvaise</em> conscience, c&#8217;est-à-dire l&#8217;inconscient collectif, foyer de toutes les stéréotypies), la jeune femme WASP pour l&#8217;homme noir relève du second, et leur relation du troisième.</p>
<p style="text-align: justify;">Cependant ce cynisme quant à la nature de leur relation (celle-ci vivant comme un parasite d&#8217;une vilaine bête, le tabou) cache peut-être lui-même autre chose, un autre désir, d&#8217;une autre nature, meilleure.</p>
<p style="text-align: justify;">«  Je me surprends à regarder Miz Littérature d&#8217;un autre œil. Elle a l&#8217;air tout à fait normal, pourtant. C&#8217;est une grande fille légèrement cassée à la taille avec des bras d&#8217;albatros, des yeux trop vifs (trop confiants) des doigts fins et un visage étonnamment régulier. Il semble qu&#8217;elle n&#8217;a jamais porté d&#8217;appareil aux dents, ce qui est à peine croyable pour une fille d&#8217;Outremont. Elle a aussi de petits seins et elle chausse du 10.</p>
<p style="text-align: justify;">- Tu ne manges pas ? Lui dis-je.</p>
<p style="text-align: justify;">- Non.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle me répond avec un sourire. Le sourire est une invention britannique. Pour être précis, les Anglais l&#8217;ont rapporté de leur campagne japonaise. »<a href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/Jeu%20des%20st%C3%A9r%C3%A9otypes%20et%20s%C3%A9duction%20dans%20Comment%20faire%20l'amour%20avec%20un%20n%C3%A8gre%20sans%20se%20fatiguer%20de%20Dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftn8">[8]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Il faut se méfier des courtes descriptions toutes simples, qui sont comme des temps faibles, de petits temps morts entre les tirades sur-vitaminées avec leurs déclarations en coup de mitraillette ; il faut se méfier de ces courts passages presque neutres, qui témoignent d&#8217;une attention au réel sans emportement, d&#8217;une attention aux détails presque invisibles ou inaudibles de ce qui est là sous les yeux ou à une facile portée d&#8217;oreille, et qui disparaît sous le foisonnement du fantasme ; il faut se méfier des courtes descriptions toutes simples, chez un auteur qui a écrit <em>L&#8217;Odeur du café</em>, parce qu&#8217;avec l&#8217;attention aux détails commence la compassion et la tendresse.</p>
<p style="text-align: justify;">Rappelons l&#8217;ouverture du roman :</p>
<p style="text-align: justify;">« Le nègre est un meuble. »</p>
<p style="text-align: justify;">Code Noir,</p>
<p style="text-align: justify;">art. 1, 1685<a href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/Jeu%20des%20st%C3%A9r%C3%A9otypes%20et%20s%C3%A9duction%20dans%20Comment%20faire%20l'amour%20avec%20un%20n%C3%A8gre%20sans%20se%20fatiguer%20de%20Dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftn9">[9]</a></p>
<p style="text-align: justify;">S&#8217;agissait-il alors simplement dans ce roman de témoigner du remplacement d&#8217;un rapport à l&#8217;autre unilatéral de nature utilitaire par un rapport à l&#8217;autre réciproque de nature fantasmatique ? La forme du roman ménage des temps faibles faisant écho à un éloge de la faiblesse, à un éloge de ce qui est habituellement désigné comme faiblesse, des temps faibles où retombe l&#8217;espace d&#8217;un instant le tourbillon des fantasmes et des stéréotypes, où la réalité trouve une maigre ouverture pour apparaître. Ainsi était décrite l&#8217;inactivité de Bouba : « Bouba passe ses journées, apparemment, à ne rien faire. En réalité, il purifie l&#8217;univers. Le sommeil nous guérit de toutes les impuretés physiques, les maladies mentales et les perversions morales. » Et c&#8217;est à un Bouba réel que le roman réel est dédié.</p>
<p style="text-align: justify;">Sous l&#8217;expression crûment générique du titre « faire l&#8217;amour avec un nègre » (sous-entendant : peu importe lequel), apparaît un monde où même la contemporanéité et la colocation les plus étroites ne suffisent pas à réduire l&#8217;altérité à l&#8217;identique, l&#8217;individualité au genre : sous un même toit cohabitent deux nègres avec lesquels faire l&#8217;amour n&#8217;est en rien équivalent, deux régimes des plaisirs ou deux conceptions de la sexualité à la fois voisines et infiniment éloignées.</p>
<p style="text-align: justify;">«  Supposons que nous entreprenions d&#8217;écrire une histoire de l&#8217;amour ou de la sexualité à travers les âges. Nous pourrions être satisfaits de notre travail jusqu&#8217;au point où le lecteur y lirait quelles variations les païens ou bien les chrétiens, dans leurs idées et leurs pratiques, avaient modulées sur le thème bien connu qu&#8217;est le sexe. Mais supposons qu&#8217;arrivé à ce point quelque chose nous tracasse encore, que nous croyions devoir pousser l&#8217;analyse plus loin ; nous avons senti, par exemple, que telle ou telle façon de s&#8217;exprimer d&#8217;un auteur grec ou médiéval, tels mots, tel tour de phrase laissaient après notre analyse un résidu, une nuance qui impliquait quelque chose que nous n&#8217;avions pas vu. Et qu&#8217;au lieu de négliger ce résidu comme n&#8217;étant qu&#8217;une expression maladroite, un à-peu-près, une partie morte du texte, nous fassions un effort de plus pour expliciter ce qu&#8217;il paraissait impliquer et que nous y parvenions. »<a href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/Jeu%20des%20st%C3%A9r%C3%A9otypes%20et%20s%C3%A9duction%20dans%20Comment%20faire%20l'amour%20avec%20un%20n%C3%A8gre%20sans%20se%20fatiguer%20de%20Dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftn10">[10]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Voisines leurs conceptions le sont par l&#8217;axe sous lequel elles posent le problème de la sexualité : comment retirer le plus de plaisir ou le meilleur plaisir ? Infiniment éloignées par leurs manières de le solutionner : d&#8217;une part l&#8217;appât esthétique de la beauté et les techniques qui s&#8217;ensuivent pour appâter à son tour et capturer le bel objet, d&#8217;autre part une défiance vis-à-vis de la beauté plastique perçue comme mirage et un investissement dans une sensualité qui ne passe pas prioritairement par le jugement de l’œil.</p>
<p style="text-align: justify;">«  Peut-être faudrait-il dire aussi que faire l&#8217;amour, c&#8217;est sentir son corps se refermer sur soi, c&#8217;est enfin exister hors de toute utopie, avec toute sa densité, entre les mains de l&#8217;autre. Sous les doigts de l&#8217;autre qui vous parcourent, toutes les parts invisibles de votre corps se mettent à exister, contre les lèvres de l&#8217;autre les vôtres deviennent sensibles, devant <em>ses</em> yeux mi-clos votre visage acquiert une certitude, il y a un regard enfin pour voir vos paupières fermées. L&#8217;amour, lui aussi, comme le miroir et comme la mort, apaise l&#8217;utopie de votre corps, il la fait taire, il la calme, il l&#8217;enferme comme dans une boîte, il la clôt et il la scelle. C&#8217;est pourquoi il est si proche parent de l&#8217;illusion du miroir et de la menace de la mort ; et si malgré ces deux figures périlleuses qui l&#8217;entourent, on aime tant faire l&#8217;amour, c&#8217;est parce que dans l&#8217;amour le corps est <em>ici</em>. »<a href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/Jeu%20des%20st%C3%A9r%C3%A9otypes%20et%20s%C3%A9duction%20dans%20Comment%20faire%20l'amour%20avec%20un%20n%C3%A8gre%20sans%20se%20fatiguer%20de%20Dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftn11">[11]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Aucune de ces deux conceptions de la sexualité ne s&#8217;assimile complètement à un « faire l&#8217;amour » entendu comme rapport à l&#8217;autre qui fait être son <em>et</em> <em>mon</em> corps, qui désutopise le corps propre. Mais des deux, celle de l&#8217;anti-esthète ou du para-esthète est celle qui s&#8217;en approche sans doute le plus ; et quant à l&#8217;autre, elle laisse en effet apparaître dans ses marges, dans ses temps faibles, son envers, l&#8217;aperception de l&#8217;autre comme singularité.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Ouvrages cités</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">- Foucault, Michel, et Daniel Defert. <em>Le Corps utopique ; Suivi de Les Hétérotopies</em>. Paris: Nouvelles éditions Lignes, 2009. Imprimé.</p>
<p style="text-align: justify;">- Freud, Sigmund. <em>Totem et tabou</em>. Trad. Samuel Jankélévitch. <em>Totem Et Tabou</em>. Paris: Payot &amp; Rivages, 2001. Imprimé.</p>
<p style="text-align: justify;">- Kant, Emmanuel. <em>Critique de la faculté de juger</em>. Trad. Alexis Philonenko. Paris: Librairie Philosophique J. Vrin, 1993. Imprimé.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>&#8212;. Métaphysique des mœurs. </em>Trad. et Alain Renaut. Paris: Flammarion, 1994. Imprimé.</p>
<p style="text-align: justify;">- Laferrière, Dany. <em>Comment faire l&#8217;amour avec un nègre sans se fatiguer</em>. Paris: Le Serpent à Plumes, 1999. Imprimé.</p>
<p style="text-align: justify;">&#8212;. <em>L&#8217;Odeur du café</em>. Paris: Serpent à Plumes, 2001. Imprimé.</p>
<p style="text-align: justify;">- Veyne, Paul. <em>Foucault, sa pensée, sa personne</em>. Paris: Albin Michel, 2008. Imprimé.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/Jeu%20des%20st%C3%A9r%C3%A9otypes%20et%20s%C3%A9duction%20dans%20Comment%20faire%20l'amour%20avec%20un%20n%C3%A8gre%20sans%20se%20fatiguer%20de%20Dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftnref1">[1]</a> Célèbre énoncé de l&#8217;impératif catégorique, dans la<em> Métaphysique des mœurs</em> (fondation, deuxième section, p. 108).</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/Jeu%20des%20st%C3%A9r%C3%A9otypes%20et%20s%C3%A9duction%20dans%20Comment%20faire%20l'amour%20avec%20un%20n%C3%A8gre%20sans%20se%20fatiguer%20de%20Dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftnref2">[2]</a><em> CFA</em>, pp. 12-13.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/Jeu%20des%20st%C3%A9r%C3%A9otypes%20et%20s%C3%A9duction%20dans%20Comment%20faire%20l'amour%20avec%20un%20n%C3%A8gre%20sans%20se%20fatiguer%20de%20Dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftnref3">[3]</a><em> CFA</em>, pp. 13-14.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/Jeu%20des%20st%C3%A9r%C3%A9otypes%20et%20s%C3%A9duction%20dans%20Comment%20faire%20l'amour%20avec%20un%20n%C3%A8gre%20sans%20se%20fatiguer%20de%20Dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftnref4">[4]</a><em> CFA</em>, pp. 14-15.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/Jeu%20des%20st%C3%A9r%C3%A9otypes%20et%20s%C3%A9duction%20dans%20Comment%20faire%20l'amour%20avec%20un%20n%C3%A8gre%20sans%20se%20fatiguer%20de%20Dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftnref5">[5]</a><em> CFA</em>, pp. 23.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/Jeu%20des%20st%C3%A9r%C3%A9otypes%20et%20s%C3%A9duction%20dans%20Comment%20faire%20l'amour%20avec%20un%20n%C3%A8gre%20sans%20se%20fatiguer%20de%20Dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftnref6">[6]</a><em> Totem et tabou</em>, Chap. 2, partie 1, pp. 35-36.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/Jeu%20des%20st%C3%A9r%C3%A9otypes%20et%20s%C3%A9duction%20dans%20Comment%20faire%20l'amour%20avec%20un%20n%C3%A8gre%20sans%20se%20fatiguer%20de%20Dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftnref7">[7]</a><em> CFA</em>, pp. 31-32.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/Jeu%20des%20st%C3%A9r%C3%A9otypes%20et%20s%C3%A9duction%20dans%20Comment%20faire%20l'amour%20avec%20un%20n%C3%A8gre%20sans%20se%20fatiguer%20de%20Dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftnref8">[8]</a><em> CFA</em>, p. 30.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/Jeu%20des%20st%C3%A9r%C3%A9otypes%20et%20s%C3%A9duction%20dans%20Comment%20faire%20l'amour%20avec%20un%20n%C3%A8gre%20sans%20se%20fatiguer%20de%20Dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftnref9">[9]</a><em> CFA</em>, p. 9.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/Jeu%20des%20st%C3%A9r%C3%A9otypes%20et%20s%C3%A9duction%20dans%20Comment%20faire%20l'amour%20avec%20un%20n%C3%A8gre%20sans%20se%20fatiguer%20de%20Dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftnref10">[10]</a> Paul Veyne, <em>Foucault, sa pensée, sa personne</em>, pp. 16-17.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/Jeu%20des%20st%C3%A9r%C3%A9otypes%20et%20s%C3%A9duction%20dans%20Comment%20faire%20l'amour%20avec%20un%20n%C3%A8gre%20sans%20se%20fatiguer%20de%20Dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftnref11">[11]</a> Michel Foucault, <em>Le Corps utopique</em>, pp. 19-20.</p>

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		<title>Personnage et espace dans l’univers romanesque de J.G. Le Clezio.</title>
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		<pubDate>Fri, 14 Oct 2011 22:21:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ikanga</dc:creator>
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		<description><![CDATA[ La liberté est fondamentalement indéniable pour l’épanouissement de l’individu. Lui en priver créerait en ce dernier une sorte de rébellion. Comme expression de liberté, le sujet enfermé se comporte alors en anticonformiste C’est de cette tentative de libération du carcan du modernisme qui caractérise les protagonistes lecléziens dont il sera question. La présente analyse porte [...]]]></description>
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<p style="text-align: justify;"> La liberté est fondamentalement indéniable pour l’épanouissement de l’individu. Lui en priver créerait en ce dernier une sorte de rébellion. Comme expression de liberté, le sujet enfermé se comporte alors en anticonformiste</p>
<p style="text-align: justify;">C’est de cette tentative de libération du carcan du modernisme qui caractérise les protagonistes lecléziens dont il sera question. La présente analyse porte sur <span style="text-decoration: underline;">Mondo et d’autres histoires</span>, un des romans de J.G. LéClezio. Dans ce texte, Mondo, Lullaby et Daniel recherchent le bonheur de l’homme en dehors des voies habituelles. Pour ce faire, ils adoptent de nouvelles attitudes opposées aux institutions du monde moderne. Ne s’agirait-il pas là d’un anti-conformisme à la modernité ? Ceci est perceptible dans leurs rapports avec la nature, les hommes et les éléments cosmiques. En effet, pour eux, ce monde est un espace perverti, ses lois privent l’homme de sa liberté. L’école, comme principal symbole du modernisme, est l’élément particulier dont ils se passent.</p>
<p style="text-align: justify;"> Si Mondo lui, ne sait ni lire ni écrire, Lullaby et Daniel le savent mais ils abandonnent les études pour mener une vie libre dans la nature. L’amour envers cette dernière et les rencontres avec des inconnus les caractérisent en commun. Chacun, à sa façon, se comporte de manière à trouver un mode de vie favorable à la liberté, au bonheur.</p>
<p style="text-align: justify;">D’emblée, ils se caractérisent par la désobéissance aux parents et aux institutions qui les représentent. Ceci expliquerait leur volonté individuelle et manifeste de se comporter en rebelles dans la société. Pour ces jeunes gens, l’école est à l’image des parents. De par son caractère carcéral, elle les aliène, de ce fait, elle ne saurait en rien les mener à la liberté.</p>
<p style="text-align: justify;">Lullaby s’adresse à ses parents pour abandonner l’école. Quant à Mondo et Daniel, ils ne disent rien des leurs. De Mondo nous lisons : « Personne n’aurait pu dire d’où venait Mondo. Il était arrivé un jour, par hasard, ici dans notre ville, sans qu’on en aperçoive, et puis on s’était habitué à lui » (11). De Lullaby, la lettre nous dit que «  le jour que Lullaby décida qu’elle n’irait plus à l’école, c’était encore très tôt le matin» (77). Et au sujet de Daniel : « Quand les pensionnaires se sont réveillés, dans le grand dortoir gris, il avait disparu » (163). Si on ne sait d’où est venu Mondo, on peut s’imaginer que c’est un enfant qui a échappé aux contrôles des siens pour se tisser un monde plus libre que celui de ses parents. Il en serait de même de Lullaby et Daniel.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour arriver à de telles observations nous nous sommes proposés de travailler en fonction des oppositions binaires présentes dans la narration afin de faire ressortir les faits conduisant à la quête de la liberté chez les protagonistes. Dans un premier temps, nous traiterons des protagonistes. Ensuite nous analyserons la spatialité. Puis, nous terminons par traiter des relations interpersonnelles des protagonistes.</p>
<p style="text-align: justify;">   En ce qui concerne les protagonistes, il faut faire remarquer qu’ils sont apparemment des congénères; tous relativement des enfants. C’est à peine s’ils peuvent avoir atteint la puberté. Ceci est général dans l’ensemble de l’œuvre de Le Clézio. On peut le constater avec l’âge de Martin, Mondo, Lullaby, Petite croix Orlamnode. Qu’est-ce qui expliquerait ce choix d’enfants chez ce prix Nobel des littératures? L’enfant est une personne simple, mais complexe. Ce qui n’est pas loin du roman picaresque dans l’histoire des littératures du monde. Frederick Westerlund (1964) dira à ce sujet: « L’enfant représente l’âme pure. » Ce à quoi Pierre Maury renchérit: « Le Clézio dit ressentir un refus de l’insertion dans le monde […] des adultes qui ne répond pas aux besoins de l’adolescent » (94). Le monde des adultes est un monde aux apparences et corrompues, un mode qui a perdu toute pureté. Un tel monde altéré n’est plus libre. Ce qui pourrait justifier ici le choix de ces types de personnages car ils sont le reflet de l’innocence de la vie. Coenem-Mennemeie (1984) avance que « loin de rester aussi simple en apparence, l’enfant incarne cette complexité d’un être pure devant l’adulte corrompu » (124). Même si certaines différences les caractérisent, cela ne les éloignent pas tellement l’un de l’autre. Daniel et Lullaby sont des élèves alors que Mondo ne sait ni lire ni écrire. Mais si ce dernier finit par demander au vieil homme de lui apprendre à lire et à écrire : « je voudrais que vous m’appreniez à lire et à écrire, s’il vous plaît » (57), il ne va pourtant pas à l’école au sens littéral du monde moderne. Un tel apprentissage favorise sa liberté de jouir de la nature. En effet, Mondo semble ne pas prendre au sérieux sa demande. Et quand il apprend à lire et à écrire, ce qu’il écrit fait ressortir les images qui lui plaisent. Ici, il n’y a rien de contraignant. Son soit disant Maître lui a appris à lire en interprétant l’alphabet par des images profondes et faciles à retenir. N’est-ce pas là une manière de créer un monde libéré de toutes les contraintes de l’école moderne ? Mondo et son maître contournent l’usage normal de l’alphabet romain. C’est ce qui fait que Mondo écrive des lettres aux images qui reflètent son intérieur, loin de l’usage conventionnel de l’écriture. De toutes les images alphabétiques qu’il a apprises, apparaissent avec prédilection des lettres apparentées à diverses réalités. Ainsi, par exemple, quand on lui demande d’écrire son nom: « Il y avait toujours beaucoup de O et de I parce que c’est eux qu’il préférait. Il aimait aussi les T, les Z et les oiseaux V W. Voici le texte de Mondo: « OVO OWO OTTO IZTI ».</p>
<p style="text-align: justify;"> En fait le choix de Mondo n’est pas moins significatif. S’il choisit par exemple des oiseaux, qui représentent les lettres V et W, ceci n’a rien d’étrange. L’oiseau est un animal libre de circulation. Il flâne partout dans la nature où lui dicte sa volonté. Ce qui semble ne pas être loin de l’obsession de Mondo. Friant de la liberté il ne peut s’identifier qu’aux êtres libres de leurs mouvements. Par ailleurs, la présence de la lettre T se justifierait par sa beauté, la beauté du monde, ce monde que la modernité rend laid par sa brutalité au nom de la science sacrée. La présence du O ferait penser à la lune. Non seulement que cet astre est à l’image d’une roue – symbole de mouvement libre – mais aussi il s’agit là de l’espace lointain qui invite à l’errance. D’autre part, il est question de l’espace céleste qui est l’un des mondes de prédilection de Mondo. De son côté, le Z représentant un serpent ferait penser au fait de ne pas adopter une seule voie. Il y a ici la déconstruction du pré-bâti. Un peu comme pour dire « toute voie mène à l’objectif ». Il faut ajouter que ces mille zigzags en prédilection chez Mondo sont une simple expression qui s’oppose à la linéarité de la vie. Ceci se comprend tant il est vrai que, comme le dit Onimus (1981) :<strong> </strong></p>
<p style="padding-left: 60px; text-align: justify;">Les protagonistes sont en mouvement perpétuel. Parfois ils marchent d&#8217;une impatience existentielle, d&#8217;une fièvre métaphysique à une fuite de la nostalgie de l&#8217;innocence, un énervement qui se révèle jusque dans l&#8217;écriture. (95)</p>
<p style="text-align: justify;">Si Onimus considère leur déplacement comme tel, Franz (1977) vient ajouter un autre élément. Il s’agit de s’écarter d’un mal que les autres prennent pour un bien, la civilisation occidentale et ses effets néfastes sur l’homme. Ainsi se justifie sa déclaration de manière suivante par rapport aux personnages de Le Clézio :</p>
<p style="padding-left: 60px; text-align: justify;">Ils donnent l&#8217;impression d&#8217;être hantés par un désir sous-jacent d&#8217;un ailleurs, de quitter la civilisation, la ville pour s&#8217;unir aux éléments, comme Besson dans <em>Le Déluge</em> ou Adam Pollo dans <em>Le Procès-verbal</em>. Gaspar dans <em>Les bergers</em> ou Antoine dans <em>Le jeu d&#8217;Anne</em> sont déjà près des éléments, comme presque tous les enfants. D&#8217;autres ne trouvent pas d&#8217;issue, comme Bea B dans <em>La Guerre</em> ou Mondo. S&#8217;ils cèdent, la réconciliation avec le monde est possible. (21)</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, pourrait s’expliquer l’intervention de certaines lettres de l’alphabet chez le personnage de Le Clézio. De ce fait, pour Mondo, l’usage du I ferait penser à la danse. Expression de la liberté de mouvement du corps, la danse a une place importante chez l’humain. Elle met l’homme en communication avec le monde invisible tout en lui ouvrant ainsi la vérité de l’univers inconnue par l’homme moderne. Elle libère le corps de sa masse, de son poids de toujours. Quoiqu’écrive Mondo, c’est en forme de desseins qu’apparaissent ses textes. Le dessin est l’expression de la liberté de la pensée individuelle. Le dessin parle un langage commun accessible à tout le monde. Différent de l’alphabet de n’importe quelle langue, le dessin se prête à la vue et est facilement compréhensible. Quiconque n’a pas appris l’alphabet ne peut décoder le message derrière l’écriture. Alors que le dessin reste ouvert à tous sans distinction ; sauf aux aveugles bien sûr. Dans ce sens, l’écriture alphabétique porte la marque d’exclusion. En effet, aujourd’hui, celui qui ne sait ni lire ni écrire est un aliéné au sens premier. Mondo ne passe pourtant pas par là. Le vieil homme qui lui apprend à lire et à écrire, le fait autrement quand bien même il utilise le même alphabet. À ce stade l’alphabet devient le symbole des certaines réalités facilement visibles au travers des lettres habituelles. Ces symboles permettent donc de dire autre chose qui soit plus pratique et facile à saisir pour apprendre à lire et à écrire. C’est une façon de régénérer le monde, l’affranchir d’un langage qui éloigne l’individu des vérités profondes de l’univers. Au total, l’alphabet tel qu’il est, universalisé, devient par lui-même carcéral pour l’élève. Par contre, la méthodologie du vieil homme d’enseigner l’alphabet à Mondo ne serait-elle pas un contour pour échapper au carcan de l’écriture moderne et ce qu’elle représenterait ?</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, cette technique facilite l’apprentissage et la pratique même ordinaire. Elle libère ainsi tout apprenant de la servitude scolaire. On va le retrouver même dans la manière de s’exprimer des protagonistes ; Mondo, Lullaby et Daniel. Tous veulent se libérer du langage de tous les jours selon la perception des linguistes et sémioticiens, quand on sait que, selon Bourdet (1966) :</p>
<p style="padding-left: 60px; text-align: justify;">Le rôle du langage en tant que moyen de communication entre le moi et le monde cède la place au langage comme moyen d’expression des sensations, pour lesquelles les contraintes du temps et de l’espace sont trop exigeantes. (118)</p>
<p style="text-align: justify;">Aussi, pour mieux dire ce qu’ils ont à dire, on trouve des dessins, des cartes, des pancartes, dans les textes de Le Clézio. À ce sujet Brée (1990) dit qu’ « Ils font tous éclater la linéarité du texte au profit du rapprochement entre la fiction et la réalité » (11). À ce niveau, le langage perd de sa fonction sociale, celle de communication entre les humains. Mais le héros de Le Clézio en fait un autre usage, comme on le voit avec le vieil homme qui apprend à Mondo à lire et à écrire, et qu’il veut écrire son nom. Ceci se justifierait par la ferme volonté du héros le clézien de transformer le monde. Ainsi on dira avec Konaté:</p>
<p style="padding-left: 60px; text-align: justify;">[….] le héros le clézien, quand il s’intéresse à une langue inventée par l’homme moderne, s’amuse principalement à détourner les mots de leurs fonctions habituelles pour n’en faire qu’un usage privé, subjectif, personnel et ludique. (333)</p>
<p style="text-align: justify;">Comme pour renforcer l’idée d’une quête de la liberté que l’école et ses corollaires semblent confisquer, nous voyons ici comment Lullaby et Daniel quittent l’école pour la nature:</p>
<p style="padding-left: 60px; text-align: justify;">Le jour où Lullaby quitta décida qu’elle n’irait plus à l’école, c’était encore très tôt le matin, vers le milieu du mois d’octobre. Elle quitta son lit, elle traversa pieds nus sa chambre et elle écarta un peu les lames des stores pour regarder dehors. (77)</p>
<p style="text-align: justify;"> Du côté de Daniel nous lisons:</p>
<p style="padding-left: 60px; text-align: justify;">[…], il avait disparu. On s’en est aperçu tout de suite, dès qu’on a ouvert les yeux, parce que son lit n’était pas défait. Les couvertures étaient tirées avec soin, et tout était en ordre. Alors on a dit seulement: Tiens. Daniel est parti. (163)</p>
<p style="text-align: justify;"> La fuite de l’école que partagent Lullaby et Daniel est une expression beaucoup plus claire de la recherche de l’autonomie, une quête de liberté fondamentale. À ce niveau, l’école se traduirait comme un milieu carcéral en dépit de ce qu’on y enseigne. L’espace scolaire semble ne pas permettre le développement complet de l’enfant. Les lois de l’école, ses murs et ses autorités deviennent pour l’enfant un monde duquel il faut s’échapper afin de se sentir libre. Ces enfants fuient l’école en cherchant non seulement leurs propres matières à apprendre mais aussi un milieu d’apprentissage capable de leur conférer le bonheur et les rendre plus joyeux. Ne douteraient-ils donc pas ici des connaissances ou des valeurs acquises à l’école ? Konaté (2006) explique qu’« Ils sont persuadés que les valeurs et les idées répandues dans ce monde sont fausses et inefficaces, car elles ne leur permettent pas de vivre heureux et en harmonie avec l’univers » (325). Cette conception de la vie, peut se lire dans l’acte de Lullaby qui se débarrasse de l’horloge que son père lui fit en cadeau pour l’école:</p>
<p style="padding-left: 60px; text-align: justify;">Cher Papa, je voudrais bien que tu / viennes reprendre le réveille-matin. / Tu me l’avais donné avant que je parte de Téhéran / et maman et sœur Laurence avaient dit qu’il / était très beau. Moi aussi je trouve / très beau, mais je crois que maintenant il ne / me servira plus. C’est pourquoi je voudrais / que tu viennes le prendre./ Il te servira à nouveau.(78-79)</p>
<p style="text-align: justify;">Ce passage est bien révélateur de ce refus manifeste de continuer à se rendre dans une institution qui enferme l’homme. Si Lullaby se réveille au rythme du réveille-matin, c’est malgré elle. Ceci est compréhensible dans la mesure où le réveille-matin est le symbole de soumission au temps pour éviter d’être en retard. Son bruit qui coupe brutalement le sommeil, sépare le sujet du lit. Il le met dans une situation inconfortable malgré lui. Le sommeil et le lit sont pourtant des métaphores de liberté de mouvement et de temps pour tout le monde. L’homme moderne n’a-t-il pas perdu cela ? Lullaby voudrait les lui restituer. Ce qui justifierait son comportement par rapport au réveille-matin. Elle déconstruit la notion du temps pour l’homme. Siganos (1982) dira à ce sujet : « <strong> </strong>L&#8217;enfant n&#8217;est pas lié à un concept fixé du temps, ce qui ouvre la voie à la beauté terrestre, qui, à son tour, rend possible l&#8217;extase matérielle » (22). Il lui faut son propre temps libre pendant lequel l’homme peut jouir de la plénitude de la vie. S’il est soumis au temps physique, il perd alors son humanité et devient un automate comme le réveille-matin. Il devient esclave du temps car il faut absolument se réveiller à l’heure pour ne pas être en retard avec toutes les conséquences qui en découlent, selon les normes de l’entreprise. C’est ce à quoi Lullaby refuse de se soumettre, soit la vie de la ville et donc la vie du monde moderne. Lullaby préfère, comme Mondo et Daniel, une vie affranchie de ce temps qui frise la corvée et étouffe l’homme. Il s’agirait ici d’un binarisme où le temps libre équivaudrait à la vie et celui du réveille-matin à la mort.</p>
<p style="text-align: justify;">De plus, pour plus de liberté et de joie de vivre, d’autres éléments semblent faire la prédilection des protagonistes. Il s’agit ici des relations interpersonnelles, de la nature et de ses éléments cosmiques. Ceci devient plus compréhensible quand l’on voit le type de personnes et le genre d’espaces préférées de ces enfants. Il existe une sorte de déconstruction des relations avec l’espace et le personnage pour ces protagonistes. Quant à l’espace, par exemple, il fait naître opposition : nature/ville. L’espace occupe donc une place non négligeable dans l’ensemble de l’œuvre de Le Clézio. La nature est l’espace de prédilection du héros le clézien. En effet, celui-ci lui confère le bonheur de jouir de la plénitude de la vie. C’est donc cette joie de vivre que procure la nature, grâce à ses multiples éléments et à ses caractéristiques attrayantes, que poursuivent Mondo, Lullaby et Daniel à la différence de la ville qu’ils jugent invivable. Cette dernière, représenterait pour eux, le mal qui ravage l’homme ; il ne sait plus le tenir en dépit de ses connaissances scientifiques. La ville, avec sa population qui se déplace sans cesse, dans tous les sens et à tout moment, ses bruits de tous genres, ses poubelles, et ses multiples activités se transforme en un espace où l’individu cesse de vivre ; il y a perte de tous sens de l’homme comme on peut le lire dans les lignes suivantes selon Konate (2006) :</p>
<p style="padding-left: 60px; text-align: justify;">La ville, symbole concret et parfait de la civilisation contemporaine, est présentée comme une vaste prison, un labyrinthe ou encore un monstre implacable dont le mécanisme bien huile permet aisément de piéger, dépersonnaliser et aliéner le citadin, le transformer en véritable esclave. (337)</p>
<p style="text-align: justify;">La relation avec l’espace reste un élément non négligeable en littérature comme nous le montre Françoise-Simasotchi Bornes :</p>
<p style="padding-left: 60px; text-align: justify;">La mobilité des personnages, leur répartition dans l’espace, et leurs déplacements plus ou moins amples ou plus ou moins nombreux, jalonnent la diégèse romanesque, et sont à mettre en relation avec d’autres impératifs narratifs comme le temps et l’action. Ils manifestent un projet de territorialisation dont la valeur est bien plus ample qu’un simple enjeu spatial. Le système spatial rend compte de l’état des relations interpersonnelles dans le roman et du changement intervenant dans les rapports du personnage avec l’espace, qui passent de l’ordre de la problématique référentielle à celui du symbolique. (132-133)</p>
<p style="text-align: justify;">On ne devrait donc pas se passer de la relation entre le personnage et son espace dans un roman. Ceci pourra nous aider à comprendre la raison pour laquelle Lullaby et Daniel abandonnent la ville pour la campagne. Ici, la nature et ses éléments deviennent favorables à la contemplation qui satisfait aux sens des protagonistes. Parmi tant d’autres, nous pouvons citer la mer, les rochers, les collines, les montagnes, les animaux sauvages et marins, les oiseaux, le ciel, les nuages, la lune, et les étoiles. La relation entre les protagonistes et la nature leur dicte une nouvelle vision du monde plus vitale que la scolarisation ordinaire, c’est-à-dire une vie où s’effectue un réel échange qui donne  la vie. Si Mondo prend la mer et le ciel pour des éléments transformateurs après ses mille libres tours en ville (14), Lullaby, elle, après avoir fui l’école, n’en revient pas au vrai contact visuel avec le ciel et la mer. L’invitation à son père n’est pas moins éloquente ici:</p>
<p style="padding-left: 60px; text-align: justify;">Il fait beau aujourd’hui, le ciel est/ comme j’aime très beau. Je voudrais/ bien que tu sois là pour voir le ciel / la mer aussi est très bleue.[…] J’espère que tu pourras/ venir bientôt parce que je ne sais / si le ciel et la mer vont pouvoir t’attendre. (78-79)</p>
<p style="text-align: justify;">À la lecture de ce passage on peut bien se rendre compte de la valeur que la fille accorde aux éléments de la nature. Déjà en demandant à son père de faire diligence pour ne pas manquer ce spectacle. Elle est chargée d’une force sémique liée aux objets observés. Cet attrait esthétique de ces éléments cosmiques fait découvrir à Lullaby la beauté de la nature. Daniel de son côté, n’en dit pas moins. Il n’avait d’ailleurs jamais vu la mer. Si ses étonnements sont plus graves que ceux d’autres, cela se comprend bien. Il prend même pour presque miraculeux le mot « mer » car :</p>
<p style="padding-left: 60px; text-align: justify;">Au fond de lui-même, Daniel a répété le beau nom plusieurs fois, comme cela : La mer, la mer, la mer…la tête pleine de bruit et de vertige. Il avait envie de parler, de crier même, mais sa gorge ne laissait pas passer sa voix. Alors il fallait qu’il parte en criant, en jetant très loin son sac bleu qui roula dans le sable, il fallait qu’il parte en agitant ses bras et ses jambes comme quelqu’un qui traverse une autoroute.[…] Il ôtait ses chaussures et ses chaussettes, et pieds nus, il courait encore plus vite, sans sentir les épines des chardons. (66)</p>
<p style="text-align: justify;"> Ne pouvant pas s’arrêter de répéter ce nom, on voit à quel point la perception de la mer au loin rend Daniel presque fou. Il est agité jusqu’aux mouvements non habituels. Mais c’est grâce aux contacts (visuels, tactiles, gustatifs, etc.) avec la mer que les choses deviennent plus importantes encore pour Daniel :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 60px;">C’était bien la mer, sa mer, pour lui seul maintenant,[…]. L’eau froide mordit d’abord ses oreilles et ses chevilles et les insensibilisa.[…]. Daniel avait soif. Dans les creux de sa main, il prit un peu d’eau et d’écumes et il but une gorgée. Le sel brûla sa bouche et sa langue, mais Daniel continua à boire parce qu’il aimait le goût de la mer. (167-168)</p>
<p style="text-align: justify;">Dans l’ensemble, il est clair de voir le goût de la liberté auquel aspirent les trois protagonistes si l’on ne considère que la relation à la mer. Mais bien plus, Daniel accorde à la mer une considération supérieure et humaine même. Il lui parle comme s’il s’adressait à un individu. Sa personnalisation suivante de la mer en est une preuve tangible : « Viens ! Monte jusqu’ici, arrive ! Viens. Tu es belle, tu vas venir et tu vas recouvrir toute la terre, toutes les villes, tu vas monter jusqu’en haut des montagnes » (169). La satisfaction du contact visuel crée une satisfaction tactile et une intériorisation, ou même une intimité avec la mer, comme le suggère l’invitation que Daniel offre à la mer. Mais l’intention de Daniel est plus profonde que la simple présence au monde des humains. Ce dernier étant taré, Daniel lui veut une nouvelle image par l’engloutissement des eaux de la mer. Ceci est compréhensible quand on connait la fonction purificatrice de l’eau. C’est donc dans ce sens que Daniel invite la mer. L’eau viendra donc laver les souillures de ce monde pour en créer un nouveau favorable à l’homme. Ici, cette occasion fournie par la liberté, la contemplation de la nature, fait de l’individu un être capable de forces qui dépassent la vie de tous les jours. La relation avec les éléments cosmiques transforme l’homme en démiurge. Ses nouvelles capacités lui confèrent de nouveaux sens que ne possède pas l’homme moderne, victime de ses bruits discordants et de sa pollution, source de milles maladies graves et incurables. En dépit de ses connaissances dites scientifiques, le citadin n’est plus capable d’interpréter certains mouvements de la nature. Son langage ne dit rien de profond, son écriture reste superficielle, sa vue n’en est pas une, ses mouvements sont les mêmes liés à la recherche de la survie jusqu’à la solitude, au mal de vivre. Tout ceci rend l’individu contemporain esclave de son monde. La réponse favorable devient la nature s’il veut redevenir aussi libre que Mondo, Daniel et Lullaby. Pour contourner ou se détourner de cette vie de moderne, combien défavorable à la liberté de l’individu, le héros de Le Clézio marche dans le sens contraire de celui de l’homme contemporain :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 60px;">Les gens allaient travailler. Ils roulaient dans leurs autos, le long de l’avenue, dans le la direction du centre de la ville, alors que Lullaby allait dans la direction opposée, vers les collines et les rochers. (81)</p>
<p style="text-align: justify;">On peut le voir, ils marchent toujours à pieds. Mondo, Daniel et Lullaby sont des simples piétons qui ne changent pas leur façon de marcher. Ils ne sollicitent pas d’aide en termes de transport moderne, ils ne sont pas pressés. Comme cela, ils se sentent libres. Ils ne se soucient pas de tous les problèmes qu’ont les citadins. Le temps de Mondo, Lullaby et Daniel est si élastique qu’ils n’en souffrent pas.</p>
<p style="text-align: justify;">D’autres parts, l’espace vient renforcer la notion de la liberté de ces protagonistes. Ils partent de la ville aux superbes constructions pour habiter des vieilles maisons abandonnées. On peut se rappeler les cas de la Maison de la lumière d’Or (41) située dans la brousse où Mondo vit en harmonie avec Thi Chi, la vieille femme vietnamienne. Les protagonistes en louent la beauté et le calme contre la ville. Cette façon de voir les choses n’a rien de surprenant pour y habiter. De tels espaces sont opposés à la ville par plus d’un facteur. À part qu’ils sont éloignés des bruits de la ville, ils sont dans un cadre favorable à l’épanouissement individuel en conférant à ce dernier un espace libre où ils peuvent facilement entrer en contact avec la nature que le citadin tue. Konaté (2006) dit à ce sujet :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 60px;">Ces lieux très peu peuplés permettent aux personnages de se réaliser pleinement librement en totale complicité avec les autres éléments de l’univers, où sont abolies les contraintes sociales en vigueur dans la ville moderne. (329)</p>
<p style="text-align: justify;">Comme on peut le remarquer, la préoccupation de Mondo, Lullaby et Daniel est différente de celle des hommes de la ville. Alors que ces derniers sont liés à la recherche du bonheur par le travail, qui pourtant les rend encore plus malheureux, les protagonistes de Le Clézio trouve la source de leur bonheur dans une liberté totale. En effet, un homme privé de liberté ne peut prétendre à aucun bonheur, aussi riche matériellement soit-il. C’est le cas des citadins, à la différence de Mondo, Lullaby et Daniel. On les a vus inviter leurs parents ou enseignants à se joindre à eux afin de partager la découverte de la beauté de la nature. Nous pensons ici à Lullaby dans sa lettre à son père et à ses déclarations auprès de ses autorités scolaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Par ailleurs, tous les amis des protagonistes sont des personnes négligées par la société contemporaine : ce sont des personnes âgées, des fous, des clochards, des mendiants, bref des individus qui ne peuvent matériellement rien produire et vivre en harmonie dans la société contemporaine. Ils vivent par contre d’acrobaties et autres astuces de très faibles contraintes alors que l’homme moderne se dépasse jusqu’à s’oublier, s’ignorer et devenir esclave du travail. Nous pouvons faire allusion au trio de Mondo : Gitan, Dadi et le Cosaque qui n’ont pas activité enviable pour vivre en ville. L’âge les trahit déjà pour vivre en ville. C’est ainsi qu’ils vivent de travaux différents de ceux des citadins. Ce sont des acrobates. Quand la nuit tombait, Mondo allait voir Dadi sur l’esplanade. Il travaillait avec le Gitan et le Cosaque pour la représentation publique, c’est-à-dire qu’il était assis un peu à l’écart avec sa valise jaune pendant que le Gitan jouait du banjo et que le Cosaque parlait avec sa grosse voix pour attirer les badauds. (25-26)</p>
<p style="text-align: justify;">Mais leur relation reste de grande importance car ce sont des connaisseurs des choses de la nature bien plus que les hommes de la ville. Ils font plus que les hommes de science. On peut se souvenir du port d’une valise trouée contenant les trois colombes blanches – Pilou et Zoé – dont ne se sépare le Gitan. On ne peut pas surtout oublier ses démonstrations moyennant les deux œufs (26-27) dont on ignorait la provenance et aussi les deux colombes. Ces jeux étaient pourtant applaudis par le niveau de performance qui dépassait l’entendement humain. À ce niveau, ces jeux défient le monde scientifique par son mythe d’omniscience.</p>
<p style="text-align: justify;">La présence des personnes âgées auprès des protagonistes s’inscrit dans le cadre de la continuité du monde de l’enfant. Ces personnes redeviennent enfants par la façon de voir le monde. Si l’enfant a la profondeur de l’imagination libre basée sur la pureté, le vieil homme dont le corps exige un repos plus libre, lui, il a plus d’imagination en fonction de son expérience de la vie. La ville, par contre, n’accorde de la valeur ni aux enfants ni aux personnes âgées mais aux hommes de science. Ceci se comprend dans la société moderne car ni l’un ni l’autre ne produisent rien. Ils ne font que consommer. Comme la société moderne est basée sur la production, c’est à cela que s’opposent enfants et personnes âgées chez Le Clézio. Ils revendiquent leur place au soleil. N’est-ce pas que les jeux du trio auxquels s’associe Mondo font du plaisir aux hommes de la ville au point de jeter plus des pièces de monnaie afin que continue le spectacle ?  La distraction s’inscrit contre la consommation des heures que les travaux de la ville absorbent. Elle est ici, non pas une perte de temps,  mais un renouvellement de la vie dénaturée par la ville et ses corollaires.</p>
<p style="text-align: justify;">L’espace et les personnages de Le Clézio devraient être lus comme une métaphore du changement. Sans ce dernier l’homme reste aliéné par les contraintes du monde moderne. Selon les protagonistes romanesques dans la présente analyse, un monde sans liberté est un espace sans vie. Ainsi, le comportement de Mondo, Lullaby et Daniel, et la relation qu’ils entretiennent avec leur entourage, s’inscrivent dans la dynamique de la quête de la liberté de l’homme. Ces personnages refusent de se laisser trainer par un modèle social où l’homme devient l’instrument de ce qu’il a produit. Il perd son vrai statut d’homme et devient plus animal que l’animal. De quelle manière pensent-ils reconstruire le monde et conférer à l’homme la chance de se refaire ? Pour eux la réponse est simple : rester en contact avec la nature. De cette manière, l’être humain est maître de soi en tout et pour tout. Il devrait ainsi être capable de gérer son temps, d’user de tous ses sens et de jouir de sa vie en conformité avec sa propre volonté. On l’a vu avec Mondo, Lullaby et Daniel, où chacun tire profit de son contact avec la nature et ses éléments. C’est ce qui leur permet un épanouissement individuel contrairement à la vie moderne représentée par l’école et ses corolaires. Un des éléments clés du modernisme, pour les protagonistes, est l’incarnation de l’aliénation de l’homme. Métaphore d’enfermement, l’école se définirait comme une prison. Lullaby le dit en des termes clairs dans la lettre à son père :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 60px;">Peut-être que je fais des bêtises. Il ne faut pas m’en vouloir. J’avais vraiment l’impression d’être dans une prison. Enfin, si, peut-être que tu sais tout ça mais toi tu as eu le courage de rester, pas moi. Imagine-toi tous murs partout, tellement de murs que tu ne pourrais pas les compter, avec des fils barbelés, des grillages, des barreaux aux fenêtres ! (86)</p>
<p style="text-align: justify;">Les exigences de la société moderne, mais surtout l’école et les matières qu’on y étudie, tout reste à l’image carcérale. Ceci explique la fuite de ces élèves de leur école et le plaisir dont ils jouissent en pleine aventure dans la nature. Ici, l’homme est maître de soi, de ses sentiments. Ne rechercherait-il pas un monde perdu qu’on retrouve chez l’enfant ? En effet, l’adulte lui, a une vision forgée par le monde moderne, un monde corrompu. L’esprit de ce dernier est tellement perverti que rien d’humain ne lui reste. De ses actes à son langage, tout est porteur des traces visibles de perversion, qui le rendent ainsi inadapté dans son propre monde. Quelle serait la place de multiples inventions de l’homme pour dominer le monde ? De tout cela, c’est le revers de la médaille. Le sauveur devient la victime. Ses propres inventions : langage et la modernité privent l’homme de sa liberté fondamentale. Des espaces comme la ville et les institutions qui en découlent restent des endroits où l’homme est plutôt esclave alors qu’il croyait se libérer des traumatismes de la vie. Il se disait dominer la nature. Au contraire celle-ci le domine. Il se disait contrôler le temps, il en est plutôt esclave jusqu’à lui en causer différentes maladies. Il n’est ni plus ni moins lui-même sous le contrôle du temps. C’est à ce niveau que le modèle de l’enfant qui vide l’espace scolaire pour se contenter de la nature devient la métaphore de la volonté de rénover le monde. L’éloignement de la nature par l’homme ne constituerait-elle pas la source de malheur de l’individu contemporain ? Non seulement il s’en est tellement éloigné mais pire encore il a même commencé à la violenter sous le nom sacré de la fameuse science. Séparé de la nature et de ses éléments, l’homme moderne voit sa vie bouleversée par les effets de la modernité. Pourtant, les autres éléments de la nature sont des personnes avec lesquels notre collaboration commune sauverait l’humanité de sa mort imminente. Le Clézio (1978) nous le dit :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 60px;">Il ya des gens autour de nous. Vous savez, on n’est pas seuls. Ils parlent, ils bougent, ils s’amusent, là, tout autour, les voisins: oiseaux, grillons, feuilles, gouttes d’eau, papiers fous, pierres aiguës, verres qui se fêlent, sable, poussière.</p>
<p style="text-align: justify;">L’homme devra donc revoir ses relations avec l’univers pour mener une vie libre et heureuse. Au cas contraire, il devra continuer à ignorer la nature au profit des seules institutions modernes, et ainsi rester encore plus esclave qu’il ne le pensait. C’est à ce monde-là, ouvert à la nature, que l’enfant, ce héros le clézien par prédilection, nous invite pour un jubilé de l’épanouissement et de la liberté de l’Homme.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Références bibliographiques </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Bourdet, Denise. JM.G. Le Clézio. Entretien. Revue de Paris (Mai 1966) : 115-20.</p>
<p style="text-align: justify;">Brée, Germaine. <span style="text-decoration: underline;">Le Monde fabuleux de J. M. G. Le Clézio. Collection Monographique Rodopi en Littérature française 2</span>. Amsterdam: Rodopi, 1990.</p>
<p style="text-align: justify;">Franz, Alain. Le Clézio à travers la presse. <span style="text-decoration: underline;">Romance notes</span> 18 (1977) : 18-22.</p>
<p style="text-align: justify;">Konaté, Christophe. <span style="text-decoration: underline;">Mondo et autres histories de J.M.G.Le Clézio</span>. Paris: Gallimard, 2006.</p>
<p style="text-align: justify;">Le Clézio, J.-M.G. <span style="text-decoration: underline;">Mondo et autres histoires</span>. Paris: Gallimard, 2006.</p>
<p style="text-align: justify;">&#8212;. <span style="text-decoration: underline;">L’inconnu sur la terre</span>. Paris : Gallimard, 1978.</p>
<p style="text-align: justify;">Maury, Pierre. « Le Clézio: retour aux origines », propos recueillis par Pierre Maury. Magazine littéraire 230 (May 1986): 92–97.</p>
<p style="text-align: justify;">Onimus, Jean. Deux contemplateurs : H. Bosco, J.M.G. Le Clézio. <span style="text-decoration: underline;">Cahiers d’Henri Bosco 21</span> (1981) :91-103.</p>
<p style="text-align: justify;">Siganos, André &laquo;&nbsp;L&#8217;insecte initiatique chez J.M.G Le Clézio.&nbsp;&raquo; Arquipélago. No IV, Janiero: 7-22.</p>
<p style="text-align: justify;">Weterland, Frederick. <a href="http://www.multi.fi/~fredw/index.html">http://www.multi.fi/~fredw/index.html</a>.</p>

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		<title>LES CHAMBRES</title>
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		<pubDate>Fri, 14 Oct 2011 22:13:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>hrassam</dc:creator>
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<p>Dans une maison, il y a des pièces, des pièces à vivre. C’est d’abord la cuisine, où l’odeur prometteuse du café dès le matin nous fait rêver, encore au lit, de tartines grillées, de quelques pains au lait ou tresses au chocolat. Le soir, on s’y retrouve, pour dîner, et se donner les nouvelles du jour. Fébrilement, on y prépare aussi pour ses amis des plats de choix. Il y a quelquefois un salon, pièce décor, décor de vie : des plantes dans les coins, sur une table quelque coupe de fruits, au mur ou sur une étagère, des objets souvenirs de nos voyages ou des années passées, là-bas, dans des îles de rêve, album-photos à feuilleter ; pièce confort, on s’y complaît, seul à se reposer ou lire, et entre amis à boire, et bavarder et quelquefois à visionner un film. Tout à côté, c’est la salle à manger, où on ne fait pas que manger, on joue parfois aux jeux de sociétés, on règle les affaires en cours, on y travaille à moins que ce soit au bureau, enivré de musique, entouré de ses livres, et des photos de ses enfants, plus ou moins grands, et qui nous tiennent chaud.</p>
<p>Et puis il y a les chambres.</p>
<p>On y jouit, on y dort, on y rêve on s’y réveille et on se lève pour s’assurer de vivre encore. Alors on court, sur son lieu de travail, espace impersonnel et calfeutré d’un bureau fonctionnel, on administre ; espace  industriel d’un chantier où les plus démunis travaillent à ciel ouvert, on construit ; espaces classes où l’intellectuel débat et se débat, on forme les esprits, &#8211; on les déforme diront ceux qui du haut de leur savoir d’ « experts » ne savent rien du tout -.</p>
<p>On vit beaucoup dehors, sur son lieu de travail. Mais la maison est le « vrai » lieu de vie, le lieu intime et chaleureux où chaque pièce a sa couleur, où chaque pièce est un moment de vie.</p>
<p>Mais pas les chambres.</p>
<p>Les chambres sont d’abord des lieux de mort. On ne s’y rend que pour dormir, avant ou après le plaisir, plaisir des corps mêlés, entrelacés, mais c’est le temps d’un rêve, avant ou après la lecture, plaisir des mots enchevêtrés et reliés, mais c’est le temps d’un rêve aussi, il faut dormir, s’éteindre un peu.</p>
<p>Comme lieu du dormir, les chambres elles-mêmes sont des lieux morts : espace clos autour du lit qui trône, le plus souvent au centre, plus ou moins ridicule pour recevoir les corps déjà presque sans vie quand ils y tombent de fatigue, sans pouvoir seulement s’assurer qu’il fera jour pour eux le lendemain. On s’y écroule. Se mettre au lit ou plonger dans la nuit qui nous apaise ou nous angoisse sourdement. On n’y fait rien que ça ou nécessairement ça, dans une chambre : dormir, c’est-à-dire rien. Les chambres sentent la mort défiant la vie qui finira un jour au lit, le lit de mort. On ne vit pas au lit mais on y va pour capturer la vie qui chaque soir nous abandonne un peu afin qu’après la nuit, elle prenne son envol encore, jusqu’à n’en plus pouvoir et préférer rester au lit.</p>
<p>C’est là que tout se passe, dans cet espace inerte où nos corps fatigués dorment. Sommeil indispensable où la vie prend sa source, et même si d’aucuns préfèreront chanter le lit plaisir des corps entrelacés, le lit où les corps tombent chaque soir, c’est aussi la douleur quand la vie se prépare à finir, et chaque soir, c’est un peu le miroir du sommeil éternel où nous reposerons glacés dans une tombe minérale.</p>
<p>Voilà pourquoi les chambres sont des pièces fantômes. Sauf les chambres d’enfants, les chambres d’écoliers ou d’étudiants qui ne sont pas des chambres.</p>
<p>Dans les chambres d’enfants, il n’y a pas que le lit, et le « dressing » ou la commode. Il y a des coussins, il y a des nounours, il y a des jouets, il y a de la musique, des livres en tissu, des tapis colorés, des pantins suspendus. C’est une pièce à vivre, à rire plus qu’à dormir, même si on y pleure, une pièce où s’éveille la vie. Dans une chambre d’écolier, il y a un bureau, parfois une grande ardoise au mur pour faire ses devoirs ou jouer à l’école,  il y a des livres et des cahiers mais aussi des jouets et des autocollants au mur ou des affiches pour égayer la pièce, c’est tout un univers une chambre d’écolier. On y invite ses copains, on joue au train ou bien à la maîtresse, et quand on est plus grand, on y placarde aux murs la photo de chanteurs à la mode, on gratte la guitare, on étudie aussi. C’est tout un univers qui s’y construit, celui de sa future chambre, la chambre d’étudiant. Le plus souvent, ce n’est même pas une chambre, c’est tout l’appartement, on y cuisine, on y prend ses repas, on y travaille sur le sofa ou au bureau ou bien par terre, on vit en liberté dans une chambre d’étudiant, on y fait fête, on s’y éclate on vit ses fantaisies, c’est un moment de vie initiatique.</p>
<p>Dans les chambres de couple, dans les chambres d’adulte, il y a un lit, quelquefois un fauteuil, où on s’installera quand on sera bien vieux, pour éviter de rester allongé trop longtemps, une commode, ou une armoire, pour que tout soit rangé et que le soir ou le matin, on trouve le linge nécessaire. C’est froid et fonctionnel une chambre d’adulte. Et quand elle est en ordre, que le lit est bien fait, drap et couette bien tirés, c’est pire encore.</p>
<p>C’est tellement mieux de dormir au salon, au bureau, même dans des lits inconfortables, mais entourée de vie, de ses amours, de ses enfants, de sa musique, de ses livres, de tous ses souvenirs, de tout ce qui est bon et beau, les fruits, les plantes, comme pour ne pas se retrancher dans ce « no man’ land » du sommeil, et continuer à vivre, même au cœur de la nuit.</p>

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		<title>CE BEAU MONDE LÀ</title>
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		<pubDate>Wed, 21 Sep 2011 19:24:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>hrassam</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychés]]></category>

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<p style="text-align: justify;" align="center">Dans ce beau monde là, où on est adulé, à cause du succès, du pouvoir, de l’argent, le rejet, on ne s’y fait jamais, et d’autant moins s’il vient  du clan de nos admirateurs passés, dépassés par nos frasques. Acquis à notre cause, qui les servait aussi, on se disait qu’ils nous suivraient quoiqu’il arrive, aveuglément, sans état d’âme.  D’ailleurs on n’a pas d’âme au cachot du pouvoir, du succès, de l’argent, où tout se manigance, bien à l’abri des préséances, cachot-cachotteries de délicieuses coquetteries, cachot-cachotteries qui donne tous les droits, sauf que cela soit divulgué…  Et si par une diversion inopinée, quelque rumeur s’en échappait, on s’en offusque avec hauteur et dignité, c’est là ce qu’on appelle l’élégance.  Et le nier ou en douter n’est qu’indécence.  Et peu importe si là-bas… ailleurs…  élégance rime avec indécence. La poésie n’existe pas dans ce beau monde-là.</p>
<p style="text-align: justify;"> On est « couvert » de toute façon quand on a du succès, du pouvoir, de l’argent, on est inattaquable, à moins que par inadvertance le champ soit laissé libre à la racaille, et de ce fait à la pagaille, d’où le travail, pour l’éviter, des réseaux souterrains. On y est bien, on s’y retrouve en bonne compagnie, on stipule, on rit, c’est tellement ridicule… on ricane, parfois on se chicane, pour s’amuser, et pour mieux le prouver, chacun se congratule, mais l’honneur accordé n’est adressé qu’à soi. L’autre n’existe pas dans ce beau monde là.</p>
<p style="text-align: justify;">On plane à hauteur de succès, de pouvoir et d’argent, et on se dit qu’on l’a bien mérité, oubliant les fourmis qui travaillent pour ramener péniblement quelques miettes de pain, quelques pièces d’argent. On leur en jette quelquefois, et même en or, ça fait du bien à sa conscience et ça ne ruine pas. Ou même, ça arrange.</p>
<p style="text-align: justify;">Et puis un jour, on en fait presque trop et le cœur tremble des réseaux qui frémissent comme des fans piégés par les outrances de leurs stars. Dénoncer, cautionner, il faut choisir, mais l’heure est grave  et le loisir du choix, de n’importe quel choix, ferait douter. A moins de croire tellement en soi, en ce beau monde-là, qu’une quelconque hésitation vaudrait parjure, et on est pur dans ce beau monde-là. On ne se renie pas. Alors on continue de se congratuler. Dans ce beau monde-là.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais parfois, la machine s’emballe, trop, vraiment trop, du succès, du pouvoir, de l’argent, affolant le travail des réseaux souterrains, terrorisés qu’ailleurs, là-bas, à cause de tout ça, soit semée la pagaille, et que ça s’encanaille. Et si ça déraillait, si de là -bas montait un désir fou de tout décaniller, si le papier glacé se déchirait du succès, du pouvoir, de l’argent ? Si le médiocre triomphait ? Ça devient pathétique. Fidèle courtisan d’un monde où n’entrent que les grands parce qu’ils le valent bien,  chacun y va de son couplet pour prolonger la fête et célébrer les rois afin qu’ils continuent à naviguer sous le soleil radieux du succès, du pouvoir, de l’argent. Il faut sauver l’honneur de ce beau monde-là, l’extirper des eaux troubles où des pêcheurs voudraient bien le plonger, écoper l’eau qui le menace de couler et le sauver de se noyer, englué dans  la vase des espèces ordinaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors on tente tout. Contre vents et marées, bravant la tempête grondante qui devrait inciter à ne pas s’exposer pour redresser la barre, à se mettre à l’abri des vagues soulevées, à se faire épargner, on monte sur le pont aidé de quelque ami et ce qui chavirait, soudain et presque fièrement revient à flot après quelques remous suscités par l’effort et l’exploit d’avoir trouvé moyen, de colmater les brèches et de rafistoler le gouvernail démantelé. Là-bas, on n’y croit pas.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est vrai qu’il y avait des paquebots géants pour  sauver le navire, des courtisans choisis pour célébrer le roi. Et même si des coups l’ont abîmé, bien difficiles à esquiver, l’honneur est sauf ou presque…  et balayée, ou presque,  toute velléité de pirater ou de destituer.</p>
<p style="text-align: justify;">On y a perdu sans doute quelque ami, mais provisoirement. Le succès, le pouvoir et l’argent, et ce qui va avec, la possibilité de vivre comme un roi, de faire sa loi au mépris de la loi, de naviguer en des eaux interdites, comment, après y avoir goûté, y résister ?</p>
<p style="text-align: justify;">Beau monde pour les uns, on s’y croit élégant.  Cauchemar pour les autres, on les pense indécents. Certains diront qu’il faut de tout pour faire un monde !</p>
<p style="text-align: justify;">

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		<title>Paroles de Femmes.</title>
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		<pubDate>Thu, 15 Sep 2011 12:31:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>hrassam</dc:creator>
				<category><![CDATA[Les Alarmes d'Eros]]></category>
		<category><![CDATA[Psychés]]></category>

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		<description><![CDATA[                          Elles aiment être flattées. Au moins  certaines femmes. Enfin c&#8217;est ce qu&#8217;ils disent, les maîtres du savoir, les maîtres du pouvoir et les maîtres tout court qui en connaissent les secrets, tous les secrets, et le raffinement élégant ou pervers de leurs [...]]]></description>
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<p style="text-align: justify;" align="center"><span class="Apple-style-span" style="font-family: Calibri; font-size: small;">                          Elles aiment être flattées. Au moins  certaines femmes. Enfin c&#8217;est ce qu&#8217;ils disent, les maîtres du savoir, les maîtres du pouvoir et les maîtres tout court qui en connaissent les secrets, tous les secrets, et le raffinement élégant ou pervers de leurs comportements et de leurs sentiments. Ils disent que :</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Calibri; font-size: small;">Ces femmes et finalement les femmes ?  aiment séduire, ayant presque toujours envie d&#8217;être honorées, qu&#8217;on leur fasse l&#8217;amour, rêvant du désir mâle, malgré cette coquetterie qui les caractérise, au creux de leur envie, d&#8217;aimer qu&#8217;on les y force,  ou d&#8217;en avoir besoin, enfin c&#8217;est ce qu&#8217; « ils » disent, et s&#8217;ils le disent, il faut les croire, et convenir, même si femme, de cette perfidie, vicieuse,  autorisant les francs tireurs qu&#8217;ils sont à faire exploser leur désir, violemment, d&#8217;autant que par nature, ce désir est violent. Autorisant ? … Ou  tout au moins les dédouanant d&#8217;être accusé, pour ce comportement, d&#8217;un acte criminel.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Calibri; font-size: small;">Il y a donc ces femmes, et la plupart, qui se refusent à libérer l&#8217;envie qui les chatouille, exacerbant celle du maître qui n&#8217;a plus que le droit, parce qu&#8217;il ne peut faire autrement, d&#8217;être violent, mais elles se plaignent, et même elles osent, ingrates, porter plainte, quand leur envie, leur propre envie ne pouvait s&#8217;exprimer qu&#8217;en se laissant forcer.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Calibri; font-size: small;">Il y a aussi, celles qui diront, qu&#8217;elles étaient trop perdues pour décider de leur envie, et pour déterminer s&#8217; « il » leur plaisait ou non, bien qu&#8217;elles se soient données, s&#8217;autorisant à pleurnicher. Mais là, ça devient compliqué, car un humain est raisonnable ! Que diable … ! Il l&#8217;a bien dit Descartes, « je pense donc je suis ». Voilà la vie. Et si je pense, je maîtrise. La sensibilité n&#8217;est que sensiblerie.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Calibri; font-size: small;">Enfin, heureusement il y a des femmes honnêtes, celles qui consentent à vivre leur envie, sans avoir besoin qu&#8217;on les force, envie de faire l&#8217;amour sans se faire désirer au-delà de la raisonnable limite.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Calibri; font-size: small;">Mais ils oublient de dire qu&#8217;il y a peut-être aussi celles qui se laissent prendre, craintivement,  terrorisées, et qui se taisent, après avoir essayé de parler, parce que finalement, la parole des femmes … ! On sait que bien souvent elle disparaît emportée par le vent ou dans la gueule du loup qui la déchire ou bien l&#8217;étouffe en grognant fort et riant gras.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Calibri; font-size: small;">Alors le piège &#8211; qu&#8217;elles tendraient aux hommes ? &#8211; se referme sur elles.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Calibri; font-size: small;">Les relations sexuées sont rarement des relations à l&#8217;autre, parce qu&#8217;elles n&#8217;accueillent pas, chacun reste chez soi, voulant s&#8217;approprier l&#8217; « objet » de son amour et non se démettre de soi, s&#8217;exproprier de son chez soi pour en faire un chez lui, voulant s&#8217;accaparer l&#8217; « objet »de son amour et le cadenasser, au creux de son intimité, et triompher, faire exulter, mais si les corps jouissent, et même ensemble, ils restent seuls, chacun se retrouvant jeté de son côté, maître d&#8217;un lieu et d&#8217;un espace vide, terriblement vide, où il est en exil, pour avoir voulu résister à l&#8217;intrusion effective de l&#8217;autre. Faudrait-il accueillir ? Oui, mais à la condition qu&#8217;au lieu de cueillir son plaisir ou seulement, ce soit l&#8217;autre et chacun qui accueille et le démultiplie, pour qu&#8217;il n&#8217;y ait plus ni soi ni l&#8217;autre mais l&#8217;autre en soi. Mais la relation sexuée, fondée sur une identité bien définie, et aggravée par les clichés permet trop rarement la vraie rencontre. Et sous prétexte d&#8217;accueillir, on prend, ou on se laisse prendre. Il faudrait se déprendre de toute « visibilité » et excéder la sensualité ou tout au moins y savoir vivre aussi par delà les bienfaits du plaisir qu&#8217;il est si bon de se donner quand on l&#8217;a décidé, une exigence de respect, pour une forme de présence qui nous déborde, nous et nos petites envies. Mais il y faut une sensibilité particulière et en excès de l&#8217;ordinaire sensualité, qui loin de rapprocher, éloigne infiniment …</span></p>

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		<title>ÉCLAIRAGE</title>
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		<pubDate>Thu, 15 Sep 2011 12:28:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>hrassam</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychés]]></category>

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<p style="text-align: justify;" align="center">                Quand on peint, en couleurs ou en mots, on transpose seulement et ce n’est pas mentir. Mais comment peindre avec exactitude l’écart de soi à soi, au plus près, au plus vrai de ce qui fut vécu, ce qu’on a fait, ce qu’on était et que pourtant on n’a pas fait et que pourtant on n’était pas ? Comment décrire que c’était ça et pourtant autre chose ? Et qu’est-ce qui était vrai, qu’est-ce qui ne l’était pas ? L’auteur « navigue à vue », étonné de lui-même, hésitant à choisir la couleur des motifs, grisâtre ou flamboyante ? A décider de la légèreté ou de la gravité du ton. Sans doute il se dégage au fil des  mots, des formes ou des couleurs, des esquisses de vie, mais c’était vous et ça ne l’était pas, et pourtant ça l’était, il faudrait peindre un tourbillon, esquisser, effacer, raturer, émarger puis barrer à nouveau.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors, si la vie nous trahit, si nous ne sommes pas ce que nous avons fait, l’écrire, c’est marcher sur un fil, et de sa vérité on ne peut s’approcher qu’en descendant très lentement, pour ne pas s’égarer, au fond du puits des mots pour fouiller ses entrailles et découvrir la clé de soi. Le puits des mots, l’océan des couleurs, c’est selon.</p>
<p style="text-align: justify;">Mots et couleurs font affleurer la vérité de son vécu, au-delà de lui-même, à condition de les chercher sans les brusquer, savoir souvent les éloigner, les triturer, les malaxer et les attendre patiemment, et les laisser venir et nous surprendre enfin quand on n’y croyait plus, ou les laisser fuser sans contrôler leur flux, mais à l’affût de tout ce qu’ils charrient, si vite et si intensément qu’il faut alors courir après pour retrouver la trace pure de ce qui se cherchait, de ce qu’on n’a pu oublier même si on ne s’en souvient pas. Mais aussi, apprendre pour mieux dire, à quelquefois se taire, ou contourner. Ainsi comment parler de désarroi sans paraître plaintive et en parler pourtant ? Comment parler d’aventures coquines sans paraître coquette ? Bien sûr quand on écrit, ce n’est dit-on, qu’un personnage, mais celui dont on parle, jouait parfois un personnage ou au contraire était si démuni que son évocation risque de déraper au moindre mot, transformant le lecteur en voyeur, alors, comment s’y retrouver, d’autant que, bien souvent et nécessairement, chacun ne lit que ce qu’il veut bien lire.</p>
<p style="text-align: justify;">Traverser le fossé de sa vie à l’écrit, traverser le miroir de l’écrit de sa vie à l’écrit de la vie. Mais d’abord parvenir à descendre dans celui de sa vie, en déblayer l’entrée obstruée par des lianes d’orties ou des armées de ronces, ou des buissons ardents, et puis, après s’y être abîmé, gratter péniblement la terre où se cachent les mots, mais aussi mais surtout capter le juste éclat. C’est comme retrouver la lumière orangée du jour quand il se lève ou le son cristallin des ruisseaux.</p>
<p style="text-align: justify;"> Ainsi parfois on veut parler de soi, ou peindre ses écarts, ses ébats, ses éclats. Un personnage se dessine au centre du tableau. Et son auteur se prend au piège et s’y complaît, ne dit pas faux, ne dit pas vrai, car tout se voile à être dévoilé si manque l’éclairage au point qu’il y a tout à renier même si rien n’est à gommer, des images s’incrustent qui brouillent le motif et l’écrit du tableau nous poursuit, nous trahit, nous enferme. Il faut saisir la meilleure lumière, qu’elle ne soit ni trop crue, ni trop sombre, tout en illuminant, ténue, tremblante ou rayonnante ce que l’on veut transmettre.</p>
<p style="text-align: justify;">Les formes, les couleurs ou les mots requièrent cet éclairage pour lever l’équivoque du sens, dilué dans un papier léger, ou bien papier glacé, si on ignore que le juste éclat sourd de soi et non d’une consigne à laquelle on s’applique…</p>
<p style="text-align: justify;">_______________________________</p>

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		<title>Masque</title>
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		<pubDate>Fri, 09 Sep 2011 18:47:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>hrassam</dc:creator>
				<category><![CDATA[Les Alarmes d'Eros]]></category>
		<category><![CDATA[Psychés]]></category>

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		<description><![CDATA[          Impressionnée, presque giflée, par le chant trop exubérant de ses amis, elle absorbait telle une éponge le spectacle enchanté de leurs débordements. Leur rayonnement l’irradiait et  le bonheur affiché lui était une insulte. Elle n’eût pas préféré les entendre se plaindre, mais elle ne croyait pas beaucoup à leurs rires [...]]]></description>
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<p style="text-align: justify;" align="center">
<p style="text-align: justify;">          Impressionnée, presque giflée, par le chant trop exubérant de ses amis, elle absorbait telle une éponge le spectacle enchanté de leurs débordements. Leur rayonnement l’irradiait et  le bonheur affiché lui était une insulte. Elle n’eût pas préféré les entendre se plaindre, mais elle ne croyait pas beaucoup à leurs rires trop gras. Goûtant rien moins que la duplicité, Leur légèreté l’oppressait. Et comme les enfants se rechantent en pleurant, le soir, seuls dans leurs lits, la mélodie joyeuse des parents pour y entendre ce qui trébuche et sonne faux, elle s’interrogeait dans le silence de leur absence sur leur capacité à parler vrai et jouer juste.</p>
<p style="text-align: justify;">Ils avaient l’air heureux, si heureux, les copains de la « troupe ». Beaucoup plus jeunes qu’elle, ils parlaient haut et riaient fort, revendiquaient leurs comportements libérés, et bien évidemment leur goût pour la boisson mais aussi pour le sexe. Chacun, et de préférence chacune, se complaisait à étaler sa sexualité. « Baiser » devenait un critère, une valeur en soi et les unes et les autres insinuaient leur savoir faire, bavardant du dernier « sex toys », se faisant concurrence, au risque d’une vulgarité assumée. Elle n’avait pas manqué d’amants, ni de plaisir, mais cette complaisance adolescente, inconvenante pour leur âge, à se montrer émancipé, à s’afficher déluré, l’agaçait, elle y voyait une façon de se masquer, inadmissible. Et ils le lui prouvaient dans l’intimité tendre ou triste de leurs écrits : ils se confiaient à elle, un peu comme à la mère ou à la sœur aînée, et déchiraient le voile, révélant maladroitement leurs peines et leurs complexes, un peu honteux de s’être dénudés et d’avoir lâché prise, mais fiers de n’avoir plus à se montrer. Pourtant chaque rencontre était prétexte aux mêmes vanités.</p>
<p style="text-align: justify;">Et si la vie, toute la vie n’était qu’une mascarade nécessairement orchestrée par « l’être-là » des corps et des regards ? Et si la « visibilité » paralysait la vérité ?</p>
<p style="text-align: justify;">Celui ou celle dont la présence lui hérissait les nerfs, qu’elle aurait voulu fuir, fuir de mépris, voire de détestation, devenait son ami dès qu’il se retirait de son champ de vision et que s’inaugurait, entre eux, un autre espace, celui des mots. L’invisibilité effritait le vernis et ce n’était pas reluisant sous le fard effacé. Mais il fallait oser parler.</p>
<p style="text-align: justify;">Loin de l’autre, chacun n’avait qu’une hâte : se pencher, &#8211; s’épancher &#8211; sur son clavier pour lui parler, lui dire, ce qu’entre quatre yeux parfois ils se disaient mais mal, en se faisant la guerre, leur sensibilité exacerbée.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec lui, dont après tant d’années elle hésitait à penser qu’elle l’aimait, croyant plutôt le détester, c’était pareil, même si différent : Il n’avait pas le défaut de frimer mais sa présence entravait leur rencontre. Et cependant, l’absence de cet homme, dont elle se demandait parfois si elle n’allait pas le quitter, l’enthousiasmait par les rencontres journalières de leur messagerie. La distance façonnait la rencontre. Evinçant les humeurs chagrines, effaçant les regards et les sourdes rancœurs, les outrages du temps, les mépris qu’ils génèrent, estompant les conflits propres à la vie commune, et elle ne l’était plus, elle favorisait l’efflorescence tendre et caressante de mots jaillis d’une âme douce, quelques bouquets de mots enrubannés discrètement et parfumés subtilement. Quelques mots simples ; chacun allait à l’essentiel, l’amour précisément, qu’ils oubliaient de vivre au jour le jour, barrés dans leurs aigreurs, leurs douleurs, leurs « mauvaises pensées ».</p>
<p style="text-align: justify;">Alors elle lui répondait, dans un élan qu’elle croyait immuable, je peux dire aujourd’hui que je t’aime et pardon si parfois je n’arrive pas à le dire.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle mesurait la magie de l’écrit dans le rapport aux autres, &#8211; pas tous les autres évidemment, mais ceux qu’elle connaissait et fréquentait assidument -, et comprenait les barrières que dresse la présence ou les portes qu’elle ferme.</p>
<p style="text-align: justify;">Eviter de tricher. Ecrire, écrire, même si c’est à personne, pour retrouver où chacun peut se rencontrer et l’autre aussi. Ne vouloir ni forcer ni tronquer ce dont on sent, du fond de soi, que ça s’écrit.</p>
<p style="text-align: justify;">Ne se contraindre dans l’écrit comme dans la vie qu’à ce que de soi-même spontanément on a choisi de consentir… Mais il y faut le temps, le temps d’une virginité à conquérir.</p>
<p style="text-align: justify;">Or, elle y avait menti, elle s’était masquée longtemps, ne se cherchant que là où d’autres l’avaient assignée, voire ligotée et elle avait manqué de « cran » ?&#8230;  pour dire : non !</p>
<p style="text-align: justify;">____________________________</p>

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		<title>VIOL-ENCE</title>
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		<pubDate>Fri, 26 Aug 2011 14:33:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>eseul</dc:creator>
				<category><![CDATA[Les Alarmes d'Eros]]></category>
		<category><![CDATA[Psychés]]></category>

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		<description><![CDATA[Ses yeux s’étaient brouillés pour se persuader n’avoir pas lu qu’être violée, ça ne justifie pas d’être traumatisée, qu’on s’en remet toujours. Sans doute. Mais on oublie de dire que si on s’en remet, le viol  n’est jamais éclipsé, il vous revient toujours, en pleine figure si l’on peut dire, d’une manière ou d’une autre, [...]]]></description>
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<p style="text-align: justify;">Ses yeux s’étaient brouillés pour se persuader n’avoir pas lu qu’être violée, ça ne justifie pas d’être traumatisée, qu’on s’en remet toujours.</p>
<p style="text-align: justify;">Sans doute. Mais on oublie de dire que si on s’en remet, le viol  n’est jamais éclipsé, il vous revient toujours, en pleine figure si l’on peut dire, d’une manière ou d’une autre, au détour de l’actualité bien sûr, des faits divers abominables, mais au détour aussi des blessures infligées par les uns ou les autres ; il vous revient, il est là comme si jamais il ne s’était enfui de vous et ce jour-là il se rappelle à vous et il vous semble qu’il est là tous les jours, que hier aussi et avant-hier, il était là, que tous les jours vous l’avez  porté, supporté, qu’il vous colle à la peau, qu’il vous barre la vue, qu’il fait partie de vous, qu’il est votre Blessure, jamais cicatrisée parce que, cercle vicieux, aiguisant votre craintive sensibilité, il vous a rendu vulnérable, ouverte à la cruauté sans pitié des natures orgueilleuses, dominatrices, qui ré-ouvre la plaie et vous déchire une fois encore le corps et l’âme. Aux meilleurs jours, vous vous croyez guérie, tellement vous désireriez l’être, et vous réalisez par quelques mots désobligeants ou regards méprisants que vous êtes marquée à vie, comme ces animaux qu’on marque d’un signe dans le creux de l’oreille, bon pour la boucherie, celle qui va vous saigner, et même si pour vous, la mort, celle du corps, vient plus tard, vous vous sentez humiliée, fracassée, depuis ce jour où tout a basculé. Vous ne supportez pas qu’on ne vous aime pas, repérant comme un chien qui renifle la mort à cent lieux, l’odeur de celui ou celle que vous dérangez, que vous agacez, même s’ils se taisent ou ne font rien.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais surtout on oublie de comprendre, enfin, on ne veut pas comprendre qu’il n’y a pas « le viol » ou enfin pas toujours. Qu’on ne peut pas réduire le viol à l’agression  forcée, parce que le viol c’est toute une situation aussi, au sujet de laquelle il serait vain de chercher à savoir, à décider, pour être sur de l’acte viol, s’il y a eu contrainte ou bien consentement.</p>
<p style="text-align: justify;">Car le pire des viols et non le moindre est la contrainte consentie, la « servitude volontaire », l’impossibilité de se sentir hors soumission, la passivité presqu’offerte, dans le regard au désespoir ou seulement en désarroi de quelque dame, interprété par les violeurs comme leur donnant droit à forcer sans avoir à contraindre.</p>
<p style="text-align: justify;">Et tels avaient été ses viols. Non pas à proprement parler des viols, il n’y avait pas eu violence et elle s’était prêté à tout, à tous leurs petit jeux et leur pénétration, sauvage, sans avoir eu le temps de s’étonner ou alors pétrifiée de surprise qu’ainsi on débarque chez elle et qu’à peine arrivé, on dégrafe son pantalon, se donnant presque comme pour accepter qu’on la prenne, sur le bureau, brutalement, évidemment.</p>
<p style="text-align: justify;">Se doutaient-ils, ces hommes, de son innocence et de sa naïveté, s’amusaient ils à l’exploiter au comble du sadisme, ou croyaient-ils  qu’elle se laisserait faire avec le plaisir triste des abonnées du sexe dont ses terribles yeux cernés pour eux peut-être témoignaient ?</p>
<p style="text-align: justify;">Après toutes ces années, les mêmes images revenaient la hanter dès qu’elle sentait quelqu’un la mépriser, la moquer, l’agresser ou trahir sa confiance. Les moindres déceptions la meurtrissaient,  la plaie originelle se ré-ouvrait, béante, gonflée d’un venin brulant qui lui donnait la rage, elle avait mal, si mal qu’elle se tordait de pleurs, elle aurait tant voulu que tout soit simple et beau, aimer tout le monde, et puis qu’on l’aime !</p>
<p style="text-align: justify;">Elle se disait parfois qu’elle avait eu pourtant une certaine chance : aujourd’hui on viole et on coupe en morceaux, on étrangle, on égorge.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle, on lui avait laissé la vie, une vie à partager avec quelques fantômes grimaçants, comme dans les pires cauchemars. Ils devaient se traîner, se pavaner ? à cette heure, bedonnants, grisonnants, et peut-être impuissants à moins qu’ils ne rigolent encore de leur forfaits à jamais impunis.</p>
<p style="text-align: justify;">_______________________________</p>

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		<title>Lettre à ma mère</title>
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		<pubDate>Mon, 18 Apr 2011 18:29:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>fromano</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychés]]></category>

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		<description><![CDATA[Chère maman, Essaye de lire tout d’un coup et songe que ce n’est pas facile pour moi non plus. Songe que tout cela s’est passé il y a plus de trente-cinq ans. Je te dirais ensuite quelles ont été les conséquences. J’avais 15 ans et j’étais rebelle. Vous veniez d’ouvrir mon courrier et vous vous [...]]]></description>
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<p>Chère maman,</p>
<p>Essaye de lire tout d’un coup et songe que ce n’est pas facile pour moi non plus. Songe que tout cela s’est passé il y a plus de trente-cinq ans. Je te dirais ensuite quelles ont été les conséquences.</p>
<p>J’avais 15 ans et j’étais rebelle. Vous veniez d’ouvrir mon courrier et vous vous étiez rendu compte que mon petit ami avait pris du Lsd avec moi. Une terrible colère paternelle avait suivi, avec destruction collatérale de disques et de livres.</p>
<p>J’avais donc décidé d’aller faire un tour, l’ambiance à la maison était trop pesante. Je ne voulais pas voir mon petit ami, je lui en voulais de m’avoir envoyé une lettre aussi stupide. Je voulais juste aller faire un tour à Mantes-la-Jolie, voire à Bonnières. J’ai fait du stop sur la route nationale. Je n’ai pas attendu très longtemps. Une camionnette Citroën  jaune citron, pimpante et rigolote, s’est arrêtée. Le conducteur avait l’air sympa, avec ses cheveux noirs et bouclés. Mais je me rappelle avoir remarqué la longueur de ses bras et le fait que ses yeux étaient très rapprochés et que son front était bas. On dirait un singe, ai-je pensé. Aussi, je crus qu’il serait facile à contenir. J’étais déjà au courant des dangers inhérents à l’autostop. Dès qu’un conducteur glissait une main vers mes cuisses, j’avais pris l’habitude de jeter par la portière ouverte tout ce qui lui appartenait et quand la voiture ralentissait suffisamment, je sautai en marche. Les cours de judo m’aidaient. J’ai dit au conducteur de la camionnette jaune citron que j’allais à Mantes-la-Jolie. Il me répondit monte, avec un sourire et un fort accent portugais.</p>
<p>Pour ma surprise, il n’avança pas de main vers moi et ne me posa pas même une question. J’étais soulagée mais maussade, incertaine quant à mon futur proche, mes relations avec vous. A la hauteur de Limay, le portugais me demanda doucement si ça me gênait qu’il prenne un raccourci vers Mantes. Je grommelais une réponse indistincte et il s’engagea tranquillement dans le sous-bois. Je me perdis dans mes pensées. Nous roulions depuis un petit moment quand il s’arrêta dans une espèce de clairière, sur un bras mort de la Seine. Je l’ai regardé, un peu surprise. Un problème mécanique ? Mais je me rendis compte qu’il avait changé. Il s’était redressé sur son siège, sa stature s&#8217;était faite athlétique et ses petits yeux brillaient d’une lueur de braise, ses pupilles lui mangeaient le blanc de l’œil. Il a eu un rire bref qui ne ressemblait pas à ce qu’il m’avait laissé entrevoir. Puis il s’est appuyé presque nonchalamment sur le volant, me parlant d’une voix beaucoup plus affirmée.</p>
<p>-          On est à sept kilomètres de tout lieu habité. Tu comprends ce que ça veut dire, ma petite ?</p>
<p>Ce fut l’instant de ma vie où je suis passée directement de l’enfance à l’âge adulte. Dans les journaux on parlait régulièrement de ce violeur qui tuait ses victimes. Je compris que je ne le gagnerais pas à la course. Je compris qu’il fallait absolument que je contrôle la panique qui me gagnait. Le judo devint ma colonne vertébrale. Je compris que je devais apprendre de ses faiblesses et le seul défaut qu’il m’ait laissé voir avait été son accent portugais, je réussis même à supposer qu’il venait de la même région que ta bonne et sa fille qui était mon amie.  Oui, je compris dans l’instant tout ce que cela signifiait. Je répondis, sur le ton le plus détaché possible.</p>
<p>-          Et on est encore loin de Mantes-la-Jolie ?</p>
<p>Il parut surpris et, après réflexion, me proposa même de descendre de la voiture. En cet instant, je compris que ma peur participait à son excitation et que par conséquent, si je parvenais à me contrôler, j’avais une chance de pouvoir survivre. Je déclinais donc son offre, sous le prétexte que le sol était trop boueux pour mes chaussures.  Ça a aiguisé quelque chose en lui, il s’est penché sur moi en tentant de m’intimider et en me reprochant mes souliers de bourgeoise.</p>
<p>Il s’approcha de très près mais ne me toucha pas. Il se repositionna, boudeur, sur son volant. Il n’avait pas l’air content de mon manque de réaction. Il fallait absolument que je le dérange dans ses plans. Aussi je lui répondis, ratatinée sur mon siège, que mes chaussures étaient de simples Adidas mais que je n’étais pas habituée au froid et à l’humidité, étant arrivée depuis peu de l’Espagne.</p>
<p> Ce dernier mot le toucha et il me regarda de plus près, ma blondeur, mes yeux bleus, avant de lâcher, méprisant, que je devais connaître Malaga et la Costa del Sol. Je rassemblais mes souvenirs catalans en une carte postale personnelle qui incluait même Gaudi et lui servis. Mais il était encore plein d’une force obscure. Je préparais soigneusement ma fléchette empoisonnée. Je parlais encore de mes difficultés à m’adapter à la société française, du manque de chaleur humaine dans les relations sociales. Je sentis que j’avais touché un point douloureux : il ne répondait pas. Mais je n’insistais pas, je savais déjà que la douleur n’est jamais bonne conseillère. Alors je lâchai mon dard.</p>
<p>-          Heureusement que je me suis fait une amie, d’ailleurs j’allais la voir, elle se nomme Amelia et vient des montagnes de derrière Porto…</p>
<p>Sa réaction me fit comprendre mon erreur. Son poing était une massue, il l’asséna avec force contre le toit de sa voiture, à quelques centimètres de ma tête.</p>
<p>-          Alors, comme ça, petite salope, tu sais que je suis portugais ? Qu’est-ce que tu sais de plus sur moi, sale petite garce ?</p>
<p>Son énorme poing noir était en sang et ça ne semblait pas le déranger. Je ne pouvais pas paniquer si je voulais vivre. Mais je ne sais pas où je trouvais le courage de balbutier :</p>
<p>-          Ben… Pas grand.chose… Je sais pas grand-chose de vous…</p>
<p>Curieusement, il parut se calmer. Il me demanda de quel village était originaire mon amie. Je répondis, sans lui confier que sa mère faisait le ménage pour la mienne. J’enjolivais le plus légèrement possible notre amitié péninsulaire, sentant qu’il se détendait. Il me demanda si sa famille possédait des animaux et au hasard je répondis des cochons je crois. Il hocha la tête en silence. Un certain temps passa. Je savais que le risque n’était pas passé. Il fallait que j’attende un moment propice. Il restait silencieux et je ne savais pas ce que cela pouvait signifier. Reste là m’a-t-il ordonné soudainement. Il a ouvert la porte, est descendu et s’est planté debout face à la voiture, à quelques mètres. Puis il a commencé à dégrafer lentement son ceinturon.</p>
<p>Je me suis dit que l’exhibition n’allait pas tarder, comme un apéritif à des choses plus sérieuses. Dans les angles morts, je me suis mise à chercher désespérément une arme, quelque chose, un miroir cassé, un clou rouillé, quelque chose que je puisse lui planter dans l’œil. Je le surveillais tout en fouinant mais il était trop occupé avec lui-même. Son pantalon était tombé sur les chevilles. Il effectua un demi-tour, s’assit à croupetons m’offrant une vue imprenable sur son cul, qui éjectait le plus gros étron que j’ai jamais vu de ma vie. En cet instant, ma main sous le siège avait trouvé une boîte à outils et identifié un solide marteau et un pic aigu. J’avais assez pour me défendre. Il ne s’est pas essuyé, a remonté son pantalon et est revenu vers la voiture. Je n’avais plus peur. Il me fallait juste attendre le bon moment.</p>
<p>Que s’est-il passé ensuite ? Encore aujourd’hui, trente-cinq ans plus tard, je l’ignore. Il y a un trou noir dans mon existence. Pour toutes les fois où j’y ai songé, après cette dernière image, il n’y en a qu’une autre. Je suis dans le fossé le long de la route nationale qui se dirige vers Mantes-la-Jolie, à la hauteur d’Epône. Je pleure et me tord de douleur et d’angoisse. Une camionnette jaune s’éloigne sur la route.</p>
<p>Alors me vient une idée étrange. Je sais que lorsqu’on tombe de cheval, il faut immédiatement remonter en selle, quand bien même on s’est cassé un bras. Je comprends que je dois trouver un amant, un amour, si je ne veux pas rester traumatisée à vie. A Épône, justement, j’avais un autre petit ami. On se tenait par la main et il m’embrassait dans le cou. Je suis allée le voir, avec mes vêtements débraillés, et je lui ai tout raconté, tout ce dont je me souvenais. Je lui ai demandé de me faire l’amour. Il a été courageux et s’est exécuté avec délicatesse. Je n’étais déjà plus vierge. Mais c’était peut-être à cause de l’équitation.</p>
<p>Quelques semaines plus tard, l’évidence se fit : j’étais enceinte, et pas du petit ami qui avait pris ses précautions. Ce furent des semaines d’horreur, j’avais l’impression qu’une bête répugnante m’habitait, une bête ignoble qui ressemblait à l’homme à la camionnette jaune. J’ai pris des bains froids, j’ai utilisé les plantes, monté à cheval, fait du judo et la libération est venue. Des flots de sang me soulagèrent de cette torture. Je n’arrivai pas à vous parler.</p>
<p>J’étais déjà partie depuis longtemps quand les conséquences de toute cette horreur ont commencé à se manifester, sous forme d’infection utérine, car bien évidemment, on ne peut pas avorter comme ça sans en payer le prix. Tu acceptas que tes médecins me traitent et je fus opérée à la clinique des Lilas (je crois) où officiait l’homme qui m’avait mise au monde. Ce même homme, quelques jours plus tard m’asséna son diagnostic : à présent, j’étais stérile. Je ne sus que bien des années plus tard qu’il est stupide de considérer qu’une gamine de 16 ans puisse devenir stérile. Durant de longues années, je crus l’homme qui m’avait mise au monde et m’adonnais à toutes sortes de bizarreries sexuelles sans préservatif (puisque je ne pouvais pas avoir d’enfants).</p>
<p>Mon ventre restait plat. Je développais des goûts bizarres. Puis il y eut la coupure grecque et enfin la rencontre avec Michel Colucci. Je ne te l’avais jamais dit, mais on s’était vraiment trouvés, tous les deux. Mais je n’avais pas pu lui raconter. Notre vie devint époustouflante, plein d’argent, des voyages, la célébrité, un vrai tourbillon. Mais Michel et moi, en dépit de certaines disputes terribles, étions toujours amoureux. Les autres essayaient de nous séparer, mais nous étions tout le temps ensemble, avec nos hauts et nos bas spectaculaires. Puis un jour je me suis aperçue que j’étais enceinte. Et l’horreur est revenue au galop d’un cheval. Je m’obsédais autour de la chose qui grandissait dans mon ventre, je n’en dormais plus la nuit, je me persuadais que seul un monstre pouvait sortir de moi. Aussi je pris en secret un rendez-vous avec un petit gynéco pour avorter. J’expliquais à Michel que j’avais une histoire du passé à régler avec vous puis je me rendis dans la clinique anonyme, où l’on m’avorta dans la soirée.</p>
<p>Au matin, lorsque je me réveillais de l’anesthésie, Michel était à mon chevet. Le gynéco, qui m’avait reconnue, lui avait glissé un mot puis ouvert ma porte. Son regard était de glace. Il adorait les enfants.</p>
<p>-          Pourquoi t’as fait ça ?</p>
<p>Je ressentis toute la vacuité de la moindre explication. Je ne me voyais pas dans cet environnement sordide lui dévoiler quelque chose d’aussi énorme, que je lui avais caché durant ces années où nous vivions ensemble, quelque chose qui ressemblait trop à une mauvaise excuse. Je n’en avais pas parlé parce que je ne voulais pas passer pour une victime, parce qu’un viol dont on ne se rappelle pas, est-ce vraiment un viol ? Que peut-on dire quand on ne se rappelle de rien ? Je ne pouvais pas parler mais j’entendis les dents de Michel grincer.</p>
<p>-          Te casse pas, va… Je vois bien… T’es une bien trop chouette fille pour avoir un gosse avec un gros con amoureux comme moi…</p>
<p>Il m’a lancé un dernier regard, comme un éclat de verre brisé. Tout était fini entre nous. Une des choses que je regrette le plus de ma folle vie, c’est de n’avoir pu lui expliquer avant qu’il ne parte, emporté par ce camion, quelques mois plus tard. Je n’ai jamais pu avoir d’enfants finalement mais si par hasard un jour je gagnais un peu mieux ma vie, je crois que j’aimerai en adopter un.</p>
<p>Je t’embrasse, réponds-moi par écrit si tu veux.</p>

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		<title>Affaire Laëticia : revenir aux travaux de Pierre Janet</title>
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		<pubDate>Sat, 12 Feb 2011 20:06:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lsoulahbib</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychés]]></category>

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		<description><![CDATA[Revenir à l’œuvre du psychologue Pierre Janet,  contemporain et ami de Henri Bergson[1], ce n’est pas faire œuvre de nostalgie puisque les nouvelles pratiques thérapeutiques en matière mentale, qui sont structurées autour des idées de trauma et de dissociation[2], c’est-à-dire de désintégration, donnée, de la conscience pouvant amener à un dédoublement, incontrôlable, de la personnalité, s’en réclament [...]]]></description>
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<p style="text-align: justify;"><img src="https://mail.google.com/mail/?ui=2&amp;ik=98a4db5cff&amp;view=att&amp;th=12dff3f8e047ec3a&amp;attid=0.1.1&amp;disp=emb&amp;zw" alt="Janet.jpeg" />Revenir à l’œuvre du psychologue Pierre Janet,  contemporain et ami de Henri Bergson<a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/article-a-laeticia-ne-pas-se-tromper-de-cibleffaire-66599450.html#_ftn1" target="_blank">[1]</a>, ce n’est pas faire œuvre de nostalgie puisque les nouvelles pratiques thérapeutiques en matière mentale, qui sont structurées autour des idées de trauma <em>et</em> de dissociation<a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/article-a-laeticia-ne-pas-se-tromper-de-cibleffaire-66599450.html#_ftn2" target="_blank">[2]</a><em>,</em> c’est-à-dire de désintégration, donnée, de la conscience pouvant amener à un dédoublement, incontrôlable, de la personnalité, s’en réclament de plus en plus ouvertement. C’est le cas pour <em>l’European Society for Trauma and Dissociation</em><a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/article-a-laeticia-ne-pas-se-tromper-de-cibleffaire-66599450.html#_ftn3" target="_blank">[3]</a> (ESTD), affiliée à <em>l’International Society for the Study of Trauma and Dissociation</em><a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/article-a-laeticia-ne-pas-se-tromper-de-cibleffaire-66599450.html#_ftn4" target="_blank">[4]</a>, (ISSTD). L’intérêt d’un tel retour, très perceptible à l’étranger (en particulier au Japon, en Allemagne, au Canada, en Hollande, en Russie, aux USA) pourrait être accéléré en France parce que les travaux de Pierre Janet semblent bien répondre aux insuffisances de diagnostics repérables dans certaines récidives meurtrières récemment mises en exergue dans l’actualité; en particulier les violeurs de joggeuses<a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/article-a-laeticia-ne-pas-se-tromper-de-cibleffaire-66599450.html#_ftn5" target="_blank">[5]</a>. L’un d’entre eux a par exemple indiqué qu’il ne pouvait pas se contrôler lorsque la « pulsion » arrivait<a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/article-a-laeticia-ne-pas-se-tromper-de-cibleffaire-66599450.html#_ftn6" target="_blank">[6]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Un diagnostic « janétien » serait (peut-être) le suivant : <em>cet</em> individu, en situation pulsionnelle, signifie qu’il devient dissociatif au dernier degré, or, du fait de son antécédent en matière de viol, il s’avère <em>être </em>dangereux ; à la fois pour lui-même, et pour autrui : ce qui implique l’impossibilité de le laisser en liberté, du moins tant qu’il n’aura pas été durablement traité. Il n’est donc pas possible de seulement l’intimer, même pénalement, à consulter.</p>
<p style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;La plupart des auteurs contemporains hésitent également à enfermer les obsédés : il est incontestable que le plus souvent l’internement véritable peut et doit être évité. Cependant il est quelquefois nécessaire de les retirer de leur milieu, il faut leur créer un milieu artificiel plus simple que les milieux naturels et il faut souvent recourir pendant quelques temps sinon à un internement complet, au moins à un isolement relatif&nbsp;&raquo;. <a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/article-a-laeticia-ne-pas-se-tromper-de-cibleffaire-66599450.html#_ftn7" target="_blank">[7]</a></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Pulsion et impulsion</em></p>
<p style="text-align: justify;">Un tel diagnostic implique de bien préciser les termes que l’on emploie, et l’on voit bien que ce n’est pas seulement sémantique : une impulsion est contrôlable, pas une pulsion qui se propulse selon le stade quasi mécanique (<em>automatisme</em><a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/article-a-laeticia-ne-pas-se-tromper-de-cibleffaire-66599450.html#_ftn8" target="_blank">[8]</a>).</p>
<p style="text-align: justify;">(PS : Ce texte est l&#8217;extrait d&#8217;un de mes articles scientifiques).</p>
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/article-a-laeticia-ne-pas-se-tromper-de-cibleffaire-66599450.html#_ftnref1" target="_blank">[1]</a> Bergson parraina son entrée au Collège de France, et fut son collègue à l’Académie des Sciences Morales et Politiques.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/article-a-laeticia-ne-pas-se-tromper-de-cibleffaire-66599450.html#_ftnref2" target="_blank">[2]</a> Selon le Docteur Yves Thoret, maître de conférences, (laboratoire de psychopathologie de l&#8217;identité, de la pensée et des processus de santé, université Paris X), on peut distinguer « dans les travaux de Pierre Janet, quatre fonctions au mécanisme de dissociation : la désagrégation, qui sépare du psychisme les phénomènes qui échappent à la conscience, la recomposition réversible, par laquelle les représentations dissociées se regroupent à nouveau et peuvent former une nouvelle personnalité, l&#8217;enfouissement du souvenir traumatique pathogène et enfin, l&#8217;effet bénéfique d&#8217;une action clinique, qui vise à modifier activement le souvenir de la scène traumatique, en modifiant directement son contenu. (…). Le mécanisme de dissociation mérite d&#8217;être distingué de celui de refoulement et d&#8217;être étudié pour lui-même dans les diverses organisations pathologiques, en se basant sur l&#8217;hystérie.  » in <em>L&#8217;Évolution Psychiatrique</em>, Volume 64, Issue 4, October-December 1999, Pages 749-764.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/article-a-laeticia-ne-pas-se-tromper-de-cibleffaire-66599450.html#_ftnref3" target="_blank">[3]</a> <a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/ext/http://www.estd.org/history.html" target="_blank">http://www.estd.org/history.html</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/article-a-laeticia-ne-pas-se-tromper-de-cibleffaire-66599450.html#_ftnref4" target="_blank">[4]</a> <a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/ext/http://www.isst-d.org/education/faq-dissociation.htm" target="_blank">http://www.isst-d.org/education/faq-dissociation.htm</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/article-a-laeticia-ne-pas-se-tromper-de-cibleffaire-66599450.html#_ftnref5" target="_blank">[5]</a> <a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/ext/http://www.lepost.fr/article/2010/09/08/2212145_recidiviste-il-tue-une-joggeuse-dans-le-nord-le-meurtre-pouvait-il-etre-empeche.html" target="_blank">http://www.lepost.fr/article/2010/09/08/2212145_recidiviste-il-tue-une-joggeuse-dans-le-nord-le-meurtre-pouvait-il-etre-empeche.html</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/article-a-laeticia-ne-pas-se-tromper-de-cibleffaire-66599450.html#_ftnref6" target="_blank">[6]</a> « L’homme n’a pas donné d’explication précise à son geste, “il ne comprend pas lui-même ce qui l’a poussé à faire ça” » : <a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/ext/http://www.au-troisieme-oeil.com/index.php?page=actu&amp;type=skr&amp;news=31171" target="_blank">http://www.au-troisieme-oeil.com/index.php?page=actu&amp;type=skr&amp;news=31171</a> ; voir aussi : <a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/ext/http://www.clicanoo.re/11-actualites/16-faits-divers/262798-huit-ans-d-emprisonnement-pour-le.html" target="_blank">http://www.clicanoo.re/11-actualites/16-faits-divers/262798-huit-ans-d-emprisonnement-pour-le.html</a> ;</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/article-a-laeticia-ne-pas-se-tromper-de-cibleffaire-66599450.html#_ftnref7" target="_blank">[7]</a>Pierre Janet<em>, Les obsessions et la psychasthénie</em>, (1903), Paris, L’harmattan, Tome II, volume I, 2005, p. 702.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.lucien-sa-oulahbib.info/article-a-laeticia-ne-pas-se-tromper-de-cibleffaire-66599450.html#_ftnref8" target="_blank">[8]</a> Pierre Janet<em>, L’automatisme psychologique</em>, (1889) Paris, éditions Odile Jacob, 1997.</p>
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