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	<title>MondesFrancophones.com &#187; Frances</title>
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		<title>De l’Afrique aux Antilles : le dialogue de deux sages</title>
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		<pubDate>Tue, 06 Dec 2011 21:35:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mherland</dc:creator>
				<category><![CDATA[Afriques]]></category>
		<category><![CDATA[Economies]]></category>
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		<description><![CDATA[Thierry Michalon et Ebézéner Njoh Mouelle : l’État et les clivages ethniques en Afrique [i] Deux intellectuels de bonne volonté dialoguent de part et d’autre de l’Atlantique : un Camerounais, Ebézéner Njoh Mouelle, universitaire, ancien ministre et un Français, Thierry Michalon, universitaire lui aussi, qui a effectué une partie de sa carrière en Afrique avant de se [...]]]></description>
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<div class="mceTemp" style="text-align: left">
<dl>
<dt><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/Mouelle-Michalon.jpg"><br />
<img class="size-full wp-image-4411 " src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/Mouelle-Michalon.jpg" alt="" width="235" height="363" /></a></dt>
<dd>Thierry Michalon et Ebézéner Njoh Mouelle : l’État et les clivages ethniques en Afrique <a title="" href="/Users/Jess/Downloads/Art%20NM%20-%20TM%20(MF).doc#_edn1">[i]</a></dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify">Deux intellectuels de bonne volonté dialoguent de part et d’autre de l’Atlantique : un Camerounais, Ebézéner Njoh Mouelle, universitaire, ancien ministre et un Français, Thierry Michalon, universitaire lui aussi, qui a effectué une partie de sa carrière en Afrique avant de se retrouver aux Antilles françaises, en Martinique. Tous les deux auteurs d’ouvrages décapants dans lesquels ils ne se privent pas de mettre le doigt là où ça fait mal<a title="" href="/Users/Jess/Downloads/Art%20NM%20-%20TM%20(MF).doc#_edn2">[ii]</a>. Les malheurs des Africains indépendants d’un côté, et le malaise des Antillais toujours dépendants de la France de l’autre, sont connus. Encore faut-il les comprendre et être prêt à proposer des solutions – en acceptant, certes, le risque qu’elles soient contestées. Thierry Michalon et E. Njoh Mouelle ont fait, chacun de leur côté, cet effort de compréhension et ils ont pris ce risque. Ils confrontent leurs points de vue dans <em>l’État et les clivages ethniques en Afrique</em>, un ouvrage bref mais dense et qui déborde d’ailleurs largement le thème indiqué par le titre. <em></em></p>
<p style="text-align: justify">Deux auteurs, donc, deux honnêtes hommes, « pessimistes actifs » qui, sans se cacher l’ampleur des difficultés, conservent l’espoir du monde meilleur dont ils cherchent à définir les contours. Ils sont amis, ce qui ne les empêche pas d’aboutir souvent à des constats de désaccord, par exemple lorsqu’il s’agit de peser la responsabilité de l’Occident dans les malheurs du continent africain. Ces points de divergence entre eux ne sont pas les moins instructifs, et ce aussi bien pour les auteurs – qui sont contraints de s’interroger sur la validité de leurs arguments – que pour nous lecteurs – obligés que nous sommes à réfléchir par nous-mêmes puisqu’aucune « vérité » ne nous est imposée.</p>
<p style="text-align: justify">Th. Michalon est un constitutionnaliste. Un temps partisan d’un « fédéralisme ethnique » pour les États africains, il défend maintenant un modèle de démocratie « consociative » (« un type d’État <em>unitaire</em> fondé sur la représentation – à la proportionnelle – des citoyens selon leurs appartenances communautaires, culturelles, identitaires »), s’étant rendu compte que la fameuse « solidarité » africaine, dont on fait si grand cas, a surtout pour effet de faire peser sur les individus des contraintes (familiales, claniques, etc.) qui s’opposent à l’intérêt général bien plus qu’elles ne le favorisent. D’où l’idée qu’il est préférable de confier l’essentiel des responsabilités en matière politique à l’État central plutôt qu’à l’échelon local, pourvu que soit assurée une représentation équitable de toutes les composantes de la société. L’État central, plus « éloigné » de la population, est davantage capable en effet d’imposer les règles de droit. Il devra s’appuyer pour ce faire sur des corps d’élite de préfets et de magistrats, ses instruments au service d’une « déconcentration solide ».</p>
<p style="text-align: justify">Un tel schéma soulève néanmoins des objections. E. Njoh Mouelle remarque par exemple que les groupes les plus faibles numériquement ne pourraient jamais faire prévaloir leur point de vue (à moins qu’il ne coïncide avec celui de la majorité). Il est vrai que Th. Michalon fait preuve là-dessus de beaucoup d’optimisme puisqu’il soutient que la démocratie s’avère la procédure efficace pour faire émerger les compromis indispensables entre les intérêts particuliers, dès lors que « l’égalité face à la règle » est garantie. Sans doute, mais peut-on lui demander, comment émergeront les corps d’élite chargés de faire respecter les lois dans des pays gangrénés par la corruption et le népotisme ? Même en admettant que l’on puisse former des cadres compétents et intègres à l’étranger, et leur assurer un revenu suffisant pour qu’ils ne soient pas immédiatement tentés de s’enrichir aux dépens de la collectivité, les préfets et magistrats seront soumis à l’autorité de responsables politiques élus, en position de leur imposer des décisions contraires à l’intérêt général. Que l’on songe simplement à ce qui se passe dans un pays comme la France, pourtant « patrie des droits de l’homme », où la justice n’est toujours pas vraiment indépendante après des siècles d’apprentissage de la démocratie ! Comment croire, au vu de cet exemple, qu’un simple changement des institutions suffirait à mettre fin aux problèmes les plus graves que rencontrent les États africains ?</p>
<p style="text-align: justify">Sans doute n’y a-t-il aucune raison de désespérer de l’Afrique sur le long terme. Mais en attendant, il est frappant que les deux auteurs – bien qu’ils divergent sur les causes – se rejoignent sur le constat qui a fait tellement hurler venant du président Sarkozy : « L’Africain n&#8217;est pas encore dans le coup de l&#8217;organisation moderne et industrielle de la production. Il continue de se comporter, par rapport au temps, selon le mode induit par l&#8217;organisation préindustrielle de la production » (E. Njoh Mouelle). « Les sociétés africaines s&#8217;avèrent peu aptes au développement de l&#8217;économie de marché, la culture prévalant en leur sein décourageant l&#8217;investissement, le profit, la réussite personnelle, etc. » (Th. Michalon). En admettant que ce constat soit fondé, est-il malgré tout possible d’accélérer la marche de l’Afrique vers le progrès ?  Faut-il compter, comme le fait E. Njoh Mouelle, sur l’apparition d’un homme providentiel ? Si la proposition peut choquer – et elle ne manque pas de faire réagir Th. Michalon – n’a-t-elle pas néanmoins quelque chose de séduisant ? Car il est vrai que certains pays ont connu un développement particulièrement remarquable sous la houlette d’un dictateur éclairé, Singapour étant peut-être le cas le plus emblématique. On ne peut pas ne pas voir combien ce serait stimulant pour tous les pays de l’Afrique sub-saharienne si l’un d’entre eux au moins donnait l’exemple d’une réussite semblable. Nous n’en sommes malheureusement pas là pour l’instant, puisque les pays jadis les plus exemplaires comme le Sénégal (pour son régime politique) oula Côte-d’Ivoire (pour ses performances économiques) sont entrés en décadence. Les dictateurs ne manquent pas en Afrique, hélas, les lumières leur manquent !</p>
<p style="text-align: justify">Il est impossible, dans le cadre d’une brève recension, de rendre compte de l’ensemble de ce livre, petit par le nombre de pages mais très dense quant aux idées qu’il met en avant. Pour autant, on ne saurait faire l’impasse sur l’avant-dernier chapitre, intitulé « Dans les territoires insulaires français, des blocages semblables à ceux de l’Afrique ? », car lesdits territoires (Corse comprise) sont caractérisés par une forte résistance à la règle et par une faible légitimité de l’État, deux traits qui ne sont pas sans rapport avec ceux que l’on peut observer dans les « démocraties » à l’africaine. Les mêmes maux appellent les mêmes remèdes : il importe que les principaux cadres d’État <em>ne</em> soient <em>pas</em> originaires du territoire qu’ils ont à administrer, dans ces territoires isolés de la République française aussi bien que dans les circonscriptions ou autres districts africains. « Si la démocratie demande à chacun d’exprimer ses <em>désirs</em>, la République lui demande au contraire de les taire, et lui <em>impose </em>le respect des règles », souligne Th. Michalon. Or on impose très difficilement à son voisin ou son cousin une règle qui, bien que d’intérêt général, contredit son intérêt particulier ; d’où l’importance d’avoir des représentants de l’État étrangers au lieu où ils sont appelés à exercer. À bon entendeur, salut !</p>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
<div style="text-align: justify">
<p><a title="" href="/Users/Jess/Downloads/Art%20NM%20-%20TM%20(MF).doc#_ednref1">[i]</a> Thierry Michalon et Ebézéner Njoh Mouelle : <em>l’État et les clivages ethniques en Afrique – Dialogues et propos échangés sur internet</em>, ouvrage édité simultanément par Ifrikiya, collection « Interlignes », BP 6627 Yaoundé, Cameroun, 2011, 135 pages, 5.000 francs CFA et par les Éditions du CERAP, collection « Controverses », Abidjan, 2011, 174 pages, 5.000 francs CFA.</p>
</div>
<div>
<p style="text-align: justify"><a title="" href="/Users/Jess/Downloads/Art%20NM%20-%20TM%20(MF).doc#_ednref2">[ii]</a> Voir en particulier, de Th. Michalon, <em>L’Outre-mer français – Évolutions institutionnelles et affirmations identitaires</em>, dont nous avons rendu compte ici-même.</p>
</div>

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		<title>Leçon d’écriture (3) : L’Évaporation de l’oncle de Christine Montalbetti .</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Nov 2011 14:46:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mlercoulois</dc:creator>
				<category><![CDATA[Frances]]></category>
		<category><![CDATA[Livres]]></category>
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		<description><![CDATA[Il est des auteurs rares qui s’obstinent à sortir des sentiers battus de la littérature, quitte à tracer leur chemin dans une certaine solitude, et il y a, fort heureusement, des éditeurs tout aussi obstinés. Christine Montalbetti – qui enseigne par ailleurs la littérature – a publié dix livres, tous chez P.O.L., entre 2001 et [...]]]></description>
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<p style="text-align: justify;">Il est des auteurs rares qui s’obstinent à sortir des sentiers battus de la littérature, quitte à tracer leur chemin dans une certaine solitude, et il y a, fort heureusement, des éditeurs tout aussi obstinés. Christine Montalbetti – qui enseigne par ailleurs la littérature – a publié dix livres, tous chez P.O.L., entre 2001 et 2011, ce qui fait donc à peu près un par année. Son dernier opus est passé plus ou moins inaperçu dans le brouhaha de la dernière rentrée littéraire. C’est bien dommage pour un livre dans lequel on retrouve tout ce qui fait la beauté et l’originalité de la prose de cette écrivaine, agrémentée ici d’une teinte japonisante.</p>
<p style="text-align: justify;">Ch. Montalbetti a bénéficié d’une bourse « Stendhal » pour séjourner au pays du soleil levant. Les bourses d’écriture peuvent se révéler un piège pour les auteurs si leur imagination s’en trouve entravée. L’auteure de <em>Western</em><a title="" href="file:///C:/Users/jbomba1/Downloads/Le%C3%A7on%20d'%C3%A9criture%20(3).doc#_ftn1">[1]</a> se sort pour sa part sans dommage de l’exercice obligé. Par petites touches, elle invente un Japon intemporel, une épure parfaitement crédible aux yeux du lecteur occidental qui y retrouve l’idée qu’il se fait de ce pays, de ses paysages, de ses mœurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Ch. Montalbetti est une grande styliste. Elle le confirme dans ce nouveau livre qui nous invite à être encore plus attentif à la forme que dans certains autres de ses romans, plus ambitieux<a title="" href="file:///C:/Users/jbomba1/Downloads/Le%C3%A7on%20d'%C3%A9criture%20(3).doc#_ftn2">[2]</a>, puisque « l’argument » se résume ici à deux énigmes : Pourquoi l’oncle s’est-il « évaporé » (comprendre : a-t-il disparu) un beau jour de la maison de son frère ? Et pourquoi son neveu, bien des années plus tard, alors qu’il est désormais marié, se lance-t-il tout seul à sa recherche ? Le récit raconte la quête du neveu avec des <em>flash back</em> qui éclairent le destin de l’oncle. Nous aurons, p. 182, passé le mitan du livre, la réponse à la première question ; le comportement du neveu restera jusqu’au bout inexpliqué.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur cette trame, Ch. Montalbetti brode une tapisserie où chaque fil apporte une nuance supplémentaire ; elle construit minutieusement un récit où le moindre mot compte. Car, contrairement aux romans qu’on peut parcourir à son gré, l’attention éventuellement fluctuante, ceux de Ch. Montalbetti ne laissent aucune liberté de ce genre. Il faut la suivre jusqu’au bout de ses méandres, ses repentirs et ses retours en arrière, ne négliger aucun détail du palimpseste qui s’élabore peu à peu sous nos yeux.</p>
<p style="text-align: justify;">Si l’on devait à tout prix rapprocher Ch. Montalbetti d’un autre écrivain, c’est à coup sûr Claude Simon qui viendrait en premier à l’esprit, pour les méandres, justement (et la force du style). Avec néanmoins des différences de sensibilité, de thématique, de vocabulaire qui font de Ch. Montalbetti une écrivaine aussi originale que talentueuse.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle excelle en particulier à rendre les paysages et les atmosphères. Elle sait peindre comme personne les montagnes, la forêt, les rizières, la mer, l’ombre, le ciel, les nuages et le cycle des saisons, la pluie, le vent, la neige.  Voir par exemple, tirée des premières pages, cette description d’une pluie diluvienne accompagnée d’un vent violent :</p>
<p style="text-align: justify;">« … Quelque chose, dans le vent, dans son souffle, de furieux, d’emporté, qui s’en va vous secouer les arbres, agiter contre le ciel gris leurs branches affolées, tandis qu’au sol les herbes s’entremêlent en des torsions inextricables, et les brindilles, regardez, se mettent à bondir, les copeaux de bois tressautent, et les aiguilles tombées des pins – tout ce qu’il y a de microscopique et de léger et qui se voit comme ça déplacé des centaines de mètres plus loin » (p. 24).</p>
<p style="text-align: justify;">Un extrait choisi à dessein car il rassemble plusieurs caractéristiques du style de Ch. Montalbetti : images fortes (« branches affolées »), tournures familières (« qui s’en va vous secouer les arbres »), prise à parti du lecteur (« regardez »), syntaxe bousculée. En même temps, ce passage qui appartient à un épisode isolé (la tempête) trouvera un écho bien plus tard, presque à la fin du livre, dans un paragraphe où revient, curieusement, le thème de la brindille.</p>
<p style="text-align: justify;">« À la suivre des yeux comme ça, cette brindille qui descend la rivière (une brindille de rien du tout, solitaire et fragile), est-ce qu’on n’est pas tenté de lui conférer des émotions, des pensées maigrelettes à se faire brimbaler dans le courant, car regardez-la qui dégringole, qui se laisse porter, comme si elle avait décidé de s’en remettre aux éléments, passive, confiante, dans le paysage au milieu duquel elle dérive » (p. 278).</p>
<p style="text-align: justify;">Un détail minuscule, la brindille, est regardé ici tout à fait autrement que plus haut : une calme dérive a remplacé l’agitation désordonnée. C’est ainsi, par ces changements constants de point de vue, que se construit, touche après touche, le palimpseste. Encore faut-il ajouter que les descriptions de la nature ne sont jamais simplement « décoratives » : elles ont une fonction psychologique. La brindille qui se laisse aller au fil du courant est contemplée par le neveu, Yasu ; elle symbolise son épouse restée à la maison, Yunko, qui est sur le point de le trahir en suivant, elle aussi, une inclination toute naturelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Au cœur du livre se nichent en effet deux beaux portraits de femmes qui pratiquent l’adultère avec  une certaine allégresse. Les humains sont le plus souvent solitaires dans les livres de Ch. Montalbetti ; il n’est donc pas surprenant que la rencontre physique soit vécue comme une délivrance.</p>
<p style="text-align: justify;">« Tanjiro s’approche de l’arbre sous lequel se tient Yunko, et lui aussi est comme une chose bruissante. Sa silhouette un rameau offert aux vents, et pourquoi  la prend-il dans ses bras, son corps tremble à l’égal des feuilles autour d’eux. Ils glissent ensemble au sol, s’embrassent dans l’odeur de terre humide. Des cheveux de Yunko, échappés de la coiffure, s’intercalent, gênent le baiser, se collent à leurs lèvres. Ils ne prennent pas la peine de les ôter, d’aller chercher avec leurs doigts pour les décoller, non, ils continuent de s’embrasser comme ça, dans le désordre des cheveux et de l’herbe écrasée, et du vent qu’on entend, et du ciel qui tangue, et du mari absent, et de la différence d’âge, et de la vie qu’on arrache à la vie même » (p. 284).</p>
<p style="text-align: justify;">À nouveau, ce paragraphe fait écho en l’inversant à un passage du début qui appartient à la scène des adieux entre Yasu et Yunko, une scène où les corps des époux, soudain, ne savent plus se parler.</p>
<p style="text-align: justify;">« Dans cette ignorance cinglante, dans le bouleversement de cette ignorance, on essaye quand même, on veut faire le tour de la taille de l’autre avec son bras, mais son bras ne s’arrondit plus comme il faut, il est mécanique, rigide et anguleux. Il blesse quand il ramène vers soi. Un bras affolé et inapte, qui fait les choses sans grâce, et c’est tout ce qu’on voit, cet affolement et cette inaptitude, tandis que vous fourrez la tête dans le creux du cou de l’autre pour vous aveugler… »  (p. 37).</p>
<p style="text-align: justify;">Après un prologue qui évoque la présence de l’oncle chez son frère, le livre est divisé en chapitres simplement numérotés de 1 à 20. Le lecteur découvrira que chaque chapitre est organisé autour d’un thème principal : 1. La pluie – 2. Les adieux – 3. L’auberge – 4. L’idée insaisissable – 5. La guirlande des singes – 6. La fuite de l’oncle – 7. L’attente – 8. L’amitié – 9. Adultère ? – 10. Le couple dépareillé – 11. La trahison de l’oncle – 12. Insectes – 13. Le duel – 14. La vie des objets – 15. Séduction – 16. Le récit de la théière – 17. Idylle – 18. Adultères – 19. Déception – 20. Une quête vaine.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces chapitres sont l’occasion d’introduire des personnages secondaires, certains récurrents comme la veille dame au secret impénétrable, d’autres pas comme les voyageurs rencontrés par Yasu au cours de son errance. Ils contiennent encore des anecdotes dont on ne sait pas très bien si elles empruntent ou pas au folklore japonais mais qui, quoi qu’il en soit, font agréablement diversion. Bref, <em>l’Évaporation de l’oncle</em>, au titre si bien trouvé, est à recommander sans hésiter à tous les amoureux de la Littérature (avec une majuscule).</p>
<div><br clear="all" /></p>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
<div style="text-align: justify;">
<p><a title="" href="file:///C:/Users/jbomba1/Downloads/Le%C3%A7on%20d'%C3%A9criture%20(3).doc#_ftnref1">[1]</a> P.O.L., 2005.</p>
</div>
<div>
<p style="text-align: justify;"><a title="" href="file:///C:/Users/jbomba1/Downloads/Le%C3%A7on%20d'%C3%A9criture%20(3).doc#_ftnref2">[2]</a> Comme <em>l’Origine de l’homme</em> dont nous avons rendu compte ici même.</p>
</div>
</div>
<div></div>

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		<title>Théâtre : Octobre aixois.</title>
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		<pubDate>Sun, 20 Nov 2011 01:24:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>slander</dc:creator>
				<category><![CDATA[Frances]]></category>
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<p style="text-align: justify;"><strong>Un <em>Malade imaginaire</em> « moliéresque »</strong></p>
<p style="text-align: justify;">On peut traiter le <em>Malade imaginaire</em> de bien des façons. Nous avions vu cette année en Avignon une mise en scène remarquablement dynamique par le Théâtre du Kronope, en forme de <em>comedia del arte</em>, avec masques et costumes d’époque. Le hasard nous a conduits à assister au Théâtre du Jeu de Paume, à Aix-en-Provence, à la même pièce montée dans un esprit complètement différent par une compagnie marseillaise, Didascalies and Co. Exercice passionnant puisqu’il visait à rendre compte de l’ensemble des intentions de Molière dans cette pièce.</p>
<p style="text-align: justify;">Le <em>Malade imaginaire</em> est d’abord une pièce comique : nous ne serions pas, sinon, chez Molière. Mais c’est une comédie dramatique. Lorsque Molière l’écrivit, il était lui-même malade et l’on se souvient peut-être qu’il fut pris d’une sorte de convulsion au moment de prononcer le mot <em>« juro »</em> (« je jure ») dans la dernière scène, celle de la cérémonie farce au cours de laquelle Argan, le malade joué par Molière lui-même, est intronisé médecin. Molière termina la comédie comme il put et mourut dans les heures qui suivirent. Son point de vue sur la médecine n’était donc plus tout à fait celui des pièces précédentes où il avait moqué la fausse science médicale. À Béralde, son frère, qui ne cesse de brocarder les médecins de son temps, Argan-Molière oppose désormais un argument de bon sens : « Il est aisé de parler contre la médecine quand on est en pleine santé » ! Enfin cette pièce poursuivait un objectif politique : il s’agissait pour Molière de rentrer en grâce auprès de Louis XIV après sa brouille avec Lulli qui était, lui, resté le favori du roi. C’est ce dernier point qui explique le prologue grandiloquent à la gloire du monarque. Exemple :</p>
<p style="text-align: justify;">« LOUIS fait à nos temps, par ses faits inouïs,</p>
<p style="text-align: justify;">Croire tous les hauts faits que nous conte l’histoire</p>
<p style="text-align: justify;">Des siècles évanouis.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais nos neveux, dans leur gloire,</p>
<p style="text-align: justify;">N’auront rien qui fasse croire</p>
<p style="text-align: justify;">Tous les beaux faits de LOUIS. »</p>
<p style="text-align: justify;">Molière ne parvint pas à ses fins. La musique qui accompagne les morceaux d’opéra-bouffe fut commandée à Marc Antoine Charpentier au lieu de Lulli et le roi ne vit jamais la pièce qui lui était pourtant primitivement destinée.</p>
<p style="text-align: justify;">Renaud Marie Leblanc a choisi de ne rien sacrifier de ces trois facettes de la pièce de Molière. Ce parti, qui est tout à son honneur, est aussi à l’origine de certaines faiblesses du spectacle, à commencer par sa longueur excessive (presque trois heures d’horloge). Le prologue à la gloire du roi, en particulier, sans aucun lien avec la suite et traité sur un mode qui hésite entre le sérieux et le parodique, n’a d’intérêt que pour qui s’intéresse à l’histoire du théâtre. De même, toute la partie du premier intermède où Polichinelle est interrompu par des violons (ici remplacés par une musique assourdissante) s’étire inutilement. Molière avait voulu que <em>Le Malade</em> fût une « comédie mêlée de musique et de danse ». Or, faute de moyens, peut-on supposer, toutes les parties dansées ont été supprimées par R. M. Leblanc. Du coup les intermèdes musicaux semblent bien pauvres. Une impression qui n’est pas contredite par le second intermède, celui des Égyptiens (« vêtus en mores » (sic) comme indiqué par l’auteur). Faute d’être allé au bout de ses intentions, le metteur en scène laisse le spectateur sur sa faim et l’on se prend à rêver d’un <em>Malade</em> qui serait monté à l’Opéra comique suivant les indications de Molière.</p>
<div id="attachment_4376" class="wp-caption aligncenter" style="width: 450px"><img class="size-full wp-image-4376  " src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/Picture-1.png" alt="" width="440" height="288" /><p class="wp-caption-text">De gauche à droite : R. M. Leblanc, M. Tanguy, A. Lévy, S. Naudou, S. El-Karoui et R. Mitou</p></div>
<p style="text-align: justify;">Les nombreux rôles que comporte la pièce sont distribués entre huit comédiens, d’inégal talent. Fort heureusement Richard Mitou, campe un Argan des plus convaincants, avec ses colères, sa rouerie, son inquiétude devant la maladie et la mort et surtout son immense besoin d’être aimé. Par contre la jeune interprète d’Angélique fait preuve d’un peu trop de fébrilité, cependant qu’Anne Lévy, en Toinette, n’a pas tout à fait la truculence souhaitée pour son personnage. Il faut dire que nous avons assisté à l’une des toutes premières représentations de cette création, ce qui laisse aux comédiens une importante marge de progrès.</p>
<p style="text-align: justify;">La photo permet de se faire une idée du décor et des costumes. La scénographie d’Olivier Thomas se résume pour l’essentiel à deux murs formant un angle droit qui pointe vers le fond du plateau. Les murs et le sol sont rouges. Les comédiens entrent et sortent par quatre portes métalliques (dont deux sont visibles sur la photo), façon ascenseur. Un moment particulièrement réussi est celui où apparaît la petite Louison (à nouveau Anne Lévy), toute de blanc vêtue, à travers une vitre jusqu’ici dissimulée au fond du dispositif.</p>
<div id="attachment_4377" class="wp-caption aligncenter" style="width: 252px"><img class="size-full wp-image-4377 " src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/Picture-2.png" alt="" width="242" height="360" /><p class="wp-caption-text">Louison et Argan</p></div>
<p style="text-align: justify;">Les costumes (signés Patrick Murru et Sandra Ponponio), cherchent un compromis entre la tradition et le modernisme dernier cri : amples robes blanches des docteurs, dominante de rouge chez les femmes (en dehors de Louison dont la robe blanche symbolise l’innocence) avec une coupe particulièrement tendance pour Angélique, tenue de cavalier de fantaisie pour Cléante et débraillé chic pour un Argan en pyjama noir.</p>
<p style="text-align: justify;">Le décor comme les costumes signalent que R. M. Leblanc a construit son <em>Malade</em> dans le souci de rester le plus fidèle possible à Molière, sans vouloir brider pour autant son identité d’homme de théâtre du XXIe siècle. Le résultat est certes perfectible, comme on l’a déjà noté. Il ne manque en tout cas  pas d’intérêt.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un <em>Tartuffe</em> moderniste</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Changement complet de genre avec le <em>Tartuffe</em> monté par Gwenaël Morin, l’animateur du « Théâtre Permanent » (dont le principe est de fonctionner justement « en permanence » avec au moins un événement – répétition, cours spectacle – par jour), en visite avec sa troupe au Bois de l’Aune, théâtre de la périphérie aixoise. Pas de décor, sinon une reproduction en noir et blanc du <em>Radeau de la Méduse</em>, pour réduire la profondeur de la scène. Quasiment pas d’accessoires en dehors de l’inévitable table sous laquelle Orgon devra se dissimuler pour se convaincre enfin de la fourberie de Tartuffe. Pas de costumes, des habits d’aujourd’hui, néanmoins choisis pour correspondre au personnage : Orgon et Tartuffe en manteaux noirs, Orgon portant en outre une chemise et une écharpe qui le classent parmi les gens qui « possèdent du bien » (comme on dit) ; Damis (Ulysse Pujo) en short pour marquer sa qualité de fils de la maison ; Mariane (jouée comme Tartuffe par Julian Eggerickx) affublée d’une perruque ; Mme Pernelle (jouée par Grégoire Monsaingeon qui interprète par ailleurs Orgon) cachée sous un drap gris. Tous les rôles, à l’exception de celui d’Elmire sont donc tenus par des hommes. Renaud Béchet, qui joue Dorine, la servante, est le seul à n’avoir rien dans son accoutrement qui puisse faire croire qu’il interprète un rôle féminin.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui frappe d’abord dans cette mise en scène du Tartuffe (qui escamote le dernier acte et se termine donc sur le triomphe du méchant), c’est son énergie, les comédiens pratiquement toujours en mouvement, la manière qu’ils ont de s’empoigner, ou de sauter sur la table qui devient pour eux une tribune improvisée. Leur phrasé est également remarquable : souvent parodique, sans que – étrangement – cela ôte quoi que ce soit aux vers de Molière. Seule l’unique comédienne (remplaçante à en croire le programme) qui est chargée de porter le rôle d’Elmire paraît aussi peu à l’aise dans sa diction (elle ne parvient pas à porter sa voix) que dans son jeu.</p>
<div id="attachment_4378" class="wp-caption aligncenter" style="width: 366px"><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/Picture-3.jpg"><img class="size-full wp-image-4378" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/Picture-3.jpg" alt="" width="356" height="237" /></a><p class="wp-caption-text">G. Monsaingeon, J. Eggerickx et U. Pujo</p></div>
<p style="text-align: justify;">G. Morin n’hésite pas à forcer le trait : voir par exemple la manière dont Orgon agresse physiquement sa fille pour lui imposer sa volonté (à cet égard, il n’est pas innocent de la part du metteur en scène de faire jouer Mariane et Tartufe par le même comédien, puisqu’ils sont, suivant l’interprétation qui nous est proposée, simultanément la cible des amours pathologiques d’Orgon). Car G. Morin est un homme de notre temps, aussi à l’aise dans la rhétorique du théâtre contemporain (« psychanalyser » les personnages en fait partie) que dans sa syntaxe (avec, par exemple, l’introduction d’un « objet récurrent », une chandelle qui passe de mains en mains et ne cesse de s’éteindre, motivant à chaque fois l’intervention précipitée de Dorine).</p>
<p style="text-align: justify;">Sur le fond, <em>Le Malade imaginaire</em> et <em>Tartuffe</em> abordent le même thème, celui d’un bourgeois un peu bêta, sous la coupe d’un individu sans scrupule. Dans les deux cas, notre bourgeois est décidé à laisser sa fille – et la dot qui va avec – à celui dont il est la victime consentante (plus précisément, dans le cas du <em>Malade</em>, à son neveu, le jeune Diafoirus). Nonobstant cette architecture commune, les deux pièces sont aux antipodes l’une de l’autre. Alors que Molière est usé et malade lorsqu’il écrit <em>Le Malade</em>, en 1673,<em> Tartuffe</em>, qui date de 1664, est le chef d’œuvre d’un Molière au faîte de sa puissance créatrice (si tant est qu’il en soit vraiment l’auteur, puisqu’un doute subsiste toujours à cet égard, comme pour <em>Le Misanthrope</em>, autre chef d’œuvre qui paraîtra peu après !)</p>
<p style="text-align: justify;">Pour juger de cette dissemblance, il suffit de prendre deux situations identiques. Voici comment Orgon rabroue son beau-frère Cléante lorsque ce dernier essaye de le détourner de Tartuffe :</p>
<p style="text-align: justify;">« Oui vous êtes sans doute un docteur qu’on révère ;</p>
<p style="text-align: justify;">Tout le savoir du monde est chez vous retiré ;</p>
<p style="text-align: justify;">Vous êtes le seul sage et le seul éclairé,</p>
<p style="text-align: justify;">Un oracle, un Caton dans le siècle où nous sommes ;</p>
<p style="text-align: justify;">Et près de vous, ce sont des sots que tous les hommes. »</p>
<p style="text-align: justify;">Et voilà comment Argan cherche à clouer le bec à son frère, Béralde, qui veut, quant à lui, l’éloigner des médecins :</p>
<p style="text-align: justify;">« Hoy ! Vous êtes un grand docteur, à ce que je vois, et je voudrais bien qu’il y eût ici quelqu’un de ces Messieurs pour rembarrer vos raisonnements et rabaisser votre caquet. »</p>
<p style="text-align: justify;">Cela commence presque de la même façon, par un alexandrin où se retrouve le mot « docteur » : « Oui vous êtes sans doute un docteur qu’on révère » et « Vous êtes un grand docteur à ce que je vois ». Néanmoins le premier est un vrai alexandrin classique, majestueux, avec la césure à l’hémistiche, tandis que le second est un simple alexandrin de hasard, noyé dans la prose de la réplique, et bien plus plat.</p>
<p style="text-align: justify;">Il n’y a pas d’intermède, pas de musiciens ni de danseurs dans <em>Tartuffe</em>. C’est un drame de l’aveuglement, empreint d’une fureur que les mises en scènes habituelles peinent à montrer mais qui éclate comme autant de coups de tonnerre dans l’interprétation de G. Morin et de sa troupe.</p>
<p style="text-align: center;" align="center">                                                                                                                             +                             +</p>
<p style="text-align: center;" align="center">                                                                                                                                               +</p>
<p style="text-align: justify;">Le lendemain, Le Théâtre Permanent présentait une autre des pièces de son répertoire, l’<em>Antigone</em> de Sophocle. Un texte qui fait tellement partie de l’histoire du théâtre, un texte si souvent revisité qu’on n’est pas surpris que G. Morin ait voulu lui aussi s’y confronter. Il a confié à Julian Eggerickx le rôle d’Antigone et à Renaud Béchet celui d’Ismène. Et pour faire symétrie, sans doute, c’est une comédienne, Virginie Colemyn, qui endosse la tenue de Créon ! Cette inversion des sexes qui fonctionne très bien dans <em>Tartuffe</em> ne peut être rendue responsable de l’ennui que nous avons éprouvé, mais plutôt la mise en scène, très statique, avec des personnages figés qui s’envoient, ou plutôt se crient leur répliques d’une extrémité à l’autre du plateau. Même si cela s’arrange un peu vers la fin, grâce en particulier à une utilisation astucieuse de quelques accessoires judicieusement choisis, on a du mal à croire que cette <em>Antigone</em>, si pesante, ait été montée par le même homme que <em>Tartuffe</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un <em>Sacre du printemps</em> participatif</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Quelques jours après le Théâtre Permanent, le Catalan Roger Bernat était invité dans cette même salle du Bois de L’Aune pour présenter sa version du <em>Sacre du printemps</em> « d’après Pina Bausch ». Ce metteur en scène catalan-espagnol ne manque pas de culot : il en faut pour convier à un « spectacle » des gens pas vraiment prévenus qu’ils en seront les seuls acteurs. Le texte promotionnel n’était pas vraiment explicite à cet égard : « Dans cette adaptation très décalée d’un ballet devenu mythique, chacun est invité à devenir danseur. Qualités requises : une paire de pieds, de bonnes oreilles et une belle capacité de jeu ». On sentait bien, à lire le programme qu’il faudrait participer mais l’on n’était pas obligé de deviner qu’il n’y aurait aucun professionnel sur la scène, que tout reposerait sur les spectateurs. Enfin, pas vraiment tout, puisque les acteurs improvisés sont guidés par des consignes très précises d’un bout à l’autre de cette chose pas vraiment identifiée qu’on hésite à appeler un ballet. Des acteurs qui n’en sont pas, pas de dialogues mais une voix off qui raconte sur un fond de musique, cela peut tout aussi bien s’appeler du théâtre expérimental.</p>
<p style="text-align: justify;">Chacun reçoit à l’entrée un casque sans fil. Il entend ainsi non seulement la musique de Stravinsky mais encore, se superposant à elle, une voix qui, tout au long du spectacle, lui indiquera ce qu’il doit faire. Si tout le monde recevait les mêmes consignes, ce serait tristement ennuyeux. Mais, d’une part, les spectateurs sont divisés en deux groupes, ce qui rompt la monotonie en permettant des mouvements conjugués (et ce qui permet accessoirement de se reposer pendant que son groupe n’est pas sollicité) et, d’autre part, de temps à autre, la voix commande à un individu de se détacher, sans préciser lequel, bien sûr, afin d’effectuer un « solo ». Or tout cela fonctionne à peu près correctement : les groupes respectent plus ou moins les consignes et il y a toujours des personnes suffisamment extraverties pour se lancer dans les solos.</p>
<p style="text-align: justify;">Le résultat est très ludique ; on ne s’ennuie jamais, ce qui est déjà un très bon point. Evidemment, il est difficile de parler de danse. S’il y avait dans la salle (qui est au départ un gymnase que l’on a laissé pour la circonstance totalement dégagé – alors que des gradins avaient été montés pour le <em>Tartuffe</em>) des personnes un peu entrainées aux figures de la danse moderne ou classique, elles ne se distinguaient pas vraiment, le soir où nous avons assisté-participé à cette étrange expérience. Mais la musique était belle, la voix qui transmettait les consignes n’était pas désagréable et tout le monde avait l’air content d’être là et de s’agiter un peu. Ceci dit, on comprend pourquoi on est prévenu à l’entrée que les photos et les films sont interdits. Une tentative de ce genre ne peut avoir de chance de plaire que sur l’instant et pour ceux qui en font partie.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Seul en scène</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Un comédien allemand qui s’emploie à faire connaître à des Provençaux un auteur irlandais traduit en français : pourrait-on trouver image plus positive de l’Europe d’aujourd’hui ? Même s’il est bien oublié aujourd’hui en dehors de son pays, William Butler Yeats (1865-1939), ne fut pas seulement une figure importante des lettres irlandaises en raison de ses positions ouvertement nationalistes. En lui décernant le prix de littérature (1923), le jury du Nobel a reconnu dans son œuvre de poète, dramaturge et fondateur du <em>« Celtic revival »</em>, « une poésie toujours inspirée, dont la forme hautement artistique exprime l&#8217;esprit d&#8217;une nation entière ».</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Hanrahan le Rouge</em> se présente comme un conte à épisodes. Il met en scène un instituteur de la campagne irlandaise, qu’une destinée tragique contraint à devenir un barde vagabond. C’est que, confronté à la « reine de la montagne », une femme (une fée ?) à la mystérieuse beauté, il s’est montré trop pusillanime pour la conquérir ! Marqué à vie par cet échec, il erre de village en village, offrant aux paysans ses chansons contre un peu de pain. Le texte, entrecoupé de chansons, raconte les malheurs de Hanrahan. Michael Zugowski a retenu un certain nombre d’épisodes qu’il raconte donc en français ; quant aux chansons, qui sont versifiées, faute de disposer d’une traduction qui rende leur force poétique, il les interprète dans leur version originale irlandaise, en s’accompagnant lui-même à la guitare. C’est sans doute là, pour le spectateur français, le point faible de ce spectacle, car même si la musique est belle, bien chantée et bien accompagnée, il est incontestablement frustrant d’être privé du sens de ces poèmes.</p>
<div id="attachment_4379" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/Picture-4.jpg"><img class="size-full wp-image-4379" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/Picture-4.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">Michael Zugowski</p></div>
<p style="text-align: justify;">Pour le reste, on ne peut qu’admirer la manière dont Michael Zugowski fait vivre le conte sur la scène. Élève à Paris d’Étienne Decroux (qui fut le professeur du mime Marceau), il excelle dans les évocations purement gestuelles (comme sur la photo, où il mime la course). Mais sa diction est également sans défaut et sa pointe d’accent germanique, loin de gêner, ajoute au contraire une touche de réalisme à un récit qui se déroule dans une lointaine contrée étrangère.</p>
<p style="text-align: justify;">Michael Zugowski produit plusieurs spectacles par an, certains en solo, d’autres pas, dans le petit théâtre Au Douze, le lieu d’enseignement et de création qu’il a ouvert à Aix-en-Provence en 2007.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Théâtre universitaire</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le théâtre Antoine Vitez est installé dans l’un des bâtiments de l’Université de Provence (qui regroupe à Aix toutes les sciences humaines). On y donne principalement des spectacles amateurs. <em>Génération(s)</em>, d’après des textes de Ronan Chéneau, était une reprise de l’année précédente, ce qui a certainement contribué à l’aisance démontrée par les treize comédiens, pour la plupart des étudiants aixois, présents sur la scène. Pas d’hésitation, pas de temps mort dans une représentation… qui semble pourtant s’étirer abusivement.</p>
<div id="attachment_4380" class="wp-caption aligncenter" style="width: 458px"><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/Picture-5.jpg"><img class="size-full wp-image-4380" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/Picture-5.jpg" alt="" width="448" height="297" /></a><p class="wp-caption-text">Génération(s)</p></div>
<p style="text-align: justify;">La pièce, néanmoins, commence très fort : les treize comédiens sont alignés sur le devant de la scène, immobiles, et on les entend s’exprimer à tour de rôle en voix off. C’est une litanie dont chaque phrase commence par « je suis de la génération qui… » et se poursuit par l’un des nombreux lieux communs censés caractériser la jeunesse d’aujourd’hui, parfois contradictoires comme la consommation insatiable et la hantise du chômage. Ce prologue est enlevé, souvent drôle (par exemple : « je suis de la génération qui a été mal orientée par les conseillers d’orientation » !), ce qui laisse bien augurer de la suite. Celle-ci, hélas, est loin de tenir ces promesses. Car les comédiens qui monologuent les uns après les autres (les dialogues étant quasi inexistants) ont beau connaître leur texte et faire preuve de l’aisance qu’on a dite, ils ne parviennent que trop rarement à nous captiver. La mise en scène est à incriminer en premier, qui ne se hasarde pratiquement jamais à faire « jouer » les comédiens : ceux-ci se contentent la plupart du temps de se planter sur le devant de la scène lorsque leur tour est venu de réciter leur monologue. Seule une comédienne se détache du lot, qui occupe tout l’espace et joue sans complexe de son corps. De quoi nous faire encore plus regretter que les autres soient cantonnés dans un jeu aussi plat. Cette comédienne a par ailleurs la chance d’avoir le texte le plus drôle (où revient sans arrêt comme un refrain : « je suis métaphysique »), ce qui n’est pas le cas de la plupart des autres monologues, encombrés de trop de lieux communs (dont nous avions épuisé les charmes dans le prologue).</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Les Citrouilles</em> d’Alain Badiou étaient également au programme du théâtre Antoine Vitez en ce mois d’octobre. Tout philosophe et gauchiste qu’il est, A. Badiou se révèle un auteur de théâtre ni pesant ni sectaire. La pièce est d’autant plus intéressante qu’elle est de bout en bout une réflexion sur le théâtre, sur ses acteurs, sur le message qu’il véhicule et sur le public, si homogène socialement, qu’il parvient à drainer. Tout cela traité en farce, avec ce que cela implique de vulgarité voulue.  La première partie, la plus réussie, se déroule sur l’avant-scène entre trois personnages, la ministre de la culture, un certain Ahmed, immigré à la vaste culture théâtrale, et sa doublure, laquelle, à défaut de remplacer cet Ahmed, jamais malade, est devenue sa monture. Il est question de se rendre aux enfers afin de rencontrer Claudel et Brecht, histoire de faire mieux connaître à la ministre le secteur dont elle est chargée.</p>
<div id="attachment_4381" class="wp-caption aligncenter" style="width: 458px"><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/Picture-6.jpg"><img class="size-full wp-image-4381" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/Picture-6.jpg" alt="" width="448" height="299" /></a><p class="wp-caption-text">Les Citrouilles</p></div>
<p style="text-align: justify;">Cette première partie, sans temps mort, n’est pas que drôle. Badiou y décrit par exemple le théâtre comme cinq arbres alignés (*) : les « poèmes » (les textes), le public, les « artistes » du théâtre (comédiens ou autres), les financiers et enfin – <em>last but not least</em> serions-nous tentés d’ajouter – les critiques (qui font tomber leurs « feuilles » sur les spectacles). Quelqu’un, nous explique Badiou, qui serait placé dans le même alignement que les cinq arbres ne voit normalement que le premier. Ce n’est que si celui-ci n’est pas assez bien garni qu’il apercevra les suivants. Or, comme on l’a vu, ce premier arbre est celui des textes (ou des auteurs) : Badiou affirme ainsi que le succès d’une pièce repose avant tout sur le texte, une opinion que nous avons eu également, quoique plus modestement, l’occasion de défendre, ici ou ailleurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Prolongeant la métaphore, on réfléchit que les finances ne sont, pour Badiou, que la dernière roue du carrosse (air connu : « l’intendance suivra !»), tandis que les critiques seraient tout au plus pour lui une roue de secours, capable cependant de sauver un spectacle <em>a priori </em>promis à l’échec (pauvres de nous !)</p>
<p style="text-align: justify;">Comme pour <em>Génération(s)</em>, ces <em>Citrouilles</em> tiennent mal la longueur (or la représentation dure plus de deux heures). La tension baisse, en effet, dès que le trio du début arrive aux enfers et rencontre un certain nombre d’individus qui ont fait l’histoire du théâtre, chacun à sa place, humble ou glorieuse. L’histoire se disperse, les comédiens aussi (ils sont neuf désormais, deux garçons et sept filles) ; le rythme du jeu ralentit en même temps que l’intérêt du spectateur. Comme pour <em>Génération(s)</em> encore, les interprètes sont des amateurs, des étudiants et cela se sent. Mais, contrairement à <em>Génération(s)</em>, le texte d’A. Badiou pourrait faire un bon spectacle, à condition que la mise en scène soit plus exigeante, les comédiens plus aguerris, et au prix de quelques coupures.</p>
<p>(*) À comparer avec les six éléments de la tragédie énumérés dans la <em>Poétique</em> d’Aristote, à savoir « l’histoire, les caractères, l’expression verbale, la pensée, la mise en scène et le chant ». Une liste que le Stagirite décomposait en trois catégories : les « moyens » de l’imitation (expression verbale et chant), la manière (mise en scène) et enfin les objets (histoire, caractères et pensée).</p>
<p style="text-align: justify;">Aix-en-Provence, octobre 2011.</p>

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		<title>La faute à Mallarmé : l&#8217;aventure de la théorie littéraire</title>
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		<pubDate>Thu, 17 Nov 2011 16:13:05 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[&#160; &#160; &#160;  « Le déclin de la littérature est à l’ordre du jour.  Elle en a l’habitude.  Aux nombreux responsables incriminés au cours des dernières années s’est ajoutée la réflexion théorique sur la littérature, en vogue des années 1960 aux années 1980, ainsi que les œuvres auxquelles celles-ci s’est intéressée.  On ne lit plus ? Il [...]]]></description>
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<p><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/frances/la-faute-a-mallarme/attachment/la-faute-a-mallarme-l-aventure-de-la-theorie-litteraire-par-vincent-kaufmann/" rel="attachment wp-att-4364"><img class="size-full wp-image-4364 alignleft" title="La-faute-a-Mallarme-l-aventure-de-la-theorie-litteraire-par-Vincent-KAUFMANN" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/La-faute-a-Mallarme-l-aventure-de-la-theorie-litteraire-par-Vincent-KAUFMANN.jpg" alt="" width="338" height="495" /></a></p>
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<p style="text-align: justify;"> « Le déclin de la littérature est à l’ordre du jour.  Elle en a l’habitude.  Aux nombreux responsables incriminés au cours des dernières années s’est ajoutée la réflexion théorique sur la littérature, en vogue des années 1960 aux années 1980, ainsi que les œuvres auxquelles celles-ci s’est intéressée.  On ne lit plus ? Il n’y a plus de grandes œuvres ?  ce serait la faute à Mallarmé ou, du moins, au structuralisme. »</p>
<p style="text-align: justify;">Cliquez <a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/Introduction.pdf">ici</a> pour lire la suite.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>L’AVENTURE DE JACQUES-YVES COUSTEAU, un entretien avec Henri Jacquier (Première partie)</title>
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		<pubDate>Mon, 14 Nov 2011 14:48:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hjacquier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Frances]]></category>

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		<description><![CDATA[MF – Jacques-Yves Cousteau et son œuvre semble être tombés dans le silence et l’oubli. Pourquoi ? Sacré « Captain Planet » devant un parterre de chefs d’Etats à la Conférence des Nations-Unies sur l’Environnement et le Développement qui s’est tenue à  Rio de Janeiro en 1992, le Commandant Jacques-Yves Cousteau fut en son temps une célébrité mondiale. [...]]]></description>
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<p><strong><br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>MF – Jacques-Yves Cousteau et son œuvre semble être tombés dans le silence et l’oubli. Pourquoi ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Sacré « <em>Captain Planet</em> » devant un parterre de chefs d’Etats à la Conférence des Nations-Unies sur l’Environnement et le Développement qui s’est tenue à  Rio de Janeiro en 1992, le Commandant Jacques-Yves Cousteau fut en son temps une célébrité mondiale. Officier de marine, océanographe, explorateur, photographe, cinéaste, écrivain, inventeur et impresario des sciences, il excella en tous ces domaines  et accéda aux plus hautes distinctions. C’est au  travers du masque de son scaphandre autonome que l’humanité ébahie a découvert la fabuleuse diversité du monde sous-marin. Des centaines de millions de téléspectateurs ont été définitivement marqués par le souvenir de cet homme au visage émacié coiffé d’un bonnet  rouge les invitant autour du monde à bord de sa  fameuse <em>Calypso</em>.</p>
<div id="attachment_4356" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/frances/l%e2%80%99aventure-de-jacques-yves-cousteau-un-entretien-avec-henri-jacquier-premiere-partie/attachment/calypso4/" rel="attachment wp-att-4356"><img class="size-medium wp-image-4356 " title="Calypso" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/calypso4-300x248.jpg" alt="" width="300" height="248" /></a><p class="wp-caption-text">Calypso</p></div>
<p style="text-align: justify;">Son nom n’évoque pourtant plus grand-chose aujourd’hui pour les jeunes générations. La dépouille de cet infatigable voyageur repose quasiment anonyme dans le cimetière de Saint André de Cubzac, sa commune de naissance, son cher navire démantelé au fond d’un hangar attend un sauvetage de plus en plus improbable, toute référence à sa mémoire semble occultée par les écologistes dans les medias … Pas même quinze ans après sa mort des suites d’une méningite le 25 juin 1997 le message du Commandant Cousteau serait-il tombé aux oubliettes ?</p>
<p style="text-align: justify;">Les initiés savent que cette surprenante disgrâce actuelle est en fait due pour l’essentiel à une succession familiale disputée entre une seconde épouse qui n’aurait pas détonné parmi les « <em>Glorieuses </em>» mises en scène par André Roussin et les descendants du premier lit qui ne peuvent se résigner à ce que leur père et grand-père leur soit comme « confisqué ».  D’où un contexte conflictuel à propos de l’usage du nom et de droit à l’image sur lequel des deux côtés de l’Atlantique plane le vol noir de robes d’avocats. Plutôt dissuasif comme climat pour l’instant….</p>
<p style="text-align: justify;">Loin de toute arrière pensée commerciale depuis la mise au point du <em>scaphandre autonome</em> en 1942 jusqu’à la proclamation d’un <em>Droit des générations</em> <em>futures à disposer d’une terre indemne et non contaminée</em> dans les années quatre-vingts l’œuvre de Cousteau a toujours été inspirée par une vision anticipatrice. Elle comporte tellement de facettes qu’elle a pu longtemps sembler disparate mais sa cohérence profonde finira  par être comprise, reconnue et restituée dans sa portée intemporelle. Le plus tôt sera le mieux et il se trouve que j’ai le sentiment de pouvoir contribuer à rapprocher cette échéance.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>MF &#8211; Comment avez-vous fait connaissance avec le Commandant ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Lorsque je l’ai  rencontré en 1971, le Commandant cherchait un administrateur pour l’aider à se sortir d’une grave crise financière due à l’arrêt soudain du financement des <em>maisons sous la  mer</em> par le gouvernement français. J’étais moi-même professionnellement à une croisée de chemins. Mon bagage composite d’ingénieur géologue, maîtrise de droit et d’ancien élève de la Harvard Business School lui a plu par son originalité. Sans doute aussi  éprouvait-il une sympathie instinctive pour un jeune homme qui  n’ayant pas choisi de faire carrière dans les mines ou le pétrole était sorti des sentiers battus, tout comme lui n’avait pas emprunté la voie royale qui s’offrait dans la marine nationale. Bien dans sa manière il m’a serré la main, « Bienvenue à bord, j’ai besoin de vous, Henri » !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>MF – Vous avez donc une connaissance intime et une vision personnelle de Jacques-Yves Cousteau.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">De nombreuses  biographies ont relaté l’extraordinaire parcours  du Commandant tel que ce grand manipulateur n’avait de lui-même jamais cessé de le programmer.  De fidèles anciens ont publié des souvenirs d’expéditions. Des jaloux ont tenté de fendre le piédestal. Globalement son œuvre est donc bien documentée mais de façon cloisonnée. Cependant ni les hagiographes, ni  les  contempteurs n’ont eu comme moi accès, de l’intérieur et sur une si longue période,  à l’incontournable commun dénominateur de toute entreprise qu’est la recherche du financement.  Ce souci permanent fut aussi en l’espèce moteur de créativité.  Un fil de chaîne présent du début à la fin, un fil rouge comme la couleur du déficit, déficit congénital faute de capital au départ, et ombre toujours menaçante par la suite, car ce furent le plus souvent le désir d’aller de l’avant et non  le budget  qui ont présidé au lancement des activités. Parce que ce versant de l’aventure Cousteau n’a jamais été raconté il manque dans le portrait que la postérité mérite.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un devoir de mémoire</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est donc  un devoir de mémoire qui me pousse à écrire ces lignes un peu comme si l’inventeur du <em>Monde du Silence</em> avait encore des choses transmettre par mon intermédiaire.</p>

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		<title>Constructivisme cézannien.</title>
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		<pubDate>Fri, 04 Nov 2011 14:47:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>slander</dc:creator>
				<category><![CDATA[Frances]]></category>
		<category><![CDATA[Périples des Arts]]></category>

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		<description><![CDATA[L’univers de Cézanne se résume, pour l’essentiel, à Aix-en-Provence et à ses environs. Né à Aix en 1839, c’est là où il fut élevé, là où il apprit l’académisme à l’école des beaux-arts, là où il séjourna la plus grande partie de sa vie, malgré de fréquents séjours à Paris, ou ailleurs chez des amis [...]]]></description>
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<p style="text-align: justify">L’univers de Cézanne se résume, pour l’essentiel, à Aix-en-Provence et à ses environs. Né à Aix en 1839, c’est là où il fut élevé, là où il apprit l’académisme à l’école des beaux-arts, là où il séjourna la plus grande partie de sa vie, malgré de fréquents séjours à Paris, ou ailleurs chez des amis peintres, là enfin où il mourut, en 1906. Une visite dans la région aixoise permet ainsi de confronter les paysages cézanniens avec leur rendu par le peintre.</p>
<p style="text-align: justify">Un premier exemple, assez précoce puisqu’il est daté de 1878. En 1877, Cézanne a participé, sans succès, à la dernière exposition du groupe impressionniste à Paris. Il passe l’année suivante en Provence, à Aix ou au bord de la mer, à L’Estaque. La toile intitulée « Le bassin du Jas-de-Bouffant en hiver » a été peinte dans la propriété du père de Cézanne au Jas-de-Bouffant, aujourd’hui englobée dans la ville mais qui se situait alors en pleine campagne. La demeure des maîtres et les jardins sont restés intacts, ce qui permet de se faire une bonne idée du motif d’où est parti le peintre.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center"><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/frances/constructivisme-cezannien/attachment/cezanne-1-4/" rel="attachment wp-att-4349"><img class="aligncenter size-full wp-image-4349" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/cezanne-11.png" alt="" width="535" height="222" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify">Bien que la photo n’ait pas été prise en hiver, on remarque que Cézanne a respecté la perspective du bassin et la verticalité du platane (alors moins imposant qu’aujourd’hui). Les modifications principales apportées au paysage par le peintre ne sont malheureusement pas visibles sur la photo. S’il y avait bien des champs et des bâtiments à l’époque de Cézanne, ils ne se présentaient pas du tout comme sur son tableau : la ferme à l’arrière-plan était beaucoup plus lointaine et surtout il n’y a jamais eu là de colline. Cézanne a fait « remonter » le paysage du fond du tableau afin de l’ordonner ainsi qu’il lui convenait. Cette liberté est plus immédiatement apparente quand on considère les reflets dans le bassin. En aucun cas, cette ferme, même rapprochée comme il l’a faite, ne pourrait se refléter dans l’eau, contrairement à l’arbre. On remarque enfin que Cézanne s’est déjà nettement affranchi des contraintes de la technique impressionniste, sans avoir pour autant atteint la maîtrise qu’il déploiera plus tard.</p>
<p style="text-align: justify">« Le motif n’est pas un paysage à reproduire mais un espace à reconstruire », écrivait Cézanne. « Le bassin du Jas » illustre clairement son parti pris. Le peintre d’Aix annonce le cubisme, l’abstraction. « Je suis, écrira-t-il encore, le primitif d’un art nouveau ». Cela est vrai à condition de ne pas se méprendre sur la signification du mot « primitif », qui peut laisser entendre une maladresse plus ou moins voulue. Car si cette dernière se repère en effet dans certaines œuvres (comme dans la série des « baigneuses »), on ne la trouve pas dans les chefs d’œuvre du peintre dont tout le monde a vu au moins quelques reproductions : natures mortes, grandes huiles de la montagne Sainte-Victoire ou des rochers du plateau de Bibemus (deux lieux emblématiques de la campagne aixoise, pour une grande part grâce à Cézanne).</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center"> <a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/frances/constructivisme-cezannien/attachment/cezanne-2-3/" rel="attachment wp-att-4350"><img class="aligncenter size-full wp-image-4350" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/cezanne-2.png" alt="" width="542" height="211" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify">Le tableau ci-dessus, « La Sainte-Victoire vue de la carrière de Bibemus », qui date de 1897, fournit un autre exemple de la liberté d’invention du peintre. Car la montagne n’est tout simplement pas visible depuis l’endroit où ont été peints les rochers. Mais cela ne dérange pas Cézanne qui s’est approprié la Sainte-Victoire depuis longtemps et peut la placer là où il veut, tout comme il peut transfigurer les falaises calcaires qui sont devant lui. « La composition et la couleur, tout est là ! » : à contempler, ce tableau, qui lui contesterait un tel programme ?</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center"><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/frances/constructivisme-cezannien/attachment/cezanne-3-2/" rel="attachment wp-att-4351"><img class="aligncenter size-full wp-image-4351" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/cezanne-3.png" alt="" width="538" height="342" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify">Dans le tableau suivant, contemporain du précédent, le peintre n’a pas ajouté un fond mais un rocher au premier plan. Dans les deux cas l’effet recherché est le même : couper par un triangle la monotonie des gros blocs verticaux.</p>
<p style="text-align: justify">Ajoutons pour finir que les reproductions des tableaux sont bien loin de rendre compte de la manière de Cézanne et de la qualité de sa peinture. Ce dernier peignait très lentement, non seulement parce que son travail était profondément cérébral mais encore parce qu’il travaillait méticuleusement tous ses aplats, lesquels n’étaient jamais dans une teinte homogène mais faits d’une juxtaposition de plusieurs couleurs que l’imprécision des reproductions empêche malheureusement de distinguer.  « On ne devrait pas dire modeler ; on devrait dire moduler » : ce sont ces minutieuses modulations qui font si bien vibrer la peinture du maître.</p>
<p style="text-align: justify">PS1 : Merci pour ses exposés lumineux à Benjamin Grondin qui nous a guidé sur les sites cézanniens.</p>
<p>PS2 : Jusqu’au 26 février 2010 se tient à Paris, au musée du Luxembourg, une très remarquable exposition qui permet de faire découvrir certains des tableaux de Cézanne qu’il a peints lors de ses fréquents séjours à Paris ou dans les environs. Une partie injustement méconnue de son œuvre, à en juger par la qualité des pièces rassemblées dans cette exposition. Dont en particulier – mais ce n’est qu’un exemple – un extraordinaire portrait de « Madame Cézanne à la jupe rayée », chef d’œuvre parmi tant d’autres chefs d’œuvre.</p>
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		<title>Emprunts ou &#171;&#160;pollution&#160;&#187; ? Le cas des apports de l&#8217;arabe au français.</title>
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		<pubDate>Tue, 01 Nov 2011 16:12:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mperret</dc:creator>
				<category><![CDATA[Afriques]]></category>
		<category><![CDATA[Frances]]></category>
		<category><![CDATA[Langues]]></category>
		<category><![CDATA[langue française. langue arabe. linguistique. emprunts.]]></category>

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<p>Contrairement à ce que pensent certains esprits chagrins, l’emprunt n’est pas une « pollution ». L&#8217;emprunt provient souvent de la nécessité de trouver un mot pour désigner un objet ou un concept nouveau. Parfois aussi, l&#8217;emprunt n&#8217;est que le simple effet du contact de deux langues sur le même territoire. Enfin, il correspond parfois aussi à un besoin d’expressivité : dire les choses de façons plus originales, plus frappantes, en utilisant les termes d’une autre langue.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>La nécessité d’emprunter provient souvent de la supériorité technique de la civilisation à laquelle on emprunte. C’est ce qui se passe avec les très nombreux emprunts que le monde occidental fait à l’arabe au Moyen Age. Les Arabes, héritiers entre autres de la culture grecque, ont en effet été très en avance sur leur temps dans les domaines de la médecine, de l&#8217;alchimie, des mathématiques et de l&#8217;astronomie. Certains des termes qui sont passés en français à partir du latin scientifique médiéval avaient d’ailleurs d&#8217;abord été empruntés par l&#8217;arabe au grec : <em>alchimie, </em>arabe <em>al kimiya</em>,<em> </em>provenant du<em> </em>grec <em>khêmia </em>; <em>alambic</em>, arabe <em>al</em> <em>anbiq</em>, du grec <em>anbix</em>, par exemple.</p>
<p>Les emprunts à l&#8217;arabe au Moyen Age n’ont pas été le fait du seul français : ils sont le plus souvent passés par l&#8217;Espagne ou l&#8217;Italie. Ce sont surtout des emprunts de type technique : <em>algèbre, chiffre </em>et<em> zéro </em>(même origine, l&#8217;arabe <em>sifr </em>: &#8216;zéro&#8217;),<em> alambic, alchimie </em>(puis <em>chimie </em>par suppression de l&#8217;article <em>al</em>), <em>sirop, zénith, camphre, alcool </em>et si des noms de plantes comme <em>épinard, estragon, safran, </em>ont aussi été empruntés c&#8217;est que ces plantes s&#8217;utilisaient en médecine<em>. </em></p>
<p>Les emprunts faits sur place pendant les Croisades (langues en contact) sont beaucoup plus rares. Citons cependant le mot médiéval <em>meschine</em> (arabe <em>miskin</em> : &#8216;humble, pauvre&#8217;) qui a désigné, dans l&#8217;Orient des croisades d&#8217;abord, puis en France, la jeune servante et par extension la jeune fille. Le mot a disparu, mais au début du XVII° siècle, on a emprunté à nouveau, sous la forme <em>mesquin</em> un terme, <em>meschino </em>(&#8216;avare&#8217;), que les Italiens avaient eux-mêmes reçu de l’arabe.</p>
<p>D’autres doublets (mots ayant la même origine) proviennent de mots empruntés plusieurs fois, à des époques différentes, comme les doublets <em>amiral </em>et <em>émir, </em>tous deux venus de l&#8217;arabe <em>amir</em> : &#8216;chef&#8217;. <em>Amiral</em> apparaît le premier, dès la <em>Chanson de Roland,</em> sous les formes <em>amiralt</em>, <em>aumirant</em> et désigne d&#8217;abord un chef sarrasin ; il prend le sens de &#8216;chef de la flotte&#8217; sous influence sicilienne. <em>Emir</em> est emprunté au XIII° siècle et garde le sens de &#8216;prince musulman&#8217;.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>La seconde vague d’emprunts à l’arabe a eu lieu au XIX e siècle, dans les débuts de la colonisation, pendant les guerres coloniales : ce sont des termes d’argot militaire comme <em>caoua </em>(café), <em>toubib</em>, <em>gourbi</em>, <em>klebs</em>, complètement démodés de nos jours car ce sont, en général, les termes d’argot qui s’usent le plus vite (<em>klebs</em>, cependant été conservé, francisé en l’argotique <em>clébard</em>). Nés d’un besoin d’expressivité, les mots d’argot perdent leur force dès qu’ils entrent dans le langage courant. Et ce d’autant plus qu’en l’occurrence, ces termes avaient une connotation plus ou moins méprisante. D’autres sont entrés dans la langue, parfois en changeant de sens comme <em>souk</em> qui désigne plutôt le désordre (<em>Quel souk !</em>) <em>smala, </em>famille nombreuse (<em>Il est venu avec toute sa smala</em>), <em>ramdam </em>: joyeux tapage (<em>C’est fini, ce ramdam ?</em>). D’autres enfin, restent tels quels parce qu’ils correspondent à des éléments civilisationnels. On en trouverait beaucoup, je ne citerai ici que deux exemples <em>burnous</em>, terme d’habillement et <em>médina</em>, qui désigne une réalité urbaine spécifique des villes du Maghreb.</p>
<p>Quelques emprunt sont cependant antérieurs à la colonisation et proviennent de l’arabe à travers ce que l’on a appelé la <em>lingua franca,</em> langue véhiculaire composite, sorte de sabir formé par un mélange d’arabe, de français, d’italien et d’espagnol, longtemps utilisé, du Moyen Age au XIXe siècle, dans les ports de la Méditerranée par les marins, pour les échanges commerciaux. C’est le cas de <em>macach</em> <em>bono, </em>que j’ai trouvé sous la plume<em> </em>d’auteurs un peu vieillots, ou du sinistre <em>mouquère</em>, emprunté d’abord par l’arabe à l’espagnol <em>mujer </em>et qui est attesté à Alger avant la conquête sous la forme <em>mouchera</em> avec le sens d’épouse.</p>
<p>Les années soixante ont vu se populariser en France la cuisine maghrébine, la langue française a alors emprunté les mots correspondant aux plats : <em>couscous, tagine, tchoutchouka, merghez, méchoui. </em>C’est là un fait très courant, ainsi toutes les langues du monde ont emprunté au français et adapté à leur prononciation des termes culinaires comme <em>croissant, marron glacé, entrecôte, crêpe, omelette </em>; le français, pour sa part, a emprunté à l’américain des termes comme <em>hot</em> <em>dog</em> ou <em>hamburger</em>, à l’espagnol, comme <em>paella</em> ou <em>gaspacho</em>, etc.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>De nos jours, une troisième vague d’emprunts se généralise à partir du contact des langues dû à l’immigration. Ce ne sont plus des termes désignant des objets ou des êtres humains, mais des expressions comme <em>fissa, oualou, inch’Allah </em>(largement employé par des non-musulmans), <em>mektoub, </em>pas <em>bézef, </em>un <em>chouia</em>… Quelques termes sont aussi entrés par l’argot  des truands : un <em>chouf</em>, la <em>baraka, </em>la <em>shkoumoun</em> (qui a même été le titre d’un film policier déjà ancien).</p>
<p>On peut aussi noter un emprunt d’ordre phonétique, assez instable d’ailleurs, car le français résiste : la prononciation en verlan du son noté par <em>eu</em>, beaucoup plus fermé qu’en français dans des mots comme <em>feuj</em>, <em>meuf, teuf, keuf</em> etc. J’ai moi-même constaté, entre les années 80 et nos jours, l’évolution du mot <em>beur, </em>dont le <em>eu </em> se prononçait dans les premières années de son apparition avec un <em>eu</em> fermé comme dans <em>peu, bleu, </em>alors qu’aujourd’hui, complètement capté par les habitudes du français, il se prononce comme  <em>beurre</em> et a même a été féminisé au moyen d’un suffixe français <em>-ette</em>. Toujours à propos du verlan, on remarquera que la voyelle centrale des mots précédemment cités, celle que note les lettres <em>eu</em>, ne correspond pas à celle des mots d’origine : <em>j<strong>ui</strong>f, femme </em>(prononciation <em>f<strong>a</strong>me</em>), <em>(A)r<strong>a</strong>be, fl<strong>i</strong>c</em> : la voyelle du verlan provient de la neutralisation des voyelles dans le système phonétique arabe.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Je ne parlerai pas ici des emprunts à l’arabe qui foisonnent dans le français d’Algérie, une langue savoureuse qui finira par se perdre. Ces emprunts sont si nombreux qu’il y aurait là le sujet d’un autre article (voir un livre très documenté sur la question, la thèse de A. Lanly <em>Le français d’Afrique du Nord</em>, P.U.F, 1962).</p>
<p>Je ne parlerai pas non plus, et c’est dommage, des emprunts de l’arabe maghrébin au français, n’étant pas qualifiée pour cela. Une de mes étudiantes, Farida Tighanimine, avait fait, à ma demande, une excellente petite étude sur l’arabe du Maroc : elle montrait comment le plus gros stock d’emprunt était constitué, non de termes techniques (quoique <em>latriciti…</em>), mais plutôt administratif (<em>latrite</em>). Elle montrait aussi qu’il s’agissait d’emprunts à part entière, qui s’étaient intégrés dans la langue arabe « dialectale » en adoptant son phonétisme et sa morphologie.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>En conclusion de cet article, né d’un coup de colère contre les « puristes » de toutes sortes qui s’imaginent qu’il faut préserver une langue en la gardant telle qu’elle était prétendument dans un passé mythique – ce qui va le plus souvent de pair avec un conservatisme, pour ne pas dire un obscurantisme, dans les choix politiques – j’espère avoir démontré</p>
<ul>
<li>que les emprunts sont une nécessité dans la vie des langues, qui savent très bien les adapter à leurs structures,</li>
<li>que, bien que très commandés par l’histoire, ils n’ont, dans la majeure partie des cas, pas de rapport avec l’infériorisation d’un peuple dû à une colonisation,</li>
<li>et que les emprunts inutiles qui encombrent les langues, après avoir été un temps à la mode pour leur expressivité, finissent par disparaître sans qu’on ait à s’en soucier ni a s’en irriter !</li>
</ul>

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		<title>17 octobre, il y a cinquante ans : « L’enfant d’octobre » (Nouvelle)</title>
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		<pubDate>Tue, 18 Oct 2011 17:11:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mperret</dc:creator>
				<category><![CDATA[Afriques]]></category>
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<p>C’était une de ces soirées d’automne qui ressemblent encore à l’été tant l’air était doux. L’or des feuilles remplaçait le soleil déclinant, les rares voitures passaient avec un bruit soyeux, comme pour ne pas nous déranger dans notre bonheur. C’était en effet une soirée si douce que, curieusement, dans mon souvenir du moins, il y avait peu de voitures. Les lumières de la ville commençaient à s’allumer.<br />
Nous venions de nous fiancer, nous sortions d’un cinéma du quartier latin où nous nous étions tenu la main pendant toute la durée du film et nous nous tenions encore par la main en flânant dans les petites rues, émus de romantisme et de tristesse : nous allions être séparés pendant presque trois ans, Eric avait épuisé son sursis, avait terminé ses quelques mois de formation comme élève officier, il lui fallait maintenant partir pour les Aurès, pour cette guerre d’Algérie qui arrachait le cœur de toutes les amoureuses de France.</p>
<p>Nous avions l’impression d’être dans une chanson de Mouloudji, c’était « un soir plein d’imprévu et de mélancolie » et nous nous approchions de la Seine, avec l’intention de nous pencher au dessus de l’eau, dans la lumière dorée des projecteurs des péniches, de regarder, une dernière fois ensemble, couler la Seine, pour se souvenir de notre amour, comme dans un poème d’Apollinaire.<br />
Pourtant, quelque chose nous empêchait d’approcher. Quoi ? Il y avait vraiment peu de monde dans les rues, nous étions main dans la main, yeux dans les yeux et souvent lèvres contre lèvres, mais nous sentions confusément que quelque chose de lourd, d’oppressant nous empêchait d’avancer dans cette direction. Alors nous tournions dans ces ruelles entre le boulevard Saint Germain et les quais, et chaque fois que nous approchions des quais, une sorte de refus nous faisait changer de chemin. C’était très bizarre. D’ailleurs, à mesure que la nuit tombait, la soirée devenait de plus en plus curieuse, l’air piquait un peu les narines, les voitures se raréfiaient, une sorte de silence grondant nous enveloppait. Je sais maintenant pourquoi, mais nous, dans cette soirée d’octobre, tout à notre amour menacé par l’absence, nous refusions de prêter attention à cette curieuse ambiance.<br />
Et c’est alors que nous l’avons rencontrée, au coin de la rue du Dragon. C’était une toute petite fille, quatre ans peut-être, qui paraissait perdue. Elle marchait, toute seule au milieu de la rue, dans une belle robe des dimanches en rayonne orange, une grosse tresse enrubannée de rouge sombre dans le dos, avec de belles petites chaussures des dimanches, elles aussi, fermées sur le dessus du pied par une barrette à bouton. Elle marchait seule, visiblement perdue, et elle sanglotait. De grosses larmes coulaient le long de ses joues et faisaient briller ses longs cils noirs, elle était jolie comme un bouton de rose et elle essuyait sans cesse son petit nez de bébé, qui débordait de ses larmes.<br />
Nous nous sommes approchés d’elle.<br />
- Où vas-tu, petite ? Tu t’es perdue ? Où habitent ton papa et ta maman ?<br />
Et elle, entre deux sanglots, en essuyant du dos de la main son nez qui coulait, ne savait que répéter en écho « Mon papa, mon papa, mon papa », comme si elle le cherchait, comme si…<br />
A y regarder de plus près, sa robe des dimanches n’était pas si belle que ça, froissée, tâchée de boue ou peut-être même de sang, ses jolies petites chaussures aussi étaient souillées.<br />
- Tu t’es fait mal, petite ?<br />
- Mon papa&#8230;<br />
- Tu es perdue ? Où il habite, ton papa ?<br />
Mais l’enfant était si bouleversée qu’on ne pouvait rien en tirer. Elle m’a tendu avec confiance sa petite main brune, elle ne pleurait plus, mais elle répétait encore « mon papa, mon papa » et quelques mots encore, qui devaient être de l’arabe. Je l’ai prise dans mes bras et elle a appuyé sa petite joue contre la mienne.</p>
<p>- Allez, on va le retrouver, ton papa, a dit Eric.<br />
Et nous sommes repartis en sens inverse, dans la direction d’où elle semblait venir. L’enfant s’était mise à trembler. A mesure que nous approchions du boulevard Saint-Michel, l’air devenait plus piquant : en fait, c’étaient des émanations de grenades lacrymogènes. « Il y a eu du vilain, ici », a encore dit Eric. Mais c’est en arrivant sur le Boul’Mich que nous avons découvert un spectacle de désolation, pire que tout ce que nous avions jamais pu voir dans ce quartier labouré de manifs : verre brisé, chaussures abandonnées jonchant le sol, grilles arrachées, flaques de sang. Quelques rares badauds effrayés, des gens du quartier, ont fini par nous dire : « Il y a eu une terrible manifestation d’Arabes et la police a chargé. Mais nous, on n’a rien vu : on était chez nous, vous comprenez, on ne voulait pas se faire piéger dans tout ça ». Un journaliste esseulé prenait encore quelques photos : « On dit qu’il y a eu des morts à Neuilly ou à République. Elle est Arabe ? » nous a-t-il demandé en désignant la petite du menton « Un conseil, tirez-vous de là vite fait, on se bat encore du côté de Saint-Sulpice »<br />
- Mais elle est perdue, elle cherche son père.<br />
- Son père ? A l’heure qu’il est, il doit être à Beaujon ou au Val de Grâce, voire pire encore. C’est pas joli-joli, pas joli du tout. (Il avait l’air accablé, impuissant.) Tirez-vous, ne vous faites pas prendre avec elle… au mieux, elle se fera ramasser, au pire, vous vous ferez choper tous les trois. Tâchez de passer par la rue Jacob, ça a l’air calme. Et demain sera un autre jour, vous pourrez alors chercher. Croyez-moi, il n’y a plus ici, ce soir, un seul musulman cherchant sa petite fille perdue. » Et, d’une voix encore plus lasse « Il n’y a plus ici que des fantômes »</p>
<p>Comment n’avions nous rien vu, rien compris, tout à notre amour mélancolique, dans ces aimables rues de ce Paris d’automne, dans la dorure des feuilles mortes, la douceur d’un été finissant ? Maintenant, nous la sentions bien, l’odeur acre des lacrymogènes et nous entendions de loin en loin, en approchant des poches de résistance, ce qui pouvait bien être des coups de feu. Paris avait été à feu et à sang, les bonnes gens n’en avaient rien su, et les amants bientôt séparés avaient traversé l’une des aires d’affrontements sans se rendre compte de quoi que ce soit, plongés dans leurs rêves. Et maintenant, ils tenaient dans leurs bras, endormie et encore secouée de sanglots pendant son sommeil, une petite enfant perdue, sans doute arrachée à ses parents par une charge de police, et qui avait sans doute assisté à des scènes terrifiantes.</p>
<p>Eric et moi sommes énarques, lui vient de sortir dans un bon rang et moi d’intégrer, nos parents à tous les deux sont industriels, normalement catholiques, normalement gaullistes. Nous nous sommes connus dans les soirées et les rallyes que nos familles organisaient pour nous et comme nous ne sommes ni sots, ni irresponsables, nous avons réfléchi à cette guerre qui ne dit pas son nom, ces « événements » qui nous ennuient bien, parce qu’ils vont nous séparer pendant presque trois ans et qu’ils vont retarder d’autant notre mariage. Nous pensons qu’il serait bien qu’elle se termine dignement, cette guerre, comme dans le reste de l’Afrique, par une sorte d’indépendance qui l’intègrerait à un Commonwealth à la française, que toute cette agitation, tous ces « ultras » qui ne veulent pas entendre raison, ces paras qui torturent et ces fellagas qui mettent des bombes dans les cafés feraient bien de se rendre à l’évidence. Et que, à quoi bon envoyer notre belle jeunesse mourir dans les Aurès, à quoi bon lancer des manifestations monstres dans les rues de Paris, puisque cette espèce de protectorat, on est justement en train de le négocier ?<br />
Et, avec tous ces bons sentiments nous voilà maintenant piégés à notre tour, avec sur les bras – non, dans les bras, plutôt &#8211; une petite fille perdue, ensanglantée, sans père ni mère, à demi folle d’avoir assisté à on ne sait quelles horreurs.<br />
Nous arrivons dans le petit hôtel particulier de mes parents, rue de Babylone, tout est calme, ils sont allés se coucher sans nous attendre, Eric s’allonge sur un canapé plutôt que de rentrer chez lui à Neuilly, je prends la petite avec moi dans mon lit de jeune fille, elle dort dans mes bras, toute tendre et abandonnée, parfois elle se retourne avec un gros sanglot, en prononçant des mots incompréhensibles.</p>
<p>Le lendemain, les journaux ne parlent pas de grand-chose : il y a eu une manifestation du FLN, des heurts avec la police, deux morts, quand même, et un certain nombre de blessés parmi les forces de l’ordre. Pas grand-chose à voir avec ce que nous a dit le journaliste. Nous commençons notre quête. Le père d’Eric, qui connaît le préfet Papon, met en branle ses relations « Ne vous inquiétez pas, cher ami, nous avons arrêté beaucoup de meneurs, c’est vrai, mais nous lancerons discrètement notre recherche dans les commissariats et les centres d’internement ».<br />
Moi, pas trop confiante dans les recherches de Papon, j’ai l’idée de téléphoner à mon amie Marga de Saint-Aulne qui, bien qu’héritière d’une grande famille du Nord (ou peut-être à cause de cela), milite au PSU. Marga est une grande gueule de rebelle exaltée, sympathique et délurée, qui, au sortir du pensionnat, a laissé tomber rallyes et mondanités pour faire une licence de sociologie. Quand je l’appelle et lui raconte notre aventure, elle m’engueule : « Quoi, espèce de dinde ? Mais tu vis sur une autre planète ! Vous traversez comme des ahuris le quartier latin un soir d’émeute sans vous rendre compte de rien ! Deux morts ? Me fais pas rigoler, tu vas pas te fier à l’intox de Papon, quand même ! Sais-tu seulement que la Seine a charrié des cadavres, sais-tu qu’on y a jeté en pagaille des morts et aussi des vivants, sais-tu qu’on a tabassé à tour de bras, qu’on a massacré dans les commissariats, petite sotte amoureuse ? Si ça se trouve, ta gamine, elle a vu tuer son père devant elle et sa famille, on ne la retrouvera jamais ».<br />
J’aurais tendance à penser qu’elle exagère, mais, les jours suivants, une partie de la presse, et même le Figaro et le Monde, commencent à corroborer plus ou moins ce que Marga raconte.<br />
Et la brave Marga de Saint-Aulne passe à l’action et met sur l’affaire son réseau (de quoi ? de porteurs de valises ? je ne veux pas le savoir, mais je me le demande). On commence par les ghettos sud, puisque, disent-ils, ce sont les banlieues sud qui se sont retrouvées boulevard Saint-Michel. Mais rien, visages fermés des hommes, mines hypocrites des patrons de bistrot, femmes qui pressent le pas. On montre des photos de la petite, on montre la petite. Rien. Un silence effrayé et hostile. Ce que j’ai pu en voir, des hommes au corps las, détournant le regard, de grosses femmes empaquetées qui font semblant de ne pas comprendre un mot de français. Un lumpen prolétariat, comme dit Marga la donneuse de leçon, triste, digne et accablé.</p>
<p>Entre temps, Eric est parti pour là-bas et mon cœur est lourd, entre temps, Marga s’éprend de la petite, mais n’en tire rien de plus que moi : nous ne savons même pas son nom, en français, elle semble ne savoir dire que « mon papa », en arabe, elle chante toujours la même comptine, semble-t-il, en se balançant d’un pied sur l’autre, puis en balançant sa poupée, le jour ou je lui en achète une. Mais la poupée, pour la première fois, lui a arraché un sourire, un sourire presque heureux qui a illuminé furtivement son petit cœur de visage.<br />
Maman la gave de riz au lait qu’elle avale sans rien dire, Marga la prend sur ses genoux et lui fait faire des dessins, elle dessine volontiers des sortes de têtards, comme le font les enfants de son âge, mais ce ne sont que morts et suppliciés, des bonshommes tout crayonnés de noir et de rouge allongés par terre, il y en a même un qui revient souvent, séparé de sa tête – ce qui nous semble tout de même un peu exagéré. Comme une psychanalyste, Marga essaye de faire parler l’enfant sur ses dessins, mais là encore, silence et re-silence. Je commence même à me dire que, bien que toujours vierge et si éloignée de mon amour, je vais bientôt me retrouver mère d’une petite amnésique de quatre ans…<br />
Nous passons aux bistrots du nord de Paris. Rien, que des regards vides.<br />
Nous passons aux bidonvilles du nord-ouest, Courbevoie, Nanterre. Nous les arpentons, Marga, son copain qui ressemble à un vieux typographe anarchiste, deux militants nationalistes au visage de bois et moi, avec mes fines ballerines et tenant par la main ma petite muette. Les ruelles sont boueuses, les baraques misérables et pourtant, il y a souvent là une certaine chaleur, une certaine amitié. Je découvre un monde inconnu.<br />
Et puis un jour, dans le bidonville de la Folie, où ils ont pris l’habitude de nous voir passer de temps en temps, dans la ruelle étroite, une grosse dame s’avance en tanguant, un lourd broc d’eau à la main. Et ma fillette se met à courir vers elle de toute la vitesse de ses petites jambes brunes, soudain sortie de sa torpeur, en criant Mouyi, mouyi et la grosse dame lâche son seau d’eau et la prend dans ses bras en criant Nadia, Nadia. Et la petite enfant rit et pleure à la fois et se love dans les bras de la grosse dame qui ne parle pas bien français et ne sait que nous dire « Moi, Nadia, maman, papa». Et la petite répète avec espoir « Papa, papa », mais la grosse dame secoue négativement la tête.<br />
Marga, le typographe anarchiste et moi, nous les suivons dans une cabane bien tenue où la grand-mère nous fait du thé à la menthe, puis elle envoie chercher un type qui parle français et qui nous explique que la dame est bien la grand-mère de notre petite Nadia, que les parents de la gamine habitent du côté d’Antony, mais qu’on ne sait pas ce qu’ils sont devenus. Peut-être sont-ils retournés au pays ? propose-t-il sans conviction. Et pourquoi n’ont-ils pas emmené la petite ? Et nous, nous disons ce que nous savons, comment nous l’avons trouvée perdue et sanglante un soir d’octobre. L’homme traduit, la grand-mère hoche la tête et serre en frissonnant la fillette dans ses bras.<br />
Ils ne nous ont même pas permis de lui laisser sa poupée. D’ailleurs, Nadia s’en fichait bien, blottie dans les bras de sa grand-mère. Nous repartons sans avoir pu l’embrasser, mais l’enfant me regarde longuement à travers ses cils humides, avec un demi-sourire en coin. Adieu, petite Nadia, que la vie te soit douce !</p>
<p>Et moi, je suis me sens triste, triste, sans ma petite poupée à moi, ma poupée de douce chair brune qui dormait dans mes bras avec tant d’abandon, tant de confiance… Mon petit enfant d’octobre.<br />
Le jeune printemps montre son nez sur les talus du bidonville ; le mois de mars est déjà là.<br />
Bientôt, nous retrouverons la paix, bientôt, mon amour reviendra, bientôt, j’aurais mon petit enfant à moi. J’espère que ce sera une douce petite fille brune : je l’appellerai Nadia.</p>

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		<title>Douce France</title>
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		<pubDate>Fri, 14 Oct 2011 18:46:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mherland</dc:creator>
				<category><![CDATA[Economies]]></category>
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		<description><![CDATA[Rien ne vaut l’éloignement de la terre natale pour qui veut porter sur elle un jugement tant soit peu objectif. En l’occurrence la distance n’était pas grande puisque nous nous sommes contentés de traverser les Pyrénées. Les Français – enfin beaucoup d’entre eux – ont tendance à voir leur pays comme le nombril du monde. [...]]]></description>
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<p style="text-align: justify">Rien ne vaut l’éloignement de la terre natale pour qui veut porter sur elle un jugement tant soit peu objectif. En l’occurrence la distance n’était pas grande puisque nous nous sommes contentés de traverser les Pyrénées.</p>
<p style="text-align: justify">Les Français – enfin beaucoup d’entre eux – ont tendance à voir leur pays comme le nombril du monde. Son ancienne culture, ses monuments, le raffinement de sa cuisine, ses écrivains, ses intellectuels et ses artistes sont réputés lui conférer un prestige à nul autre pareil. Un prestige qui ne résiste pas, cependant, à un bref séjour à l’extérieur.</p>
<p style="text-align: justify">A priori l’Espagne ne semble pas une concurrente bien redoutable : ne s’agit-il pas d’un pays qui traverse une crise économique majeure, avec un taux de chômage apocalyptique et une immigration irrépressible ? Ce n’est pas par hasard que l’Espagne <em>(Spain) </em>fait partie des horribles « PIIGS », ces pays dont l‘impéritie menace la zone euro. Un voyage dans ce pays par les transports en commun, et la visite de quelques hauts lieux touristiques à la propreté immaculée, ont suffi pourtant à nous convaincre que les Français avaient bien des choses à lui envier.</p>
<p style="text-align: justify">Ses trains par exemple. Les trains à longue distance de la société nationale « Renfe » offrent un degré de confort en seconde classe supérieur à celui que l’on peut espérer même des wagons de première de la SNCF. Qu’on en juge : une prise de courant sur chaque siège pour ceux qui souhaitent utiliser leur ordinateur, des films projetés sur des écrans judicieusement installés dans tout le wagon, avec distribution d’écouteurs individuels à la clef, comme dans un avion. Le contrôle qui inclut l’examen des bagages dans un scanner (à nouveau comme dans le transport aérien) a lieu avant l’embarquement, ce qui n’empêche pas que des contrôleurs passent à plusieurs reprises dans le train, sans avoir besoin d’importuner les passagers puisqu’ils ont en main la liste des sièges réservés.</p>
<p style="text-align: justify">Rentrés en France, nous nous sommes retrouvés, ma compagne et moi, dans un train interrégional « TEOZ », ralliant Toulouse à Paris. Première déconvenue, le wagon n° 7 dans lequel nos places étaient réservées n’existait tout simplement pas, le train n’en comportant que six. Après avoir consulté vaguement une liste, le contrôleur présent sur le quai a orienté les personnes dans notre cas vers les places numérotées entre 50 et 60 de n’importe quel wagon. Naturellement, beaucoup de ces places étaient déjà occupées, d’autant que nous étions un vendredi soir, à une période de forte affluence. Les voyageurs du wagon n° 7 s’assirent là où ils pouvaient, ou se mirent à errer, en traînant leurs bagages, à la recherche d‘un endroit ou se caser.</p>
<p style="text-align: justify">Une fois le train démarré, un appel des deux contrôleurs du train invita les voyageurs dans notre cas à les rejoindre et des places dûment disponibles nous furent alors distribuées. Ma compagne et moi-même eûmes la chance, croyions-nous, d’être surclassés. Certes, nous n’aurions pas droit au cinéma gratuit et il n’existait que deux prises électriques pour un compartiment de six places (contre aucune en seconde) et qui se révélèrent hors d‘usage (!), néanmoins les sièges étaient plus confortables, le décor un peu plus avenant que dans la classe inférieure. Par contre, rien n’était prévu pour s’essuyer les mains dans les toilettes, pas plus de serviettes en papier que de séchoir électrique…</p>
<p style="text-align: justify">Enfin, nous nous serions malgré tout estimés satisfaits,… s’il n’y avait eu les autres voyageurs ! Sans doute la France fut elle naguère le phare de la civilisation : nous nous plaisons en tout cas à le croire. Force est de constater que ce temps est désormais révolu. La crasse de nos villes, encombrées de canettes vides, de papiers gras et envahies par des déjections qui ne sont pas nécessairement celles des chiens mais trop souvent celles de leurs maîtres, démontre hélas que, contrairement à certains autres peuples, nous n’avons pas vraiment progressé en matière de propreté depuis le Grand Siècle.</p>
<p style="text-align: justify">Des règles existent pourtant, mais elles sont loin d’être suivies par toute la population. Il conviendrait donc, semble-t-il, de les lui inculquer de force. Hélas, le principal des maux français est peut-être cette incapacité à contraindre dont font preuve nos autorités : elles-mêmes souvent peu respectueuses des règles, elles ne seraient au demeurant pas vraiment qualifiées pour imposer une politique d’ordre public…</p>
<p style="text-align: justify">Un examen même superficiel des comportements des fonctionnaires chargés de faire respecter les lois fait apparaître combien ils sont réticents à exercer leur métier. Les policiers répugnent à arrêter des délinquants dont ils savent qu’ils seront absous par les magistrats. Les magistrats répugnent, quant à eux, à condamner ces « petits » délinquants, d’une part faute d’un nombre de places suffisant dans les prisons et d’autre part, peut-être, dans un souci louable d’équité par rapport aux puissants qui savent trop bien échapper au glaive de la Justice. On pourrait faire le même constat pour les inspecteurs du travail, ou du fisc, qui ne pèchent pas – c’est le moins qu’on puisse dire – par excès de zèle ! Et c’est ainsi que se généralise, à tous les échelons de la société, le mépris des lois.</p>
<p style="text-align: justify">Il eût été surprenant que les trains échappassent à ce processus. Au cours d’un voyage d’une durée de sept heures, avec à peu près autant d’arrêts, les contrôleurs ont effectué un seul passage, vers le milieu du trajet. Comme il n’y a pas de contrôle à l’embarquement ni au débarquement, n’importe qui peut donc monter dans le train sans billet vers la fin du voyage, le risque d’être pris en faute étant nul ou presque. Inutile de dire que les personnes les moins éduquées, c’est-à-dire les moins dressées au respect des règles, souvent des jeunes des cités naufragées de la « République », ne refusent pas une occasion pareille. C’est ainsi que nous vîmes monter, deux gares avant la fin du parcours, une bandes de « sauvageons » qui, à l’évidence n’avaient pas un billet de première classe et, probablement, pas de billet tout court.</p>
<p style="text-align: justify">Par chance ceux-là ne démontraient aucune agressivité et n’entreprirent pas de nous dévaliser. Ils se contentèrent – si l’on peut dire – de se comporter comme s’ils étaient seuls au monde, criant et riant, ou hurlant dans leur téléphone, sans aucun égard pour la tranquillité des autres passagers. Or, vu l’heure tardive – on approchait de minuit – ces derniers, pour la plupart depuis de longues heures dans train, aspiraient au repos.</p>
<p style="text-align: justify">Tout cela pour ça ! dira-t-on. Tout ce billet pour un non événement : des jeunes sans doute désargentés qui voyagent gratis et qui s’amusent. Il n’y a vraiment pas de quoi fouetter un chat !</p>
<p style="text-align: justify">Effectivement, et l’objet de ce papier n’est nullement de mettre en accusation ces jeunes gens qui n’ont fait que ce qu’ils savaient faire… puisqu’on ne leur a jamais appris autre chose. Lorsque les comportements d’incivilité se multiplient dans une société, il est parfaitement vain d’incriminer les incivils. Quoi qu’en pensent certains indécrottables optimistes, la nature humaine ne produit pas spontanément des individus policés, propres et courtois. L’humain naît inachevé et malléable. Élevé parmi les loups, il deviendra loup. Qu’on lui apprenne donc à respecter les autres comme à se respecter lui-même si l’on veut en faire un citoyen modèle.</p>
<p style="text-align: justify">Évidemment – tous les parents le savent – cet apprentissage exige autant d’efforts de la part des maîtres que des apprentis. La France est-elle capable d’un tel sursaut ? Rien, malheureusement, ne permet de le penser aujourd’hui.</p>
<p style="text-align: justify">_______________________________</p>

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		<title>Bannissement des mots Shoah, Identité, Histoire de France&#8230;</title>
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		<pubDate>Fri, 09 Sep 2011 19:19:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lsoulahbib</dc:creator>
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<p>Le tout avec la bénédiction de Luc Chatel. Il pourrait  désapprouver en effet ces livres scolaires. D&#8217;autant que tout est lié puisque toute identité doit disparaître, on l&#8217;a bien compris lors du débat sur l&#8217;identité nationale (sauf celle des peuples du Sud, monuments à restaurer en permanence). C&#8217;est ce que ne semble pas également comprendre Claude Lanzmann qui <a href="http://www.jforum.fr/forum/france/article/contre-le-bannissement-du-mot?utm_source=activetrail&amp;utm_medium=email&amp;utm_campaign=Newsletter%20du%2031/08/2011"><strong>s&#8217;étonne dans un article</strong> </a>de la suppression possible du terme Shoah alors que ses amis foucaldiens au pouvoir un peu partout rayent aussi de la carte non seulement l&#8217;orientation sexuelle (homosexualité comprise) mais aussi l&#8217;identité sexuelle confondant à souhait rôles en effet évolutifs (je suis en désaccord avec Zemmour sur ce point : un homme peut donner le biberon au petit la nuit par esprit chevaleresque : protéger le sommeil de la gente dame) et identités permanentes alors que jamais un homosexuel se décrouvrira en fin de compte hétéro ou se &laquo;&nbsp;choisira&nbsp;&raquo; tel (<strong><a href="http://www.lejdd.fr/Politique/Actualite/Pour-Christian-Vanneste-le-lobby-gay-est-a-l-origine-des-passages-sur-l-orientation-sexuelle-dans-les-manuels-scolaires-interview-381217/?from=headlines" target="_blank">en ce sens Christian Vanneste se trompe de cible</a> </strong>puisque les &laquo;&nbsp;gays&nbsp;&raquo; ont tout à perdre également de cette idéologie <em>queer</em>).</p>
<p>Il faut (<em>sollen</em>) aussi effaçer l&#8217;Histoire de France si l&#8217;on veut faire disparaître son identité et la réduire à une station de <em>bus</em> sur la trame mondiale des flux. Ce sera fait avec le second anéantissement de ses rois en les mettant en équivalence avec des rois africains, comme s&#8217;il fallait d&#8217;ailleurs les opposer en une repentance ultime (à quand la dénonciation de l&#8217;emprise de la culture romaine sur les Gaules ? De la culture arabo-islamique sur l&#8217;Afrique du Nord berbère?). Depuis que l&#8217;identité bolchevique de la Révolution a disparu, place au nouveau terrain de guerre : le corps; éclaté ; après l&#8217;esprit dé(cons)truit et éparpillé dans les urnes de la pensée incinérée en grandes pompes bien sûr.</p>
<p>La réaction indignée de Claude Lanzmann me fait penser aux lettres et pétitions bien tournées des rabbins allemands, français, aux autorités nazies ou vichistes (par exemple la &laquo;&nbsp;<em>pétition adressée par le rabbin Kaplan au commissaire français Xavier Vallat</em>&nbsp;&raquo; in Raul Hilberg, <em>La destruction des Juifs d&#8217;Europe</em>, Paris, éditions Folio, 2006, T.III, p.1909), en pure perte bien sûr tant la <em>catastrophe (</em>qui n&#8217;est pas seulement un mot palestinien) est déjà là.</p>
<p>Plaintes. Pleurs. Sur la défensive. Les petits résidus des Bourdieu, Foucault and Co s&#8217;en donnent alors à coeur joie, ils utilisent à fond tous les terrains de &laquo;&nbsp;lutte&nbsp;&raquo; pour répandre leur fiel faute de miel. Le tout au nom de &laquo;&nbsp;la&nbsp;&raquo; science qu&#8217;est devenue pour eux leur idéologie, celle du contexte, du milieu, dogmatisé. Car pour eux le milieu ne met pas en forme un contenu permanent, il est le contenu lui-même au sens de tout redéfinir, telle est la force de ce néo-idéalisme. Et pour le faire apparaître il leur faut oeuvrer en petits soldats pour détruire, détruire, encore détruire afin que le territoire (français) ressemble enfin à leur carte (celle du Jocker&#8230;). Non plus la France, mais un hexagone parmi mille dont les guichets sont ouverts à tous, gratuitement si possible. Puisque l&#8217;identité la plus intime, micro, est équivalente à un meccano il n&#8217;y a pas de raison qu&#8217;il n&#8217;en soit pas de même au niveau du paquebot France, désormais au rebut&#8230;</p>

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