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	<title>MondesFrancophones.com &#187; Cyberespaces</title>
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		<title>Cyberdépendance politique</title>
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		<pubDate>Wed, 18 Feb 2009 22:03:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mletellier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cyberespaces]]></category>
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<p align="left">Il y a sans doute des tas de formes d&#8217;addiction internet, celles des jeux par exemple, comme on le voit dans les cybercafés où des salles entières de jeunes (et moins jeunes) passent des heures à jouer en ligne, vissés sur leurs fauteuils. Et chez eux aussi bien sûr. Il y a aussi des sites divers avec des abonnés permanents, des réseaux sociaux, des sites boursiers, des sites de joueurs de bridge, d&#8217;échec, des sites pornos, ou n&#8217;importe quoi d&#8217;autre, qui tous suscitent une ferveur comparable.</p>
<p align="left">Je ne connais pas ces genres d&#8217;addiction, mais j&#8217;en connais bien une autre, c&#8217;est celle des débats politiques sur internet, sur les blogs ou les forums, et je peux vous faire part en ce domaine de ma modeste expérience.</p>
<p align="left">J&#8217;ai toujours été intéressé par la politique et les débats, mais jamais été amené à vraiment participer, discuter, débattre, sauf dans des cas épisodiques, avec des amis, quand la conversation portait sur un tel sujet. Je n&#8217;ai jamais non plus vraiment milité, même si j&#8217;ai participé à des mouvements politiques, comme en mai 68. Donc pour résumer, un grand intérêt pour la politique, surtout internationale, pour les idées politiques, les grands débats de l&#8217;époque, mais très peu de participation active.</p>
<p align="left">Jusqu&#8217;à l&#8217;arrivée d&#8217;Internet, dans les années 1990&#8230;</p>
<p align="left">Tout change alors, parce que ce moyen de communication donne la possibilité à tout un chacun de participer, de débattre, d&#8217;échanger, dans l&#8217;interactivité et la simultanéité. Une révolution.</p>
<p align="left">Les premiers forums ont démarré au milieu des années 1990, les débuts étaient timides, avec un nombre d&#8217;intervenants limité. Par exemple, sur le site du <em>Monde</em>, les intervenants se connaissaient bien, ils se voyaient même en dehors d&#8217;internet, ils formaient un cercle limité de <em>Happy Few</em>. Et puis, avec la démocratisation de ce média, tout a changé encore, les forums ont vu des milliers d&#8217;intervenants arriver, des joutes de plus en plus dures, des polémiques acerbes, des prises de bec très violentes (au niveau verbal) et les responsables ont mis en place des équipes de modération, comme l&#8217;équipe de Michel Tatu, au <em>Monde</em>, ancien envoyé spécial du journal en URSS (!). Les modérateurs se chargeaient d&#8217;exclure, de corriger, d&#8217;effacer, de lancer des avertissements, etc., afin que les forums ne dérapent pas dans l&#8217;empoignade généralisée. En France, la modération est générale, dans les forums américains, moins, car il y a une tradition de liberté totale d&#8217;expression, quoi qu&#8217;il en coûte.</p>
<p align="left">Et puis après les forums, il y a eu les blogs, dans les années 2000, mais en gros le principe est le même. Avec une différence notable, c&#8217;est que les forums étaient des endroits où on allait, pour s&#8217;exprimer, pour discuter, dans les grands sites, comme <em>Le Monde, Libération, Le Figaro, Télérama</em>, etc., avec une hiérarchie, les responsables du site d&#8217;un côté, les intervenants de l&#8217;autre. Alors que les blogs ont apporté une démocratisation de l&#8217;expression, chacun peut ouvrir son blog, avoir des invités, des intervenants, des débats, modérer ou pas, censurer ou pas, comme il veut. La hiérarchie a été supprimée, du coup, même si les forums ont continué leur vie de leur côté.</p>
<p align="left">Pour ma part, j&#8217;ai commencé à fréquenter les forums à la fin des années 1990, découvrant quelque chose d&#8217;extraordinaire, pouvoir débattre tous les jours, pouvoir s&#8217;exprimer par écrit, pouvoir défendre ses idées, utiliser à plein le potentiel de l&#8217;écriture, de ses connaissances, de l&#8217;expression, de l&#8217;humour, de l&#8217;ironie, de la dérision, de la défense, de l&#8217;attaque, de la preuve par les faits, des alliances et stratégies, etc. Bref, utiliser la batterie d&#8217;armes disponibles pour faire passer son point de vue, son idéal, ce qu&#8217;on croit juste, important, valant la peine d&#8217;être exprimé.</p>
<p align="left">J&#8217;ai commencé par hasard, sur le forum de <em>Télérama</em>, défendant, c&#8217;était en 1999, l&#8217;intervention de l&#8217;OTAN au Kosovo contre Milosevic et les milices ultranationalistes qui y sévissaient. Le débat a fait rage pendant des mois, et même longtemps après la guerre. Je suis passé ensuite à <em>Libération</em>, et finalement aux forums du <em>Monde</em>, sans doute les plus actifs à l&#8217;époque. Les débats sont passés à l&#8217;élection de Bush, au onze septembre naturellement, à la guerre en Afghanistan, à celle d&#8217;Irak, à l&#8217;élection de Chirac contre Le Pen, plus tout un tas de débats mineurs sur mille et un sujets. Sur l&#8217;économie aussi, la mondialisation, le FMI, la Chine, la deuxième élection de Bush, le Moyen Orient, Cuba, l&#8217;élection de Sarkozy, les oppositions libéraux/altermondialistes, etc., etc., etc.</p>
<p align="left">Après cela, pour limiter l&#8217;addiction, la perte de temps et le lourd investissement que cela représentait, je me suis encore plus limité, en n&#8217;intervenant que sur un blog, un blog ami, fondé par quelqu&#8217;un qui partageait en gros mes idées.</p>
<p align="left">Comment décrire l&#8217;addiction de ce type, qu&#8217;on pourrait qualifier d&#8217;addiction cyber-politique ?</p>
<p align="left">On peut y passer des heures, des journées, des nuits mêmes. Il n&#8217;est pas rare que le sujet, dépendant de ce type de débat, passe une partie de la nuit à continuer la discussion, aille se coucher à trois heures du matin, dorme quelques heures, pour se relever le plus tôt possible, hagard, impatient, pour continuer la discussion, pour voir ce qu&#8217;avait répondu X ou Y, avec qui il tenait un débat haletant. On peut passer des nuits blanches, ou en tout cas très courtes, quand on est pris dans cette forme de dépendance. On peut aussi y passer le plus clair de ses journées, avoir son travail complètement perturbé parce qu&#8217;on n&#8217;a de cesse de savoir ce qu&#8217;on vous a répondu, et qu&#8217;on est toujours impatient d&#8217;aller mettre une réponse, comme si sa vie ou le sort de la planète en dépendait&#8230; On peut partir en vacances par exemple, prendre la route, en s&#8217;arrêtant à chaque ville qu&#8217;on traverse, pour chercher désespérément un café internet, afin d&#8217;aller voir où le débat en est, et poster sa réponse. Comme toute addiction, celle-là est capable de vous ruiner la vie, et ruiner celle de votre entourage, ruiner aussi votre rapport avec vos proches, qui, loin de cette addiction, ne peuvent comprendre ce qui vous agite. Exactement comme un drogué en manque va essayer de tromper son entourage, en cachant son obsession.</p>
<p align="left">Pourquoi en va-t-il ainsi, après tout on s&#8217;exprime sous un pseudo, personne ne vous connaît personnellement, et cela n&#8217;a strictement aucune importance réelle si on cesse de répondre, si on s&#8217;en va, si on n&#8217;a pas le dernier mot, si on laisse son adversaire triompher. Personne ne le saura, personne ne vous en tiendra rigueur, personne ne vous verra comme un perdant. Tout ça est virtuel, ne concernant en rien la vie courante, les relations professionnelles ou autres.</p>
<p align="left">Et malgré tout, on se prend au jeu, on devient dépendant, on finit par accorder aux avatars de son pseudo sur le site plus d&#8217;importance qu&#8217;à sa vie même, je veux dire sa vie sociale. On accorde une importance démesurée à ce qui n&#8217;en a pas. Parfois on s&#8217;arrête et on se dit : mais c&#8217;est idiot, tout ça n&#8217;a aucune importance, je n&#8217;ai pas besoin de répondre, je peux reprendre une vie normale. Mais le plus souvent, on ne le fait pas. Pourquoi ?</p>
<p align="left">Je crois qu&#8217;il faut une âme de militant, pour ce type d&#8217;addiction, une passion pour la politique, pour les débats politiques. On croit à ses idées, on veut les défendre, les diffuser, on se passionne, exactement comme cela se passe dans les meetings, ou les débats dans les partis politiques, ou entre partis, lors des élections, depuis toujours. Il s&#8217;agit de savoir comment la société sera gérée, organisée, et évidemment les hommes étant ce qu&#8217;ils sont, les divergences et oppositions sont permanentes, les affrontements violents.</p>
<p align="left">Seule la passion politique explique cette forme d&#8217;addiction. On se forme un réseau d&#8217;amis, de gens qui partagent vos idées (qu&#8217;on rencontre à l&#8217;occasion, qui deviennent éventuellement des amis dans la vie réelle, qu&#8217;on découvre en vrai), on se forme aussi des ennemis, des adversaires, des bêtes noires, qu&#8217;on retrouve pour des discussions sans fin, et qu&#8217;on veut terrasser, ce qui n&#8217;arrive jamais&#8230;</p>
<p align="left">Sur le <em>Monde</em>, ça marchait comme ça : il y avait des catégories prévues, par exemple « France », « Économie », « Amérique », « Guerre d&#8217;Irak », « Mondialisation », etc., et dans chacune d&#8217;elle, chaque intervenant pouvait ouvrir un fil (<em>thread</em>) en développant une idée, un thème, et inviter à la discussion. Au bout d&#8217;un moment, le modérateur verrouillait le fil, au bout de 100 à 200 messages (ou <em>posts</em>), et on passait à autre chose, d&#8217;autres fils, d&#8217;autres discussions. À chaque fois, chacun voulait avoir le dernier mot (avant que le fil ne ferme), et une sorte de course de vitesse s&#8217;engageait entre les intervenants. Les débats les plus durs avaient lieu entre libéraux et interventionnistes, conservateurs et gauchistes, nationalistes et antinationalistes, pro et anti européens, antisémites et philosémites, etc. Seule la catégorie « Moyen Orient », où les échanges étaient les plus virulents, les plus violents, les plus agressifs, avait une modération préalable. C&#8217;est-à-dire que vous postiez, mais le message n&#8217;apparaissait pas, il était d&#8217;abord lu par les modérateurs, qui décidaient s&#8217;il était acceptable avant de le mettre sur le forum. Dans toutes les autres catégories, les messages apparaissaient instantanément, dès qu&#8217;on postait, afin de préserver la qualité essentielle d&#8217;internet, la simultanéité de l&#8217;échange, et ils étaient éventuellement modérés après coup (corrigés ou effacés, ou laissés tel quel la plupart du temps).</p>
<p align="left">Une caractéristique de ces débats, c&#8217;est qu&#8217;on se porte des coups, et souvent des coups très durs. On s&#8217;insulte, on se ridiculise, on essaie par tous les moyens de battre l&#8217;adversaire. Celui qui raisonne le mieux, qui manie le mieux la langue, l&#8217;humour, l&#8217;ironie, qui connaît le mieux les faits et les théories, l&#8217;emporte. Mais aucun des intervenants n&#8217;est convaincu, tout le monde reste dans ses idées et convictions. Sauf dans le cas des observateurs extérieurs, car il y a beaucoup de gens qui se contentent de lire ces débats, sans intervenir. Ceux-là peuvent être convaincus par l&#8217;un ou l&#8217;autre bord, s&#8217;ils n&#8217;ont pas des convictions trop arrêtées au départ. J&#8217;ai reçu ainsi souvent des mails personnels (car tous ces pseudos ouvrent des adresses à leurs noms imaginaires) disant qu&#8217;ils avaient été convaincus, qu&#8217;ils avaient changé d&#8217;opinion, suite à ces empoignades.</p>
<p align="left">Est-ce utile, est-ce important ? Je pense que oui, les débats d&#8217;idées sont nécessaires, il vaut mieux que les gens parlent, surtout s&#8217;ils ont des opinions opposées, cela fait partie de la démocratie. En outre, des idées valent d&#8217;être défendues, d&#8217;être diffusées, d&#8217;autres doivent être combattues.</p>
<p align="left">Prenons un exemple, supposons qu&#8217;internet ait existé en 1932, en Allemagne, au moment où les nazis menaçaient de s&#8217;emparer du pouvoir, où leur nombre et leur force grossissaient. N&#8217;était-il pas utile de s&#8217;opposer à leurs idées, par ce moyen en particulier ? Peut-être que le sort du monde aurait été changé si leurs idées et leur programme avaient été dénoncés avec succès dans des débats ouverts et anonymes, sans pression extérieure. Peut-être qu&#8217;ils auraient perdu les élections et vu leur nombre reculer ensuite, avec les conséquences qu&#8217;on imagine : pas de guerre, pas de génocide.</p>
<p align="left">Enfin, dernière question, peut-on sortir de cette addiction ? La politique n&#8217;a pas de fin et les débats non plus. Mais on peut en sortir quand même, car il n&#8217;y a pas de dépendance physiologique, comme dans le cas des drogues. On réalise assez vite qu&#8217;on perd un temps considérable, et aussi que c&#8217;est véritablement épuisant et qu&#8217;on se ruine la santé. Qu&#8217;on ne peut pas, sans dommage, passer des nuits chaotiques trop longtemps&#8230; On se dit en fait, au bout d&#8217;un moment, bon, j&#8217;ai passé un an, deux ans, trois ans, à me battre pour mes idées sur les forums du <em>Monde</em> ou de <em>Libé</em>, ou sur tel ou tel blog connu, j&#8217;ai fait ma part, je ne peux pas y laisser ma santé et ma famille, ma vie privée. À d&#8217;autres de faire le boulot maintenant, moi je décroche. Je garde une petite activité de discussion, pour le sport, pour le plaisir, mais je ne vais pas combattre la Terre entière (ou la francophonie entière en l&#8217;occurrence), je ne vais pas continuer à affronter les moulins à vent. Basta.</p>
<p align="center">******************</p>
<p align="left"><strong>Annexe :</strong></p>
<p align="left"> <img class="alignnone size-full wp-image-2722" title="annexe_cyberdependance-politique1" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2009/02/annexe_cyberdependance-politique1.jpg" alt="annexe_cyberdependance-politique1" width="591" height="816" /><!--[if gte mso 10]><br />
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<p align="left">Il y a sans doute des tas de formes d&#8217;addiction internet, celles des jeux par exemple, comme on le voit dans les cybercafés où des salles entières de jeunes (et moins jeunes) passent des heures à jouer en ligne, vissés sur leurs fauteuils. Et chez eux aussi bien sûr. Il y a aussi des sites divers avec des abonnés permanents, des réseaux sociaux, des sites boursiers, des sites de joueurs de bridge, d&#8217;échec, des sites pornos, ou n&#8217;importe quoi d&#8217;autre, qui tous suscitent une ferveur comparable.</p>
<p align="left">Je ne connais pas ces genres d&#8217;addiction, mais j&#8217;en connais bien une autre, c&#8217;est celle des débats politiques sur internet, sur les blogs ou les forums, et je peux vous faire part en ce domaine de ma modeste expérience.</p>
<p align="left">J&#8217;ai toujours été intéressé par la politique et les débats, mais jamais été amené à vraiment participer, discuter, débattre, sauf dans des cas épisodiques, avec des amis, quand la conversation portait sur un tel sujet. Je n&#8217;ai jamais non plus vraiment milité, même si j&#8217;ai participé à des mouvements politiques, comme en mai 68. Donc pour résumer, un grand intérêt pour la politique, surtout internationale, pour les idées politiques, les grands débats de l&#8217;époque, mais très peu de participation active.</p>
<p align="left">Jusqu&#8217;à l&#8217;arrivée d&#8217;Internet, dans les années 1990&#8230;</p>
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<p align="left">Tout change alors, parce que ce moyen de communication donne la possibilité à tout un chacun de participer, de débattre, d&#8217;échanger, dans l&#8217;interactivité et la simultanéité. Une révolution.</p>
<p align="left">Les premiers forums ont démarré au milieu des années 1990, les débuts étaient timides, avec un nombre d&#8217;intervenants limité. Par exemple, sur le site du <em>Monde</em>, les intervenants se connaissaient bien, ils se voyaient même en dehors d&#8217;internet, ils formaient un cercle limité de <em>Happy Few</em>. Et puis, avec la démocratisation de ce média, tout a changé encore, les forums ont vu des milliers d&#8217;intervenants arriver, des joutes de plus en plus dures, des polémiques acerbes, des prises de bec très violentes (au niveau verbal) et les responsables ont mis en place des équipes de modération, comme l&#8217;équipe de Michel Tatu, au <em>Monde</em>, ancien envoyé spécial du journal en URSS (!). Les modérateurs se chargeaient d&#8217;exclure, de corriger, d&#8217;effacer, de lancer des avertissements, etc., afin que les forums ne dérapent pas dans l&#8217;empoignade généralisée. En France, la modération est générale, dans les forums américains, moins, car il y a une tradition de liberté totale d&#8217;expression, quoi qu&#8217;il en coûte.</p>
<p align="left">Et puis après les forums, il y a eu les blogs, dans les années 2000, mais en gros le principe est le même. Avec une différence notable, c&#8217;est que les forums étaient des endroits où on allait, pour s&#8217;exprimer, pour discuter, dans les grands sites, comme <em>Le Monde, Libération, Le Figaro, Télérama</em>, etc., avec une hiérarchie, les responsables du site d&#8217;un côté, les intervenants de l&#8217;autre. Alors que les blogs ont apporté une démocratisation de l&#8217;expression, chacun peut ouvrir son blog, avoir des invités, des intervenants, des débats, modérer ou pas, censurer ou pas, comme il veut. La hiérarchie a été supprimée, du coup, même si les forums ont continué leur vie de leur côté.</p>
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<p align="left">Pour ma part, j&#8217;ai commencé à fréquenter les forums à la fin des années 1990, découvrant quelque chose d&#8217;extraordinaire, pouvoir débattre tous les jours, pouvoir s&#8217;exprimer par écrit, pouvoir défendre ses idées, utiliser à plein le potentiel de l&#8217;écriture, de ses connaissances, de l&#8217;expression, de l&#8217;humour, de l&#8217;ironie, de la dérision, de la défense, de l&#8217;attaque, de la preuve par les faits, des alliances et stratégies, etc. Bref, utiliser la batterie d&#8217;armes disponibles pour faire passer son point de vue, son idéal, ce qu&#8217;on croit juste, important, valant la peine d&#8217;être exprimé.</p>
<p align="left">J&#8217;ai commencé par hasard, sur le forum de <em>Télérama</em>, défendant, c&#8217;était en 1999, l&#8217;intervention de l&#8217;OTAN au Kosovo contre Milosevic et les milices ultranationalistes qui y sévissaient. Le débat a fait rage pendant des mois, et même longtemps après la guerre. Je suis passé ensuite à <em>Libération</em>, et finalement aux forums du <em>Monde</em>, sans doute les plus actifs à l&#8217;époque. Les débats sont passés à l&#8217;élection de Bush, au onze septembre naturellement, à la guerre en Afghanistan, à celle d&#8217;Irak, à l&#8217;élection de Chirac contre Le Pen, plus tout un tas de débats mineurs sur mille et un sujets. Sur l&#8217;économie aussi, la mondialisation, le FMI, la Chine, la deuxième élection de Bush, le Moyen Orient, Cuba, l&#8217;élection de Sarkozy, les oppositions libéraux/altermondialistes, etc., etc., etc.</p>
<p align="left">Après cela, pour limiter l&#8217;addiction, la perte de temps et le lourd investissement que cela représentait, je me suis encore plus limité, en n&#8217;intervenant que sur un blog, un blog ami, fondé par quelqu&#8217;un qui partageait en gros mes idées.</p>
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<p align="left">Comment décrire l&#8217;addiction de ce type, qu&#8217;on pourrait qualifier d&#8217;addiction cyber-politique ?</p>
<p align="left">On peut y passer des heures, des journées, des nuits mêmes. Il n&#8217;est pas rare que le sujet, dépendant de ce type de débat, passe une partie de la nuit à continuer la discussion, aille se coucher à trois heures du matin, dorme quelques heures, pour se relever le plus tôt possible, hagard, impatient, pour continuer la discussion, pour voir ce qu&#8217;avait répondu X ou Y, avec qui il tenait un débat haletant. On peut passer des nuits blanches, ou en tout cas très courtes, quand on est pris dans cette forme de dépendance. On peut aussi y passer le plus clair de ses journées, avoir son travail complètement perturbé parce qu&#8217;on n&#8217;a de cesse de savoir ce qu&#8217;on vous a répondu, et qu&#8217;on est toujours impatient d&#8217;aller mettre une réponse, comme si sa vie ou le sort de la planète en dépendait&#8230; On peut partir en vacances par exemple, prendre la route, en s&#8217;arrêtant à chaque ville qu&#8217;on traverse, pour chercher désespérément un café internet, afin d&#8217;aller voir où le débat en est, et poster sa réponse. Comme toute addiction, celle-là est capable de vous ruiner la vie, et ruiner celle de votre entourage, ruiner aussi votre rapport avec vos proches, qui, loin de cette addiction, ne peuvent comprendre ce qui vous agite. Exactement comme un drogué en manque va essayer de tromper son entourage, en cachant son obsession.</p>
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<p align="left">Pourquoi en va-t-il ainsi, après tout on s&#8217;exprime sous un pseudo, personne ne vous connaît personnellement, et cela n&#8217;a strictement aucune importance réelle si on cesse de répondre, si on s&#8217;en va, si on n&#8217;a pas le dernier mot, si on laisse son adversaire triompher. Personne ne le saura, personne ne vous en tiendra rigueur, personne ne vous verra comme un perdant. Tout ça est virtuel, ne concernant en rien la vie courante, les relations professionnelles ou autres.</p>
<p align="left">Et malgré tout, on se prend au jeu, on devient dépendant, on finit par accorder aux avatars de son pseudo sur le site plus d&#8217;importance qu&#8217;à sa vie même, je veux dire sa vie sociale. On accorde une importance démesurée à ce qui n&#8217;en a pas. Parfois on s&#8217;arrête et on se dit : mais c&#8217;est idiot, tout ça n&#8217;a aucune importance, je n&#8217;ai pas besoin de répondre, je peux reprendre une vie normale. Mais le plus souvent, on ne le fait pas. Pourquoi ?</p>
<p align="left">Je crois qu&#8217;il faut une âme de militant, pour ce type d&#8217;addiction, une passion pour la politique, pour les débats politiques. On croit à ses idées, on veut les défendre, les diffuser, on se passionne, exactement comme cela se passe dans les meetings, ou les débats dans les partis politiques, ou entre partis, lors des élections, depuis toujours. Il s&#8217;agit de savoir comment la société sera gérée, organisée, et évidemment les hommes étant ce qu&#8217;ils sont, les divergences et oppositions sont permanentes, les affrontements violents.</p>
<p align="left">Seule la passion politique explique cette forme d&#8217;addiction. On se forme un réseau d&#8217;amis, de gens qui partagent vos idées (qu&#8217;on rencontre à l&#8217;occasion, qui deviennent éventuellement des amis dans la vie réelle, qu&#8217;on découvre en vrai), on se forme aussi des ennemis, des adversaires, des bêtes noires, qu&#8217;on retrouve pour des discussions sans fin, et qu&#8217;on veut terrasser, ce qui n&#8217;arrive jamais&#8230;</p>
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<p align="left">Sur le <em>Monde</em>, ça marchait comme ça : il y avait des catégories prévues, par exemple « France », « Économie », « Amérique », « Guerre d&#8217;Irak », « Mondialisation », etc., et dans chacune d&#8217;elle, chaque intervenant pouvait ouvrir un fil (<em>thread</em>) en développant une idée, un thème, et inviter à la discussion. Au bout d&#8217;un moment, le modérateur verrouillait le fil, au bout de 100 à 200 messages (ou <em>posts</em>), et on passait à autre chose, d&#8217;autres fils, d&#8217;autres discussions. À chaque fois, chacun voulait avoir le dernier mot (avant que le fil ne ferme), et une sorte de course de vitesse s&#8217;engageait entre les intervenants. Les débats les plus durs avaient lieu entre libéraux et interventionnistes, conservateurs et gauchistes, nationalistes et antinationalistes, pro et anti européens, antisémites et philosémites, etc. Seule la catégorie « Moyen Orient », où les échanges étaient les plus virulents, les plus violents, les plus agressifs, avait une modération préalable. C&#8217;est-à-dire que vous postiez, mais le message n&#8217;apparaissait pas, il était d&#8217;abord lu par les modérateurs, qui décidaient s&#8217;il était acceptable avant de le mettre sur le forum. Dans toutes les autres catégories, les messages apparaissaient instantanément, dès qu&#8217;on postait, afin de préserver la qualité essentielle d&#8217;internet, la simultanéité de l&#8217;échange, et ils étaient éventuellement modérés après coup (corrigés ou effacés, ou laissés tel quel la plupart du temps).</p>
<p align="left">Une caractéristique de ces débats, c&#8217;est qu&#8217;on se porte des coups, et souvent des coups très durs. On s&#8217;insulte, on se ridiculise, on essaie par tous les moyens de battre l&#8217;adversaire. Celui qui raisonne le mieux, qui manie le mieux la langue, l&#8217;humour, l&#8217;ironie, qui connaît le mieux les faits et les théories, l&#8217;emporte. Mais aucun des intervenants n&#8217;est convaincu, tout le monde reste dans ses idées et convictions. Sauf dans le cas des observateurs extérieurs, car il y a beaucoup de gens qui se contentent de lire ces débats, sans intervenir. Ceux-là peuvent être convaincus par l&#8217;un ou l&#8217;autre bord, s&#8217;ils n&#8217;ont pas des convictions trop arrêtées au départ. J&#8217;ai reçu ainsi souvent des mails personnels (car tous ces pseudos ouvrent des adresses à leurs noms imaginaires) disant qu&#8217;ils avaient été convaincus, qu&#8217;ils avaient changé d&#8217;opinion, suite à ces empoignades.</p>
<p align="left">
<p align="left">Est-ce utile, est-ce important ? Je pense que oui, les débats d&#8217;idées sont nécessaires, il vaut mieux que les gens parlent, surtout s&#8217;ils ont des opinions opposées, cela fait partie de la démocratie. En outre, des idées valent d&#8217;être défendues, d&#8217;être diffusées, d&#8217;autres doivent être combattues.</p>
<p align="left">Prenons un exemple, supposons qu&#8217;internet ait existé en 1932, en Allemagne, au moment où les nazis menaçaient de s&#8217;emparer du pouvoir, où leur nombre et leur force grossissaient. N&#8217;était-il pas utile de s&#8217;opposer à leurs idées, par ce moyen en particulier ? Peut-être que le sort du monde aurait été changé si leurs idées et leur programme avaient été dénoncés avec succès dans des débats ouverts et anonymes, sans pression extérieure. Peut-être qu&#8217;ils auraient perdu les élections et vu leur nombre reculer ensuite, avec les conséquences qu&#8217;on imagine : pas de guerre, pas de génocide.</p>
<p align="left">
<p align="left">Enfin, dernière question, peut-on sortir de cette addiction ? La politique n&#8217;a pas de fin et les débats non plus. Mais on peut en sortir quand même, car il n&#8217;y a pas de dépendance physiologique, comme dans le cas des drogues. On réalise assez vite qu&#8217;on perd un temps considérable, et aussi que c&#8217;est véritablement épuisant et qu&#8217;on se ruine la santé. Qu&#8217;on ne peut pas, sans dommage, passer des nuits chaotiques trop longtemps&#8230; On se dit en fait, au bout d&#8217;un moment, bon, j&#8217;ai passé un an, deux ans, trois ans, à me battre pour mes idées sur les forums du <em>Monde</em> ou de <em>Libé</em>, ou sur tel ou tel blog connu, j&#8217;ai fait ma part, je ne peux pas y laisser ma santé et ma famille, ma vie privée. À d&#8217;autres de faire le boulot maintenant, moi je décroche. Je garde une petite activité de discussion, pour le sport, pour le plaisir, mais je ne vais pas combattre la Terre entière (ou la francophonie entière en l&#8217;occurrence), je ne vais pas continuer à affronter les moulins à vent. Basta.</p>
<p align="left">
<p align="center">******************</p>
<p align="left">
<p align="left"><strong>Annexe :</strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: left; line-height: normal;" mce_style="text-align: left; line-height: normal;" align="left"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" mce_style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" lang="FR"><img class="alignnone size-full wp-image-2483" title="Annexe" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2009/02/annexe_cyberdependance-politique.jpg" mce_src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2009/02/annexe_cyberdependance-politique.jpg" alt="Annexe" width="608" height="637" /><br />
</span>< >< >< >< >< >< >< ></p>
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<p><--></p>

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		<title>David Piotrowski, L’hypertextualité ou la pratique formelle du sens</title>
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		<pubDate>Tue, 12 Aug 2008 10:09:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>j-ndesurmont</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cyberespaces]]></category>
		<category><![CDATA[Comptes-rendus]]></category>

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		<description><![CDATA[David Piotrowski : L’hypertextualité ou la pratique formelle du sens, Paris : Honoré Champion, 2004.
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			<content:encoded><![CDATA[
<div class="topsy_widget_data topsy_theme_" style="float: right;margin-left: 0.75em; background: url(data:,%7B%20%22url%22%3A%20%22http%253A%252F%252Fmondesfrancophones.com%252Fespaces%252Fcyberespaces%252Fdavid-piotrowski-l%2525e2%252580%252599hypertextualite-ou-la-pratique-formelle-du-sens%252F%22%2C%20%22style%22%3A%20%22small%22%2C%20%22title%22%3A%20%22David%20Piotrowski%2C%20L%E2%80%99hypertextualit%C3%A9%20ou%20la%20pratique%20formelle%20du%20sens%20%20%23%22%20%7D);"></div>
<p>  L&#8217;ouvrage de Piotrowski prend le parti d&#8217;approcher l&#8217;hypertextualité sous l&#8217;angle d&#8217;une problématique sémio-linguistique. L&#8217;auteur décrit les hypertextes du point de vue de leur forme matérielle et des processus sémantiques qui y sont appariés. Circonscrire les dispositifs et pratiques empiriques de l&#8217;hypertexte et distinguer l&#8217;hypertexte des autres formes de l&#8217;écrit, tel est l&#8217;objectif de l&#8217;auteur. Il met au jour les structures abstraites et sémantiques de l&#8217;hypertextualité en tenant compte de la nature électronique du substrat. L&#8217;hypertexte est une organisation fonctionnelle dépendante du dispositif dans laquelle elle s&#8217;incarne. C&#8217;est sur cette première voie que l&#8217;autre conduit son investigation. La deuxième voie d&#8217;investigation à laquelle il s&#8217;intéresse est de rendre compte des pratiques hypertextuelles de lecture comme modalités spécifiques de production de sens. Piotrowski conçoit l&#8217;hypertexte du point de vue de son organisation interne (les liens et les nœuds) et de son organisation externe (les points d&#8217;ancrage et la navigation). Il consiste en un dispositif informatique, proprement matériel concernant le substrat) qui se caractérise au croisement de trois points de vue à savoir dynamique (interaction usager/dispositif, interface et parcours non linéaires), le point de vue structurel (sur les formes internes et statiques, réseau et organisation non linéaire) et le point de vue contenu qui s&#8217;intéressent au fait que les nœuds subsument des données de différents types (informations, textes, images). Au plan du dispositif informatique, technologique, les données hypertextualisées relèvent d&#8217;une sémantique structurale et opératoire alors qu&#8217;au plan externe, « c&#8217;est-à-dire au plan des formes d&#8217;interactions avec le lecteur, les données établissent leur sens à travers des pratiques de lecture et d&#8217;interprétation. » (p. 26). Une connexité est donc établie entre le croisement de ces deux dimensions : l&#8217;une interne et systémique et l&#8217;autre externe et interprétative. Ce qui distingue avant tout l&#8217;hypertexte du texte c&#8217;est que « la dimension linéaire du livre est prépondérante au sens où les carrefours de lecture sont en nombre limité et mettent en balance une solution de continuité (déroulement du texte linéaire) ou de rupture (engagement vers des considérations complémentaires ou annexes). Dans un hypertexte, en revanche, le réseau des éléments textuels ne comporte pas de branche qui pourrait être vue comme l&#8217;artère principale qu&#8217;emprunteraient logiquement les différentes lectures : la composante linéaire est réduite et les bifurcations, plus nombreuses, ne sont pas ordonnées. » (p. 48). Non seulement les modalités d&#8217;intégration des éléments du groupe diffèrent de celles de leurs pendants en version imprimée, mais, en outre, l&#8217;inscription du symbole écrit du texte imprimé est une empreinte encrée alors que celle du texte électronique est constituée d&#8217;une empreinte magnétique ou optique.</p>
<p>    Ces distinctions simples établies par Piotrowski, directeur de recherche au CNRS, caractérisent et formalisent l&#8217;hypertexte, en plus d&#8217;expliquer le développement du rapport entre le support de l&#8217;écrit et la matérialité des supports entre le volumen et l&#8217;hypertexte. Il explique notamment que le contexte de naissance de l&#8217;écriture procède d&#8217;une conjoncture technico-culturelle : la sédentarisation, la maîtrise de l&#8217;environnement, progrès des techniques et accroissements de richesses (p. 62). L&#8217;ouvrage du chercheur fonde son analyse sur l&#8217;historicité des phénomènes d&#8217;organisation textuelle (il dégage six principales étapes de la textualité p. 92) et sur l&#8217;apparition de l&#8217;écriture. Les étapes de la textualité sont en partie indépendantes des innovations technologiques et sont en fait plutôt appariées à certaines pratiques intellectives. Ainsi, le texte au format électronique « se pourvoit d&#8217;une structuration fonctionnelle propre » (p. 97). La partie 2 cherche à identifier les composantes de l&#8217;hypertextualité du point de vue des traitements symboliques qui s&#8217;y accomplissent. Elle dégage par exemple les trois modules de l&#8217;hypertexte : le module enregistrement (E<sub>nreg</sub>) (structure de stockage des données (nœuds, liens, contenus) le module de la présentation (P<sub>rés</sub>) (qui administre les configurations d&#8217;écran) et celui de la consultation (C<sub>onsult</sub>) alors que la partie 3 détermine les pratiques sémantiques relatives à chaque composante et examine les logiques de leurs interactions.</p>

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		<title>Federico Casalegno (dialogues de), Mémoire quotidienne, Communauté et communication à l’ère des réseaux</title>
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		<pubDate>Tue, 12 Aug 2008 09:57:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>j-ndesurmont</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cyberespaces]]></category>
		<category><![CDATA[Comptes-rendus]]></category>

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		<description><![CDATA[Federico Casalegno (dialogues de) : Mémoire quotidienne, Communauté et communication à l’ère des réseaux, Sainte-Foy : Les Presses de l’Université Laval, 2005.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[
<div class="topsy_widget_data topsy_theme_" style="float: right;margin-left: 0.75em; background: url(data:,%7B%20%22url%22%3A%20%22http%253A%252F%252Fmondesfrancophones.com%252Fespaces%252Fcyberespaces%252Ffederico-casalegno-dialogues-de-memoire-quotidienne-communaute-et-communication-a-l%2525e2%252580%252599ere-des-reseaux%252F%22%2C%20%22style%22%3A%20%22small%22%2C%20%22title%22%3A%20%22Federico%20Casalegno%20%28dialogues%20de%29%2C%20M%C3%A9moire%20quotidienne%2C%20Communaut%C3%A9%20et%20communication%20%C3%A0%20l%E2%80%99%C3%A8re%20des%20r%C3%A9seaux%20%23%22%20%7D);"></div>
<p>        <br />
          L&#8217;ouvrage conçu par Federico Casalegno a été réalisé dans le cadre du projet Living Memory (http : //www.i3net.org), projet qui explore les nouveaux paradigmes de communication avec les nouvelles technologies multimédias et interactives. L&#8217;un des objectifs du projet consiste à mettre en place un environnement communicationnel qui puisse conserver et diffuser les communications quotidiennes locales, se reprochant ainsi davantage d&#8217;une logique de circulation d&#8217;information communautaire que d&#8217;un échange d&#8217;information à caractère universel. Il s&#8217;inscrit dans un ensemble de projets sur la communication locale, le village fractal, type de communication que l&#8217;on avait mise de côté depuis l&#8217;hégémonie du web, le village global. L&#8217;ouvrage comporte trois parties : Mémoire : quelles évolutions ?, Communauté : quelles morphologies ? et Communication : quelles voies ? dans lesquelles Casalegno s&#8217;entretient avec des penseurs des nouvelles technologies comme Pierre Lévy, Jean Baudrillard, Edgar Morin, Michel Maffesoli, etc. Dans la première partie, le thème de la mémoire est abordé en relation avec l&#8217;environnement de communication projeté avec Living Memory. Parmi les autres textes de cette première partie, soulignons celui de Joël de Rosnay qui aborde le phénomène de l&#8217;inter-créativité. William J. Mitchell et Marco Susani s&#8217;intéressent à la mémoire à l&#8217;intersection de l&#8217;environnement social et de l&#8217;habitat urbain et le psychologue Serge Moscovici développe le thème des cyber représentations. Chacun des entretiens de Casalegno reprend sensiblement les mêmes questions : la définition de la communauté, celle de la mémoire, la différence entre communauté virtuelle et communauté réelle, les conditions pour appartenir à une communauté virtuelle, etc. Paul Virilio s&#8217;intéresse au paradoxe de la mémoire du présent à l&#8217;ère cybernétique. L&#8217;auteur est connu pour ses travaux sur les dangers des nouvelles technologies pour la mémoire.</p>
<p>          La partie 2 s&#8217;intéresse à la morphologie des communautés. La notion de communauté y est analysée sous le point de vue philosophique en relation avec les possibilités offertes par les nouveaux médias de communication interactifs, comme en traite le texte de Jean Baudrillard.  Le sociologue Edgar Morin s&#8217;intéresse à une vision complexe du rapport mémoire-communauté, Michel Maffesoli adopte une approche impressionniste de la communauté s&#8217;intéressant au phénomène de néo-tribalisme par exemple. Cette partie explore notamment l&#8217;histoire du développement d&#8217;Internet et des communautés virtuelles, les forums de discussion afin d&#8217;approfondir la notion de communauté (voir à cet égard la contribution de Howard Rheingold). La troisième et dernière partie s&#8217;intitule « Communication Quelles voies ? Elle comporte notamment la transcription d&#8217;une rencontre entre Michel Maffesoli et Jean Baudrillard sur le thème de la communication : est-il encore possible de communiquer ? et sous quelle forme ? Puis deux textes évoquent la communication et la mémoire sous forme de relation ainsi que la communication dans sa forme temporelle. Mentionnons ici un dialogue avec Pierre Lévy sur le « processus en être dans le présent ». Lévy aborde des thèmes, qui comme les autres essayistes sollicités par Casalegno, reprend des thèmes de ses livres comme les caractéristiques des liens hypertextuels, la notion d&#8217;universel. Une bibliographie sélectionnée contenant parfois les pages personnelles des auteurs ou des renvois à des forums de discussions termine la fin de chaque dialogue.</p>
<p>          Casalegno, qui publie lui-même ses travaux dans plusieurs pays et en plusieurs langues (italien, anglais, français) réussit un coup de chapeau en rassemblant des textes d&#8217;auteurs de provenance variée représentatifs de la communauté de chercheurs s&#8217;intéressant aux récentes problématiques liées aux nouvelles technologies de l&#8217;information et de la communication qu&#8217;ils soient sociologues, cybernéticiens ou spécialistes de la communication. Encore aurait-on pu convier Ted Nelson, Georges Landow, etc. Les personnes interviewées ont répondu librement ouvrant la réflexion sur la diffusion des nouveaux médias dans le tissu social.</p>

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		<title>La révolution &#171;&#160;inhumaine&#160;&#187; : Entretien avec Ollivier Dyens</title>
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		<pubDate>Mon, 11 Aug 2008 21:26:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>cvincent</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cyberespaces]]></category>
		<category><![CDATA[Interviews]]></category>

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		<description><![CDATA[Pour nous adapter à la puissance des technologies numériques, il va nous falloir, affirme Ollivier Dyens, professeur à Montréal, modifier en profondeur la vision que nous avons de nous-mêmes.       Professeur au département d&#8217;études françaises de l&#8217;université Concordia (Montréal), vous étudiez depuis quinze ans l&#8217;impact des nouvelles technologies sur la société. La foudroyante [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[
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<p>Pour nous adapter à la puissance des technologies numériques, il va nous falloir, affirme Ollivier Dyens, professeur à Montréal, modifier en profondeur la vision que nous avons de nous-mêmes.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><strong>Professeur au département d&#8217;études françaises de l&#8217;université Concordia (Montréal), vous étudiez depuis quinze ans l&#8217;impact des nouvelles technologies sur la société. La foudroyante montée en puissance du numérique va-t-elle nous transformer en profondeur ?</strong></p>
<p><strong></strong></p>
<p>Il y a quelques années, je pensais que la technologie changerait l&#8217;être humain. Aujourd&#8217;hui, je pense qu&#8217;elle va changer la perception qu&#8217;on a de l&#8217;être humain. Je crois de moins en moins au fantasme du cyborg, de l&#8217;homme-machine. Mais la vision que l&#8217;on a de nous-mêmes va devoir changer pour s&#8217;adapter à la réalité technologique de demain.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><strong>Votre dernier ouvrage s&#8217;intitule <em>La Condition inhumaine</em>. Pourquoi ce titre ? </strong></p>
<p>Le terme &laquo;&nbsp;inhumain&nbsp;&raquo; n&#8217;est pas employé ici au sens de cruauté, mais de ce qui est au-delà de l&#8217;humain. Aux questions essentielles que l&#8217;homme se pose depuis la nuit des temps &#8211; Qui suis-je ? D&#8217;où venons-nous ? -, la science et la technologie apportent des réponses qui, de plus en plus, contrarient ce que disent nos sens et notre esprit. C&#8217;est cette tension croissante entre notre réalité biologique et notre réalité technologique qui provoque ce que je qualifie de <em>&laquo;&nbsp;condition inhumaine&nbsp;&raquo;</em>. Depuis toujours, nous avons considéré les outils et les langages comme des structures qui existaient pour répondre à nos besoins. Il est vital de repenser cette relation.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><strong>Pourquoi l&#8217;imbrication croissante de ces deux réalités, biologique et technologique, nous trouble-t-elle tant ?</strong></p>
<p>Pour expliquer ce malaise, un roboticien japonais a créé une image, celle de &laquo;&nbsp;la vallée de l&#8217;Étrange &nbsp;&raquo;. Tant que les robots restent bien distincts de nous, ils ne nous dérangent pas. Mais qu&#8217;ils deviennent trop proches, et l&#8217;on tombe dans la vallée de l&#8217;Étrange. La main artificielle devient inquiétante le jour où elle ressemble trop à une vraie main, où on peut la toucher, la serrer comme si elle était naturelle. Nous en sommes là, désormais, avec le numérique, qui devient de plus en plus &laquo;&nbsp;intelligent&nbsp;&raquo;, de plus en plus &laquo;&nbsp;vivant&nbsp;&raquo;&#8230; C&#8217;est cela qui nous inquiète, parce que cela nous ressemble trop.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><strong>La prise de possession de la civilisation par les machines, dites-vous, est née avec ce millénaire. </strong></p>
<p>Souvenez-vous du 31 décembre 1999 et de la fameuse peur du bug de l&#8217;an 2000. Cette peur était réelle, y compris au sein des plus grandes compagnies informatiques. Ce jour-là, l&#8217;humanité entière, le souffle court, attendait le verdict des machines, pour savoir si, oui ou non, elles parviendraient à &laquo;&nbsp;comprendre&nbsp;&raquo; les trois zéros de la nouvelle date. Et que s&#8217;est-il passé ? Les logiciels, partout dans le monde, ont réussi à s&#8217;adapter. Dans les pays où peu avait été fait pour les y aider comme dans ceux où beaucoup avait été fait, aucune catastrophe n&#8217;a eu lieu.</p>
<p>La morale de l&#8217;histoire, c&#8217;est que les systèmes informatiques sont devenus trop enchevêtrés, trop puissants pour qu&#8217;on soit capable de déterminer ce qui les rend efficaces ou inefficaces. Un peu comme l&#8217;environnement météorologique, que l&#8217;on sait trop complexe pour pouvoir le prédire au-delà de quelques jours.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><strong>Être ainsi dépassé par l&#8217;autonomie de machines que nous avons créées, c&#8217;est objectivement angoissant, non ? </strong></p>
<p>Pour certains, oui. Mais d&#8217;autres estiment qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;un processus normal de l&#8217;évolution. Que l&#8217;important est la dynamique de la vie, que celle-ci soit dans l&#8217;ADN ou dans le silicium. Quoi qu&#8217;il en soit, la technologie nous force désormais à redéfinir notre place dans la hiérarchie planétaire. À nous situer non plus au sommet de la pyramide, mais dans une dynamique prenant en compte les machines comme une part intégrante de l&#8217;espèce humaine.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><strong>Et si nous n&#8217;y parvenons pas ? </strong></p>
<p>Alors nous risquons d&#8217;aboutir, dans un avenir plus ou moins proche, à un monde polarisé, manichéen, violent, dans lequel la majeure partie de l&#8217;humanité se retrouvera en décalage complet avec le monde des représentations, des idées, des théories et de la culture. Un monde de frustrations et de désespoir issu d&#8217;une nouvelle aliénation : celle de la connaissance.</p>
<p>Ce risque est déjà à l&#8217;œuvre : nous avons une difficulté grandissante à distinguer clairement l&#8217;information de sa synthèse &#8211; autrement dit de la connaissance. Pourquoi ? Parce que la culture générée par les machines nous dépasse. Pour utiliser une image maritime : la quantité d&#8217;informations présentes sur le Net est un océan, mais nous ne connaissons pas l&#8217;art d&#8217;y naviguer. Il apparaît de plus en plus que rester à la surface de cet océan &#8211; &laquo;&nbsp;surfer&nbsp;&raquo; &#8211; est devenu une question de survie. Mais l&#8217;humain navigue encore à l&#8217;ancienne, tant la connaissance nous semble liée à l&#8217;idée d&#8217;approfondissement. La surface et le fond : il va nous falloir apprendre à concilier ces deux notions.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><strong>La &laquo;&nbsp;condition inhumaine&nbsp;&raquo; aura-t-elle des conséquences positives ?</strong></p>
<p>Moins de guerres, peut-être. Plus les pays sont enchevêtrés économiquement et culturellement, moins il y a de raisons de voir l&#8217;autre comme un étranger, et donc de le combattre. Les technologies numériques et le Web suscitent un rapprochement entre les êtres. Le courriel, les &laquo;&nbsp;chats&nbsp;&raquo;, les blogs insistent sur ce qui nous lie, au-delà de la géographie, du corps, de la couleur de la peau. Dans notre histoire, jamais nous n&#8217;avons passé autant de temps non seulement à communiquer, mais aussi à nous enrichir et à débattre par l&#8217;entremise des réseaux.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><strong>Internet va-t-il générer de nouvelles formes d&#8217;intelligence collective ? </strong></p>
<p>J&#8217;en suis convaincu. Les moyens de communication qu&#8217;offrent à l&#8217;humanité les réseaux numériques instantanés semblent posséder un objectif principal : nourrir, ou créer une cohérence globale. Un blog acquiert sa légitimité s&#8217;il est recensé dans d&#8217;autres blogs, et le premier site qui apparaît dans Google est celui qui est &laquo;&nbsp;hyperlié&nbsp;&raquo; par le plus grand nombre de sites&#8230; Cette légitimation par la collectivité porte ses dangers : elle se défend contre l&#8217;individuel et fait peu de cas de ce qui est hors norme ou marginal. Mais elle représente aussi un potentiel formidable, qui change profondément notre relation au monde. L&#8217;humain de la condition inhumaine est bien plus proche de la fourmi &#8211; qui vit, existe et comprend l&#8217;univers par l&#8217;entremise de sa collectivité &#8211; qu&#8217;il ne l&#8217;est d&#8217;un individu autonome, conscient et singulier.</p>

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		<title>La condition inhumaine</title>
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		<pubDate>Thu, 14 Feb 2008 06:45:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>odyens</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cyberespaces]]></category>
		<category><![CDATA[Créations]]></category>

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		<description><![CDATA[Ollivier Dyens, La condition inhumaine. Paris : Flammarion, 2008.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[
<div class="topsy_widget_data topsy_theme_" style="float: right;margin-left: 0.75em; background: url(data:,%7B%20%22url%22%3A%20%22http%253A%252F%252Fmondesfrancophones.com%252Fespaces%252Fcyberespaces%252Fla-condition-inhumaine%252F%22%2C%20%22style%22%3A%20%22small%22%2C%20%22title%22%3A%20%22La%20condition%20inhumaine%20%23%22%20%7D);"></div>
<p class="MsoNormal" style="text-align: left; font-weight: bold;"><span style="font-size: small;">Ollivier </span><span style="font-size: small;">Dyens, </span><span style="font-size: small;"> <span class="link-external"><a href="http://www.amazon.fr/condition-inhumaine-Ollivier-Dyens/dp/208121136X/ref=sr_1_1?ie=UTF8&amp;s=books&amp;qid=1197661708&amp;sr=8-1"><span style="font-style: italic;">La condition <span class="highlightedSearchTerm">inhumaine</span></span></a></span>. Paris : Flammarion, 2008.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: left; font-weight: bold;"><span style="font-size: x-small;"><br />
</span></p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-2539" title="la-condition-inhumaine" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2009/04/la-condition-inhumaine.jpg" alt="la-condition-inhumaine" width="511" height="375" /></p>
<p style="text-align: center;">
<p>Nous disparaissons.</p>
<p>Les mondes qui se dessinent devant nous aujourd&#8217;hui sont si étonnants, si singuliers, si prodigieux que la structure même de ce que nous sommes se voit remise en question. Marbrées de technologies, de niveaux infinis de réels, de lectures inhumaines et magnifiques sur l&#8217;univers, ces nouvelles sphères du réel nous obligent à réfléchir sur ce que veut dire être humain. Cette réflexion est le défi le plus fondamental de notre époque ; le bouleversement du vivant, de l&#8217;intelligent et du conscient étant au cœur des questions, débats et violences qui secouent le monde contemporain. Bien avant les tourments politiques, sociologiques ou économiques, bien avant les luttes et les abrasions entre continents et civilisations, bien avant les corrosions entre religions et hypermodernité, palpite la définition de l&#8217;individu. Comment être, comment se décrire, comment se dire humain aujourd&#8217;hui face à l&#8217;infinie stratification du réel ? Face à la remise en question de l&#8217;intelligence, de la conscience et de l&#8217;unicité de l&#8217;être ? Comment se reconnaître homme ou femme, face à l&#8217;immensité bactériologique qui vit en nous, être à part entière sous notre chair ?</p>
<p>Ce sont ces questions que ce livre posera et auxquelles il tentera de répondre selon une perspective, un point de vue inédit : ainsi la mouvance de l&#8217;humanité, les oscillations de sa définition, les vacillations de sa présence seront analysées selon le prisme offert <em>par le contact entre les réalités</em>. C&#8217;est par la tension qui existe entre la réalité biologique et la réalité technologique que la question de l&#8217;humain sera abordée. Pourquoi avoir opté pour une telle approche ? Parce que si redéfinition de l&#8217;homme il y a, si reformulation profonde de notre essence il y a, alors prisme nouveau il doit aussi y avoir.</p>
<p>Quel est ce prisme ?</p>
<p>Les êtres vivants existent, originellement, dans ce que le biologiste François Jacob nomme la réalité biologique. Mais depuis la découverte de l&#8217;outil par l&#8217;homme et surtout depuis un peu plus d&#8217;un siècle, l&#8217;humain vit aussi dans la réalité technologique. Cette réalité remet profondément en question les universaux qui sont à la base de notre compréhension du réel, du conscient et de l&#8217;intelligent. Par cette remise en question, émergent d&#8217;innombrables interrogations sur le vivant.</p>
<p>Comment, par exemple, peut-on définir l&#8217;humain comme un être autonome et circonscrit alors que des millions d&#8217;entités microscopiques vivent en lui ? Alors que la cellule, unité première de l&#8217;individualité, est le résultat de la symbiose de deux bactéries ? Alors que les démarcations entre espèces sont des frontières souvent floues et artificielles ? Alors qu&#8217;intelligence et conscience émergent, fleurissent et se déploient au-delà de l&#8217;individu ? Face à ces innombrables interrogations, les dernières années ont offert de nombreuses études parfois artistiques <strong>(1)</strong>, souvent scientifiques ou philosophiques, sur la transformation de l&#8217;humanité. Malheureusement, les propositions mises de l&#8217;avant sont souvent contradictoires, non pas dans leur observation des phénomènes (il y a, cela est indéniable, transformation qui opère), mais bien dans leur lecture des causes et conséquences de ces transformations. Certains y voient l&#8217;incarnation d&#8217;un néo-libéralisme, d&#8217;autres l&#8217;apparition d&#8217;une utopie ; certains craignent l&#8217;impact de ces transformations sur l&#8217;humanité, d&#8217;autres le célèbrent ; certains y découvrent la fin tragique de l&#8217;espèce, d&#8217;autres la venue d&#8217;un meilleur humain.</p>
<p>Dans le premier groupe, nous retrouvons des penseurs, philosophes, journalistes et activistes <strong>(2)</strong>. Ces chercheurs et penseurs conçoivent la transformation de l&#8217;humanité par les technologies comme un phénomène d&#8217;une rare gravité qui menace non seulement l&#8217;humain mais l&#8217;écosystème en général. Selon Bill Joy, par exemple, informaticien de renom qui a participé, entre autres, à la création d&#8217;Unix et du langage de programmation Java, notre utilisation effrénée des technologies, dont le contrôle, nous dit-il, nous échappera bientôt, nous plongera dans une transformation dramatique (et tragique) du tissu planétaire. Pour Katherine Hayles, cette transformation est déjà bien entamée ainsi que nous démontre notre utilisation de certains termes et de certaines notions. Ignacio Ramonet voit dans cette transformation l&#8217;alliance dangereuse et impitoyable entre technologie et mondialisation. C&#8217;est aussi, en quelque sorte, le cas pour Hervé Fischer pour qui notre relation à la technologie est l&#8217;expression de l&#8217;ancien mythe de Prométhée dont nous aurions oublié la conclusion tragique. Joel Garreau, quant à lui, journaliste au Washington Post, nous rappelle que la transformation actuelle de l&#8217;humain est porteuse de trois scénarios potentiels : Le scénario de la catastrophe, celui de l&#8217;utopie et celui du prévaloir, là où l&#8217;humain et la technologie vivent dans un équilibre précaire mais créatif.</p>
<p>Dans le deuxième camp, nous retrouvons surtout des scientifiques dont les représentants les plus connus sont Raymond Kurzweil, Gregory Stock, Marvin Minsky, Jaron Lanier et Hans Moravec (mais aussi quelques penseurs dont Howard Bloom, Steven Johnson, Howard Rheingold et Kevin Kelly). Pour ces derniers, la transformation profonde de l&#8217;humanité et son enchevêtrement à l&#8217;artificiel ne sont ni des phénomènes nouveaux, ou exclusifs, à l&#8217;humain ni des événements tragiques. Bloom, Johnson et Kelly, par exemple, montrent que la perception que nous avons de l&#8217;individu et de son intelligence tient difficilement la route dans le royaume animal. Abeilles, fourmis, bactéries, les exemples d&#8217;intelligence collective, d&#8217;émergence et de glissements entre individus et collectivités y sont fréquents. Pour Jaron Lanier, inventeur de la réalité virtuelle, la relation humain/technologie/nature fait preuve, depuis toujours, d&#8217;une grande force d&#8217;adaptation. Kevin Kelly, quant à lui, nous rappelle que l&#8217;idée de co-évolution est fréquente dans la nature et sa présence dans la relation entre l&#8217;humain et l&#8217;artificiel est probablement porteuse de changements positifs. Pour Raymond Kurzweil, Hans Moravec, Marvin Minsky et Gregory Stock, ce changement positif ne fait non seulement aucun doute mais est aussi inévitable.</p>
<p>Alors que proposer ? Où se situer face à ces changements ? Comment aborder cette question de la transformation de l&#8217;humanité sans tomber dans le piège de la polarisation, politique ou autre ? Comment examiner l&#8217;enchevêtrement de l&#8217;humain et de la technologie sans se précipiter dans le fantasme de l&#8217;utopie ou de l&#8217;apocalypse ?</p>
<p>En modifiant l&#8217;angle d&#8217;analyse. C&#8217;est ce que fera ce livre en abordant la relation humain/technologie non pas à partir d&#8217;un programme politique mais bien à partir de la relation et des différences entre réalités biologique et technologique. Ce livre posera la question du malaise que l&#8217;humain ressent face à l&#8217;incompatibilité des réalités biologique et technologique dans lesquelles il existe simultanément. Pourquoi l&#8217;humain est-il si inquiet, aujourd&#8217;hui, face aux technologies, se demandera ce livre ? Pourquoi l&#8217;homme a-t-il l&#8217;impression que les technologies le menacent ontologiquement, métaphysiquement ? Pourquoi tant d&#8217;inquiétudes alors que la relation entre le vivant et les technologies précède l&#8217;apparition de l&#8217;homo sapiens <strong>(3)</strong> et que l&#8217;émergence de la civilisation humaine en est dépendante ? Pourquoi ? Parce que les technologies contemporaines, proposera ce livre, remettent en question non seulement la perception que nous avons du monde, mais bien aussi les universaux qui nous ont aidés, à travers les millénaires, à rendre ce monde cohérent et à rationaliser notre présence en celui-ci. Ce n&#8217;est pas l&#8217;omniprésence des technologies qui nous angoisse, mais bien les lectures du monde qu&#8217;elles nous forcent à accepter (là où le cosmos n&#8217;est peut-être qu&#8217;une série de cordelettes qui vibrent, là où temps et espace se déforment par le poids des étoiles, là où disparaît toute notion de début, de fin, de limite, là où existent des horizons par delà lesquels les lois physiques s&#8217;effondrent). Ce n&#8217;est pas l&#8217;omniprésence des technologies qui nous alarme, mais ces lectures du monde qui remettent aussi, et surtout, en question la forme, la structure, l&#8217;essence même du vivant et de l&#8217;humain (comment peut-on parler d&#8217;hommes et de femmes alors que la technologie nous dépeint l&#8217;individu comme une forme éphémère de strates instables, mouvantes et contaminées ?). La réalité technologique nous fait découvrir un univers non pas insensé, mais dont le sens ne correspond pas à notre perception biologique. La réalité technologique nous montre que l&#8217;univers est parfaitement étranger à la perception que nous en avons, que l&#8217;information que nous saisissons du monde qui nous entoure par l&#8217;entremise de notre biologie est au mieux partielle, au pire un simulacre. De cette incompatibilité naît un malaise, une angoisse profonde : ce que nous ressentons, voyons, touchons, aimons n&#8217;est, semble-t-il, qu&#8217;une construction. C&#8217;est ce malaise que je nomme la condition inhumaine.</p>
<p>Ce livre n&#8217;est ni un réquisitoire ni un manifeste ni un pamphlet. Il se veut une lecture et une analyse de la condition inhumaine. Il ne cherchera pas à condamner ou à encenser la technologie, mais bien à utiliser la multiplication des niveaux de réalités qu&#8217;elle nous offre pour examiner le vertige contemporain. Parfois le regard posé sera heureux, parfois inquiet. Pourquoi ? Parce que ce livre se laissera guider par l&#8217;analyse de ce phénomène qu&#8217;est la condition inhumaine. Et si, parfois, cette condition inhumaine suggère d&#8217;effrayantes conclusions (l&#8217;humain est un mécanisme, l&#8217;art est un algorithme, la croissance exponentielle des technologies nous pousse vers une singularité), elle propose aussi une façon nouvelle de comprendre le monde, libérée des tensions et polarisations biologiques, culturelles et politiques bien souvent abêtissantes. La condition inhumaine nous oblige à repenser la condition humaine. Si la conception de l&#8217;homme et de la femme que nous utilisons depuis des millénaires risque de s&#8217;y perdre, peut-être seront aussi perdues les luttes animales et violentes que l&#8217;humanité se livre à elle-même depuis toujours. Dans la condition inhumaine s&#8217;enchevêtrent espoir et désespoir, humain et machine, intention et mécanisme. La condition inhumaine est un cocon. De cette gestation nouvelle entre le biologique et le technologique, émergera probablement un sens. C&#8217;est à la recherche de ce sens que se lance ce livre.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: center;" align="center"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" lang="FR">*****************</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: left;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">Les traductions sont d’Alexandre Béland-Bernard et Valérie Cools</span><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: left;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;"><br />
</span></p>
<p class="MsoNormal"><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" lang="FR">(1)</span></strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" lang="FR"> Pensons à Stelarc, Orlan, Dantec, Houellebecq, à l’écrivain américain William Gibson, inventeur du terme ‘cyberespace’.</span></p>
<p class="MsoEndnoteText"><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" lang="FR">(2)</span></strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" lang="FR"> La liste, bien sûr, est longue. Nommons à titre d’exemple le Canadien Hervé Fischer, le Français Ignacio Ramonet et les Américains Katherine Hayles, Joel Garreau et Bill Joy.</span></p>
<p><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" lang="FR">(3)</span></strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" lang="FR"> Les premiers outils apparaissent deux millions d’années avant l’homo sapiens. <em>(Osvath, Gärdenfors, p. 58</em>.)</span></p>
<p><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" lang="FR"><br />
</span></p>

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		<title>Littérature et Médias</title>
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		<pubDate>Tue, 29 Jan 2008 03:51:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jmeizoz</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cyberespaces]]></category>
		<category><![CDATA[Articles]]></category>

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		<description><![CDATA[  Presse quotidienne et littérature : le règne des « meilleures ventes »                   par Jérôme Meizoz  La question n&#8217;est pas neuve, elle resurgit périodiquement au gré d&#8217;un instant de lucidité : que sont devenues les pages « livres » de nombreux quotidiens francophones ? À feuilleter des numéros de quinze ans d&#8217;âge, on mesure la profonde transformation en cours. Comme les [...]]]></description>
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<p style="text-align: center;"> </p>
<table border="1" cellspacing="0" cellpadding="0">
<tbody>
<tr>
<td width="295" valign="top">
<p style="TEXT-ALIGN: center"><strong>Presse quotidienne et littérature : le règne des « meilleures ventes »</strong></p>
<p style="TEXT-ALIGN: left">                 <strong> par Jérôme Meizoz <br />
</strong><br />
La question n&#8217;est pas neuve, elle resurgit périodiquement au gré d&#8217;un instant de lucidité : que sont devenues les pages « livres » de nombreux quotidiens francophones ? À feuilleter des numéros de quinze ans d&#8217;âge, on mesure la profonde transformation en cours. Comme les archéologues, nous côtoyons un autre monde : les articles étaient longs et diversifiés, les photos n&#8217;occupaient qu&#8217;une faible partie de la page. Le choix des livres présentés était confié à des collaborateurs spécialisés, dont le nom était reconnu dans leur domaine. Les critiques littéraires disposaient d&#8217;un recul pour décrire des livres que l&#8217;actualité n&#8217;avait pas distingués, dans sa hâte. Si un livre d&#8217;un auteur célèbre semblait mauvais, il était possible de le dire en toute sérénité, arguments à l&#8217;appui, hors de toute cabale. C&#8217;est que les articles littéraires se voulaient un commentaire de qualité, en vue d&#8217;informer le citoyen et non un acte promotionnel destiné à flatter le consommateur. Depuis quelques années, les changements se sont précipités. L&#8217;écrivain Pierre Michon percevait cette tendance dès 1989 :« Autrement dit : le consensus reprend la main en littérature ; il envahit ce champ qui est sa négation même et y fait ses affaires ; il donne à ses objets un format standard qu&#8217;il recouvre de noms divers, « récit » auprès des intellectuels, « roman » auprès des masses ; il déculpabilise la facilité afin de la vendre sans la moindre entrave. Le marché du livre n&#8217;a plus le besoin ni la patience de déguiser : à ce qu&#8217;il ne s&#8217;embarrasse même plus d&#8217;appeler art, il a substitué depuis longtemps la marchandise, sans tambour ni trompette. » <strong>(1)</strong></p>
<p> </p>
<p>La presse quotidienne, de fusion en restructuration, a modifié ses rubriques et leur hiérarchie, c&#8217;est-à-dire sa grille de lecture du monde. Nombre d&#8217;observateurs ont noté une « peopelisation » des contenus, une simplification des articles, et l&#8217;envahissement des images. Dans ce climat, les rubriques littéraires fondent comme les glaciers des Alpes. Règne en maître, désormais, le classement des « meilleures ventes » qui, parce qu&#8217;il inclut tous les genres, du livre pour la jeunesse aux recettes de cuisine, rend invisible la création littéraire, hormis les best-sellers à phase courte, remplacés six mois plus tard par un clone, sous la sempiternelle couverture du même éditeur.</p>
<p>La littérature de création peine à se faire connaître, les petites librairies indépendantes ferment les unes après les autres, et avec elles les maisons « pépinières » capables d&#8217;investir sans profit sur un ouvrage véritablement novateur. L&#8217;évolution du marché du livre, la concentration des éditeurs, leurs stratégies internationales (on négocie les titres pour parution simultanée en plusieurs langues), le règne du profit le plus cynique, le formatage des produits littéraires en amont de l&#8217;auteur, les contraintes pesant sur les journalistes, tout cela a été décrit impeccablement par un éditeur franco-américain, André Schiffrin, grand connaisseur du milieu et de son évolution, dans <em>L&#8217;Édition sans éditeurs</em> et <em>Le Contrôle de la parole</em> (La Fabrique éditeur, 1999 &amp; 2005).</p>
<p>Au moment donc où explose un circuit de ventes internationales, contrôlé par de grands groupes éditoriaux propriétaires de segments de la presse culturelle invitée à leur servir de vitrine, l&#8217;innovation littéraire, quand elle refuse l&#8217;impératif commercial du conformisme des produits, ne peut guère espérer de soutien ni de visibilité dans les quotidiens actuels, frappés de cécité sélective. On ne cesse de s&#8217;étonner à chaque rentrée de l&#8217;énorme production de nouveaux livres, mais qui ne voit que chaque quotidien concentre toute son attention sur un très petit nombre d&#8217;ouvrages, et comme par hasard tous les mêmes ?</p>
<p>Il est de bon ton, désormais, dans la presse hédoniste, de se réjouir d&#8217;une telle abondance, signe d&#8217;une prétendue vitalité de la création. On célèbre, à la manière de la droite décomplexée qui gouverne nos esprits, les best-sellers et les ouvrages de stars. On sert la soupe avec complaisance à ceux qui ont déjà l&#8217;assiette pleine. On a l&#8217;impression d&#8217;en être un peu. En rubrique « livres », la rhétorique de l&#8217;article de presse évoque de plus en plus l&#8217;encart publicitaire, et tout commentaire indépendant ou argument développé y disparaît peu à peu. On parle d&#8217;un ouvrage parce qu&#8217;il se vend, non parce qu&#8217;on l&#8217;a lu. Le livre à peine sorti de presse, on lance le tam-tam pour ouvrir la route : c&#8217;est un immense succès, il est donc nécessaire d&#8217;en parler, et nous en reparlerons ! Deux grands quotidiens parisiens ont fait leur une sur le même livre, la semaine dernière ? Votre quotidien de province en parlera samedi prochain&#8230; Savez-vous comment se décide la critique d&#8217;un livre ? Non pas en le lisant (on ne saurait se faire par soi-même une opinion, hors du murmure contagieux des rédactions) mais en vérifiant si tel grand quotidien voisin en a déjà rendu compte, et en quels termes. <em>Les Bienveillantes</em>, succès de la rentrée 2006, a suscité pas moins de 6 articles dans tel quotidien ! Un pour le résumer, un autre pour dire que le livre marchait, un pour raconter la saga de ce succès, un pour interroger l&#8217;auteur, un pour évoquer ses prix littéraires, un pour rappeler à ceux qui ne l&#8217;auraient pas su qu&#8217;il était le livre de l&#8217;hiver ! On aura compris au moins que celui qui n&#8217;a pas acheté <em>Les Bienveillantes</em> est un idiot culturel.</p>
<p>Si l&#8217;on déduit les énormes photos qui réduisent toute création à un visage, et qui n&#8217;ont d&#8217;autre but que d&#8217;« aérer » une page, d&#8217;éviter l&#8217;assommage du bourgeois avec un argumentaire détaillé, que reste-t-il ? À croire que les quotidiens gratuits servent de modèle implicite à ce trop petit monde. Et le ton des articles ? Alléchez le lecteur, cancanez, faites dans l&#8217;anecdote ! Évidemment, les petits éditeurs, les livres discrets sans escorte d&#8217;attachés de presse insistants, mais faits à un tout autre feu que celui du marketing des trusts éditoriaux, n&#8217;ont guère de chance d&#8217;être simplement visibles en vitrine. Ces livres-là, les journalistes ne les ouvrent même pas ! La libraire d&#8217;une <em>petite</em> surface a eu le mot juste, l&#8217;autre jour. Nous parlions de la rentrée, de la marée des livres : « - Il y a beaucoup de livres, mais les journalistes parlent tous des mêmes, je dirais quatre ou cinq titres, au maximum. » Serait-ce par ce que ces livres sont les meilleurs, et qu&#8217;ils les ont bien flairé ? « - Non, pas du tout, c&#8217;est parce qu&#8217;on les leur désigne avant même la parution, et qu&#8217;ils ne sont pas capables d&#8217;en lire plus ! ». Sic.</p>
<p>Dans ce glissement vers l&#8217;<em>entertainment</em> et la logique des industries du divertissement, tout ouvrage doit répondre aux mêmes exigences que le cinéma tout public, et une critique avoir l&#8217;apparence d&#8217;un article <em>people</em>. On pourrait dire exactement la même chose des musiques actuelles, soumises à l&#8217;effet <em>star academy</em> et à la crise du marché du disque. Encore cinq ans comme ça, et les grands quotidiens feront l&#8217;éloge du premier roman de Paris Hilton.</p>
<p>L&#8217;idée qu&#8217;une innovation ou une réussite sensible puisse avoir lieu hors des autoroutes éditoriales, ne vient même plus à l&#8217;esprit des journalistes, écartelés entre les pressions qu&#8217;ils subissent et le conformisme de goûts de leur étroit milieu, qu&#8217;ils prennent pourtant pour le monde entier. « Si tout le monde parle du même livre, c&#8217;est bien qu&#8217;il le mérite quelque part ? » s&#8217;interrogeait récemment l&#8217;un d&#8217;eux dans un <em>coquetaille</em> (on a senti soudain un doute le traverser, vite résorbé par une cacahuète). Mais les journalistes sont pressés, ils ont la vie aux trousses et leur plus grande hantise serait de rater l&#8217;événement dont il faut, avant les autres si possible, avoir parlé. Eh bien, sachez qu&#8217;aveuglés par leur mode ininterrogé de sélection des livres, soumis à de subtiles pressions dont la plupart s&#8217;accommodent par cynisme (mieux vaut festoyer avec les convives que bouder dans son coin, tout regard critique est aujourd&#8217;hui suspect de ressentiment) ou par peur (le journaliste est un être jetable), ils ratent régulièrement de fortes plumes ou arrivent après coup quand la fête est finie.</p>
<p>Avec la disparition de plusieurs revues littéraires, avec l&#8217;évolution des rubriques culturelles, nous atteignons ces temps à une rare misère de la critique. Mis à part le grand public, personne dans le milieu littéraire n&#8217;est dupe de la fabrication de toutes pièces d&#8217;<em>events</em> littéraires (y compris telle fausse polémique destinée à lancer un livre) pilotés par des groupes de presse liés à l&#8217;éditeur, et bientôt aux chaînes des librairies. Aux USA, les éditeurs louent désormais les devantures des librairies, se réservent les étalages monotones où s&#8217;empilent les seuls 200 exemplaires du fameux « roman dont tout le monde parle » et pour cause&#8230;</p>
<p>Ce phénomène n&#8217;est d&#8217;ailleurs pas neuf, mais il a pris de l&#8217;ampleur : dès 1839 Sainte-Beuve dénonçait la « littérature industrielle », et dans les décennies qui suivirent la littérature entra dans le circuit de la communication de masse. À tel point qu&#8217;en 1923, l&#8217;éditeur Grasset décide de lui appliquer les procédés de la publicité, recourant pour cela à l&#8217;affiche, la presse puis la radio. Flairant qu&#8217;il valait mieux vendre un visage qu&#8217;un titre, il a axé sa promotion sur le dandysme de Raymond Radiguet, auteur à dix-sept ans d&#8217;un roman sulfureux <em>Le Diable au corps</em>. Qui fut un immense succès programmé. À la fin de sa carrière, Grasset a défini cette forme d&#8217;anticipation par une formule qui restera : la publicité, « c&#8217;est l&#8217;audace de proclamer acquis ce que l&#8217;on attend. » <strong>(2)</strong></p>
<p>Contrairement à l&#8217;impression de profusion éditoriale, tout est fait pour cadrer la biblio-diversité et drainer quelques rares livres, édités toujours par les plus grandes maisons, vers un large public. C&#8217;est un monopole publicitaire concerté qui crée un marché fermé, composé de quelques produits savamment suivis : on achète tous Marc Lévy, Yasmina Reza ou Eric-Emmanuel Schmitt comme on achète tous la lessive Omo, simplement. Parce qu&#8217;Omo est partout, en murailles de cartons, en images et en sons. Faire passer ce conformisme mercantile pour un indice de la santé de la littérature, et de sa diversité, c&#8217;est le pieux mensonge en vogue dans les rédactions. Peut-on espérer des journalistes un brin d&#8217;esprit critique sur les mécanismes du succès littéraire ? Une curiosité minimale pour des ouvrages hors champ ? Nous n&#8217;y croyons plus guère. La rubrique littéraire a si peu d&#8217;importance désormais que l&#8217;on confie à n&#8217;importe qui le travail promotionnel ici décrit.</p>
<p>Peut-être qu&#8217;il vaut mieux en rire, et en tirer les conséquences pour chacun. Imaginez la scène chez l&#8217;éditeur, il y a quelques mois :</p>
<p>« - Vous là, Reza, pondez-nous un livre sur Sarkozy, on s&#8217;arrangera pour que tout le monde en parle, je veux dire du bouquin ».</p>
<p>Suite de la scène, en salle de rédaction :</p>
<p>« - Vous venez de la page &nbsp;&raquo;Tourisme&nbsp;&raquo; ? Vous ferez l&#8217;affaire pour arbitrer la page &laquo;&nbsp;Livres&nbsp;&raquo;, c&#8217;est simple : on vous indique les titres à faire reluire ! Suivez mon exemple, et consultez les <em>meilleures ventes</em> de la semaine, tout est là. Commencez par le truc de Reza, l&#8217;attaché de presse a insisté, cela vient de très haut ! ».</p>
<p>Ils finiront bien par gagner, mais à leur façon, comme Homais aux dernières pages de <em>Madame Bovary </em>: par veulerie et soumission aux idées reçues.</p>
<p>Voilà, notre petit diagnostic est fait. Lecteur, s&#8217;il t&#8217;a ouvert les yeux, achète désormais tes livres comme tes lessives : si possible, sans te laisser bourrer le crâne. Et que la lecture hors des sentiers rebattus soit une fête ! Nous, amoureux de la diversité littéraire, point trop éblouis par les feux de la rampe, pensons que dans une pareille situation, il faut prendre le maquis. Nous irons boire à d&#8217;autres sources&#8230;</p>
<p align="center">****************</p>
<p><strong>(1)</strong> Pierre Michon, dans <em>La Quinzaine littéraire</em>, 16-23 mai 1989, repris dans <em>Le Roi vient quand il veut. Propos sur la littérature</em>, Paris, Albin Michel, 2007, p. 16.</p>
<p><strong>(2) </strong>Bernard Grasset, <em>Paris-Presse</em>, 6 août 1951, cité dans Pierre Assouline, <em>Gaston Gallimard</em>, Balland, 1984.</p>
<p> </td>
<td width="295" valign="top">
<p align="center"><strong>Réponse à Jérôme Meizoz</strong></p>
<p align="center"><strong>par </strong><a href="http://www.mondesfrancophones.com/bios/ifarron"><strong>Ivan Farron</strong></a></p>
<p>L&#8217;article de Jérôme Meizoz suscite chez moi des sentiments mêlés. Bien sûr, je suis d&#8217;accord avec lui et comment ne pas l&#8217;être ? Bien sûr, les pages littéraires des journaux ne sont plus ce qu&#8217;elles étaient il y a encore dix ans, encore qu&#8217;il existe quelques notables exceptions, mais pour cela il faut quitter la presse écrite en français, toutes nationalités confondues. Jérôme Meizoz devrait jeter un œil sur le <em>Times Literary Supplement</em>, la <em>Franfurter Allgemeine Zeitung</em>, ou même, pour rester en Helvétie, la bonne vieille <em>Neue Zürcher Zeitung</em>, laquelle, malgré un passage à la photographie en couleur, ne me semble par avoir vraiment dévié de sa ligne initiale. On peut y lire des révélations sur l&#8217;origine wagnérienne de la Petite Madeleine ou l&#8217;influence de Gottfried Benn sur W.G. Sebald. Le tout, d&#8217;un haut niveau, est généralement rédigé par des universitaires sur quatre colonnes à la typographie très serrée. Cette austérité qui peut rebuter certains ne me semble pas dépourvue d&#8217;une certaine beauté classique. Dans la <em>NZZ</em>, on peut encore lire, et très régulièrement, des poèmes : des poèmes dans un quotidien, voilà qui peut surprendre à une époque où, comme disait l&#8217;autre, la vidéosphère serait en train de vouer la graphosphère aux oubliettes. Bien sûr, Jérôme Meizoz pourrait me répondre que la <em>NZZ</em> &#8211; dont je m&#8217;empresse de dire que je n&#8217;en suis pas actionnaire, même si je suis abonné à l&#8217;édition du samedi et à la dominicale <em>NZZ am Sonntag</em> &#8211; est, en tout cas dans certains de ses cahiers, proche des idées de l&#8217;affreux Friedrich von Hayek. Oui, sans doute. Je n&#8217;aime pas trop les idées de Friedrich von Hayek. Mais qu&#8217;y puis-je si, dans le même journal, on trouve d&#8217;excellents poèmes traduits du russe ou du hongrois ?</p>
<p> Les passionnés de littérature savent sans doute que l&#8217;objet de leur passion, qu&#8217;on en parle beaucoup ou peu dans le journal du matin, n&#8217;est peut-être pas ce qui intéresse le plus les rédacteurs en chef, eux-mêmes liés aux milieux économiques : c&#8217;est peut-être triste mais c&#8217;est ainsi. La littérature a perdu une part du prestige qu&#8217;elle avait encore il y a quatre-vingts ans, époque où mon grand-père, ingénieur de formation, s&#8217;abonna à la <em>N.R.F</em>. &#8211; vous en connaissez beaucoup dans votre entourage, des abonnés à la <em>N.R.F</em>. actuelle ? moi pas &#8211; ou encore il y a soixante ans, quand l&#8217;existentialisme faisait la une de tous les quotidiens, y compris <em>France-Dimanche</em>, ou même il y a quarante ans, quand Madeleine Chapsal interviewait Robbe-Grillet dans <em>L&#8217;Express.</em> Ce qui a changé, ce n&#8217;est pas la profusion des Eric-Emmanuel Schmitt et des Yasmina Reza, qui ont certainement existé de tout temps &#8211; à l&#8217;époque, ils s&#8217;appelaient Michel de Saint-Pierre ou Paul Vialar &#8211; ou, disons, qui existent depuis l&#8217;époque où la ploutosphère s&#8217;est plaquée sur la graphosphère, c&#8217;est-à-dire depuis que les écrivains se préoccupent des gains que peuvent leur rapporter leurs œuvres. Ce n&#8217;est pas même la disparition des bons auteurs, car il y en a, aujourd&#8217;hui, et peut-être pas moins qu&#8217;avant, seulement ils font moins parler d&#8217;eux ; pas même l&#8217;ignorance croissante des journalistes, car soit ils l&#8217;ont toujours été, ignorants, soit il faut admettre qu&#8217;il y a aussi des têtes qui dépassent dans la corporation.</p>
<p> Chacun admettra sans peine que la littérature n&#8217;est certainement pas un sujet de conversation aussi partageable entre amis que peut l&#8217;être le dernier film de Woody Allen. Quelques exceptions : <em>Les Bienveillantes</em> et les livres de Houellebecq ont suscité de véritables débats. Ceux-ci avaient toutefois davantage trait aux idées, aux enseignements véhiculés dans ces livres qu&#8217;à la façon dont ils étaient écrits. Ou alors, le problème esthétique était réglé en un coup de cuillère à pot : Houellebecq, c&#8217;est mal écrit, et Littell ce n&#8217;est pas vraiment bien écrit non plus. Pour faire véritablement faire parler de lui aujourd&#8217;hui, susciter une polémique &#8211; j&#8217;exclus donc <em>Harry Potter</em> &#8211; il semble qu&#8217;un livre doive surtout porter un regard neuf, singulier, sur un pan d&#8217;histoire contemporaine : mai 68 et la « révolution sexuelle » pour Houellebecq, la Deuxième Guerre Mondiale pour Littell. Autrement dit, les questions de style, de langage, de poétique n&#8217;intéressent plus grand monde.</p>
<p> Que cette situation soit préoccupante, je le comprends, mais je ne suis pas sûr qu&#8217;il vaille la peine de s&#8217;indigner de la vénalité des uns au nom de la pureté d&#8217;un idéal littéraire. Jérôme Meizoz oppose la vraie littérature à la fausse, la bonne à la mauvaise : il ignore ou fait semblant d&#8217;ignorer que même les meilleurs auteurs, ceux qu&#8217;il aime, participent à ce champ littéraire dont il condamne les us et coutumes, qu&#8217;ils y gagnent parfois des prix, de l&#8217;argent, qu&#8217;il est impossible d&#8217;être <em>hors champ</em>, à moins de s&#8217;autoéditer. Si on n&#8217;est pas rentier, comme le furent Gide ou Larbaud (à moins d&#8217;imaginer d&#8217;autres régimes politiques où l&#8217;on mensualise les écrivains, mais cela comporte aussi des dangers) les questions d&#8217;intendance prennent souvent le dessus sur les ambitions littéraires. Les écrivains, ces corps peu glorieux, doivent payer leurs factures, eux aussi rêvent d&#8217;appartements plus grands, de maisons de campagne et de leçons d&#8217;équitation pour leur fille cadette. Sans aller aussi loin, il arrive que parfois ils doivent tout simplement survivre, d&#8217;où leur envie secrète de gagner des prix, d&#8217;obtenir de bons articles de presse, avec des répercussions sur la vente de leurs livres. On peut le déplorer, saluer le refus hautain et lucide de la comédie des lettres que Julien Gracq exprimait dans <em>La Littérature à l&#8217;estomac</em>, mais une telle exception ne change pas grand-chose à l&#8217;affaire.</p>
<p> Par ailleurs, la littérature qui met en avant une certaine exigence esthétique, celle de Pascal Quignard et Pierre Michon par exemple, elle est lue, elle est commentée, y compris dans les journaux, elle a des lecteurs fervents &#8211; et mérités. Si Michon et Quignard ne sont pas aussi connus que le furent Gide et Giono à leur époque, ils n&#8217;ont peut-être pas moins de <em>vrais</em> lecteurs aujourd&#8217;hui que Gide et Giono de leur vivant. Et si cette baisse d&#8217;intérêt général ne faisait que secrètement encourager les amateurs de littérature, fiers de passer par-dessus les modes et les engouements collectifs ? Et si, dans vingt ans, tombant sur cette polémique sanglante entre Jérôme Meizoz et moi dans les archives de <em>Mondes Francophones</em>, des têtes blondes s&#8217;exclamaient : « ben dis donc, quelle vie littéraire ils avaient, en 2007. Qu&#8217;est-ce que ça ferraillait alors ! ». Ceci pour vous dire que le seul antidote à la vulgarité journalistique et éditoriale, c&#8217;est, eh oui, l&#8217;internet : notre excellent site, le blog de Pierre Assouline, voilà des endroits où l&#8217;on respire. Enfin. Je vais m&#8217;arrêter là, car on m&#8217;annonce que le prix Goncourt a été décerné à l&#8217;instant.</p>
<p> </td>
</tr>
</tbody>
</table>

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		<title>Un art nouveau ? Obésité, impuissance et autres gracieusetés</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Mar 2007 23:05:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mherland</dc:creator>
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		<description><![CDATA["...Max Paitch joue sur les registres de l’humour et de la dérision, avec une imagination stylistique qui se traduit par un ton vraiment original."]]></description>
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<p>Un vent nouveau souffle sur le monde de l&#8217;art. Certes il y a longtemps que le beau n&#8217;est plus un critère de sélection au sein de la fraction la plus avancée du milieu artistique. Mais aujourd&#8217;hui on voit paraître de plus en plus d&#8217;œuvres qui refusent la dictature du beau, sans revendiquer pour autant l&#8217;ésotérisme de l&#8217;« art contemporain ». </p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-1720" title="pauline-malefane1" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2008/11/pauline-malefane1.jpg" alt="Pauline Malefane" width="155" height="195" /> <br />
<strong>Pauline Malefane<br />
dans <em>U-Carmen eKhayelitsha</em></strong></p>
<p> </p>
<p>Suivant la conception usuelle &#8211; qui demeure partagée par le plus grand nombre &#8211; l&#8217;art, comme toutes les activités de délassement, est d&#8217;abord fait pour plaire. La consommation artistique qui s&#8217;inscrit dans le temps du loisir relève en effet du libre choix, par opposition à toutes les tâches fastidieuses que nous accomplissons par obligation. L&#8217;on n&#8217;irait pas volontairement perdre son temps à regarder un film qui nous ennuie ou à écouter une musique qui nous écorche les oreilles. Évidemment cette liberté est en partie illusoire. Les goûts sont contraints ; rares sont ceux d&#8217;entre nous capables de s&#8217;affranchir de l&#8217;influence de leur milieu et de l&#8217;éducation qu&#8217;ils ont reçue. Mais il reste que personne ne nous oblige à voir tel film, écouter telle musique et que nous pouvons, là au moins, cultiver l&#8217;illusion d&#8217;une certaine liberté.</p>
<p> </p>
<p>Il y a donc du paradoxe dans la démarche des artistes et autres créateurs qui s&#8217;efforcent de nous attirer vers des œuvres d&#8217;où le beau semble <em>a priori</em> absent. Car la plupart des humains cherchent spontanément la beauté, et fuient la laideur. Une « œuvre d&#8217;art laide » est un oxymore et de fait, comme on le verra sur les quelques exemples qui suivent, quelles que soient les intentions de leurs auteurs, la beauté n&#8217;est jamais totalement absente des œuvres qui parviennent à nous toucher.</p>
<p> </p>
<p>Soit un film dont on ne peut pas nier qu&#8217;il correspond au goût dominant en Occident, puisqu&#8217;il a reçu la récompense suprême, l&#8217;ours d&#8217;or, au festival de Berlin en 2005. Ce film, <em>U-Carmen</em>, tourné par le cinéaste anglais Mark Domford-May dans la township sud-africaine de Kayelitsha, transpose le drame de Mérimé dans un univers complètement différent de l&#8217;Espagne initiale. L&#8217;époque : aujourd&#8217;hui ; le décor : un bidonville ; la langue : le xhosa ; les interprètes : des Africains, etc. Rien de très surprenant néanmoins, jusqu&#8217;ici, dans une telle entreprise. Il y avait déjà au demeurant une adaptation africaine de <em>Carmen</em> réalisée par le Sénégalais Jo Gaye Kamara. Si ce film est sorti du lot, c&#8217;est sans doute en raison de ce qui constitue sa véritable originalité, à savoir le choix d&#8217;interprètes dont les « formes », pour la plupart d&#8217;entre eux, sont plus que généreuses.</p>
<p> </p>
<p>Il se peut que les débordements graisseux soient considérés comme un critère de beauté en Afrique du Sud ; il est certain que ce n&#8217;est plus le cas chez nous. Nos goûts ont changé depuis Rubens et même nos cantatrices ont désormais des proportions plus modestes. Or, malgré un parti-pris esthétique surprenant pour un Occidental, le film fonctionne et, passé les premières minutes, on se prend même à juger que Mademoiselle Pauline Malefane, l&#8217;interprète de Carmen &#8211; pourtant celle dont la surcharge pondérale est la plus flagrante &#8211; est loin d&#8217;être entièrement dépourvue de charme. C&#8217;est la magie du cinéma et le talent du metteur en scène et des interprètes que de pouvoir faire du beau avec du laid. Le misérabilisme du décor, l&#8217;embonpoint excessif des comédiens-chanteurs sont transcendés par la lumière, la musique et surtout l&#8217;énergie que dégagent les personnages sur l&#8217;écran, à commencer par Carmen elle-même, à la personnalité explosive.</p>
<p> </p>
<p>Passons à un autre exemple sans changer pour autant vraiment de thème : <em>Chair tombale</em>, un roman d&#8217;un médecin, Philippe Cornet. Il raconte l&#8217;histoire d&#8217;un homme de cent quatre-vingt-cinq kilos, pauvre être solitaire sans autre distraction que le passage quotidien de l&#8217;infirmière et de la femme de ménage, ni d&#8217;autre sortie que celle qui le conduit à l&#8217;hôpital, quatre fois par an, pour une visite de contrôle, avec une halte au retour pour déjeuner chez sa mère. Rien de plus terne et de plus sinistre donc qu&#8217;une telle existence, d&#8217;autant que les détails les plus sordides ne nous sont pas épargnés. Seul événement inattendu qui sert d&#8217;argument au récit : en face de la fenêtre de l&#8217;appartement de cet homme, un panneau publicitaire jusqu&#8217;alors à l&#8217;abandon est soudainement occupé par la photo d&#8217;une femme à la beauté, cette fois, irréprochable et non dépourvue de <em>sex appeal</em>, nymphe tentatrice pour laquelle le malheureux héros va rapidement démontrer un tendre penchant. L&#8217;anecdote est un peu courte et sa fin prévisible puisque les affiches sont par essence éphémères. On peut se demander, alors, ce qui retient le lecteur et le pousse à aller jusqu&#8217;au bout du livre.</p>
<p> </p>
<p>Il y a d&#8217;abord un style. Si le héros est déprimant, il n&#8217;en est pas moins un professeur de lettres en congé de longue maladie et son monologue intérieur ne manque pas d&#8217;élégance : des phrases courtes qui s&#8217;enchaînent de manière telle que le discours semble ne jamais s&#8217;interrompre. Mais il n&#8217;est pas sûr que les qualités littéraires soient l&#8217;élément déterminant dans ce cas. En fait, les lecteurs sont pris dans un piège, le piège des bons sentiments, ces sentiments que nous ne savons pas manifester quand il le faudrait, par exemple lorsque nous croisons un handicapé (obèse ou autre) dans la rue et que nous détournons les yeux. Là, déchiffrant à notre rythme les lignes qui noircissent le papier, nous avons tout le temps nécessaire pour nous habituer à la monstruosité du sujet malheureux de l&#8217;histoire, pour pénétrer ses sens, sympathiser avec lui et, « quelque part », nous sentir la personne que nous voudrions être, pleine d&#8217;humanité concrète et de compassion efficace. La laideur physique n&#8217;importe plus ; nous sommes perdus soudain dans un rêve de beauté morale.</p>
<p> </p>
<p>Un dernier exemple, tiré non plus de la littérature patronnée par les maisons d&#8217;édition, celle qui s&#8217;imprime sur du bon papier, mais de la littérature électronique, désormais foisonnante sur le net. Gratuite à produire (car l&#8217;auteur ne songe pas à compter son temps), gratuite à diffuser (ou presque), elle est un champ d&#8217;expérimentations quasi-infini, accueillant les tentatives les plus incongrues. Au hasard du net, donc, le récit fantaisiste d&#8217;un certain Max Paitch (?) publié sous forme de feuilleton sur <em>mondesfrancophones.com</em>, site par ailleurs très sérieux, comme ne l&#8217;ignorent pas les lecteurs de cet article. L&#8217;argument, ici, est encore moins ragoûtant que le précédent puisqu&#8217;il tourne autour de l&#8217;impuissance. Le lecteur masculin, normalement hanté par un complexe de castration, devrait s&#8217;enfuir dès qu&#8217;il a compris de quoi il retournait dans ce récit ! Car le héros, nommé Rosario (Rosaire !), au départ doté par la nature d&#8217;un attribut viril considérable, et de ce fait assidûment recherché par la gent féminine, voit soudain son instrument faiblir, et même devenir gravement malade, d&#8217;où il résultera une intervention chirurgicale aussi radicale qu&#8217;inévitable au terme de laquelle notre héros se retrouvera affublé d&#8217;un pénis artificiel, source évidente de nouveaux déboires.  </p>
<p> </p>
<p>Or, à nouveau, force est de constater que cela marche. Le lecteur qui a commencé le premier épisode se surprend, à son corps défendant peut-être, à aller jusqu&#8217;au bout du premier épisode et à faire de même avec les suivants. Pour retenir le lecteur avec une histoire aussi sinistre sur le fond et aussi redondante dans ses péripéties, il est clair que l&#8217;auteur doit déployer des talents de conteur. En l&#8217;occurrence Max Paitch joue sur les registres de l&#8217;humour et de la dérision, avec une imagination stylistique qui se traduit par un ton vraiment original. A titre d&#8217;illustration, voici comment le narrateur explique pourquoi il n&#8217;est pas en mesure de comprendre le sentiment qu&#8217;il décrit (la souffrance ressentie par un surdoué du sexe lorsque son pouvoir l&#8217;abandonne) :</p>
<p> </p>
<p style="PADDING-LEFT: 30px">« Comme vous vous en doutez, Rosario finit par se payer une dépression (enfin, il ne la paye pas, mais vous saisissez), ce que j&#8217;aurais pu comprendre si les dieux avaient eu la bonté de faire une entorse au processus d&#8217;hérédité génétique et me munir d&#8217;un véritable instrument de conquête sexuel, mais que je perçois mal puisque je possède le pénis de mon père qui le possède de celui de son père et celui-ci de celui de son propre père et comme cela depuis des dizaines de générations jusqu&#8217;à l&#8217;ancêtre commun qui nettoyait les latrines à Lascaux et y faisait cuire le lièvre sur un lit de champignons vénéneux mais n&#8217;était jamais invité aux petites fêtes sexuelles entre plantureuses ménagères et membrés chasseurs qui, bêtes comme les pieds du macaque oriental, chassaient encore le diplodocus disparu depuis plusieurs millions d&#8217;années, ce qui prouve bien que rien n&#8217;a changé et moins que ça en fait et je m&#8217;éloigne encore une fois de mon sujet ». Max Paitch, <em><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/canadas/penisator/">Le Pénisator</a></em> (3).</p>
<p> </p>
<p>Trois exemples ne constituent pas à eux seuls un art nouveau, d&#8217;autant que le souci d&#8217;épater les bourgeois ne date pas d&#8217;hier. On ne saurait néanmoins surestimer l&#8217;existence d&#8217;une attitude très répandue chez les artistes d&#8217;aujourd&#8217;hui qui renoncent à séduire leur public en mettant directement en scène la beauté, au sens de ce que l&#8217;on nous a appris à aimer comme tel depuis l&#8217;Antiquité, à savoir une combinaison harmonieuse de formes, de sons, de couleurs, de mots, etc. susceptible de nous mettre dans cet état particulier que l&#8217;on nomme l&#8217;émotion esthétique. Si l&#8217;on met de côté l&#8217;art dit « académique », plus déprécié que jamais, les créateurs contemporains ont choisi <em>a priori</em> d&#8217;autres ressorts.</p>
<p> </p>
<p>Les exemples ci-dessus en font ressortir trois. La transgression esthétique, dans le cas particulier de <em>U-Carmen</em>, ne s&#8217;affranchit pas néanmoins du souci du beau puisqu&#8217;elle vise au contraire à élargir notre conception de la beauté. La compassion est le ressort principal de <em>Chair tombale</em>, mais dans ce cas encore une certaine beauté finit par surgir, même s&#8217;il s&#8217;agit de celle qui est ressentie par le lecteur-spectateur s&#8217;émerveillant de se découvrir soudain frère d&#8217;un héros négatif, symbole de l&#8217;humanité déshéritée. Enfin l&#8217;auteur du Pénisator compte sur l&#8217;humour et la distanciation du narrateur par rapport à son sujet pour convaincre le lecteur de le suivre jusqu&#8217;au bout, mais son succès repose avant tout sur l&#8217;inventivité verbale et stylistique, ébauche d&#8217;une nouvelle esthétique formelle.</p>
<p> </p>
<p>Ces trois exemples, même s&#8217;ils ne peuvent résumer à eux seuls l&#8217;ensemble de la production actuelle, sont donc malgré tout éclairants. Les efforts des créateurs pour s&#8217;affranchir de ce qu&#8217;ils considèrent parfois comme la tyrannie du beau apparaissent finalement voués à l&#8217;échec. Même si une œuvre a été conçue contre les canons du conformisme esthétique, elle ne fonctionne que si elle aboutit d&#8217;une manière ou d&#8217;une autre à créer de la beauté. Les masturbations intellectuelles des tenants de « l&#8217;Art contemporain » confinés dans les impasses du symbolisme minimaliste (dans le genre de l&#8217;<em>arte povera</em>) ou de la provocation gratuite débouchent seulement sur l&#8217;écœurement ou l&#8217;ennui du spectateur <strong>(1)</strong>.</p>
<p align="center">***************</p>
<p> </p>
<p><strong>(1)</strong> Cf. ici même notre article « <a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/frances/la-grande-escroquerie-du-palais-de-tokyo/">La grande escroquerie du palais de Tokyo</a> ».</p>

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		<title>Les blogues de création littéraire : Innovation ou recyclage de formes préexistantes ?</title>
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		<pubDate>Thu, 08 Mar 2007 01:41:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>vcools et abbernard</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cyberespaces]]></category>
		<category><![CDATA[Articles]]></category>

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		<description><![CDATA["Au cours de l’été 2006, nous avons décrit, classé et analysé des blogues de création littéraire de langue française. Notre mandat était de déterminer si une nouvelle forme de littérature est en voie d’émerger à travers les blogues."
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			<content:encoded><![CDATA[
<div class="topsy_widget_data topsy_theme_" style="float: right;margin-left: 0.75em; background: url(data:,%7B%20%22url%22%3A%20%22http%253A%252F%252Fmondesfrancophones.com%252Fespaces%252Fcyberespaces%252Fles-blogues-de-creation-litteraire-innovation-ou-recyclage-de-formes-preexistantes%252F%22%2C%20%22style%22%3A%20%22small%22%2C%20%22title%22%3A%20%22Les%20blogues%20de%20cr%C3%A9ation%20litt%C3%A9raire%20%3A%20Innovation%20ou%20recyclage%20de%20formes%20pr%C3%A9existantes%20%3F%20%23%22%20%7D);"></div>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">A &#8211; Introduction<br />
</span></strong></p>
<p><strong></strong></p>
<p> </p>
<p>Nous commencerons par effectuer une description et une analyse générale des blogues que nous avons répertoriés, et nous en conclurons que la très grande majorité de ces derniers consiste en du recyclage de formes préexistantes. Il existe toutefois une nouvelle catégorie, le blogue-œuvre. Nous lui avons assigné un terme de façon plus ou moins arbitraire afin de la décrire ; l&#8217;utilisation de ce mot est donc à débattre.</p>
<p> </p>
<p>Pour la description des résultats, nous passerons par trois points : les concepts de base qui structurent chaque blogue, les contenus et les caractéristiques de ces derniers.</p>
<p> </p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">B &#8211; Concept<br />
</span></strong></p>
<p><strong></strong></p>
<p> </p>
<p>Au niveau conceptuel, les blogues que nous avons trouvés peuvent se répartir essentiellement en cinq groupes. Le premier groupe rassemble les blogues ne comportant que de la création littéraire sous différentes formes (poésie, fiction, textes de création illustrés).</p>
<p> </p>
<p>Il y a ensuite les blogues que nous avons appelés « blogues-carnets », dans lesquels on trouve aussi bien de la création littéraire que des réflexions personnelles, des recettes de cuisine, des notes ou des descriptions du quotidien de l&#8217;auteur. Autrement dit, ce que l&#8217;on trouverait dans un journal intime.</p>
<p> </p>
<p>Nous avons mis à part les « blogues-sites d&#8217;auteur », tenus par des auteurs publiés, ou cherchant à être publiés. Ceux-ci espèrent se faire connaître par leur blogue et y tester leurs créations en obtenant l&#8217;avis des lecteurs internautes à travers les commentaires de ces derniers.</p>
<p> </p>
<p>Les blogues d&#8217;écriture collective, quant à eux, invitent les soumissions créatives des internautes, qui sont ensuite mises en ligne ; ces créations sont le plus souvent basées sur un thème, une phrase ou une image hebdomadaire &#8211; il peut également s&#8217;agir de cadavres exquis, chaque internaute ajoutant une phrase ou un paragraphe à la fiction en cours de création.</p>
<p> </p>
<p>Enfin, il existe une cinquième catégorie de blogues pour laquelle il n&#8217;y a pas encore de terme <strong>(1)</strong>. Nous avons alors cru bon de lui en inventer un : le « blogue-œuvre » (ce terme n&#8217;est pas encore fixe, et nous n&#8217;avons pas encore déterminé s&#8217;il s&#8217;agissait du meilleur mot pour décrire ce nouveau phénomène). Ce terme sert à désigner les blogues qui ne sont ni des carnets, ni des sites d&#8217;auteur, ni de l&#8217;écriture collective et qui ne se présentent pas directement comme étant de la création. Ce terme servirait à désigner les blogues où l&#8217;auteur essaie d&#8217;utiliser les caractéristiques spécifiques du blogue (dont nous parlerons ci-dessous) afin de créer une œuvre de fiction qui ne peut être classée dans les catégories traditionnelles (comme la poésie, le roman, la nouvelle littéraire, etc.). Il s&#8217;agit d&#8217;une œuvre où l&#8217;auteur cherche à reconstituer la vie personnelle d&#8217;un personnage en écrivant un blogue d&#8217;apparence normale, avec la différence, bien sûr, que tout ce qui y est écrit se trouve à relever de la fiction. La forme littéraire traditionnelle la plus rapprochée de ce type d&#8217;écriture serait le roman épistolaire, ou le roman sous forme de journal personnel, quoiqu&#8217;il y existe d&#8217;importantes différences en raison de la nature du blogue. Malheureusement, peu de gens ont tenté cette expérience <strong>(2)</strong> et ce type d&#8217;hyperfiction se résume surtout à des expériences littéraires dont le contenu se trouve à être relativement hermétique (à moins, bien sûr, que l&#8217;on ait suivi le blogue dès ses débuts &#8211; tout relire de façon chronologique se trouve à être une tâche à la fois monotone et monumentale). Toutefois, l&#8217;idée est valable et il serait intéressant de voir si d&#8217;autres auteurs s&#8217;y essaieront.</p>
<p> </p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">C &#8211; Contenu<br />
</span></strong></p>
<p><strong></strong></p>
<p> </p>
<p>Pour ce qui est du contenu lui-même, nous avons trouvé une très forte majorité de poèmes, ainsi qu&#8217;une assez grande proportion de nouvelles. Nous avons constaté que beaucoup de textes, qu&#8217;ils soient en prose ou en vers, mêlaient texte et image. Certains blogues comportaient de la fiction sérialisée, qu&#8217;il s&#8217;agisse de romans-feuilletons ou de fiction rédigée en format épistolaire, chaque billet correspondant à une « lettre ».</p>
<p> </p>
<p>Nous avons rassemblé certains blogues sous l&#8217;étiquette « fiction-réalité » (que nous aurions également pu appeler « quotidien romancé »), car ces derniers comportaient des textes qui étaient rédigés dans un style à consonance littéraire, mais qui, néanmoins, racontaient à la première personne des événements qui auraient tout aussi bien pu arriver tels quels à l&#8217;auteur. Dans ces cas-ci, il était difficile de trancher entre fiction et autobiographie. Il faut cependant souligner que rares étaient les blogues contenant exclusivement de la « fiction-réalité » : dans la majorité des cas, il s&#8217;agissait de textes isolés, que nous avons trouvé parmi d&#8217;autres textes clairement fictifs ou clairement autobiographiques. De plus, le blogue n&#8217;est certainement pas le seul support ayant la possibilité de brouiller l&#8217;imaginaire et la réalité, ce qui signifie que cette caractéristique au niveau du contenu n&#8217;est pas spécifique au blogue. Nous avons cependant jugé utile de souligner l&#8217;existence de cette catégorie.</p>
<p> </p>
<p>Les blogues d&#8217;écriture collective constituent un autre cas à part, car ils permettent à l&#8217;internaute de participer directement à l&#8217;acte de création, ce qui est propre aux littératures sur Internet. Cependant, ce type de participation, pour intéressante qu&#8217;elle soit, ne diffère pas de ce que nous pouvons trouver dans certains forums, et ne peut donc être considérée comme spécifique au blogue. De plus, les blogues de création collective se trouvent toujours à recycler des formes préexistantes, que ce soit des poèmes ou des nouvelles littéraires. Il est important de noter ici que ces créations n&#8217;ont aucun lien entre elles, autre que celui fourni par les administrateurs du site (le thème de la semaine, par exemple).</p>
<p> </p>
<p>Ironiquement, la nouvelle catégorie du blogue-œuvre, au point de vue du contenu, ne se distingue pas réellement d&#8217;un blogue normal (de la catégorie carnet), sauf, bien sûr, par le fait qu&#8217;il porte sur une personne fictive. Du point de vue du contenu, le blogue-œuvre ne diffère pas d&#8217;un « blogue-carnet ».</p>
<p> </p>
<p>Pour formuler un début de réponse à notre problématique à ce stade-ci, il semblerait que la très grande majorité des blogues de création littéraire que nous avons trouvés consistaient principalement en des récupérations de formes littéraires préexistantes. En effet, au niveau de la forme, la plupart des œuvres que nous avons rencontrées ne différaient aucunement d&#8217;œuvres rédigées ou publiées sur papier. Il est très important de préciser que, dans le cadre de cette problématique, nous n&#8217;avons pas tenu compte de la qualité des œuvres (nous avons en effet trouvé des textes de tous les niveaux), mais uniquement de leur forme. Or, force est de constater que nous avons pour l&#8217;instant trouvé peu de blogues de création littéraire qui innovent à ce niveau, qui emploient les particularités du blogue pour créer un nouveau type de littérature. Nous avons d&#8217;ailleurs été très étonnés de ne pas trouver plus de blogues-œuvre.</p>
<p> </p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">D &#8211; Caractéristiques<br />
</span></strong></p>
<div><strong></strong></div>
<div><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></div>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;"> </p>
<p></span></strong></p>
<p><strong></strong></p>
<p><strong></strong></p>
<p>S&#8217;il y a peu de caractéristiques spécifiques à la création littéraire dans les blogues au niveau du concept, il est néanmoins possible d&#8217;énumérer des caractéristiques communes au niveau du contenu. De manière générale, les œuvres que nous avons rencontrées étaient, pour la plupart, 1) isolées, 2) spontanées, 3) brèves et éphémères.</p>
<p> </p>
<p>Elles sont isolées, parce qu&#8217;il est rare de trouver un blogue formant un tout structuré et cohérent. La proportion de « blogues-carnets » en est la preuve. La plupart des blogues de création littéraire sont constitués de billets qui tournent parfois autour d&#8217;un même thème, mais ne semblent pas avoir été écrits en fonction les uns des autres. Même dans le cas des blogues d&#8217;écriture collective, les billets fondés sur un même titre, une même photo ou une même phrase n&#8217;ont pas grand-chose d&#8217;autre en commun, étant donné qu&#8217;ils ont été écrits séparément : ainsi, ils forment moins une œuvre qu&#8217;une série d&#8217;œuvres.</p>
<p> </p>
<p>Elles sont également spontanées, car les billets semblent souvent improvisés, écrits à la sauvette, comme en témoignent les fautes de frappe, d&#8217;orthographe et de mise en page que nous avons trouvées même dans les blogues d&#8217;écrivains ou d&#8217;écrivains aspirants. Nous avions souvent l&#8217;impression que les blogues servent littéralement de carnets de brouillons. Il est clair, cependant, que ce n&#8217;est pas obligatoirement le cas, mais c&#8217;est néanmoins ce que nous avons constaté jusqu&#8217;à présent.</p>
<p> </p>
<p>Finalement, elles sont aussi brèves et éphémères, car le blogue est par nature un médium qui se consulte quotidiennement et rapidement. Cela explique la très grande quantité de poèmes, et plus précisément de haïkus, que nous avons trouvée ; il s&#8217;agit en effet de textes brefs, qui peuvent être lus en peu de temps. C&#8217;est aussi pour cette raison que les blogues comportant des romans-feuilletons sont problématiques à lire, car, à moins d&#8217;avoir suivi l&#8217;histoire depuis le début, le lecteur est obligé de lire les archives de manière chronologique, ce qui est contraire aux habitudes de lecture du lecteur de blogues. Ces habitudes de lecture se reflètent d&#8217;ailleurs dans les commentaires, qui sont, soit dit en passant, peu nombreux : ces derniers sont en effet souvent très brefs et ne proposent quasiment jamais de critique constructive ou d&#8217;analyse.</p>
<p> </p>
<p>En résumé, nous pourrions dire que les blogues de création littéraire sont victimes de leur facilité. En effet, créer un blogue est extrêmement simple et n&#8217;importe qui aujourd&#8217;hui peut mettre ses textes en ligne gratuitement et au prix de peu d&#8217;efforts. Mais il semblerait que, du fait même de cette facilité, très peu de gens désirent fournir l&#8217;effort de faire de leur blogue un projet cohérent et structuré. Cela n&#8217;empêche pas que nous avons trouvé des textes de qualité ici et là, mais, puisque nous parlons d&#8217;enjeux conceptuels, force est de reconnaître que, dans la majorité des cas, il n&#8217;y a pas d&#8217;innovation.  De plus, nous pouvons dire que, s&#8217;il est possible d&#8217;établir des caractéristiques communes aux créations sur blogue, ce n&#8217;est pas parce que les auteurs exploitent les spécificités du médium, mais plutôt parce que le médium impose ses restrictions aux écrivains blogueurs.</p>
<p> </p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">E &#8211; Le blogue-œuvre<br />
</span></strong></p>
<p><strong></strong></p>
<p> </p>
<p>Cela dit, le blogue-œuvre présente, comme nous l&#8217;avons mentionné, une exception. Toutefois, il fut très difficile de trouver cette nouvelle forme de littérature sur le Web francophone et il semblerait que seulement deux auteurs se sont donnés la tâche d&#8217;allier littérature et blogue au niveau conceptuel. L&#8217;un d&#8217;entre eux s&#8217;intitule <em><a href="http://www.desordre.net/textes/romans/cible/index.htm">La cible</a></em> <strong>(3)</strong>, écrit par Philippe de Jonckheere. Celui-ci est intéressant car il s&#8217;agit du seul « roman-feuilleton » sous forme de blogue mené à terme que nous avons trouvé (les autres ont une durée de vie moyenne d&#8217;environ 2-3 mois). Il s&#8217;agit d&#8217;un blogue très typique, de la catégorie carnet, où l&#8217;auteur met en scène sa propre vie quotidienne et décrit ses journées avec parfois un peu trop de détail. Le seul élément qui relève directement de la fiction est la partie où l&#8217;auteur engage un tueur à gages pour se tuer lui-même, déterminant la date de sa propre mort. S&#8217;étant ainsi donné une fin, le blogue reproduit naturellement la structure normale d&#8217;une histoire (puisque, forcément, il doit alors y avoir un début et un milieu).</p>
<p> </p>
<p>Étant donné que l&#8217;auteur a écrit des entrées pendant 6 mois (de juillet à décembre), le volume total de ce texte équivaut au moins à celui d&#8217;un petit roman. Mais pour le lire de façon chronologique (donc, en partant du billet le moins récent), on doit aller à l&#8217;encontre des habitudes de lecture de blogues, puisque, normalement, le billet le plus récent est en tête de page. Ce problème de lecture se produit seulement si le blogue est terminé, ou si l&#8217;on « embarque » dans un blogue déjà commencé &#8211; le lecteur qui le suit au fur et à mesure ne verrait, a priori, aucune différence entre le blogue-œuvre et un blogue normal. Cela montre bien que le blogue-œuvre (et par extension, le blogue en général) n&#8217;est pas une forme publiable car son charme ne se maintient que lorsqu&#8217;il est publié en petits billets isolés.</p>
<p> </p>
<p>Il est aussi important de noter que, d&#8217;un point de vue narratif, l&#8217;histoire ne suit jamais un fil strictement linéaire et peut varier grandement de jour en jour. L&#8217;auteur ne se limite pas à un seul style d&#8217;écriture, et sa quête consiste davantage à créer un personnage qui vit, connaissant la date de sa mort, que de créer une histoire romanesque ou dramatique proprement dite.</p>
<p> </p>
<p>Le deuxième blogue-œuvre que nous avons trouvé constitue en réalité un réseau de blogues, intitulé <em><a href="http://generalproust.oldiblog.com/">La disparition du Général Proust</a> </em>(la liste complète des blogues dans le cycle de la Disparition se trouve dans la section « <a href="http://generalproust.oldiblog.com/?page=liens">Liens</a> »)<tt><strong> </strong></tt><strong>(4)</strong>. Ce titre englobe un total de 18 blogues différents (la dernière fois que nous avons vérifié), qui documentent les événements de la vie de plusieurs personnages fictifs, dont un dénommé Marc Hodges, et leurs interactions. Il y a un blogue contenant la création littéraire de Marc Hodges, un autre avec sa poésie, et puis un avec sa poésie destinée à quelqu&#8217;un d&#8217;autre, etc. Chaque personnage de l&#8217;histoire tient un blogue différent, exception faite de Hodges qui, lui, en a plusieurs. Le but de l&#8217;auteur est semblable à celui de <em><a href="http://www.desordre.net/textes/romans/cible/index.htm">La cible</a></em>, c&#8217;est-à-dire dresser le portrait de chacun en recréant les traces qu&#8217;ils ou elles auraient laissées sur le Web, c&#8217;est-à-dire, dans ce cas, leurs blogues. </p>
<p> </p>
<p>La prémisse de cette série de blogues est bien simple, et se trouve bien résumée dans un article d&#8217;Anne-Marie Boisvert, qui écrit pour le <a href="http://www.ciac.ca/magazine/archives/no_24/oeuvre4.htm">Magazine électronique du CIAC</a> <strong>(5)</strong> :</p>
<p>Le « Général » a disparu, victime d&#8217;un attentat. Complot de famille, manigances politiques, les deux à la fois, peut-être ? Il y a enquête, et dans un « Salon », une dizaine de personnages de son entourage s&#8217;interrogent sur les circonstances de cette disparition, sur les motifs et les secrets possibles des uns et des autres : « la surveillance est générale », « la méfiance s&#8217;installe », et le « désarroi ». En même temps, la « passion » règne.</p>
<p>Et elle renchérit :</p>
<p>C&#8217;est ainsi que s&#8217;écrit l&#8217;hyperfiction <em><a href="http://generalproust.oldiblog.com/">La disparition du Général Proust</a></em><em></em>, comme un work-in-progress, « un récit de récits en expansion perpétuelle », « soumis à des changements permanents » et sans « version définitive ». Multipliant les points de vue et les points de fuite, cette hyperfiction court sur plusieurs blogues (treize à ce jour<a name="liens"></a>) <em>(NDR : plutôt dix-huit maintenant)</em> qui se développent parallèlement, se croisent, parfois, jouant les uns contre les autres, en contrepoint, mais sans se fondre.</p>
<p>Ainsi, l&#8217;auteur n&#8217;utilise pas le blogue-œuvre afin d&#8217;écrire une histoire, mais plutôt afin de créer des personnages (que nous, les lecteurs, ne connaissons que par le blogue) qui eux, donnent vie à l&#8217;histoire (se déroulant toujours quelque part « derrière les rideaux »).</p>
<p> </p>
<p>          Évidemment, l&#8217;histoire racontée par l&#8217;entremise de ces blogues est extrêmement fragmentaire, dispersée, et seuls les lecteurs les plus déterminés sauront tout lire afin de connaître les enjeux de la situation et de (nous le présumons) découvrir où se trouve le fameux général, et qui est responsable de sa disparition. En nous fiant uniquement au nombre de commentaires, nous devons conclure que peu de gens se donnent la peine de tout lire.</p>
<p> </p>
<p>Le titre de ce grand cycle de blogues-œuvre réfère, en quelque sorte, à la disparition de la littérature dans le Web, et particulièrement dans la forme du blogue. L&#8217;auteur se distingue des autres blogueurs par sa connaissance de cette forme et par son désir de la subvertir, ce qui lui permet d&#8217;embrouiller les lignes entre fiction et réalité. Toutefois, Balpe lui-même (qui se trouve à être, lui aussi, pris dans la fiction entourant la fameuse disparition) refuse aujourd&#8217;hui de trancher et de dire où commence et où se termine la réalité dans son œuvre.</p>
<p> </p>
<p>Il est également important de dire que Balpe utilise des algorithmes d&#8217;écriture automatique pour ce cycle de blogues ; c&#8217;est donc dire qu&#8217;il ne se charge pas de l&#8217;écriture des entrées au jour le jour. En soi, nous croyons que le fait qu&#8217;un algorithme est largement responsable de ces blogues montre à quel point il s&#8217;agit d&#8217;une forme d&#8217;écriture isolée, facile d&#8217;accès et ne nécessitant pas autant de suite dans les idées qu&#8217;une œuvre de littérature traditionnelle.</p>
<p> </p>
<p>Pour résumer, le trait commun (parmi l&#8217;échantillon forcément limité) des blogues-œuvre est leur utilisation des particularités principales du blogue afin de créer un ou des personnages fictifs, à partir desquels une fiction plus large se crée. Il s&#8217;agit presque d&#8217;un processus inversé par rapport à la littérature traditionnelle, où les personnages ne sont que des acteurs dans l&#8217;univers de la fiction ; ici, c&#8217;est clairement la fiction qui découle des personnages. Le blogue-œuvre est donc isolé, car même si le personnage est fictif, les éléments apportés par l&#8217;auteur ne sont pas nécessairement suivis de façon régulière, au jour le jour. Les éléments du récit sont éparpillés, éclatés, vu de différentes perspectives. Le blogue-œuvre donne également une impression de spontanéité. L&#8217;auteur peut choisir, par exemple, d&#8217;insérer des fautes d&#8217;orthographe et de grammaire intentionnelles afin de faire avancer l&#8217;histoire, de montrer les états d&#8217;âme du personnage et de lui donner des traits de personnalité. Enfin, le blogue-œuvre est bref et éphémère (du moins, en prenant chaque entrée séparément), puisque, à la manière d&#8217;un blogue-carnet, il se suit quotidiennement, en ordre chronologique inverse (l&#8217;entrée la plus récente est toujours placée en haut de page).</p>
<p> </p>
<p>Il est donc possible de déduire que le blogue-œuvre suit la même forme qu&#8217;un blogue-carnet « normal » et que pour en créer un, il s&#8217;agirait, au fond, de prendre les caractéristiques du médium comme outils de création plutôt que comme limites ; un blogue-œuvre crée sa fiction par sa nature spontanée, isolée, brève et éphémère.</p>
<p> </p>
<p>À partir de ces deux exemples de blogue-œuvre, il est possible d&#8217;envisager que d&#8217;autres auteurs francophones s&#8217;y essaieront un jour. Pour l&#8217;instant, le phénomène semble de loin plus populaire dans le monde anglophone, où il est l&#8217;objet de questionnement, de confusion et même parfois de méfiance <strong>(6)</strong>.</p>
<p> </p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">F &#8211; Constat général<br />
</span></strong></p>
<div><strong></strong></div>
<div><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></div>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;"> </p>
<p></span></strong></p>
<p><strong></strong></p>
<p><strong></strong></p>
<p>La création littéraire dans les blogues est rare. Les gens qui écrivent des poèmes pratiquent souvent l&#8217;écriture automatique et le font, la plupart du temps, de façon carrément maladroite. Loin de nous de prétendre qu&#8217;on ne peut trouver quelques perles rares dans cet océan &#8211; mais le fait reste qu&#8217;une grande majorité de blogues sont victimes de leur facilité.</p>
<p> </p>
<p>Parmi les blogues de création littéraire intéressants, nous avons souvent trouvé qu&#8217;une volonté de « refaire » ce qui a déjà été fait en littérature : des romans-feuilletons sous forme de blogues, des « photo-romans », etc. Les blogues qui tentent d&#8217;exploiter les spécificités du médium ne sont que des exceptions, mais pour les besoins de la cause, nous avons trouvé important de créer une nouvelle catégorie et de lui donner un nom : le blogue-œuvre.</p>
<p> </p>
<p>          Quant à la question principale entourant cette recherche, nous pouvons maintenant répondre : Oui, il existe une nouvelle forme littéraire découlant de la forme du blogue ; toutefois, seulement deux auteurs (selon nos recherches) semblent avoir tenté l&#8217;expérience parmi l&#8217;échantillon de blogueurs francophones. Le premier, de façon plutôt timide et limitée ; le second, de façon éclatée, difficile à appréhender. Reste à savoir si, de un, cette nouvelle forme d&#8217;hyperfiction, le blogue-œuvre, saura susciter l&#8217;intérêt du public (ce qui est un non-lieu jusqu&#8217;à présent, il semblerait) et de deux, s&#8217;il saura susciter l&#8217;intérêt d&#8217;auteurs potentiels (qui pourraient tenter leur chance avec ce genre d&#8217;expérience) et s&#8217;il permettra de jouer avec les limites de la fiction et de la réalité dans le Web. Tout compte fait, il sera intéressant d&#8217;observer le développement de cette nouvelle forme et de voir où elle ira au fil des ans.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">G &#8211; Statistiques (résultats de la recherche)</span></strong></p>
<p> </p>
<p>501 sites répertoriés au total</p>
<p>297 sites décrits</p>
<p> </p>
<p>161 blogues dans la catégorie « œuvre »</p>
<p>84 blogues dans la catégorie « carnet »</p>
<p>39 blogues dans la catégorie « site d&#8217;auteur »</p>
<p>8 blogues qui se définissent exclusivement par l&#8217;écriture collective</p>
<p> </p>
<p>212 blogues contiennent de la poésie</p>
<p>142 blogues contiennent de la fiction (nouvelles littéraires ou autres)</p>
<p>38 blogues contiennent de la fiction-réalité</p>
<p>20 blogues peuvent se classifier comme blogues-œuvre (18 faisant partie du cycle <em><a href="http://generalproust.oldiblog.com/">La disparition du Général Proust</a></em>) &#8211; ces sites sont répertoriés dans la catégorie « œuvre »</p>

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		<title>Fracture numérique et solidarité numérique</title>
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		<pubDate>Thu, 24 Aug 2006 01:52:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>rchaudenson</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cyberespaces]]></category>
		<category><![CDATA[Articles]]></category>

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		<description><![CDATA["Quel chercheur du Nord consacrerait mensuellement huit jours de son salaire à la seule connexion internet ?"]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[
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<p>    Un certain nombre de propos et  de textes donnent à craindre qu&#8217;à Bucarest, lors du prochain Sommet de la Francophonie, quelques beaux arbres de la modernité extrême masquent la forêt des réalités quotidiennes du Sud et surtout de l&#8217;Afrique, qui devrait demeurer un enjeu central, aux termes des premiers éléments d&#8217;un projet de Déclaration en 27 points, dont je ne citerai ici que huit extraits :</p>
<p>1. « Conjuguer l&#8217;éducation et les technologies de l&#8217;information » (Préambule, 2 ; j&#8217;aurais préféré, pour mon compte, « mettre les technologies de l&#8217;information et de la communication <strong>au service de l&#8217;éducation</strong> ») ;</p>
<p>2. « Fortement préoccupés par les disparités entre les femmes et les hommes [...], nous exprimons notre volonté d&#8217;agir » (I.8) ;</p>
<p>3. « Nous sommes résolus, d&#8217;une manière active et pragmatique, à promouvoir la langue française » (I. 13) ;</p>
<p>4. « Nous réaffirmons notre volonté de maintenir au centre de nos préoccupations l&#8217;éducation à tous les niveaux » (I.16) ;</p>
<p>5. Nous renouvelons l&#8217;engagement d&#8217;augmenter les moyens de notre action en vue de garantir l&#8217;éducation de base gratuite et obligatoire dans tous les pays francophones, en éliminant les disparités entre les sexes, les cultures et les groupes sociaux. » (II. 2) ;</p>
<p>6. « Nous sommes conscients de l&#8217;importance de l&#8217;amélioration de la qualité de l&#8217;enseignement dans l&#8217;espace francophone par la modernisation des méthodes pédagogiques et la diversification des moyens utilisés, en tenant compte de l&#8217;évolution technologique et des impératifs de la société informationnelle » (III. 3) ;</p>
<p>7. « Nous soulignons notre attachement à la création d&#8217;une société informationnelle humaine et inclusive qui favorise l&#8217;accès sans entraves de tous nos membres aux TIC » (II. 6);</p>
<p>8. « Nous sommes conscients du défi que constitue la fracture numérique ; d&#8217;une part, celle qui sépare le Nord et le Sud, et, d&#8217;autre part, celle qui sépare les hommes et les femmes. Nous réaffirmons notre volonté de combler ce fossé au profit u monde en développement. » (II. 7).</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>    On ne peut rien reprocher à un tel programme, sinon qu&#8217;il a été déjà formulé à de multiples reprises depuis quinze ans (Jomtien 1990, Pékin 1995, Dakar 2000, Johannesburg 2002, etc., tout cela étant repris et répété dans les  « Objectifs du Millénaire »). On peut observer aussi que, comme souvent, dans ce genre de déclaration, on ne distingue pas de véritable classement parmi les multiples objectifs qui sont énoncés. Chacun se préoccupe d&#8217;y voir figurer le point qui l&#8217;intéresse, sans que soient définies de priorités réelles. Si tout est prioritaire, rien n&#8217;est prioritaire.</p>
<p>    Il est de bon ton désormais, pour se donner bonne conscience, de tabler sur la réduction de la fracture numérique entre le Nord et le Sud par l&#8217;usage des techniques les plus modernes. La seconde fracture numérique, entre hommes et femmes, ne paraît guère à prendre en compte tant que demeure la première.</p>
<p>    Au lieu de rêver et pour être utilement constructif, esquissons un état des lieux, bref mais <strong>incontestable,</strong> en quelques points essentiels.</p>
<p>    1. <strong>Le réseau et les coûts.</strong> Selon les données de la DGCID du Ministère français des Affaires étrangères : « L&#8217;Afrique héberge à peine 0,0001% du total des pages web ». « Internet » est « de 650 à 1500 fois plus cher en Afrique qu&#8217;en Europe (en parité du pouvoir d&#8217;achat). » (<em>Bilan et perspectives 2003, </em>2004 : 68).</p>
<p>    2. <strong>Les structures et les équipements</strong>. En 2001, selon les données du <em>Rapport sur le Développement Humain </em>du PNUD (2003), les Etats du monde qui comptent le moins d&#8217;utilisateurs de l&#8217;internet, on trouve: République Démocratique du Congo (0,1 pour 1000 habitants), Tchad (0,5), Congo (0,3), RCA (0,8), Burundi (0,9), Niger (1,1). Le seul Etat d&#8217;Afrique qui ait un niveau d&#8217;équipement comparable à celui des pays européens est naturellement la République d&#8217;Afrique du Sud avec 64,9 pour 1000. La RSA, présente, à elle seule, plus d&#8217;usagers de l&#8217;internet pour 1000 habitants que tous les autres Etats africains réunis.</p>
<p>La moyenne pour les pays à faible développement dans le monde est de 2,8 pour 1000; elle est donc supérieure à celle de la plupart des pays africains francophones qui sont les plus mal classés parmi les mal classés<strong>.<br />
</strong></p>
<p>    3. <strong>Les lignes et l&#8217;énergie</strong>. En Afrique, il est frappant de voir qu&#8217;à l&#8217;inverse de ce que l&#8217;on constate encore dans les pays développés, il y a déjà beaucoup plus de lignes de téléphones cellulaires que de téléphones fixes (au Sénégal par exemple trois fois plus). Ce qui explique cette curieuse vogue du cellulaire est, de toute évidence, non pas un simple effet de mode comme ce le fut au début dans le Nord ni un réel développement, mais les défaillances permanentes du réseau téléphonique traditionnel.</p>
<p>Aux défaillances constantes des réseaux téléphoniques, s&#8217;ajoutent partout les aléas permanents de la distribution d&#8217;électricité: chutes de tension, micro-coupures (peu prisées des ordinateurs surtout quand les utilisateurs ne peuvent s&#8217;offrir un coûteux onduleur), sans parler des coupures inopinées, plus ou moins prolongées. <strong></strong></p>
<p>Pas de téléphone et pas d&#8217;électricité, voilà qui n&#8217;aide pas à réduire la fracture numérique !</p>
<p><strong>    </strong>4.<strong> Les aspects financiers</strong></p>
<p><em>Le coût des matériels.</em></p>
<p>Outre le fait que l&#8217;Afrique constitue un milieu naturel que les appareils n&#8217;apprécient guère (ils craignent tout à la fois la chaleur, l&#8217;humidité et la poussière !), l&#8217;ordinateur est un luxe que seule une infime minorité peut s&#8217;offrir. Sans même parler des machines elles-mêmes, le ministre sénégalais Thiombiano soulignait, à Ouagadougou en 2004, que « certains logiciels de base qui devraient figurer sur l&#8217;ordinateur familial représentaient seize fois le SMIG<strong> </strong>au Burkina Faso ».</p>
<p><em>Le coût de la connexion et de l&#8217;usage</em></p>
<p>Le courrier électronique et plus encore la consultation de la Toile coûtent très cher (cf. ci-dessus point 1) ; bien des chercheurs africains ne peuvent pas envisager de supporter de telles dépenses<strong>. </strong>En moyenne, la connexion coûte l&#8217;équivalent de 20 euros et s&#8217;y ajoutent les frais de téléphone. Dans plusieurs Etats, cela représente (quand les enseignants sont payés) une semaine de salaire<strong> </strong>! Quel chercheur du Nord consacrerait mensuellement huit jours de son salaire à la seule connexion internet ?</p>
<p><em>Les frais de tirage</em></p>
<p>A ces frais s&#8217;ajoutent les dépenses, considérables aussi, qu&#8217;entraîne le tirage des textes, souvent indispensable (cartouches d&#8217;encre ruineuses &#8211; de 25 à 30 euros- , photocopies hors de prix, papier très cher en Afrique). Ne comptons pas sur les universités du Sud pour prendre en charge, comme dans le Nord, de telles dépenses de leurs enseignants.</p>
<p><strong>    </strong>5.<strong> Fracture numérique et développement</strong></p>
<p>Réduire la fracture électronique engendrerait sans doute un développement, mais le problème est que <strong>cette réduction suppose  préalablement le développement lui-même</strong>, c&#8217;est-à-dire que les utilisateurs potentiels puissent avoir les moyens de faire face aux coûts de l&#8217;accès à l&#8217;information dans un environnement de qualité technique suffisante.</p>
<p> <br />
    Dans de telles conditions quelle peut être la portée et l&#8217;efficacité réelles de la notion de « solidarité numérique » introduite par le président sénégalais Wade (Genève, 2003) ? Prenons garde ! Microsoft  a proposé, on le sait, d&#8217;offrir au Sud les ordinateurs que la rapidité de l&#8217;évolution technique rend obsolètes pour le Nord Il a. là une manoeuvre commerciale d&#8217;autant plus habile qu&#8217;elle prend le masque de l&#8217;humanitaire. En effet, si les machines données au Sud sont équipées de Windows 98 par exemple, dans la suite, il faudra acquérir au prix fort les licences XP. En Afrique bien des ordinateurs ne fonctionnent plus, car on n&#8217;a pas les moyens de renouveler les licences pour des machines qui ont été offertes par des organismes divers.</p>
<p> <br />
    Si la thématique de réflexion proposée pour Bucarest, reformulée selon la proposition faite ci-dessus, « <strong>mettre les technologies de l&#8217;information et de la communication au service de l&#8217;éducation</strong> », est assurément à conserver, on doit, dans le cadre d&#8217;une telle approche, s&#8217;assurer, à tous moments, que les solutions proposées sont <strong>compatibles avec l&#8217;état réel des situations</strong> qui se rencontrent dans le Sud et qu&#8217;elles ne constituent pas des gadgets, aussi coûteux qu&#8217;inefficaces. A cet égard, il est évident que le principal mode d&#8217;intervention est non pas l&#8217;internet mais la télévision elle-même et l&#8217;audiovisuel de masse qui connaissent de nos jours une généralisation du même type que celle qui a caractérisé, il y a quelques décennies, le poste de radio à transistors.</p>

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		<title>Architectural memes in a universe of information</title>
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		<pubDate>Tue, 28 Mar 2006 00:15:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>na.salingaros</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cyberespaces]]></category>
		<category><![CDATA[Articles]]></category>

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		<description><![CDATA[I describe here a symbiosis between ideas, images, texts, and biological forms. Human culture consists of created objects as information, which form an integral part of what we are.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[
<div class="topsy_widget_data topsy_theme_" style="float: right;margin-left: 0.75em; background: url(data:,%7B%20%22url%22%3A%20%22http%253A%252F%252Fmondesfrancophones.com%252Fespaces%252Fcyberespaces%252Farchitectural-memes-in-a-universe-of-information%252F%22%2C%20%22style%22%3A%20%22small%22%2C%20%22title%22%3A%20%22Architectural%20memes%20in%20a%20universe%20of%20information%20%23%22%20%7D);"></div>
<p><strong>1. Introduction.</strong></p>
<p>Intelligence distinguishes human beings from all other life forms. Much of our intelligence results from (or is manifested in) our ability to construct artifacts. A central component of the human intellect is devoted to establishing connections, such as those between elements in a design that leads to an artistic advance; or those between cause and effect that leads to scientific understanding; or between ideas and applications that leads to a technological advance. This is but a very sophisticated manner of treating information. Human beings are the best information processors among all the animals. Our technology and culture extend our informational abilities artificially, magnifying them by orders of magnitude.</p>
<p>Our desire and ability to connect to the physical world through touch, hearing, odor, taste, vision, and a mental understanding of physical structure extend our conceptual mental apparatus into the external world. Viewed in this way, artifacts are an artificial extension of our memory. Computer memory chips and hard disks are thus merely the latest technological manifestation of a trend that started with bone carvings and progressed through wood, stone, and bronze sculptures, to writing, to printed books, to the media we now have and use.</p>
<p>It is by developing these abilities of connection and memory that humankind has succeeded in dominating other living forms (to the point of eliminating a large number of them). Recognizing and recording patterns is the key to daily survival, and may also be seen as the origin of scientific, philosophical, and artistic developments. A recurring relationship once established among several elements of our world acquires meaning in memory as a pattern. This relationship can then be recorded or codified into a scientific result. It thus becomes part of collective human knowledge, just as our artifacts may be said to codify our collective material culture. The pattern can guide our behavior, or the production of artifacts. The same act of recognizing recurring relations among elements of our world anchors our relations with it, by enabling us to describe, explain, and know it, and thereby act and transform its physical aspects. Certain &laquo;&nbsp;patterns&nbsp;&raquo; represent informational entities in our minds. These serve to connect (1) the world&#8217;s organization, (2) the organization of our knowledge, our artifacts and cultural expressions, and (3) the organization of our interactions with the world.</p>
<p>We now live part of our lives in a universe of information, where information storage and its retrieval have increased dramatically. It hardly appears that we are biologically ready to handle this explosion of capacity, which is threatening to change our world in ways that we cannot yet anticipate.</p>
<p>Starting with radio commercials and early advertising images in the 1920s, the world of electronic media has grown and enveloped us. Most people naively think of it as a separate universe, but in fact we inhabit it just as much as the tangible, physical world. It is more accurate to say that human beings inhabit a hybrid world formed from the overlap or merging of the physical universe with the universe of information.</p>
<p>It is necessary to ask then: what entities other than ourselves inhabit this informational universe? Sure enough, we share the physical universe with all biological life forms, but here is a non-biological realm. Which entities compete with our ideas, our knowledge, our thoughts, and our cultural products? The answer is as simple as it is disturbing: pieces of freely propagating clusters of information. These are called &laquo;&nbsp;memes&nbsp;&raquo;. They are informational entities that are greatly simplified versions of patterns, and which gradually replace patterns in organizing our interaction with the world.</p>
<p>Since the beginnings of human communication (that is, several millennia before the advent of new information technologies), memes arose in the informational universe defined by communicating human minds, crossed over to the physical universe as artifacts, then crossed back again as transmittable images and ideas.</p>
<p>A realizable image, movement, or rhythm can be transmitted from one person to another. If the information defining it can assume physical representation as an artifact, this facilitates its transmission. Many artifacts are utilitarian, or have a deep meaning, but a great number of them acquire special communicative properties that aid in their diffusion. By so doing, they add reasons for their existence that are independent of their strict utility, and thus totally distort their intrinsic value (if they had any in the first place). These extra qualities often help to transmit a useless artifact: this is the mechanism whereby patterns are replaced by memes. The cycle closes when an abstract idea&#8217;s physical representation serves to propagate that idea to other persons.</p>
<p>Sometimes, the connection between an idea and its representation is unexpected and possibly bizarre. An idea can be tied to things that have no relation whatsoever with it, but which nevertheless aid in its transmission. Once established, however, even an absurd connection survives in our memory. Therefore, an idea, together with its representation and the connection between itself and its representation, form a transmissible unit. This defines a &laquo;&nbsp;meme&nbsp;&raquo; (Dawkins, 1989; 1993; Dyens, 2001; Salingaros &amp; Mikiten, 2002).</p>
<p> </p>
<p><strong>2. Memes, or informational viruses.</strong></p>
<p>In the universe of artifacts, images, and other elements of human culture, some entities act more like viruses than higher organisms (Salingaros, 2004). Just like in the biological case, the virus/organism distinction is based on complexity: the virus has a markedly reduced structural complexity. In the biological case, this is achieved by eschewing large-scale structure and metabolism, retaining only the most rudimentary ability of replication. For this reason, a virus has an organizational advantage for propagating over even the smallest organisms, which have to both replicate and metabolize. (Like airline passengers, those with only carry-on baggage go through faster than those with many heavy suitcases).</p>
<p>A similar thing occurs for computer viruses, which are the simplest pieces of replicating code: they do not perform any useful function as other software does, and so require no complexity overhead.</p>
<p>The secret of memes is this: the simpler they are, the faster they can proliferate. Simple slogans, tunes, and images have enormous mnemonic power. In the visual world, this phenomenon has been analyzed in a discussion of comics by Scott McCloud (1993). The progression from a complex, individual image to an abstract, simplified image increases the image&#8217;s applicability.</p>
<p>This secret was already discovered by early modernist architects of the 1920s. They dropped all elements that made architecture individual according to context, reducing their buildings to simple forms and surfaces. By so doing, they attained the standardization of architecture that was their goal. The &laquo;&nbsp;international style&nbsp;&raquo; of cubes and rectangles made out of flat surfaces, and using glass and steel was the result of stripping out all complex elements. This style composed of architectural memes replaced architectural patterns, and spread around the world with astonishing rapidity (Salingaros &amp; Mikiten, 2002). Removing any structural information that made buildings adapt to individual human users, local climate, architectural and cultural traditions, and surrounding structures created a generic style that could be erected anywhere. The modernist movement confused the universal with the generic.</p>
<p> </p>
<p><strong>3. An ecology of memes.</strong></p>
<p>As soon as human beings began to establish a network of storage devices for their acquired knowledge, this network became a vehicle for other, useless entities. These are the &laquo;&nbsp;memes&nbsp;&raquo;, introduced by Richard Dawkins as pieces of information that travel from human mind to human mind (Dawkins, 1989; 1993). Memes are propagated in the collective mind of a society. A meme could be a catchy tune; an advertising jingle; a visual image; a religious or cult symbol; a political slogan; a chant; an idea or opinion (either sensible, or totally unfounded) about some topic; a message tied to an emotionally appealing issue, etc. Memes spread not because of any benefit or advantage to us, but because they have something attractive that makes them stick in one&#8217;s mind. Memes offer seductive features to people, who then propagate them.</p>
<p>Even if we cannot speak of intention in memes, we have to consider them as acting for their own benefit. A meme&#8217;s advantage lies in having more efficient techniques of propagation. Something that is advantageous for a meme is frequently disadvantageous for human beings. In the case of intentionally harmful memes, such as computer viruses, their intention is coded into their structure. One can largely explain the harmful properties of memes by their propensity to destroy and replace other mental entities. In the informational ecosystem of the human mind, now tremendously extended by new information technologies, memes are simply parasites. They have but one goal: to replicate themselves. This normally occurs by displacing other conceptual and informational entities.</p>
<p>The point is a simple one: opening human minds up so as to extend our consciousness into the outer world also opens them up to invasion by mind viruses. One cannot have one without the other. The price we pay for our vast intelligence is paradoxically our weakness to be influenced by cults, advertising, and political slogans. Advertising devotes an entire commercial industry to meme production. Most advertising memes tend to range from benign to harmful in the long term, whereas certain memes from extremist politics and destructive cults have proven deadly.</p>
<p>A meme spreads because it finds &laquo;&nbsp;receptor&nbsp;&raquo; or &laquo;&nbsp;attachment&nbsp;&raquo; sites in the receiving organism. Everyone copies from everyone else, regardless of whether a particular meme is harmful. Here is where the meme/virus analogy comes in useful &#8212; many features of meme propagation are explained by the way biological and computer viruses act.</p>
<p>Since memes are entirely dependent on human beings to propagate them, they must offer either a real or imagined benefit. The most successful memes come with a great psychological appeal (Dawkins, 1989). Advertising memes promise to satisfy our desire for sex, attractiveness, and power. Political memes offer superficially plausible answers to deep economic and social problems. Religious memes about justice in the afterlife offer some hope during a bleak existence in an unjust reality. Putting religion aside until the end of this section, most memes&#8217; psychological appeal is a deception. Using a standard ploy from product advertising, biological viruses, and computer viruses, a harmful but successful meme presents itself in an attractive package or encapsulation.</p>
<p>As is well known from the world of advertising, memes compete fiercely against each other for our attention. We choose to accept one meme over another on the basis of its psychological appeal. Paradoxically, we tend to misinterpret this competition as a straightforward struggle of beneficial versus harmful informational entities (memes as well as patterns); whereas in most cases the blatantly competing entities are different memes, which are equally harmful to us. Genuinely beneficial memes are rather few in number, and there is as yet no indication that beneficial memes exist in the long term.</p>
<p>As long as people fail to recognize that memes show some of the properties of viruses, they continue to spread. Infectivity depends on the number of copies present in the environment, both as physically-embodied examples, and in pictures shown in magazines, books, and the media. Proliferation is thus exponential, like a biological or computer virus, because the rate of spreading is proportional to the current population. The world is alarmed (by the media) to learn that HIV infection is increasing, but people in general ignore infection with harmful memes. They misinterpret them as benign, or as fashionably desirable, or as a sign of cultural progress and modernity.</p>
<p>I have the greatest respect for Dawkins as the originator of the meme idea. Nevertheless, he is, I believe, mistaken to classify religious ideas strictly among the harmful memes. Religion is an organizing system of knowledge (real and imagined) about the universe, which has proved essential for humankind to maintain itself. It is probable that the rise of increasingly complex religious ritual during humankind&#8217;s earliest days played a significant role in developing our mental capacity. Furthermore, the progressive disappearance of religious practice we witness today, coupled with new information technologies, could have contributed to the unprecedented emergence of destructive memes in our society. We may argue that memes, which &laquo;&nbsp;develop only for themselves&nbsp;&raquo;, are vastly different from patterns, which serve to connect us with our world, and thus to link the physical world to the spiritual world. If people no longer have universal aspirations, and if we are distancing ourselves from the physical conditions of our existence, then mental models begin to develop <em>strictly for themselves</em>, and end up as memes.</p>
<p> </p>
<p><strong>4. Co-evolution of memes and human beings.</strong></p>
<p>Rather than looking at the process of meme creation and propagation as one-sided, Ollivier Dyens describes it as really a two-way process (Dyens, 2001). Humans generate memes, which in turn change human society. The process is one of co-evolution, where it is impossible to say what influences what. That&#8217;s the whole point of cultural evolution: once a beneficial or harmful meme is adopted by a society, it helps to develop that society for better or worse. Just as early humans&#8217; mind opened up to memes, they, in turn, are suspected of forcing the multiplication of the brain&#8217;s processing power in order to handle the increased input.</p>
<p>This created a self-reinforcing loop that could have driven the human brain to quadruple its size during our evolution.</p>
<p>Now, the capacity of the human brain is just as easily filled with junk as with useful information, just as a computer hard disk can contain either a million copies of the same image, or a doctoral thesis. This example only underlines my insistence on the value of information not being relative, and that there exist criteria for judging this quality. The informational universe unfortunately contains and transmits both types of information indiscriminately.</p>
<p>Dyens (2001) elegantly describes how memes require brains (not necessarily human ones) and languages to emerge and spread. &laquo;&nbsp;<em>Organic beings and cultures are profoundly entangled in each other &#8230; Media environments &#8212; more specifically, the Internet and telecommunication networks, but also such things as the publishing, music, or film industry &#8212; enable cultural replicators to free themselves from dependence on organic beings. Cyberspace, for example, is an environment where replicators can reproduce and disseminate independent of organic beings. In addition, from an evolutionary perspective, media environments are more effective, faster, and less brittle than organic ones.</em>&nbsp;&raquo; (Dyens, 2001; pages 17-18).</p>
<p>Part of this picture has already been adopted by one group of evolutionary biologists, who view evolution as an ecosystem phenomenon, rather than as an isolated process acting on an embedded organismic type. To them, what evolves is the ecosystem and not just the individual organism. Another part of this explanation is tied to realizing that human development is not limited to biological &#8212; i.e., genetic &#8212; channels, but takes place within a network of artifacts (see the vast literature of paleoanthropology, which says this), neurons, and increasingly, electrical circuits.</p>
<p>One should not confuse memes with patterns. One reads, for example, that birdcalls are a meme for birds. I interpret this otherwise: they are patterns rather than memes. Bird songs are extremely useful for the birds; and they are also very beautiful, both to them and to us. Furthermore, they serve to connect the birds&#8217; lives (i.e. their behavior) to the physical world. If there is indeed a co-evolution between memes and human beings, we should not confuse that with another co-evolution, surely more fundamental, between human beings and their patterns (as I defined in the Introduction). It seems that this confusion exists in the literature on memes, which indiscriminately lumps together all mental entities as &laquo;&nbsp;memes&nbsp;&raquo;. In the same way, all biological organisms are not viruses, and all organized informational entities are not memes. Even though this article is primarily devoted to memes, one of its goals is to point out that today, memes have proliferated to the detriment of other informational entities.</p>
<p> </p>
<p><strong>5. Memes disguised as playful images in an informational universe.</strong></p>
<p>Architectural memes depend on people and human society for their existence. An informational virus is merely a handy description of actions that persons willingly take to reduce organized complexity in different media. Some individuals strongly believe in the propagation of a particular type of structure over the earth, and they devote their energies to this task. Most architectural movements in the twentieth century were driven by images tied to some questionable ideology (Salingaros &amp; Mikiten, 2002). Alternatively, as in a political movement, persons who do not believe in the ideology might support it nevertheless, because it provides a means of livelihood, income, or career advancement. Some memes propagate because it serves the interest of a group of persons to propagate them. Even if the long-term effects on society are clearly negative, some individuals profit in the short term.</p>
<p>Although we should be careful not to overextend the viral analogy, there is one further insight to be gained from it. Biological viruses have an inert, crystalline form in which they can survive in a hostile environment for a long time. The biological virus becomes active only in an aqueous medium, in which it seeks a particular organic structure whose deconstructed material it will use to make copies of itself. There is something analogous happening in the architectural world. The archival forms of an architectural meme include a building, its photograph, or a design generated on a computer. The image&#8217;s active form, however, inhabits human brains, and commandeers their attached bodies to create copies of the image.</p>
<p>Architectural images inhabit both the physical world and the attached world of information at the same time. This environment comprises the following interlinked components:</p>
<p>(1) The human sensory system, especially the eye, which inputs information into the brain.</p>
<p>(2) The brain, which processes and stores that information as neural circuits.</p>
<p>(3) Various communications media such as the Internet, newspapers, television, books, and magazines that transmit information to the human eye.</p>
<p>(4) Structural information encoded in buildings.</p>
<p>(5) Media for information storage such as computer hard discs, the world-wide web, books, magazines, etc. encoding visual and textual information.</p>
<p>In this respect, information and communications technologies are instrumental in spreading architectural memes worldwide.</p>
<p>Computer-Aided Design (CAD) programs have become an essential component in the universe of information. That is because a virtual building is trivially easy to represent on a computer screen, as compared to actually erecting a physical structure. One might characterize the electronic world of virtual design as a laboratory in which new architectural memes are bred, before being unleashed into the outside world. In an interesting case of co-evolution, popular Computer-Aided Design software has now adapted itself to facilitate the representation of alien forms, by making it easier to generate them, while at the same time making it more difficult to design traditional structures containing coherent complexity on different scales (which is one characteristic of living structure).</p>
<p>In a virtual laboratory setting, one might have no idea of the destructive power of a particular architectural meme being developed, which becomes evident only after the design acquires physical embodiment as a building. An image very rarely provides the same sensory feedback as the eventual full-scale structure. Virtual design is very much &laquo;&nbsp;a game&nbsp;&raquo; pursued in the supposed quest of architectural innovation. (I explain elsewhere why this justification is a myth (Salingaros &amp; Mikiten, 2002)). Since students and architects see computer-generated images much more than they complete actual buildings, this is a very effective method of transmitting unrealizable structures to their brain.</p>
<p>This way of working has actually turned into a brilliant coup, since those translucent images of unbuilt projects are so ambiguous as to be readable in many different ways. The viewer can inject his or her own conception into the ambiguous image, and so develop a liking for it. Small images on a screen can look &laquo;&nbsp;nice&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;cute&nbsp;&raquo;, or &laquo;&nbsp;exciting&nbsp;&raquo;, thus creating a positive emotional attachment with the viewer. Many architectural commissions are won this way. The same cannot be said of the finished building, however, which does not possess any degree of ambiguity &#8212; a flaw architects try to counteract by using a lot of glass and reflective surfaces.</p>
<p>Architectural memes make an emotional promise: they attract our attention because of their novelty. Forms that depart from our inherited idea of what a building ought to look like offer us surprise. At the same time, the complete separation of forms from real human needs helps to create a new link to a supposed innovation. We are sold the myth that whoever appreciates those memes (or, perhaps, whoever pretends to appreciate them) is a sophisticated, up-to-date individual. If such forms provoke anxiety, all the better, since this is a well-known method in advertising: provoke visceral emotions &#8212; it doesn&#8217;t matter which emotions &#8212; to better fix an image into our subconscious.</p>
<p>Generating alien forms on a computer thus becomes an innocent game because it is divorced from the physiological and psychological consequences those full-size built forms will have on human beings. In very much the same way, a teenager can enjoy slaughtering virtual persons in a computer game; whereas real-life combat or terrorism takes a genuinely hardened character. Virtual reality provides a great training-ground for the real thing, not only because it sharpens skills, but especially because it fools the trainee into thinking it is all just a game.</p>
<p> </p>
<p><strong>6. Images that define an alien universe.</strong></p>
<p>Even a cursory examination of currently popular architectural books and magazines reveals an alien universe of images, so radically detached from the real world of life and human beings. As I outlined earlier, however, this virtual universe is merging into the other, real one, so that one can no longer make this distinction. It is most definitely not a preference between two different ways of architectural expression &#8212; say, blobs on a computer screen versus traditional buildings drawn on paper &#8212; having equivalent aesthetic validity. Rather, I wish to distinguish between architectural patterns that benefit human life, and destructive memes that subjugate the physical world to a virtual one.</p>
<p>In the majority of architecture schools today, memes are realized as approved models; design examples offered as good ideas to copy; and computer-generated designs. Academic architects conform to those memes in the belief that they are being &laquo;&nbsp;original&nbsp;&raquo;. Those architects tend to live in an isolated world of images, not necessarily having anything to do with buildings. Their creative output can nowadays be judged strictly via a virtual portfolio. Architectural competitions and prizes are awarded on the basis of virtual designs, and so on.</p>
<p>Within this world of images, everything architectural is reduced to visual representations. Nowadays, architectural training consists in large part of substituting this artificial universe for the real world. From their first days in architecture school, students are told that their instinctive notions of traditional beauty, natural structure, coherence, and balance are outdated, and that in order to become architects, they must adopt formal, iconic criteria. Many architects and students have been taught to discredit their own sensory equipment, and interpret the world according to a contradictory viewpoint. Those conditioned persons can no longer interpret what they see and touch, but function according to an alternative stored worldview.</p>
<p>Whenever a building is erected according to a set of eerie images, it is a material realization of the virtual, alien universe. This criticism has nothing to do with computer technology itself, which can be used either way by its human programmers. The same technology, appropriately applied, could help us to generate adaptive, humanistic buildings. Computer-Aided Design programs currently under development incorporate fractal rules and will try to automatically generate an optimal degree of design complexity.</p>
<p>Alien buildings impact humankind because they conflict with &#8212; and replace &#8212; traditional architecture. They also make it impossible to build new, innovative buildings that comprise living architectural structure. Visible examples do far more damage to civilization than the obvious one inflicted upon the built environment, however. Alien images penetrate into our conscience, and thus profoundly influence our world view. The ideological memes of simplistic, broken forms have acquired physical vehicles (e.g. buildings; visual and electronic media) that make possible their transmission to the minds of the population at large. One could make the analogy with the HIV virus, which is suspected of originating in a small group of apes residing deep in the central African forest. By crossing over into the human population with its international travel routes, HIV has successfully spread over the entire globe. It found a vast new population of hosts and more efficient methods of transmission.</p>
<p>Alien buildings embody a physical randomness that is the antithesis of nature&#8217;s organized complexity. The danger is that such buildings are now registering subconsciously, to be used as mental templates for understanding and creating complex physical order. One&#8217;s worldview is stored in the brain&#8217;s permanent memory, which is being corrupted by alien images of a sleek, transparent, and broken architecture. It follows that these images will influence everything we design &#8212; undoing all our achievements in understanding complex systems and how our world works.</p>
<p> </p>
<p><strong>7. Circumventing our immune system.</strong></p>
<p>Any virus &#8212; and a meme is no exception &#8212; uses packaging or surface configurations permitting the virus to attach to a host and inject its DNA. In the case of an architectural meme, this includes the appearance of aesthetic and social progress and the promise of prestige and career success for the transmitter. A virus has the ability to change its packaging so as to circumvent defenses. Because of a continuous mutation to avoid being eliminated by the natural immune system, viruses are not automatically recognized as damaging intruders. We have evolved our immune system to protect us. A virus cannot make headway unless it also develops sophisticated strategies to fool our immune system. Informational viruses suppress the human immune system through ideologies of expertise and progress.</p>
<p>For example, the initial attraction of Modernist architecture in the 1920s was its claim of &laquo;&nbsp;a liberation from the oppressive hegemony of Traditional Architecture&nbsp;&raquo; (and, by implication, from all tradition). But then, when people actually moved into modernist apartment houses, they realized that the promised liberation was a myth, and the apartments were cheaply built, unrelentingly dull, difficult to heat, low-ceilinged, and had awkwardly placed windows and impossibly cramped kitchens.</p>
<p>The meme&#8217;s encapsulation was then changed to: &laquo;&nbsp;the modern architecture is hygienic and promotes better health&nbsp;&raquo;. That was enough to last for a while, until people realized that this, too, was a piece of propaganda. It was then the turn of: &laquo;&nbsp;the modern architecture represents the latest engineering results applied to buildings&nbsp;&raquo;. The industrial materials promoted, however, were more expensive and less durable than traditional materials. But there was a fetish with the new (in the 1920s) industrial materials, while mass production fit ideologically with both Marxist and Nazi efforts at industrialization (Salingaros &amp; Mikiten, 2002).</p>
<p>These encapsulations have been extremely successful, and continue to be employed by today&#8217;s architectural memes. Some more recent meme encapsulations include slogans such as: &laquo;&nbsp;free curves liberate us from the restrictive architecture of cubes and right angles&nbsp;&raquo;; and &laquo;&nbsp;contemporary mathematics of chaos and fractals decrees that we should build broken forms&nbsp;&raquo;. The latter is, of course, pure nonsense, but both meme encapsulations help to promote contemporary building styles.</p>
<p>And yet, buildings that do not adapt to their human users; that ignore local traditions; and that refuse to use local materials turn out to be excessively costly, alien to local culture, and often dysfunctional (Salingaros, 2004). <em>Their only reason for existence is to realize an architectural meme.</em> Those memes are so deeply imbedded in the emotional portion of our brain that it is extremely difficult to get rid of them. Suggesting to architects that these are meme encapsulations that represent clever deceptions creates panic; the whole concept of modernity and social progress suddenly appears to be at stake. This reaction is a testament to the effectiveness of the memes&#8217; encapsulation.</p>
<p> </p>
<p><strong>8. Some architectural memes.</strong></p>
<p>The undeniable success of twentieth-century architectural movements poses difficult explanatory problems. Starting from early modernism, architectural memes have been extraordinarily successful, winning over a determined group of followers. Nowadays, the deconstructivist movement and its ethereal, blob-like successors are in vogue in the architectural world. I have argued elsewhere that modernism and its postmodernist mutations (which include deconstructivism) are opposed to what is naturally preferred by people (Salingaros, 2004). That makes the reasons for those styles&#8217; success even more mysterious.</p>
<p>Distinct families of architectural memes began to be created by architects starting at the beginning of the twentieth century. All of these informational viruses share common characteristics, yet by now define a broad range of visually different styles. It would be useful to have a taxonomy of architectural memes available, showing how one strain evolved from another, and also noting which meme crossed over from another discipline such as philosophy or politics into architecture (analogous to biological viruses transferring from animals to humans).</p>
<p>It is not the aim of this essay, however, to systematically classify the known architectural memes. Some obvious examples can be described as follows:</p>
<p>(1) The largest scale is dominant, with no visible differentiations on any lower scale. This meme generates smooth, &laquo;&nbsp;pure&nbsp;&raquo; forms, with either plane or curved surfaces.</p>
<p>(2) Empty modules that, when joined together, show no substructure. This is the ancestral meme for plate-glass walls, reflective metal sheets, and flat, prefabricated concrete panels.</p>
<p>(3) No proper boundaries. Walls just end in a sharp edge. No wide differentiation frames a structural element. Columns end abruptly instead of having a differentiating capital.</p>
<p>(4) Contradict the rectangular forms of traditional architecture (which, however, is often very relaxed), and also its rounded forms, whose curvature arises out of the geometry. Normally, tectonic needs are expressed in terms of arches and vaults, by a curvature that is tied to symmetry and to the rectangularity of the rest of the building. In traditional architecture, we find superimposed on forms that may be rectangular on the largest scale, smaller curved scales that facilitate human actions and sensibilities. Many borders are frequently curved. There are three different methods of opposing this geometry:</p>
<p>(i) Strict rectangular edges and corners, with an unnecessary precision, eliminating all curvature.</p>
<p>(ii) Edges and corners are made as sharp and obtrusive as possible, using acute angles.</p>
<p>(iii) Rounded edges and corners that avoid any straight lines. The overall building form must look like a free-flowing sculpture.</p>
<p>Obviously, these three means of opposing the geometry attached to traditional architecture contradict each other, but what they have in common, which is also their goal, is to depart from a normal, unforced tectonic geometry. Sometimes, they are all used together, applied to different sections of a contemporary building.</p>
<p>These are just a few of the very powerful visual memes that have been evolving since the early 1920s. The point I wish to make is that there is absolutely no practical or even aesthetic reason to adopt any one of them, and many architects have argued that they degrade the life and structural qualities of a building.</p>
<p>The memes described here come from political ideology, and have nothing whatsoever to do with satisfying people&#8217;s (or architectural) needs. For example, the meme for curtain walls is linked to freedom. Modernist texts of the 1920s talk about how to liberate the human spirit by using glass as a construction material. A manifestly false idea &laquo;&nbsp;transparency = liberation&nbsp;&raquo; has nevertheless very attractive iconic and ideological properties. Considering the times in which it was born, this meme relied on very strong social forces. After it was adopted by society, it became a central credo of contemporary architecture, even as its initial (phoney) justification was forgotten.</p>
<p>Another meme is responsible for eliminating all ornament from architecture. It is also deeply-rooted in modernist ideology. Dating from 1908, this meme propagates the identification &laquo;&nbsp;empty surfaces = intellectual progress&nbsp;&raquo;. Its roots are to be found in a confused jumble of ideas about industrial production and the role of artisan handcrafts in an ideally egalitarian society. This meme has acquired an enormous dominance because of the negative but catchy slogan: &laquo;&nbsp;ornament = crime&nbsp;&raquo;. Today, nobody thinks that this statement has any truth in it, but it is too late, since this meme has long ago been incorporated into the collective architectural subconscience.</p>
<p>It is easy to see how these architectural memes have found an ideal new ecosystem in the universe of information. For example, computer-aided designs of buildings on a computer screen show only the largest scales. The software itself works by filling within fixed edges as smoothly as possible, and so naturally generates smooth surfaces. Columns and walls are mathematically simplest to extend linearly until they come up against another structure. The simplest drawing algorithms, therefore, support the first three architectural memes listed here. The memes listed in (4) compete with each other in the universe of information, representing extreme departures in opposite directions away from normal tectonic forms that arise from using traditional building materials.</p>
<p>As long as one builds with natural materials, which are ultimately fragile or available in modules of small size, one is forced to adopt a particular geometry so that the building doesn&#8217;t fall down. The structure is, in part, a solution to the problems of erecting a building against the gravitational force and physical stresses. This naturally imposes a restricted vocabulary of forms. The nature of the materials defines a spectrum of possible structures: walls of a roughly rectangular geometry; vaults; columns; arches, etc. A column&#8217;s capital and base are necessary for tectonic reasons when one builds with traditional materials.</p>
<p>Modernist and postmodernist architecture is a reaction to the geometrical restrictions of traditional buildings. At the same time, many contemporary buildings in a traditional style are in fact memes &#8212; because they are expressed with industrial materials that do not define that vocabulary of forms. They are images that are entirely independent of tectonic forces. What interests us in this article, however, is the expression of images that have no reason for being other than their opposition to traditional forms: visual memes motivated by an anti-traditionalist ideology.</p>
<p> </p>
<p><strong>9. Monsters and robots.</strong></p>
<p>In a few science-fiction films, an extraterrestrial alien or virus invades a human&#8217;s memory, replacing it with copies of itself, or with instructions to produce copies of the alien. In contemporary society, our own technologies are playing the same invasive role of replacing our neural memory banks within our brains. As Dyens states: &laquo;&nbsp;<em>Machines control our memories, they own the fundamental materials that shape us, and they manage the structures that generate human meaning and perspective.</em>&nbsp;&raquo; (Dyens, 2001; page 38).</p>
<p>Ironically, humankind has feared the possibility of intelligent, emotionless robots running amok. The danger is instead realized from within our own species, from humans merging with the universe of information. It is not mechanical robots that we have to fear, but human beings conditioned to act as intelligent robots (the opposite to the dumb, mobile robots we are now building). Throughout history, human beings have been indoctrinated through psychological conditioning so as to block their primary sensory brain circuits, leaving only the higher-level circuits operational. Those persons are only partially connected to their environment. By intentionally blocking their lower-level circuits in the intelligence hierarchy, we have created unemotional human machines operating with the intellectual capacity to destroy.</p>
<p>Individuals whose memory has been replaced by memes can be effective in unpleasant or dangerous tasks. They are indeed examples of the ideological &laquo;&nbsp;modern man&nbsp;&raquo;, produced for industrial purposes. Such persons can be directed to erect and inhabit discomforting structures: something any human being with keenly-developed feelings finds emotionally and physiologically difficult. Programmed individuals have no qualms about destroying living structure in nature, and that present in what other human beings have painstakingly produced before them.</p>
<p>Normally, those objects, creations, and built environments are emotionally nourishing to our senses, so much so that it is painful to eliminate them. Cultural memory encompasses artifacts harboring an organized complexity that is very close to both biological and inanimate natural structures. Persons who are not otherwise programmed by visual memes feel an intimate rapport with such artifacts and with nature. Victims of brainwashing provoked by the media, however, &#8212; human beings conditioned to follow industrial and postindustrial fashions without reflection &#8212; are largely detached from this complexity. They are thus ideal occupants for towers of apartments or offices that are the twisted skyscrapers in the latest architectural style.</p>
<p>The &laquo;&nbsp;modern man&nbsp;&raquo; continues to play an active role in transforming our world. He is in part the product of a co-evolution between human beings and memes of the postindustrial culture. For those of us who might not like what humankind is evolving towards, we need to understand this process before attempting to influence it.</p>
<p> </p>
<p><strong>10. Knowledge versus information.</strong></p>
<p>Human intelligence is dependent upon evolutionary development of the brain/sensory system. The brain and sensory systems co-evolved in a hierarchy of layers. The older (lower) layers act to give an instantaneous response to stimuli in the environment. Input and output get more and more sophisticated with additional layers, with more computing power being expended to interpret stimuli, and more processing before output. Finally, we acquired the conscious processing and analysis of thoughts that distinguish human beings from other animals. This layering corresponds pretty well to what we know as the anatomical layers of the evolved brain. The higher levels are either missing in the lower animals, or they are present in significantly lesser quantities, showing a remarkable growth and development in humans.</p>
<p>The complexity of modern life produces huge amounts of information that we must somehow deal with. Actual mastery of the material relevant to building becomes very difficult. Immediate availability through computer networks of everything anyone&#8217;s ever said or done on any topic whatever exacerbates the problem. We have a plethora of information, and become ever more dependent on &laquo;&nbsp;experts&nbsp;&raquo; who select which of this information we should be exposed to; because it is physically impossible for us to wade through all of it. The situation, therefore, is ultimately no different than in ages when information was not freely available, and an authority controlled the information to be released. The only difference now is that, once individuals locate the right sort of information, the situation can be reversed almost overnight, and the control of the &laquo;&nbsp;experts&nbsp;&raquo; thrown out.</p>
<p>Central to my thesis is the recognition that culture evolves in a positive direction by organizing complex information that connects us to the real universe. Increasing the number of connections among informational entities leads to greater complexity, and thus it becomes necessary to organize that complexity into a comprehensible (hierarchical) system. The opposite process, usually leading to retrogression, consists of losing both complexity and organization &#8212; losing information that has been painstakingly gathered and organized as human knowledge, or losing the connective structure that makes it accessible.</p>
<p>The majority of memes are harmful because they replace the complexity of the universe and the relations we establish with our world, with a false, disconnected reality. Memes carry very few connections, and those they do have are meaningless, which moreover prevents the creation of true connections necessary to our understanding of the world. While it is true that memes always coexist with knowledge, they represent a useless wiring of the network forming our knowledge base.</p>
<p>This fundamental problem was already addressed by the architect Christopher Alexander. He tried to identify true architectural knowledge in recognizing patterns that recur throughout the history of humanity and all over the planet (Alexander <em>et. al.</em>, 1977). These patterns organize our treatment of built space and our relationship to it. Alexander decided to make explicit knowledge that up to that time had been only implicit, and to do this in a way that would prevent the propagation of crazy notions about architecture. Since the beginning of the twentieth century, unfounded ideas have governed the construction of buildings and cities (which I have described in this article as an invasion by harmful memes). In explaining this stock of architectural knowledge, Alexander chose to also describe the specific manner in which information is organized: a &laquo;&nbsp;pattern language&nbsp;&raquo; is a hierarchical informational structure (Salingaros, 2000) composed of relatively autonomous patterns connected as follows: (1) to each other on different hierarchical levels; (2) to the physical and biological world as well as to patterns of living appropriate to distinct human civilizations; and (3) to the totality of human knowledge, empirical, scientific, and metaphysical.</p>
<p>Each pattern is presented as a process of resolving a recurring architectural problem: the relationship between a certain context, the forces that recur in this context, and a spatial configuration that permits these forces to resolve themselves (Alexander, 1979). This allows designers, builders, and inhabitants to discuss collectively what can serve as architectural patterns and models. Altogether, this method gives rise to results that constitute genuine architectural knowledge.</p>
<p>The tool of pattern languages has been enthusiastically adopted by the Computer Science community to handle the structure and production of increasingly complex software (Gabriel, 1996). These practitioners define, in addition to patterns, the concept of an &laquo;&nbsp;antipattern&nbsp;&raquo;, which is a false solution that is nevertheless reutilized. An antipattern possesses formal characteristics that trick whoever adopts it into thinking that it is the result of a logical development. There is in fact no difference between an antipattern and a meme.</p>
<p>Knowledge is fragile and much less prolific than raw information, depending as it does on discovery and confirmation. By contrast, informational junk can be generated in any context, and in any quantity. Traditional stores of knowledge represent customary wisdom. I am referring, in particular, to knowledge and beliefs that are not scientifically verifiable, yet are in fact necessary for the proper working of human society, and even to maintain scientific knowledge. Belief systems cannot be justified in the way science can be justified; they rely on informal connections, practices, and understandings.</p>
<p>There is value as opposed to information in the highest of human creations. Bach&#8217;s <em>Saint Matthew Passion</em> is worth far more to civilization than two hours of television soap operas interspersed with commercials. I know that postmodern philosophers have tried to argue the opposite, but I believe they are terribly mistaken. Ultimately, we will have to appeal to the value of information so as to distinguish between memes (beneficial and harmful) and true knowledge.</p>
<p> </p>
<p><strong>11. Conclusion.</strong></p>
<p>Human beings can recognize intuitively elements of their world and the connections that unite them to it. Sensory and mental connections occur almost instantly. This innate ability enabled us to survive and evolve. More advanced problem solving, however, entails a stepwise process that establishes a sequence of transformations from the problem to its solution. The alternative to intelligent design is unreasoned matching to some given visual or mnemonic prototype &#8212; a meme.</p>
<p>In that case, there is no transformation nor adaptation to the criteria of the problem. A standard solution is given by visual memes, which are thereby imposed on the situation. The method is now one of <em>substitution</em> instead of <em>resolution</em>. Memes replace the constraints of the problem by visual images. That requires no intellectual effort; only the acceptance of an image provided by somebody for whatever reason. By replacing the sequence of adaptive design steps, one is in fact suppressing in part the mechanisms for intelligent thought in general. This can lead people to live in a false reality; such as is accomplished by psychological conditioning.</p>
<p>One&#8217;s internal worldview can be replaced entirely by a set of memes. These will then define an alternative, alien universe for that particular individual. As our society is living more and more in the universe of information, the dangers of altering one&#8217;s internal reality multiply with the number of memes around us. Whereas in the past, one would normally worry only about particularly virulent cults, advertising, and political campaigns, today we are immersed in a virtual universe of memes that can very easily substitute for the physical universe. It&#8217;s like an alternative religion. In this essay, I tried to point out some features of this interdependence, and to focus on the dangers posed by architectural memes freely propagating in the universe of information.</p>

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