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	<title>MondesFrancophones.com &#187; Moyens-Ages</title>
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		<title>La croisade de Pastoureau</title>
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		<pubDate>Mon, 16 Apr 2012 13:52:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>acorbellari</dc:creator>
				<category><![CDATA[Moyens-Ages]]></category>

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<div id="attachment_4669" class="wp-caption alignleft" style="width: 473px"><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/moyens-ages/la-croisade-de-pastoureau/attachment/lion/" rel="attachment wp-att-4669"><img class="size-full wp-image-4669" title="lion" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/04/lion.jpg" alt="" width="463" height="700" /></a><p class="wp-caption-text">Le lion de Villard de Honnecourt</p></div>
<p style="text-align: left;" align="center">Ce qu’il y a de fascinant dans l’œuvre de Michel Pastoureau, qui est sans conteste l’un des plus grands historiens médiévistes vivants, c’est qu’elle découle d’une unique source, laquelle a donné naissance à deux fleuves des rives desquelles Pastoureau ne s’est pour ainsi dire jamais éloigné : la source c’est la question de l’héraldique et les deux fleuves ce sont le problème des animaux et celui des couleurs, tous deux évidemment liés aux composantes centrales des blasons. Depuis plus de quarante ans, il multiplie les livres traitant tour à tour des uns (l’ours, le cochon, les bestiaires, etc.) et des autres (le bleu, le noir, les rayures, etc.), avec des retours, parfois, sur l’héraldique (armorial des chevaliers de la Table Ronde, vade-mecums divers, etc.) et la symbolique générale, en se répétant certes parfois un peu, mais en n’en poursuivant pas moins une quête dont on a pu croire que le point d’orgue serait le beau livre autobiographique sur <em>Les Couleurs de nos souvenirs </em>(Seuil, 2010). Mais voilà qu’après ce livre presque testamentaire, Pastoureau nous gratifiait encore fin 2011 d’un somptueux ouvrage illustré — idéal cadeau de Noël — sur les <em>Bestiaires du Moyen Âge</em>, livre dont on goûtera sans retenue la beauté des enluminures et l’agrément des textes. Ceux-ci n’en apprennent certes que peu aux spécialistes, mais jouissent de l’inappréciable avantage d’être organisés selon les catégories zoologiques médiévales et de nous introduire ainsi de plain-pied, avec méthode et clarté, dans la logique de pensée des « savants » du Moyen Âge.</p>
<p>Il y a là, à la vérité, plus qu’une coquetterie d’historien : le geste de Pastoureau est militant et qui en douterait n’a besoin, pour s’en convaincre, que de lire les deuxième et troisième pages de l’introduction (p. 12-13), que nous nous permettons de citer <em>in extenso</em> :</p>
<p><em>La zoologie médiévale n’est pas la zoologie moderne. Elle ne doit pas être étudiée – et encore moins jugée ! – à l’aune de nos savoirs d’aujourd’hui, de notre sensibilité, de notre éthique. Ce serait non seulement anachronique mais aussi absurde. Ce serait en outre montrer que l’on n’a rien compris à ce qu’était l’Histoire. Au demeurant, nos savoirs actuels ne sont pas des vérités, mais seulement des étapes dans l’histoire des connaissances. Dans quelques siècles, ils feront probablement sourire les successeurs de nos zoologues actuels les plus réputés, de même que ceux-ci sourient parfois des affirmations de leurs prédécesseurs du XIX<sup>e</sup> siècle. Ainsi va le temps : chaque époque croit être parvenue à la vérité, ou du moins à une certaine vérité. L’historien le sait et doit constamment en tenir compte, non seulement dans ses enquêtes et dans ses réflexions, mais aussi dans ses jugements. Tout au plus peut-il faire des comparaisons. Mais il lui faut alors accepter que la science se définisse et se pratique différemment selon les époques et selon les sociétés.</em></p>
<p><em>Contrairement à une idée reçue, les hommes du Moyen Âge savent très bien observer la faune et la flore. Mais ils n’ont guère idée que l’observation ait un rapport avec le savoir, ni qu’elle puisse les conduire à la vérité. Cette dernière ne relève pas de la physique mais de la métaphysique ; le réel est une chose, le vrai en est une autre, différente. De même, artistes et imagiers savent fort bien représenter des animaux de manière réaliste, mais ils ne le font guère avant la fin du Moyen Âge parce que les représentations conventionnelles – celles que l’on voit dans nos bestiaires enluminées – sont, à leurs yeux, plus importantes, plus véridiques que les représentations naturalistes. Pour la culture médiévale, l’exact n’est pas le vrai. Au reste, qu’est-ce au juste qu’une représentation réaliste sinon une forme de représentation conventionnelle parmi d’autres. Elle n’en est pas le contraire et ne constitue pas un progrès. Faute de l’admettre, on ne comprendrait rien à l’art médiéval ni à l’histoire des images. Dans l’image tout est convention, y compris le « réalisme ».</em></p>
<p>Cette profession de foi mérite d’être examinée de près. Si Michel Pastoureau est très sûr de savoir ce qu’est l’Histoire (avec majuscule, s’il vous plaît !), il se garde par contre bien de donner une définition de la « science », qu’il confond délibérément avec les « savoirs ». Or ce que nous appelons aujourd’hui « science » est moins lié à des contenus qu’à une méthode, élaborée de Bacon à Lavoisier, et qui opère d’incessants va-et-vient entre l’élaboration théorique et la vérification expérimentale. Si nous tenons à appeler « science » chaque ensemble de savoirs organisés dans toutes les civilisations humaines, nous devons au moins reconnaître qu’ils s’organisent selon des épistémès distinctes plus ou moins durables et que le seul critère chronologique ne suffit pas à les distinguer : postuler que les zoologues du futur riront de ceux du XIX<sup>e</sup> siècle comme ces derniers se sont moqués de ceux du Moyen Âge, c’est faire fi du fait qu’il y a coupure radicale entre la « science » médiévale et celle du XIX<sup>e</sup> siècle, alors qu’il n’y a guère d’apparence que celle-ci cesse, dans un avenir même assez lointain, d’être pensée dans la continuité d’une définition qui s’est imposée dès le XVII<sup>e</sup> siècle : pour nous comme déjà pour Bacon, Harvey et Newton la science ne s’occupe du monde que pour en analyser et en <em>prévoir</em> le fonctionnement selon un horizon foncièrement matérialiste et empirique. Seuls les auteurs de bande dessinée se moquent aujourd’hui d’Isaac Newton, et le physicien qui déclarerait que la loi de la gravitation universelle est devenue inutilisable aurait une singulière vision de son métier (plus exactement, cette loi fait aujourd’hui figure d’approximation inadéquate dans le cadre de la physique de l’infiniment grand et de l’infiniment petit, mais elle reste le meilleur moyen de calculer le temps qu’il nous reste à nous prélasser tranquillement sous un pommier avant qu’une pomme qui s’en détache ne nous tombe sur la tête). Michel Pastoureau est d’ailleurs le premier à reconnaître que le fondement de la « science » médiévale est idéaliste (et non matérialiste), et la distinction qu’il propose entre le « réel » et le « vrai » serait parfaitement pertinente si les termes qu’il employait ne prêtaient pas à confusion : on se souvient en effet que, pour Platon, référence épistémologique ultime du modèle médiéval, le « vrai » est seul « réel ». C’est donc du « sensible » plutôt que du « réel » que Pastoureau aurait dû parler, et cette remarque, en apparence bénigne, dénonce précisément l’embarras de notre historien, obligé de donner des gages à notre perception moderne du « réel » et sacrifiant, par là même, la logique de son argumentation.</p>
<p>L’affirmation que « chaque époque croit être parvenue à la vérité » est difficile à remettre en doute dans sa généralité et s’accorde d’ailleurs avec l’idée développée par Kuhn dans <em>La structure des révolutions scientifiques</em>, mais elle occulte en l’occurrence le fait que les définitions médiévale et moderne de la vérité n’ont pas de socle épistémologique commun : l’une nie le sensible, l’autre au contraire le creuse. Bien sûr, le « réel » est dans les deux cas que ce qu’on croit être le vrai ultime, mais sa compréhension n’entretient aucun rapport nécessaire avec le sensible.</p>
<p>Nous retrouvons ici la problématique de la hiérarchie des civilisations, dont Michel Herland a pu estimer, sur ce même site, et pour contrer un mot malheureux vite devenu célèbre d’un triste ministre français, qu’elle était « un faux débat ». Affirmer que chaque civilisation a sa vérité se réduit, au fond, à rappeler l’évidence de l’universalité de la dignité humaine. Il n’en reste pas moins — c’est une autre évidence et il est sans danger de la rappeler puisqu’elle n’implique aucune conséquence morale — que certaines civilisations ont réussi plus efficacement que d’autres à avoir prise sur le sensible. Non content de poser l’équivalence de toutes les « vérités » sans égard pour le contenu heuristique qu’elle véhiculent, Pastoureau, empêtré dans son relativisme, semble donc bien vouloir nier la possibilité même qu’un savoir puisse avoir une influence autre qu’idéale sur le monde : on eût aimé que ce fût vrai, mais il n’est hélas pas besoin d’être écologiste pour prouver par le pire l’efficacité de la science moderne !</p>
<p>Dans ces conditions, est-il bien nécessaire de renverser l’« idée reçue » selon laquelle les médiévaux n’auraient pas su observer la faune et la flore ? D’autant plus que Pastoureau n’offre pas le plus petit commencement de preuve de ce qu’il avance là : aucune illustration de son livre ne confirme cette capacité. Souvenons-nous du lion que, dans son fameux album (que Pastoureau ne cite pas), l’architecte Villard de Honnecourt nous dit, au XIII<sup>e</sup> siècle, avoir « contrefais al vif » (c’est-à-dire dessiné « en direct »), alors que le dessin nous prouve plutôt le contraire, avec la crinière conventionnellement bouclée et la face curieusement humaine prêtées à l’animal. On en vient à soupçonner Pastoureau de ne prêter ce don d’observation à ses chers médiévaux que pour réagir, épidermiquement, à une opinion qui lui paraît dépréciative : mais ne l’est-elle pas, d’abord, parce qu’il partage les automatismes de pensée de ceux qu’il attaque, selon qui seuls des barbares pourraient ignorer l’art de la copie exacte ? Au reste, qu’est-ce qu’une capacité dont on n’use jamais ? On peut bien postuler que la possibilité de reproduire mimétiquement le sensible est innée chez l’être humain (elle s’observe d’ailleurs déjà à Lascaux !), mais il n’y a pas de honte à refuser de s’en servir, et, partant, à en perdre l’habitude. C’est d’ailleurs ce qu’avoue Pastoureau puisqu’il reconnaît lui-même que les artistes « ne le font guère avant la fin du Moyen Âge » !</p>
<p>Sévère avec tous ceux qui vilipendent le Moyen Âge, le pourfendeur des railleurs intempestifs que se veut Pastoureau n’hésite pas à renier ses principes de tolérance en daubant copieusement sur les savants du XIX<sup>e</sup> siècle qui refusaient — à raison ! — toute valeur d’information objective aux encyclopédies médiévales, et il ne peut pas toujours s’empêcher de tomber dans des clichés qu’il aime ailleurs dénoncer : à la fin de l’ouvrage, il profite de l’évocation des insectes parasites pour affirmer imprudemment que « les hommes et les femmes du Moyen Âge ont moins souffert des puces, des poux et de la vermine que ceux de l’époque moderne » (p. 215). Qu’il aille relire le fameux <em>Montaillou village occitan</em> de son collègue Le Roy-Ladurie (Gallimard, 1975), livre auquel on ne reprochera pas une insuffisance de documentation, et où l’on constate que vers 1320 le rituel de l’épouillage mutuel se pratiquait journellement dans tous les ménages sans distinction. Et quand on voit Pastoureau nous apprendre que « dans toutes les classes de la société, on est plus sale, on est en moins bonne santé et on vit moins longtemps à l’époque de Louis XIV qu’à celle de saint Louis » (p. 215, toujours), on attend impatiemment qu’il nous produise le détail des statistiques démographiques qu’il n’a pas manqué de dépouiller pour arriver à cette conclusion ! On veut bien le suivre lorsqu’il parle du manque d’hygiène du XVII<sup>e</sup> siècle, car la proscription de l’eau à l’âge classique pour enrayer le spectre de la syphilis est un fait bien avéré, mais on peut se demander s’il n’idéalise pas les possibilités que les plus basses classes de la population médiévale aient pu bénéficier des standards d’hygiène avérés dans les classes les plus favorisées. En tout état de cause, la prudence et l’impartialité dont Pastoureau se targue ailleurs a ici du plomb dans l’aile !</p>
<p>Revenons à l’introduction. Osera-t-on dire que l’affirmation selon laquelle la « représentation réaliste » ne serait qu’« une forme de représentation conventionnelle parmi d’autres » témoigne d’un certain confusionnisme ? Si elle est recevable dans un cadre artistique, comme l’a à l’évidence prouvé l’évolution de l’art au XX<sup>e</sup> siècle, elle ne saurait s’appliquer à l’intérieur du cadre théorique esquissé par Pastoureau. Signalons d’ailleurs en passant que l’ouvrage dont nous parlons n’est pas dénué d’ambiguïté dans sa fabrication même : alors que Pastoureau, comme on l’a vu, insiste justement sur le fait que les bestiaires sont objets de savoir et non de jouissance esthétique (catégorie elle-même plus que problématique au Moyen Âge), le support se présente ostensiblement comme un « beau livre » aux images éminemment délectables. Nous absoudrons bien volontiers Pastoureau de cette collusion de la science et du marchandising, car nous y trouvons profit et plaisir, mais nous rappellerons que si la reconnaissance de la beauté est indépendante de toute considération technique (rien n’empêche une Vénus néolithique de surpasser en capacité émotionnelle, aux yeux de qui le veut, le <em>David</em> de Michel-Ange), les vertus de la mimésis reprennent leur droits dans tous les contextes où l’adéquation du sensible et de la connaissance est exigée. Il est vrai que là où réel et sensible s’opposent, la représentation réaliste s’avère non seulement inutile, mais presque aberrante. Par excès ou par défaut, l’idée qu’elle ne serait rien d’autre qu’une « convention » néglige donc précisément le fait que son attache avec le sensible la délivre de l’arbitraire total. On ne niera pas que les diverses « manières » des peintres réalistes soient différentes, mais l’art, par exemple, du portrait, dont la finalité déborde celle de la pure esthétique, obéit à des nécessités pratiques d’identification que l’on ne peut sans abus de langage réduire complètement au statut de « convention ». Pastoureau a raison de dire que la représentation réaliste n’est « pas le contraire » de la représentation conventionnelle, mais elle n’en est pas davantage une catégorie parmi d’autres : elle ne lui est tout simplement pas superposable, puisqu’elle obéit à d’autres finalités ; et faire intervenir ici la question du « progrès » n’est qu’une façon de noyer le poisson en invoquant le spectre d’un positivisme que la plupart des savants modernes (sinon le grand public !) ont désormais dépassé.</p>
<p>Pastoureau est ce que l’on pourrait appeler un relativiste absolu (en-dehors des quelques moments où il veut exalter — on l’a vu — la dignité du Moyen Âge) et il peut se montrer agressif face à ce qu’il interprète (souvent trop rapidement) comme des velléités d’essentialisme de la part de ses contradicteurs. Ainsi le voit-on systématiquement mettre en doute les affirmations de la science lorsqu’elles empiètent sur ses domaines de recherches : ne l’a t’on pas entendu, lors d’une conférence, nier que le rouge fût une couleur excitante et le bleu une couleur apaisante et reléguer ces caractérisations parmi les a priori culturels ? Militer pour reconnaître la dignité des sensibilités qui ne se conforment pas aux modèles de l’Occident moderne est un combat nécessaire. Rappeler que la jouissance esthétique peut et doit faire fi des canons classiques n’est pas moins salubre. Mais refuser d’articuler conceptuellement les divergences épistémologiques et réduire les découvertes de la science à des opinions réfutables sans autre forme de procès relève simplement d’une paresse d’esprit qui confine à l’obscurantisme. Le relativisme contemporain n’est pas venu de nulle part : il est l’une des conséquences de l’évolution de la pensée occidentale depuis le XVII<sup>e</sup> siècle et entretient des liens certains avec l’idée du « progrès » : il doit donc lui-même être pensé historiquement. Nous pardonnons beaucoup à Sartre pour avoir avoué un jour qu’il avait « douté de tout sauf d’être l’élu du doute ». Et peut-être prendrons-nous davantage au sérieux l’épistémologie de Michel Pastoureau le jour où il acceptera de relativiser son relativisme.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p align="right">Alain Corbellari</p>

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		<title>Éloge du Graal obscur</title>
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		<pubDate>Wed, 28 Dec 2011 21:23:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>acorbellari</dc:creator>
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<div id="attachment_4455" class="wp-caption alignleft" style="width: 251px"><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/moyens-ages/eloge-du-graal-obscur-2/attachment/corbellarifee/" rel="attachment wp-att-4455"><img class="size-medium wp-image-4455" title="Corbellarifee" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/Corbellarifee-241x300.gif" alt="" width="241" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">Matthew Hopkins, 1620-1647, chasseur général de sorcières</p></div>
<p style="text-align: left;" align="center">Les exégètes de la littérature médiévale ont pris l’habitude de considérer que le merveilleux féerique se déclinait sur deux modes : l’un panique, et c’est Morgane, la fée qui nous attire dans les rêts d’un univers inconnu dont nous ne sortirons peut-être jamais ; l’autre refamiliarisant, et c’est Mélusine, la fée civilisatrice qui se laisse apprivoiser pour couvrir de ses dons l’homme qu’elle a élu, « Mélusine maternelle et défricheuse », comme le disait Jacques le Goff, petite sirène avide des jambes des hommes ou ondine à la recherche d’une douceur de vivre inconnue d’elle, et qui, presque toujours, retourne à son élément, ayant constaté son incompatibilité avec un quotidien qui ne l’est que pour nous. André Breton, bien avant les médiévistes, avait intimement reconnu ce double mouvement en écrivant successivement sa rencontre avec la morganienne Nadja puis avec la mélusinienne muse d’<em>Arcane 17</em>.</p>
<p>          A bien y regarder, pourtant, et avant même d’en référer à nos expériences personnelles, les choses ne sont pas toujours aussi claires qu’il peut paraître. Le <em>Lanval</em> de Marie de France nous présente l’exemple archétypal, en son début, du conte morganien. Le héros ne quittera cependant pas pour autant la cour arthurienne et la fée, se faisant fugitivement mélusinienne, se rendra même chez le roi breton, dans l’œil du cyclone, pour sommer son amant de choisir : le dilemme, il est vrai, sera de courte durée et l’aspect fondamentalement morganien de la fée confirmé par la décision de Lanval de quitter désormais un royaume dans lequel il y a incontestablement « quelque chose de pourri ». On peut voir dans cette conclusion du seul lai de Marie de France à se dérouler à la cour d’Arthur un pied-de-nez au rêve de civilisation proposé dans les mêmes années par Chrétien de Troyes, infatigable apôtre des « lumières » dans cette nuit du Moyen Âge, nuit qu’il me paraît pourtant loisible de préférer, dans son fourmillement d’étoiles, à la clarté trop crue d’un graal dont on n’a inlassablement scruté la forme que pour éviter de se rendre compte qu’il cachait peut-être tout simplement un attrape-nigauds.</p>
<p>Alors décidément, Morgane contre Mélusine ? N’y a-t-il pas toujours plus à gagner à pénétrer l’inconnu qu’à vouloir ramener à toute force la création à nous ?</p>
<p>Mais voilà Mélisande, héroïne moyenâgeuse perdue dans la forêt symboliste de Maeterlinck. Son nom fait manifestement signe à celui de Mélusine. En est-elle un avatar ? Elle n’apportera pourtant nulle prospérité, nul bonheur durable à la cour du vieux roi Arkel. Golaud, qui l’a découverte, est déjà un homme déclinant, et son frère Pelléas ne serait lui-même encore « qu’un enfant ». Et quelle étrange Mélusine que celle qui fait dire à celui qui se propose de la ramener au monde civilisé « je crois que je me suis perdu moi-même »…</p>
<p>D’où la question : les vrais Mélusines ne seraient-elles pas essentiellement des Morganes en puissance ? (ou en impuissance ?) Raymondin, l’amant de Mélusine (dans les romans médiévaux), ne saurait même entrevoir l’existence de la merveille : son regard indiscret par le trou de la serrure provoque la fuite sans retour de la fée. Que ne va-t-il la rejoindre ? C’est qu’il ne semble pas en avoir la capacité, et que, surtout, le monde à bâtir ne saurait être que <em>notre</em> monde. Mais quelle dérision que l’évocation de cette fortune montante des « Lusignan » qui, au moment où s’écrivent les romans narrant les aventures du fondateur de leur lignée, ont déjà de beaucoup dépassé le temps de leur apogée ! Le discours « civilisateur » pourrait-il n’être ici qu’un leurre, destiné à cacher cette vérité fondamentale qu’il n’est de vie que dans l’autre monde, d’existence aboutie que dans le refus du domestique et du quotidien ?</p>
<div id="attachment_4456" class="wp-caption alignleft" style="width: 194px"><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/moyens-ages/eloge-du-graal-obscur-2/attachment/rossetti-dante-gabriel-1828-82-the-holy-grail/" rel="attachment wp-att-4456"><img class="size-medium wp-image-4456" title="Rossetti, Dante Gabriel 1828-82 The Holy Grail" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/Rossetti-Dante-Gabriel-1828-82-The-Holy-Grail-184x300.jpg" alt="" width="184" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">Dante Gabriel Rossetti, Le Saint Graal</p></div>
<p>Peut-être convient-il que nous nous jetions ici nous-même à l’eau. Facilité du discours scientifique : il permet de parler sous le couvert des fables qui, pour ne pas être toutes uniment rassurantes, n’en sont pas moins hors de nous, objets et non sujets de notre quête. Tous les jeux sont permis, certes, excepté celui de se prendre à lui. Jamais le savant, usât-il de l’ironie la plus acerbe, ne brise le miroir des mots qu’il tend à ceux qui le lisent. Pour qu’advienne l’aventure il faut fermer le livre ; Don Quichotte lui-même le savait bien.</p>
<p>Ainsi moi-même, ici, — sauf à me taire — je ne pourrai jamais que suggérer un geste impossible. Pourtant les êtres fés sont partout, et cela pour la simple raison que ce ne sont en définitive pas eux qui possèdent, mais bien nous qui leur conférons leur pouvoir. Ce que la littérature du Moyen Âge et des contes ne pouvait dire que sur le modèle de l’allégorie, feignant de situer en dehors de nous-mêmes le pouvoir de faire apparaître et disparaître l’autre monde, il n’est que trop évident que nous pouvons le susciter à notre gré ; plus : nous sommes condamnés à le faire vivre de et uniquement par nous-même. Le fantastique, nous dit-on, génère malaise et angoisse. Qui ne voit, cependant, qu’il nous met, sans que nous ayons à faire le moindre effort, face à ce que nous avons toujours plus ou moins obscurément rêvé, tout en nous empêchant d’y participer en acteur véritable ? Pour être pleinement accepté, le merveilleux est paradoxalement plus volontaire : puisque l’irrationnel y est un donné, l’aventureux, contrairement à ce qui se passe dans le fantastique où nous sommes <em>embarqués</em> bien plus de force que de gré, n’est jamais donné d’avance et doit toujours être conquis. Mélusine, parce que Raymondin la réduit au déni qu’il lui oppose, c’est la tentation paresseuse — pour conjurer le fantastique — de réduire la merveille aux normes de l’humanité moyenne ; Morgane, en revanche, nous requiert sans cesse et nous exhorte infatigablement d’un « oseras-tu ? » qui claque comme un fouet à nos oreilles sourdes.</p>
<p>A la question « Vous arrive-t-il de croiser des fées ? », celui qui répond « oui, et j’ai en ai peur » (inversant le « non, mais j&#8217;en ai peur » de Mme Du Deffand à qui l&#8217;on demandait si elle croyait aux spectres) passera peut-être pour un lâche. Pourtant, n’est-ce pas cette peur seule qui peut nous garantir que nous sommes sur la bonne route ? Toute rencontre est une aventure ; c’est pourquoi tout « autre » reconnu comme tel cache un être fé, pour peu qu’on veuille prendre ce risque de se laisser entraîner non là où il veut mais là où nous voudrons aller avec lui. L’autre en lui-même ne possède aucun pouvoir de contrainte : la fée de Lanval répond à un désir de ce dernier, elle ne le précède pas ; tout au plus lui donne-t-elle une forme. Mais l’inconnu n’est jamais en-dehors de nous, il est en nous, là où nous ne voulons généralement pas le chercher car nous le confondons avec un « tout autre » dont la familiarité nous aveugle. Il est le graal noir de la fée Morgane, l’objet même qui fait de nous le sujet de notre quête.</p>
<p>&nbsp;</p>

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		<title>Pérégrinations médiévales</title>
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		<pubDate>Tue, 20 Dec 2011 17:29:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>acorbellari</dc:creator>
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<p><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/moyens-ages/peregrinations-medievales/attachment/medievaltravelwritingquo-ashx/" rel="attachment wp-att-4444"><img class="aligncenter size-full wp-image-4444" title="MedievalTravelWritingquo.ashx" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/MedievalTravelWritingquo.ashx_.jpg" alt="" width="370" height="400" /></a></p>
<p>L’Empire romain est sans doute mort d’un excès de confiance dans la civilisation dont il avait répandu le modèle : on ne proclame pas impunément la fin de l’histoire et l’on ne quadrille pas sans perte de villes trop semblables un espace prétendument pacifié ! Mais à la stabilité d’un empire qui s’était cru éternel les coups de boutoir venus des steppes apportèrent le correctif salutaire d’une exigence pérégrine dans laquelle un christianisme en quête de légitimité allait se reconnaître. L’<em>Homo viator</em>, promu par l’Evangile, proclamant bien avant le chant de la Bérézina que « notre vie est un voyage », allait devenir l’homme par excellence du Moyen Âge occidental. A un monde dont « tous les chemins » menaient, dit-on, à la Ville succéda un univers dont chaque potentialité serait désormais ouverte. Défricher les forêts du Nord, étendre la civilisation vers l’Est, chercher à l’Ouest les Iles Fortunées, tenter de repousser les Sarrasins au Sud : autant de trajets ayant tous leur logique et que le seul objectif d’étendre la civilisation chrétienne pour répondre à l’injonction du Christ — « Allez et faites de toutes le nations des disciples » — ne suffit pas à expliquer.</p>
<p>Certes, le tourisme n’existe pas au Moyen Âge, ou alors il s’appelle le pèlerinage. Et il est vrai que le <em>Guide du Pèlerin de Compostelle</em> rédigé au XII<sup>e</sup> siècle a tout du proto-Michelin : on signale les curiosités qui valent le voyage, celles qui méritent un détour ou les sites simplement intéressants ; on en profite pour raconter la geste des héros morts le long du chemin et qui ont laissé leurs reliques, car ces routes que fréquentaient les pèlerins étaient aussi celles des hommes de guerre : les Croisades sont nées, au XI<sup>e</sup> siècle, du désir de protéger le cheminement des pèlerins de Jérusalem ou de Compostelle. On épiloguera longtemps encore sur la Prise de Jérusalem et la constitution des états latins d’Orient, sur la haine tenace que les Musulmans — vainqueurs sur le terrain mais vaincus sur le plan symbolique — vouent encore aux Occidentaux pour ces expéditions sanglantes. On ferait cependant fausse route en leur déniant tout élan mystique, en n’y voyant que le profit et la conquête. Une part de rêve les constitue tout aussi bien : l’Orient qu’en on rapporté les Croisés n’a paradoxalement que peu à voir avec la réalité, et Don Quichotte ne s’est montré, au fond, leur digne successeur, en réinterprétant les anciens romans de chevalerie à travers sa folie, qui est tout aussi bien une quête initiatique du merveilleux qu’un désir d’en découdre avec des ennemis que l’on idéalise pour mieux se vanter de sa victoire.</p>
<p>Il nous faudra revenir au chevalier. Mais le pèlerin n’est pas seul à marcher, les fantassins, les <em>piétons</em>, comme on disait alors, ne manquent pas sur les routes : ils deviendront même, lorsque la Guerre se sera réinstallée sur le territoire de la douce France, la sinistres <em>routiers</em>, terreur du paysan qui retourne sans fin son champ de sa charrue et du marchand qui conduit ses bêtes de somme. (Non, en ce temps-là les routiers n’étaient pas sympas !) Le mot <em>ost</em>, armée, ne dérive-t-il, grâce à ces hommes malgré tout attachés à leur terre et à leur patois roman, du latin <em>hostis</em>, « l’ennemi » ? Encore a-t-on sans doute sciemment exagéré la fixation du paysan médiéval à la glèbe : le formidable essor des villes à partir du XIII<sup>e</sup> siècle aurait-il pu se faire sans cet exode rural qui, dès lors, n’allait cesser de saigner les campagnes ? Et les ermites, comme le dit Chrétien de Troyes, essartaient…</p>
<p>Mais les plus grands marcheurs du Moyen Âge sont peut-être encore les intellectuels : pour assouvir leur passion d’apprendre, les étudiants ne se contentent pas de rejoindre des villes universitaires encore relativement rares et parfois très lointaines ; ils n’hésitent pas à aller parfaire leur formation ailleurs, à sillonner inlassablement la Chrétienté en quête de maîtres, de savoirs inédits et de nouvelles expériences. La mobilité universitaire tant désirée et si peu pratiquée de nos jours est une réalité quotidienne de cet âge qui ne connaissait pourtant rien des facilités de transport dont nous sommes blasés. Paris divise ses étudiants en « nations » qui regroupent tout l’Occident : à elle seule la « nation allemande » réunit les étudiants de l’Empire et des îles britanniques Et les enseignants ne sont pas en reste, s’offrant plus souvent qu’à leur tour pour aller porter leur bonne parole dans les universités qui ne cessent de se créer aux limites de la Chrétienté.</p>
<p>A cette bougeotte perpétuelle, nulle topographie claire, pourtant, ne vient en aide : pas plus que le portrait ressemblant, le Moyen Âge central ne connaît la carte millimétrée. On avance selon les soleil et les étoiles (Compostelle c’est, littéralement, le « champ des étoiles »), on suit les routes ouvertes, on demande son chemin aux autochtones et, de lointain en lointain, on arrive toujours là où nous a conduit notre désir : les reliques fleurissent sous les souvenirs épiques, les cors de Roland sont presque aussi nombreux que les fémurs de saint Pierre et le plus humble caillou peut se révéler porter l’empreinte quasi divine du pied de Charlemagne.</p>
<p>L’homme médiéval, dit-on souvent, était patient ; est-ce si sûr ? Robert de Clari nous dit le désappointement des guerriers de la IV<sup>e</sup> Croisade, persuadés, en arrivant à Cologne, d’être déjà à Constantinople… Mais ce qui est certain c’est que l’on ne se décourage pas : Marco Polo, son père et son oncle, traversent l’Himalaya pour atteindre la Chine, la route du nord leur ayant été décrite comme trop dangereuse. D’ailleurs, escalader les montagnes n’est-ce pas se rapprocher de Dieu ? Saint Bernard, à la suite d’un mémorable combat avec le démon, christianise l’ancien <em>Mont Joux</em> (= <em>Mons Jovis</em> = montagne de Jupiter) pour lui donner son nom, et bientôt ses chiens… De fait, il faut se garder de plaquer sur le Moyen Âge notre tout moderne amour des cimes. Les <em>puis</em> (collines) aigus et les <em>vals tenebrus</em> de <em>La Chanson de Roland</em> nous disent assez la crainte médiéval des escarpements : Chateaubriand dira encore, parcourant le Valais dont il fut le malheureux administrateur, au début du XIX<sup>e</sup> siècle, sa sainte horreur des montagnes.</p>
<p>A tout prendre, cependant, celles-ci restent moins terrifiantes, pour l’homme médiéval, que la mer profonde, cette nappe liquide aux sautes redoutables et imprévues, et qui pourrait bien communiquer directement avec les enfers… Ce n’est qu’avec la III<sup>e</sup> Croisade que les Croisés se décideront à prendre enfin la rapide voie maritime, après avoir compris, lors des deux premières expéditions, que les routes terrestres étaient par trop semées d’embûches. Accumulant les deux inconvénients, Frédéric Barberousse a pourtant réussi à se noyer dans un fleuve de Cilicie après avoir emprunté la voie de terre !</p>
<p>Mais la mer bruit davantage dans les récits celtiques que dans les épopées, et c’est alors un tout autre chant qu’elle nous fait entendre : sa profondeur est comme niée, aplanie par cette horizontalité qui détermine tout l’espace des anciens Celtes. Dans l’histoire de saint Brendan, les dos des baleines deviennent des îles, et l’enfer même est à fleur d’eau : c’est sur un écueil que Judas, enchaîné tel Prométhée, purge son supplice éternel.</p>
<p>Saint Brendan sur sa nef est le frère des chevaliers arthuriens : pour lui l’autre monde est toujours en avant, ou en arrière, mais jamais en haut ou en bas. Comme Breton le bien nommé le dira au XX<sup>e</sup> siècle, le héros des légendes celtiques n’a de cesse de s’émerveiller que « tout l’au-delà soit sur cette terre ». Et nous touchons peut-être ici au sens le plus secret de la compulsion voyageuse de l’homme médiéval : aussi orientée que soit sa vision par tous les signes du surnaturel, c’est bien dans <em>ce monde-ci</em> qu’il espère trouver le graal.</p>
<p>Le premier écrivain latin dont on peut sans aucun doute faire un homme du Moyen Âge, Venance Fortunat se présente délibérément, à la fin du VI<sup>e</sup> siècle, comme un nomade : suivant l’itinérante cour mérovingienne, faisant sans cesse la navette entre les seigneurs, les évêques et le pape, il insiste tant sur le fait qu’il est un cavalier qu’il va jusqu’à affirmer qu’il compose ses vers en dormant sur son cheval… Quiconque n’a jamais expérimenté le trot berceur de la plus noble conquête de l’homme reste sans doute condamné à ne voir que non-sens dans cette affirmation que reprendra à son tour, cinq siècle plus tard, Guillaume IX d’Aquitaine, le premier des troubadours. Quoi de plus évident, pourtant, pour qui sait y être sensible, que ces images — où vient aussi parfois s’adjoindre celle du vin — qui offrent à une civilisation qui a banni l’artifice rhétorique païen des Muses, une parfaite illustration de l’inspiration poétique ?</p>
<p>Lancelot rêvant à Guenièvre, chevauchant perdu dans ses pensées, n’est pas seulement le type de l’amoureux médiéval, il emblématise la figure du poète. Ainsi l’errance du chevalier, pour paraître sans but, dessine-telle, de la façon la plus précise, le parcours même et l’écriture du texte qui se déroule sous nos yeux. Ce n’est pas pour rien que l’on a nommé <em>entrelacement</em> la technique des romanciers en prose du XIII<sup>e</sup> siècle qui suivent de manière apparemment vagabonde les aventures de tel chevalier puis de tel autre et construisent un contrepoint plus itinérant encore que musical qui enserre progressivement le lecteur dans son délicieux labyrinthe. Mais lorsque le graal ne vectorise plus les désirs de tous, on retombe alors dans ces jeux d’aveugles — salle aux images où , le jour venu, Arthur découvre son infortune, tournois sanglants dénonçant la vacuité d’une cour qui a perdu son centre — à travers lesquels finira par périr le royaume arthurien. La morale de <em>La Mort Artu</em> revient peut-être ainsi à nous convaincre de l’absolue nécessité de ne jamais perdre le sens de toute quête.</p>
<p>Pour être le plus intérieur, le moins situé dans la géographie réelle de l’Occident, le voyage du chevalier courtois n’est pas le moins significatif. Pour Rome, le cavalier n’était plus — ironie du sort — qu’un patricien sédentarisé, et les légions n’entretenaient plus guère de cavalerie que de manière presque symbolique. De tout ce que les « Barbares » ont apporté à l’Occident, le don le plus précieux fut peut-être cet appel au nomadisme, cette revalorisation fondamentale de l’homme à cheval qui allait réveiller chez l’homme de l’Antiquité tardive le désir émoussé de franchir les bornes de l’inconnu. En inventant le pèlerin, mais aussi le guerrier du Christ et, dans son ombre — par bonheur — le quêteur de l’amour et de l’absolu, la foi médiévale a ouvert un espace à notre imaginaire, où la poésie et le roman — ce genre neuf promis aux plus étonnants sursauts — ont trouvé un épanouissement inespéré. Dans la forêt de Brocéliande s’est réinventée une errance qui ne nous a plus quittés.</p>

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		<title>Gene Vance in memoriam</title>
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		<pubDate>Sat, 10 Dec 2011 13:08:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Administrateur</dc:creator>
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<p style="text-align: center;"><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/moyens-ages/gene-vance-in-memoriam/attachment/vance-photo/" rel="attachment wp-att-4431"><img class="aligncenter size-full wp-image-4431" title="vance photo" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/vance-photo.jpg" alt="" width="198" height="300" /></a></p>
<p>Notre ami Eugene Vance est décédé le 14 mai 2011, quand son monoplace s&#8217;est écrasé à l&#8217;aéroport <a href="http://seattletimes.nwsource.com/html/theblotter/2015071594_pilotkilledinarlingtoncrashiddasemeritusuwprof.html">d&#8217;Arlington</a>, dans l&#8217;état de Washington. Médiéviste et seizièmiste de grand renom, il a formé et influencé tout une génération de chercheurs. En poste à Yale, Emory et à l&#8217;Université de l&#8217;état de Washington, sa pensée hardie et aventureuse a modifié le champ des études médiévales et s&#8217;est exprimée dans une série de livres pionniers. Je l&#8217;ai rencontré à Cerisy en 1977; depuis lors sa pensée n&#8217;a cessé de m&#8217;accompagner. En 1980, dans la Sierra Nevada, à travers un antique rituel, Gene, Stojan Athassov, Howard Bloch et moi-mêmes scellâmes un lien indissoluble. Nous ne nous rendons pleinement compte de l&#8217;importance  qu&#8217;un être a eue pour nous que lorsque nous le perdons : Gene fut pour moi un grand frère intellectuel et moral.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/moyens-ages/gene-vance-in-memoriam/attachment/vance1vance1/" rel="attachment wp-att-4438"><img class="size-full wp-image-4438 alignleft" title="vance1VANCE1" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/vance1VANCE1.jpg" alt="" width="150" height="150" /></a></p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/moyens-ages/gene-vance-in-memoriam/attachment/vance-4vance-4/" rel="attachment wp-att-4432"><img class="size-full wp-image-4432 alignleft" title="Vance 4VANCE 4" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/Vance-4VANCE-4.jpg" alt="" width="150" height="150" /></a><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/moyens-ages/gene-vance-in-memoriam/attachment/vance-5vance-5/" rel="attachment wp-att-4433"><img class="size-full wp-image-4433 alignleft" title="vance 5VANCE 5" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/vance-5VANCE-5.jpg" alt="" width="150" height="150" /></a></p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-4434" title="Vance3VANCE3" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/Vance3VANCE3.jpg" alt="" width="150" height="221" /><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/moyens-ages/gene-vance-in-memoriam/attachment/vance2vance2/" rel="attachment wp-att-4437"><img class="alignnone size-full wp-image-4437" title="Vance2VANCE2" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/Vance2VANCE2.jpg" alt="" width="150" height="223" /></a></p>
<p>Mais laissons la parole à Howard Bloch, qui, mieux que quiconque, a su dire ce que Gene était pour nous tous.</p>
<p>&nbsp;</p>
<table border="0" cellspacing="0" cellpadding="10">
<tbody>
<tr>
<td valign="top" width="377">&laquo;&nbsp;Je ne peux pas penser à Eugène Vance sans me remémorer une excursion de camping en été 1980. La Société Rencesvals avait 0rganisé une colloque à Berkeley, après lequel Gene, Alexandre Leupin, un médiéviste bulgare du nom de Stoyan Atanassov, et moi-même partîmes dans les Sierras pour pêcher à la ligne et parler de l&#8217;épopée médiévale française. Le voyage fut un malentendu dès le départ. Stoyan avait dépensé son maigre salaire pour une paire de jeans bleus, et, dans la voiture, se plaignait que mon chien était Simon les salissait en bavant dessus, avant qu&#8217;il ait pu les porter fièrement à son retour en Bulgarie. Le chien finit par s&#8217;asseoir sur le siège avant, avec Gene, Alexandre, et Stoyan coincés sur la banquette arrière. Leupin avait fait le voyage à partir de Genève avec l&#8217;illusion que l&#8217;été en Californie devait être torride, et il n&#8217;avait pas de vêtements adaptés à Berkeley, et encore moins à l’altitude de la Sierra Nevada. Stoyan se sentait tellement libéré de l&#8217;oppression des communistes de Sophia qu&#8217;il  commença à boire directement l’eau de la rivière Little Truckee ; il fut pris d&#8217;un cas phénoménal de Giardia, salit ses jeans de l&#8217;intérieur, effaçant ainsi un peu de l’opprobre qui accablait mon chien Simon. Ne sachant pas vraiment quoi faire, j’allai au village, et j’achetai une grande bouteille de whisky. En la consommant autour du feu, nous parlâmes de la nature du signifiant dans la France du XIIe siècle. Gene se leva. Il était grand, et, dans la nuit, les flammes vacillantes lui donnaient des proportions presque mythiques. Agitant un long doigt de réprimande à notre intention, il  commença à donner une conférence sur saint Augustin, jusqu&#8217;à ce qu&#8217;il prenne l&#8217;aspect de l&#8217;évêque d&#8217;Hippone lui-même. Aucun de nous ne s’est jamais remis de cette grande leçon autour d&#8217;un feu de camp : Gene nous avait convaincus qu’Augustin avait été le penseur essentiel du millénaire auquel nous consacrions notre vie. Plus que nul autre, saint Augustin autre avait réussi à lier les signes du langage  à l’individualité, à l&#8217;érotisme, à la vie sociale et à la métaphysique.Pour moi, ce souvenir saisit Gene à son zénith : intensément engagé dans le monde des idées et des œuvres, qu’il rendait vivantes et présentes avant nous tous, impitoyable dans sa volonté de convaincre les autres de ce qu&#8217;il avait trouvé un gisement de vérité si riche qu’ aucun être doué de raison ne pouvait la manquer, fiévreux  dans sa lutte avec les grandes questions, conscient, tout comme saint Augustin, une fois encore, que personne ne peut les épuiser dans le courant d’une vie. L’intellect et la personnalité piaffants de Gene furent un défi pour ceux qui l’entouraient; sa joie espiègle à renouveler les anciennes idées fut une source d&#8217;inspiration et de plaisir; nous nous sommes tous sustentés de sa persistante opiniâtreté et de sa générosité parfaite. Gene était un ami très fidèle, une âme sentimentale, un homme complexe en qui l’on pressentait de grandes détresses. Il était étonnamment ouvert sur les sujets intimes, et pourtant je n&#8217;ai jamais senti que je le connaissais à fond, jusqu’au bout. Gene aurait pu faire des études de médecine auxquelles la tradition familiale le destinait. Il choisit une voie plus incertaine, celle des défis intellectuels qui le menèrent de l&#8217;anglais  au français, à la religion et à l&#8217;histoire de l&#8217;art. Gene était grand, il était sportif, il était actif, il était une légende dans notre petit monde timide. Jeune homme, il travailla dans la construction en Alaska, traversa l’Atlantique dans un petit voilier et était un motocycliste sans peur. Il  skia en compétition. Il pêchait dans des endroits des rivières dans lesquels aucun de nous n’aurait osé s’avancer, à l&#8217;exception des fils de Gene, Adam et Jacob. Intellectuellement, Gene s’est avancé en des territoires que nul des nôtres n’avait osé baliser, et les résultats furent souvent immédiats et éblouissants ; plus d&#8217;une fois, avec envie, je me suis demandé pourquoi je n’y &#8216;avais pas pensé en premier. Gene était férocement compétitif, et pourtant, au cours des dernières quarante années, il collabora généreusement avec une cohorte de savants de son âge et de jeunes qui ont renouvelé le domaine des études du Moyen âge et de la Renaissance. La proximité avec laquelle nous avons tous travaillé ensemble fait penser à un discours d’après-dînée qu’Alfred Edward Housman fit à Trinity College, à Cambridge: « Cette grande université, cette ancienne université, a vu se passer certaines choses étranges. Elle a vu Wordsworth saoul et Porson sobre. Et me voici, meilleur poète que Porson, meilleur érudit que Wordsworth, coincé entre l’envers et l’endroit ». Le décès de Gene nous laisse tous immobilisés entre l’envers et l’endroit. Sans lui, nous ne pourrons pas aller plus loin dans le projet critique qui a été notre vie. Et pourtant, l’exemple de son courage et le legs de sa vie et de ses écrits  vit toujours en tous ceux qui ont eu le privilège de l&#8217;avoir connu ; de sorte que l&#8217;hommage le plus affectueux que nous puissions lui rendre est de continuer à porter la torche, et l’oriflamme de Roland, que Gene alluma et partagea avec nous tous.&nbsp;&raquo;</td>
<td valign="top" width="353">&laquo;&nbsp;I cannot think of Eugene Vance without bringing to mind a camping trip in the summer of 1980.  The Société Rencesvals had met in Berkeley, and when the meeting ended, Gene, Alexandre Leupin, a Bulgarian medievalist by the name of Stoyan Atanasov, and I left for the Sierras for some fishing and talk of the Old French epic.  The trip was a misunderstanding from the start.  Stoyan had spent his meager stipend on a pair of blue jeans, and complained in the car that my dog Simon was dirtying them before he could wear them proudly back to Bulgaria; the dog ended up sitting in the front seat, with Gene, Alexandre, and Stoyan in the back.  Leupin had travelled all the way from Geneva with the illusion that summer in California was warm, and had no clothes suitable for Berkeley, much less the Sierra high country.  Stoyan felt so liberated from the oppression of communist Sophia that he began drinking directly from the Little Truckee River, caught a walloping case of giardia, soiling his jeans from within, thus removing some of the opprobrium from my dog Simon.  Not knowing quite what to do, I drove to town and bought a large bottle of whiskey.  As we consumed it around the campfire, talk turned to the nature of the signifier in twelfth-century France.  Gene stood up.  He was tall, and the flickering flames made him taller, almost mythic.  Waving a great long finger of admonishment at the others, he began to lecture on Saint Augustine until he took on the aspect of the Bishop of Hippo himself.  None of us ever recovered from that great lesson around a campfire in the course of which Gene convinced us that Augustine was the thinker of the millenium to which we had devoted our lives because he more than any other had managed to link verbal signs to the personal, the erotic, the social, and to metaphysics.For me, this memory captures Gene at his best&#8211;intensely engaged in a world of ideas and works, ahead of all of us in his making them real in the here and now, unrelenting in his will to convince others that he had hit a vein of truth so rich that no rational person might miss it, restless in the ways in which he wrestled with big issues, aware, again like Augustine, that no one presses them fully to the ground while in the flesh.  Gene’s intellectual&#8211;and personal&#8211;restlessness was a challenge for those around him; his impish joy in making old things new, a source of inspiration and pleasure; his prodding persistence, the purest generosity from which we all took sustenance.  Gene was an incredibly loyal friend, a sentimental soul, a complicated creature in whom one sensed pools of trouble.  He was incredibly open about intimate things, yet I never felt I knew him to the root, core.  To the manner born, Gene could have headed off to medical school to which he was destined.  Yet, he took a riskier path, took on the intellectual challenges that propelled him from the field of English, to French, to Religion and History of Art.  Gene was big, he was physical, he was active, he was the stuff of legend in our timid little world.  As a young man, he worked construction in Alaska, sailed a small boat across the Atlantic, and rode off on a motorcycle.  He skied hard.  He fished hard, stepping in places in the river that none of us, with the exception of Gene’s sons Adam and Jacob, would dare go.  Intellectually, Gene went places that none of us would dare go, and the results were often direct and dazzling, and made me wonder with envy more than once why I hadn’t thought of that first.  Gene was fiercely competitive, yet, over the last forty years, he also collaborated unselfishly with a cohort of scholars his age and younger who reshaped the field of medieval and renaissance studies.  The closeness with which we all worked together brings to mind an after-dinner speech that A.E. Housman once delivered at Trinity College, Cambridge: “This great college, this ancient university, has seen some strange sights.  It has seen Wordsworth drunk and Porson sober.  And here am I, a better poet than Porson, and a better scholar than Wordsworth, betwixt and between.”  Gene’s passing leaves us all betwixt and between.  Without him, we won’t go any further in what has been our life-defining scholarly project.  Yet, the example of his courage and the legacy of both his writings and his life resonate in all lucky enough to have known him, so that the most loving tribute we might pay is to continue to carry the light, like the “oriflamme” of Roland, that Gene so willingly lit and shared with all of us.&nbsp;&raquo;</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p>R. Howard Bloch, Éloge funèbre lu par Steve Nichols pendant le service en mai 2011</p>

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		<title>Jacqueline-Cerquiglini-Toulet, A New History of Medieval French Literature</title>
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		<pubDate>Mon, 24 Oct 2011 14:22:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Administrateur</dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#160; Vous pouvez bénéficier d&#8217;une réduction de 25% lors de l&#8217;achat du livre. Pour cela, veuillez télécharger le bon de commande en version PDF. &#160; &#160; &#160; &#160; &#160;]]></description>
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<div id="attachment_4309" class="wp-caption aligncenter" style="width: 279px"><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/moyens-ages/a-new-history-of-medieval-french-literature/attachment/a-new-history-of-medieval-french-literature/" rel="attachment wp-att-4309"><img class="size-full wp-image-4309" title="A new history of Medieval French Literature" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/10/A-new-history-of-Medieval-French-Literature.jpg" alt="" width="269" height="422" /></a><p class="wp-caption-text">A New History of Medieval French Literature, Jacqueline Cerquiglini-Toulet.</p></div>
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<p>Vous pouvez bénéficier d&#8217;une réduction de 25% lors de l&#8217;achat du livre. Pour cela, veuillez télécharger le <a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/10/tradcerquiglini-touletnaf.pdf">bon de commande en version PDF</a>.</p>
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		<title>Ravy me treuve en mon deduire : Hommage à Jean Dufournet</title>
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		<pubDate>Wed, 28 Sep 2011 19:58:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Administrateur</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Inaugurée en 2009 et animée par la volonté de favoriser les échanges franco-italiens, la collection « Piccola Biblioteca di Studi medievali e rinascimentali », dirigée par Luca Pierdominici (Università di Macerata) et publiée chez ARAS Edizioni (Fano), dédie son deuxième numéro à Jean Dufournet, membre de son Comité scientifique, pour le remercier du soutien qu’il a bien [...]]]></description>
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<div id="attachment_4272" class="wp-caption aligncenter" style="width: 222px"><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/moyens-ages/ravy-me-treuve-en-mon-deduire/attachment/ravy-me-treuve-2/" rel="attachment wp-att-4272"><img class="size-full wp-image-4272" title="&quot;Ravy me Treuve en mon Deduire&quot;" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/09/ravy-me-treuve1.png" alt="" width="212" height="331" /></a><p class="wp-caption-text">Études réunies par Luca Pierdominici et Élisabeth Gaucher-Rémond.</p></div>
<p style="text-align: justify;">Inaugurée en 2009 et animée par la volonté de favoriser les échanges franco-italiens, la collection « Piccola Biblioteca di Studi medievali e rinascimentali », dirigée par Luca Pierdominici (Università di Macerata) et publiée chez ARAS Edizioni (Fano), dédie son deuxième numéro à Jean Dufournet, membre de son Comité scientifique, pour le remercier du soutien qu’il a bien voulu accorder à son lancement.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce recueil d’études ne saurait être considéré comme des Mélanges : il n’a ni l’ambition ni la finalité des volumes parus à Paris en 1993 (<em>Et c’est la fin pour quoy sommes ensemble</em>) et à Mumbai en 2007 (<em>Aux sources du dialogue des cultures. Regards croisés sur le Moyen Âge en France et en Inde</em>). Il rassemble quinze contributions, émanant de médiévistes qui n’avaient pu s’exprimer dans l’une ou l’autre de ces précédentes manifestations.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, si grande est aujourd’hui la « maisnie »  de ceux qui ont eu la joie de rencontrer Jean Dufournet sur leur « chemin de long estude » qu’il devient impossible d’en réunir tous les membres dans l’espace d’une publication, si ce n’est par la mise à jour d’une  <em>Tabula gratulatoria</em> : aussi invitons-nous à y inscrire leur nom tous ceux qui souhaitent formuler ou renouveler l’expression de leur fidèle hommage au maître, au collègue, à l’ami.</p>
<p style="text-align: justify;">L’ouvrage peut être commandé directement à l’éditeur, ARAS Edizioni (Fano) ou à la librairie Honoré Champion (Paris), en utilisant, au choix, l’un ou l’autre des <a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/09/SOUSCRIPTION-Aras-Edizioni_Champion.pdf">bons de souscription</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">____________________________</p>

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		<title>Edouard Glissant avec Alexandre Leupin, Les Entretiens de Baton Rouge, Paris, Gallimard, 2008, 168p.</title>
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		<pubDate>Thu, 03 Feb 2011 02:04:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>calvares</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Créolisations]]></category>
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		<description><![CDATA[Les Entretiens de Baton Rouge sont l’extrait d’un dialogue discontinu mais régulier qu’Édouard Glissant et Alexandre Leupin ont entretenu et enregistré tout au long des années 1990 et 1991, quand le grand poète martiniquais séjournait à Baton Rouge et enseignait à Louisiana Sate University. Ce sont les années où Glissant a publié Poétique de la [...]]]></description>
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<p><a href="http://www.amazon.fr/entretiens-Baton-Rouge-Edouard-Glissant/dp/2070120856"><img id="il_fi" class="alignright" src="http://ecx.images-amazon.com/images/I/41uLhd455lL._SL500_AA300_.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Les Entretiens de Baton Rouge sont l’extrait d’un dialogue discontinu mais régulier qu’Édouard Glissant et Alexandre Leupin ont entretenu et enregistré tout au long des années 1990 et 1991, quand le grand poète martiniquais séjournait à Baton Rouge et enseignait à Louisiana Sate University. Ce sont les années où Glissant a publié <em>Poétique de la Relation et Fastes</em>. Sa rencontre avec le plus prestigieux médiéviste francophone des USA est la rencontre des études postcoloniales et des études médiévales. Cette rencontre semble avoir une portée inaugurale, car depuis lors les deux domaines d’études se sont rapprochés et leur interpellation et éclairage réciproques n’ont cessé de renouveler la réflexion sur le Moyen Âge [<strong>1</strong>], notamment autour du motif de la formation des langues romanes comme des créolisations du latin ; de même cet éclairage a établi des zones d’intersection entre le pré- et le postcolonial comme le thème transnational ou la problématique du statut du texte dans le rapport entre l’oral et l’écrit. Aussi Glissant compare-t-il sa poésie à la chanson de geste en ce que leur enjeu commun est de réinventer ‘la pulsion d’oralité présente en toute écriture’ : l’oral y est un rythme, un souffle, une voix silencieuse, moins <em>semos</em> que <em>soma</em>. En dépit des voies différentes que cette réinvention a forcément prises à la fin du XIe siècle et dans notre contemporanéité, il s’agit dans les deux cas d’‘oraliture’. Ce terme, qui n’est pas à identifier, au moins chez Glissant, avec une quelconque folklorisation, a été forgé dans les années 1970 par l’écrivain haïtien Ernst Mirville (la lodyan haïtienne se trouve parmi les formes narratives majeures d’ ‘oraliture’) pour rendre compte des différentes formes narratives et poétiques créoles produites dans l’espace de la Plantation.</p>
<p style="text-align: justify;">Alexandre Leupin est aussi un spécialiste de Lacan. Il a fait partie du groupe de médiévistes lacaniens réunis autour de Roger Dragonetti. Outre six études et de nombreux articles sur la littérature médiévale, Leupin a publié <em>Lacan and the Human Sciences</em> (1991) et <em>Lacan Today</em> (2004). Alors que des penseurs lacaniens très dynamiques et médiatiques intervenant surtout dans la scène américaine, comme Zizek, se centrent aux implications éthiques et politiques de la pensée de Lacan, Leupin, de son côté, réfléchit sur les questions épistémologiques soulevées soit par Lacan lui-même soit par son œuvre pour nous aujourd’hui. Passionné de mathématiques et de topologie lacanienne, Leupin examine le problème de la scientificité de la psychanalyse et des sciences humaines en articulation avec l’orientation judéo-chrétienne de la pensée de Lacan. Aussi, au niveau des références théoriques et des modèles d’inspiration, sa rencontre avec le poète antillais qui reprend à Deleuze-Guattari la notion de rhizome pour définir l’identité, est-elle une rencontre de deux perceptions irréconciliables du phénomène humain : la structurale, relevant d’une ontologie négative, et la psychotique, relevant d’une ontologie substantielle. Les points d’impasse, les fissures qui indiquent les divergences entre Glissant et Leupin deviennent plus sensibles aux moments où Glissant critique, marginalise, voire méprise ou nie des catégories et des valeurs occidentales comme la raison, le concept, la science, la vérité, le réel et le christianisme en tant que coupure épistémologique majeure – autant de notions lacaniennes qui constellent autour du concept qui est l’enjeu de l’entretien : l’universel.</p>
<p style="text-align: justify;">L’universel est, selon Glissant, une pensée de système. La colonisation, entreprise colossale d’expropriation et de spoliation de l’être, est l’universel exporté. L’ère postcoloniale assiste à l’épuisement de la pensée de l’universel et à l’émergence d’une alternative : les créolisations. Les créoles sont des langues créées très rapidement (10-20 ans) pour les besoins élémentaires de communication entre maîtres européens et esclaves africains dans les colonies et qui du coup fondent des communautés à la périphérie des empires: pourtour insulaire et continental de la Caraïbe et du Golfe du Mexique mais aussi les archipels atlantiques du Cap Vert et de Sao Tomé, ou sur l’océan Indien la Réunion ou Maurice (à remarquer que créole et Plantation ne coïncident pas, aussi n’y a-t-il pas de créole au Brésil, à Cuba non plus). Les créolisations sont une perception de l’être et de l’identité fondée sur la diversité, la multiplicité, la dynamique (Glissant dit <em>créolisation</em> et non pas <em>créolité</em>, terme qui signifie un état, une essence) et l’ouverture : contrairement au métissage dont les résultats sont prévisibles, la créolisation, processus constant, est échange et interpénétration de langues et de cultures aux résultats imprévisibles. À l’universel de l’humanité, les créolisations ripostent avec des <em>humanités</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">L’avènement de la créolisation en tant qu’alternative à l’universel est corrélatif d’une modification de la structure de l’espace organisé en centre et périphérie. Au lieu d’être hiérarchisés, centre et périphérie sont réciproques. L’histoire de l’occident et de son rapport au monde est pensée par Glissant en termes de mutations du centre. Au Moyen Âge, il y a une pensée au centre, dominante, qu’il appelle l’universel catholique, le sens de <em>catholique</em> débordant ici le strict sens religieux. L’universel catholique définit l’identité comme être et racine unique. Cette pensée centrée combat en son sein même une pensée marginale hérétique-mystique, dominée, malmenée, multiple et excentrique dont les cultures colonisées sont les héritières. Si le monde médiéval n’a pas de périphérie définie et les pensées excentrées minent l’universel catholique du dedans, dans son territoire même, les nations modernes, au contraire, ont défini et placé sur des paysages et des climats étranges et lointains leurs périphéries coloniales qui sont devenues des lieux pour le développement des pensées excentrées et des créolisations. Les pensées de la marge perçoivent l’identité comme rhizome : la racine multiple, courante et enchevêtrée qui s’étend à la surface, contrairement à la racine unique qui croît en profondeur. La mangrove des côtes marécageuses tropicales et semi-tropicales en est l’image. Elle fait partie du paysage antillais comme du paysage louisianais.</p>
<p style="text-align: justify;">Glissant emploie aussi la métaphore de l’archipel pour désigner les pensées privées de centre. Il contraste la mer Caraïbe, saupoudrée d’îles et d’archipels, où <em>le vent souffle de partout et dans tous les sens</em> (p.107), avec la Méditerranée, mer concentrique qui a vu naître les pensées systématiques. Glissant pense sans doute à la philosophie grecque et aux trois religions monothéistes, qui toutes ont vu le jour dans le paysage méditerranéen. Il faut ajouter que les pensées hérétiques et mystiques y ont poussé également. Mais n’y a-t-il pas quelque chose d’escamoté dans ce contraste et qui est le fait que la Méditerranée n’y est pour rien dans la colonisation et que c’est la traversée de l’Atlantique, océan qui pour les premiers navigateurs portugais et espagnols se présentait sans centre, sans limites et sans repères, qui les a fait découvrir le Nouveau Monde et à le coloniser. Les traversées maritimes ne sont-elles pas le point culminant de l’aventure et de l’errance, l’affrontement de risques, de périls et d’imprévus incalculables de l’océan inconnu. Cela ne justifie ni ne légitime l’extrême violence de la colonisation. Mais le déplacement de l’aventure et de l’errance vers les pensées périphériques méconnait le fait que l’aventure, en tant que rencontre traumatique avec l’Autre, avec le noyau dur opaque, impénétrable, énigmatique de l’Autre, l’Autre qui existe réellement en dehors de moi, est peut-être ce qui définit le mieux l’attitude européenne et occidentale, en la distinguant des ‘voyages intérieurs’ de purification spirituelle, où l’Autre n’a d’existence que dans la psyché du mystique ou de l’hérétique. C’est parce qu’ils y croient, au réel de l’Autre, au réel du monde, que les occidentaux l’ont transformé.</p>
<p style="text-align: justify;">Leupin souligne que la décentration interne de l’universel catholique semble démentir la rigidité systématique et déterminante que Glissant lui attribue. Plutôt que d’avoir recours à des formations religieuses (hérétiques, mystiques), il prend la littérature médiévale, notamment la lyrique des troubadours et les <em>vidas</em> qui lui ont été associées par la suite, pour illustrer la précédence du verbe poétique sur la vie – c’est le verbe qui crée – et la dialectique sans synthèse qui en résulte : la littérature n’est pas déterminée par l’histoire, elle est le reste qui échappe aux déterminations et en tant que tel un espace d’indétermination, de liberté : si bien que dans la fin’amors les troubadours ont inventé un rapport du poète à la Dame (la femme comme loi inconditionnelle et implacable) qui n’a pas de commune mesure avec la réalité des rapports entre hommes et femmes aux XIe, XIIe et XIIIe siècles (ce qui ne signifie pas que cet impossible fictionnel de la femme inaccessible ne soit pas corrélatif d’un réel à situer au niveau de la pulsion, laquelle, dans l’autonomie de son dispositif, n’est pourtant pas indépendante d’une conjoncture historique complexe, et on sait combien la classe féodale a été bousculée à l’époque par des mutations à grand impacte, étudiées notamment par G. Duby et H. Bloch, qui ont irréversiblement transformé la structure familiale des féodaux et l’ordre sexuel occidental).</p>
<p style="text-align: justify;">La réplique du poète martiniquais glisse de la dialectique à l’idéal et d’un fait de structure (le rapport entre littérature et histoire) à un fait de contenu particulier (la <em>fin’amors</em>). La courtoisie est un idéal de cour impossible à la plantation où les femmes sont les esclaves des hommes. Par contre, les communautés créolisés ont créé une ontologie nouvelle, un lien différent à l’autre et une perception de l’être comme Relation, c’est-à-dire comme divers et multiple. La Relation désigne l’absolu de l’être décentré et relativisé : <em>une totale diversité consentie au lieu d’une unicité dramatique</em> (p.87), des échanges non-orientables et sans hiérarchie entre les cultures et les langues, leur co-présence dans le Tout-monde. La littérature de la Relation, transnationale, transculturelle et transgénérique (intégration et dépassement de tous les genres possibles), fonde la naissance des communautés créolisés du Tout-monde et dit le <em>tremblement</em> émergent du monde rhizomatique des humanités, du <em>chaos monde du monde</em> (l’absolu n’est pas au centre mais dans tout, centre et périphérie sont réciproques). Dans le commentaire de synthèse, Alexandre Leupin qualifie d’utopique la vision du monde glissantienne et exprime sa réticence en ce qui concerne le motif du tout : <em>la Relation-toute, la totale diversité, le projet d’embrasser la totalité des étants relève peut-être du discours du maître</em> (p.168). À moins de penser que le chiasme <em>solitaire politique – solidaire poétique</em> puisse agir comme élément de détotalisation. Bien que l’utopie de la Relation et du Tout-monde ne se confonde pas avec le multiculturalisme et le communautarisme organique, elle désigne une forme de relativisme culturel. Comment saisir, comprendre, dire l’intelligibilité du phénomène humain si l’on a affaire à des humanités ? Que deviennent alors les droits de l’homme ? Dans la conclusion, Leupin affirme la nécessité d’une loi externe aux ontologies particulières, faute de quoi <em>le narcissisme de ‘la petite différence’</em> s’intensifiera en entropie et en violence réciproque.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour terminer, je noterai l’absence du roman dans un entretien où par ailleurs Glissant et Leupin échangent des propos remarquables sur le mythique, le tragique, l’épique, le lyrique. Je regrette cette absence parce qu’une discussion sur le roman permettrait d’aborder l’expérience occidentale de l’aventure (ce qui advient, le hasard des rencontres, la contingence pure) comme errance au cours de laquelle le chevalier affronte l’énigme de l’Autre et la vérité de son désir.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: center;">___________________________________</p>
<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: left;">[1] Voir le tout récent <strong><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/creolisations/creole-medievalism-colonial-france-and-joseph-bedier%e2%80%99s-middle-ages-by-michelle-r-warren/"><em>Creole Medievalism, Colonial France and Joseph Bédier’s Middle Ages</em>, de Michelle R. Warren</a></strong>.  Aussi de M. Warren dans <em>Mondes Francophones</em>, ‘<a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/moyens-ages/la-reunion-et-la-troisieme-republique-entre-moyen-age-et-colonie/">La Réunion et la Troisième République : entre Moyen Âge et colonie</a>’, 2009. Et d’Alexandre Leupin, <a href="[http://mondesfrancophones.com/espaces/louisianes/lancien-francais-et-le-creole-louisianais/].">‘L’ancien français et le créole louisianais’ </a>dans Mondes Francophones, 2008</p>

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		<title>Creole Medievalism, Colonial France and Joseph Bédier’s Middle Ages, by Michelle R. Warren</title>
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		<pubDate>Thu, 20 Jan 2011 20:30:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Administrateur</dc:creator>
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		<category><![CDATA[En librairie]]></category>
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<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://www.upress.umn.edu/images/F2010/9780816665266.big.gif" alt="" /></p>
<p style="text-align: justify;">University of Minnesota Press | 416 pages | 40 b&amp;w photos | 2011<br />
ISBN 978-0-8166-6526-6 | paper | $17.50  (reg. price: $25.00)<br />
ISBN 978-0-8166-6525-9 | cloth | $52.50  (reg. price: $75.00)</p>
<p style="text-align: justify;">Joseph Bédier (1864–1938) was one of the most famous scholars of his day. He held prestigious posts and lectured throughout Europe and the United States, an activity unusual for an academic of his time. A scholar of the French Middle Ages, he translated Tristan and Isolde as well as France’s national epic, The Song of Roland. Bédier was publicly committed to French hegemony, yet he hailed from a culture that belied this ideal—the island of Réunion in the southern Indian Ocean.</p>
<p style="text-align: justify;">In Creole Medievalism, Michelle R. Warren demonstrates that Bédier’s relationship to this multicultural and economically peripheral colony motivates his nationalism in complex ways. Simultaneously proud of his French heritage and nostalgic for the island, Bédier defends French sovereignty based on an ambivalent resistance to his creole culture. Warren shows that in the early twentieth century, influential intellectuals from Réunion helped define the new genre of the “colonial novel,” adopting a pro-colonial spirit that shaped both medieval and Francophone studies.</p>
<p style="text-align: justify;">Probing the work of a once famous but little understood cultural figure, Creole Medievalism illustrates how postcolonial France and Réunion continue to grapple with histories too varied to meet expectations of national unity.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;Creole Medievalism is a first-rate and fascinating book. Energetically and elegantly, Michelle Warren devotes her original voice and expertise to what emerges, from this scintillating study, as a transhistorical take on the literary and sociocultural historiography of that much-sought but mostly ill-defined francophonie.&nbsp;&raquo;<br />
—Jody Enders, author of Death by Drama and Other Medieval Urban Legends</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">More information about the book:<br />
<a href="http://www.upress.umn.edu/Books/W/warren_creole.html">http://www.upress.umn.edu/Books/W/warren_creole.html</a></p>
<p style="text-align: justify;">Michelle Warren on UMP’s blog:<br />
<a href="http://www.uminnpressblog.com/2011/01/reunion-islands-unesco-designation-puts.html">http://www.uminnpressblog.com/2011/01/reunion-islands-unesco-designation-puts.html</a></p>
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		<title>Renée Balibar, Eulalie et Ludwig (in memoriam)</title>
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		<pubDate>Sun, 04 Jul 2010 15:53:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alexandre Leupin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[En librairie]]></category>
		<category><![CDATA[Moyens-Ages]]></category>

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		<description><![CDATA[J&#8217;ai rencontré Renée Balibar pour la première fois en octobre 1990; je l&#8217;avais invitée au colloque &#171;&#160;La chose médiévale&#160;&#187;, tenu à Louisiana State University, à la suite de la lecture de L&#8217;institution du français, livre dont l&#8217;intelligence et la liberté m&#8217;avait frappé. Nous nous revîmes ensuite en 1994 dans sa belle demeure de Tréguier, et [...]]]></description>
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<div id="attachment_3431" class="wp-caption alignleft" style="width: 167px"><a rel="attachment wp-att-3431" href="http://mondesfrancophones.com/espaces/moyens-ages/renee-balibar-eulalie-et-ludwig-poien-e-m-e-2004-in-memoriam/attachment/balibar/"><img class="size-full wp-image-3431" title="Balibar" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2010/07/Balibar.jpg" alt="" width="157" height="222" /></a><p class="wp-caption-text">Colloque à LSU</p></div>
<p>J&#8217;ai rencontré Renée Balibar pour la première fois en octobre 1990; je l&#8217;avais invitée au colloque &laquo;&nbsp;La chose médiévale&nbsp;&raquo;, tenu à Louisiana State University, à la suite de la lecture de<em> L&#8217;institution du français</em>, livre dont l&#8217;intelligence et la liberté m&#8217;avait frappé. Nous nous revîmes ensuite en 1994 dans sa belle demeure de Tréguier, et nous conversâmes longuement à propos de sainte Eulalie et du roi Ludwig II, petit-fils de Charles le Chauve.</p>
<p>La pensée passionée de Renée Balibar est, dans le paysage intellectuel français et parmi les médiévistes, unique. Son originalité éclate dans plusieurs domaines; tout d&#8217;abord, sur le plan de la méthode: Renée Balibar a vu que lorsqu&#8217;il s&#8217;agit des premiers monuments du français (<em>Serments de Strasbourg</em>, en 842, <em>Cantilène de Sainte Eulalie</em> en 881), il était impossible de les interpréter hors contexte, c&#8217;est-à-dire sans faire appel aux traditions culturelles postcoloniales (et prénationales) qui émergent à la suite de la chute de l&#8217;Empire romain. Dans les manuscrits, ces monuments sont en effet juxtaposés à des textes en grec, latin et germanique, constituant un ensemble qui relève de la notion que Renée Balibar a inventée, le colinguisme. Balibar dépasse donc le contexte étroit des traditions universitaires nationalistes. Plus encore, au-delà de la linguistique historique, son exégèse fait appel à d&#8217;autres disciplines, en particulier l&#8217;histoire, la théologie et la patristique.</p>
<p>Sa vision est elle aussi singulière; elle est enracinée tout d&#8217;abord, et fondamentalement, dans le moment de la Pentecôte, qui abolit la notion de langue sacrée, dont la connaissance est réservée à une caste religieuse et érudite. À partir de la Pentecôte, toute langue est susceptible de révélation et de vérité. Ensuite, Renée Balibar souligne sans cesse le caractère divin de l&#8217;écriture, &laquo;&nbsp;don de Dieu&nbsp;&raquo; depuis les Tables de la Loi. Là encore, la Pentecôte présuppose que ce don doive être partagé avec tous, sans distinction de sexe, de nation ou de classe. L&#8217;histoire est donc, pour Renée Balibar, téléologique: la Pentecôte aboutit lentement mais nécessairement à l&#8217;école de Jules Ferry, qui démocratisera un français national, tous en partage. Et pourquoi pas? On peut certes avoir quelque doute sur la finalité positive  de l&#8217;histoire, surtout quand elle est laissée aux mains d&#8217;une Éducation nationale qui la dilapide par pusillanimité. Ce qui est hors de doute, cependant, c&#8217;est la puissance explicative de la vision prônée par Renée Balibar: cette conception téléologique est celle-là même de l&#8217;homme médiéval, elle rend donc cohérent le labeur immense que le Moyen-âge a accompli sur les langues.</p>
<p>La fille de Renée Balibar, Antoinette Balibar-Mrabti, a eu l&#8217;heureuse idée de réunir les études posthumes de mon amie, décédée en 1998. Que sa mémoire accepte ce modeste hommage.</p>
<p>Renée Balibar, <em>Eulalie et Ludwig</em>, POIEN, E.M.E, 2004</p>
<p><a rel="attachment wp-att-3428" href="http://mondesfrancophones.com/espaces/moyens-ages/renee-balibar-eulalie-et-ludwig-poien-e-m-e-2004-in-memoriam/attachment/balibar1mf/"><img class="alignleft size-full wp-image-3428" title="Balibar1mf" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2010/07/Balibar1mf.jpg" alt="" width="560" height="825" /></a></p>
<p><a rel="attachment wp-att-3429" href="http://mondesfrancophones.com/espaces/moyens-ages/renee-balibar-eulalie-et-ludwig-poien-e-m-e-2004-in-memoriam/attachment/balibar2mf/"><img class="alignleft size-full wp-image-3429" title="balibar2mf" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2010/07/balibar2mf.jpg" alt="" width="560" height="816" /></a></p>

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		<title>Mariage, littérature courtoise et structure du désir au XIIème siècle</title>
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		<pubDate>Wed, 30 Jun 2010 23:08:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>calvares</dc:creator>
				<category><![CDATA[Moyens-Ages]]></category>
		<category><![CDATA[Psychés]]></category>

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		<description><![CDATA[Que s’est-il passé au XIIème siècle pour que les genres littéraires courtois, notamment la lyrique troubadouresque et le roman en vers, aient élaboré une nouvelle éthique de la relation entre hommes et femmes centrée sur l’impasse du désir et de son corrélat, l’objet toujours déjà perdu ? Née à la fin du XIème  siècle, la littérature [...]]]></description>
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<p>Que s’est-il  passé au XIIème siècle pour que les genres  littéraires courtois,  notamment la lyrique troubadouresque et le roman  en vers, aient élaboré une  nouvelle éthique de la relation entre  hommes et femmes centrée sur l’impasse du  désir et de son corrélat,  l’objet <em>toujours déjà</em> perdu ?</p>
<p>Née à la fin du  XIème  siècle, la  littérature en langue vulgaire, tout en  thématisant l’amour d’une façon  originale, a créé un modèle du rapport entre  les genres, que l’on  appelle, depuis Gaston Paris, ‘amour courtois’. L’amour  courtois n’est  pas un modèle univoque, un bloc sémantique unifié et cohérent,  et c’est  pourquoi il est spécieux de l’analyser soit comme de la propagande au   service d’un quelconque pouvoir ou groupe d’intérêts (ecclésiastique,   monarchique, aristocratique<a name="_ftnref1" href="http://www2.fcsh.unl.pt/iem/medievalista/MEDIEVALISTA8/alvares8008.html#_ftn1">[1]</a>,   chevaleresque, féminin), soit comme un contre-courant ou culture <em>underground</em> imprégnée   ou inspirée d’hérésie cathare. Au contraire, l’amour courtois présente  une  diversité d’aspects, parfois antinomiques, qui découlent, en  partie, des  contraintes formelles des genres (poésie lyrique, fiction  narrative) qui  l’expriment.  Il présente pourtant une caractéristique  majeure : il pose  le rapport du désir entre « masculin » et « féminin »  comme  structuré par une impasse. L’extraordinaire développement des  genres courtois,  tout au long des XIIème et XIIIème  siècles, signale,  de  la part du public des cours, une demande croissante de nouveaux  modèles et de  nouvelles coordonnées pour penser la question de l’amour,  du désir et du sexe.  Bien que le phénomène de la création littéraire  ne soit pas entièrement  imputable aux lois du marché, on peut penser  que l’intensification de la  production et de la consommation de textes  courtois répond à une demande  croissante de la part de seigneurs,  chevaliers, clercs, dames et demoiselles.  N’est-ce pas là le symptôme  d’une inquiétude collective autour de la question  du rapport entre  hommes et femmes ? Ne devine-t-on pas dans cette demande  de <em>cansos</em> et de romans le besoin de repenser et de réélaborer le sens de  la  différence sexuelle ? La différence sexuelle n’est pas une norme ;  elle  correspond à un réel indéductible, un ‘os’, au cœur d’un ordre sexuel   particulier qui s’organise et se régule à partir d’elle pour lui donner  une  norme et un sens (contenu et direction). Il semble donc que cette  norme et ce  sens, tels qu’ils avaient été hérités du 1er âge féodal,    s’avéraient insuffisants à couvrir les nouvelles donnes causées par la  mutation  profonde que subit au XIIème siècle l’ordre sexuel occidental,  alors  que deviennent socialement tangibles les effets d’un vaste  processus de  modernisation, déclenché au début du millénaire, appelé  « la Première  Révolution Européenne » par Robert I. Moore. Des  phénomènes comme  l’urbanisation, le développement de la bourgeoisie,  l’émergence d’une économie  de marché, la réforme grégorienne, la  formation de l’état monarchique,  l’expansion de l’écriture et la  textualisation des institutions et de la  culture – phénomène grâce  auquel la littérature en langue vulgaire est devenue  une langue écrite &#8211;  ont décisivement contribué au démantèlement des structures,  formes de  vie et modèles de pensée et d’action propres au monde féodal et à la   reconfiguration de son horizon de sens et d’intelligibilité. Par  ‘horizon de  sens et d’intelligibilité j’entends la matrice symbolique  et imaginaire qui  fonde une certaine perception de la réalité et du  fonctionnement du lien social  et des mécanismes du pouvoir. Cela veut  dire que de nouvelles idées et valeurs,  surtout bourgeoises et  cléricales, délégitiment le cadre politique et  axiologique qui  orientait la perception du rapport entre les genres dans le  cadre des  pratiques matrimoniales des féodaux. On peut dire qu’une nouvelle   modalité du régime patriarcal, plus lointaine, plus abstraite, déplace  la  vieille modalité du pouvoir patriarcal qui remonte aux sociétés   pré-chrétiennes. L’élaboration imaginaire de la différence sexuelle  subit alors  une crise profonde qui brouille son intelligibilité, d’où  la nécessité de bâtir  une autre symbolisation de la différence  sexuelle. Plusieurs discours –  théologique, juridique, littéraire,  médical, politique – y participent et se  croisent, divergent et  interagissent.</p>
<p>Le dispositif  central qui régule l’ordre  sexuel est le mariage.  Les textes littéraires  courtois posent le  mariage comme référence explicite ou implicite de la  relation amoureuse  et problématisent le rapport de l’amour au mariage. Il y a  ceux qui  démontrent que l’amour n’est possible qu’en dehors du mariage: la   lyrique des troubadours, les romans de <em>Tristan</em>, les lais de  Marie de  France, <em>Le chevalier de la Charrette</em>, les <em>lettres  d’Héloïse</em>, la  première partie du <em>De amore</em> d’André le  Chapelain. D’autres, au  contraire, postulent que l’amour est possible  dans le mariage et problématisent  ce postulat. À quelques exceptions  près (<em>Floire et Blanchfleur</em>, <em>Erec  et Enide</em>), les  romans ne nous montrent pas la ‘pleine réalisation’ de  l’amour dans le  mariage et soulignent  plus les tensions que les harmonies.  Mais l’idée  répandue selon laquelle l’amour courtois serait anti-matrimonial   trébuche dans des dizaines de romans dont les héros désirent conquérir  ou  reconquérir l’amour d’une épouse. L’un des arguments avancé par les  tenants de  la thèse anti-matrimoniale est le discours énoncé par  Gauvain, le lendemain du  mariage d’Yvain, pour le convaincre de quitter  sa femme et de l’accompagner  dans des aventures chevaleresques. Mais  ce discours est-il une mise en abîme  condensant le sens global du  roman ? Est-ce vraiment la victoire de  l’amour courtois (Gauvain) sur  l’amour conjugal (Yvain) que ce roman de  Chrétien de Troyes met en  récit, comme l’affirme Jean-Claude Bologne ?  Quel serait alors le sens  du <em>match nul</em> du combat final où les deux  chevaliers combattent  <em>incognitos</em> ? Il y a toute une tradition  herméneutique d’<em>Yvain</em> qui considère que le héros a eu tort de suivre  Gauvain, étant donné la  crise conjugale causée par l’oubli du délai prescrit  par la Dame. Bien  que cette interprétation soit discutable, je ne pense pas non  plus que  le discours de Gauvain condense la complexité des significations que   le roman élabore et notamment la tension entre amour et mariage, qui ne  me  semble pas reconductible à une simple opposition  d’un terme sur  l’autre. Avec <em>Erec</em> et <em>Yvain</em>, Chrétien de Troyes a créé  un modèle romanesque dans lequel  l’amour courtois est possible dans le  cadre conjugal. Ce modèle a été réécrit  par les épigones du XIIème  siècle finissant et du XIIIème  siècle, indépendamment de la diversité  des ‘matières’ (de Bretagne, de Rome, de  France) et des ‘tons’  (sérieux, comique, parodique) : Renaut de Beaujeu,  Guillaume le Clerc,  Raoul de Houdenc, Robert de Blois, Hue de Rotelande, Jean  Renart,  Aymont de Varennes, les auteurs de <em>Yder</em>, <em>Durmart</em>, <em>Partonopeu   de Blois</em>, <em>Le Chevalier aux deux épées</em>, <em>L’âtre  périlleux</em>, <em>Gligois</em>, <em>Amadas et Ydoine</em>, <em>Galeran  de Bretagne</em>, <em>Le roman de la  Violette, Guillaume de Palerne</em> et quelques romans mineurs et récits brefs.  Ce sont des romans  nuptiaux dont le héros finit par épouser la femme qui,  pendant  l’aventure, se présentait à lui comme objet perdu. En substituant la   dame par la demoiselle et en déplaçant le mariage du centre vers la fin  de  l’histoire, les romans en vers post-Chrétien se débarrassent de la  crise  conjugale, qu’elle prenne ou non la forme de l’adultère. Certes,  l’ombre de  l’adultère hante épisodiquement Yder (Guenièvre l’épouserait  si Arthur venait à  disparaître), Amadas (Ydoine forcée à épouser un  autre) ou Ipomedon (‘le dru de  la reine’). Mais le schèma de ces  romans, dans lequel l’aventure aboutit aux  noces, produit un message  clair quant à la compatibilité de l’amour et du  mariage. Même les  romans dont Gauvain est le protagoniste (la partie-Gauvain du <em>Conte  du Graal, Première Continuation, Chevalier à l’épée, Mule sans frein</em>),   et dont le comportement de séducteur discrédite le mariage, s’écartent  de  l’adultère pour autant que les femmes séduites sont des demoiselles  et non pas  des dames. Évidemment les romans d’adultère, bien que  quantitativement  inférieurs, brillent d’une prégnance imaginaire qui a  toujours fasciné la  culture occidentale surtout à partir du romantisme.  La culture de masses  connait Tristan et Iseut, Abélard et Héloïse,  Lancelot et Guenièvre, alors  qu’elle ignore les autres. C’est aussi  Chrétien qui a inventé, avec <em>Perceval</em>,  une troisième voie pour  l’écriture romanesque: celle où l’amour de Dieu  surpasse et surmonte  l’amour sexuel et que les romans en prose du XIIIème  siècle ont  développée extensivement. Or, ces trois voies de thématisation de   l’amour se déploient à partir d’une référence : le mariage (nié ou  ciblé).</p>
<p>Au long du XIIème  siècle, le mariage a  été l’objet d’une profonde réflexion doctrinale et d’une  intense  activité législative de la part de l’Église. Dès son avènement,   l’Église avait élaboré un modèle de mariage et de famille dans le cadre  d’une  morale sexuelle qu’elle ne réussissait pas à introduire dans les  mœurs et les  pratiques sociales. Outre la résistance des populations,  attachées à des traditions  millénaires, l’Église butait contre un  obstacle majeur : l’ordre féodal  lui-même.  D’un côté, l’Église  trébuchait sur sa subordination au pouvoir  temporel ; de l’autre, elle  se heurtait à la dispersion de sa propre  structure en une diversité de  traditions locales.  Pour transformer le monde,  l’Église de Rome devait  s’affranchir du pouvoir temporel et s’unifier à travers  la  centralisation de l’autorité du Pape. Après la rupture avec Byzance en  1054,  les papes mettent en place une réforme permettant à l’Église  d’accomplir ce  programme. Par la querelle des investitures, elle  s’affirme indépendamment des  puissances séculières tout en développant  une organisation interne centralisée  – la première bureaucratie  occidentale après la chute de l’empire romain –  nécessaire à  l’autonomisation de son dispositif d’autorité et à la   professionnalisation de son personnel. Le célibat du clergé est une  stratégie  clé dans ce programme. La séparation de la sphère de  compétences et de pouvoirs  que l’Église revendique pour s’affranchir de  l’emprise féodale séculière –  salut des âmes pour le pouvoir  spirituel, gestion des hommes pour le pouvoir  temporel<a name="_ftnref2" href="http://www2.fcsh.unl.pt/iem/medievalista/MEDIEVALISTA8/alvares8008.html#_ftn2">[2]</a> &#8211; exige un  statut nettement différentié pour les clercs et pour les laïcs. La   coupure sépare les deux catégories sur le plan de la sexualité: ceux qui   se marient et ceux qui ne se marient pas. Le célibat des prêtres  barrait la  transmission des biens et des fonctions par héritage et a  décisivement évité la  transformation du clergé en caste. Une fois  réformé, le clergé investit la  réforme de la population laïque, en  introduisant le mariage, institution  civile  par excellence, dans sa  sphère de compétence et de juridiction. Il lui  faut donc définir le  mariage comme chose spirituelle et c’est pourquoi les  réformateurs,  prenant appui sur l’<em>Épître aux Éphésiens</em> 5, 32,  développent la  nature sacramentelle du mariage. Celui-ci présente quatre   caractéristiques qui défient la tradition du mariage féodal : la   monogamie, l’indissolubilité du lien, le consentement mutuel et  l’extension de  la notion d’inceste jusqu’au 7ème degré de parenté. En  effet, les  nobles pratiquaient le divorce, le concubinat, les mariages  arrangés, décidés  par les chefs de lignage et célébrés entre proches  parents. Le vieux mariage  féodal était le mécanisme essentiel des  stratégies héréditaires des lignages,  soucieux d’acquérir et de garder  leur patrimoine. Le substituer équivaut, pour  la noblesse, à renoncer à  un instrument politique crucial. Pourtant, la  résistance des barons  semble avoir fléchi assez rapidement. Le fait que les  laïcs  puissent  invoquer le degré de parenté avec une épouse devenue  indésirable pour  obtenir promptement, de l’autorité ecclésiastique,  l’annulation du  mariage a sans doute contribué à ce qu’ils s’y conforment. Le  nouveau  modèle a permis à l’Église d’intervenir directement dans les affaires   lignagères, tout en libérant le lien matrimonial du cercle familial où  il était  confiné – d’autant plus confiné que ce que Howard Bloch  appelle, dans le sillon  de Foucault, ‘la biopolitique du lignage’,  centrée sur la primogéniture,  obligeait les seigneurs à une gestion  très stricte des mariages de leurs fils  et filles, dans le but de  garder l’intégrité patrimoniale  (Bloch1989 :97sq).</p>
<p>Mais le mariage chrétien n’est pas qu’une  arme  dans un conflit politique entre l’Église et les féodaux, que  l’historien  Georges Duby et l’anthropologue Jack Goody ont brillamment  analysé. Le mariage  aristocratique du XIIème siècle s’accommodait d’un  modèle  pré-moderne, comparable à ce que Lévi-Strauss appelle les  structures élémentaires  de parenté, dans lesquelles un ensemble de  règles et de prescriptions détermine  les parents épousables<a name="_ftnref3" href="http://www2.fcsh.unl.pt/iem/medievalista/MEDIEVALISTA8/alvares8008.html#_ftn3">[3]</a>.  Le mot  célèbre de Lévi-Strauss, selon qui ‘les hommes échangent des femmes pour   établir des alliances entre eux’ (1973 :84),  prend un sens très  concret  dans les sociétés archaïques et traditionnelles : les accords  matrimoniaux  sont une affaire d’hommes où les femmes n’ont rien à dire.  Dans les cultures  préchrétiennes, y compris la juive, le divorce  consistait dans la répudiation  de la femme par le mari et c’est  pourquoi le principe de l’indissolubilité  représentait un incontestable  progrès pour les femmes. <em>In pagan  cultures in which polygamy,  arranged marriages, and oppression of women  predominated, the church promoted  the idea of monogamous marriage by  free consent of both spouses. In the West  this idea had to do battle  with deeply rooted tribal, village, and feudal  customs</em> (Berman1983:227). Précisons que  ces caractéristiques s’étendent  aussi aux cultures à matrice islamique.  Comme Jack Goody le souligne, les  pratiques matrimoniales des féodaux  s’inséraient dans la tradition des  anciennes cultures méditerranéennes  et, au-delà, dans la tradition culturelle  euro-asiatique  (Goody1983 :47), et c’est pourquoi les idées chrétiennes en  matière de  mariage et de famille constituent une radicale nouveauté.</p>
<p>Les innovations majeures sont l’exogamie   radicale et le consentement mutuel. Leur effet est de détacher le sujet  du  groupe social immédiat. L’interdiction d’épouser un parent jusqu’au  7ème  degré (jusqu’au 4ème après 1215) énonce qu’aucun parent (y  compris  les parents spirituels) n’est épousable. Par là, l’Église  signifiait que le  ciment de la famille n’est  pas la consanguinité, et  cela à un moment où la  restriction généalogique de la parenté (du clan  au lignage, de la famille  cognatique à la famille agnatique) avait  resserré les liens de sang. Plutôt que  de créer des obstacles  insurmontables aux mariages aristocratiques (en fait, la  noblesse  constitue une grande famille, comme le remarque H. Bloch), si bien que   l’interdit de l’inceste équivaudrait, à la limite, à un mariage zéro, la   fonction de l’interdit semble avoir été la  <em>délibidinisation</em> des liens  de parenté.</p>
<p>Le consentement existait déjà dans le  droit  romain. Mais, comme Jean Gaudemet le dit, le droit canonique va  plus loin que  le droit romain en ce qui concerne le consentement des  parents. Le droit romain  reconnaissait la priorité du consentement du  père sur celle des fiancés. Pour  les romanistes, c’était une façon de  protéger la fille des séducteurs et aussi  de préserver les intérêts de  la famille. Mais pour les théologiens et les  canonistes, le mariage  était créé par la volonté des époux. Et cette volonté  était libre aussi  bien pour la femme que pour l’homme. Pierre Lombard  (1100-1160) a été  le premier à dire que le consentement paternel ne constituait  pas une  condition au mariage (Gaudemet, 1993 :208). Il écrit : <em>Pour   l’Église, le consentement, ou l’accord du père ou du tuteur, est signe  d’une  déférence souhaitable, mais demeure sans incidence sur la  validité du lien,  alors que le droit romain attribuait un rôle décisif  au consentement de ceux  qui avaient puissance sur chacun des conjoints.  (…)L’Église refuse d’accorder  un rôle déterminant à l’entourage quel  qu’il soit.</em> (Basdevent&amp;Gaudemet,  2001:46). Dans le droit  romain, le mariage n’est pas un sacrement. Le définir  comme tel  signifie que le mariage est uniquement l’affaire des deux êtres qui   s’unissent.  Cette conception permettait à l’Église d’attaquer la  structure de  la famille féodale en rendant inutile l’autorité  paternelle pour établir la  validité du mariage : non seulement  l’instance de légitimation passe du  père au prêtre, mais surtout  l’instance de décision passe du père au fils ou à  la fille.</p>
<p>Le  droit romain légitimait le pouvoir de  la famille sur l’individu ; le droit  canon le délégitime. J.T.Noonan  explique que l’‘affectio maritalis’ exprimait  un consentement forcé ou  tout au moins fabriqué, qui n’impliquait en rien la  liberté de  l’individu par rapport aux intérêts et pressions de la famille. À  Rome,  un fils ou une fille étaient censés obéir à leur père. Par contre, le   consentement mutuel, tel que Gratien (milieu du XIIème siècle)   l’établit, minait l’autorité paternelle et la piété filiale. Noonan  écrit: <em>Roman law itself, while making consent  central to marriage, did not  employ the doctrine to prevent parental  decision-making. Marital consent was  contrasted with mere coitus and  with ravishment. It was not a concept to  undermine filial piety. In  these matters a son was expected to obey his father.  The notion that a  boy or girl must consent did not exclude their being made to  consent</em> (1973:425).</p>
<p>On peut objecter qu’il y en allait de  même  pour les fils et les filles au XIIème siècle. La persistance des   vieilles pratiques ainsi que la persévérance des ecclésiastiques dans le  combat  contre les habitudes en marge des normes juridiques le  prouvent. Combien de  jeunes filles craintives et respectueuses d’un  père autoritaire n’ont pas été  forcées à épouser un parent beaucoup  plus âgé qu’elles, et de plus avec la  complicité ou la complaisance du  prêtre ou de l’évêque? Mais aussi, combien  n’ont pas réussi à épouser  celui qu’elles aimaient, soit en union clandestine,  soit en se faisant  enlever par lui ? Car l’Église reconnaissait la  légitimité des unions  dans lesquelles la fille, pour se soustraire aux  contraintes  familiales, se faisait kidnapper par son fiancé. Certaines  décrétales  du Pape Lucien III (1181-1185) l’attestent (cf. Gaudemet,  1993 :209).  Et encore, combien de jeunes filles n’ont pas préféré le célibat  à  l’oppression maritale et familiale et sont devenues soit nonnes, soit   béguines. L’Église a réussi à retirer aux pratiques féodales leur base  de  légitimation et de sustentation. Le consentement du père est  inutile, le  principe fondamental est la liberté matrimoniale.</p>
<p>Il ne s’agit pas ici d’une quelconque <em>libération </em>ou<em> pleine réalisation </em>de<em> l’individu.</em> Ce dont il  est question  est que l’essor d’une institution bureaucratique,  impersonnelle et universelle  comme l’Église Grégorienne a permis  l’émergence du sujet au-delà de son  appartenance à une communauté  particulière, en l’occurrence le lignage. La  substitution du père par  le prêtre (père spirituel, symbolique) crée les  conditions pour que le  sujet décroche de l’immanence aux solidarités et aux  pressions de la  famille qui le déterminent. C’est le sujet sans place dans le  monde,  déterritorialisé, foncièrement indéterminé, bref un chevalier errant.   C’est le sujet sans autre contenu ou substance que son désir, le sujet  qui  existe à peine. C’est le ‘je’ lyrique fondé sur le <em>dreit nien</em>,  de  Guillaume IX : <em>farai un vers de dreit nien:/non er de mi ni  d’autra  gen,/non er d’amor ni de joven,/ni de ren au,/qu’enans fo  trobatz en durmen/sus  un chivau</em>. Ce sont les chevaliers <em>pensifs </em>dont  l’être s’évide  dans une crise d’absence au monde, où rêverie,  mélancolie, folie et sauvagerie  se trouvent en continuité<a name="_ftnref4" href="http://www2.fcsh.unl.pt/iem/medievalista/MEDIEVALISTA8/alvares8008.html#_ftn4">[4]</a>,  et se refonde  à partir de ce néant où identité et appartenance se trouvent  annulées,  cette annulation étant, par la suite, mise en scène dans le motif du   chevalier incognito.</p>
<p>Dans sa version canonique, le  consentement  mutuel ouvre la porte à l’introduction de l’amour dans le  mariage. Certes, on  peut consentir à épouser quelqu’un sans l’aimer,  mais il faut se demander si la  notion moderne de mariage d’amour aurait  vu le jour en l’absence du principe du  consentement mutuel tel que le  droit canonique l’entend. On a constaté que le  mot ‘amour’ n’apparait  pas dans les textes des juristes et des canonistes.  ‘Amour’ en latin  ecclésiastique, ‘amore(m)’, signifie ‘désir viril’,  ‘concupiscence’. Le  mot employé pour amour est ‘dilectio’, qui signifie  affection et  plaisir : <em>la ‘dilectio’ s’introduit dans la législation   matrimoniale avec ce qu’elle implique comme revendication de bonheur et   d’autonomie </em>(Payen1981 :221). De même, J-Cl. Bologne  affirme que,   dans le sud de la France, où la <em>fin’amors</em> est née, les rites   matrimoniaux comprenaient que le prêtre demande aux fiancés non  seulement s’ils  étaient là de leur libre volonté, mais aussi s’ils  s’aimaient (Bologne,  1999 :114).</p>
<p>Gaudemet  écrit: <em>En menos de un siglo  (1160-1250 aprox.), los canonistas, tomando  elementos de esas dos  tendencias, construyeron una doctrina que todavia no  repudia el derecho  canónico de este siglo XX que se acaba</em> (1993:203). Il  s’agit ici de déterminer la cause efficiente du mariage et  ce qui assure sa  nature de sacrement. La première tendance est le  consensualisme, qui vient du  droit romain, et se centre sur le verbe  (<em>verba  de praesentia</em>),  relevant, selon Gaudemet, du nominalisme. La  seconde qui, quant à elle,  s’inscrit dans le réalisme, est  celle du  droit germanique et de la Bible (une  seule chair), fondée sur la  consommation du mariage par l’union des corps.  Pierre Damien (mort en  1072), Hugues de Saint Victor (1196-1141) et Pierre  Lombard considèrent  que la cause efficiente du mariage réside dans l’union des  cœurs qui  se réalise verbalement.  Le <em>Décret</em> de Gratien tâche de   concilier le consensualisme avec l’exigence de consommation. Pour les   réalistes, l’union des corps signifie l’union du Christ avec l’Église,  par  conséquent c’est l’acte sexuel qui fait du mariage un lien  indissoluble et  assure sa dimension de sacrement. Mais, comme le  soulèvent les nominalistes,  l’union des corps ne dépend-elle pas de  l’union des cœurs, n’en est-elle pas la  conséquence ? Aussi<em> le  droit classique fera la synthèse des deux  célèbres doctrines, en  empruntant davantage au maître parisien Pierre Lombard  qu’au Bolognais.</em> <em>Hostiensis affirme également que le consentement fait  le mariage  ratum ; le lien est créé. Pourtant, ajoute-t-il, ce lien ne  devient  indissoluble que par la consommation de l’union</em> (Basdevent &amp;   Gaudemet, 2001:52).</p>
<p>S’agit-il  vraiment d’une synthèse ou  plutôt d’une tension insurmontable et dynamique  entre les termes que le  dogme de l’Incarnation met en jeu ? L’Incarnation est  le dogme majeur  du christianisme, celui qui fait sa spécificité en ce qu’il le   distingue soit des autres religions de la transcendance, soit des  religions de  l’immanence ou cosmiques. En postulant le devenir-homme de  Dieu, le  christianisme sauvegarde une connexion entre Dieu et un monde  par ailleurs  dépouillé du sacré. Le monde a une dignité et une  consistance ontologiques  grâce auxquelles son rejet n’est pas  envisageable. L’introduction du dogme de  l’Incarnation au sein du  monothéisme établit le salut personnel non pas comme  mépris et  renonciation au monde mais comme transformation du monde, action sur   lui<em>. D’entrée, ainsi, il y a un jeu entre l’obligation de  reconnaître une  certaine consistance à ce monde et une certaine valeur à  la vie selon sa règle,  et le refus légitime de s’en accommoder qui va  assurer le christianisme d’une  capacité originale de tension interne et  de mouvement</em> (Gauchet1985 :96). Grâce à cette tension interne, le  christianisme n’est  pas un dualisme ontologique, basée sur la  différence entre deux entités, Verbe  et Chair (Ciel et Terre, Homme et  Femme, Esprit et Matière) à conjoindre, mais  la différence d’une entité  d’avec elle-même, ce par quoi elle ne coïncide pas  avec elle-même,  disjonction à l’infini. Ceci n’a rien de nihiliste ; au  contraire,  c’est grâce à cette non-identité que le réel prend poids dans la   structure symbolique du christianisme et c’est bien pourquoi celui-ci  n’est pas  une religion du Verbe tout court, mais une religion de  l’Incarnation du Verbe.</p>
<p>Ceci a des  implications pour ce qu’il en  est des corps sexués dans le mariage. Le verbe  est prioritaire et  transcendant aux corps : il créé le lien matrimonial à  partir du seul  désir. Mais le verbe se fait chair, prend corps, sexué et  mortel, et  c’est dans l’union des corps que le lien est consommé<a name="_ftnref5" href="http://www2.fcsh.unl.pt/iem/medievalista/MEDIEVALISTA8/alvares8008.html#_ftn5">[5]</a>. Aussi le  mariage  chrétien n’est-il pas le <em>mariage</em> cathare. Les  cathares, hérésie  manichéenne qui niait l’Incarnation, désapprouvaient  le mariage en soi-même  comme institution destinée à la reproduction et à  ce titre légitimant  l’activité sexuelle. Dans leur haine de la  création, ils considéraient que  toute relation sexuelle était  incestueuse et que l’union matrimoniale ne  saurait la rendre moins  impure. Aussi promouvaient-ils l’amour entre un homme  et une femme au  sens d’un amour librement consenti et purement symbolique,  désincarné,  débarrassé du sexe. Le dogme de l’Incarnation, par contre,  détermine la  dignité non seulement verbale (nominale, symbolique) mais réelle   (matérielle, substantielle) du corps, du sexe et de la jouissance (cf.   Leupin2000).</p>
<p>Contrairement à  une longue tradition  préchrétienne, qui exclut réciproquement amour/plaisir et   mariage/procréation, et à laquelle des théologiens comme Saint Jerôme   (347-420), Pierre Lombard ou Alain de Lille (1128-1202) donnent  continuité  (celui qui aime sa femme avec trop d’ardeur commet  l’adultère), Gratien  considère que<em> the lustful but maritally  affectionate were “not called  fornicators, but spouses</em>” (cité in  Noonan1973 :425)<a name="_ftnref6" href="http://www2.fcsh.unl.pt/iem/medievalista/MEDIEVALISTA8/alvares8008.html#_ftn6">[6]</a>. Certes, les   théologiens étaient plus favorables à la thèse utilitaire du mariage à  double  visée productive (faire des enfants) et prophylactique (prévenir  la  fornication)<a name="_ftnref7" href="http://www2.fcsh.unl.pt/iem/medievalista/MEDIEVALISTA8/alvares8008.html#_ftn7">[7]</a>.  Mais la prise  en compte, par l’auteur du <em>Decretum</em>, texte de référence  dans  toutes les facultés de droit européennes, du plaisir sexuel en  lui-même,   détaché de toute fonction reproductive ou préventive,  indique la reconnaissance  d’une dimension de la sexualité qui échappe  aux nécessités du corps social  et  ne concerne que le corps et la  jouissance des conjoints. C’est ce qui, au cœur  de l’économie  libidinale, est de l’ordre du gaspillage, <em>part maudite</em>, <em>surplus</em>.   Ne se réduisant pas à un mécanisme de régulation et de socialisation  de la  reproduction, le mariage canonique ouvre dans la perception  sociologique et  politique de la sexualité conjugale une fissure qui  permet d’entrevoir une  dimension insaisissable en termes de sacrement  et de contrat, voire d’amour. Le <em>surplus</em> est ce qui délie.  C’est ce qui, du plaisir sexuel, ne rentre  pas, par excès ou par  défaut, dans ‘le devoir conjugal’, impératif paulinien  qui répugnait  tant la liberté d’aimer notoires chez Héloïse et Marie de  Champagne.  C’est ce que Chrétien de Troyes place au centre de la crise  conjugale  d’<em>Erec </em>et d’<em>Yvain</em> : l’activité sexuelle immodérée  du  jeune couple Érec et Énide, que le groupe social condamne sous le nom de  <em>récréantise </em>;  la faute d’Yvain, si absorbé dans le plaisir  des armes qu’il oublie de rentrer  dans le délai fixé par la  Dame-épouse.</p>
<p>Le nouveau  mariage implique la  perception d’un point aporétique en son sein qui l’empêche  de rentrer  tout à fait dans les coordonnées qui le définissent comme lien:   sacrement (avec Dieu), contrat (avec la société), amour (avec le  conjoint).   Une part de jouissance hors lien se détache et creuse dans  le rapport conjugal  l’abîme de ce que s’y soustrait et le parasite. Il  semble que la nouvelle  morale sexuelle doive admettre que la pulsion  sexuelle n’est entièrement  transposable ni dans l’être verbal du désir,  ni dans l’être idéal de l’amour.</p>
<p>Ce reste de  jouissance déplacée, ce <em>surplus</em> qui excède, gêne et disjoint le couple,  qui garde la différence comme  telle, n’est-ce pas ce que la littérature  courtoise thématise et  dramatise comme impasse du désir et inaccessibilité de  l’objet ?</p>
<p>La  problématisation littéraire du  rapport (possible, impossible) entre amour et  mariage met en jeu la  fonction de l’objet dans la structure du désir. Nous en  venons à la  tradition herméneutique de l’amour courtois en tant que désir   intransitif dont <em>L’Amour et l’Occident</em>, de Denis de Rougemont,  est sans  doute l’œuvre la plus célèbre. Il caractérise l’amour courtois  comme passion,  amour de l’amour, désir transcendant l’objet pour  atteindre l’intensité  mortelle de la rupture avec ce qui relie le sujet  au monde. C’est un désir dont  l’érection se soutient d’une loi qui ne  lui permet pas de retomber sur un objet  et le garde insatisfait, jamais  apaisé : <em>Éros sans Vénus</em> (Rougemont, 1972:65). En effet, la  lyrique courtoise chante la tension d’un  désir qui fonde son érection  poétique dans l’inaccessibilité de la Dame. L’Éros  troubadouresque est  poétique, son objet, ou son but, est purement verbal et se  sublime en <em>canso</em>.  Il coupe net avec l’asservissement biologique de la  pulsion sexuelle à  la reproduction. Mais la matrice épistémologique<a name="_ftnref8" href="http://www2.fcsh.unl.pt/iem/medievalista/MEDIEVALISTA8/alvares8008.html#_ftn8">[8]</a> d’un tel  programme  n’est pas, à mon avis, celle que Rougemont présente. Il  aligne amour courtois,  hérésie et mystique comme des survivances ou  résurgences d’une religion  manichéenne indo-européenne, jamais  éradiquée en Occident. Leur point de  convergence serait, selon lui, le  rejet du mariage inscrit dans le postulat de  l’intransitivité du désir.  Dans le sillon de Rougemont, Luc Richir a étudié le <em>Miroir  des  simples âmes anéanties</em>, ouvrage qui a valu à son auteur, Marguerite   Porete, béguine à Valenciennes, d’être accusée d’hérésie et brûlée à  Paris en  1310. Richir y examine le rapport, qu’il dit <em>substantiel</em>,  entre l’amour  courtois et la mystique rhénano-flamande. La répugnance à  l’égard des œuvres   qu’affiche le <em>Miroir</em> est corrélative du <em>néant-vouloir</em>,  de  l’anéantissement de l’âme poussée au-delà de son bien propre, pour  remplacer la  volonté de la créature par la volonté divine. Par cette  substitution, l’âme  restitue Dieu au néant dont Il jouissait avant de  se soucier du devenir de la  création: elle libère le Créateur de son  aliénation aux créatures, aux œuvres,  au monde et, ravie, vidée par  Lui, jouit de <em>l’ex-nihilo </em>ou plutôt du<em> nihil</em>. S’il est  vrai que le <em>néant-vouloir</em> évoque <em>le vers de dreit  nien</em> de Guillaume IX, je ne crois pas que la jouissance sans objet de l’âme   anéantie ressemble à la soumission de l’amant à la volonté arbitraire  de la  Dame. Car, comme Richir le dit, si les poètes présentent la Dame  en tant  qu’irreprésentable et l’identifient au néant, c’est pour la  poser comme cause  du désir et du chant. La Dame représente la dimension  sexuelle du négatif (le <em>dreit  nien</em>) à partir duquel le verbe  extrait le désir sous forme de <em>canso</em>.  Or, la <em>canso</em> est  un objet qui rentre dans le circuit des échanges et  renforce le lien  social par la transmission d’un plaisir esthétique qui est  arrivé  jusqu’à nous, lecteurs. Alors que chez Marguerite l’âme restitue Dieu au   néant d’avant la création, la Dame des troubadours serait plutôt le  point <em>ex-nihilo</em> à partir duquel la création poétique se  déploie. Là où le <em>Miroir</em> cherche  l’au-delà du monde, la  lyrique courtoise va vers le monde; là où le <em>Miroir</em> anéantit  l’âme dans une jouissance qui ne saurait ni se dire ni <em>s’avoir</em> (Richir2002 :134), les troubadours produisent un dire de jouissance. Les   démarches mystiques et poétiques prennent des directions inverses à  partir d’un  point commun qui est la notion de <em>création ex-nihilo</em>;  mais, de cette  expression, la lyrique courtoise valorise le premier  terme, alors que la  mystique valorise le second. À mon avis, cela est  dû au fait que la littérature  en langue vulgaire s’inscrit en plein  dans la structure épistémologique   déployée par le dogme de  l’Incarnation. Sans doute y a-t-il eu des rencontres  idéologiques entre  troubadours, cathares et mystiques. Mais la portée poétique  de ces  rencontres semble avoir été ponctuelle et contingente. Elle n’est ni   essentielle, ni substantielle. Je ne dis pas que la lyrique courtoise  exprime  les normes ecclésiastiques sur l’amour, le mariage et le sexe. <em>Courtly  love</em>, écrit  Hans-Rober Jauss, <em>as a  poetically mediated form of life competed  with the religiously sanctioned  institutions of marriage and sexual  love, without expressly denying their norms</em> (Jauss1979 :194). Je dis que, même lorsqu’elle  s’oppose aux directives de  l’Église, à travers notamment la promotion de  l’adultère, la <em>fin’amors</em> est structurée par une rationalité étrangère au  dualisme païen, La  remarque de Freud selon laquelle <em>la différence la plus  marquante  entre la vie amoureuse du monde antique et la nôtre réside sans doute   dans le fait que les anciens mettaient l’accent sur la pulsion  elle-même, alors  que nous le plaçons sur l’objet</em> (Freud1987 :56)  indique suffisamment  quelque chose que des penseurs comme A. Leupin  (2000), J-Cl. Milner (1996) et  S. Zizek (2003) ont étudié en détail :la  pensée chrétienne constitue une  coupure épistémologique majeure qui a  reconfiguré la sexualité et redéfini  l’axiomatique du plaisir en posant  l’objet comme corrélat du désir. La  corrélation n’étant pas  adéquation, homogénéité, immanence, l’objet apparaît  accessible dans  l’éloignement qui le rend insaisissable. Aussi le désir d’Yvain   s’éveille-t-il quand il aperçoit la Dame en deuil de l’autre côté de la  fenêtre  (<em>Le Chevalier au Lion</em>, v.1466-1510). La violence  qu’elle s’auto-inflige  abîme la beauté de son corps sublimé en pure  lumière par les métaphores de  l’or, de la glace et du cristal et fait  voir l’opacité de sa chair griffée,  égratignée, blessée. Le corps est  la cible de deux opérations contraires :  la sublimation jubilatoire qui  l’élève à la condition d’éclat (Yvain fantasme  qu’il a été créé par  Dieu lui-même et, détail sensuel, <em>de sa main nue</em>),  et la  désublimation angoissante des petits éclats de chair arrachée. Ce n’est   donc pas étonnant qu’Yvain vacille, dans son monologue, entre deux  rêves :  celui de la Dame ennemie (sublime et inaccessible) et celui de  la Dame amie  (accessible en son être de chair).</p>
<p>La  syntagmatique narrative des romans  articule le désir dans une dynamique  actantielle dans laquelle  l’enchaînement des aventures est orienté vers un  dénouement qui peut  être dysphorique ou (plus ou moins) euphorique. Dans les  romans  d’adultère, où la loi, représentée par le roi-mari, interdit au désir de   s’apaiser, les aventures se renouvellent à l’infini, si bien que le  seul  dénouement possible est tragique (mort des amants). Par contre,  les romans à  dénouement matrimonial gardent dans le mariage l’infini du  désir, ce qui, d’un  côté, le borne et l’apaise en le faisant retomber  sur un objet, et de l’autre,  creuse dans le lien matrimonial, un <em>surplus</em> qui est son au-delà interne.  Cette tension inhérente au mariage  d’amour est perceptible dans le décalage  entre discours et histoire  lors de la clôture des romans de Chrétien  postérieurs à <em>Erec</em>.  Faire mourir le mari d’une attaque de colère (<em>Cliges</em>),  passer <em>Lancelot</em> à un autre clerc, Geoffroy de Legny, qui l’achève, finir <em>Yvain</em> d’un geste radical posant l’harmonie conjugale au niveau de la  rime (<em>fin</em>-<em>fin-fine-fine</em>),  alors que la réconciliation des époux  passe par la force (tempête) et  par la ruse (Dame prise au piège de la parole  donnée), ce sont là des  figures qui dénoncent, dans le fait même de l’énoncer,  l’artifice d’une  coïncidence entre amour et mariage. Le paradigme romanesque  créé par  Chrétien postule que, même dans le cadre de la stabilité matrimoniale,   le désir n’est pas apaisé car l’impasse reste qui garde quelque chose de  la  qualité non appropriable de l’objet. Il y a de la distance, de  l’éclat, de  l’inhumanité de la Dame dans l’épouse, et c’est pourquoi la  femme ne saurait  être assimilée à un bien dont le chevalier s’empare.  Ce statut aporétique de  l’objet dans la structure du désir est  corrélatif de la vision désenchantée du  mariage d’amour que le roman  véhicule : homme et femme ne forment pas Un,  ne sont pas  complémentaires. Mais si cette vision désenchantée n’aboutit pas au   rejet de l’institution, c’est parce qu’elle est également une vision  ouverte  qui, tout en plaçant l’amour, le désir et le sexe dans la  légalité du mariage,  refuse de les y aliéner entièrement. Ce faisant,  le roman signifie que l’amour  ne se réalise pas pleinement dans le  mariage et qu’une part d’indétermination,  donc d’aventure (de hasard,  d’imprévisible, de <em>tuché</em>), y est sauvegardée  contre  l’étouffement du désir dans une domesticité paisible. Entre deux voies   de sublimation du désir, l’héroïsme transgressif de l’amour adultère et   l’héroïsme ascétique de la quête du Graal, la ligne du roman courtois <em>matrimonial</em> développe la conception d’un désir accroché au monde, sans pour autant   succomber à l’immanence de ses lois, institutions et pouvoirs. Gauvain   représente cette immanence et c’est pourquoi le chevalier doit à un  moment  donné l’affronter aux armes. <em>Match nul</em> indique la part  d’indétermination  qui soutient le sujet dans un rapport d’adhérence  non-immédiate au monde ;  dans le monde mais à l’écart du monde ;  conjoint à l’objet mais disjoint  de lui.</p>
<p>Bref, tandis  que les voies  héroïco-épiques de la sublimation projettent le désir au-delà du   plaisir, la voie romanesque fait du plaisir la loi du désir. À l’amour  comme  exploit, répond l’exploit pour (obtenir) l’amour. Aussi, la  littérature  courtoise apparaît-elle comme le champ d’un débat qui a mis  en relief une  structure subjective et une économie libidinale  (structure du désir, régime de  la jouissance, sens de la différence  sexuelle) issues de la mutation radicale  que l’introduction du modèle  canonique du mariage a causée dans la structure de  la famille et du  couple.</p>
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<p>Leupin,  Alexandre &#8211; <em>Phallophanies.  La chair et le sacré</em>. Paris: Editions du  Regard, 2000.</p>
<p>Lévi-Strauss,  Claude &#8211; <em>Anthropologie  structurale deux</em>. Paris: Plon, 1973.</p>
<p>Leyser,  K.J. &#8211; “The polemics of the  papal revolution”. Smalley, Beryl, ed.. <em>Trends  in medieval  political thought</em>. Oxford: Blackwell,  1965.</p>
<p>Milner,  Jean-Claude. &#8211; <em>Constats</em>.  Paris: Gallimard, 1996.</p>
<p>Moore,  Robert I. &#8211; <em>La première  révolution européenne. Xe-XIIIe siècle</em>.  Paris : Seuil, 2001.</p>
<p>Noonan,  John T., Jr.- “Power to  choose”. <em>Viator</em>,   4 (1973): 419-434.</p>
<p>Payen,  J.C. &#8211; “La mise en roman du  mariage dans la littérature française des XIIe et  XIIIe siècles: de  l’évolution idéologique à la typologie des genres”. van  Hoecke, W.  &amp; Welkenhuysen,A., eds..<em>Love and marriage in the Twelfth century</em>.   Leuven, Leuven UP : 1981, p.219-235.</p>
<p>Richir, Luc &#8211; <em>Marguerite  Porete. Une  âme au travail de l’Un</em>. Bruxelles :  Ousia, 2002.</p>
<p>Strayer,  Joseph R. &#8211; <em>On the  medieval origins of the modern state</em>. Princeton,   NJ: Princeton UP, 1970.</p>
<p>Verdon,  Jean &#8211; <em>L’amour au Moyen Age.  La chair, le sexe et le sentiment</em>. Paris :   Perrin, 2006.</p>
<p>Zizek,  Slavoj &#8211; <em>The Puppet and the  Dwarf. The perverse core of Christianity</em>. Cambridge:   Ma., &amp; London, MIT Press, 2003.</p>
<p><strong>Notes</strong></p>
<div id="ftn1">
<p><a name="_ftn1" href="http://www2.fcsh.unl.pt/iem/medievalista/MEDIEVALISTA8/alvares8008.html#_ftnref1">[1]</a> J’emploie le terme au sens  large, incluant ainsi la  noblesse. <em>This</em> [aristocracy] <em>is the small group of princes,  dukes,  and counts, tracing their nobility back to the Carolingian or even Roman   periods, whose political claims were regional. Recent historical  research suggests  that, contrary to Marc Bloch’s opinion, this group  was remarkably stable from  antiquity through the Middle Ages. Just  below this group came men whose claims  to nobility were less certain or  especially less ancient, but who had obtained  effective control of a  territory through the military control of a fortress or  a group of  fortresses: these were the ‘châtelains’ </em>(p.60) (&#8230;)<em> Those  who  ride in and out of that fortification are the ruling class of society,  its  dominant element, whether old blood or new, whether aristocracy  whose origins  went back to Roman times or new, aggressive muscle  shoving into the sphere of  dominance </em>(Haidu1993:130). Outre cette différence, la noblesse du XIIème   siècle est  affligée d’une autre fracture. Il s’agit des grands féodaux, ceux  qui  possèdent des terres, les seigneurs, auxquels s’opposent les chevaliers   déshérités, ceux que Georges Duby appelle ‘les jeunes’.</p>
</div>
<div id="ftn2">
<p><a name="_ftn2" href="http://www2.fcsh.unl.pt/iem/medievalista/MEDIEVALISTA8/alvares8008.html#_ftnref2">[2]</a> <em>The Papal Revolution did lay  the  foundation for the subsequent emergence of the modern secular state  by  withdrawing from emperors and kings the spiritual competence which  they had  previously exercised</em> (Berman,  1983:115). La  même thèse a été soutenue par  Strayer (1970).</p>
</div>
<div id="ftn3">
<p><a name="_ftn3" href="http://www2.fcsh.unl.pt/iem/medievalista/MEDIEVALISTA8/alvares8008.html#_ftnref3">[3]</a> Le modèle féodal n’est pas  à proprement parler endogamique.  L’endogamie est la règle qui prescrit le  mariage au sein de la  parenté, ce qui est différent d’une pratique qui permet  des mariages  entre parents (<em>close marriages</em>) (cf. Goody, 2000:22-23).</p>
</div>
<div id="ftn4">
<p><a name="_ftn4" href="http://www2.fcsh.unl.pt/iem/medievalista/MEDIEVALISTA8/alvares8008.html#_ftnref4">[4]</a> Les traités de médecine ne  sauraient rendre compte de ces  crises dont la portée est moins pathologique  qu’ontologique. Le  chevalier perd son nom, renonce à ses biens et à son bien,  se ruine,  dépérit, s’isole dans la forêt où il veut se faire dévorer par les   fauves (Partonopeu), dévore comme les fauves (Yvain), se fait déchet  (Amadas).</p>
</div>
<div id="ftn5">
<p><a name="_ftn5" href="http://www2.fcsh.unl.pt/iem/medievalista/MEDIEVALISTA8/alvares8008.html#_ftnref5">[5]</a> De par la présence de la  puissance spirituelle du verbe en  elle, la chair n’est pas que chair et se  déplace en excès ou en défaut  (en dissemblance) par rapport à son être de  chair. Le désir des  conjoints se place donc au-delà des deux grandes  coordonnées charnelles  que sont la consanguinité et la procréation,  substantiellement  représentées par le sang et le sperme. De sa matière purement  verbale,  le désir médiatise et négativise l’immanence physique. Mais cette   négativisation, en raison de l’incarnation du verbe, n’est pas négation  du  sexe, refus de <em>l’œuvre conjugale</em>, ascétisme purificateur.</p>
</div>
<div id="ftn6">
<p><a name="_ftn6" href="http://www2.fcsh.unl.pt/iem/medievalista/MEDIEVALISTA8/alvares8008.html#_ftnref6">[6]</a> Voici le texte en latin,  tel que Noonan le transcrit: <em>Sic  econtrario datur intelligi de his, qui  coniugali affectu sibi  copulantur, quod etsi non causa procreandorum filiorum,  sed explandae  libidinis conveniunt, non ideo fornicarii, sed coniuges  appelluntur.</em> Gratian, dictum ante c.6, C32, q.2. Voir aussi <a href="http://www.fordham.edu/halsall/source/gratian1.html">http://www.fordham.edu/halsall/source/gratian1.html</a>.   Abélard aussi avait soutenu dans <em>Scito teipsum</em> que le plaisir  sexuel  n’est pas un péché. Autour de 1200, le théologien Robert de  Courson semble être  du même avis : <em>Beyond Augustine’s analysis</em> [il y a, chez Augustin,  quatre causes pour le mariage : la  procréation, éviter la fornication, le  devoir conjugal, satisfaire son  désir, la dernière étant un péché] <em>lies a  further category that is  also without mortal sin. </em><em>Layman  cannot be  condemned for loving their wives too tenderly or too  frequently</em> (…) (Baldwin1991:803).</p>
</div>
<div id="ftn7">
<p><a name="_ftn7" href="http://www2.fcsh.unl.pt/iem/medievalista/MEDIEVALISTA8/alvares8008.html#_ftnref7">[7]</a> On peut supposer, avec Flandrin,  que la plupart des membres  de l’église ne suivait pas Gratien et que la  conviction dans  l’exclusion réciproque de l’amour/plaisir et du  mariage/procréation les  alignait sur une tradition de pensée et de comportement  remontant à  l’Antiquité. Peut-être, mais la réception des romans de Gautier  d’Arras  et de Chrétien de Troyes dans les cours de la France féodale indique   que la vieille identification de l’amour et du plaisir conjugaux avec la   débauche était contrariée par une nouvelle perception de l’amour et du  plaisir  dans le mariage.</p>
</div>
<div id="ftn8">
<p><a name="_ftn8" href="http://www2.fcsh.unl.pt/iem/medievalista/MEDIEVALISTA8/alvares8008.html#_ftnref8">[8]</a> J’entends par là l’axiomatique  qui définit les conditions  de possibilité de pensée, de croyance et de  représentation d’une  culture donnée. L’Incarnation est un axiome (dogme) qui  contraint, par  exemple, la conception nicéenne de l’image en tant que  radicalement  différente de l’idole (cf. Leupin1993, 2000) ainsi que le dogme de  la  Trinité tel qu’il s’est cristallisé autour de la querelle du <em>filioque</em> (cf.Berman1983 :177-9).</p>
<p>(Article paru dans <a href="http://www2.fcsh.unl.pt/iem/medievalista/INDEX.html">Medievalista online</a>)</p>
</div>

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