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	<title>MondesFrancophones.com &#187; Frances</title>
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		<title>La victoire de Hollande : un jour sans Histoire</title>
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		<pubDate>Mon, 07 May 2012 08:25:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lrosenzweig</dc:creator>
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<p><strong>Rien de très nouveau sous le soleil de l’Elysée </strong></p>
<p>L’homme politique le plus stupide de la nomenklatura européenne est sans doute Guido Westerwelle, qui exerce les fonctions de ministre des affaires étrangères en Allemagne. Son insignifiance le contraint, pour avoir un semblant d’existence aux côtés de l’envahissante Angela Merkel, à sortir des déclarations à la mode de Lucky Luke. Plus vite que son ombre, mais à la différence des coups de revolvers du héros de Morris et Goscinny, elles ratent régulièrement leur cible. Ainsi, dimanche soir, aux alentours de 20h30, notre Rantanplan d’outre-Rhin qualifia la victoire de François Hollande d’« événement historique ». En V.O. cela donne « ein historisches Ereignis ». Cela a en jette pour les ignorants, mais on est très loin de Goethe, présent sur le champ de bataille de Valmy, déclarant à des officiers allemands : « A partir d’aujourd’hui commence une nouvelle époque de l’histoire du monde, et vous pourrez dire, j’y étais ! ».</p>
<p>L’élection de François Hollande à la présidence de la République française est un événement politique d’une importance certaine, mais on a pu constater qu’aucun de ses partisans présents sur les plateaux de télévision ne se sont risqués à invoquer l’Histoire pour qualifier le succès de leur champion. Ils ont eu raison.</p>
<p>Les images de liesse de la place de la Bastille et de désolation au palais de la Mutualité (on ne dit plus la « Mutu » depuis que ce lieu a été squatté par la droite) évoquent plus les soirées d’après match des supporters des vainqueurs et des vaincus que les « grandes journées qui ont fait la France ». François Hollande aura d’ailleurs fait le nécessaire pour évacuer l’Histoire de cet épisode de la Vème République. Son discours de Tulle n’était pas de nature à donner aux braves gens de Corrèze, ayant bravé la pluie pour l’entendre, le souvenir impérissable qui ferait briller les yeux de leurs petits-enfants à qui ils le raconteraient, le soir à la veillée.</p>
<p>Aujourd’hui, on change de président comme on change de bagnole. On est fier, quelques heures, quelques jours au plus de la nouvelle voiture, on est soulagé de s’être débarrassé de l’ancienne qui nous sortait par les yeux en dépit de quelques dizaines de milliers de kilomètres de bons et loyaux services, et on passe vite à autre chose.<br />
Les antisarkozystes viscéraux vont bientôt se sentir orphelins de leur objet de détestation, et vont très vite se mettre en quête d’un nouveau punching ball. Il n’est pas certain qu’ils trouvent une nouvelle cible de la qualité de la précédente, à moins que Bibi Netanyahou ne décide de débarrasser une bonne fois son pays de la menace nucléaire iranienne. C’est bien triste pour eux, mais on me permettra d’avoir une compassion modérée pour leur frustration.</p>
<p>Le 6 Mai 2012, la France n’a pas réélu le président sortant. So what ? On avait déjà vu cela en 1981… Elle en a élu un nouveau qui leur vend à peu près la même chose que l’ancien, avec un nouvel emballage, et un nouvel argumentaire de vente. Il n’y a donc pas de raison d’en faire toute une histoire. L’Histoire, la vraie, reviendra très sûrement un jour, de manière aussi brutale qu’inattendue. On verra alors si notre président « normal », s’il est toujours en fonction, est capable d’en faire sa compagne pour la postérité.</p>

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		<title>François Hollande, l’homme qui n’aime pas les passions</title>
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		<pubDate>Thu, 26 Apr 2012 19:52:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lrosenzweig</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Un bon arbitre fait-il un bon président ? &#160; A un journaliste qui l’interrogeait sur le peu de ferveur suscitée dans les foules par sa candidature, François Hollande a répondu « Je préfère être élu sans ferveur que battu avec !». Certains ont vu dans cette boutade une pique adressée à son ex-compagne qui avait, elle, [...]]]></description>
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<h2>Un bon arbitre fait-il un bon président ?<a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/frances/francois-hollande-l%e2%80%99homme-qui-n%e2%80%99aime-pas-les-passions/attachment/caricature_francois_hollande_by_cyrielkiller-d4psysm-2/" rel="attachment wp-att-4695"><img class="alignleft size-medium wp-image-4695" title="caricature_francois_hollande_by_cyrielkiller-d4psysm" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/04/caricature_francois_hollande_by_cyrielkiller-d4psysm1-236x300.jpg" alt="" width="236" height="300" /></a></h2>
<p>&nbsp;</p>
<div id="post-head"></div>
<p>A un journaliste qui l’interrogeait sur le peu de ferveur suscitée dans les foules par sa candidature, François Hollande a répondu « Je préfère être élu sans ferveur que battu avec !». Certains ont vu dans cette boutade une pique adressée à son ex-compagne qui avait, elle, mobilisé les affects des militants et sympathisants de gauche lors de son duel avec Nicolas Sarkozy en 2007, avec le résultat que l’on connaît. Cette interprétation est un peu réductrice, car la flèche visait également Nicolas Sarkozy, qui ne manque pas une occasion de faire de sa personne le réceptacle des sentiments, positifs ou négatifs, qui animent les électrices et les électeurs.</p>
<p>Lorsque l’on est pas le meilleur dans un registre, on se trouve face à une alternative : soit l’on s’efforce de se hisser au niveau de ses concurrents, soit l’on décide d’abandonner ce terrain pour jouer une partition qui vous convient mieux. C’est cette dernière solution que François Hollande a choisie, avec l’aide, sans doute, de communicants moins faisandés que Jacques Séguéla. Fade je suis, fade je resterai, car l’époque n’est plus à la flamboyance baroque de dirigeants se conduisant comme de vulgaires pipoles, brisant tous les tabous de la bienséance bourgeoise, comme Silvio Berlusconi ou, dans une moindre mesure, Nicolas Sarkozy. Mario Monti ou Mariano Rajoy ont le charisme d’une huître, ce qui ne les empêche pas de bénéficier, pour l’instant, du soutien de la majorité de leurs concitoyens. Voilà pour le message. Pour la tactique, François Hollande se sert des inévitables passions émergeant à l’occasion de la « mère de toutes les élections » comme un judoka du poids de son adversaire, qui peut être fatal à ce dernier s’il n’est pas utilisé à bon escient. En dramatisant les enjeux, Nicolas Sarkozy galvanise ses partisans, mais aussi ses adversaires, dont l’antisarkozysme viscéral défie toutes les lois de la raison. Durant la campagne du premier tour, Mélenchon, Joly<sup><a id="fnref-17214-1" href="http://www.causeur.fr/francois-hollande-l%e2%80%99homme-qui-n%e2%80%99aime-pas-les-passions,17214#fn-17214-1">1</a></sup> et Marine Le Pen se sont livrés au Sarko-bashing sans retenue, dispensant ainsi le candidat socialiste de se vautrer dans la basse polémique.</p>
<p>Jean-François Copé accusait, au lendemain du premier tour, François Hollande de se comporter comme une anguille, un poisson qui, comme chacun sait, vous file entre les doigts dès qu’on cherche à le saisir. C’est une forme d’aveu : on a beau le chercher, le pousser à la faute, il est quasi impossible de transformer ce quinquagénaire sympathique pour les deux tiers des Français en épouvantail à bourgeois. Son implantation en Corrèze l’a instruit de l’expérience des deux grands hommes politiques du terroir : Henri Queuille, pour qui « il n’est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout » et Jacques Chirac, qui avait l’art de susciter la sympathie pour sa personne, sinon pour ses idées… Qui va se lever pour faire barrage à une anguille ? D’autant plus que le bonhomme a l’air franc du collier, ne promet pas la lune et le reste, et cultive une discrétion de bon aloi sur sa vie privée<sup><a id="fnref-17214-2" href="http://www.causeur.fr/francois-hollande-l%e2%80%99homme-qui-n%e2%80%99aime-pas-les-passions,17214#fn-17214-2">2</a></sup>.<br />
Ce candidat « antipassionnel » pourra-t-il, en cas de victoire, exercer le pouvoir comme il fit campagne, sans bruit ni fureur, avec juste ce qu’il faut de fougue rhétorique pour éviter aux auditoires de s’ennuyer ?</p>
<p>Constatons d’abord qu’au seuil de la soixantaine, il est très rare que les traits de caractère fondamentaux d’un individu se modifient radicalement. Le « J’ai changé ! » de Sarkozy ne convainc personne, ni ses amis qui l’aiment comme il est, ni ses adversaires qui adorent le détester comme tel. Le pouvoir ne transfigure pas ceux qui sont amenés à l’exercer, sinon tous les présidents de la République finiraient par se ressembler, ce qui est loin d’être le cas. Les sobriquets dont on a affublé Hollande (Flanby, Culbuto) sont, certes, désobligeants et pour une part injuste, mais ils pointent des traits de caractère qui ont émergé de sa longue carrière politique. Son aversion pour les conflits a fait de lui l’homme de la synthèse qui surgit au bout de la longue nuit de la commission des résolutions du congrès du PS. Qui peut imaginer qu’il se comportera d’une manière totalement différente une fois installé à l’Elysée ? Il rassemblera autour de lui les ducs, comtes et barons du PS, primus inter pares d’une aristocratie des féodaux des pouvoirs locaux et régionaux. Il veillera, à l’inverse de Lionel Jospin, à ce que la possession des leviers du pouvoir central ne mette pas en danger la solidité des fiefs électoraux de ses plus fermes soutiens. Il sera l’arbitre de leurs différends et de leurs querelles de préséance, ce qui n’est pas une mince affaire. En bon disciple de Mitterrand, il enverra son premier ministre au feu de l’impopularité en lui faisant porter le poids des inévitables décisions douloureuses exigées par la situation économique. Il sera l’artisan des motions de synthèse bruxelloises qui remettront au surlendemain ce qu’il était urgent de faire l’avant-veille, s’attirant ainsi les bonnes grâces d’Angela Merkel qui va apprécier en lui l’homme prévisible, qui n’aime ni les « coups », ni les tables renversées.</p>
<p>Cela fera-t-il un bon président ? Rien n’est moins sûr, mais rien n’est exclu non plus, car l’Histoire est rusée. On n’est pas un bon, ou un grand homme d’Etat du fait de ses seules qualités personnelles. Il faut que celles-ci soient adaptées aux situations qui se présentent. Churchill, on s’en souvient, fut un calamiteux ministre des finances en temps de paix…<br />
Denis Jeambar, l’ancien directeur de <em>L’Express</em>, qui vient de passer plusieurs mois dans la proximité de François Hollande pour les besoins d’un documentaire, le compare à un galet « lisse à l’extérieur, mais dur à l’intérieur ». Fort bien. Mais n’oublions pas que le destin des galets est d’être emportés par le courant.</p>
<div id="post-footnotes">
<ol>
<li id="fn-17214-1">La candidate écologiste, véritable Rantanplan de la campagne du premier tour, en a même fait un peu trop dans ce registre, avec l’effet inverse de celui escompté. <a href="http://www.causeur.fr/francois-hollande-l%e2%80%99homme-qui-n%e2%80%99aime-pas-les-passions,17214#fnref-17214-1">↩</a></li>
<li id="fn-17214-2">La médiatisation familiale antérieure était le fait de Ségolène Royal. Il est à craindre que Valérie Trierweiler, qui n’a pas peur de la lumière, assure le rond de serviette du couple présidentiel dans les magazines people. Mais il n’est pas indifférent de choisir ce genre de compagne… <a href="http://www.causeur.fr/francois-hollande-l%e2%80%99homme-qui-n%e2%80%99aime-pas-les-passions,17214#fnref-17214-2">↩</a></li>
</ol>
</div>

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		<title>Derrière Mélenchon, le printemps des staliniens</title>
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		<pubDate>Sun, 08 Apr 2012 17:21:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lrosenzweig</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le nouveau printemps du totalitarisme mondain Dans les dîners en ville de la capitale, il est du dernier chic de faire son « coming out » mélenchonien, à la suite de quelques pipoles qui annoncent sur Youtube leur ralliement au candidat du Front de gauche, comme le psychanalyste mondain Gérard Miller, ou l’actrice Sophie de la Rochefoucauld, [...]]]></description>
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<p id="BlogTitle">
<p><strong><span style="color: #800080;">Le nouveau printemps du totalitarisme mondain</span></strong></p>
<div id="post-meta">
<p><img title="stalmel" src="http://www.causeur.fr/wp-content/uploads/2012/04/stalmel.jpg" alt="" width="460" height="280" /></p>
</div>
<div id="BlogContent">
<p>Dans les dîners en ville de la capitale, il est du dernier chic de faire son « coming out » mélenchonien, à la suite de quelques pipoles qui annoncent sur Youtube leur ralliement au candidat du Front de gauche, comme le psychanalyste mondain Gérard Miller, ou l’actrice Sophie de la Rochefoucauld, arrière-petite-fille de Pierre de La Rochefoucauld (1853-1930), duc de La Roche-Guyon, petite fille du comte Jacques de La Rochefoucauld (1897-1981) et de Jacqueline de Cassagne de Beaufort (1902-1966), et fille du cinéaste Jean-Dominique de La Rochefoucauld<sup><a href="http://www.causeur.fr/derriere-melenchon-le-printemps-des-staliniens,16914/print#fn-16914-1" rel="external">1</a> <sup>[1]</sup></sup>. La conversation portera alors sur la question de savoir si le tribun issu du trotskisme est en train de plumer la volaille stalinienne, ou si, à l’inverse l’ancien « lambertiste » Mélenchon n’est pas devenu l’idiot utile permettant aux héritiers de Staline retranchés place du Colonel-Fabien de se refaire une santé électorale. On se gardera bien, ici, de se prononcer sur cette question cruciale, qui fera l’an prochain les choux gras des maîtres de conférences à Sciences Po tout contents d’expliquer la généalogie du mélenchonisme à un public d’étudiant(es) en état de pamoison.</p>
<p>Mais il faut bien constater que le printemps des sondages dont bénéficie Jean-Luc Mélenchon a fait éclore des plantes dont les graines, telles celles des végétaux du désert, attendaient depuis deux décennies la pluie salvatrice. Ainsi, on avait cru qu’avec la mort de Jeannette Vermeersch en 2001, l’espèce <em>Stalinistus galliensis</em> s’était définitivement éteinte. Grave erreur ! Il existe encore, dans notre pays, des gens qui considèrent que la chute du mur de Berlin et la dissolution de l’URSS ont été une catastrophe pour l’humanité. Il ne s’agit pas, pour eux, de se raccrocher à « l’hypothèse communiste » d’Alain Badiou, qui fait du passé table rase pour ne penser la révolution qu’au futur, mais d’affirmer que le « socialisme réellement existant », en URSS et dans les pays satellites ne manquait pas de vertus. J’exagère ? Je renvoie les sceptiques à la réécoute, sur le site de France-Culture de l’émission <em>Les retours du dimanche</em> diffusée le 1er avril, et qui n’avait rien d’un canular, hélas ! Cette émission avait convié un estimable professeur de philosophie à la Sorbonne, Jean Salem, qui vient de publier un petit livre, <em>Elections, piège à cons ?</em>, qui veut mettre en garde les possesseurs d’une carte d’électeur contre les illusions provoquées par l’idée stupide d’en faire usage à l’occasion du prochain scrutin présidentiel. Pourtant Salem n’est pas sectaire : il ira voter Mélenchon au premier tour, et s’abstiendra au second. Issu d’une célèbre famille de communistes orthodoxes<sup><a href="http://www.causeur.fr/derriere-melenchon-le-printemps-des-staliniens,16914/print#fn-16914-2" rel="external">2</a> <sup>[2]</sup></sup>, Salem peut sans susciter la moindre contradiction chez ses hôtes de France-Culture développer une analyse historique décoiffante. L’URSS et l’ensemble des forces progressistes à travers le monde ont, selon lui, été victime d’un complot ourdi par les Etats-Unis de Ronald Reagan, qui ont contraint l’URSS à courir au suicide économique en la forçant à une course aux armement démentielle. Ce complot visait, toujours selon Salem, à soumettre les classes laborieuses du monde entier à la domination sans partage du capital. Sans le bouclier d’un « socialisme réel » puissant, il n’est pas d’espoir pour les opprimés d’espérer leur émancipation.</p>
<p>Il est symptomatique qu’un tel discours puisse aujourd’hui trouver des médias pour le relayer, et des oreilles pour y prêter attention. Vingt ans et des poussières après l’effondrement du communisme soviétique, arrive à l’âge politique une génération qui n’a pas eu l’expérience sensible de la guerre froide, de l’existence, moins d’une heure d’avion de la France, de pays où l’on emprisonnait les dissidents, muselait la presse, et procédait à des parodies d’élections où les sortants étaient régulièrement reconduits avec 95% des voix au minimum. Il arrivait même que l’on construise des murs pour empêcher les habitants de ces « démocraties populaires » d’aller voir à côté si l’herbe n’était pas plus verte.</p>
<p>Cette génération, qui pour la première fois est appelée à élire un président de la République française a tout à fait le droit de revisiter cette histoire à la lumière de ses propres aspirations. Les vieux staliniens sortent donc de leurs tanières où ils s’étaient terrés pendant vingt ans, et s’engouffrent dans la brèche que leur ouvrent les Hessel et les Mélenchon. Ce phénomène ne concerne pas que la France. Pour la première fois depuis la chute du mur de Berlin, Margot Honecker, la veuve, exilée au Chili, du dernier satrape stalinien de la défunte RDA a accordé un long entretien à une chaine de télévision allemande. Cette dame, âgée aujourd’hui de 84 ans, saine de corps et d’esprit, s’étonne encore aujourd’hui que certains de ses concitoyens ait eu l’idée saugrenue de tenter, au péril de leur vie, de franchir le « mur de protection antifasciste » édifié par son défunt époux à Berlin « La question que nous nous sommes toujours posée, c’est: “pourquoi ont-ils pris ce risque ?” Ils n’avaient pas besoin de faire cela, pas besoin de franchir le Mur. C’est quand même dur de payer de sa vie une telle stupidité » explique-t-elle candidement. Et d’ajouter que si Honecker n’avait pas été lâchement abandonné par Mikhaïl Gorbatchev, la RDA aurait pu réaliser des grandes choses. Enfin, Margot Honecker, qui fut ministre de l’éducation de RDA de 1963 à 1989, et responsable de l’endoctrinement marxiste-léniniste des enfants dès la maternelle se plaint amèrement du montant « scandaleusement insuffisant » de la pension mensuelle de 1500 € (net d’impôts) que lui accorde le gouvernement de la RFA<sup><a href="http://www.causeur.fr/derriere-melenchon-le-printemps-des-staliniens,16914/print#fn-16914-3" rel="external">3</a> <sup>[3]</sup></sup>. En Allemagne, ces propos ont provoqué un scandale. En France, ils sont passés inaperçus, sauf du Figaro. On aurait bien aimé entendre l’ami Jean-Luc à ce sujet.</p>
<div id="post-footnotes">
<ol>
<li id="fn-16914-1">Je me moque, mais j’ai tort. Sophie de la Rochefoucauld est une militante de longue date de toutes les causes impliquant des « sans » (papiers, logis etc…) <a href="http://www.causeur.fr/derriere-melenchon-le-printemps-des-staliniens,16914/print#fnref-16914-1" rel="external">↩</a> <sup>[4]</sup></li>
<li id="fn-16914-2">Jean Salem est le fils d’Henri Alleg, dirigeant du Parti communiste algérien, arrêté et torturé en 1957 par la police française en raison de son soutien actif au FLN. <a href="http://www.causeur.fr/derriere-melenchon-le-printemps-des-staliniens,16914/print#fnref-16914-2" rel="external">↩</a> <sup>[5]</sup></li>
<li id="fn-16914-3">N’ayant pas été condamné, car son procès a été suspendu en 1992 pour raisons de santé, Erich Honecker a bénéficié jusqu’à sa mort d’une pension versée par les autorités allemandes, comme à tous les anciens fonctionnaires est-allemands, à l’exception des membres de la police politique. Margot Honecker touche aujourd’hui la pension de réversion de son défunt époux. <a href="http://www.causeur.fr/derriere-melenchon-le-printemps-des-staliniens,16914/print#fnref-16914-3" rel="external">↩</a> <sup>[6]</sup></li>
</ol>
</div>
</div>

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		<title>Les prêcheurs de haine</title>
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		<pubDate>Wed, 04 Apr 2012 20:01:07 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[La chronique de Luc Rosenzweig]]></category>

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		<description><![CDATA[Nicolas Sarkozy vient d’annoncer que le cheikh Youssouf al Qardawi, prêcheur vedette de la chaine Al Jazira n’était, je cite, pas le bienvenu dans notre pays. Il devait participer, au début du mois d’avril à la rencontre annuelle des musulmans de France, organisée par l’UOIF, une organisation proche des Frères musulmans. Pourvu d’un passeport diplomatique [...]]]></description>
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<p>Nicolas Sarkozy vient d’annoncer que le cheikh Youssouf al Qardawi, prêcheur vedette de la chaine Al Jazira n’était, je cite, pas le bienvenu dans notre pays. Il devait participer, au début du mois d’avril à la rencontre annuelle des musulmans de France, organisée par l’UOIF, une organisation proche des Frères musulmans. Pourvu d’un passeport diplomatique du Qatar, ce prédicateur dispense son enseignement et ses fatwas sur toute la planète, grâce à la diffusion mondiale qui lui est assurée par Al Jazira.<br />
Son message n’est pas un message de paix, loin de là, si l’on en juge par les propos qu’il tient sur la Shoah. Je cite :<br />
« Tout au long de l’histoire, Allah a imposé aux [Juifs] des personnes qui les puniraient de leur corruption. Le dernier châtiment a été administré par Hitler. Avec tout ce qu’il leur a fait – et bien qu’ils [les Juifs] aient exagéré les faits -, il a réussi à les remettre à leur place. C’était un châtiment divin. Si Allah veut, la prochaine fois, ce sera par la main des musulmans » fin de citation. Sur France Culture, où l’on pratique avec brio l’euphémisme, le contenu des prêches de Youssouf Al Qardawi était qualifié « d’ambivalent ». Ce genre de prêches, et beaucoup d’autres semblables diffusés sans entraves sur les chaines satellitaires arabes, sont compris sans équivoque par des émules français du Jihad mondial, comme Mohamed Merah.<br />
La reprise, sans la moindre distance des éléments de langages de la propagande islamiste par de grands médias français, concernant, par exemple le prétendu meurtre délibéré d’enfants palestiniens par l’armée israélienne contribue également à la radicalisation de quelques jeunes français de confession musulmane. Dans ce contexte, il faut souhaiter que l’interdiction du sol français aux prêcheurs de haine soit le prélude à une vigilance accrue dans ce domaine. Et à une surveillance plus étroite des chaines satellitaires diffusées en France.</p>
<p>&nbsp;</p>
<div></div>
<div><span style="color: #555555; font-family: Helvetica, Arial, sans-serif; line-height: 18px; background-color: #ffffff;"><br />
</span></div>

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		<title>L&#8217;aventure de Jacques-Yves Cousteau, un entretien avec Henri Jacquier (2)</title>
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		<pubDate>Tue, 28 Feb 2012 21:23:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hjacquier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Economies]]></category>
		<category><![CDATA[Frances]]></category>

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		<description><![CDATA[Jean-Yves Cousteau En 1971, le Commandant Cousteau, « le Français le plus connu dans le monde après le Général de Gaulle », redoute une panne de trésorerie due à l’arrêt soudain par le gouvernement français du financement d’un gros contrat pour la construction d’un sous-marin.  Il recherche un administrateur pour l’aider à faire face à la situation. [...]]]></description>
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<div class="mceTemp" style="text-align: center;">
<dl id="attachment_4585" class="wp-caption alignleft" style="width: 151px;">
<dt class="wp-caption-dt"><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/02/Cousteau-2.jpg"><img class="size-thumbnail wp-image-4585" title="Cousteau" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/02/Cousteau-2-141x150.jpg" alt="" width="141" height="150" /></a></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Jean-Yves Cousteau</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">En 1971, le Commandant Cousteau, « le Français le plus connu dans le monde après le Général de Gaulle », redoute une panne de trésorerie due à l’arrêt soudain par le gouvernement français du financement d’un gros contrat pour la construction d’un sous-marin.  Il recherche un administrateur pour l’aider à faire face à la situation.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>MF &#8211; Qu’est-ce qui vous a attiré dans le projet Cousteau ? Dans la personnalité de l’homme ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Henri Jacquier</strong> -Quatre ans après ma sortie de la <em>Harvard</em><em>Business School</em> , j’animais en Haute-Savoie la branche française de <em>Scientific Advances Corporation</em>, elle-même filiale du<em> Battelle Memorial Institute</em>, un organisme sans but lucratif de recherches sous contrat dont le siège mondial est à Columbus, Ohio,avec un établissement à Genève dont je dépendais directement.  Un jour de mai 1971 Jacques Mallard, un de mes camarades de promotion de Harvard, qui travaillait à Paris pour le fameux consultant Mc</p>
<div class="mceTemp" style="text-align: center;">
<dl id="attachment_4563" class="wp-caption alignright" style="width: 210px;">
<dt class="wp-caption-dt"><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/02/Argyronète.jpg"><img class="size-full wp-image-4563" title="Argyronète" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/02/Argyronète.jpg" alt="" width="200" height="289" /></a></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Argyronète</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">Kinsey, m’appelle au téléphone : « Écoute Henri, c’est pas une blague, mais le Commandant Cousteau sort de mon bureau.  En un mot comme en cent il semble qu’il soit dans la m…, le gouvernement vient de l’aviser qu’il avait été décidé d’arrêter le financement  de l’<em>Argyronète</em>, un habitat sous-marin mobile et autonome, dont la construction représente le plus gros de l’activité d’un centre de recherches que Cousteau vient de faire bâtir à  Marseille, escomptant que ce premier engin pouvant desservir les champs de production de pétrole off-shore serait suivi de beaucoup d’autres.  Par ailleurs il n’a aucune mission en vue pour sa <em>Calypso</em>, qui serait de toute façon incapable de reprendre la mer sans de grosses réparations pour lesquelles il n’a pas le premier sou ! Bref c’est la mauvaise passe dont nous n’aurions sans doute pas grand mal à le sortir grâce à nos contacts dans l’industrie.  Mais là où les choses se corsent  c’est que, pour préserver sonindépendance, le Commandant se refuse à une injection de capital extérieur.  Alors là, tu comprends, nous on ne sait plus faire.  C’est pour ça que j’ai pensé à toi, après tout à <em>Battelle</em> tu as dû acquérir une culture du sans but lucratif…Si tu es d’accord je l’appelle pour lui dire que j’ai quelqu’un pour lui.  »</p>
<p style="text-align: justify;">Notre première rencontre eut lieu au Musée Océanographique de Monaco.  Cousteau m’attendait en compagnie de son plus fidèle associé, le Commandant Jean Alinat.  Tous deux parlaient du <em>Jean Charcot</em>, le récent navire amiral de la flotte océanographique française, qui était un peu leur « bébé » car sa conception intégrait tous les enseignements accumulés par <em>la Calypso</em> au cours de ses quinze années de campagnes scientifiques précédentes.</p>
<div class="mceTemp" style="text-align: center;">
<dl id="attachment_4564" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px;">
<dt class="wp-caption-dt"><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/02/Jean-Charcot.jpg"><img class="size-medium wp-image-4564 " title="Jean-Charcot" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/02/Jean-Charcot-300x213.jpg" alt="" width="300" height="213" /></a></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Jean-Charcot</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">Le Commandant m’accueille à bras ouverts comme s’il m’avait toujours connu, coupe court au petit speech de présentation que j’avais préparé, saisit une feuille de papier, la partage d’un trait vertical sensé figurer l’océan atlantique, à gauche les Etats-Unis, la France à droite.  Rapidement des ronds, des ovales et des rectangles reliés de traits pleins ou pointillés composent un tableau où s’inscrivent des sigles que je m’efforce de mémoriser à mesure de leur apparition.  Côté français le CEMA (<em>Centre d’Etudes Marines Avancées</em>), une association reconnue d’utilité publique (1) où sont conçues soucoupes plongeantes et maisons-sous-la-mer et menées des recherches sur l’adaptation du corps humain à la vie en pression.  Une autre association, COF (<em>Campagnes Océanographiques Françaises</em>) a pour objet d’armer <em>La Calypso</em> et les autres moyens des campagnes en mer.  Chercheurs et ingénieurs du CEMA, marins et plongeurs des COF occupent des installations flambant neuves en bord de mer dans le quartier de L’Estaque à la pointe nord du port de Marseille.  A Paris-Neuilly se trouve le siège d’une société anonyme au nom surprenant de <em>Requins</em> <em>Associés</em> (LRA) qui a pour vocation de gérer la postproduction des films.  Sur le port de Monaco, un atelier sans raison sociale façonne les caméras et éclairages de prises de vue sous-marines.  Toujours à Monaco dans la Villa Richard, un hôtel particulier sur le Rocher, mis à la disposition du Commandant en sa qualité de directeur du Musée Océanographique mais où il ne réside pas, sont hébergés les services d’une autre association, EUROCEAN, qui a pour but de faire travailler ensemble de grandes compagnies industrielles désireuses de réfléchir aux applications marines de leurs savoir-faire respectifs.</p>
<p style="text-align: justify;">Le côté américain est le domaine des deux fils du Commandant.   À l’aîné, Jean-Michel, architecte de formation, est confiée</p>
<div class="mceTemp" style="text-align: center;">
<dl id="attachment_4586" class="wp-caption alignright" style="width: 156px;">
<dt class="wp-caption-dt"><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/02/Jean-Michel-Cousteau.jpg"><img class="size-medium wp-image-4586 " title="Jean-Michel-Cousteau" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/02/Jean-Michel-Cousteau-208x300.jpg" alt="" width="146" height="210" /></a></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Jean-Michel Cousteau</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">la responsabilité de <em>Living Sea Corp</em>, une société de scénographie travaillant à une exposition permanente sur le thème de « la mer source de la vie » à bord du <em>Queen Mary</em>, un ancien paquebot de la <em>Cunard Line</em> racheté par la ville de Long Beach pour être transformé en centre de congrès.  Le cadet, Philippe, s’occupe de <em>Thalasssa Inc</em> une société de postproduction télévisuelle destinée à exploiter, notamment dans le domaine éducatif, les films tournés par <em>La Calypso</em> au cours d’une croisière de deux ans autour du monde.  Les deux sociétés sont basées à Beverly Hills, Los Angeles.  Sur la côte Est, un comité d’universitaires et de chercheurs périodiquement consultés par le Commandant est dénommé USLCOR (<em>United States laboratory and Council for Oceanographic Research</em>).</p>
<p style="text-align: justify;">Comme j’allais crier « pouce » le Commandant écrivait en large lettres capitales la mention GROUPE COUSTEAU au travers du haut de la page puis me regardait pour juger de l’effet produit.  J’osais alors m’enquérir des soi-disant difficultés qui avaient motivé ma venue dans ce bureau : « Il faut bien admettre me fut-il répondu que nous n’avons pas que des amis dans les milieux de l’océanographie officielle.  Les bureaucrates parisiens envient notre liberté de manœuvre et veulent rogner nos budgets.  Mais nous mettons en place des contre-feux.  À ce sujet nous planifions une grande réunion de tout le groupe pour le week-end de la Toussaint à Marseille, réunion pour laquelle je compte sur votre présence.  Nous avons de grandes ambitions, mais  c’est vrai qu’il faudra mettre un peu d’ordre dans les finances », conclut-il en recapuchonant soigneusement la batterie de feutres multicolores dont il s’était servi pour dessiner son organigramme.</p>
<div class="mceTemp" style="text-align: center;">
<dl id="attachment_4587" class="wp-caption alignleft" style="width: 163px;">
<dt class="wp-caption-dt"><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/02/Philippe_Cousteau-Fils.jpg"><img class="size-medium wp-image-4587 " title="Philippe_Cousteau Fils" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/02/Philippe_Cousteau-Fils-219x300.jpg" alt="" width="153" height="210" /></a></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Philippe Cousteau</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">Pour le déjeuner sur le toit de la terrasse du Musée, Simone, l’épouse du Commandant, la fameuse « Bergère », nous attendait entourée d’un petit groupe de familiers.  Belle tablée conviviale d’une dizaine de personnes que les habitués saluent au passage tout en esquissant un bref regard de curiosité dans ma direction.  Le café à peine servi  la secrétaire du Commandant lui glisse un mot à l’oreille, celui-ci se lève, exprime le regret de devoir partir précipitamment et me serre la main en me recommandant de contacter à Paris un certain Jacques Mauger qu’il me présente comme l’homme d’affaires en France de son ami Loël Guinness.</p>
<p style="text-align: justify;">-Guinness, la bière ?</p>
<p style="text-align: justify;">- Non, non, un simple cousin mais il est encore plus riche que celui de la bière, dit-il tournant les talons dans un grand éclat de rire.</p>
<p style="text-align: justify;">La tête  bourdonnante je prends le chemin de la gare.  Perplexe du fait que l’éventualité d’un contrat d’embauche n’a même pas été évoquée, mais sans en être encore conscient, je suis tombé sous le charme.</p>
<p style="text-align: justify;">Paris, place de la Madeleine, dans un très confortable bureau lambrissé, meublé en chippendale au cinquième étage d’un immeuble sans aucun signe distinctif, très <em>british</em>, Jacques Mauger m’interroge longuement sur mon parcours et mes attentes.  Un entretien déterminant dont je devine que je ne me suis pas trop mal tiré quand il se termine par une invitation à déjeuner à l’Hôtel Crillon.  Un repas au cours duquel Jacques Mauger me parle du film <em>Le Monde du Silence</em> commandité par son patron, de l’attribution de la Palme d’Or au Festival de Cannes en 1956, de <em>La Calypso</em> mouillée en rade où il recevait les acheteurs des droits de diffusion amenés par une noria de Zodiacs… Les anecdotes se succédaient : le badinage de Daddy, le père du Commandant, à qui les recettes promises montaient à la tête, lui qui avait tenu le compte scrupuleux des entrées et des sorties dans ces temps difficiles où il n’était pas rare que ce soit la Bergère qui assure les fins de mois en mettant ses bijoux au clou ; les salamalecs de Guy Jouas, le facétieux radio du bord, boudiné dans un smoking de location, accueillant à la passerelle des VIP interloqués ; ou encore les manèges des hommes d’affaires tentant de passer les uns devant les autres.</p>
<p style="text-align: justify;">Profitant d’une pause je demande combien le film a rapporté mais n’obtiens qu’une réponse évasive que je prends sur l’instant pour une réserve de bon aloi, après tout je ne fais pas encore partie de la maison, mais dont je comprendrai la véritable raison plus tard.</p>
<p style="text-align: justify;">Le week-end de la Toussaint  1971 à Marseille permit au Commandant Roger Brenot, Directeur du CEMA et des COF, ancien condisciple de Cousteau à l’Ecole Navale et à ce titre seul habilité à le tutoyer, de me présenter aux cadres formant l’ossature du groupe, ainsi qu’à diverses personnalités acquises à la cause du Commandant comme l’ingénieur général du Génie Maritime, Pierre Willm, l’homme du bathyscaphe, détaché par l’Institut Français du Pétrole à la supervision du projet <em>Argyronète</em>, André Mauric, architecte naval et Alexis Sivirine ingénieur électricien bénévole à la compétence desquels <em>Calypso</em> devait sa déjà exceptionnelle longévité et un peu à l’écart des autres un replet petit Monsieur, objet de la déférence unanime, une sorte d’incarnation d’Hercule Poirot, dont j’appris qu’il s’appelait Jean Emery, comptait parmi les héros de la France Libre, avait terminé une brillante carrière militaire comme Contrôleur Général de la Marine Nationale, Grand Officier de la Légion d‘Honneur et qu’il jouait auprès du Commandant le rôle d’éminence grise avec des relations dans tous les milieux.</p>
<p style="text-align: justify;">Deux jours sont consacrés aux comptes-rendus sur l’état d’avancement des projets, aux visites des ateliers et laboratoires, aux regroupements par spécialité pour convenir des orientations et formaliser de nouveaux programmes, aux séances plénières de confrontation et d’arbitrage, tout est remis à plat, la participation est totalement libre.  Pour que les écarts hiérarchiques ne briment pas les imaginations le Commandant a donné le ton dès le départ ; « Entre nous, je tiens à ce que vous considériez tout ordre formel comme une excellente base de discussions », boutade parait-il courante chez les marins de <em>La Royale</em>.  Et de fait les débats sont animés en une langue qui m’apparaît codée, difficile à suivre pour un non-initié.  De nouveaux sigles arrivent en rafale, DGRST ? COMEXO ? CNEXO ? COMEX ? COB ? J’entends parler de pile à combustible, de plongeurs saturés, d’ingénieurs secs et d’ingénieurs humides et même d’un Homo Aquaticus greffé de branchies … Flairant un canular je ne cherche pas à en savoir plus dans l’immédiat, comme disent les anglophones : « <em>Tomorrow is</em> <em>another day</em>.  »</p>
<p style="text-align: justify;">Comme un clin d’œil au banquet rituel des habitants de l’irréductible village gaulois à la fin des albums d’Astérix, le weekend se termine au restaurant Calypso sur la plage des Catalans.  Séduit par la variété des projets, leur complémentarité, la cohérence de leur inspiration et la place faite au rêve, le niveau intellectuel des interlocuteurs, la simplicité de leurs rapports, et surtout par le rayonnement naturel du Commandant, sa qualité d’écoute, son talent simplificateur, sa capacité de synthèse et son souci du détail, sa dextérité à évoluer tel un ludion entre le général et le particulier, je repars à Genève bien décidé à accepter la proposition qui m’est faite de « monter à bord ».  Rendez-vous est pris pour le 2 janvier 1972 au CEMA.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>MF &#8211; Financièrement parlant, quel était l’état des lieux quand vous avez débarqué dans l’équipe ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Henri Jacquier</strong> &#8211; Parmi les factures en souffrance que je trouve en arrivant, les plus importantes concernent les installations récemment achevées, dont il s’avère que le coût a largement dépassé le budget initialement prévu pour lequel un emprunt avait été souscrit auprès d’une banque spécialisée, la Caisse d’Aide à l’Equipement Local, grâce à la garantie de la Ville de Marseille.  Je découvre que les bâtiments sont construits sur une concession précaire du domaine public maritime administrée par le Port Autonome.  Aucune hypothèque n’est donc envisageable.  La banque refuse d’accorder une rallonge sans une extension parallèle de la garantie municipale.  Le directeur des services financiers de la Ville, dont je devine que la main a déjà été forcée précédemment, ne veut pas en entendre parler, au motif qu’une nouvelle délibération du Conseil Municipal serait nécessaire et que le contexte politique ne s’y prête pas, l’humeur étant à la « chasse au gaspi».</p>
<p style="text-align: justify;">Je constate par ailleurs un gros retard dans le règlement des cotisations d’assurances sociales tant auprès du régime général que de celui des marins… Lettres recommandées, mises en demeures, significations d’huissier menacent des foudres républicaines, sur papier pelure rose, vert ou jaune.</p>
<p style="text-align: justify;">Côté recettes exit les revenus procurés par les contrats <em>Argyronète</em>, qui représentaient la moitié des ressources.  Simultanément, mais pas par hasard comme cela devint vite évident, le CNEXO, établissement public ayant la haute sur l’allocation des crédits gouvernementaux en matière océanographique, se faisait tirer l’oreille pour régler d’autres recherches en cours.  De son côté la Caisse Centrale des Banques Populaires, qui avait jusque là abondé le fonds de roulement, faisait savoir qu’elle se refusait à aller plus loin au-delà du découvert déjà consenti… Recettes amputées, dépenses très peu compressibles, dettes criardes : dans les quinze jours qui suivent ma prise de fonction je me demande si je ne suis pas victime d’une « erreur de casting » comme on dit aujourd’hui, car ce n’est pas un directeur financier que requiert la situation mais un administrateur judiciaire !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quelle a été votre contribution sur ce plan ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ma première contribution au redressement fut de rassembler les données chiffrées de toutes les composantes du groupe en France et aux États-Unis.  Jusque-là chacun à Marseille, Monaco, Paris et Los Angeles avait travaillé dans son coin, les comptables respectifs ne se connaissaient pas.  Une telle consolidation entre des organismes sans but lucratif, une société anonyme de droit français et des sociétés de statut commercial de droit californien n’avait bien entendu aucune validité juridique mais pour la première fois se dégageait la notion de surface financière de l’ensemble des organismes relevant de l’autorité du Commandant Cousteau.  Prenant ensuite mon bâton de pèlerin, j’ai entamé le tour des créanciers institutionnels et privés, ne cachant rien de la gravité de la situation ni aux fournisseurs, ni aux banquiers, ni aux administrations concernées.  Loin d’inquiéter davantage, ce langage de vérité a plutôt rassuré.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans un deuxième temps j’avertis : « Si vous poursuivez le recouvrement de vos créances, vous courrez le risque de tout perdre ; nos actifs ultra spécifiques n’ont d’intérêt qu’ opérés par nous ; vous pouvez sans doute les saisir mais il est loin d’être acquis que le Tribunal vous autorise à les vendre ; ne perdez pas de vue que vous avez affaire à des associations sans but lucratif ; en cas de dépôt de bilan vous vous retrouverez probablement devant une juridiction civile beaucoup moins familiarisée avec ce type de procédure que le Tribunal de Commerce.  »  Après avoir averti,  je suscite un espoir : « Vous nous avez fait confiance, vous ne serez pas déçu ; le Commandant a fondé à Monaco une association dénommée EUROCEAN à laquelle de nombreux industriels commencent à adhérer, désireux d’explorer toutes les possibilités d’appliquer leur savoir-faire au milieu sous-marin ; d’importantes retombées sont à prévoir mais elles demandent un peu de patience.</p>
<p style="text-align: justify;">En fait personne ne voulait pousser à la faillite, à tout le moins porter le chapeau en cas de faillite.  Redoutant les aléas et les frais d’un recours en justice les créanciers privés se contentèrent sur le moment de diminuer leur exposition à l’impôt sur les sociétés en provisionnant leurs créances.  Monsieur de Guilhem, à la Ville de Marseille, qui savait que Monsieur Gaston Defferre et le Commandant Cousteau se tenaient en grand estime, n’avait aucune envie que le dossier du CEMA arrive sur le bureau du Maire, tandis qu’au Port Autonome, comme d’usage, on veillait surtout à ne pas faire de vagues.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ainsi que par la négociation laborieuse de moratoires dossier par dossier, le recours discret à l’inépuisable carnet d’adresses de Monsieur Emery, de très prudentes allusions au fait qu’il avait été quelques fois un peu trop facilement fait confiance au Commandant, et grâce au miroitement de perspectives d’avenir, sans oublier quelques reliquats sur des contrats anciens trouvés au fond des tiroirs, il fut possible de gagner du temps, de maintenir la finance au jour le jour en équilibre instable sous la menace de dettes exigibles, provisoirement parquées dans les bilans des créanciers.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais en cette fin de janvier 1972 il n’aurait pas été déraisonnable de parier que le Commandant Cousteau ne pourrait pas refaire surface.</p>
<p style="text-align: justify;">(1)dénommé Office Français de Recherches sous-marines (OFRS) avant le feuilleton de la reconnaissance d’utilité publique.</p>
<p style="text-align: justify;">(2) Les ingénieurs Jean Mollard, AlbanoTrombetta , Yves Bousquet pour les engins sous-marins, Jean-Claude Dumas en congé du Collège de France pour l’adaptation des instruments de mesure aux contraintes maritimes, les commandants Claude Caillart, Alain Thibaudeau, sous-mariniers en congé de la marine nationale, le capitaine au long cours Alain Bougaran de la marine marchande pour les missions en mer, Albert Falco, Christian Bonnici, Raymond Coll, Bernard Delemotte les plus anciens des plongeurs, Armand Davso, l’artisan solitaire des caméras sous-marines, le Professeur Jacques Chouteau responsable scientifique des expériences de plongée profonde en caisson épaulé par le Docteur Michel Jacquin et le physiologiste Jean-Claude Le Péchon, Lise Haas-Coenca pour la post production des films, Philippe Diolé écrivain-journaliste chargé des relations avec les media, et Jean-Michel et Philippe Cousteau pour les sociétés américaines.</p>

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		<title>De l’Afrique aux Antilles : le dialogue de deux sages</title>
		<link>http://mondesfrancophones.com/espaces/afriques/de-l%e2%80%99afrique-aux-antilles-le-dialogue-de-deux-sages/</link>
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		<pubDate>Tue, 06 Dec 2011 21:35:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mherland</dc:creator>
				<category><![CDATA[Afriques]]></category>
		<category><![CDATA[Economies]]></category>
		<category><![CDATA[Frances]]></category>
		<category><![CDATA[Livres]]></category>
		<category><![CDATA[Politiques]]></category>

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		<description><![CDATA[Thierry Michalon et Ebézéner Njoh Mouelle : l’État et les clivages ethniques en Afrique [i] Deux intellectuels de bonne volonté dialoguent de part et d’autre de l’Atlantique : un Camerounais, Ebézéner Njoh Mouelle, universitaire, ancien ministre et un Français, Thierry Michalon, universitaire lui aussi, qui a effectué une partie de sa carrière en Afrique avant de se [...]]]></description>
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<div class="topsy_widget_data topsy_theme_" style="float: right;margin-left: 0.75em; background: url(data:,%7B%20%22url%22%3A%20%22http%253A%252F%252Fmondesfrancophones.com%252Fespaces%252Fafriques%252Fde-l%2525e2%252580%252599afrique-aux-antilles-le-dialogue-de-deux-sages%252F%22%2C%20%22style%22%3A%20%22small%22%2C%20%22title%22%3A%20%22De%20l%E2%80%99Afrique%20aux%20Antilles%20%3A%20le%20dialogue%20de%20deux%20sages%20%23%22%20%7D);"></div>
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<dt><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/Mouelle-Michalon.jpg"><br />
<img class="size-full wp-image-4411 " src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/Mouelle-Michalon.jpg" alt="" width="235" height="363" /></a></dt>
<dd>Thierry Michalon et Ebézéner Njoh Mouelle : l’État et les clivages ethniques en Afrique <a title="" href="/Users/Jess/Downloads/Art%20NM%20-%20TM%20(MF).doc#_edn1">[i]</a></dd>
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<p style="text-align: justify">Deux intellectuels de bonne volonté dialoguent de part et d’autre de l’Atlantique : un Camerounais, Ebézéner Njoh Mouelle, universitaire, ancien ministre et un Français, Thierry Michalon, universitaire lui aussi, qui a effectué une partie de sa carrière en Afrique avant de se retrouver aux Antilles françaises, en Martinique. Tous les deux auteurs d’ouvrages décapants dans lesquels ils ne se privent pas de mettre le doigt là où ça fait mal<a title="" href="/Users/Jess/Downloads/Art%20NM%20-%20TM%20(MF).doc#_edn2">[ii]</a>. Les malheurs des Africains indépendants d’un côté, et le malaise des Antillais toujours dépendants de la France de l’autre, sont connus. Encore faut-il les comprendre et être prêt à proposer des solutions – en acceptant, certes, le risque qu’elles soient contestées. Thierry Michalon et E. Njoh Mouelle ont fait, chacun de leur côté, cet effort de compréhension et ils ont pris ce risque. Ils confrontent leurs points de vue dans <em>l’État et les clivages ethniques en Afrique</em>, un ouvrage bref mais dense et qui déborde d’ailleurs largement le thème indiqué par le titre. <em></em></p>
<p style="text-align: justify">Deux auteurs, donc, deux honnêtes hommes, « pessimistes actifs » qui, sans se cacher l’ampleur des difficultés, conservent l’espoir du monde meilleur dont ils cherchent à définir les contours. Ils sont amis, ce qui ne les empêche pas d’aboutir souvent à des constats de désaccord, par exemple lorsqu’il s’agit de peser la responsabilité de l’Occident dans les malheurs du continent africain. Ces points de divergence entre eux ne sont pas les moins instructifs, et ce aussi bien pour les auteurs – qui sont contraints de s’interroger sur la validité de leurs arguments – que pour nous lecteurs – obligés que nous sommes à réfléchir par nous-mêmes puisqu’aucune « vérité » ne nous est imposée.</p>
<p style="text-align: justify">Th. Michalon est un constitutionnaliste. Un temps partisan d’un « fédéralisme ethnique » pour les États africains, il défend maintenant un modèle de démocratie « consociative » (« un type d’État <em>unitaire</em> fondé sur la représentation – à la proportionnelle – des citoyens selon leurs appartenances communautaires, culturelles, identitaires »), s’étant rendu compte que la fameuse « solidarité » africaine, dont on fait si grand cas, a surtout pour effet de faire peser sur les individus des contraintes (familiales, claniques, etc.) qui s’opposent à l’intérêt général bien plus qu’elles ne le favorisent. D’où l’idée qu’il est préférable de confier l’essentiel des responsabilités en matière politique à l’État central plutôt qu’à l’échelon local, pourvu que soit assurée une représentation équitable de toutes les composantes de la société. L’État central, plus « éloigné » de la population, est davantage capable en effet d’imposer les règles de droit. Il devra s’appuyer pour ce faire sur des corps d’élite de préfets et de magistrats, ses instruments au service d’une « déconcentration solide ».</p>
<p style="text-align: justify">Un tel schéma soulève néanmoins des objections. E. Njoh Mouelle remarque par exemple que les groupes les plus faibles numériquement ne pourraient jamais faire prévaloir leur point de vue (à moins qu’il ne coïncide avec celui de la majorité). Il est vrai que Th. Michalon fait preuve là-dessus de beaucoup d’optimisme puisqu’il soutient que la démocratie s’avère la procédure efficace pour faire émerger les compromis indispensables entre les intérêts particuliers, dès lors que « l’égalité face à la règle » est garantie. Sans doute, mais peut-on lui demander, comment émergeront les corps d’élite chargés de faire respecter les lois dans des pays gangrénés par la corruption et le népotisme ? Même en admettant que l’on puisse former des cadres compétents et intègres à l’étranger, et leur assurer un revenu suffisant pour qu’ils ne soient pas immédiatement tentés de s’enrichir aux dépens de la collectivité, les préfets et magistrats seront soumis à l’autorité de responsables politiques élus, en position de leur imposer des décisions contraires à l’intérêt général. Que l’on songe simplement à ce qui se passe dans un pays comme la France, pourtant « patrie des droits de l’homme », où la justice n’est toujours pas vraiment indépendante après des siècles d’apprentissage de la démocratie ! Comment croire, au vu de cet exemple, qu’un simple changement des institutions suffirait à mettre fin aux problèmes les plus graves que rencontrent les États africains ?</p>
<p style="text-align: justify">Sans doute n’y a-t-il aucune raison de désespérer de l’Afrique sur le long terme. Mais en attendant, il est frappant que les deux auteurs – bien qu’ils divergent sur les causes – se rejoignent sur le constat qui a fait tellement hurler venant du président Sarkozy : « L’Africain n&#8217;est pas encore dans le coup de l&#8217;organisation moderne et industrielle de la production. Il continue de se comporter, par rapport au temps, selon le mode induit par l&#8217;organisation préindustrielle de la production » (E. Njoh Mouelle). « Les sociétés africaines s&#8217;avèrent peu aptes au développement de l&#8217;économie de marché, la culture prévalant en leur sein décourageant l&#8217;investissement, le profit, la réussite personnelle, etc. » (Th. Michalon). En admettant que ce constat soit fondé, est-il malgré tout possible d’accélérer la marche de l’Afrique vers le progrès ?  Faut-il compter, comme le fait E. Njoh Mouelle, sur l’apparition d’un homme providentiel ? Si la proposition peut choquer – et elle ne manque pas de faire réagir Th. Michalon – n’a-t-elle pas néanmoins quelque chose de séduisant ? Car il est vrai que certains pays ont connu un développement particulièrement remarquable sous la houlette d’un dictateur éclairé, Singapour étant peut-être le cas le plus emblématique. On ne peut pas ne pas voir combien ce serait stimulant pour tous les pays de l’Afrique sub-saharienne si l’un d’entre eux au moins donnait l’exemple d’une réussite semblable. Nous n’en sommes malheureusement pas là pour l’instant, puisque les pays jadis les plus exemplaires comme le Sénégal (pour son régime politique) oula Côte-d’Ivoire (pour ses performances économiques) sont entrés en décadence. Les dictateurs ne manquent pas en Afrique, hélas, les lumières leur manquent !</p>
<p style="text-align: justify">Il est impossible, dans le cadre d’une brève recension, de rendre compte de l’ensemble de ce livre, petit par le nombre de pages mais très dense quant aux idées qu’il met en avant. Pour autant, on ne saurait faire l’impasse sur l’avant-dernier chapitre, intitulé « Dans les territoires insulaires français, des blocages semblables à ceux de l’Afrique ? », car lesdits territoires (Corse comprise) sont caractérisés par une forte résistance à la règle et par une faible légitimité de l’État, deux traits qui ne sont pas sans rapport avec ceux que l’on peut observer dans les « démocraties » à l’africaine. Les mêmes maux appellent les mêmes remèdes : il importe que les principaux cadres d’État <em>ne</em> soient <em>pas</em> originaires du territoire qu’ils ont à administrer, dans ces territoires isolés de la République française aussi bien que dans les circonscriptions ou autres districts africains. « Si la démocratie demande à chacun d’exprimer ses <em>désirs</em>, la République lui demande au contraire de les taire, et lui <em>impose </em>le respect des règles », souligne Th. Michalon. Or on impose très difficilement à son voisin ou son cousin une règle qui, bien que d’intérêt général, contredit son intérêt particulier ; d’où l’importance d’avoir des représentants de l’État étrangers au lieu où ils sont appelés à exercer. À bon entendeur, salut !</p>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
<div style="text-align: justify">
<p><a title="" href="/Users/Jess/Downloads/Art%20NM%20-%20TM%20(MF).doc#_ednref1">[i]</a> Thierry Michalon et Ebézéner Njoh Mouelle : <em>l’État et les clivages ethniques en Afrique – Dialogues et propos échangés sur internet</em>, ouvrage édité simultanément par Ifrikiya, collection « Interlignes », BP 6627 Yaoundé, Cameroun, 2011, 135 pages, 5.000 francs CFA et par les Éditions du CERAP, collection « Controverses », Abidjan, 2011, 174 pages, 5.000 francs CFA.</p>
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<p style="text-align: justify"><a title="" href="/Users/Jess/Downloads/Art%20NM%20-%20TM%20(MF).doc#_ednref2">[ii]</a> Voir en particulier, de Th. Michalon, <em>L’Outre-mer français – Évolutions institutionnelles et affirmations identitaires</em>, dont nous avons rendu compte ici-même.</p>
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		<title>Leçon d’écriture (3) : L’Évaporation de l’oncle de Christine Montalbetti .</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Nov 2011 14:46:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mlercoulois</dc:creator>
				<category><![CDATA[Frances]]></category>
		<category><![CDATA[Livres]]></category>
		<category><![CDATA[Périples des Arts]]></category>

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		<description><![CDATA[Il est des auteurs rares qui s’obstinent à sortir des sentiers battus de la littérature, quitte à tracer leur chemin dans une certaine solitude, et il y a, fort heureusement, des éditeurs tout aussi obstinés. Christine Montalbetti – qui enseigne par ailleurs la littérature – a publié dix livres, tous chez P.O.L., entre 2001 et [...]]]></description>
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<p style="text-align: justify;">Il est des auteurs rares qui s’obstinent à sortir des sentiers battus de la littérature, quitte à tracer leur chemin dans une certaine solitude, et il y a, fort heureusement, des éditeurs tout aussi obstinés. Christine Montalbetti – qui enseigne par ailleurs la littérature – a publié dix livres, tous chez P.O.L., entre 2001 et 2011, ce qui fait donc à peu près un par année. Son dernier opus est passé plus ou moins inaperçu dans le brouhaha de la dernière rentrée littéraire. C’est bien dommage pour un livre dans lequel on retrouve tout ce qui fait la beauté et l’originalité de la prose de cette écrivaine, agrémentée ici d’une teinte japonisante.</p>
<p style="text-align: justify;">Ch. Montalbetti a bénéficié d’une bourse « Stendhal » pour séjourner au pays du soleil levant. Les bourses d’écriture peuvent se révéler un piège pour les auteurs si leur imagination s’en trouve entravée. L’auteure de <em>Western</em><a title="" href="file:///C:/Users/jbomba1/Downloads/Le%C3%A7on%20d'%C3%A9criture%20(3).doc#_ftn1">[1]</a> se sort pour sa part sans dommage de l’exercice obligé. Par petites touches, elle invente un Japon intemporel, une épure parfaitement crédible aux yeux du lecteur occidental qui y retrouve l’idée qu’il se fait de ce pays, de ses paysages, de ses mœurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Ch. Montalbetti est une grande styliste. Elle le confirme dans ce nouveau livre qui nous invite à être encore plus attentif à la forme que dans certains autres de ses romans, plus ambitieux<a title="" href="file:///C:/Users/jbomba1/Downloads/Le%C3%A7on%20d'%C3%A9criture%20(3).doc#_ftn2">[2]</a>, puisque « l’argument » se résume ici à deux énigmes : Pourquoi l’oncle s’est-il « évaporé » (comprendre : a-t-il disparu) un beau jour de la maison de son frère ? Et pourquoi son neveu, bien des années plus tard, alors qu’il est désormais marié, se lance-t-il tout seul à sa recherche ? Le récit raconte la quête du neveu avec des <em>flash back</em> qui éclairent le destin de l’oncle. Nous aurons, p. 182, passé le mitan du livre, la réponse à la première question ; le comportement du neveu restera jusqu’au bout inexpliqué.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur cette trame, Ch. Montalbetti brode une tapisserie où chaque fil apporte une nuance supplémentaire ; elle construit minutieusement un récit où le moindre mot compte. Car, contrairement aux romans qu’on peut parcourir à son gré, l’attention éventuellement fluctuante, ceux de Ch. Montalbetti ne laissent aucune liberté de ce genre. Il faut la suivre jusqu’au bout de ses méandres, ses repentirs et ses retours en arrière, ne négliger aucun détail du palimpseste qui s’élabore peu à peu sous nos yeux.</p>
<p style="text-align: justify;">Si l’on devait à tout prix rapprocher Ch. Montalbetti d’un autre écrivain, c’est à coup sûr Claude Simon qui viendrait en premier à l’esprit, pour les méandres, justement (et la force du style). Avec néanmoins des différences de sensibilité, de thématique, de vocabulaire qui font de Ch. Montalbetti une écrivaine aussi originale que talentueuse.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle excelle en particulier à rendre les paysages et les atmosphères. Elle sait peindre comme personne les montagnes, la forêt, les rizières, la mer, l’ombre, le ciel, les nuages et le cycle des saisons, la pluie, le vent, la neige.  Voir par exemple, tirée des premières pages, cette description d’une pluie diluvienne accompagnée d’un vent violent :</p>
<p style="text-align: justify;">« … Quelque chose, dans le vent, dans son souffle, de furieux, d’emporté, qui s’en va vous secouer les arbres, agiter contre le ciel gris leurs branches affolées, tandis qu’au sol les herbes s’entremêlent en des torsions inextricables, et les brindilles, regardez, se mettent à bondir, les copeaux de bois tressautent, et les aiguilles tombées des pins – tout ce qu’il y a de microscopique et de léger et qui se voit comme ça déplacé des centaines de mètres plus loin » (p. 24).</p>
<p style="text-align: justify;">Un extrait choisi à dessein car il rassemble plusieurs caractéristiques du style de Ch. Montalbetti : images fortes (« branches affolées »), tournures familières (« qui s’en va vous secouer les arbres »), prise à parti du lecteur (« regardez »), syntaxe bousculée. En même temps, ce passage qui appartient à un épisode isolé (la tempête) trouvera un écho bien plus tard, presque à la fin du livre, dans un paragraphe où revient, curieusement, le thème de la brindille.</p>
<p style="text-align: justify;">« À la suivre des yeux comme ça, cette brindille qui descend la rivière (une brindille de rien du tout, solitaire et fragile), est-ce qu’on n’est pas tenté de lui conférer des émotions, des pensées maigrelettes à se faire brimbaler dans le courant, car regardez-la qui dégringole, qui se laisse porter, comme si elle avait décidé de s’en remettre aux éléments, passive, confiante, dans le paysage au milieu duquel elle dérive » (p. 278).</p>
<p style="text-align: justify;">Un détail minuscule, la brindille, est regardé ici tout à fait autrement que plus haut : une calme dérive a remplacé l’agitation désordonnée. C’est ainsi, par ces changements constants de point de vue, que se construit, touche après touche, le palimpseste. Encore faut-il ajouter que les descriptions de la nature ne sont jamais simplement « décoratives » : elles ont une fonction psychologique. La brindille qui se laisse aller au fil du courant est contemplée par le neveu, Yasu ; elle symbolise son épouse restée à la maison, Yunko, qui est sur le point de le trahir en suivant, elle aussi, une inclination toute naturelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Au cœur du livre se nichent en effet deux beaux portraits de femmes qui pratiquent l’adultère avec  une certaine allégresse. Les humains sont le plus souvent solitaires dans les livres de Ch. Montalbetti ; il n’est donc pas surprenant que la rencontre physique soit vécue comme une délivrance.</p>
<p style="text-align: justify;">« Tanjiro s’approche de l’arbre sous lequel se tient Yunko, et lui aussi est comme une chose bruissante. Sa silhouette un rameau offert aux vents, et pourquoi  la prend-il dans ses bras, son corps tremble à l’égal des feuilles autour d’eux. Ils glissent ensemble au sol, s’embrassent dans l’odeur de terre humide. Des cheveux de Yunko, échappés de la coiffure, s’intercalent, gênent le baiser, se collent à leurs lèvres. Ils ne prennent pas la peine de les ôter, d’aller chercher avec leurs doigts pour les décoller, non, ils continuent de s’embrasser comme ça, dans le désordre des cheveux et de l’herbe écrasée, et du vent qu’on entend, et du ciel qui tangue, et du mari absent, et de la différence d’âge, et de la vie qu’on arrache à la vie même » (p. 284).</p>
<p style="text-align: justify;">À nouveau, ce paragraphe fait écho en l’inversant à un passage du début qui appartient à la scène des adieux entre Yasu et Yunko, une scène où les corps des époux, soudain, ne savent plus se parler.</p>
<p style="text-align: justify;">« Dans cette ignorance cinglante, dans le bouleversement de cette ignorance, on essaye quand même, on veut faire le tour de la taille de l’autre avec son bras, mais son bras ne s’arrondit plus comme il faut, il est mécanique, rigide et anguleux. Il blesse quand il ramène vers soi. Un bras affolé et inapte, qui fait les choses sans grâce, et c’est tout ce qu’on voit, cet affolement et cette inaptitude, tandis que vous fourrez la tête dans le creux du cou de l’autre pour vous aveugler… »  (p. 37).</p>
<p style="text-align: justify;">Après un prologue qui évoque la présence de l’oncle chez son frère, le livre est divisé en chapitres simplement numérotés de 1 à 20. Le lecteur découvrira que chaque chapitre est organisé autour d’un thème principal : 1. La pluie – 2. Les adieux – 3. L’auberge – 4. L’idée insaisissable – 5. La guirlande des singes – 6. La fuite de l’oncle – 7. L’attente – 8. L’amitié – 9. Adultère ? – 10. Le couple dépareillé – 11. La trahison de l’oncle – 12. Insectes – 13. Le duel – 14. La vie des objets – 15. Séduction – 16. Le récit de la théière – 17. Idylle – 18. Adultères – 19. Déception – 20. Une quête vaine.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces chapitres sont l’occasion d’introduire des personnages secondaires, certains récurrents comme la veille dame au secret impénétrable, d’autres pas comme les voyageurs rencontrés par Yasu au cours de son errance. Ils contiennent encore des anecdotes dont on ne sait pas très bien si elles empruntent ou pas au folklore japonais mais qui, quoi qu’il en soit, font agréablement diversion. Bref, <em>l’Évaporation de l’oncle</em>, au titre si bien trouvé, est à recommander sans hésiter à tous les amoureux de la Littérature (avec une majuscule).</p>
<div><br clear="all" /></p>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
<div style="text-align: justify;">
<p><a title="" href="file:///C:/Users/jbomba1/Downloads/Le%C3%A7on%20d'%C3%A9criture%20(3).doc#_ftnref1">[1]</a> P.O.L., 2005.</p>
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<p style="text-align: justify;"><a title="" href="file:///C:/Users/jbomba1/Downloads/Le%C3%A7on%20d'%C3%A9criture%20(3).doc#_ftnref2">[2]</a> Comme <em>l’Origine de l’homme</em> dont nous avons rendu compte ici même.</p>
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		<title>Théâtre : Octobre aixois.</title>
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		<pubDate>Sun, 20 Nov 2011 01:24:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>slander</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Périples des Arts]]></category>

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		<description><![CDATA[Un Malade imaginaire « moliéresque » On peut traiter le Malade imaginaire de bien des façons. Nous avions vu cette année en Avignon une mise en scène remarquablement dynamique par le Théâtre du Kronope, en forme de comedia del arte, avec masques et costumes d’époque. Le hasard nous a conduits à assister au Théâtre du Jeu de [...]]]></description>
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<p style="text-align: justify;"><strong>Un <em>Malade imaginaire</em> « moliéresque »</strong></p>
<p style="text-align: justify;">On peut traiter le <em>Malade imaginaire</em> de bien des façons. Nous avions vu cette année en Avignon une mise en scène remarquablement dynamique par le Théâtre du Kronope, en forme de <em>comedia del arte</em>, avec masques et costumes d’époque. Le hasard nous a conduits à assister au Théâtre du Jeu de Paume, à Aix-en-Provence, à la même pièce montée dans un esprit complètement différent par une compagnie marseillaise, Didascalies and Co. Exercice passionnant puisqu’il visait à rendre compte de l’ensemble des intentions de Molière dans cette pièce.</p>
<p style="text-align: justify;">Le <em>Malade imaginaire</em> est d’abord une pièce comique : nous ne serions pas, sinon, chez Molière. Mais c’est une comédie dramatique. Lorsque Molière l’écrivit, il était lui-même malade et l’on se souvient peut-être qu’il fut pris d’une sorte de convulsion au moment de prononcer le mot <em>« juro »</em> (« je jure ») dans la dernière scène, celle de la cérémonie farce au cours de laquelle Argan, le malade joué par Molière lui-même, est intronisé médecin. Molière termina la comédie comme il put et mourut dans les heures qui suivirent. Son point de vue sur la médecine n’était donc plus tout à fait celui des pièces précédentes où il avait moqué la fausse science médicale. À Béralde, son frère, qui ne cesse de brocarder les médecins de son temps, Argan-Molière oppose désormais un argument de bon sens : « Il est aisé de parler contre la médecine quand on est en pleine santé » ! Enfin cette pièce poursuivait un objectif politique : il s’agissait pour Molière de rentrer en grâce auprès de Louis XIV après sa brouille avec Lulli qui était, lui, resté le favori du roi. C’est ce dernier point qui explique le prologue grandiloquent à la gloire du monarque. Exemple :</p>
<p style="text-align: justify;">« LOUIS fait à nos temps, par ses faits inouïs,</p>
<p style="text-align: justify;">Croire tous les hauts faits que nous conte l’histoire</p>
<p style="text-align: justify;">Des siècles évanouis.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais nos neveux, dans leur gloire,</p>
<p style="text-align: justify;">N’auront rien qui fasse croire</p>
<p style="text-align: justify;">Tous les beaux faits de LOUIS. »</p>
<p style="text-align: justify;">Molière ne parvint pas à ses fins. La musique qui accompagne les morceaux d’opéra-bouffe fut commandée à Marc Antoine Charpentier au lieu de Lulli et le roi ne vit jamais la pièce qui lui était pourtant primitivement destinée.</p>
<p style="text-align: justify;">Renaud Marie Leblanc a choisi de ne rien sacrifier de ces trois facettes de la pièce de Molière. Ce parti, qui est tout à son honneur, est aussi à l’origine de certaines faiblesses du spectacle, à commencer par sa longueur excessive (presque trois heures d’horloge). Le prologue à la gloire du roi, en particulier, sans aucun lien avec la suite et traité sur un mode qui hésite entre le sérieux et le parodique, n’a d’intérêt que pour qui s’intéresse à l’histoire du théâtre. De même, toute la partie du premier intermède où Polichinelle est interrompu par des violons (ici remplacés par une musique assourdissante) s’étire inutilement. Molière avait voulu que <em>Le Malade</em> fût une « comédie mêlée de musique et de danse ». Or, faute de moyens, peut-on supposer, toutes les parties dansées ont été supprimées par R. M. Leblanc. Du coup les intermèdes musicaux semblent bien pauvres. Une impression qui n’est pas contredite par le second intermède, celui des Égyptiens (« vêtus en mores » (sic) comme indiqué par l’auteur). Faute d’être allé au bout de ses intentions, le metteur en scène laisse le spectateur sur sa faim et l’on se prend à rêver d’un <em>Malade</em> qui serait monté à l’Opéra comique suivant les indications de Molière.</p>
<div id="attachment_4376" class="wp-caption aligncenter" style="width: 450px"><img class="size-full wp-image-4376  " src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/Picture-1.png" alt="" width="440" height="288" /><p class="wp-caption-text">De gauche à droite : R. M. Leblanc, M. Tanguy, A. Lévy, S. Naudou, S. El-Karoui et R. Mitou</p></div>
<p style="text-align: justify;">Les nombreux rôles que comporte la pièce sont distribués entre huit comédiens, d’inégal talent. Fort heureusement Richard Mitou, campe un Argan des plus convaincants, avec ses colères, sa rouerie, son inquiétude devant la maladie et la mort et surtout son immense besoin d’être aimé. Par contre la jeune interprète d’Angélique fait preuve d’un peu trop de fébrilité, cependant qu’Anne Lévy, en Toinette, n’a pas tout à fait la truculence souhaitée pour son personnage. Il faut dire que nous avons assisté à l’une des toutes premières représentations de cette création, ce qui laisse aux comédiens une importante marge de progrès.</p>
<p style="text-align: justify;">La photo permet de se faire une idée du décor et des costumes. La scénographie d’Olivier Thomas se résume pour l’essentiel à deux murs formant un angle droit qui pointe vers le fond du plateau. Les murs et le sol sont rouges. Les comédiens entrent et sortent par quatre portes métalliques (dont deux sont visibles sur la photo), façon ascenseur. Un moment particulièrement réussi est celui où apparaît la petite Louison (à nouveau Anne Lévy), toute de blanc vêtue, à travers une vitre jusqu’ici dissimulée au fond du dispositif.</p>
<div id="attachment_4377" class="wp-caption aligncenter" style="width: 252px"><img class="size-full wp-image-4377 " src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/Picture-2.png" alt="" width="242" height="360" /><p class="wp-caption-text">Louison et Argan</p></div>
<p style="text-align: justify;">Les costumes (signés Patrick Murru et Sandra Ponponio), cherchent un compromis entre la tradition et le modernisme dernier cri : amples robes blanches des docteurs, dominante de rouge chez les femmes (en dehors de Louison dont la robe blanche symbolise l’innocence) avec une coupe particulièrement tendance pour Angélique, tenue de cavalier de fantaisie pour Cléante et débraillé chic pour un Argan en pyjama noir.</p>
<p style="text-align: justify;">Le décor comme les costumes signalent que R. M. Leblanc a construit son <em>Malade</em> dans le souci de rester le plus fidèle possible à Molière, sans vouloir brider pour autant son identité d’homme de théâtre du XXIe siècle. Le résultat est certes perfectible, comme on l’a déjà noté. Il ne manque en tout cas  pas d’intérêt.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un <em>Tartuffe</em> moderniste</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Changement complet de genre avec le <em>Tartuffe</em> monté par Gwenaël Morin, l’animateur du « Théâtre Permanent » (dont le principe est de fonctionner justement « en permanence » avec au moins un événement – répétition, cours spectacle – par jour), en visite avec sa troupe au Bois de l’Aune, théâtre de la périphérie aixoise. Pas de décor, sinon une reproduction en noir et blanc du <em>Radeau de la Méduse</em>, pour réduire la profondeur de la scène. Quasiment pas d’accessoires en dehors de l’inévitable table sous laquelle Orgon devra se dissimuler pour se convaincre enfin de la fourberie de Tartuffe. Pas de costumes, des habits d’aujourd’hui, néanmoins choisis pour correspondre au personnage : Orgon et Tartuffe en manteaux noirs, Orgon portant en outre une chemise et une écharpe qui le classent parmi les gens qui « possèdent du bien » (comme on dit) ; Damis (Ulysse Pujo) en short pour marquer sa qualité de fils de la maison ; Mariane (jouée comme Tartuffe par Julian Eggerickx) affublée d’une perruque ; Mme Pernelle (jouée par Grégoire Monsaingeon qui interprète par ailleurs Orgon) cachée sous un drap gris. Tous les rôles, à l’exception de celui d’Elmire sont donc tenus par des hommes. Renaud Béchet, qui joue Dorine, la servante, est le seul à n’avoir rien dans son accoutrement qui puisse faire croire qu’il interprète un rôle féminin.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui frappe d’abord dans cette mise en scène du Tartuffe (qui escamote le dernier acte et se termine donc sur le triomphe du méchant), c’est son énergie, les comédiens pratiquement toujours en mouvement, la manière qu’ils ont de s’empoigner, ou de sauter sur la table qui devient pour eux une tribune improvisée. Leur phrasé est également remarquable : souvent parodique, sans que – étrangement – cela ôte quoi que ce soit aux vers de Molière. Seule l’unique comédienne (remplaçante à en croire le programme) qui est chargée de porter le rôle d’Elmire paraît aussi peu à l’aise dans sa diction (elle ne parvient pas à porter sa voix) que dans son jeu.</p>
<div id="attachment_4378" class="wp-caption aligncenter" style="width: 366px"><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/Picture-3.jpg"><img class="size-full wp-image-4378" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/Picture-3.jpg" alt="" width="356" height="237" /></a><p class="wp-caption-text">G. Monsaingeon, J. Eggerickx et U. Pujo</p></div>
<p style="text-align: justify;">G. Morin n’hésite pas à forcer le trait : voir par exemple la manière dont Orgon agresse physiquement sa fille pour lui imposer sa volonté (à cet égard, il n’est pas innocent de la part du metteur en scène de faire jouer Mariane et Tartufe par le même comédien, puisqu’ils sont, suivant l’interprétation qui nous est proposée, simultanément la cible des amours pathologiques d’Orgon). Car G. Morin est un homme de notre temps, aussi à l’aise dans la rhétorique du théâtre contemporain (« psychanalyser » les personnages en fait partie) que dans sa syntaxe (avec, par exemple, l’introduction d’un « objet récurrent », une chandelle qui passe de mains en mains et ne cesse de s’éteindre, motivant à chaque fois l’intervention précipitée de Dorine).</p>
<p style="text-align: justify;">Sur le fond, <em>Le Malade imaginaire</em> et <em>Tartuffe</em> abordent le même thème, celui d’un bourgeois un peu bêta, sous la coupe d’un individu sans scrupule. Dans les deux cas, notre bourgeois est décidé à laisser sa fille – et la dot qui va avec – à celui dont il est la victime consentante (plus précisément, dans le cas du <em>Malade</em>, à son neveu, le jeune Diafoirus). Nonobstant cette architecture commune, les deux pièces sont aux antipodes l’une de l’autre. Alors que Molière est usé et malade lorsqu’il écrit <em>Le Malade</em>, en 1673,<em> Tartuffe</em>, qui date de 1664, est le chef d’œuvre d’un Molière au faîte de sa puissance créatrice (si tant est qu’il en soit vraiment l’auteur, puisqu’un doute subsiste toujours à cet égard, comme pour <em>Le Misanthrope</em>, autre chef d’œuvre qui paraîtra peu après !)</p>
<p style="text-align: justify;">Pour juger de cette dissemblance, il suffit de prendre deux situations identiques. Voici comment Orgon rabroue son beau-frère Cléante lorsque ce dernier essaye de le détourner de Tartuffe :</p>
<p style="text-align: justify;">« Oui vous êtes sans doute un docteur qu’on révère ;</p>
<p style="text-align: justify;">Tout le savoir du monde est chez vous retiré ;</p>
<p style="text-align: justify;">Vous êtes le seul sage et le seul éclairé,</p>
<p style="text-align: justify;">Un oracle, un Caton dans le siècle où nous sommes ;</p>
<p style="text-align: justify;">Et près de vous, ce sont des sots que tous les hommes. »</p>
<p style="text-align: justify;">Et voilà comment Argan cherche à clouer le bec à son frère, Béralde, qui veut, quant à lui, l’éloigner des médecins :</p>
<p style="text-align: justify;">« Hoy ! Vous êtes un grand docteur, à ce que je vois, et je voudrais bien qu’il y eût ici quelqu’un de ces Messieurs pour rembarrer vos raisonnements et rabaisser votre caquet. »</p>
<p style="text-align: justify;">Cela commence presque de la même façon, par un alexandrin où se retrouve le mot « docteur » : « Oui vous êtes sans doute un docteur qu’on révère » et « Vous êtes un grand docteur à ce que je vois ». Néanmoins le premier est un vrai alexandrin classique, majestueux, avec la césure à l’hémistiche, tandis que le second est un simple alexandrin de hasard, noyé dans la prose de la réplique, et bien plus plat.</p>
<p style="text-align: justify;">Il n’y a pas d’intermède, pas de musiciens ni de danseurs dans <em>Tartuffe</em>. C’est un drame de l’aveuglement, empreint d’une fureur que les mises en scènes habituelles peinent à montrer mais qui éclate comme autant de coups de tonnerre dans l’interprétation de G. Morin et de sa troupe.</p>
<p style="text-align: center;" align="center">                                                                                                                             +                             +</p>
<p style="text-align: center;" align="center">                                                                                                                                               +</p>
<p style="text-align: justify;">Le lendemain, Le Théâtre Permanent présentait une autre des pièces de son répertoire, l’<em>Antigone</em> de Sophocle. Un texte qui fait tellement partie de l’histoire du théâtre, un texte si souvent revisité qu’on n’est pas surpris que G. Morin ait voulu lui aussi s’y confronter. Il a confié à Julian Eggerickx le rôle d’Antigone et à Renaud Béchet celui d’Ismène. Et pour faire symétrie, sans doute, c’est une comédienne, Virginie Colemyn, qui endosse la tenue de Créon ! Cette inversion des sexes qui fonctionne très bien dans <em>Tartuffe</em> ne peut être rendue responsable de l’ennui que nous avons éprouvé, mais plutôt la mise en scène, très statique, avec des personnages figés qui s’envoient, ou plutôt se crient leur répliques d’une extrémité à l’autre du plateau. Même si cela s’arrange un peu vers la fin, grâce en particulier à une utilisation astucieuse de quelques accessoires judicieusement choisis, on a du mal à croire que cette <em>Antigone</em>, si pesante, ait été montée par le même homme que <em>Tartuffe</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un <em>Sacre du printemps</em> participatif</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Quelques jours après le Théâtre Permanent, le Catalan Roger Bernat était invité dans cette même salle du Bois de L’Aune pour présenter sa version du <em>Sacre du printemps</em> « d’après Pina Bausch ». Ce metteur en scène catalan-espagnol ne manque pas de culot : il en faut pour convier à un « spectacle » des gens pas vraiment prévenus qu’ils en seront les seuls acteurs. Le texte promotionnel n’était pas vraiment explicite à cet égard : « Dans cette adaptation très décalée d’un ballet devenu mythique, chacun est invité à devenir danseur. Qualités requises : une paire de pieds, de bonnes oreilles et une belle capacité de jeu ». On sentait bien, à lire le programme qu’il faudrait participer mais l’on n’était pas obligé de deviner qu’il n’y aurait aucun professionnel sur la scène, que tout reposerait sur les spectateurs. Enfin, pas vraiment tout, puisque les acteurs improvisés sont guidés par des consignes très précises d’un bout à l’autre de cette chose pas vraiment identifiée qu’on hésite à appeler un ballet. Des acteurs qui n’en sont pas, pas de dialogues mais une voix off qui raconte sur un fond de musique, cela peut tout aussi bien s’appeler du théâtre expérimental.</p>
<p style="text-align: justify;">Chacun reçoit à l’entrée un casque sans fil. Il entend ainsi non seulement la musique de Stravinsky mais encore, se superposant à elle, une voix qui, tout au long du spectacle, lui indiquera ce qu’il doit faire. Si tout le monde recevait les mêmes consignes, ce serait tristement ennuyeux. Mais, d’une part, les spectateurs sont divisés en deux groupes, ce qui rompt la monotonie en permettant des mouvements conjugués (et ce qui permet accessoirement de se reposer pendant que son groupe n’est pas sollicité) et, d’autre part, de temps à autre, la voix commande à un individu de se détacher, sans préciser lequel, bien sûr, afin d’effectuer un « solo ». Or tout cela fonctionne à peu près correctement : les groupes respectent plus ou moins les consignes et il y a toujours des personnes suffisamment extraverties pour se lancer dans les solos.</p>
<p style="text-align: justify;">Le résultat est très ludique ; on ne s’ennuie jamais, ce qui est déjà un très bon point. Evidemment, il est difficile de parler de danse. S’il y avait dans la salle (qui est au départ un gymnase que l’on a laissé pour la circonstance totalement dégagé – alors que des gradins avaient été montés pour le <em>Tartuffe</em>) des personnes un peu entrainées aux figures de la danse moderne ou classique, elles ne se distinguaient pas vraiment, le soir où nous avons assisté-participé à cette étrange expérience. Mais la musique était belle, la voix qui transmettait les consignes n’était pas désagréable et tout le monde avait l’air content d’être là et de s’agiter un peu. Ceci dit, on comprend pourquoi on est prévenu à l’entrée que les photos et les films sont interdits. Une tentative de ce genre ne peut avoir de chance de plaire que sur l’instant et pour ceux qui en font partie.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Seul en scène</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Un comédien allemand qui s’emploie à faire connaître à des Provençaux un auteur irlandais traduit en français : pourrait-on trouver image plus positive de l’Europe d’aujourd’hui ? Même s’il est bien oublié aujourd’hui en dehors de son pays, William Butler Yeats (1865-1939), ne fut pas seulement une figure importante des lettres irlandaises en raison de ses positions ouvertement nationalistes. En lui décernant le prix de littérature (1923), le jury du Nobel a reconnu dans son œuvre de poète, dramaturge et fondateur du <em>« Celtic revival »</em>, « une poésie toujours inspirée, dont la forme hautement artistique exprime l&#8217;esprit d&#8217;une nation entière ».</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Hanrahan le Rouge</em> se présente comme un conte à épisodes. Il met en scène un instituteur de la campagne irlandaise, qu’une destinée tragique contraint à devenir un barde vagabond. C’est que, confronté à la « reine de la montagne », une femme (une fée ?) à la mystérieuse beauté, il s’est montré trop pusillanime pour la conquérir ! Marqué à vie par cet échec, il erre de village en village, offrant aux paysans ses chansons contre un peu de pain. Le texte, entrecoupé de chansons, raconte les malheurs de Hanrahan. Michael Zugowski a retenu un certain nombre d’épisodes qu’il raconte donc en français ; quant aux chansons, qui sont versifiées, faute de disposer d’une traduction qui rende leur force poétique, il les interprète dans leur version originale irlandaise, en s’accompagnant lui-même à la guitare. C’est sans doute là, pour le spectateur français, le point faible de ce spectacle, car même si la musique est belle, bien chantée et bien accompagnée, il est incontestablement frustrant d’être privé du sens de ces poèmes.</p>
<div id="attachment_4379" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/Picture-4.jpg"><img class="size-full wp-image-4379" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/Picture-4.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">Michael Zugowski</p></div>
<p style="text-align: justify;">Pour le reste, on ne peut qu’admirer la manière dont Michael Zugowski fait vivre le conte sur la scène. Élève à Paris d’Étienne Decroux (qui fut le professeur du mime Marceau), il excelle dans les évocations purement gestuelles (comme sur la photo, où il mime la course). Mais sa diction est également sans défaut et sa pointe d’accent germanique, loin de gêner, ajoute au contraire une touche de réalisme à un récit qui se déroule dans une lointaine contrée étrangère.</p>
<p style="text-align: justify;">Michael Zugowski produit plusieurs spectacles par an, certains en solo, d’autres pas, dans le petit théâtre Au Douze, le lieu d’enseignement et de création qu’il a ouvert à Aix-en-Provence en 2007.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Théâtre universitaire</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le théâtre Antoine Vitez est installé dans l’un des bâtiments de l’Université de Provence (qui regroupe à Aix toutes les sciences humaines). On y donne principalement des spectacles amateurs. <em>Génération(s)</em>, d’après des textes de Ronan Chéneau, était une reprise de l’année précédente, ce qui a certainement contribué à l’aisance démontrée par les treize comédiens, pour la plupart des étudiants aixois, présents sur la scène. Pas d’hésitation, pas de temps mort dans une représentation… qui semble pourtant s’étirer abusivement.</p>
<div id="attachment_4380" class="wp-caption aligncenter" style="width: 458px"><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/Picture-5.jpg"><img class="size-full wp-image-4380" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/Picture-5.jpg" alt="" width="448" height="297" /></a><p class="wp-caption-text">Génération(s)</p></div>
<p style="text-align: justify;">La pièce, néanmoins, commence très fort : les treize comédiens sont alignés sur le devant de la scène, immobiles, et on les entend s’exprimer à tour de rôle en voix off. C’est une litanie dont chaque phrase commence par « je suis de la génération qui… » et se poursuit par l’un des nombreux lieux communs censés caractériser la jeunesse d’aujourd’hui, parfois contradictoires comme la consommation insatiable et la hantise du chômage. Ce prologue est enlevé, souvent drôle (par exemple : « je suis de la génération qui a été mal orientée par les conseillers d’orientation » !), ce qui laisse bien augurer de la suite. Celle-ci, hélas, est loin de tenir ces promesses. Car les comédiens qui monologuent les uns après les autres (les dialogues étant quasi inexistants) ont beau connaître leur texte et faire preuve de l’aisance qu’on a dite, ils ne parviennent que trop rarement à nous captiver. La mise en scène est à incriminer en premier, qui ne se hasarde pratiquement jamais à faire « jouer » les comédiens : ceux-ci se contentent la plupart du temps de se planter sur le devant de la scène lorsque leur tour est venu de réciter leur monologue. Seule une comédienne se détache du lot, qui occupe tout l’espace et joue sans complexe de son corps. De quoi nous faire encore plus regretter que les autres soient cantonnés dans un jeu aussi plat. Cette comédienne a par ailleurs la chance d’avoir le texte le plus drôle (où revient sans arrêt comme un refrain : « je suis métaphysique »), ce qui n’est pas le cas de la plupart des autres monologues, encombrés de trop de lieux communs (dont nous avions épuisé les charmes dans le prologue).</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Les Citrouilles</em> d’Alain Badiou étaient également au programme du théâtre Antoine Vitez en ce mois d’octobre. Tout philosophe et gauchiste qu’il est, A. Badiou se révèle un auteur de théâtre ni pesant ni sectaire. La pièce est d’autant plus intéressante qu’elle est de bout en bout une réflexion sur le théâtre, sur ses acteurs, sur le message qu’il véhicule et sur le public, si homogène socialement, qu’il parvient à drainer. Tout cela traité en farce, avec ce que cela implique de vulgarité voulue.  La première partie, la plus réussie, se déroule sur l’avant-scène entre trois personnages, la ministre de la culture, un certain Ahmed, immigré à la vaste culture théâtrale, et sa doublure, laquelle, à défaut de remplacer cet Ahmed, jamais malade, est devenue sa monture. Il est question de se rendre aux enfers afin de rencontrer Claudel et Brecht, histoire de faire mieux connaître à la ministre le secteur dont elle est chargée.</p>
<div id="attachment_4381" class="wp-caption aligncenter" style="width: 458px"><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/Picture-6.jpg"><img class="size-full wp-image-4381" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/Picture-6.jpg" alt="" width="448" height="299" /></a><p class="wp-caption-text">Les Citrouilles</p></div>
<p style="text-align: justify;">Cette première partie, sans temps mort, n’est pas que drôle. Badiou y décrit par exemple le théâtre comme cinq arbres alignés (*) : les « poèmes » (les textes), le public, les « artistes » du théâtre (comédiens ou autres), les financiers et enfin – <em>last but not least</em> serions-nous tentés d’ajouter – les critiques (qui font tomber leurs « feuilles » sur les spectacles). Quelqu’un, nous explique Badiou, qui serait placé dans le même alignement que les cinq arbres ne voit normalement que le premier. Ce n’est que si celui-ci n’est pas assez bien garni qu’il apercevra les suivants. Or, comme on l’a vu, ce premier arbre est celui des textes (ou des auteurs) : Badiou affirme ainsi que le succès d’une pièce repose avant tout sur le texte, une opinion que nous avons eu également, quoique plus modestement, l’occasion de défendre, ici ou ailleurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Prolongeant la métaphore, on réfléchit que les finances ne sont, pour Badiou, que la dernière roue du carrosse (air connu : « l’intendance suivra !»), tandis que les critiques seraient tout au plus pour lui une roue de secours, capable cependant de sauver un spectacle <em>a priori </em>promis à l’échec (pauvres de nous !)</p>
<p style="text-align: justify;">Comme pour <em>Génération(s)</em>, ces <em>Citrouilles</em> tiennent mal la longueur (or la représentation dure plus de deux heures). La tension baisse, en effet, dès que le trio du début arrive aux enfers et rencontre un certain nombre d’individus qui ont fait l’histoire du théâtre, chacun à sa place, humble ou glorieuse. L’histoire se disperse, les comédiens aussi (ils sont neuf désormais, deux garçons et sept filles) ; le rythme du jeu ralentit en même temps que l’intérêt du spectateur. Comme pour <em>Génération(s)</em> encore, les interprètes sont des amateurs, des étudiants et cela se sent. Mais, contrairement à <em>Génération(s)</em>, le texte d’A. Badiou pourrait faire un bon spectacle, à condition que la mise en scène soit plus exigeante, les comédiens plus aguerris, et au prix de quelques coupures.</p>
<p>(*) À comparer avec les six éléments de la tragédie énumérés dans la <em>Poétique</em> d’Aristote, à savoir « l’histoire, les caractères, l’expression verbale, la pensée, la mise en scène et le chant ». Une liste que le Stagirite décomposait en trois catégories : les « moyens » de l’imitation (expression verbale et chant), la manière (mise en scène) et enfin les objets (histoire, caractères et pensée).</p>
<p style="text-align: justify;">Aix-en-Provence, octobre 2011.</p>

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		<title>La faute à Mallarmé : l&#8217;aventure de la théorie littéraire</title>
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		<pubDate>Thu, 17 Nov 2011 16:13:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>vkaufmann</dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#160; &#160; &#160;  « Le déclin de la littérature est à l’ordre du jour.  Elle en a l’habitude.  Aux nombreux responsables incriminés au cours des dernières années s’est ajoutée la réflexion théorique sur la littérature, en vogue des années 1960 aux années 1980, ainsi que les œuvres auxquelles celles-ci s’est intéressée.  On ne lit plus ? Il [...]]]></description>
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<p><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/frances/la-faute-a-mallarme/attachment/la-faute-a-mallarme-l-aventure-de-la-theorie-litteraire-par-vincent-kaufmann/" rel="attachment wp-att-4364"><img class="size-full wp-image-4364 alignleft" title="La-faute-a-Mallarme-l-aventure-de-la-theorie-litteraire-par-Vincent-KAUFMANN" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/La-faute-a-Mallarme-l-aventure-de-la-theorie-litteraire-par-Vincent-KAUFMANN.jpg" alt="" width="338" height="495" /></a></p>
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<p style="text-align: justify;"> « Le déclin de la littérature est à l’ordre du jour.  Elle en a l’habitude.  Aux nombreux responsables incriminés au cours des dernières années s’est ajoutée la réflexion théorique sur la littérature, en vogue des années 1960 aux années 1980, ainsi que les œuvres auxquelles celles-ci s’est intéressée.  On ne lit plus ? Il n’y a plus de grandes œuvres ?  ce serait la faute à Mallarmé ou, du moins, au structuralisme. »</p>
<p style="text-align: justify;">Cliquez <a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/Introduction.pdf">ici</a> pour lire la suite.</p>
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		<title>L’AVENTURE DE JACQUES-YVES COUSTEAU, un entretien avec Henri Jacquier (Première partie)</title>
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		<pubDate>Mon, 14 Nov 2011 14:48:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hjacquier</dc:creator>
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		<description><![CDATA[MF – Jacques-Yves Cousteau et son œuvre semble être tombés dans le silence et l’oubli. Pourquoi ? Sacré « Captain Planet » devant un parterre de chefs d’Etats à la Conférence des Nations-Unies sur l’Environnement et le Développement qui s’est tenue à  Rio de Janeiro en 1992, le Commandant Jacques-Yves Cousteau fut en son temps une célébrité mondiale. [...]]]></description>
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<p style="text-align: justify;"><strong>MF – Jacques-Yves Cousteau et son œuvre semble être tombés dans le silence et l’oubli. Pourquoi ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Sacré « <em>Captain Planet</em> » devant un parterre de chefs d’Etats à la Conférence des Nations-Unies sur l’Environnement et le Développement qui s’est tenue à  Rio de Janeiro en 1992, le Commandant Jacques-Yves Cousteau fut en son temps une célébrité mondiale. Officier de marine, océanographe, explorateur, photographe, cinéaste, écrivain, inventeur et impresario des sciences, il excella en tous ces domaines  et accéda aux plus hautes distinctions. C’est au  travers du masque de son scaphandre autonome que l’humanité ébahie a découvert la fabuleuse diversité du monde sous-marin. Des centaines de millions de téléspectateurs ont été définitivement marqués par le souvenir de cet homme au visage émacié coiffé d’un bonnet  rouge les invitant autour du monde à bord de sa  fameuse <em>Calypso</em>.</p>
<div id="attachment_4356" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/frances/l%e2%80%99aventure-de-jacques-yves-cousteau-un-entretien-avec-henri-jacquier-premiere-partie/attachment/calypso4/" rel="attachment wp-att-4356"><img class="size-medium wp-image-4356 " title="Calypso" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/calypso4-300x248.jpg" alt="" width="300" height="248" /></a><p class="wp-caption-text">Calypso</p></div>
<p style="text-align: justify;">Son nom n’évoque pourtant plus grand-chose aujourd’hui pour les jeunes générations. La dépouille de cet infatigable voyageur repose quasiment anonyme dans le cimetière de Saint André de Cubzac, sa commune de naissance, son cher navire démantelé au fond d’un hangar attend un sauvetage de plus en plus improbable, toute référence à sa mémoire semble occultée par les écologistes dans les medias … Pas même quinze ans après sa mort des suites d’une méningite le 25 juin 1997 le message du Commandant Cousteau serait-il tombé aux oubliettes ?</p>
<p style="text-align: justify;">Les initiés savent que cette surprenante disgrâce actuelle est en fait due pour l’essentiel à une succession familiale disputée entre une seconde épouse qui n’aurait pas détonné parmi les « <em>Glorieuses </em>» mises en scène par André Roussin et les descendants du premier lit qui ne peuvent se résigner à ce que leur père et grand-père leur soit comme « confisqué ».  D’où un contexte conflictuel à propos de l’usage du nom et de droit à l’image sur lequel des deux côtés de l’Atlantique plane le vol noir de robes d’avocats. Plutôt dissuasif comme climat pour l’instant….</p>
<p style="text-align: justify;">Loin de toute arrière pensée commerciale depuis la mise au point du <em>scaphandre autonome</em> en 1942 jusqu’à la proclamation d’un <em>Droit des générations</em> <em>futures à disposer d’une terre indemne et non contaminée</em> dans les années quatre-vingts l’œuvre de Cousteau a toujours été inspirée par une vision anticipatrice. Elle comporte tellement de facettes qu’elle a pu longtemps sembler disparate mais sa cohérence profonde finira  par être comprise, reconnue et restituée dans sa portée intemporelle. Le plus tôt sera le mieux et il se trouve que j’ai le sentiment de pouvoir contribuer à rapprocher cette échéance.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>MF &#8211; Comment avez-vous fait connaissance avec le Commandant ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Lorsque je l’ai  rencontré en 1971, le Commandant cherchait un administrateur pour l’aider à se sortir d’une grave crise financière due à l’arrêt soudain du financement des <em>maisons sous la  mer</em> par le gouvernement français. J’étais moi-même professionnellement à une croisée de chemins. Mon bagage composite d’ingénieur géologue, maîtrise de droit et d’ancien élève de la Harvard Business School lui a plu par son originalité. Sans doute aussi  éprouvait-il une sympathie instinctive pour un jeune homme qui  n’ayant pas choisi de faire carrière dans les mines ou le pétrole était sorti des sentiers battus, tout comme lui n’avait pas emprunté la voie royale qui s’offrait dans la marine nationale. Bien dans sa manière il m’a serré la main, « Bienvenue à bord, j’ai besoin de vous, Henri » !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>MF – Vous avez donc une connaissance intime et une vision personnelle de Jacques-Yves Cousteau.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">De nombreuses  biographies ont relaté l’extraordinaire parcours  du Commandant tel que ce grand manipulateur n’avait de lui-même jamais cessé de le programmer.  De fidèles anciens ont publié des souvenirs d’expéditions. Des jaloux ont tenté de fendre le piédestal. Globalement son œuvre est donc bien documentée mais de façon cloisonnée. Cependant ni les hagiographes, ni  les  contempteurs n’ont eu comme moi accès, de l’intérieur et sur une si longue période,  à l’incontournable commun dénominateur de toute entreprise qu’est la recherche du financement.  Ce souci permanent fut aussi en l’espèce moteur de créativité.  Un fil de chaîne présent du début à la fin, un fil rouge comme la couleur du déficit, déficit congénital faute de capital au départ, et ombre toujours menaçante par la suite, car ce furent le plus souvent le désir d’aller de l’avant et non  le budget  qui ont présidé au lancement des activités. Parce que ce versant de l’aventure Cousteau n’a jamais été raconté il manque dans le portrait que la postérité mérite.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un devoir de mémoire</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est donc  un devoir de mémoire qui me pousse à écrire ces lignes un peu comme si l’inventeur du <em>Monde du Silence</em> avait encore des choses transmettre par mon intermédiaire.</p>

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