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	<title>MondesFrancophones.com &#187; Canadas</title>
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		<title>L’écriture minimaliste de Dany Laferrière : Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer et La Chair du maître</title>
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		<pubDate>Mon, 06 Feb 2012 10:39:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>bnankeu</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L’écriture minimaliste de Dany Laferrière : Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer et La Chair du maître  Dany Laferrière est, dans le paysage littéraire francophone ou mondial[1], difficilement catégorisable. Et pour cause, sa posture à califourchon entre Haïti et Montréal. Physiquement Haïtien et littérairement Québécois comme il aime le dire : « Je suis né [...]]]></description>
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<p align="center"><strong>L’écriture minimaliste de Dany Laferrière : <em>Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer </em>et <em>La Chair du maître </em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dany Laferrière est, dans le paysage littéraire francophone ou mondial<a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/L'%C3%A9criture%20minimaliste%20de%20dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftn1">[1]</a>, difficilement catégorisable. Et pour cause, sa posture à califourchon entre Haïti et Montréal. Physiquement Haïtien et littérairement Québécois comme il aime le dire : « Je suis né physiquement en Haïti, mais je suis né comme écrivain à Montréal »<a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/L'%C3%A9criture%20minimaliste%20de%20dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftn2">[2]</a>, ses récits libertins<a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/L'%C3%A9criture%20minimaliste%20de%20dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftn3">[3]</a> à savoir <em>Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer </em>(1985) et <em>La Chair du maître</em> (2000) ont pour décors respectifs : Montréal et Haïti. L’imaginaire de ces deux œuvres, bien qu’elles aient des histoires campées dans des décors bien précis, est plus ou moins supranational et universel. Mais le fait frappant, saisissant est que cet imaginaire est construit, tissé selon une technique curieuse quasi iconoclaste au regard de la narration classique. Il s’agit d’une tendance phénoménale au minimalisme. En effet, à lire les romans susmentionnés, on remarque d’emblée qu’ils se singularisent, à tous les niveaux (intrigue, matière, personnage et phrase) par une propension à une condensation radicale. Autrement dit, dans ces deux textes Laferrière se montre étonnamment réductionniste, schématique voire lapidaire sur le plan de la forme. Un tel constat nous amène à nous pencher sur cette structuration simpliste afin d’en démonter les ressorts et mettre en relief les enjeux sémantiques de ce procédé structural sur lequel surfe Dany Laferrière. Car nous pensons, à la suite de Roland Barthes que « la finalité de toute œuvre littéraire est de mettre du sens dans le monde » (2000 : 256), quel que soit le choix formel de l’auteur.</p>
<p style="text-align: justify;" align="center"><strong>1-    </strong><strong>Synopsis du corpus</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Nous ne saurions commencer notre analyse sans au préalable situer, pour la gouverne du lecteur et d’un point de vue de la trame, les textes qui fondent notre entreprise. L’objectif étant de faciliter l’écoute, l’attention ou la lecture de toute personne qui nous lirait.</p>
<p style="text-align: justify;">Construit selon un dispositif narratif éclaté, <em>La chair du maître</em> met en scène une jeunesse haïtienne qui expérimente le désir. Le développement du roman est formé de petites histoires qui ont un point commun : Haïti (Port-au-Prince, la capitale) et sa jeunesse aux prises avec un brûlant désir, la jouissance qui permet toutes sortes de transgressions et de dérives. Ce sont des jeunes comme ceux vivant dans les autres pays; ils veulent eux aussi goûter aux joies du plaisir et leur moyen d’expression se trouve alors dans le sexe, le désir qui procure une illusion de liberté ou pour assurer leur survie. L’adolescence, la jeunesse sont donc les silhouettes qui vibrent dans ce récit composite de Dany Laferrière. Leurs espaces de prédilection sont les bars, les appartements, les répétitions d’une pièce de théâtre ou de musique. Elles y seront tour à tour le chasseur ou la proie, mais toujours au cœur même d’une séduction vécue comme une chasse.</p>
<p style="text-align: justify;">Comment faire l&#8217;amour avec un nègre sans se fatiguer, c&#8217;est l&#8217;histoire de deux noirs (Vieux et Bouba) dans la vingtaine qui cohabitent un deux pièces minuscules du Carré St-Louis à Montréal. Ils sont désœuvrés. Vieux essaie d’écrire un roman sur son expérience des rapports hommes femmes (entre autres sexuels) dans le contexte de différence raciale. Bouba écoute du jazz et lit Freud. La majeure partie de leur temps est consacrée aux plaisirs de la chair ainsi qu’aux élucubrations philosophiques.</p>
<p style="text-align: justify;" align="center"><strong>2-    </strong><strong>Des récits composites et éclatés</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le récit est la relation écrite ou orale de faits réels ou imaginaires. On en rencontre dans tous les genres : théâtre, nouvelle, conte, épopée, etc. Le roman classique se caractérise par un récit dense, tenu, lié et cohérent du fait d’un fil d’Ariane nouant des péripéties toujours en rebondissement.</p>
<p style="text-align: justify;">En revanche, le roman contemporain tire sa marque entre autres de la remise en cause du récit. Il semble ne plus être utilisé pour relater une histoire, mais par souci de subversion des catégories romanesques. Dany Laferrière, dans <em>Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer</em> tout comme dans <em>La Chair du maître</em>, offre au  lecteur une narration qui vole en éclat. Les textes sont décomposés dans le processus narratif et présentent un ensemble de petites histoires, on dirait des recueils de nouvelles, plus ou moins liées. Ces œuvres sont donc pour ainsi dire composites, variées car elles se constituent de descriptions minimales relatives à un fait, un quotidien.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ainsi que <em>La Chair du maître</em> est une fresque construite autour de 26 brefs tableaux représentant le quotidien d’une jeunesse haïtienne désœuvrée qui noie ses frustrations dans la sexualité et la drogue. Le roman se veut être le miroir d’un monde haïtien jeune, épris au quotidien  d’un désir qu’il expérimente coûte que vaille. Le tout premier tableau de la narration plante le décor. Le narrateur dans l’un deux qui est extrêmement court comme les autres et titré « Le temps du fils », dégage le climat social marqué par la mort de François Duvalier<a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/L'%C3%A9criture%20minimaliste%20de%20dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftn4">[4]</a> et la prise du pouvoir par son fils Jean Claude Duvalier dont la politique dirigeante est empreinte d’un renouveau de libéralisme sexuel inquiétant :</p>
<p style="text-align: justify;">Un fils peut-il diriger des fils ? Si le père avait institué le régime sévère de la peur, avec le fils, la décadence s’est installée. Le père ne voulait rien entendre du sexe (il avait formé un corps : la police des mœurs). Pour lui, le sexe était le pêché absolu. Le meurtre, plutôt encouragé. Le fils, lui, ouvrait les portes de la maison à la musique étrangère (le jazz, le rock), à la coiffure afro, au cinéma porno, aux films violents (les westerns italiens) et à la drogue. C’était mon époque (CM<a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/L'%C3%A9criture%20minimaliste%20de%20dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftn5">[5]</a>, 11)</p>
<p style="text-align: justify;">La brièveté du tableau ci-dessous est à l’image de beaucoup d’autres. On peut encore citer cet autre exemple intitulé « Brenda ». Il s’agit là d’une touriste sexuelle pour qui les corps luisants et luxuriants de jeunes haïtiens sont de véritables délices, à telle enseigne qu’elle ne tient plus à retourner en Europe :</p>
<p style="text-align: justify;">Bien sûr, je ne retournerai plus chez moi. D’ailleurs je n’ai plus de maison ni de mari. Et je ne peux plus entendre parler des hommes du Nord. J’aimerais visiter d’autres villes dans la Caraïbe. Cuba, Guadeloupe, la Barbade, la Martinique, la Dominique, la Jamaïque, Trinidad, les Bahamas… Elles ont de si jolis noms. Je veux les connaître toutes. (CM, 244)</p>
<p style="text-align: justify;">Le même processus de relation abrégée est aussi le propre de <em>Comment fa</em>ire <em>l’amour avec un nègre sans se fatiguer</em>. Texte tissé autour du quotidien de deux jeunes noirs vivant dans une étroite pièce de Montréal, et dont l’existence est partagée entre projet d’écriture pour l’un, délectation de jazz pour l’autre, sexe et discussions vaseuses.</p>
<p style="text-align: justify;">Au fait, le roman comporte 28 séquences dont la plupart couvre péniblement deux pages. La dernière séquence, dénommée « On ne naît pas Nègre, on le devient », est du reste la plus simplifiée dans la mesure où elle se réduit à un paragraphe on ne peut plus laconique :</p>
<p style="text-align: justify;">L’aube est arrivé, comme toujours, à mon insu. Gracile. Des rayons de soleil à fleurets mouchetés. Comme des pattes de saint-bernard. Le roman me regarde, là, sur la table, à ; côté de la vieille Remington, dans un gros classeur rouge. Il est dodu comme dogue, mon roman. Ma seule chance. Va. (CFANSF<a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/L'%C3%A9criture%20minimaliste%20de%20dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftn6">[6]</a>, 169)</p>
<p style="text-align: justify;">Comme on le voit, cette « composition par petites touches » (Delas : 2001) prisée par Laferrière est pour nous la représentation d’un monde en pleine rupture morale, transfiguré par la montée en puissance de l’individualisme. Tel que les textes sont conçus, c’est-à-dire sur de petites existences quotidiennes, le lecteur a du mal à saisir la portée d’ensemble, la « charpente logique » (Jouve, 1997 : 45). Le primat de l’éclatement du récit sur l’unité d’ensemble plonge le lecteur dans un monde en crise de principes et de valeurs communautaires. Il y a comme une similitude entre l’atomisation de l’intrigue et une société en crise de valeurs, désagrégée dans son intégrité et son unité ; et où tous les repères sont désormais taillés à la mesure des ambitions personnelles. La jeunesse haïtienne, au cœur de <em>La Chair du maître</em>, s’est désolidarisée de toute norme et de toute vertu et pour cause, le déséquilibre constant entre l’État et la société, la politique et la république, le rêve et la réalité, la jeunesse et les aînés. Les jeunes noirs de <em>Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer</em> ont pour centre d’intérêt la satisfaction d’une libido débordante sur fond de stéréotypes au sujet de la puissance sexuelle du Nègre. Ils sont l’image de l’autre Amérique, celle des immigrés paumés dont l’existence côtoyant la banalité, est faite des instants de vie sans enjeux ni conviction ou expectative. On comprend aisément pourquoi le récit est décomposé dans sa trame. Dans les deux romans, le personnage est sans commune mesure victime de son imaginaire au point où son identité est loin de faire l’objet d’un détail révélateur.</p>
<p style="text-align: justify;" align="center"><strong>3-    </strong><strong>Des personnages anonymes à la conscience opaque </strong></p>
<p style="text-align: justify;">            Le personnage littéraire est banalement pris comme la figuration d’une personne réelle dans une œuvre de fiction : « [il est] alors la source principale de l’illusion littéraire. » (Paul Aron et al : 2002) Dans les récits classiques et les mythes antiques, le personnage incarne grosso modo des valeurs. Dans les récits contemporains, il est à la limite du bien et du mal ; beaucoup plus victime qu’acteur, il subit les soubresauts de l’histoire, l’absurdité de la vie, les injustices et les déterminismes de tout ordre. On parle d’antihéros ou de « la mort du personnage » (Bordas et al : 2001). Quoiqu’il en soit, les personnages sont porteurs de données culturelles et idéologiques en raison de leur forte dimension sociale.</p>
<p style="text-align: justify;">Chez Laferrière, le personnage, loin de répondre à une identité collective, emblématique suivant un imaginaire rationnel, est tout au contraire conçu sans nom, réduit à l’anonymat total. Son portrait est sec (un seul prénom, pas de passé et pas d’avenir). La dimension psychologique ou psychologisante est absente. Il est établi que le psychologisme est un ingrédient prisé par les romanciers classiques qui font défiler à l’écran de leurs textes les profondeurs intimes de leurs actants humanoïdes pour laisser soupçonner les mobiles réels de leurs actions. Or Laferrière s’interdit de sonder les cœurs et les reins. Le lecteur ignore tout et tout sur la vie intérieure de ses personnages. L’identité de ces derniers, ce à quoi ils se réfèrent de même que la vie qu’ils mènent est sans mythe ni transcendance. Ils sont à la rigueur porteurs d’un prénom sans véritable signification ou connotation. On le comprend plus facilement car, à défaut d’être comme dans les récits classiques au devant des valeurs qu’il quête, incarne, le personnage est à rebours de la raison. Prisonnier d’un univers sans repères et d’une réalité aussi absurde, invivable que déliquescente, sa conduite met à mal tout discours de l’axe, toute théorie sur des valeurs. Il affiche pour tout dire un déficit de réflexion et de prudence.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, on assiste chez Laferrière à des personnages veules, sans passé ni avenir ni un idéal de conduite à même de susciter chez le lecteur une « Identification admirative » (Bordas et al, op.cit. : 154) du fait de son attitude plus ou moins parfaite. Pour pertinemment formuler les choses comme Yves-Abel Feze, précisons que : le héros laferrien « …à la vérité n’est le destinateur d’aucun vouloir faire, [c’est] un personnage a-sémique qui se contente de passer dans la vie comme [une ombre] » (2011 : 67).</p>
<p style="text-align: justify;">Bouba de même que son compère de <em>Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer</em>, mènent une vie sans rêves ni idéaux. Férus du jazz, musique qui n’obéit à aucune construction à l’avance, leurs vies en est calquées et se limitent à des instants de délectation : menus repas, musique, sexe et discussions confuses. Le roman ressort par là l’image des immigrés dépourvus, désœuvrés dans uns société américaine stratifiée et individualiste à souhait.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans <em>La Chair du maître</em>, c’est la jeunesse haïtienne qui est au cœur de l’action. Elle est dévoilée, par une écriture tranchée dans le vif, le cru et la chair, dans son corps à corps avec le désir : sorte de boîte de pandore dont l’abord séduisant renferme un ensemble de maux divers (rupture du lien parents/enfants, drogues, manque de repère, capitalisation marchande du corps). Tanya, Fanfan, Christina, Charlie, Brenda, Françoise, Tony, Gogo, Chico, Mario, Peddy, Le Chat, Alex, Sergeo, Denz, Simone, Minouche, Manuel, Rico, Flora, Judith, Anne-Marie, Niki, Nico, Albin, François, Hansy, Legba, Neptune, etc., sont tous des silhouettes qui vibrent dans ce roman sulfureux de Laferrière. Elles zonent, ont pour espace de prédilection les bars, les appartements et les Chambres ; et pour activité privilégiée la fainéantise, la sexualité, la prostitution, la musique, la drogue. Toutes sont présentées comme des mondains écervelés, affranchis de l’autorité parentale, se retrouvant en dehors du circuit scolaire et du jeu de l’économie de marché, pour devenir tout simplement des témoins ou acteurs de la prostitution. Ces jeunes sont en quête d’exutoire économique et de satisfaction de leurs besoins, ils laissent leur zone pour d’autres destinations : les villes, la capitale. Le phénomène est d’emblée mis en avant dans l’une des séquences narratives qui entament le roman ; titré « La Guerre » (CM, 17), elle fait état d’un milieu triste, pitoyable et misérable où :</p>
<p style="text-align: justify;">La jeune fille prendra rapidement la mesure de la rue. Ses règles, ses codes secrets, son langage. Et surtout la nouvelle morale [celle de se prostituer pour survivre]. Elle affrontera les hommes à visage découvert. Elle se fera piétiner, un moment, mais elle apprendra vite. Sauve qui peut. Elle apprendra surtout à ne se faire aucune illusion. Il n’y a pas d’avenir. Tout se passe au présent. Á l’instant même. Et tous les coups sont permis. Et donnés. C’est la guerre ! (CM, 18)</p>
<p style="text-align: justify;">Haïti, classé parmi les pays les plus pauvres de la planète, est constamment traversé par un certain « mal politique » (Corten 2001). Le récit de Laferrière transcrirait, à travers des personnages jeunes, aux identités vagues, qui bougent dans l’espace romanesque, une société haïtienne exposée à toutes sortes  de tribulations, et plus particulièrement, aux fléaux actuels de la drogue, de la prostitution, etc. Les troubles politiques et surtout la crise de l’emploi poussent une grande partie des jeunes à rester coincée dans l’engrenage de cette spirale monstrueuse qui les bloque dans leur rêve, leur fougue, leurs capacités d’améliorer leurs conditions de vie. C’est une jeunesse en crise dont une large partie peuple les bidonvilles haïtiens, vit dans le chômage et la délinquance, noie ses frustrations dans la drogue et la sexualité commercialisée. La réalité que l’auteur donne à voir est ainsi dépourvue de métaphysique, d’utopie collective. Dans une société où les symboles, les normes semblent avoir disparu, que dire d’autre à défaut de traduire moyennant des personnages sans identité avérée, représentative d’une utopie collective ; et des phrases dépouillées de même que la modalité indicative, la matérialité d’un monde privé de logique ?</p>
<p style="text-align: justify;" align="center"><strong>4-    </strong><strong>La phrase minimale et le présent de l’indicatif comme technique de relation des événements  </strong></p>
<p style="text-align: justify;">                     Pour peu que l’on s’intéresse à ces deux textes de Laferrière, la nature des phrases est tout à fait autre. Leur particularité se lit dans leur structure minimale. Les faits sont réduits au minimum, dépouillés des détails à tendance explicative. Le style est larvé, aride, pauvre en indices susceptibles de procurer au lecteur une donnée autre qu’un constat desséchant. Les événements relatés tout le long des textes apparaissent comme des phénomènes auxquels les narrateurs ne donnent aucune explication. On est loin des précisions rhétorico-stylistiques de Balzac ou de la boursoufflure descriptive de Flaubert. À cet effet, il faut reconnaître, à la suite de Kamdem que Laferrière « écrit…dans une totale incuriosité des richesses de la langue ». Nous en voulons pour preuve ces quelques éléments pris à tout hasard tels ces phrases et ces descriptions sans fioriture ou dense développement poétique :</p>
<p style="text-align: justify;">          « Miz Littérature achève de ranger la table. Elle met l’eau du thé à bouillir. Je m’installe. Je ferme les yeux…Je suis comblé. Le monde s’ouvre, enfin, à mes yeux » (CFANSF, 30) ;</p>
<p style="text-align: justify;">          « Un escalier coincé comme une échelle de cordage. Deux pièces spacieuses. Un bar. Trois types en chapeau mou, accoudés au bar, en train de regarder une partie de hockey à la télévision. Aucun son. Le poste est juché sur une étagère, à côté d’une énorme bouteille de budweiser » (CFANSF, 102) ;</p>
<p style="text-align: justify;">          « L’aube est arrivé, comme toujours, à mon insu. Gracile. » (CFANSF, 169) ;</p>
<p style="text-align: justify;">        « C’est simple : un petit groupe de gens possède dans ce pays tout l’argent disponible. Et, comme on le sait, avec l’argent on peut tout acheter : les êtres et les choses. » (CM, 16) ;</p>
<p style="text-align: justify;">         « Une simple pierre bloque l’entrée. L’intérieur est assez sommairement meublé. Trois nattes bien enroulées, debout contre le mur. Une cuvette blanche cabossée, en équilibre sur une minuscule table. Une toile – une marine de Viard – au mur. Et cette lourde corde couverte de suie dans un coin sombre » (CM, 95-96) ;</p>
<p style="text-align: justify;">          « Les gens viennent avec leurs illusions à Port-au-Prince. Même la grosse Sue. Il y a le soleil ici. Des fruits frais, du poisson grillé, la mer. Et j’ai un amant » (CM, 232).</p>
<p style="text-align: justify;">On le voit, tout ce qui est du règne de la virtuosité, de l’exubérance, des agréments linguistiques est sans effet chez Laferrière. Il y a comme une volonté affichée d’écrire sans explorer la finesse et les subtilités langagières. Le style se veut simple, neutre, blanc, débarrassé de toute complexité et des procédés poético-esthétiques d’envergure classique, balzacienne. Cette manière délibérément déshydratée de raconter, d’écrire ; ce procédé intentionnellement minimal de narrer n’est autre que la traduction d’un monde qu’il n’est plus possible d’expliquer. Il s’agit pour l’écrivain de s’en tenir à la réalité ambiante, à un monde déconstruit, illogique, en perte de valeurs qui fondent tout mythe et tout imaginaire collectifs.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui est encore plus nouveau dans cette littérature de corps de Dany Laferrière, c’est l’omniprésence du présent de l’indicatif, substituant ipso facto le passé simple, « pierre d’angle du récit » (Barthes, 1972 : 25). Les deux textes sont quasiment tissés à la lumière de ce tiroir verbal. On a qu’à voir les extraits ci-dessus. On dirait une écriture-reportage, taillée sur le dessein voilé de dire les choses tel que le hors-texte l’impose au moment de l’écriture. Il faut dire qu’avec ce procédé temporel, non seulement Laferrière s’affranchit de la réorganisation qu’impose le passé simple mais aussi il convertit son écriture en un indicateur, en un reportage qui renseigne à suffisance, au moment où le lectorat a ses œuvres en main, sur la misère de la jeunesse haïtienne et la vie chancelante, oisive et lutinée des immigrés africains d’Amérique. Le texte devient pour l’auteur un prétexte pour transcrire un contexte en proie au malaise et à la rupture des équivalences qui structurent le système social.</p>
<p style="text-align: justify;" align="center"><strong>5-    </strong><strong>De la sexualité suggérée à la crudité pornographique</strong></p>
<p style="text-align: justify;">            Le moins que l’on puisse constater d’entrée de jeu, à la lecture de ces écrits libertins de Dany Laferrière, c’est l’extrême banalité des scènes représentant l’acte charnel. Tout est décrit dans un style cru, pornographique, susceptible de choquer les âmes éduquées dans la stricte tradition bourgeoise. Autrement dit, les adeptes d’un érotisme fait de suggestions ou de surenchère esthético-littéraires sous fond de l’influence sadienne ou de Jacques Roumain<a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/L'%C3%A9criture%20minimaliste%20de%20dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftn7">[7]</a>, sont loin de trouver leur compte chez Laferrière. Car l’acte sexuel est dépeint dans une indolence stylistique certaine, une écriture érotique dépourvue de la théâtralisation du désir et son corollaire qu’est l’amour. Au final, on pourrait coller à ces romans de Dany la même étiquette que celle qu’Olivier Bessard-Banquy attribue à ce texte de Catherine Millet, <em>La Vie sexuelle de Catherine M.</em><a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/L'%C3%A9criture%20minimaliste%20de%20dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftn8">[8]</a> À savoir que :</p>
<p style="text-align: justify;">l’acte sexuel n’a […] plus aucun sens, il ne dit plus rien qui ait à voir avec le traditionnel désir de <em>faire l’amour</em>, c’est-à-dire de donner corps au sentiment qui unit les amants (…). Ce n’est pas seulement un pied de nez au mythe de l’amour-passion hérité de Tristan et Yseult et à la tradition des affinités électives sur lesquelles se sont fondés des siècles de couples amoureux, c’est un déni de la personnalisation du monde contemporain où chacun – homme et femme – a pour exigence quasi sacrée d’être aimé pour soi-même. (2005 : 53)</p>
<p style="text-align: justify;">Une telle appréciation ne peut qu’être judicieuse au regard de ces scènes sexuelles tirées des romans pour exemplifier nos analyses, et qui situent l’acte d’écrire comme de lire au même niveau que la production et  la consommation des films pornographiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Les ébats sexuels à caractère obscène foisonnent dans <em>La Chair du maître</em> et dans <em>Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer</em>. Ceci à l’image même de la composition des récits en micro histoires où une pléthore de personnages n’a qu’une seule chose en tête : le sexe. Tel est le cas de June, une adolescente de 17 ans, fille d’un couple d’expatriés vivant et travaillant à Haïti. Cette June harcèle sexuellement le domestique de la demeure parentale au point d’obtenir gain de cause. C’est ainsi qu’elle</p>
<p style="text-align: justify;">s’empare avidement du sexe chauffé à blanc qu’elle glisse sous sa jupe sans autre forme de procès […] June galope. Et elle jouit, …, la bouche ouverte […] Elle se cabre. Les seins vers le ciel. La bouche, tordue. De longs gémissements. Elle veut s’arracher la peau. La douleur. Quelques spasmes. Et tout s’arrête. Le corps complètement allongé sur celui d’Absalom. Au repos. De temps en temps, un tressaillement. … (CM, 80).</p>
<p style="text-align: justify;">C’est avec la même crudité que Vieux de<em> Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer</em> décrit sa relation sexuelle avec l’une de ces multiples conquêtes, nommée Miz Littérature :</p>
<p style="text-align: justify;">Elle rejette, brusquement, la tête en arrière et j’ai le temps de voir une curieuse lumière au fond de ses yeux. Et elle replonge, bouche ouverte, vers mon pénis comme un piranha. Elle suce. Je grandis. Elle me chevauche. Ce n’est plus une de ces baises innocentes, naïves, végétariennes, dont elle a l’habitude. C’est une baise carnivore. Miz Littérature a commencé par pousser deux ou trois cris stridents. Le vase de pivoines, au-dessus de ma tête, menace à tout moment de nous fendre le crâne. Je fais l’amour au bord du gouffre. Miz Littérature s’est accroupie dans une sale position et elle monte et descend lentement le long de mon zob. Un mât suiffé. Son visage est complètement rejeté en arrière. Ses seins quasiment pointés vers le ciel et un sourire douloureux au coin de sa bouche. Je caresse ses hanches, son torse en sueur et la pointe exacerbée de ses seins. Elle se met tout à coup à me lancer de rapides et violentes saccades et son rauque lui monte à la bouche.  (CFANSF, 50-51).</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, tel que la relation chez Dany Laferrière est décrite, c’est sans composer avec la pudeur. Le style indélicat met à mal le respect des conventions en matière sexuelle en s’attelant à démonter les ressorts de la décence jusqu’à l’étalage de la bestialité. Les figurations sexuelles ne sont pas allusives comme chez le Maquis de Sade<a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/L'%C3%A9criture%20minimaliste%20de%20dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftn9">[9]</a>, mais relatées suivant ce qu’il est convenu d’appeler avec Vincent Jouve : « l’érotisme explicite<a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/L'%C3%A9criture%20minimaliste%20de%20dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftn10">[10]</a> » (2005 : 124).</p>
<p style="text-align: justify;">On s’accorde de plus en plus à reconnaître que la littérature érotique contemporaine s’écrit sans retenue et sans un accommodement avec la sensibilité du lecteur enclin à la pudeur. Certains, à l’instar de Christian Authier<a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/L'%C3%A9criture%20minimaliste%20de%20dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftn11">[11]</a>, y voient l’expression littéraire des mœurs sexuelles contemporaines. Dans cette logique, si les textes de Laferrière font cas des situations où l’amour est réduit au seul langage du corps et fait l’économie de toute spectacularisation des émotions, c’est pour traduire quelque part une société où « Le sexe par-dessus tout a cessé d’être l’étalon des tabous » (Olivier Bessard-Banquy, op. cit. : 47) et où le désir ascensionnel, à la faveur de la démocratisation des mœurs, est un objet de consommation comme tout le reste. À ce propos, s’il faut penser comme Daniel Delas que « …les écrivains [sont] à l’écoute de ce qui bat (les manières de vivre et d’aimer) au plus profond du cœur de leurs contemporains », il devient difficile voire impossible pour les romanciers libertins tel que Dany Laferrière de sublimer, au regard des habitudes de l’heure, la dynamique du désir et de la fusion sensuelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce sens, Laferrière n’a d’autre choix que de donner à voir, afin d’inviter à y penser, des personnages englués dans une sexualité et un désir toujours grandissants. Tel qu’ils sont conçus, on les assimile plus facilement au sujet humain contemporain qui s’évertue à « …mettre tout son esprit à se faire à la fois sujet et objet d’extase » (René Milhau, 1985 : 123).</p>
<p style="text-align: justify;" align="center"><strong>Conclusion</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, écrire pour Dany Laferrière c’est constater. Son observation de la société est acérée. L’art d’écrire se distingue par une épuration radicale de la forme ainsi que de la matière. Dans un style délibérément indigent, un langage dédouané de la finesse et de l’ingéniosité, Laferrière utilise peu de mots comme si le pari était d’établir un parallélisme entre sa prose et l’individualisme caractéristique d’une époque où les relations sociales manquent de densité. Si non comment comprendre le déséquilibre psycho-sociale voire la psychorigidité de ses personnages ? Le rejet du détail anecdotique dans ses intrigues ? Pour Laferrière, c’est clair qu’il ne faut pas 36 solutions pour comprendre que dans des sociétés où les relations humaines deviennent progressivement impossibles, il est tout à fait accessoire pour un écrivain de s’étaler ou  de tracer une vie sur des centaines de page. Par conséquent, Laferrière campe dans ses récits des personnages dont la vie est plus instantanée qu’ambitieuse. L’instant c’est les bars, les stupéfiants, la musique et les plaisirs d’Éros. La sexualité développée, appréhendée dans son aspect clinique, transforme le corps en outil de plaisir, un objet de jouissance et de cathexis.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;" align="center"><strong>Bibliographie</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Aron, P. et al (s/d) (2002), <em>Le Dictionnaire du littéraire</em>, Paris, PUF.</p>
<p style="text-align: justify;">Barthes, R. (1972), <em>Le Degré zéro de l’écriture</em>. Suivi de <em>Nouveaux Essais critiques</em>, Paris, Seuils.</p>
<p style="text-align: justify;">Barthes, R. (2000), <em>Essais Critiques</em>, Paris, Seuils.</p>
<p style="text-align: justify;">Bessard-Banquy, O. (2005) « L’écriture du sexe aujourd’hui. La littérature entre le désenchantement érotique et le dégoût charnel », in Revue d&#8217;Etudes Culturelles en Ligne, <a href="http://etudesculturelles.weebly.com/erotisme.html%20121-132">http://etudesculturelles.weebly.com/erotisme.html</a> pp. 47-58.</p>
<p style="text-align: justify;">Bordas, et al (2002), <em>L’analyse littéraire</em>, Paris, Nathan.</p>
<p style="text-align: justify;">Corten, A. (2001), <em>Diabolisation et mal politique. Haïti : misère, religion et politique</em>,Montréal-Paris : Éditions du CIDIHCA-Karthala.</p>
<p style="text-align: justify;">Delas, D. (2003), « Décrire la relation : de l’implicite au cru », in <em>Notre Librairie. Revues des </em><em>Littératures du Sud</em>. N<sup>o</sup> 151. Sexualité et écriture. Juillet-septembre, pp. 8-14.</p>
<p style="text-align: justify;">Delas, D. (2001), « Dany Laferrière, un écrivain en liberté », in <em>Notre Librairie. Revues des</em><em> Littératures du Sud</em>. N<sup>o</sup> 146. Nouvelle génération. Octobre-Décembre. pp. 88-99.</p>
<p style="text-align: justify;">Feze, Y-A. (2011), « Exil et posture identitaire chez Alain Mabanckou : <em>Black </em>Bazar, un roman black ? », in Pierre Fandio et Hervé Tchunkam (s/d), <em>Exils et migrations </em><em> postcoloniales. De l’urgence du départ à la nécessité du retour</em>, Yaoundé, Éditions Ifrikiya, pp. 63-84.</p>
<p style="text-align: justify;">Kamdem, P. E. (2003), « La Minimalité dans <em>L’étranger </em>d’Albert Camus », in <em>Sudlangues</em>, [en ligne], <a href="http://www.sudlangues.sn/spip.php?article67">http://www.sudlangues.sn/spip.php?article67</a></p>
<p style="text-align: justify;">Laferrière, D. (1985), <em>Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer</em>, Québec, Lanctot Éditeurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Laferrière, D. (2000) [Lanctot Éditeurs et Dany Laferrière, 1997], <em>La Chair du maître</em>, Paris, Le Serpent à Plumes.</p>
<p style="text-align: justify;">Jouve, V. (1997), <em>La Poétique du roman</em>, Paris, Éditions SEDES.</p>
<p style="text-align: justify;">Jouve, V. (2005), « Lire l’érotisme », in Revue d&#8217;Etudes Culturelles en Ligne, http://etudesculturelles.weebly.com/erotisme.html, pp. 121-132.</p>
<p style="text-align: justify;">Milhau, R. (1985), « Érotisme (Arts et Littérature) », in <em>Encyclopœdia universalis</em>, France S. A.</p>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
<div style="text-align: justify;">
<p><a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/L'%C3%A9criture%20minimaliste%20de%20dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftnref1">[1]</a> &#8211; Mondial parce que, à l’évidence multiples, diverses, sont aujourd’hui les littératures de langue françaises de par le monde, formant un vaste ensemble dont les ramifications enlacent plusieurs continents. Cf. Michel Le Bris et Jean Rouaud (sous la dir. de), <em>Pour une littérature-monde</em>, Paris, Gallimard, 2007.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p><a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/L'%C3%A9criture%20minimaliste%20de%20dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftnref2">[2]</a> -<a href="http://felix.cyberscol.qc.ca/LQ/auteurL/laferr_d/dany.html">http://felix.cyberscol.qc.ca/LQ/auteurL/laferr_d/dany.html</a></p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p><a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/L'%C3%A9criture%20minimaliste%20de%20dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftnref3">[3]</a> -c’est-à-dire des récits qui présentent des situations érotiques</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p><a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/L'%C3%A9criture%20minimaliste%20de%20dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftnref4">[4]</a> &#8211; François Duvalier après 14 ans de règne sans partage marqué par un pouvoir dictatorial et un climat de couvre-feu en Haïti, passe, en 1971, la main à son fils après avoir amendé la constitution. Le règne de son fils (Jean-Claude Duvalier), qui court jusque dans les années 1986, est connu pour être une période d’apaisement; il conserve, lui aussi, le peuple haïtien sous la dictature, mais permet l’intégration au pays de nouvelles mœurs.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p><a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/L'%C3%A9criture%20minimaliste%20de%20dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftnref5">[5]</a> &#8211; Lire <em>La Chair du maître</em></p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p><a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/L'%C3%A9criture%20minimaliste%20de%20dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftnref6">[6]</a> &#8211; Lire <em>Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer</em></p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p><a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/L'%C3%A9criture%20minimaliste%20de%20dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftnref7">[7]</a> &#8211; Jacques Roumain, <em>Gouverneurs de la rosée</em>, Imprimerie de l&#8217;État, Port-au-Prince, 1944.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p><a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/L'%C3%A9criture%20minimaliste%20de%20dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftnref8">[8]</a> &#8211; Catherine Millet, <em>La Vie sexuelle de Catherine M</em><em>.</em>, Paris, Seuil, 2001.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p><a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/L'%C3%A9criture%20minimaliste%20de%20dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftnref9">[9]</a> -<em> Justine ou les malheurs de la vertu </em>[Sade], ‘’Microsoft Études’’ 2008 [DVD]</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p><a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/L'%C3%A9criture%20minimaliste%20de%20dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftnref10">[10]</a> -Dont les plaisirs de la chair sont clairement exprimés, sans ambigüité contrairement à « l’érotisme implicite »</p>
</div>
<div>
<p style="text-align: justify;"><a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/L'%C3%A9criture%20minimaliste%20de%20dany%20Laferri%C3%A8re.doc#_ftnref11">[11]</a> &#8211; Christian Authier, <em>Le Nouvel Ordre sexuel</em>, Paris, Bartillat, 2002.</p>
</div>

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		<title>Mort, le Québec libre?</title>
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		<pubDate>Mon, 16 May 2011 20:33:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lrosenzweig</dc:creator>
				<category><![CDATA[Canadas]]></category>
		<category><![CDATA[La chronique de Luc Rosenzweig]]></category>

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		<description><![CDATA[Les souverainistes rhabillés pour l’hiver D’accord, les élections législatives au Canada, c’est moins fun que les révolutions arabes ou la transformation d’Oussama ben Laden en déjeuner pour requins. N’empêche que ce pays vient de subir un bouleversement politique exceptionnel dans une démocratie installée depuis longtemps, et qui n’est ni plus ni moins touchée par la [...]]]></description>
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<div id="attachment_9802">
<h2>Les souverainistes  rhabillés pour l’hiver</h2>
<p><img title="Canada-elections" src="http://www.causeur.fr/wp-content/uploads/2011/05/Canada-elections.jpg" alt="" width="460" height="280" /></div>
<div>
<h2></h2>
</div>
<p>D’accord, les élections législatives au Canada, c’est moins fun que  les révolutions arabes ou la transformation d’Oussama ben Laden en  déjeuner pour requins. N’empêche que ce pays vient de subir un  bouleversement politique exceptionnel dans une démocratie installée  depuis longtemps, et qui n’est ni plus ni moins touchée par la crise  économique que ses homologues en Amérique ou en Europe.</p>
<p>La surprise n’est pas venue de la reconduction au pouvoir, avec une  majorité renforcée, du Premier ministre sortant conservateur Stephen  Harper, même si ce néo-con bon teint, proche de George W. Bush, eût pu  subir, par ricochet, le désaveu de ses amis politiques des Etats-Unis  qui a conduit à l’élection de Barack Obama.</p>
<p>Cela ne s’est pas produit, car son bilan économique est apprécié par  une bonne partie de la population, notamment dans les provinces qui  jouissent d’une enviable prospérité, comme l’Ontario, l’Alberta ou la  Colombie Britannique. Avec 39% des voix au niveau fédéral, il obtient la  majorité absolue des sièges<sup><a id="fnref-9800-1" href="http://www.causeur.fr/mort-le-quebec-libre,9800#fn-9800-1">1</a></sup>,  ce qui lui permettra de mener à bien des projets qui lui tiennent à  cœur, comme la révision de la carte électorale nécessaire pour que les  provinces en expansion démographique soient plus justement représentées.</p>
<p>La nouvelle donne politique modifie les rapports de forces internes  au sein de l’opposition. Le Parti libéral, qui a longtemps gouverné le  pays en alternance avec les conservateurs, subit une sévère défaite.  Eclaboussés par une série de scandales ces dernières années, les  libéraux perdent la moitié de leurs sièges, et ne peuvent donc plus  prétendre diriger l’opposition officielle.</p>
<p>Ce rôle est maintenant dévolu au dernier-né des grands partis  politiques canadiens, le NDP (New Democratic Party), qualifié de «  social-démocrate », en tout cas plus marqué à gauche que le Parti  libéral, et même que le Parti démocrate aux Etats-Unis. Il triple le  nombre de ses sièges et enregistre, pour la première fois de son  existence, un succès impressionnant au Québec, où il était peu implanté  jusqu’à ce jour.</p>
<p>Mais c’est sans doute le naufrage des indépendantistes québécois qui  constitue le bouleversement le plus inattendu. Le Bloc québécois, parti  francophone indépendantiste de la «  Belle Province » et des minorités  francophones des autres, reçoit une raclée historique passant de 47  sièges à seulement 4 au Parlement d’Ottawa.<br />
Le NPD croyait d’ailleurs si peu à ses chances de remporter des sièges  dans les bastions indépendantistes qu’il n’avait présenté des  candidatures que pour la forme dans ces circonscriptions. Ces candidats,  inconnus de la population, n’ont pas fait campagne et certains d’entre  eux étaient même en séjour de longue durée à l’étranger, que leur succès  inattendu va les contraindre d’interrompre.</p>
<p>La plus embarrassée des nouveaux élus NDP au Québec est Ruth Ellen  Brosseau, 27 ans, qui vient de remporter le siège de  Berthier-Maskinongé, une circonscription francophone pur sucre  (d’érable) sur la rive nord du Saint-Laurent. La blonde Ruth Ellen ne  s’est pas encore montrée en personne à ses électeurs, car son niveau de  français est insuffisant pour pouvoir converser utilement avec ses  mandants…Elle a donc été envoyée illico par le chef de son parti, Jack  Layton, suivre un cours intensif de franco-québécois, langage savoureux  mais rempli de pièges grammaticaux et sémantiques…</p>
<p>Quelle est la raison de ce tsunami politique, qui survient quinze ans  seulement après le rejet, à un cheveu (50,58% de « non »), du  référendum sur l’indépendance du Québec réclamée par le Parti québécois  (PQ) ? Pourquoi ce « Québec libre ! » imprudemment promu par Charles de  Gaulle en 1967 à Montréal subit-il aujourd’hui un rejet aussi massif de  la population de la province ?<br />
On se doutait bien, au vu des sondages d’avant l’élection législative,  que NDP allait progresser au Québec, grâce notamment au charisme de Jack  Layton, et à la popularité de ce dernier dans les communautés  néo-canadiennes venues d’Amérique centrale, d’Asie ou des pays arabes.  Son opposition à la ligne résolument pro-israélienne de Stephen Harper  lui a aliéné le vote juif (surtout puissant en Ontario), mais rallié les  communautés musulmanes francophones, notamment d’origine libanaise,  dont le poids électoral est grandissant, notamment à Montréal.</p>
<p>Mais la Bérézina subie par le Parti québécois s’explique avant tout  par ses difficultés propres. Souffrant d’un problème de leadership  depuis  la disparition de son fondateur, le charismatique René Lévesque,  il s’est trouvé complètement désemparé et en panne d’idées après  l’échec du référendum de 1995. Les changements sociologiques intervenus  depuis (urbanisation, arrivée de populations dites « allophones ») ont  fait évoluer les mentalités au détriment des indépendantistes, plus  ruraux ou habitants des petites villes en déclin.<br />
Les Québécois les plus dynamiques sont allés exercer leurs talents là où  il y avait de l’argent à gagner : l’Alberta du boom pétrolier,  Vancouver et son ouverture sur le Pacifique.</p>
<p>Comme la vitalité culturelle et artistique du Canada francophone ne  semble pas en danger, que ses universités, ses éditeurs, ses chanteurs  apportent leur contribution au bien commun de la langue et la  civilisation française, on ne voit plus guère de raisons de s’accrocher à  un rêve d’indépendance qui, manifestement, répond beaucoup moins aux  nécessités du temps que par le passé.</p>
<p>Dans ces conditions, il n’est guère surprenant que le clivage  droite-gauche se substitue progressivement à l’opposition linguistique  et ethnique. La Canada c’est l’anti-Belgique, et la preuve que les  grands espaces rendent les hommes plus sauvages, certes, mais moins  bornés.</p>

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		<title>Une Enfance d’Outremer, textes réunis par Leïla Sebbar</title>
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		<pubDate>Thu, 09 Sep 2010 00:07:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>kspiropoulou</dc:creator>
				<category><![CDATA[Afriques]]></category>
		<category><![CDATA[Canadas]]></category>
		<category><![CDATA[Créolisations]]></category>
		<category><![CDATA[Livres]]></category>

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		<description><![CDATA[La vie passe, on a des aventures, on oublie. Mais l’odeur reste, elle ressort parfois, au moment où on s’y attend le moins, et avec elles reviennent les souvenirs, la longueur du temps de l’enfance, du temps de la guerre. Jean-Marie Le Clézio, Ourania, Paris, Gallimard, p. 15. Une Enfance d’Outremer, tel est l’horizon que [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[
<div class="topsy_widget_data topsy_theme_" style="float: right;margin-left: 0.75em; background: url(data:,%7B%20%22url%22%3A%20%22http%253A%252F%252Fmondesfrancophones.com%252Fespaces%252Fafriques%252Fune-enfance-d%2525e2%252580%252599outremer-textes-reunis-par-leila-sebbar%252F%22%2C%20%22style%22%3A%20%22small%22%2C%20%22title%22%3A%20%22Une%20Enfance%20d%E2%80%99Outremer%2C%20textes%20r%C3%A9unis%20par%20Le%C3%AFla%20Sebbar%20%23%22%20%7D);"></div>
<p style="padding-left: 30px;"><em><a rel="attachment wp-att-3498" href="http://mondesfrancophones.com/espaces/afriques/une-enfance-d%e2%80%99outremer-textes-reunis-par-leila-sebbar/attachment/leila-sebbar/"><img class="alignleft size-full wp-image-3498" title="Leila Sebbar" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2010/09/Leila-Sebbar.jpg" alt="" width="253" height="253" /></a></em></p>
<p style="padding-left: 30px;"><em>L</em><em>a vie passe,  on a des aventures,</em></p>
<p style="padding-left: 30px;"><em> on oublie. Mais l’odeur reste, elle </em></p>
<p style="padding-left: 30px;"><em>ressort parfois,  au moment où on</em></p>
<p style="padding-left: 30px;"><em> s’y attend le moins, et avec elles </em></p>
<p style="padding-left: 30px;"><em>reviennent les  souvenirs, la </em></p>
<p style="padding-left: 30px;"><em>longueur du temps de l’enfance, </em></p>
<p style="padding-left: 30px;"><em>du temps de la guerre.</em></p>
<p style="padding-left: 30px;">Jean-Marie Le  Clézio,<em> Ourania</em>, Paris, Gallimard, p. 15.</p>
<p><em>Une Enfance d’Outremer</em>, tel est  l’horizon que se donne l’ouvrage, préfacé par Leila Sebbar, qui réunit  pour la première fois des histoires d’enfance de seize plumes  francophones aussi bien masculines que féminines. Comment vit-on  l’enfance dans des espaces aussi divers que Antananarivo, Oudja au  Maroc, Haïti, l’île Maurice, Djibouti, le Togo, Alindao en République  Centrafricaine, la Tunisie ou l’Algérie… ? De la Caraïbe au Maghreb et  jusqu’à l’Afrique subsaharienne, tous ces écrivains, témoins innocents  et lucides, partagent – en français – leurs expériences enfantines de la  fin des années 40 aux années 60. Famille, origines, esclavage, école,  rues, gestes, réactions, émotions, comment un enfant de quatre, cinq ans  et plus ressent-il tout cela ? Voilà les thématiques que recouvre la  sélection de ces récits venus d’ailleurs.</p>
<p>Au départ,  l’enfance rêvée d’Helé Béji, qui se dissipe avec le réalisme de l’âge,  nous emporte dans la magie vécue de cet territoire enchanté, cet âge  paradisiaque : <em>C’était, l’époque où je faisais le plus beau  rêve de ma vie : la nuit, je rêvais que je volais, que je me  transportais dans les airs avec une merveilleuse assurance. C’était  l’extase ! </em> N’est-ce pas là la position de l’écrivain sur ce merveilleux  perdu qu’elle essaie de revivre à rebours par le biais de la mémoire,  des souvenirs et de l’imaginaire ? Cette image de l’enfance est  conservée jusqu’au moment où la romancière a la sensation d’avoir  « perdu le secret de ce charme irréel, de ce déclic onirique ».</p>
<p>Nous sommes  d’avis que Maïssa Bey est une « enfant colonisée ». Elevée dans un  village des hauts plateaux algériens, l’écrivain y évoque son enfance  sous forme dialoguée avec elle-même, à la façon de Sarraute, en se  forçant à mettre sur scène les images de soi-même, de ses parents, de la  guerre. Par son regard, sa perception d’enfant, elle replonge dans  l’histoire algérienne, essayant d’imaginer l’effet de la privation de  liberté, de la « différence » entre Français et Arabes. A cela  s’ajoutent la mort de son père et ses oncles décédés en 1957, suite à  des sévices infligés par la main du colon. Comme avant-goût de son style  pudique, suggérant l’émotion sans jamais s’y attarder, cet extrait :<em> D’autres mots  encore : torture, exécution, mort. Et plus tard encore, martyre. Mais  par-dessus tout, absence.</em></p>
<p>Même lieu, même  époque, Leila Sebbar met en exergue son identité ambiguë d’enfant née  dans l’Algérie de 1962, ne se voyant ni française ni arabe mais  peut-être juive par son nom et ses traits physiques. Elle engage un  questionnement sur son malaise sociolinguistique s’exprimant par la  langue de son père et la géographie du pays.</p>
<p>Cet esprit de  guerre est vif également dans  « Confitures et bobos », où Aziz  Chouaki déroule un à un les clichés de son enfance : l’absence du père,  les conséquences de la guerre, la place des contes de Perrault, le  moment de la circoncision et la « découverte de la télé, en noir et  blanc, chez des voisins pieds-noirs » ; s’y pose explicitement le  problème de l’immigration avec tout ce qu’il entraîne.</p>
<p>Aux yeux de  l’écrivain Roland Brival dont l’enfance se situe en Martinique tout  comme dans « Le signe du destin » de Guy Cabort-Masson, les premières  évocations de l’enfance sont associées à Venise. Le carnaval de Venise  et le motif du masque accentuent l’identité raciale et sexuelle. La  perplexité de Brival face à la ligne de couleur y est manifeste : <em>Je suis une  sorte d’hybride, le plus « réussi » de la famille. Une manière de  caméléon, dont les yeux clairs sont l’objet de sa fierté secrète</em>. Pour Guy  Cabort-Masson, l’enfance tient toute dans la boîte à souvenirs de  l’école où la réussite est synonyme d’ascension sociale : <em>Grâce à  l’école, j’étais définitivement sorti de l’insécurité coloniale. Je  montais définitivement dans le camp des civilisés, de ceux qui possèdent  chez soi, en toute propriété privée, ce que j’appelais le discriminant,  c’est-à-dire l’électricité, l’eau courante et les W-C.</em></p>
<p>Emmanuel  Dongala, dans « L’enfant de l’instituteur », retrace ses premières  années dans l’école coloniale en Afrique Equatoriale française, avec la  présence d’un père instruit – <em>avec mon père, c’était un monde tout à  fait différent, celui des livres </em>–  et à la fois responsable d’apporter  au peuple des Pygmées l’instruction universelle.</p>
<p>Enfant, Kossi  Effoui n’inventait pas d’histoires, pour paraphraser le titre de son  récit.  L’écrivain togolais retrace ainsi une enfance tendre et  silencieuse qui prend des ailes à partir de la mort brutale de sa sœur :</p>
<p><em>Et c’est là  que, moi aussi, j’ai commencé à dessiner dans ma tête toutes sortes de  personnages, des hommes et des femmes qui ressemblaient à mon père  crayonnant, à ma mère dans le rôle de prestidigitateur palpant le vide, à  ma sœur Sophie que je pouvais continuer à faire grandir, des  personnages qui avaient tous en commun d’avoir déjà épuisé toutes les  prières, prêts à tout moment à empoigner, sans le secours d’aucune foi,  cette douleur que je me fatiguerai à essayer de décrire dans une  tentative de livre</em>. P. 99.</p>
<p>C’est au début  des années 1960 que Patrick Erouart-Siad passe son enfance à Djibouti,  seul avec sa mère. Après des scènes d’humiliation de Patrick par ses  camarades de classe, apparaît son père blanc de retour en Algérie.<em> </em>Il se  rappelle encore ce soir-là, endormi puis réveillé par les<em> chuchotements d’une famille encore plus élargie</em>. La présence du  père assurera d’ores et déjà l’équilibre de la famille que le jeune  Patrick Erouart-Siad recherchait si longtemps.</p>
<p>Avec « Les  galants de Lydie », Marie-Thérèse Humbert nous plonge dans  les histoires amoureuses et les rendez-vous de leur bonne hésitant  délicieusement entre deux hommes à Port-Louis. Cette ville qui  représente au début de l’arrivée de la famille un cauchemar pour  Marie-Thérèse, finit petit à petit, à travers cette évocation de la  femme par la petite fille, par fasciner l’enfant.</p>
<p>A la  différence des autres, le cadre de l’enfance de Yannick Lahens est  Haïti. Pauvreté, mort, violence arrachent l’enfance d’un coup, par  grands lambeaux. L’écriture poétique de l’écrivain fait ressentir la  force imaginative de l’enfant pour tenter d’échapper à la réalité : <em>La lune fait  de grandes taches blanches presque laiteuses. Je suis seule. Enfin.  Seule à respirer sous cette lune.</em></p>
<p>Considérant  rétrospectivement son enfance, Fouad Laroui nous emporte avec lui au  Maroc. Enfant sage qui ne posait jamais de questions, il se lie d’amitié  avec le nain de leur jardin et découvre ainsi le nom des mots.  Inlassablement curieux de la richesse de la langue, Fouad Laroui enfant  ne s’est, depuis, jamais arrêté d’écrire.</p>
<p>« Les  papillons noirs » de Gisèle Pineau revisitent les topos de l’exil, de la  mémoire et de l’identité. La photographie, expérience banale et  nouvelle à chaque fois, y joue le rôle déclencheur de la mémoire. Ainsi  retrouve-t-elle le sentiment d’être une petite Gisèle entre la France et  la Guadeloupe – l’île papillon – la tête pleine d’histoires qu’elle ne  comprenait qu’à moitié.</p>
<p>Raharimanana, se remémorant son premier  amour Anja, situe son enfance au moment de la Révolution meurtrière  qu’a connue son pays, en 1975. « Cela me traverse l’esprit, me déchire »  dit-il en sentant fortement la solitude de jadis,  le maître-tyran à  l’école, sans essayer d’expliquer les événements  par peur de détruire  l’image d’une enfance silencieuse et innocente. Mais quand Raharimanana  comprend que Anja et ses parents sont morts, celui-ci cesse d’être un  enfant et tous les détails et les explications de son pays enfantin lui  reviennent.</p>
<p>Véronique Tadjo, née d’un père haut  fonctionnaire d&#8217;origine ivoirienne et d’une mère peintre-sculpteur situe  ses souvenirs d’enfance dans un quartier d’Abidjan, qui donne au récit  son titre « Adjamé, quartier Saint-Michel ». C’est l’époque avant  l’indépendance où tous aspiraient à une nouvelle vie :</p>
<p>« Le pays  changeait. La nouvelle bourgeoisie devenait de plus en plus riche,  exigeante, avide de pouvoir et de confort matériel…On parlait de  « miracle ivoirien ». Abidjan était la « perle des lagunes », p. 208. Et  puis sont venus les années Houphouët-Boigny où  le pays étouffait sous  la corruption et la mauvaise gouvernance. La mère de la petite Véronique  n’était plus là pour connaître le climat catastrophique du pays avec  les yeux déçus de son mari…</p>
<p>Ces facettes  contrastées que nous livrent des écrivains de générations et de cultures  différentes de leur univers d’enfants empruntent à plusieurs pays,  plusieurs continents même. Que l’enfance y soit subsumée par la joie, la  colère, la peur, l’enchantement, la violence, l’inconnu, l’innocence ou  le rêve, ces récits d’outremer nous livrent un régal de couleurs, de  sons, d’histoires qui confirme une nouvelle fois s’il en était besoin le  grand atout de la francophonie : sa diversité, son chatoiement. Ce  livre me semble de première importance pour ceux qui cherchent à mieux  comprendre le processus de la création, le rapport entre le passé et le  présent. Car les enfants que ces écrivains étaient déterminent à  l’évidence ce qu’ils sont aujourd’hui.</p>
<p>Les paroles d’Alain  Mabanckou en témoignent :</p>
<p><a rel="attachment wp-att-3497" href="http://mondesfrancophones.com/espaces/afriques/une-enfance-d%e2%80%99outremer-textes-reunis-par-leila-sebbar/attachment/alain-mabanckou/"><img class="size-medium  wp-image-3497 alignright" title="Alain Mabanckou" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2010/09/Alain-Mabanckou-300x300.jpg" alt="" width="123" height="123" /></a><img src="file:///C:/DOCUME%7E1/ALEXAN%7E1/LOCALS%7E1/Temp/moz-screenshot-2.png" alt="" /><img src="file:///C:/DOCUME%7E1/ALEXAN%7E1/LOCALS%7E1/Temp/moz-screenshot-3.png" alt="" /><img src="file:///C:/DOCUME%7E1/ALEXAN%7E1/LOCALS%7E1/Temp/moz-screenshot-4.png" alt="" /></p>
<p>« Je reste persuadé que nous devenons  écrivains parce qu’il y a en nous cet « appel » de l’enfance, ces voix  lointaines que nous n’écoutons que lorsque nous sommes devenus des  adultes, ces images fluorescentes d’une libellule qui se pose sur une  fleur, ce sentiment que le temps ne s’écoule pas, que la mort nous  arrache nos êtres les plus chers, et surtout cette certitude que les  vieux sont nés vieux et que les enfants demeureront éternellement des  enfants… » p. 10-11</p>

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		<title>UNE NOUVELLE-FEUILLETON INÉDITE DE MAX PAITCH : « LE PÉNISATOR » (Sommaire)</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Feb 2009 19:17:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mpaitch</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Qu’est-ce qu’un homme dont le pénis est artificiel, contrôlé par des systèmes d’opération, dépendant de logiciels et de batteries, soumis à des bogues divers ? Est-il toujours un homme ? Est-il devenu plus homme, moins homme ? N’est-il plus, soudain, qu’une image ? À partir d&#8217;aujourd&#8217;hui et toutes les semaines, MF a le plaisir de [...]]]></description>
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<p>Qu’est-ce qu’un homme dont le pénis est artificiel, contrôlé par des systèmes d’opération, dépendant de logiciels et de batteries, soumis à des bogues divers ? Est-il toujours un homme ? Est-il devenu plus homme, moins homme ? N’est-il plus, soudain, qu’une image ?</p>
<p>À partir d&#8217;aujourd&#8217;hui et toutes les semaines, MF a le plaisir de vous présenter sous forme de feuilleton une nouvelle inédite de l&#8217;écrivain Max Paitch, « Le Pénisator ».</p>
<p>Sous une forme romanesque, « Le Pénisator » explore la relation de la sexualité à la technologie. Dans ce court roman, un jeune homme doit subir l’ablation du pénis car un cancer le menace. Pour l’aider, le médecin lui implante un « pénisator », un pénis artificiel qui lui causera de nombreux problèmes aussi bien techniques que psychologiques.</p>
<p>La question est celle de notre dépendance à l’enchevêtrement sexualité/technologie. Les machines nous aident à survivre, elles nous font mieux vivre, mais elles nous leurrent, nous faisant croire en une sexualité étrange, aseptisée, parfois inhumaine : une sexualité de l’efficacité et de la représentation, non plus du corps et de ses contradictions. Se pose aussi l’interrogation de notre transformation par la technologie. Celle-ci est-elle en train de créer un humain différent, aliéné, dépendant, dont l’essence même s’efface et se perd à jamais ? Qu’est-ce qu’un homme dont le pénis est artificiel, contrôlé par des systèmes d’opération, dépendant de logiciels et de batteries, soumis à des bogues divers ? Est-il toujours un homme ? Est-il devenu plus homme, moins homme ? N’est-il plus, soudain, qu’une image ?</p>
<p>« Le Pénisator » se veut aussi une parodie des conséquences de la technologie sur notre perception du monde et du moi.</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-2395" title="2007-02-07" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2009/02/2007-02-07.jpg" alt="2007-02-07" width="351" height="315" /></p>

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		<title>Nouveau cinéma québécois : &#171;&#160;Un capitalisme sentimental&#160;&#187; d’Olivier Asselin</title>
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		<pubDate>Wed, 26 Nov 2008 21:52:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>slander</dc:creator>
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<p> </p>
<p>On devrait commencer à s&#8217;habituer aux coups d&#8217;éclat du cinéma québécois. On se souvient sans doute, entre autres, des films de Denis Arcand (<em>Le Déclin de l&#8217;Empire américain</em>, 1986, <em>Jésus de Montréal</em>, 1989, <em>Les Invasions barbares</em>, 2003, <em>L&#8217;Age des ténèbres</em>, 2007) ou, dans une veine plus légère, de <em>La Grande Séduction</em> de Jean-François Pouliot (2003). Olivier Asselin appartient à la nouvelle génération des cinéastes québécois. Son premier long métrage, <em>La Liberté d&#8217;une statue</em>, date de 1990. Parallèlement à son activité de cinéaste (scénariste, réalisateur), il est actuellement professeur au département des Études cinématographiques de l&#8217;Université de Montréal.</p>
<p> </p>
<p>Le festival du Nouveau cinéma qui s&#8217;est tenu à Montréal du 8 au 19 octobre a présenté en ouverture son dernier film, <em>Un capitalisme sentimental</em>, précédé de<em>Next Floor</em>, court métrage de Denis Villeneuve, autre cinéaste de cette génération ayant déjà à son actif deux « longs » (<em>Un 32 août sur terre</em>, 1998 ;<em>Maelström</em>, 2000). La décision de réunir ces deux films était particulièrement pertinente, au plus fort de la crise financière de l&#8217;automne 2008, puisqu&#8217;ils traitent tous les deux, dans des styles certes très différents, d&#8217;un même thème : la crise de 1929.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-2104" title="lucille-fluet-dans-le-role-de-fernande-bouvier" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2008/11/lucille-fluet-dans-le-role-de-fernande-bouvier.jpg" alt="lucille-fluet-dans-le-role-de-fernande-bouvier" width="398" height="224" /></p>
<p align="center"><strong>Lucille Fluet dans le rôle de Fernande Bouvier</strong></p>
<p> </p>
<p><em>Un capitalisme sentimental </em>raconte l&#8217;ascension d&#8217;une jeune française de province, Fernande Bouvier <strong>(1)</strong>, montée à Paris avec quelques velléités artistiques, qui connaîtra les désillusions de l&#8217;amour et les humiliations de la misère avant de devenir une célébrité mondiale, cotée à la bourse de New York. Tout cela pourquoi ? Simplement parce qu&#8217;un spéculateur professionnel s&#8217;était vanté devant quelques autres hommes d&#8217;affaires qu&#8217;il était capable de faire de l&#8217;or avec rien, par exemple avec une chanteuse sans talent. Pris au mot, il s&#8217;est trouvé contraint de sauver la jeune Fernande précisément au moment où elle allait tomber dans le ruisseau. Accessoirement, il tombera amoureux de la jeune personne, ce qui ménagera un <em>happy end</em> attendu, car le film est avant tout une comédie.</p>
<p> </p>
<p>Évidemment, une valeur qui ne repose que sur du vent est susceptible de s&#8217;effondrer au moindre incident. En l&#8217;occurrence, Fernande Bouvier, lassée d&#8217;être la seule garante de la valeur de sa société, se mettra en grève, ce qui provoquera l&#8217;effondrement du cours, et, par un effet de boule de neige, celui de toute la bourse, un fameux jeudi d&#8217;octobre 1929.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-2105" title="les-deux-commanditaires-harry-standjofski-et-frank-fontaine-et-un-nageur-en-eaux-troubles-paul-ahmarani" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2008/11/les-deux-commanditaires-harry-standjofski-et-frank-fontaine-et-un-nageur-en-eaux-troubles-paul-ahmarani.jpg" alt="les-deux-commanditaires-harry-standjofski-et-frank-fontaine-et-un-nageur-en-eaux-troubles-paul-ahmarani" width="338" height="225" /> </p>
<p align="center"><strong>Les deux commanditaires (Harry Standjofski et Frank Fontaine) et un nageur en eaux troubles (Paul Ahmarani)</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Ce film, outre qu&#8217;il est interprété avec bonne humeur par des comédiens convaincants, a de nombreux mérites. D&#8217;abord celui de ne jamais se prendre au sérieux. Ainsi O. Asselin joue-t-il avec le spectateur avec des commentaires en voix off ou en affichant à plusieurs reprises un faux placard « FIN ». D&#8217;une manière générale, la liberté formelle n&#8217;est pas le moindre attrait du film : alternance des scènes en noir et blanc et en couleur, décors stylisés, chansons interprétées à plusieurs voix à la façon des comédies musicales, etc. Quant au fond, le film décline son message concernant aussi bien l&#8217;artificialité que la fragilité de la valeur sur d&#8217;autres plans que celui, particulièrement évident en ce moment, de la finance. L&#8217;art contemporain et sa marchandisation sont présentés comme l&#8217;escroquerie qu&#8217;ils sont en effet bien souvent : le nouveau riche achète un tableau sans le regarder, simplement parce que la cote du peintre est censée monter bientôt ; Fernande Bouvier au sommet de sa gloire appose sa signature sur des urinoirs en porcelaine&#8230; Et les sentiments eux-mêmes ne valent pas grand-chose : la pauvre Fernande, d&#8217;abord amoureuse du personnage interprété par Paul Ahmarani, artiste raté, sera bientôt trompée et abandonnée ; son second amant (Alex Bisping), le financier qui monte l&#8217;entreprise Bouvier, la vendra en même temps que l&#8217;entreprise lorsque la cote aura suffisamment monté&#8230; Comme on voit, les allusions à des événements et comportements très proches de la réalité abondent dans le film !</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-2107" title="le-chef-de-rang-dans-next-floor" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2008/11/le-chef-de-rang-dans-next-floor.jpg" alt="le-chef-de-rang-dans-next-floor" width="415" height="234" /></p>
<p style="text-align: center;"> <strong>Le chef de rang dans <em>Next Floor</em></strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>L&#8217;argument de <em>Next Floor</em> se résume à peu de choses, d&#8217;autant que le film est muet, mais le traitement plastique s&#8217;avère impressionnant. Des bourgeois vêtus à la mode du début du siècle dernier sont assis autour d&#8217;une table de banquet. Des serviteurs apportent de la nourriture. Un mini orchestre de chambre joue en sourdine. Tout cela pourrait paraître bien banal, à quelques détails près : la nourriture arrive par monceaux, les convives se jettent dessus avec une avidité extraordinaire et leurs vêtements, leurs coiffures sont couverts par endroits d&#8217;une curieuse poussière blanche. Puis, tout d&#8217;un coup, la portion de plancher sous la table et les chaises s&#8217;effondre pour s&#8217;arrêter à l&#8217;étage au-dessous. Aussitôt le personnel et l&#8217;orchestre se précipitent dans l&#8217;escalier pour reprendre leur service et tout recommence comme avant. La scène se répète ainsi plusieurs fois, à intervalles de plus en plus brefs, jusqu&#8217;à ce que toute la tablée disparaisse dans un puits sans fond.</p>
<p> </p>
<p>On peut voir évidemment dans ce film une allégorie du capitalisme et de la bourse : les bourgeois accumulent leur fortune avec gloutonnerie ; la descente aux enfers de la table du banquet est semblable à l&#8217;effondrement de la bourse lors d&#8217;une crise. Cela resterait assez gratuit &#8211; en dépit des circonstances présentes &#8211; mais ici la forme l&#8217;emporte sur le fond de telle façon que le spectateur ne peut s&#8217;arracher au spectacle effarant de cette grande bouffe surréaliste surjoué par des comédiens grimaçants et grotesques. <em>Next Floor</em> a obtenu le prix du meilleur court-métrage au festival de Cannes 2008 (semaine de la critique).</p>
<p align="center">******************</p>
<p><strong>(1)</strong> « Bouvier » comme une Jacqueline célèbre qui deviendra successivement Madame Kennedy et Madame Onassis.</p>

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		<title>Mirabel Blues</title>
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		<pubDate>Wed, 06 Aug 2008 21:29:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lgauvin</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Créations]]></category>

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		<description><![CDATA["Quant à l’amour…Ce n'était vraiment qu'en voyage qu'elle s'accordait quelque loisir."]]></description>
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<div class="topsy_widget_data topsy_theme_" style="float: right;margin-left: 0.75em; background: url(data:,%7B%20%22url%22%3A%20%22http%253A%252F%252Fmondesfrancophones.com%252Fespaces%252Fcanadas%252Fmirabel-blues%252F%22%2C%20%22style%22%3A%20%22small%22%2C%20%22title%22%3A%20%22Mirabel%20Blues%20%23%22%20%7D);"></div>
<p><strong><br />
</strong></p>
<p><strong>Final call, Flight number 21 to London. </strong><strong>Please proceed to gate 33.</strong></p>
<p><strong>M. Boudreau est prié de se rendre au kiosque d&#8217;information.</strong></p>
<p><strong>Mr. Boudreau is requested to go to the information desk.</strong></p>
<p><strong>Le vol Luftansa no 671 partira à la porte 53.</strong></p>
<p><strong>Le départ du vol Alitalia 1271 à destination de Milan est retardé jusqu&#8217;à 10 h 45.</strong></p>
<p><strong>Arrivée du vol Sabena 562 en provenance d&#8217;Atlanta et de Boston.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Brusquement la litanie s&#8217;arrête. La voix du haut-parleur est légèrement nasillarde. Le répit sera de courte durée. Amélie a déposé ses sacs sur l&#8217;un des fauteuils dominant la salle des départs et des arrivées, celle qu&#8217;on a pris l&#8217;habitude d&#8217;appeler la salle  des pas perdus. Pourtant rien ne ressemble moins à un égarement que ces allées et venues fébriles des voyageurs dans l&#8217;attente du signal convenu.</p>
<p><strong>Famille Smith. Les quatre passagers de la famille Smith sont priés de se rendre à la porte pour le départ du vol 123 à destination de Cuba.</strong></p>
<p>Où donc est passée la famille Smith ?</p>
<p>Les adieux sont faits. Elle n&#8217;a pas voulu qu&#8217;Anne et Philippe restent plus longtemps. Elle n&#8217;aime pas faire perdre leur temps à ses amis.  Une phrase lui revient, entendue plusieurs fois ces derniers jours : Il faut laisser le temps au temps. Cette tautologie est généralement prononcée d&#8217;un ton sentencieux et grave, le regard perdu dans un au-delà nébuleux, la bouche occupée à mâchouiller une pipe à demi-éteinte.  Le temps&#8230; Basculer d&#8217;un temps dans un autre, d&#8217;un temps court, morcelé, à un temps plus long, telle était la sensation qu&#8217;apportait le voyage à Amélie. Elle comprenait de mieux en mieux le sens d&#8217;une expression qu&#8217;un peintre lui avait confiée un jour : Il faut travailler dans le temps. Cette phrase lui paraissait moins énigmatique que la précédente et elle aimait penser que les choses qui comptaient vraiment n&#8217;avaient que faire de la précipitation.  Mais qu&#8217;est-ce que le temps en dehors du rapport singulier que chacun entretient avec lui ?  Ce n&#8217;était pas l&#8217;un des minces avantages de ces déplacements que de procurer à Amélie l&#8217;expérience intime de la durée.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Attention s&#8217;il vous plaît. Air Cubana vol no 123. Ceci est l&#8217;appel final. Tous les passagers doivent maintenant être à bord.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Your attention please. Cubana Flight 123. This is the final call. </strong><strong>All passengers must be on board. </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Atencion. Cubana&#8230;</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Pour certains de ses compatriotes, les plages de Veradero sont plus acceptables que celles de Miami, considérées vulgaires et mal fréquentées. D&#8217;autant que la Floride devient une destination dangereuse, où la quantité d&#8217;assassinats augmente en proportion inverse du nombre de touristes qui ose encore s&#8217;y montrer. Amélie connaît peu ces lieux de soleil garanti.  Un reste d&#8217;éducation puritaine l&#8217;oblige à considérer l&#8217;hiver comme une saison studieuse, au  cours de laquelle la brièveté des jours semble appeler en contrepartie un travail prolongé.</p>
<p><strong>Les passagers arrivant de Veradero seront à la sortie 2.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Air Canada informe que le vol 058 à destination de Pointe-à-Pitre est retardé parce que l&#8217;avion est arrivé en retard. Un souper est prévu à 7 heures au restaurant de l&#8217;aéroport. </strong><strong>L&#8217;embarquement se fera à neuf heures.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Air Canada informs his passengers that the flight no 158 to Pointe-à-Pitre will be delayed due to the late arrival of the plane. Dinner will be served at the Airport Restaurant at seven o&#8217;clock. </strong><strong>Boarding time will be 9 o&#8217;clock.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>La tentation de bifurquer vers le Sud, insidieusement, la sollicite. Elle sait pourtant que l&#8217;improvisation ne fait pas bon ménage avec l&#8217;industrie des transports aériens. Décider d&#8217;aller à Pointe-à-Pitre à la dernière minute est aussi difficile que de se rendre à Paris en radeau. Elle exagère à peine. Ce n&#8217;est après tout qu&#8217;une question d&#8217;argent. Avec quelques milliers de dollars en supplément, tout peut s&#8217;arranger. Il lui suffirait d&#8217;engager sa carte de crédit, puis de disparaître sans laisser d&#8217;adresse. Une simple signature, n&#8217;est-ce pas tentant ?</p>
<p><strong>John Amos est demandé au comptoir de renseignements.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>John Amos is requested to the Information Desk.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Appel final. Lufthansa vol no 638. </strong><strong>Le dernier passager est prié de se rendre à la porte 90.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>On se tromperait si on croyait qu&#8217;elle fuit, ainsi assise sur l&#8217;un des fauteuils en rangée de l&#8217;aéroport, avec ses deux sacs pleins de menus objets qu&#8217;elle juge indispensables : deux petites bouteilles de shampoing, une boîte en plastique blanc, dans laquelle se trouvent une brosse à dents pliable, un tube de pâte dentifrice, deux sachets de kleenex, un chapeau de pluie transparent dans un étui surmonté d&#8217;une feuille d&#8217;érable rouge. Ridicule, ce chapeau. Elle ne se souvient pas d&#8217;en avoir jamais mis un sur la tête.  Quand dans la rue elle croise quelqu&#8217;un ainsi affublé, elle ne peut s&#8217;empêcher de sourire. Mais l&#8217;objet fait partie de sa panoplie de voyageuse. Le fait de l&#8217;acheter la rassure. À l&#8217;abri des intempéries, elle se croit aussi protégée des contre-temps.</p>
<p>Dans l&#8217;autre sac, en simili-cuir, un oeil indiscret apercevrait en vrac une trousse de cosmétiques, de grandes enveloppes bourrées de papiers, trois carnets d&#8217;adresses, un manuscrit complet, deux romans publiés par des maisons rivales, un essai sur <em>Les Intellocrates</em>, maintenant paru en livre de poche, qu&#8217;elle se propose de lire depuis longtemps. Le manuscrit s&#8217;intitule : <em>Figures de l&#8217;Indien dans la prose canadienne-française du X1Xe siècle.  </em>Comptant sur l&#8217;engouement des lecteurs français pour ce qui a trait au mythe du bon sauvage, elle espère trouver un coéditeur pour cet ouvrage.</p>
<p>Elle profitera du Salon du livre de Paris pour établir des contacts avec deux ou trois maisons d&#8217;édition françaises. D&#8217;une façon ou d&#8217;une autre, elle est déterminée à trouver un débouché pour « ses » livres sur le marché européen et francophone. À quelques reprises déjà, elle avait tenté l&#8217;aventure. Mais à chacun des voyages précédents, il était arrivé un moment où la volonté l&#8217;avait quittée, où elle avait quasi démissionné. Cette fois elle est bien décidée à ne pas renoncer. À rester le temps qu&#8217;il faudra pour que les projets se réalisent. Elle s&#8217;est procurée un billet d&#8217;avion avec date de retour flexible, un luxe qu&#8217;elle s&#8217;offre rarement. La présence d&#8217;Anne à ses côtés rend désormais la chose possible. Amélie peut partir tranquille. Les éditions de l&#8217;Esplanade seront bien gardées.</p>
<p><strong>Passenger Albanie More is kindly requested to proceed to the Duty Shop Store immediatedly.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>La personne attendant le passager Asher est arrivée au comptoir de renseignements.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>The party waiting for the passenger Asher is now waiting at the Information Desk.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Le vol Air Canada 870 à destination de Paris n&#8217;est pas encore annoncé. Il reste quelques minutes à Amélie avant l&#8217;embarquement. Le temps de fureter à la Librairie/Bookstore du premier étage afin de vérifier si les livres qu&#8217;elle édite s&#8217;y trouvent ou, mieux encore, de se laisser tenter par quelque lecture déviante par rapport à ses préoccupations d&#8217;éditrice.</p>
<p>Sur la table d&#8217;entrée face au couloir plusieurs gros ouvrages, tous en anglais, sont mis en évidence. On remarque d&#8217;abord la série des guides pratiques : <em>How to</em>&#8230; Jardinage, recettes de cuisine, bricolage&#8230;, bouquins sûrement indispensables à qui doit se confiner durant quelques semaines au contenu d&#8217;une valise.  À côté d&#8217;un manuel de construction de granges, un titre retient l&#8217;attention : <em>Comment réussir sa vie. En vingt leçons</em>. Elle palpe le livre, hésite à l&#8217;acheter.  Elle s&#8217;aperçoit que dans sa hâte, elle a mal traduit. Le titre anglais se lit comme suit: <em>How to succeed in life</em>. Ce qui donnerait plutôt : <em>Comment réussir dans la vie</em>. C&#8217;est beaucoup moins intéressant qu&#8217;elle ne le pensait. Plus matérialiste. Réussir dans la vie renvoie à une certaine idée du succès, celui qui s&#8217;évalue et se quantifie.  Vaut-il vraiment la peine que l&#8217;on se donne pour l&#8217;obtenir ? </p>
<p>Au rayon des livres français cohabitent tant bien que mal les dernières parutions des maisons parisiennes et quelques titres québécois : <em>Félix Leclerc, le roi heureux</em>, deux pièces de théâtre, un essai sur Trudeau, quatre romans dont l&#8217;un seulement est un best-seller, une dizaine de livres de poche. Quelle logique préside au choix de ces livres ?  Pourquoi « ses » bouquins n&#8217;arrivent-ils pas dans ce lieu ? Simple question de distribution ?  Elle essaiera de tirer cela au clair à son retour. Pour l&#8217;instant, elle se laisse tenter par un court récit d&#8217;Annie Ernaux intitulé <em>Une femme</em>. Le livre n&#8217;ayant qu&#8217;une centaine de pages, elle pourra le terminer durant le trajet. Son titre laisse entendre que le lecteur passera insensiblement de l&#8217;indéfini au démonstratif, du général au particulier, d&#8217;<em>une</em> femme à <em>cette</em> femme-là et non une autre. Comment dévoiler l&#8217;ensemble d&#8217;une vie de façon aussi économe ? S&#8217;agirait-il d&#8217;un concentré biographique, d&#8217;une capsule détachée d&#8217;un tout plus vaste ? Elle n&#8217;a pas eu encore l&#8217;occasion de lire cette auteure, dont on loue le style incisif et dépouillé. La perspective de découvrir un nouvel univers la ravit.</p>
<p><strong>Dans quelques instants, nous allons procéder à l&#8217;embarquement du vol 122 pour Free Port.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Passengers who need assistance, please proceed immediately.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Le hall où se font les embarquements est à peu près vide. Quelques passagers s&#8217;attardent au bar. D&#8217;autres s&#8217;absorbent dans la contemplation des personnages en papier mâché montés sur les véhicules de tous genres et exposés sur une mezzanine le long des fenêtres.  D&#8217;autres enfin s&#8217;engouffrent dans la boutique Duty Free, qui occupe un espace symétrique au hall.   Des oies y trônent sur des plateaux de simili-porcelaine. Un groupe de phoques taillés dans une pierre grise, pierre sans reflet mais striée de lignes blanchâtres, regarde placidement les voyageurs.  Les prix sont élevés : aucun petit  bébé phoque à moins de 40 dollars.  Des T-shirts affirment <em>I love Montréal.</em>  Le coin des fourrures est envahi par des casques de renard à la Davy Crocket, cadeaux plutôt difficiles à offrir à des citadins. Seul le sirop d&#8217;érable <em>made in Quebec</em> garde quelque dignité dans ce bazar: un cadeau sans risque.</p>
<p>Amélie aurait juste le temps de téléphoner à Philippe. Elle hésite, Il arrive parfois que la voix au bout du fil feigne la surprise. Elle ne comprend pas la nécessité de cet appel, la voix, puisque les adieux viennent tout juste d&#8217;avoir lieu. Ou bien elle répète ce qui a été dit il y a une heure à peine. Ou bien la moindre intonation d&#8217;impatience, la moindre parole un peu sèche se répercute comme une onde, s&#8217;amplifiant de façon telle qu&#8217;elle peut passer pour une agression.  Il faut un autre coup de téléphone,  depuis l&#8217;Europe  cette fois, pour se débarrasser de la boule d&#8217;angoisse logée au creux de son estomac.</p>
<p>Elle se lève, va vers les téléphones publics, puis revient s&#8217;asseoir sur les banquettes. Inutile de téléphoner. Philippe n&#8217;est sûrement pas rentré.</p>
<p>Ce départ ne ressemble pas aux autres.  Si nous profitions de cette séparation pour réfléchir, avait-il suggéré.  Réfléchir? Le mot avait fait sursauter Amélie. Je réfléchis tous les jours, avait-elle répondu sans trop y penser. Sans réfléchir, plus exactement. Il avait alors cru bon de préciser. Après dix ans, n&#8217;est-il pas temps de réévaluer les termes de notre entente? Que répondre à cela?  <em>Réévaluer</em>, il avait bien dit <em>réévaluer</em>, comme s&#8217;il s&#8217;agissait de valeurs en bourse.</p>
<p>D&#8217;aussi loin qu&#8217;elle se souvienne, elle avait connu ce besoin de bouger. De changer de décor et de paysage. D&#8217;aller ailleurs. Les choses lui apparaissaient alors avec plus de relief et de rigueur. À Montréal, dans le brouhaha de la vie quotidienne, elle finissait par ne plus rien voir. Entre deux échéances, la liste des comptes à payer &#8211; ceux des imprimeurs, des correcteurs d&#8217;épreuves, des graphistes, les hypothèques, les assurances, les taxes, le chauffage, l&#8217;électricité&#8230;- ne cessait de s&#8217;allonger. La moitié de son temps passait à régler des factures. L&#8217;autre moitié à faire en sorte qu&#8217;elle ait assez d&#8217;argent pour payer les dites factures. Difficile d&#8217;entretenir l&#8217;amitié quand on a si peu de temps. Quant à l&#8217;amour&#8230;Ce n&#8217;était vraiment qu&#8217;en voyage qu&#8217;elle s&#8217;accordait quelque loisir. Encore que chacun de ceux-ci était soigneusement organisé, motivé, programmé, avec projets et résultats au bout de la ligne.</p>
<p> <strong>M. Claude Serré est demandé au Voyage conseil.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Mme Roseline Hébert est attendue au comptoir des renseignements.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Eva Suez is requested at the Information counter.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>M. Jean Lafortune, arrivé avec Air Transat de Paris, est prié de se présenter au comptoir de renseignements.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Tant de gens perdus, attendus. On se croirait dans un hôpital pour amnésiques. À peine l&#8217;idée effleure-t-elle Amélie qu&#8217;elle aperçoit une hôtesse en tailleur blanc accompagnant un groupe de voyageurs âgés. Les dames ont des chapeaux rigoureusement assortis aux couleurs de leurs toilettes. Une robe de sept couleurs commande un pull avec des carrés de sept couleurs, les mêmes exactement que celles de la robe et du ruban qui orne le chapeau. Un homme porte un sac en bandoulière. Sa courroie est sur le point de céder. Quelqu&#8217;un prend une photo. Ils se dirigent vers la porte no 95, qui annonce le vol à destination de Paris.</p>
<p>Cédant à une brusque impulsion, Amélie se dirige vers le téléphone et signale le numéro de Philippe. Un message enregistré lui répond :</p>
<p><em>Je suis absent pour le moment. Veuillez laisser votre nom et votre numéro de téléphone après le bip.</em></p>
<p><em> </em></p>
<p>La fin du message habituel est déjà effacée. Celui-ci, hier encore, se terminait par ces mots : <em>on peut aussi me rejoindre au 681-2733</em>. Ce numéro est celui d&#8217;Amélie. Ils habitaient le même immeuble, un triplex qui servait à la fois de résidence et de maison d&#8217;édition. Comme Philippe se trouvait chez elle plus souvent que dans son propre appartement, situé juste au-dessus du sien, il avait souhaité diriger ses appels vers son numéro à elle. Cela  lui éviterait, disait-il, d&#8217;avoir à répondre à une longue liste de messages enregistrés. Amélie n&#8217;y avait pas vu d&#8217;objection. A l&#8217;usage toutefois, elle avait trouvé embêtant d&#8217;avoir  à faire la secrétaire pour Philippe quand il était absent. Elle n&#8217;avait pas cru utile de lui en parler encore, se promettant de rediscuter la question à son retour. Serait-ce bien nécessaire? Pourquoi cet empressement à effacer sa trace?</p>
<p>Avec un léger pincement, elle s&#8217;approche de la file des voyageurs munie de sa carte d&#8217;embarquement.</p>
<p>Passe un homme en chaise roulante poussé par un bossu.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>M. Dennis Hoppey est demandé à la porte 89.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Passager M. Tardif (<span style="text-decoration: underline;">sic</span>) est prié de se présenter au comptoir d&#8217;Air Canada.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Les gens se bousculent, fatigués de l&#8217;attente ou peut-être davantage de l&#8217;imprécision qui accompagne les dernières minutes du départ.  Comme si le moindre flottement dans l&#8217;horaire obligeait à remettre en cause la décision même de partir. Amélie a l&#8217;impression de connaître tout le monde. De <em>reconnaître </em>tout le monde.  Le jeune garçon avec ses quatre sacs à dos, l&#8217;un sur le ventre, l&#8217;autre sur le dos, le troisième sur l&#8217;épaule et le quatrième autour du poignet a une allure familière.  Cet homme avec son teint basané et ses cheveux longs sur le cou lui rappelle un écrivain d&#8217;origine méditerranéenne. Cette femme accompagnée de sa fille, une romancière féministe. Cette autre avec ses cheveux courts et ses lunettes d&#8217;écaille, une consoeur d&#8217;une maison d&#8217;édition montréalaise. Celle-là aux cheveux blondasses, très frisés, une auteure de best-sellers. Une autre, énorme, une fonctionnaire du Ministère des Affaires culturelles. Un homme à la coupe de cheveux très étudiée et aux tempes grises, un cinéaste connu. Voilà son agent d&#8217;assurances. Ou presque. L&#8217;attachée de presse d&#8217;une maison d&#8217;édition québécoise. Très maigre. Une auteure aux longs cheveux blonds du type naïade ou ondine, avec des yeux d&#8217;épagneul. Encore une auteure, ses abondants cheveux noirs, plats, et son large sourire sur des dents éclatantes. Amélie croit avoir des hallucinations.  L&#8217;écrivain d&#8217;origine méditerranéenne, ou son double, bécote une jeune fille portant une blouse blanche et une jupe à fronces. La romancière aux cheveux frisés fait de grands gestes en direction de quelqu&#8217;un resté dans le hall du premier étage, derrière la vitre : on dirait qu&#8217;elle tourne un vidéo.  Scène quatre : adieux à un fiancé à demi-chauve au teint brun.  À moins que ce soit le chapitre deux de son prochain livre. Le cinéaste connu s&#8217;entretient avec deux amis. Quelqu&#8217;un rédige des carnets.  Un air de samba parvient d&#8217;un groupe voisin.</p>
<p><strong>Passager M. Tardif </strong><em>(sic) </em><strong>est prié de se présenter au comptoir d&#8217;Air Canada.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Encore ! Elle quittera donc Montréal avec dans les oreilles ce drôle de franglais d&#8217;Air Canada.  Le transporteur est une petite cage, une sorte d&#8217;autobus avec sièges latéraux dont la hauteur peut se régler à volonté. Amélie a choisi la première place libre, proche de la sortie. Un homme et une femme entrent avec la solennité d&#8217;un couple pénétrant dans l&#8217;église le jour de ses noces. Suit une dame d&#8217;un âge certain toute vêtue de bleu, y compris les bas. Elle porte un tailleur deux-pièces composé d&#8217;une veste longue et d&#8217;une mini-jupe étroite et très courte. Une chaîne en or entoure l&#8217;une de ses chevilles. Arrive ensuite une religieuse en costume de ville, arborant une large croix sur un chemisier blanc, puis une autre tout de noir vêtue et portant le voile. Et enfin une troisième, robe blanche et voile noir. À côté d&#8217;elle s&#8217;assied quelqu&#8217;un qui pourrait être un poète décadent, fin dix-neuvième,  cheveux longs et droits taillés en balai. Entre un rockeur bronzé qui sourit. Son pied accroche l&#8217;un des bagages et il trébuche. Le sourire fait place à un grognement. Un homme marche avec peine, appuyé sur sa canne, suivi par deux personnes qui transportent des sacs.</p>
<p>L&#8217;employé de l&#8217;aéroport clame bien fort, <em>Avancez en arrière</em>, puis avertit le conducteur qu&#8217;il peut démarrer. Avant que la porte ne se ferme, le haut-parleur se fait entendre une dernière fois : </p>
<p><strong>Pour des raisons de santé publique, la réglementation d&#8217;Air Canada interdit de fumer dans les aéroports hors des zones prescrites.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Une petite vieille adresse un sourire nerveux à son entourage. Une jeune fille paraît dans l&#8217;encadrement de la porte. Elle a le nez crochu et le tour des yeux marqué de cercles profonds. Sa mère l&#8217;accompagne. La mère est fort jolie. La fille a sans doute survécu à un grave accident. Ce qui expliquerait son visage défait, sur lequel les cicatrices ont laissé leurs traces. Elle lit un magazine qui s&#8217;intitule <em>Beauté</em>.</p>
<p>Et Amélie de se laisser porter par le rythme des Mirabel Blues, un rythme ponctué de variations imprévues qui la distraient un temps de son propre destin.</p>

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		<title>Constructions de la modernité au Québec</title>
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		<pubDate>Wed, 06 Aug 2008 21:14:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>fprovenzano</dc:creator>
				<category><![CDATA[Canadas]]></category>
		<category><![CDATA[Comptes-rendus]]></category>

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		<description><![CDATA[Michaud (Ginette) et Nardout-Lafarge (Élisabeth) (dir.), Constructions de la modernité au Québec. Actes du colloque tenu à Montréal les 6, 7 et 8 novembre 2003, Québec, Lanctôt, 2004, 23 x 15, 380 p., ISBN 2-89485-305-X.

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<p align="left">Ces actes d&#8217;un colloque tenu à Montréal en 2003 rassemblent une vingtaine de contributions autour d&#8217;un thème qui peut sembler périlleux : la modernité. Cette notion autant incontournable qu&#8217;insondable, Élisabeth Nardout-Lafarge, Ginette Michaud et leurs collaborateurs entreprennent d&#8217;en faire apparaître les mécanismes de construction, les processus historiques et discursifs qui soutiennent et orientent sa lisibilité, au sein de l&#8217;ensemble culturel et politique québécois du xx<sup>e</sup> siècle.</p>
<p align="left">Le projet est d&#8217;autant plus ambitieux qu&#8217;il entend embrasser un large éventail de phénomènes pour lesquels le « moderne » fait sens : historiens de l&#8217;art, philosophes, spécialistes du littéraire, mais aussi du politique se retrouvent ainsi autour d&#8217;un vaste chantier disciplinaire dont l&#8217;objectif est de mettre à distance (et mettre en lumière) les fondements des multiples modernités qui ont pu s&#8217;énoncer au Québec. C&#8217;est ce souci presque archéologique, plutôt que les traditionnels cloisonnements disciplinaires, qui commande la répartition des articles en cinq grandes sections. La première aborde les « récits, mythes, lieux communs de la modernité », la deuxième traite de ses « figures, emblèmes, icônes », la troisième envisage les rapports entre « modernité et politique », la quatrième se penche sur les « discours critiques », enfin la dernière questionne le paradigme « modernité » à la lumière de son successeur « postmoderne ».</p>
<p align="left">L&#8217;audace d&#8217;un tel décloisonnement est globalement payante. La confrontation des points de vue entre littéraires et historiens de l&#8217;art au sujet de la portée du fameux manifeste <em>Refus global</em> apporte notamment un éclairage intéressant sur le poids des conditionnements disciplinaires. De même, la réflexion philosophique permet de nouer le projet esthétique de la modernité aux conditions politiques de sa formulation et de sa revendication. Il demeure cependant que l&#8217;ensemble des travaux rassemblés manque parfois de cohérence et que les sauts entre plusieurs niveaux d&#8217;analyse sont sans doute trop fréquents pour conférer à l&#8217;entreprise critique une véritable homogénéité. On soulignera par exemple le statut ambigu de la figure d&#8217;Hubert Aquin, omniprésent dans les analyses, tantôt en tant qu&#8217;acteur du processus historique de la modernité québécoise, tantôt en tant que penseur du concept de modernité et partenaire d&#8217;une réflexion philosophique qu&#8217;on cherche à « reloader » (p. 318). Par ailleurs, l&#8217;écart est parfois grand entre les spéculations philosophiques et essayistes que proposent, entre autres, Catherine Mavrikakis ou Ginette Michaud et les études plus ponctuelles, portées par une méthodologie historique ou littéraire.</p>
<p align="left">On retiendra essentiellement de ce recueil la tension vers une perspective méta-disciplinaire, qui anime la plupart des articles et constitue sans aucun doute la principale originalité de la réflexion d&#8217;ensemble proposée. Ainsi, Yvan Lamonde entreprend de sonder les différentes traditions (artistiques, politiques, philosophiques) où a pu se formuler un discours sur la modernité. Il en fait apparaître les conditions de possibilité, mais aussi les blocages de sens ; son travail débouche sur une réflexion épistémologique sur le rapport au passé qu&#8217;entretient tout analyste de la modernité. Esther Trépanier examine quant à elle les postulats de la recherche en histoire de l&#8217;art du Québec, essentiellement dans les années soixante et septante. Son propos démêle ainsi les amalgames notionnels qui ont conduit à ériger <em>Refus global</em> en mythe fondateur d&#8217;une modernité dont on pourrait trouver les traces, nous dit l&#8217;auteur, dès l&#8217;entre-deux-guerres.</p>
<p align="left">Toujours selon cette même perspective métacritique, Gilles Lapointe retrace, en quelques étapes, le fil des lectures dont a pu faire l&#8217;objet <em>Refus global</em> dans la critique contemporaine, de la revendication antinationaliste à la mise en avant d&#8217;une fonction identitaire, en passant par l&#8217;approche immanente. C&#8217;est encore le discours critique qui est pris pour objet dans les contributions de Martine-Emmanuelle Lapointe et d&#8217;Élisabeth Nardout-Lafarge. La première envisage la fortune critique du motif des « deux solitudes » dans les travaux de littérature comparée et les débats sur l&#8217;identité culturelle anglo-québécoise. À travers les différentes postures comparatistes isolées, elle met en évidence les stratégies mises en place par les critiques littéraires et les objectifs visés par leur discours. Son analyse s&#8217;achève sur le cas particulier de la littérature anglo-québécoise, qui oblige à postuler d&#8217;autres paradigmes herméneutiques, tel celui de la « pluralité culturelle ». Quant à Élisabeth Nardout-Lafarge, elle rend admirablement compte du fonctionnement de la « valeur modernité », comme « brevet de légitimité littéraire ». Son examen des discours critiques de 1977 à 2001 met particulièrement en lumière les présupposés et les raccourcis conceptuels (par exemple celui entre « modernité » et « modernisation ») à l&#8217;œuvre dans ces discours, portés notamment par le souci d&#8217;une lisibilité française de la modernité québécoise.</p>
<p align="left">L&#8217;intérêt d&#8217;une telle approche métacritique apparaît également dans les contributions de Janet M. Paterson et de Frances Fortier et Francis Langevin, qui articulent l&#8217;analyse de grands paradigmes herméneutiques &#8211; tels « modernité », « postmodernisme » ou « pensée migrante » &#8211; à un examen des textes de création : Janet M. Paterson démontre ainsi que le postmodernisme peut fonctionner comme recours tout à la fois épistémologique et esthétique du texte migrant ; Frances Fortier et Francis Langevin s&#8217;attachent quant à eux à l&#8217;œuvre de Nicole Brossard, lue et scandée en fonction d&#8217;un dialogue entre l&#8217;écriture de la romancière et les interprétations dont elle a successivement fait l&#8217;objet.</p>
<p align="left">Enfin, même la philosophie est évaluée en tant que discipline, particulièrement silencieuse dans les années septante et peu réceptive aux échos de la modernité que proclamaient alors les arts plastiques et la littérature. L&#8217;exposé de Georges Leroux revient sur les raisons de ce silence et isole quelques figures d&#8217;exception qui, tels Jacques Lavigne et Michel Morin, ont vu leur parole philosophique privée d&#8217;audience jusqu&#8217;il y a peu.</p>
<p align="left">Cette mise à distance des traditions et des outils disciplinaires ouvre ainsi un chantier historiographique où sont renégociées les grandes scansions de l&#8217;histoire culturelle du Québec et réhistoricisés les concepts-étendards qui, comme celui de modernité, avaient fini par imposer leur évidence à un ensemble de discours. De ce chantier historiographique, on retiendra essentiellement l&#8217;abandon d&#8217;un paradigme de la rupture au profit d&#8217;un paradigme de la continuité, qui inscrit le moment des années cinquante et soixante dans le fil d&#8217;une tradition qui, pour Jocelyn Létourneau, peut remonter jusqu&#8217;au xvi<sup>e</sup> siècle.</p>
<p align="left">Dès lors, de nouvelles figures, de nouvelles instances, de nouveaux principes interprétatifs sont mobilisés pour évoquer, toujours, la modernité. Robert Schwartzwald expose ainsi le rôle de premier plan joué par un clerc dominicain et anti-Vichy, le père Marie-Alain Couturier, dans la rénovation artistique que connaît le Québec de 1950. Éric Méchoulan se penche lui aussi sur une figure peu familière du label « modernité » et évalue le cas de l&#8217;historien Maurice Séguin, l&#8217;un des premiers à fonder ses analyses de la société québécoise sur les données de l&#8217;histoire économique. Francine Couture retrace quant à elle le singulier processus de valorisation symbolique dont a fait l&#8217;objet l&#8217;œuvre de l&#8217;artiste Jean-Paul Mousseau. Par une proximité avec les techniques industrielles et la collaboration avec une Société d&#8217;État, cette œuvre peu conforme aux postulats de l&#8217;automatisme s&#8217;est vue doter d&#8217;une valeur patrimoniale en tant qu&#8217;« icône d&#8217;entreprise ». Robert Dion propose lui aussi une clé de lecture relativement inédite : à travers les essais de André Belleau, Fernand Ouellette et Jean Larose, il démontre la prégnance du modèle du Romantisme allemand dans les formulations québécoises d&#8217;un projet culturel et politique.</p>
<p align="left">Pas même le classique des classiques, le sommet du panthéon littéraire québécois, n&#8217;échappe à ce déplacement du canon et à cette remise en perspective des principes interprétatifs. Michel Biron entreprend en effet de lire <em>Maria Chapdelaine</em>, de Louis Hémon, en se focalisant sur la figure marginale du père Chapdelaine. Celui-ci est replacé dans une « dynastie de déserteurs et d&#8217;évadés » (p. 214) qui, des œuvres de Gabrielle Roy à celles de Réjean Ducharme, dessine les contours d&#8217;une modernité québécoise caractérisée par la pulsion de la solitude et l&#8217;absence de conflit.</p>
<p align="left">C&#8217;est donc finalement, aussi, la question d&#8217;une spécificité québécoise qui est abordée par ces réflexions sur la construction de la modernité. Outre la réflexion de Ginette Michaud, qui applique la pensée de Derrida à l&#8217;examen des fondements de la souveraineté (politique autant que poétique) au Québec, certaines contributions s&#8217;attachent ainsi à des « cas » particulièrement saillants de la réalité culturelle québécoise : Karim Larose réinterroge les revendications d&#8217;unilinguisme, Brigitte Faivre-Duboz tente de décortiquer la structure conceptuelle de la « révolution » selon Aquin, Frédérique Bernier relit certains motifs caractéristiques de la poésie de Saint-Denys Garneau selon le double paradigme interprétatif du moderne et du religieux. Ces études présentent l&#8217;intérêt de renouveler des approches parfois sclérosées d&#8217;objet canoniques de la québécité et de proposer de nouveaux traits caractéristiques de la modernité québécoise. Elles auraient sans doute encore gagné à s&#8217;appuyer sur une démarche comparatiste, remettant en perspective ces traits caractéristiques et évitant ainsi le risque de les essentialiser, à nouveau. Le comparatisme est le parti pris par Jean-Pierre Bertrand, qui confronte deux stratégies de condamnation d&#8217;un certain modernisme littéraire, promu à la fin du xix<sup>e</sup> siècle dans les champs littéraires belge d&#8217;une part, canadien-français d&#8217;autre part. Son propos met ainsi en évidence la différence d&#8217;enjeux entre une position conservatrice belge soucieuse de pureté littéraire et son équivalente canadienne-française, portée par le projet (progressiste, lui) d&#8217;une fondation nationale.</p>
<p align="left">En conclusion, ces actes proposent une salutaire réflexion sur des paradigmes critiques dont l&#8217;usage, au-delà de leur simple valeur heuristique, touche plus largement au fonctionnement d&#8217;une société et aux représentations du politique et du culturel qui y prévalent. Le choix de ce type de démarche obligeait à un décloisonnement disciplinaire. Celui-ci peut parfois sembler trop radical ou mal équilibré, mais, au final, il permet de mettre à distance les outils méthodologiques et le poids des traditions épistémologiques. À ce titre, on peut dire que les différentes contributions ont atteint un objectif important : celui de démontrer la fécondité du propos métacritique pour la recherche actuelle en sciences humaines. Quant au cas québécois, la question de sa modernité est loin d&#8217;avoir été tranchée. Tant mieux, serait-on tenté de dire : à coups de déplacements du canon et de mise en question des opérations de légitimation culturelle, les actes ici rassemblés ouvrent un important chantier historiographique, où l&#8217;art et la littérature québécois seraient resitués non seulement dans leur propre histoire, mais aussi dans une histoire des concepts qui embrasserait d&#8217;autres territoires, tant disciplinaires que géographiques.</p>

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		<title>UNE NOUVELLE-FEUILLETON INÉDITE DE MAX PAITCH : « LE PÉNISATOR » (Sommaire)</title>
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		<pubDate>Wed, 06 Aug 2008 21:04:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mpaitch</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Qu’est-ce qu’un homme dont le pénis est artificiel, contrôlé par des systèmes d’opération, dépendant de logiciels et de batteries, soumis à des bogues divers ? Est-il toujours un homme ? Est-il devenu plus homme, moins homme ? N’est-il plus, soudain, qu’une image ?]]></description>
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<p> </p>
<p>        À partir d&#8217;aujourd&#8217;hui et toutes les semaines, MF a le plaisir de vous présenter sous forme de feuilleton une nouvelle inédite de l&#8217;écrivain Max Paitch, « Le Pénisator ».</p>
<p>        Sous une forme romanesque, « Le Pénisator » explore la relation de la sexualité à la technologie. Dans ce court roman, un jeune homme doit subir l&#8217;ablation du pénis car un cancer le menace. Pour l&#8217;aider, le médecin lui implante un « pénisator », un pénis artificiel qui lui causera de nombreux problèmes aussi bien techniques que psychologiques.</p>
<p>       La question est celle de notre dépendance à l&#8217;enchevêtrement sexualité/technologie. Les machines nous aident à survivre, elles nous font mieux vivre, mais elles nous leurrent, nous faisant croire en une sexualité étrange, aseptisée, parfois inhumaine : une sexualité de l&#8217;efficacité et de la représentation, non plus du corps et de ses contradictions. Se pose aussi l&#8217;interrogation de notre transformation par la technologie. Celle-ci est-elle en train de créer un humain différent, aliéné, dépendant, dont l&#8217;essence même s&#8217;efface et se perd à jamais ? Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un homme dont le pénis est artificiel, contrôlé par des systèmes d&#8217;opération, dépendant de logiciels et de batteries, soumis à des bogues divers ? Est-il toujours un homme ? Est-il devenu plus homme, moins homme ? N&#8217;est-il plus, soudain, qu&#8217;une image ?</p>
<p style="TEXT-ALIGN: left">       « Le Pénisator » se veut aussi une parodie des conséquences de la technologie sur notre perception du monde et du moi.</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-1664" title="c2ab-le-penisator-c2bb" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2008/11/c2ab-le-penisator-c2bb.jpg" alt="UNE NOUVELLE-FEUILLETON INÉDITE DE MAX PAITCH : « LE PÉNISATOR » (Sommaire)" width="351" height="315" /></p>
<ul>
<li><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/canadas/le-penisator-1/">1ère partie</a></li>
<li><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/canadas/le-penisator-2/">2ème partie</a></li>
<li><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/canadas/le-penisator-3/">3ème partie</a></li>
<li><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/canadas/le-penisator-4/">4ème partie</a></li>
<li><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/canadas/le-penisator-5/">5ème partie</a></li>
<li><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/canadas/le-penisator-6/">6ème partie</a></li>
<li><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/canadas/le-penisator-7/">7ème partie</a></li>
<li><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/canadas/le-penisator-8/">8ème partie</a></li>
<li><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/canadas/le-penisator-9/">9ème partie</a></li>
<li><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/canadas/le-penisator-10-fin/">10ème partie</a></li>
</ul>

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		<title>&#171;&#160;Le Pénisator&#160;&#187; 1</title>
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		<pubDate>Wed, 06 Aug 2008 19:05:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mpaitch</dc:creator>
				<category><![CDATA[Canadas]]></category>
		<category><![CDATA[Créations]]></category>

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		<description><![CDATA["…par-dessus tout, Rosario, comme ces milliards d’hommes, de sangsue, d’orangs-outangs, de morues, d’écrevisses et de choses gluantes et visqueuses qui traînent dans le pus, aime les femmes…" ]]></description>
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<p align="center">Ce texte est copyrighté :</p>
<p align="center"> </p>
<p align="center"> </p>
<p align="center">Le dernier qui l&#8217;a copié s&#8217;est retrouvé à Guantanamo Bay.  <br />
<em></em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em>En ce qui concerne la taille du sexe de l&#8217;homme européen, d&#8217;après les dernières statistiques, la moyenne serait aux alentours d&#8217;une quinzaine de centimètres. Attention, tout est dans la manière de positionner le centimètre. Et l&#8217;on se trompe souvent. (&#8230;) Effectivement, suivant que l&#8217;on met la règle graduée en dessus ou en dessous du sexe, on gagne, ou perd, plusieurs centimètres. Si l&#8217;on veut vraiment se comparer de façon correcte, il faut se mesurer en dessus du sexe, en partant de ce qu&#8217;on appelle le pubis. Mais on aura la plus petite longueur, et pour ceux qui veulent se rassurer, c&#8217;est embêtant ! </em></p>
<p align="right">AsiaFlah.com</p>
<p align="right"><em> </em></p>
<p align="right"><em> </em></p>
<p align="right"><em>Pour connaître la taille de votre pénis, mesurez simplement sa longueur à partir de la base supérieure (là où le pénis rejoint l&#8217;abdomen) jusqu&#8217;à l&#8217;extrémité du gland. 8 à 10 cm au repos et 12 à 16 cm en érection sont les mesures correspondant à 80 ou 90 % des hommes occidentaux. Les chiffres sont inférieurs en Asie.</em></p>
<p align="right">LoveAnnu.com</p>
<p align="right"><em> </em></p>
<p align="right"><em> </em></p>
<p align="right"><em>Parmi les exercices les plus populaires, le jelqing. On prétend que le jelqing est une véritable technique des anciens Arabes du Soudan transmise de père en fils durant des siècles. La méthode varie (&#8230;), mais repose essentiellement sur une série d&#8217;étirements et de pressions manuelles à partir de la base du pénis jusqu&#8217;au gland. (&#8230;) Selon le docteur Tom Lue, professeur d&#8217;urologie à l&#8217;Université de Californie, seule l&#8217;enflure causée par des saignements internes peut expliquer l&#8217;augmentation de la taille du pénis avec ce type d&#8217;exercices.</em></p>
<p align="right">ServiceVie.com</p>
<p> </p>
<p align="center"> </p>
<p align="center"> Introduction</p>
<p align="center"> </p>
<p align="center"> </p>
<p> </p>
<p>Oh et puis non, personne ne lit les introductions.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p align="center"><strong>1</strong></p>
<p> </p>
<p>C&#8217;est le matin, un vrai matin de carte postale de mauvais goût achetée non pas à la boutique souvenir mais derrière le petit cinéma porno que personne n&#8217;ose fréquenter, maintenant que tous possèdent un lecteur dvd grâce auquel il est possible de s&#8217;arrêter sur une image assez longtemps pour faire ce qu&#8217;il y a à faire, petit cinéma dont l&#8217;entrée arrière est partagée avec le très vieux sex shop, dont les photos des années 50 et 60 donnent au fait sexuel un petit goût de revenez-y et dans lequel on trouve, étonnement, de ces cartes postales magnifiquement excessives qui plairaient bien à grand-mère qui serait troublée, sans le savoir, par l&#8217;odeur étrange d&#8217;huile et de sperme qui y collent. Bref, c&#8217;est un matin dans ce genre. La lumière entre doucement par la fenêtre (ce qui, théoriquement, va de soi) alors que le vent glisse dans les rideaux. Il fait chaud, si chaud que les arbres mêmes semblent souffrir, les pauvres chéris. Devant, couché sur le lit, à moitié nu, couvert par les draps, se présente le corps musclé, jeune, luisant et imberbe de Rosario. Rosario qui dort.</p>
<p> </p>
<p>Rosario a 25 ans. Il mesure 1,85 m. Il est très beau. Il a les cheveux blonds, les yeux bleus, les dents blanches, les cuisses musclées, les fesses dures, les avant-bras gonflés, les orteils propres, le pancréas jeune, les poumons roses, l&#8217;intestin grêle élastique et les ongles bien coupés. Bref comme cliché, difficile de faire mieux (sauf pour l&#8217;intestin grêle). Évidemment, ce n&#8217;est pas tout. Rosario est un jeune homme élancé (bien sûr) qui s&#8217;habille toujours avec une élégance négligée (jeans, chemises, mocassins en cuir), qui achète les œuvres importantes et récentes (les plaçant avec soin dans la grande bibliothèque de chêne que les crimes économiques de son père lui ont permis d&#8217;acheter), qui voit les films qu&#8217;il faut voir (même ceux de Lars Von Trier), qui est aussi un grand amateur de musique du monde (malgré la musique arabe), qui boit du bon vin et connaît des alcools qui sont si grands qu&#8217;ils détruisent le foie avec dignité. Bref, Rosario est un jeune homme en parfaite harmonie avec son époque, si une telle chose est possible. Il habite d&#8217;ailleurs un joli appartement que lui payent ses parents et qu&#8217;il a à peine décoré, comme le veut la mode zen, cet enfant difforme et autiste sorti du ventre de la société de consommation abasourdie. Bien sûr, Rosario fume quelque peu, boit quand cela est nécessaire et se drogue avec modération. Il glande aussi avec modération. Jeune homme de son monde que personne ne comprend (le monde, pas le jeune homme), il poursuit des études au HEC sans trop saisir le sens du qualificatif ‘haut&#8217;, et semble vouloir se diriger vers une carrière en marketing ou en publicité (mais pense aussi faire un peu de cinéma ou encore, lorsque son cerveau confond les métiers et leur statut sexuel social, à écrire). Il aime parsemer sa conversation des plus récentes nouvelles du monde de l&#8217;art, de la politique et de la haute couture, les confondant allégrement comme un animateur de téléjournal. Il aime bien aussi rappeler ses quelques investissements boursiers, particulièrement inéquitables et donc fructueux, à ceux qui l&#8217;entourent. Il conduit une Volkswagen neuve, équipée de la radio satellite qui lui permet d&#8217;écouter en direct ces innombrables et merveilleuses stations de radios qui émanent de Détroit. Il regarde peu la télé car il ne sait pas ce que les autres en pensent, est à l&#8217;aise sur Internet sur lequel d&#8217;ailleurs il garde de nombreux contacts, amoureux tout autant que professionnels.</p>
<p> </p>
<p>Mais par-dessus tout, Rosario, comme ces milliards d&#8217;hommes, de sangsue, d&#8217;orangs-outangs, de morues, d&#8217;écrevisses et de choses gluantes et visqueuses qui traînent dans le pus, aime les femmes (ou enfin, il aime le corps des femmes, ce qui, je ne vous apprends rien, n&#8217;est pas tout à fait la même chose). Il aime les draguer, les envoûter, les faire tomber en amour avec lui (les femmes, pas les écrevisses). C&#8217;est, en fait, son activité favorite. Il collectionne littéralement les femmes (sur bandes numériques, qu&#8217;il diffuse sur le serveur des HEC après les avoir bien compressées, les bandes numériques, pas les femmes) et s&#8217;en vante d&#8217;ailleurs à ses copains qui, évidemment, ne connaissent pas autant de succès (mais connaissent bien le serveur des HEC). C&#8217;est pourquoi d&#8217;ailleurs ils sont ses copains. Son truc, leur répète-t-il, est l&#8217;amour à trois. Il leur raconte souvent avec détails ses expériences en ce domaine leur laissant alors la liberté d&#8217;imaginer le malstrom de bouches, sexes, orifices, tendons, ligaments, amygdales, cuir chevelu, moelle épinière, nerf sciatique, plexus lombaire et, ah oui, seins et mamelons, dans lequel il s&#8217;immerge (ce qui les fait tous profondément saliver, sauf peut-être pour le nerf sciatique). Malgré cela, Rosario n&#8217;est ni méchant ni vicieux. Il sait qu&#8217;il plaît beaucoup et en profite au maximum. Il fait donc souvent l&#8217;amour, change aussi souvent de maîtresse et s&#8217;il ne cherche pas à leur faire mal, il se préoccupe cependant peu de leurs besoins et finit généralement par les blesser. Certaines femmes acceptent cet état des choses, d&#8217;autres (la plupart) beaucoup moins. Malgré certaines crises parfois graves, Rosario, lui, ne s&#8217;énerve jamais. Et toujours répète-t-il: ‘je t&#8217;avais prévenue : je ne m&#8217;attache pas. Je vais d&#8217;une femme à l&#8217;autre&#8217;.</p>
<p> </p>
<p>Ça va ? Vous arrivez à visualiser le bonhomme ?</p>
<p> </p>
<p>Mais il y a quelque chose que je ne vous ai pas dite. Si Rosario est beau, bien éduqué, superficiel, élégant et intuitif juste comme il le faut, il possède aussi un autre atout qui joue profondément (et je pèse mes mots) en sa faveur et qui explique ses immenses succès sexuels que nous envions tous (enfin vous je sais pas, mais moi oui). Oui, Rosario sait (très bien) faire l&#8217;amour. Mais par-dessus (ou par delà) tout, il sait mettre en évidence sa carte cachée (enfin cachée, on s&#8217;entend) : la taille impressionnante de son pénis. Avez-vous déjà vu un pénis de la taille de celui de Rosario ? Grand comme ça, et je n&#8217;exagère pas. Ce n&#8217;est pas rien et cela capte instantanément l&#8217;attention de tous, faites-moi confiance car je n&#8217;en ai aucune idée.</p>
<p> </p>
<p>Ah cher lecteur que j&#8217;aime déjà sans même connaître, cher lecteur qui, je le sais, a vu ce texte traîné dans un site quelconque et s&#8217;est dit ah titre intéressant ça a l&#8217;air rigolo et ça ne peut pas être pire que Catherine M, cher lecteur, cher lectrice même, je sais que le pénis est aussi pour vous un sujet d&#8217;interrogation, d&#8217;incompréhension et de malentendus. Je le sais cher lecteur et c&#8217;est pour cela que j&#8217;ai écrit ce texte. Voici enfin un texte qui saura répondre à nombre de vos questions sur le sujet et saura aussi aborder en toute franchise les thèmes soulevés (c&#8217;est le mot) par le dit-pénis, si évacués par des années de féminisme qui en avaient gros sur le cœur (ou sur un autre organe, mais vous avez saisi), il faut les comprendre, comment auriez-vous réagi si on vous avait excisé le gland à l&#8217;adolescence en invitant tout le village à assister ?</p>
<p> </p>
<p>Bref, le premier et certainement fondamental sujet brûlant qu&#8217;il faut aborder (ce que fait chaque homme dès le moment où il est pubère et quelques années avant s&#8217;il habite en Thaïlande) est la taille de ce dit-pénis. Est-elle importante ? Eh bien cher lecteur, malgré ce qu&#8217;ont pu écrire des milliers de philosophes maussades et ténébreux qui n&#8217;avaient pas eu la chance de lire les lettres à l&#8217;éditeur de certains magazines vendus derrière le comptoir et interceptés par des douaniers pour leur site web, la taille de cette chose qui, de profil, n&#8217;avantage personne avouons-le, est non seulement importante, elle occupe en fait une place prépondérante dans la psyché planétaire et je soupèse mes mots (car je les ai déjà pesés quelques lignes plus haut). Qui d&#8217;ailleurs n&#8217;a pas chez lui une petite sculpture indoue au pénis monstrueux, une petite estampe kama sutrienne, un petit personnage en bois à la verge troublante acheté dans un bazar africain, dites-moi ? Loin de moi de vouloir prétendre comprendre la psychologie féminine, mais je peux quand même dire que les nombreuses conquêtes amoureuses de Rosario tiennent beaucoup à la curiosité de certaines femmes pour qui la taille du sexe renvoie à des atavismes profonds même si elles ne connaissent pas le mot. Et Rosario le sait. Il comprend l&#8217;avantage qu&#8217;il possède. L&#8217;utilise avec soin. N&#8217;en abuse pas, mais sait qu&#8217;il lui est de grande utilité, non pas simplement dans l&#8217;acte sexuel lui-même mais aussi dans le jeu de la séduction (le sujet étant chaud, je me contente ici de termes plus techniques). Ainsi, tous les pantalons qu&#8217;il possède ont systématiquement été choisis une taille trop petite afin que la bosse proéminente de son entrejambe soit visible (cela, bien sûr, lui interdit tout pantalon en cuir, réservé aux homosexuels). Mais là encore, Rosario procède avec soin et sans exagération. Bref, si le Sujet n&#8217;est jamais abordé directement par les amis masculins de Rosario (on les comprend), il est néanmoins une source constante de murmures, de fascination, d&#8217;envie et d&#8217;invitations à jouer au basketball dans un gymnase où les douches n&#8217;ont ni portes ni rideaux. En fait, seules les femmes en parlent ouvertement, mais toujours avec une certaine gêne (osé-je espérer).</p>
<p> </p>
<p>Quant aux parents de Rosario, ils sont comme lui : sûrs d&#8217;eux-mêmes, bourgeois et dominants mais de façon discrète. Leur port est altier, confiant, droit. Monsieur Rosario possède d&#8217;ailleurs les mêmes atouts que son fils mais est moins discret que lui comme en témoignent ses innombrables photos en costume de bain prises par Madame Rosario qui même après toutes ces années ne tarit pas d&#8217;éloges pour ce destin qui l&#8217;a mise sur la route de cette chose si extraordinaire qu&#8217;elle en oublie même de faire semblant.</p>
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<p>Et ainsi va la vie de Rosario.<br />
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<p align="center"><strong>2</strong></p>
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<p>Mais revenons à nos moutons. Rosario est donc couché sur le ventre. À ses côtés, une jeune femme, endormie jusqu&#8217;à tout récemment, se lève doucement, le corps chaud et calme, encore marquée des caresses magnifiques dont l&#8217;a noyée Rosario. Elle se penche vers lui, le tourne doucement sur le dos et lui passe tendrement le bout de son sein gauche sur les lèvres. Visiblement, elle veut faire l&#8217;amour avec lui (ai-je vraiment besoin de le préciser ?). Rosario ouvre alors les yeux, la regarde, lui embrasse les seins, la caresse et lui glisse le doigt là où ça glisse. La voilà alors qui se baisse pour lui embrasser le sexe. Rosario, tout comme les trois milliards sept cent quatre-vingt-six millions deux cent trente-trois mille quatre cent dix-sept autres hommes qui peuplent la planète, n&#8217;attendait que ça. Il se laisse donc faire, s&#8217;étire, ronronne et se fait emporter par le désir et la bouche et la langue et les lèvres de cette jeune femme. Puis, comme les milliards d&#8217;hommes dont j&#8217;ai parlé plus haut auraient fait (et font peut-être en ce moment dans un lit, sur une table, dans un placard, assis à un bureau, sous un porche alors que les bombes pleuvent tout autour et que les chiens se font éventrer par les balles), il fait bouger ses reins. En fait, dois-je le mentionner ? il est heureux. En harmonie avec sa vie. Que demander de plus de cette existence étrange et éphémère, si ce n&#8217;est le corps d&#8217;une femme (ou d&#8217;un homme, ou de deux hommes, ou d&#8217;un homme et d&#8217;une femme, ou d&#8217;une femme et une femme et un homme avec un godemiché, non pardon c&#8217;est la femme qui a le godemiché, ou d&#8217;un animal, ou d&#8217;une morte, ou de sept vierges) nue et chaud contre le sien (peut-être pas aussi chaud dans le cas de la morte, mais nous nous comprenons)? Rosario, heureux, calme, les muscles musclés de ses abdominaux abdominants tendus de tension sous le plaisir, penche lors la tête et regarde cette magnifique chevelure blonde (évidemment) de cette magnifique jeune femme (évidemment) dont il a oublié le nom, Marika, Maribelle, Marie-Ange, Marie Salope (ça c&#8217;est un bateau mon coco), penchée sur son entrejambe et hop la viande, le gratifiant d&#8217;une extase dont on ne se lasse jamais (à moins d&#8217;être encore à la maternelle, mais ça c&#8217;est une autre histoire).</p>
<p> </p>
<p>Mais quelque chose ne semble pas normal. Car, d&#8217;abord discrètement, puis d&#8217;une façon de plus en plus marquée, le front de Rosario se tend. Que se passe-t-il ? Quelle est la cause de ce soudain et étrange malaise entre ces deux jeunes gens si magnifiques qu&#8217;on se croirait dans un film à grand budget avec Angelina Jolie alors que nous sommes dans un texte à petit financement avec vous et moi ? L&#8217;incroyable serait-il en train de se pointer le bout du nez, la fin du doigt, le poil de l&#8217;oreille, l&#8217;onde de la cellulite ? Eh oui ! Cher lecteur, le tout est si extraordinaire que je ne sais comment aborder le sujet. Je tenterai donc, avec tout ce talent dont les dieux m&#8217;ont fait don et que seuls quelques critiques qui iront en enfer et partageront leur lit avec Foucault ne peuvent voir, de vous décrire la scène.</p>
<p> </p>
<p>Alors que Rosario et la jeune femme sont lancés dans ce ballet érotique dont l&#8217;origine remonte à la Mésopotamie (je dis n&#8217;importe quoi là) et que nous regardons attentivement la scène, répétant ainsi une tradition créée à la fin du règne de Narâm-Sîn (c&#8217;est en Mésopotamie pour ceux qui ne font pas les liens facilement) dont l&#8217;influence s&#8217;étendra au-delà des frontières de l&#8217;État urbain de Lagash qui comptait 216,000 âmes à l&#8217;époque et qui, vainqueur des Élamites d&#8217;Anshan, fera don du butin saisi au dieu Ningirsu et reconstruira l&#8217;Eninnou (pas mal non ? J&#8217;ai emprunté), nous pouvons clairement percevoir qu&#8217;il manque quelque chose dans la bouche de la jeune femme. Oui, cher lecteur, qui ne savait pas que la Mésopotamie, « pays situé entre les deux fleuves » en grec, doit son nom à la position qu&#8217;elle occupe entre le Tigre et l&#8217;Euphrate (tout ce qu&#8217;on peut emprunter, c&#8217;est vraiment génial), l&#8217;inconcevable est en train de se concevoir. L&#8217;entrejambe de Rosario refuse de répondre&#8230;</p>
<p> </p>
<p>Comme cela est-il possible, demandez-vous ? Comment un jeune homme, si jeune et si homme, peut-il voir le seul organe qu&#8217;il contrôle, refuser de lui obéir ? Comment est-il possible que cette chose refuse de se dresser comme la majuscule qu&#8217;elle est (intéressant emploi du féminin ici)? Et l&#8217;inconcevable allant même jusqu&#8217;à se lever, sortir de la pièce et se chercher un coke dans le frigidaire, Rosario sent le frottement sensuel de la langue de cette jeune femme contre son appendice veiné se transformer en quelque chose de grotesque, d&#8217;inutile, de déséquilibré. Qui plus est, le mouvement de cette magnifique tête blonde, dont la bouche ne cesse de laper son truc flasque et mou et, oh malheur, toujours petit et qui tente par tous les moyens décrits par Vatsyayana (je n&#8217;invente rien), de lui redonner vie, véritable infirmière acharnée à prodiguer les premiers soins pour les premières nécessités et sauvegarde de l&#8217;espèce, lui donne littéralement la nausée. Étrangement, mais pas tant que ça, la pluie se met alors à tomber avec une soudaine colère (j&#8217;ai pensé aux éclairs mais j&#8217;ai décidé de m&#8217;abstenir) et le vent fait claquer les volets comme si la nature elle-même ne savait comment réagir devant cette hérésie, cette déchirure de l&#8217;espace-temps, ce crépuscule des dieux (qui est le titre d&#8217;un film des années 70 si je me souviens bien). Puis, la patience humaine, comme toute chose de ce monde, ayant une limite rapidement atteinte, la jeune femme, dont les muscles de la mâchoire commencent à produire de l&#8217;acide lactique, lève la tête, s&#8217;essuie la bouche, enlève les deux cheveux et les trois poils qui y traînent et regarde Rosario avec un mélange d&#8217;étonnement, d&#8217;agacement et de surprise (réalisant soudainement qu&#8217;elle a oublié de tirer la chasse d&#8217;eau avant de partir ce matin, ce qui n&#8217;a rien à voir avec ce qui nous intéresse). C&#8217;est un regard difficile à soutenir pour un homme (demandez-leur, vous verrez) car si carrière, argent, bonheur, succès personnel et sentimental semblent former la base de ce qui empêche un humain de se suicider lorsqu&#8217;il comprend qu&#8217;il n&#8217;en a que pour quelques dizaines d&#8217;années et que toute son agitation aura la portée planétaire de l&#8217;effort de l&#8217;insecte qui charrie treize fois son poids pour nourrir la fourmilière, la possibilité de garder son pénis au garde-à-vous pendant un temps prédéterminé, forme, non pas la base, mais l&#8217;eau, le fruit, l&#8217;air, le soleil et le dialogue avec Dieu de l&#8217;existence d&#8217;un mâle (rien de moins). Ainsi, Rosario, pour qui ce complément de sang et de tissu est moins un sexe qu&#8217;une antenne, un livre, un troisième œil (qu&#8217;est-ce qu&#8217;il ne faut pas entendre), se trouve donc placé dans une situation non seulement incompréhensible mais aussi, et surtout, métaphysiquement troublante. Le truc pend. Il pend. Il refuse de faire autre chose que de pendre. Il pend, comme un mort pend au bout d&#8217;une corde, comme une larve au bout de la branche, comme une souris dans la gueule du chat. Il pend. Puis, après un pend, pardon un temps, qui semble s&#8217;éterniser comme des perles de lumière dans l&#8217;orée du couchant, la jeune femme se relève, les cheveux collés sur son visage en sueur.</p>
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<p>- Rosario : Je ne comprends pas&#8230;c&#8217;est&#8230;Je ne sais pas&#8230;</p>
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<p>- La jeune femme : Tu m&#8217;étonnes&#8230; Avec la nuit qu&#8217;on a eue hier&#8230;</p>
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<p>- Rosario : Je ne comprends pas&#8230;</p>
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<p>- La jeune femme : Bon&#8230;enfin&#8230;C&#8217;est pas grave, on s&#8217;est peut-être trop démenés justement.</p>
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<p>- Mais ça ne m&#8217;est jamais arrivé !</p>
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<p>- On vous l&#8217;apprend quand vous êtes petits celle-là ou quoi ? Vous dites tous la même chose.</p>
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<p>- Non, je te jure, je ne comprends pas, c&#8217;est&#8230;</p>
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<p>- T&#8217;en fais pas, c&#8217;est pas grave, on s&#8217;est bien amusés !</p>
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<p> </p>
<p>Bien éduquée (comme sa lecture complète des œuvres de Vatsyayana le confirme), gentille et douce comme ses parents lui ont appris à être pour manipuler le patron, elle se retourne, se glisse à ses côtés, lui embrasse le lobe d&#8217;oreille (aussi mou que le reste, ne peut-elle s&#8217;empêcher de penser), tout cela dans un geste d&#8217;une grande tendresse, particulièrement surprenant puisqu&#8217;elle n&#8217;a rien à y gagner. Quant à lui (Rosario, pas Vatsyayana), il la regarde, ne sait quoi dire, quoi proposer, n&#8217;arrive même plus à penser (tout le sang ayant reflué dans ses fesses). Cependant, dans un bref moment de lucidité (pas <em>tout</em> le sang), il tire, d&#8217;un geste pudique, le drap sur son entrejambe, ne voulant pas joindre l&#8217;inutile au désagréable. Elle ne dit rien, ajuste cependant le drap pour couvrir un bout toujours visible (aussi mou que le lobe, mais plus sombre, s&#8217;entend-elle penser). Il lui sourit. Entre eux maintenant, il y a cette chose, encore mouillée de salive, dont se dégage, comme qui dirait, un certain malaise. Puis, les seins toujours aussi beaux et fermes, la jeune femme se retourne, penche la tête sur le côté, se passe la main dans les cheveux dans un geste d&#8217;une immense sensualité, comme un défi comprend Rosario, tire un paquet de cigarettes de la poche de son pantalon qui traîne à terre et s&#8217;en allume une (une cigarette, pas un défi). Inquiet, troublé, tendu (mais pas au bon endroit), Rosario tire le drap et se lève.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>- Où tu vas ?</p>
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<p> </p>
<p>Lui dit-elle l&#8217;observant à travers le nuage de fumée qu&#8217;elle produit, ses mots à peine audibles derrière le vacarme que font maintenant la pluie et le vent et les douze mille six cent trente-trois prisonniers politiques enterrés vivants à Pyongyang. Il ne répond pas. Elle le regarde alors sortir de la chambre et ne peut faire autrement qu&#8217;admirer son corps musclé, ses fesses rondes, ses mollets de chasseurs de perdrix, ses épaules de sous-marinier, sa taille d&#8217;abeilles mangeuses d&#8217;hommes et sa démarche de culturiste sans stéroïdes.</p>
<p> </p>
<p>Troublé (ai-je besoin de le mentionner ?), Rosario entre dans la salle de bain, se cogne l&#8217;orteil contre le bord de la toilette mais ne dit rien car il se sent empli d&#8217;un désir d&#8217;auto-flagellation (flagellation, fellation, comme les mots se ressemblent), allume et se regarde dans le miroir comme pour y découvrir les raisons de son malheur. Est-il victime de quelques mauvais sorts jetés lors d&#8217;un matin pluvieux par un conseiller au service technique de Bombay ? D&#8217;un empoisonnement alimentaire causé par des gènes de poissons qui fleurissent dans la fraise ? D&#8217;un déséquilibre planétaire provoqué par la naissance, ce matin, d&#8217;une petite fille à qui le destin a promis une carrière de chanteuse populaire ? Mais le miroir n&#8217;étant qu&#8217;une surface où la lumière se réfléchit sans jamais permettre à ce verbe de perdre sa particule pronominale, les réponses, bien sûr, ne viennent pas.</p>
<p> </p>
<p>Pendant ce temps, la jeune femme s&#8217;est levée, a, elle aussi, admiré son corps ferme et sensuel, a dressé dans sa tête la liste des choses qu&#8217;elle devait faire pour, elle aussi, réaliser ce rêve de chanteuse populaire, s&#8217;est habillée, a tourné au maximum le volume de la chanson qu&#8217;ils écoutaient plus tôt et s&#8217;est préparée à sortir. Rosario, lui, toujours dans la salle de bain, se regarde comme cendrillon devant sa citrouille (ce qui n&#8217;arrange rien). Il se lève sur la pointe des pieds, le miroir est haut, et présente son pénis mou à la réflexion de la vitre. Et alors que les photons de lumière frappent son pénis et se dispersent dans toutes les directions et finissent par rebondir sur le miroir puis dans ses pupilles, happés alors par les cônes de ses yeux et que son cerveau tente de comprendre ce qu&#8217;il voit, la chose, elle, reste indubitablement, inexorablement, fatalement molle. Désespéré, Rosario examine son pénis, le tire dans tous les sens. Le caresse. Le caresse encore. Se concentre, pense à ses fantasmes les plus fous, s&#8217;agite et se démène. Mais rien à faire. La chose reste désespérément molle. En désespoir de cause, Rosario enfile sa culotte et retourne dans la chambre.</p>
<p> </p>
<p>La jeune femme s&#8217;est rhabillée. Elle fouille dans son sac, y tire un trousseau de clés.</p>
<p> </p>
<p>- Où tu vas ?</p>
<p> </p>
<p>- Au travail.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Elle l&#8217;embrasse, prend son manteau qui est accroché sur le dossier de la chaise et sort.</p>

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		<title>&#171;&#160;Le Pénisator&#160;&#187; 2</title>
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		<pubDate>Wed, 06 Aug 2008 19:00:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mpaitch</dc:creator>
				<category><![CDATA[Canadas]]></category>
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		<description><![CDATA["…comme si nous étions dans un film de science-fiction en train de sauver la planète d’une attaque terrifiante de centaines de vierges musulmanes chevauchant leurs terroristes bien-aimés."]]></description>
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<p align="center">3<strong></strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p> </p>
<p>Je vous en conjure cher lecteur, ne jugez pas Rosario sur cet incident étonnant. Le connaissant bien, je peux vous certifier que jamais, ni à six ans, ni à huit, ni lors de sa première séance de masturbation à 10 ans alors que le crachotement de ce liquide blanc, visqueux et collant le troubla énormément, ni tous les jours à partir de ce jour parmi les jours, n&#8217;eut-il de moment, d&#8217;instant, que dis-je, de poussière de temps où son pénis refusa de se tendre par-delà les forces de la pesanteur, vers un ciel parfois ensoleillé, parfois étoilé, parfois gris cobalt, séquoia humain et animal (le pénis pas le ciel) qui porte dans ce petit amas de peau enchevêtrée et rouge, la force, la colère, la folie de ce que la création a bien voulu donner aux mâles (ce qui, avouons-le, est quand même bien peu de choses). Rosario, mes amis, est le sujet principal de cette histoire car non seulement est-il beau et plaît-il aux femmes, mais encore possède-t-il cette extraordinaire faculté de pouvoir étirer cet amas de peau un tout petit peu plus que l&#8217;immense majorité des trois milliards d&#8217;autres mâles qui l&#8217;entourent sur cette planète de carbone, d&#8217;oxygène, de méthane et surtout de femmes. Et quand je dis ‘un tout petit peu&#8217;, je mesure (il ne s&#8217;agit pas de peser ici) mes mots, puisque l&#8217;on parle de trois pouces, 7-8 centimètres, ce qui, sur n&#8217;importe quelle échelle, humaine, animale, planétaire, insectoïde ou même bactérienne, est, là aussi, bien peu de chose.</p>
<p> </p>
<p>Vous ne me croyez pas ? Alors visualisez Staline portant une chemise et des chaussettes de grosse laine, debout devant un lit qu&#8217;on a réchauffé, entendant au loin, mais est-ce son imagination, le tonnerre des armées qui s&#8217;entre-déchirent pour quelques bouts de rues à Stalingrad, dont, comme Brest, il ne reste rien, une, deux, trois jeunes et terrifiées camarades féminines couchées sous les couvertures, sa moustache frissonnante dans l&#8217;air glacé de la chambre malgré le feu qui crépite avec force dans la cheminée et qui est constamment alimenté par un jeune juif qu&#8217;il se prépare à égorger lors d&#8217;un après-midi d&#8217;ennui, ce Staline que vous voyez là, dans votre imagination, les cuisses poilues, ne portant ni culottes, ni pantalon, l&#8217;entrejambe dévoilé comme un nouveau-né abandonné dans une poubelle, croyez-vous sincèrement qu&#8217;il aurait été aussi sanguinaire si la nature l&#8217;avait gratifié d&#8217;un peu plus de peau ? Pensez-vous sincèrement que l&#8217;organe qu&#8217;il laisse à peine dépasser sous sa chemise, est important, qu&#8217;il se prolonge indéfiniment comme la guerre, qu&#8217;il pourra honnêtement satisfaire ces trois jeunes filles à la poitrine opulente qui l&#8217;attendent dans le lit ? Ou, comme moi, avez-vous plutôt l&#8217;impression que ce petit bout de peau qui semble bien chétif sème la terreur dans la tête de ces jeunes femmes qui savent que la moindre remarque sur la chose les catapultera tête première sur le front puis dans un camp de concentration ? Et Hitler ? Goebbels ? Goering ? Les imaginez-vous vraiment se déshabillant (non !), déboutonnant uniformes, chemises et camisoles, détachant pantalons, gardant chaussettes, baissant culottes et présentant un sexe capable de défier les lois immuables de la pesanteur (qui tiennent atomes et galaxies ensemble, je vous le rappelle)? Dites-moi ? Je vous vois sourire ami lecteur, eh bien je vous interdis de le faire. Tant d&#8217;histoires (et d&#8217;Histoire) pour quelques couches de peau enroulées autour d&#8217;une ou deux grosses veines. Mao, Hiro Hito, Mendele, Pol Pot, et tous ceux que j&#8217;oublie, tous là, régnant sur un monde de peur et de terreur, découpant, déchirant, crevant, frappant tant d&#8217;hommes, de femmes et d&#8217;enfants, certains si vieux que le crépuscule seulement les garde en vie, d&#8217;autres si jeunes que le goût du vent ne signifie encore rien, tous bercés des promesses humaines qui soufflent le cœur et lui permettent de battre sans fin, tous ces êtres plus fragiles que le dessin d&#8217;un nuage, écrasés pour un peu de peau.</p>
<p> </p>
<p>Bref, si je me suis attardé à la vie de Rosario, c&#8217;est bien parce que je l&#8217;imaginais exempte de toute frustration, de toute colère, de toute envie d&#8217;écorcher vif son voisin et la femme et les enfants et les chats de celui-ci. Mais, de toute évidence, cela n&#8217;est pas le cas et la lente marée tranquille que j&#8217;imaginais être l&#8217;existence de Rosario s&#8217;avère beaucoup plus troublée que je ne l&#8217;espérais. Mais bon, telle est la vie d&#8217;un romancier vissé à sa chaise, esclave de ces petits dessins que nous appelons lettres et mots, et qui s&#8217;imagine comprendre cette masse visqueuse et merveilleuse que nous nommons l&#8217;espèce humaine.</p>
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<p> </p>
<p>Avant de continuer, il faut que je vous explique le petit astérisque qui se trouve là, timidement placée sur la ligne qui précède. À quoi peut-il bien servir vous demandez-vous cher lecteur si (malheureusement) attentif aux moindres petits détails ? Ces étoiles, que vous retrouverez tout au long du texte, marquent une ellipse, un bond fragile et discret dans l&#8217;espace-temps (qui ne font qu&#8217;un, c&#8217;est tout ce que je sais, je lis Scientific American mais il y a des calculs). Bref, elles indiquent que le paragraphe d&#8217;avant et celui d&#8217;après ne se déploient pas en même temps (je précise pour ceux qui ont de la difficulté à suivre et qui devrait peut-être acheter du Sagan la prochaine fois). C&#8217;est un procédé narratif très moderne qui permet d&#8217;éviter d&#8217;avoir à tout décrire et qui aide énormément les écrivains moins talentueux qui ont de la difficulté avec les transitions. Mais loin de moi l&#8217;idée d&#8217;utiliser ce procédé pour masquer quelques faiblesses. Non, ce texte profondément moderne, il honore, grâce à ces merveilleuses petites étoiles, cette extraordinaire modernité qui me permet d&#8217;écrire n&#8217;importe quoi de n&#8217;importe quelle façon et vive tonton (vous voyez).</p>
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<p align="center"><strong>4</strong></p>
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<p>Bref, nous sommes quelques jours plus tard. Tournez maintenant la tête cher lecteur et regardez là, à gauche, suivez mon doigt derrière ce glissement des jours. Voici Rosario pris dans un après-midi d&#8217;hiver comme il y en a tant quand le souffle de la mort n&#8217;est qu&#8217;un murmure dans l&#8217;horizon des mots. Certes, notre Rosario a souffert de sa mésaventure et ne comprend toujours pas ce qui s&#8217;est passé. Certes, il a enduré plusieurs moments d&#8217;angoisse pendant lesquels son pénis restait aussi sourd et muet (si tels sont les mots) qu&#8217;un politicien qui vient d&#8217;être élu, et certes il a pensé surfer sur Internet et découvrir discrètement la cause de son problème, mais tout compte fait, les choses étant rapidement retournées à la normale (durcissement presque instantané au glissement furtif de peau lisse de jeune femme), Rosario a rapidement oublié, non ce n&#8217;est pas vrai, il a plutôt rapidement relégué cette soirée dans ces tiroirs mal huilés et très rarement ouverts de la mémoire désagréable.</p>
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<p>Nous le retrouvons donc quelques jours plus tard, assis dans un café avec ses vieux copains François, Adrien, Mathieu et Marco. Comment devrions-nous les visualiser, entends-je du fond de la salle ? Eh bien des quatre, Marco est le plus chétif, le plus nerveux. Il parle avec rapidité, rit avec trop de force. Son visage est émacié. Ses cheveux sales. Il détonne par rapport au groupe et, vous vous en doutez maintenant, n&#8217;est-ce pas là tout le propos du texte que vous tenez dans vos mains pendant que l&#8217;autobus roule, un humide matin d&#8217;hiver et que tous, autour de vous, sentent le chat mouillé qui a froid et à qui il manque testicules et envie même de les ravoir ? Bref Marco est celui dont les prouesses amoureuses sont tout aussi exceptionnelles que peut l&#8217;être une séance de gymnastique chez des obèses qui respirent par la bouche et qui s&#8217;assoient à vos côtés dans l&#8217;avion bondé. C&#8217;est d&#8217;ailleurs ce qui permet aux jeunes amies des cinq hommes, lorsque tout la ïne vient à manquer (coca, héro, amphéta), de l&#8217;imaginer de dos, nu et en érection, se faisant aller les fesses poilues et molles sur un matelas sale dont les draps sont de couleurs indéfinies. C&#8217;est, en fait, ce qui rend Marco particulièrement populaire chez ces jeunes femmes et a, comme conséquence (Marco n&#8217;ayant pas tout à fait bien saisi le concept d&#8217;ironie) de le mettre alors dans tous ses états de drague et de faire frissonner tout le monde de dégoût (femmes, hommes, serveurs et pompier homosexuel dont le poster à moitié nu, pour le mois de juillet, paru dans le dernier calendrier produit et distribué par la ville grâce à l&#8217;argent des contribuables et dont les profits devaient aller à quelques causes charitables d&#8217;enfants qui, même à quinze ans, perçoivent encore mal la différence entre artichauts et humains et dont les parents, dépourvus de cerveau mais bien équipés en testicules et ovules, n&#8217;ont jamais vu la nécessité d&#8217;arrêter de fumer lors de la grossesse, mais qui vont en fait atterrir (les profits pas les parents, revoir début de la phrase plus haut) sur les seins des call-girls que l&#8217;assistant du maire subventionne généreusement (les call-girls <em>et</em> les seins), et dont le statut de vedette musclé, je parle maintenant du pompier, lui offre de nombreuses occasions de tirer son coup et son tuyau tout en portant ses bottes). En fait, Marco est ce veau émissaire (car qui pourrait le qualifier de bouc ?) dont chaque groupe a besoin et qui vous ressemble peut-être, cher éditeur qui lisait ce manuscrit (ou peut-être ressemblez-vous à Rosario cher béat et fortuné ami qui pensait publier ce merveilleux texte). Quant aux trois autres, en pleine santé, heureux, beaux et bien habillés, ils respirent l&#8217;assurance (mais aussi l&#8217;oxygène) et j&#8217;abrège parce que je me fatigue.</p>
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<p>Rosario est leur leader (la plasticité d&#8217;un petit bout de peau menant rapidement du statut de jeune homme à celui de président de Vivendi ou de la République Centrafricaine gérées d&#8217;ailleurs sensiblement de la même façon), c&#8217;est lui qui oriente la conversation, qui décide des activités qu&#8217;ils entameront, qui pénètre le premier dans une soirée et sonne le moment du départ, c&#8217;est lui qui, de sa voix grave et douce, porte le jugement dernier sur tout ce dont le groupe discute et qui ordonne aux autres de prendre les décisions difficiles et d&#8217;en assumer les conséquences (je vous l&#8217;avais dit, comme un président). Bref, les voici les quatre plus Marco, assis à un café assez typique, discutant des sujets qui intéressent Rosario et rigolant de ses blagues, bref faisant généralement ce qu&#8217;un groupe fait lorsqu&#8217;il est obnubilé par celui dont le sexe est le plus proéminent. Mais là évidemment ne s&#8217;arrête pas notre histoire. Suivez mon doigt cher lecteur, tournez la tête légèrement à gauche et observez cette jeune femme assise quelques tables plus loin. Remarquez la couleur de ses cheveux, la luminosité de sa peau, la taille de ses cils et le bout de ses seins qui pointent à travers sa petite chemise (ou ne remarquez pas, c&#8217;est comme vous voulez). Voyez comme elle regarde Rosario, sentez comme le désir monte en elle, comme son corps, à peine brusqué par les tensions de la vie, imagine les mains de Rosario sur lui, regardez comme elle écarte légèrement les jambes sans même s&#8217;en apercevoir, comme ses narines frémissent, ah cher ami lecteur, je vous souhaite être ainsi désiré car rien ne vous enveloppera avec autant de douceur (sauf peut-être la responsable aux prêts hypothécaires juste avant que vous signiez). Eh bien cette jeune femme, que même le vent ne cesse de caresser, de frôler et d&#8217;effleurer, cette jeune femme à la ceinture de peau à peine visible entre la fin de la chemise et le début de la jupe (courte, vous vous en doutez) est maintenant folle de Rosario. Et voici que, comme de fait, Rosario, dont le flair sexuel n&#8217;a d&#8217;égal que la capacité du requin de percevoir le surfeur australien, la remarque.</p>
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<p>C&#8217;est fait, le contact a été établi, la phase deux est maintenant entamée. C&#8217;est le moment crucial de la manœuvre qui va précéder l&#8217;atterrissage sexuel. La phase deux, vous la connaissez tous j&#8217;en suis sûr, est particulièrement dangereuse et nombre de missions échouent d&#8217;ailleurs à ce moment-là. Pourquoi ? Parce que cette phase deux, croit-on généralement, est opérée par le dialogue, les mots servant à manœuvrer tout délicatement l&#8217;immense objet de poils, de peau, de sueur et d&#8217;hormones frémissantes qui s&#8217;approche. Mais voilà l&#8217;erreur ! En fait, les manœuvres doivent s&#8217;effectuer dans le silence le plus parfait puisque c&#8217;est l&#8217;objet lui-même qui doit se poser doucement (ou brusquement) sur (ou dans) l&#8217;endroit indiqué dans l&#8217;appartement du copain dont les parents divorcés sont partis quelques jours à la campagne et qui laissent toujours les draps de soie sur le lit, ce qu&#8217;ils regrettent ensuite amèrement. Bref, toute cette manœuvre ne dépend pas de mots qui ne font que rendre plus difficile l&#8217;emboîtement des choses qui doivent s&#8217;emboîter.</p>
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<p>D&#8217;ailleurs, vous le savez peut-être (sinon, vous allez l&#8217;apprendre), ces mammifères à petits poils et à l&#8217;estomac fragile que nous sommes, se séduisent, en fait, et ce depuis toujours, sans utiliser de mots (n&#8217;est-ce pas incroyable !). Comment, me demandez-vous ? En lisant rapidement sur le corps convoité les indices physiologiques qui permettent de jauger de la santé, de la fertilité et de l&#8217;immunité de celui-ci. Comme quoi, le goût marqué pour des formes mammaires bien développées que ces grands primates nus qui regardent la télé ont pour le sexe opposé, n&#8217;est pas un hasard. Le tout est inscrit profondément, inéluctablement, inévitablement dans leurs gènes (qui ont le dos large ces temps-ci). Même chose pour les hanches, la taille de la mâchoire, la musculature et la couleur de la peau. Étrangement, aucun commentaire sur les indices physiologiques associés à la taille de l&#8217;objet le plus déterminant de la civilisation humaine dans la littérature scientifique (ce qui, évidemment, est un oxymore). Certes, quelques féministes qui, à l&#8217;époque, couchaient avec de jeunes hommes dont la nudité n&#8217;aurait impressionné personne dans les douches du YMCA au 180 ouest, 135e rue, ont inlassablement répété que la taille n&#8217;était qu&#8217;un mythe. D&#8217;autres, assises dans les estrades de ce même YMCA, regardant leurs amants jouer au basket, la sueur perlant sur leurs muscles parfaitement ciselés, auraient juré aux grands dieux que le mythe était un mythe et qu&#8217;il avait été inventé par des hommes un peu mous dont les chairs se ramollissent sur les bancs de l&#8217;université et dont la couleur générale semble indiquer une préférence pour des bibliothèques sombres où personne ne court la chance de se retrouver nu et diminué (elles n&#8217;auraient peut-être pas exprimé le tout de cette façon, avalant leurs chips et criant de plus belle pendant que le match allait en surtemps, mais vous me suivez). Personnellement, ne pouvant ni jouer au basket ni me pavaner dans quelques YMCA que ce soit, j&#8217;aurais tendance à dire que, oui, cela est un mythe et que la corrélation plaisir-taille est aussi ténue que celle entre argent et bonheur (encore qu&#8217;il ne s&#8217;agit peut-être pas de la meilleure analogie&#8230;), mais n&#8217;étant ni riche, ni membré, qu&#8217;en sais-je véritablement ? Car, étrangement, à part quelques articles dans divers magazines où les lectrices racontent comment plombiers, pompiers, policiers et potiers les pressent de leurs exploits sexuels pendant que leurs maris (ceux des femmes, pas des plombiers, encore que&#8230;) se sacrifient au travail, le sujet a presque été totalement ignoré. Peut-être cette absence d&#8217;information correspond-elle à un simple problème technique ? Comment mesurer le degré de satisfaction de la dite-femme, du dit-homme, des dits-mineurs ou de la dite-vache, par rapport à la taille du dit-membre ? Comment créer, gérer et analyser les données obtenues ? Comment observer les expériences, les filmer, les examiner sans vouloir diffuser le tout sur Internet ?</p>
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<p>Bref, tout cela pour vous dire que lorsque Rosario (qui ne savait pas jouer au basket mais aurait pu, lui, fréquenter les douches du Y de la 135<sup>e</sup> rue) se leva et se dirigea vers la jeune femme, il savait instinctivement qu&#8217;il ne devait rien dire, qu&#8217;il devait laisser son corps, et la bosse de son pantalon, parler. C&#8217;est évidemment ce qu&#8217;il fit, s&#8217;avançant comme (cochez la bonne réponse) : un fauve ? Un missile ? Un aigle qui fond sur sa proie ? Vers elle, laissant Marco, qui était en train de lui parler, en plan.</p>
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<p>C&#8217;est le milieu de la nuit, dans la chambre de Rosario. La jeune femme du café est couchée sur le lit. Nue et magnifique, évidemment sinon, je vous connais, vous arrêteriez de lire (voyez ces seins, ces fesses, ces cuisses, ce dos, cette nuque, ces coudes, ces jointures, ces omoplates, ces amygdales, cette glande thyroïde, ces plombages exceptionnels comme ils se marient à la gencive, ces dents de sagesse qui poussent au fond de la gorge et qu&#8217;il faudra bientôt enlever, ces petits poils qui tapissent l&#8217;intérieur des narines et permettent de filtrer les impuretés, ce gros orteil, celui de gauche car franchement celui de droite est moins réussi, ces tendons inférieurs croisés, regardez, regardez, ah cher lecteur, comment pourrais-je vous la décrire adéquatement ?). Nous l&#8217;entendons hâler avec force et voyons son corps, à peine esquissé dans la lumière bleue de la nuit, scintiller de transpiration. Puis, comme le veut la tradition romaine depuis les autres mémoires d&#8217;Hadrien, nous la voyons, en silhouette, se baisser et embrasser le sexe de Rosario. Il gémit (Rosario, pas le sexe) alors que le vent, comme d&#8217;habitude, glisse dans les rideaux. Puis, soudainement, il arrête de gémir (Rosario, pas le sexe). Quelque chose vient de se passer cher lecteur. Quelque chose, quelque part, dans le tissu incompréhensible de l&#8217;univers, dans la résonance des dimensions sans fin dans lesquelles se croisent et se recroisent les quarks, gluons et autres trucs incompréhensibles, là où les planètes explosent sous la brûlure de leurs soleils, oui, là, quelque chose vient d&#8217;arriver. Un homme, sur une toute petite planète, au sexe impressionnant (l&#8217;homme pas la planète), don si rare des dieux que seuls quelques-uns en sont bénis par galaxie, n&#8217;arrive pas à faire affluer le sang dans son don. Et pourtant&#8230;Dieu sait qu&#8217;il aimerait bien, qu&#8217;il donnerait tout pour y arriver, qu&#8217;il a beau savoir ne pas être le seul qui, en ce moment, ne peut exécuter cette chose si facile que même les adolescents y arrivent à longueur de journée, que partout, dans toutes les régions du monde, du Tibet aux îles Caïmans, de l&#8217;Argentine au Nunavut, de Java à Sumatra, des hommes regardent avec horreur des mains, des bouches, des seins, des moustaches, des corps non pubères achetés à des parents en échange de deux sacs de riz, se frotter sur ce bout de peau qui refuse catégoriquement, comme un papillon qui ne sent pas l&#8217;appel du printemps, de sortir de ce cocon de tissus mou qui l&#8217;entoure, oui, il a beau savoir tout cela, la situation n&#8217;en reste pas moins difficile. Mais rien à faire et voici Rosario qui grogne maintenant tel un babouin confiné à l&#8217;échelon inférieur de la hiérarchie sexuelle. Et puis arrive ce qui devait arriver. Au bout d&#8217;un moment, fatiguée, les muscles de la mâchoire réprimant une crampe (ce qui serait bien le comble), comme des milliers d&#8217;autres à travers le monde (dont certaines n&#8217;ont pas la chance d&#8217;avoir une mâchoire puisqu&#8217;elle leur a été arrachée), la fille relève la tête.</p>
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<p>- La fille : Ben et alors ?</p>
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<p>- Je sais pas&#8230;Je comprends pas&#8230;Ça m&#8217;arrive jamais&#8230;C&#8217;est&#8230;</p>
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<p>- Je t&#8217;excite pas ?</p>
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<p>- Non, non c&#8217;est&#8230;</p>
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<p>- Allez fais un effort quoi !</p>
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<p>- J&#8217;essaye mais&#8230;Humpf.</p>
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<p>Et Rosario commet un geste qu&#8217;il n&#8217;avait jamais, jamais commis auparavant, un geste qu&#8217;il pensait impossible : Il pose la main sur son pénis et se caresse, alors qu&#8217;une femme magnifique et nue et excitée partage son lit et ses draps et son matelas et son oreiller de plumes d&#8217;oie fabriqué au Turkménistan grâce à une subvention pour le développement durable. Mais tout cela en vain (la main sur le pénis, pas le développement, ah oui, pardon, le développement aussi). Le truc reste manifestement, indubitablement, incontournablement et peut-être même, délibérément, mou (en passant, le vent glisse toujours dans les rideaux, pour ceux que ça intéresserait).</p>
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<p>- Quel dommage, avec l&#8217;équipement que tu te payes !</p>
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<p>- Non, attends, attends, je vais y arriver.</p>
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<p> </p>
<p>Et Rosario de poursuivre de plus belle et de continuer à s&#8217;enfoncer dans l&#8217;abîme de la déchéance sexuelle là où croupissent doyens de la faculté de commerce et investisseurs en capital de risque, de laisser de côté tout honneur, tout respect de soi et du flot naturel du sang dans la paroi intérieur du pénis jusqu&#8217;à l&#8217;anneau prénuptial, qui est le tissu élastique qui se trouve à l&#8217;extrémité du prépuce (entre le prépuce interne et le prépuce externe) et qui aide à contracter le bout du dit-prépuce pour le maintenir sur le gland (pas mal non ? J&#8217;ai trouvé ça sur Internet). Et le voilà qui recommence (Rosario, pas le prépuce), qui, encore et toujours, se caresse, d&#8217;une main, de deux, qui bouge ses hanches, se fait aller les reins, qui souffle et se démène et transpire mais qui n&#8217;arrive pas à faire durcir cette chose maintenant aussi inesthétique et froissée que la trompe de Ganesh malencontreusement enfermé dans la cage aux grands mammifères au zoo de Fayetteville (ainsi que me le répétait ma mère qui y était née). Mais ne soyez pas triste cher lecteur puisque tout homme languissant sous le poids des années doit, un jour, affronter ses performances sexuelles sur le déclin, sa calvitie envahissante et le fait qu&#8217;aucune jeune fille de vingt ans ne le regarde avant qu&#8217;il ne sorte son portefeuille.</p>
<p> </p>
<p>Non, ne soyez pas triste cher lecteur car cet être bien plus intelligent que le homard de l&#8217;Atlantique qu&#8217;est le fabuleux être humain que nous sommes tous, a plus d&#8217;une machette admise par la Convention sur les armes inhumaines (à l&#8217;opposé des armes humaines bien entendu) dans son sac et saura, même s&#8217;il s&#8217;agit de Rosario, se tirer d&#8217;embarras ou tirer dans le tas.</p>
<p> </p>
<p>Mais bon, pendant que j&#8217;écris ces profondes réflexions et que de petites bombes sympathiquement nucléaires sont vendues à de sympathiques entrepreneurs postmodernes qui croient beaucoup en une sympathique déconstruction totale, la jeune femme, elle, la mâchoire légèrement endolorie (ce qui est rare, compte tenu de son entraînement), le corps toujours aussi beau, les seins toujours aussi fermes, le reste toujours aussi reste, décide de ne plus penser à rien (ce qu&#8217;elle fait avec beaucoup de talent), de s&#8217;allonger sur le lit et de dire :</p>
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<p>- Qu&#8217;est-ce que tu fais ?</p>
<p>(Moi ?)</p>
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<p>On entend un grognement qui sort de la salle de bain.</p>
<p>(Ah, lui !)</p>
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<p>Au bout d&#8217;un moment, Rosario est de retour dans la chambre. Il est penaud, son truc pendouillant occupant une large place dans le champ de vision de la fille. Il la regarde. Il ne sait quoi dire. Elle le regarde. Elle ne sait quoi dire. Je les regarde. Je ne sais quoi écrire (ainsi que vous avez pu le remarquer).</p>
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<p>- Désolé&#8230; Je sais pas ce qui se passe&#8230;.</p>
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<p>- Bon (elle écrase sa cigarette). C&#8217;est pas grave, ça fait partie des déceptions de la vie. Allez, passe-moi mes fringues, faut que je me barre.</p>
<p> </p>
<p>- Mais&#8230;</p>
<p> </p>
<p>- T&#8217;en fais pas, personne ne le saura. Allez ciao !</p>
<p> </p>
<p>Elle sort, laissant Rosario seul, dans sa chambre seul, dans son appartement seul, sur ses draps et son oreiller (de plumes d&#8217;oie fabriqué au Turkménistan grâce à une subvention au développement durable) seul, son gros pénis flasque et lourd, toujours légèrement humide, sur sa cuisse, seul (évidemment). Le vent, lui, glisse toujours dans les rideaux (personne ne lui ayant dit d&#8217;arrêter), seul lui aussi mais bon, il ne s&#8217;en plaint pas.</p>
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<p align="center"><strong>6</strong></p>
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<p>Au cours des jours qui suivent, cet état de choses se répète plusieurs fois. Vous avez raison cher lecteur, le tout est très triste, c&#8217;est le destin, que voulez-vous, comme c&#8217;est triste j&#8217;en ai larme à l&#8217;œil, mais c&#8217;est la vie et c&#8217;est la littérature et c&#8217;est surtout moi, du haut de cette chaise aussi suédoise qu&#8217;une Saab construite en Inde, penché comme un vicieux sur un vieil ordinateur aussi portable qu&#8217;une tumeur aux reins, qui décide du sort de Rosario. Voilà, c&#8217;est comme ça, vous n&#8217;aviez qu&#8217;à écrire le texte vous-même. Bon, alors où en étions-nous ? Ah oui, aux jours qui suivent. Donc Rosario rencontre plusieurs différentes femmes pendant ces fameux jours qui continuent de suivre (car ils n&#8217;ont rien de plus intéressant à faire). Utilisant cette lâcheté qui lui vient si naturellement, Rosario s&#8217;auto suggère alors un profond traumatisme de jeunesse qui lui bloquerait d&#8217;une façon ou de l&#8217;autre ses capacités érectiles (ce qui est aussi honnête que de prétendre aller faire de la plongée sous-marine lorsqu&#8217;on on visite la Thaïlande et ses petits garçons et ses petites filles et ses petits garçons dans ses petites filles et ses gros touristes dans ses petits garçons dans ses petites filles). Certes, me direz-vous, il pourrait se rendre à la pharmacie du coin et demander un de ses nombreux et fabuleux médicaments testés sur des babouins qui en sont morts le sourire aux lèvres, assassinés par les autres mâles et qui règlent de façon marrante et sympathique (les médicaments pas les mâles) et sans danger d&#8217;être assassiné (enfin, il n&#8217;y a pas de garantie) les problèmes érectiles, mais qui oserait utiliser de telles prothèses chimiques lorsqu&#8217;on a vingt-cinq ans (moi, mais c&#8217;est une autre histoire)? Rosario décide donc de tester son hypothèse en tentant diverses expériences sexuelles (en quoi est-ce que cela teste son hypothèse me demanderez-vous, je n&#8217;en ai aucune idée) et ce, à tous les genres et à tous les nombres et sujet du verbe avoir. Le voici donc, pendant ces satanés jours qui nous suivent comme des chiots affamés de caresses, qui se met à faire l&#8217;amour à une agréable obèse, à une élancé schizophrénique, à deux sveltes jumelles (deux, évidemment) sourdes comme des pots de vin insuffisants, à une pompiste de chez Esso (avec laquelle j&#8217;aurais pu faire plusieurs mauvais jeux de mots), à une présidente de compagnie de produits pour chiens qui ne porte ni culotte ni pleurote sous ses bas de nylon (pleurote ?), à une étudiante créationniste qui est persuadée qu&#8217;on peut lire Lacan, à une jeune mère et sa plus jeune fille, les deux majeures et de moins de trente ans, et même, oui même, Ô désarroi ! au jeune éphèbe qui sert le cognac chez Kox et qui s&#8217;avère, de loin, le plus déçu. Bref, à la guerre comme à la guerre, la fin justifiant les moyens, un tien vaut mieux que deux tu l&#8217;auras, pierre qui roule n&#8217;amassant pas mousse (ce qui semble logique), vit au dépend de celui qui l&#8217;écoute, zenfants de la patrie et tout le reste. Les choses vont donc assez mal, merci beaucoup Madame la marquise.</p>
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<p align="center">*</p>
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<p>Faisons maintenant un saut dans le temps et l&#8217;espace (l&#8217;espace-temps, pas le temps et l&#8217;espace, je suis désolé, il faut tout m&#8217;expliquer) comme si nous étions dans un film de science-fiction en train de sauver la planète d&#8217;une attaque terrifiante de centaines de vierges musulmanes chevauchant leurs terroristes bien-aimés.</p>
<p> </p>
<p>Rosario est assis dans un café (le même que l&#8217;autre fois, celui que je ne vous ai pas décrit), entouré de ses copains (Mathieu, Adrien, Marco et François). Il a, vous vous en doutez, perdu de son assurance, le pauvre enfant. Une fois encore, une jolie jeune femme (du même style que la précédente, avec les seins qui pointent et la jupe, et les narines, et les jambes qui s&#8217;écartent et tout et tout, faites un petit effort et rappelez-vous de la précédente ça m&#8217;évitera de tout réécrire) assise à une table voisine, regarde Rosario avec intensité. Rosario, au lieu de lui rendre son regard, détourne les yeux. La femme ne comprend pas, insiste et va jusqu&#8217;à fixer son entrejambe. Étonnement, Rosario détourne toujours les yeux et croise les jambes et se gratte l&#8217;oreille et se touche le front et avale une belle arachide blonde tâchée d&#8217;urine.</p>
<p> </p>
<p>- François : T&#8217;as vu la bombe qui te regarde ?</p>
<p> </p>
<p>- Rosario : Hum&#8230;</p>
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<p>- François : Ben, qu&#8217;est-ce que t&#8217;attends ? Va la voir, elle attend que ça.</p>
<p> </p>
<p>- Rosario : Non, non, je peux pas ce soir là, faut que je me lève tôt demain.</p>
<p> </p>
<p>- François : Depuis quand ?</p>
<p> </p>
<p>- Rosario : Euh, j&#8217;ai du travail, des choses quoi, faut que j&#8217;aille voir mes parents.</p>
<p> </p>
<p>- François : Et alors ?</p>
<p> </p>
<p>- Rosario : De toute façon, je suis fatigué, je suis pas bien ces temps-ci.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>La femme, qui en a assez et qui a un peu mal au cœur à cause des arachides, se lève alors et se dirige vers la table.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>- La femme : Vous permettez ?</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Sans attendre car elle va bientôt s&#8217;évanouir si elle ne s&#8217;assoit pas immédiatement, elle prend place aux côtés de Rosario. Tous se taisent, obnubilés par sa beauté (celle de la femme certes mais aussi celle de Rosario dont ils sont tous secrètement amoureux, si secrètement en fait qu&#8217;ils ne s&#8217;aperçoivent pas que cette image, qui ne cesse de leur venir en tête quand ils se masturbent en insérant des choses là où elles ont plutôt tendance à en sortir, est celle de Rosario). Il y a un silence gêné. Marco est gêné. François est gêné. Mathieu est gêné. Adrien est gêné. Rosario est gêné. Même moi ça me gêne. Car elle est vraiment superbe. Bien mieux que la précédente d&#8217;il y a quelques pages (c&#8217;est qu&#8217;à force d&#8217;écrire, je m&#8217;améliore).</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>- Alors, vous me payez un verre ?</p>
<p> </p>
<p>- François : Oui, oui, tout de suite. Garçon !</p>
<p> </p>
<p>(vers Rosario) : &#8211; Et vous vous appelez comment ?</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Et là l&#8217;impossible, qui n&#8217;est pas français et qui doit être bulgare, se fracasse dans ce petit café, sur cette petite table autour de laquelle tous sont assis et éclabousse, de ses poussières d&#8217;impossible bulgare, tous ceux qui y sont assis et les laisse bouche bée, sexe bé, yeux bés et autres orifices bés. Oui, cher lecteur, à la surprise profonde de tous, Rosario et son sexe mous se lèvent sans rien dire (pour le sexe cela va de soi) et sortent du café&#8230;</p>

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