Alexandre Leupin, Proust en bref, éditions Furor 2015

mardi 9 février 2016 par Jean Kaempfer

  Il y eut Flaubert et son idéal d’un roman impersonnel; puis vient Proust, où le sujet, l’expression personnelle, font retour.  Mais voyons bien le caractère élégiaque, crépusculaire, de cette « égophanie ». Comme le montre avec vigueur Alexandre Leupin dans les pages liminaires de son Proust en bref, celle-ci marque le terme d’une longue aventure, qui […] Lire plus »

Le terrorisme religieux

jeudi 3 décembre 2015 par Michel Herland

                      « Allah est venu à eux par où ils ne s’y attendaient point et a lancé la terreur dans leurs cœurs » (Coran, 59-2, verset cité par Daech dans le communiqué revendiquant les attentats du 13 novembre 2015). Terrorisme ? Encore faut-il s’entendre sur la définition. Proposons celle-ci : toute action qui vise délibérément des civils anonymes, […] Lire plus »

Proust en bref: bonnes feuilles

blancheToute révélation, toute résurrection, ces moments infimes où toute une vie bascule, est un punctum qui vise l’éternité. De fait, toute la Recherche s’origine d’un punctum,  le travail de Proust ayant consisté à transformer inlassablement la piqûre de la contingence en nécessité de Loi et de Vie. Arrivé au fond de l’Enfer de sa dissolution dans les plaisirs de l’amour, de l’amitié, de la contemplation esthétique, s’ouvre l’échappée vers le Paradis de l’œuvre à faire; cent ans de jouissances répétitives, cent ans de recherche, et soudain, par contingence, s’ouvre la porte : « Mais c’est quelquefois au moment où tout nous semble perdu que l’avertissement arrive qui peut nous sauver, on a frappé à toutes les portes qui ne donnent sur rien, et la seule par où on peut entrer et qu’on aurait cherchée en vain pendant cent ans, on y heurte sans le savoir, et elle s’ouvre. » (TR, 173) Peu importe que, comme Proust l’a avoué dans une de ses lettres, que ce point crucial soit un composite de plusieurs moments : c’est précisément le travail de l’art que de cristalliser  en un seul moment ce qui dans la vie prit sans doute du temps et se répéta sous différentes formes. Les portes du paradis et du salut s’ouvrent parfois par hasard : ce qui n’est point contingent, c’est l’obstination que met notre volonté à essayer de les découvrir.

Le récit de cette obstination se donne à lire, au passé, dans l’ample phrasé proustien, qui est l’élégie de l’atomisation et du singulier (du sujet judéo-chrétien). La magie du flux narratif est faite de la détresse, de l’éparpillement et des discontinuités contingentes du Moi et de la Vie. Lente déréliction, où le chagrin succède à l’allégresse, la jalousie, cette « passion de la vérité » (CS 269) à l’amour, où la perte se profile toujours comme future de la jouissance, où la possession est incomplète, l’amitié vide, où les œuvres d’art n’inspirent rien qui rédimerait la vie, où les tentatives d’écrire sombrent dans la procrastination, où même les moments les plus ravissants (les délicieux réveils d’Albertine dans La Prisonnière, par exemple) sont destinés à la disparition. Le passé récitatif est un long glas traversé par moments de jubilations fugaces.  L’amour, l’amitié, la mondanité s’y révèlent comme autant de figures que la déception, au cours du temps, a vidées de leur sens. Le récit est la poussière évanescente du détail infini, poursuivi avec une attention qui relève de la névrose obsessionnelle ; il suffit pour le saisir de constater l’énergie que met le narrateur jaloux à traquer et à faire la collection de tous les petits faits qui confirmeraient son soupçon : « La jalousie est aussi un démon qui ne peut être exorcisé, et revient toujours incarner une nouvelle forme. » (P, 95) Certes, la névrose obsessionnelle, dans le foisonnement du détail,  s’attache tout aussi bien à cet envers de la jalousie qu’est l’amour (l’amour de la littérature et des êtres tout ensemble).

Mais la déconvenue est aussi la clé et la cause inverse d’une très ferme espérance : amour et amitié, désir, certes éternellement désappointés, tout s’est reporté sur les morts (la grand-mère, Albertine), mais surtout s’est transfiguré dans l’art et le livre en train de se faire; les objets d’amour et d’amitié se transsubstantient dans l’œuvre pour révéler le sens même de la vie, et sa joyeuse essence.

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Par Alexandre Leupin, , publié le 29/09/2015 | Comments (0)
Dans: Blog, Bonnes feuilles, En librairie, Frances

Jean-Claude Milner: « Hollande et DSK ont un projet européen de type impérial »

jeudi 20 août 2015 par Jean-Claude Milner

BibliObs. Comment avez-vous perçu l’accord européen sur la Grèce ? Jean-Claude Milner. Beaucoup de questions me sont venues à l’esprit. Je me suis rappelé la chute de Robespierre; le seul adversaire qu’il ait jugé digne de nommer, le 9 Thermidor, était Cambon. Celui-ci, déjà expert reconnu des finances publiques, proposait, pour équilibrer le budget, de […] Lire plus »

De l’image de la France Dans Les trois dernières fictions romanesques de Mongo Beti

jeudi 25 juin 2015 par Jean Baptiste Ntuendem

De l’image de la France Dans Les trois dernières fictions romanesques de Mongo Beti Auteur : Jean Baptiste NTUENDEM SOMMAIRE I-LES MANŒUVRES POLITIQUES ET MILITAIRES NEOCOLONIALES DE            L’ANCIENNE METROPOLE. I-1- La France promotrice et protectrice des dictateurs africains. I-2- L’organisatrice des guerres civiles, des génocides et des coups d’Etat en Afrique. I-3- Les Ingérences françaises et l’espionnage rampant […] Lire plus »

Les fous d’Allah et les trafiquants de drogue

mardi 23 juin 2015 par Michel Herland

Les événements tragiques du mois de janvier 2015 ont provoqué chez quelques intellectuels classés à gauche une réaction paradoxale, que l’on peut identifier au communautarisme le plus extrême : l’État ne devrait pas seulement une forme de respect minimale aux cultures minoritaires, y compris les religions (ce qui est conforme au consensus national), il deviendrait comptable […] Lire plus »

Actualité de Bergson

mercredi 10 juin 2015 par Michel Herland

Ebénézer Njoh Mouelle et Émile Kenmogne (eds.), Vie et éthique de Bergson à nous, coll. « Éclairages philosophiques d’Afrique », Paris, L’Harmattan, 2015, 373 p., 38 €. Bergson (1859-1941) n’est plus ce qu’il est convenu d’appeler un philosophe à la mode. Sa personne comme son œuvre ont un parfum « Belle Époque » qui colle mal avec notre actuelle […] Lire plus »

L’anthropologie du XVIIIème siècle : les parts d’ombre de l’héritage des Lumières

vendredi 8 mai 2015 par Numa Dupont

L’anthropologie du XVIIIème siècle : les parts d’ombre de l’héritage des Lumières Malgré les contributions immenses des philosophes des Lumières comme Voltaire, Diderot ou Rousseau, ces derniers sont aussi restés prisonniers de certains préjugés de leur temps. Une occasion de nous rappeler combien il est nécessaire d’envisager l’histoire de ce courant de pensée dans toute […] Lire plus »

La dette publique et la croissance – le cas de la France

mardi 14 avril 2015 par Michel Herland

Au-delà du cas grec, qui est en quelque sorte caricatural, l’exemple français mérite réflexions. En 2013, dernière année pour laquelle on dispose de chiffres quasi-définitifs, les dépenses de l’État se sont élevées à 373 milliard d’euros et les recettes (hors emprunt) à 302 milliards. Plutôt que de présenter le déficit de 70 milliards environ en […] Lire plus »

LA POESIE DE PAUL DAKEYO : AU-DELA DE LA MIGRITUDE

jeudi 26 mars 2015 par Claude Dokam

LA POESIE DE PAUL DAKEYO : AU-DELA DE LA MIGRITUDE Par Claude Dokam   RESUME Examinant la littérature produite par les écrivains africains exilés en Europe (en France surtout) depuis les années 1970, Jacques Chevrier en a fait une littérature de la « Migritude ». Parmi les critères mis en place pour déterminer l’appartenance à ce nouveau courant, […] Lire plus »