Pierre Guyotat, Joyeux animaux de la misère : interview avec Jaques Henric

vendredi 20 juin 2014 par Pierre Guyotat

« Une mégalopole intercontinentale et multiclimatique constituée de sept mégapoles dont l’une au moins est en guerre. Vaisseaux spatiaux, drones, occupent l’espace céleste. En bas, animaux, monstres, fous de “dieu”. Haute technologie et archaïsmes, dévotions diverses… » Telles sont les premières lignes de la quatrième de couverture présentant le nouveau livre de Pierre Guyotat. Un […] Lire plus »

Entretien avec Pierre Guyotat : Ce mal étrange de la poésie…

Interview publiée dans Art press, n°365 (mars 2010).

2007, parution de Formation de Pierre Guyotat, récit, comme son titre l’indique, de « formation d’un enfant qui pense pouvoir consacrer sa vie à la création ». Ces jours-ci, Pierre Guyotat donne une suite à ce récit. Dans Arrière-fond, l’enfant vient d’atteindre ses quinze ans. « Les troubles, les tourments, les élans, les excès, la sagesse, la logique, l’attraction de l’Absolu… », ainsi que l’écrit Pierre Guyotat dans sa préface au livre, impulsent les premiers écrits de l’adolescent. C’est aussi pour lui le moment où le sexe devient cette force à la fois déstabilisante, déchirante, et formidablement créatrice. La sortie de l’enfance est marquée par les débuts des écrits poétiques allant de pair avec ce que Pierre Guyotat appelle « la branlée avec texte », ou plus tard, les « écrits sauvages ». Sans doute est-ce cette irruption de la sexualité, et partant la présence de figures féminines, présence qui ne va pas manquer de surprendre ceux qui avaient lu trop hâtivement Tombeau pour cinq cent mille soldats, Éden Éden Éden, Prostitution, ou Progénitures, qui est à l’origine de la décision de Pierre Guyotat, comme il s’en explique dans l’entretien ci-dessous, de ne pas soumettre le récit de cette période de son existence à un ordre chronologique. Est-ce, aussi, pourquoi Arrière-fond, qui suit au plus près les événements de la vie de l’auteur (vie familiale, sociale, religieuse, politique déjà, et vie intérieure), les amplifie, les projette dans un des imaginaires les plus singuliers qui soient, leur communique une tension poétique rare. Ce livre où l’inavouable se fait poésie renoue avec les romans que je citais plus haut. C’est dire qu’il est le grand livre de cette rentrée littéraire 2010.

 

***

Dans le récit du très jeune adolescent que tu es, tu développes en quatre cents pages trois mois de ta vie d’alors. Pourquoi l’abandon de la chronologie à laquelle obéissaient tes deux derniers livres ?

Et quelques jours et nuits seulement dans ces trois mois. Je reste, comme dans ces textes-là, Coma, Formation, ce que je suis, c’est-à-dire un créateur de formes. On aurait voulu jadis que je récrive sans cesse le même texte, encore que d’une certaine façon l’on écrive toute sa vie le même. C’est une découverte que l’on fait, non pas sur le tard, mais plutôt au milieu de sa vie : qu’en fin de compte « on creuse toujours le même trou ». La vieille idée très scolaire de séparer les auteurs, d’un côté ceux qui creusent leur « moi », de l’autre, les artistes qui font prétendument entrer le monde entier dans leurs livres, est une belle sottise – mais je ne suis pas contre ces classements pour l’enfant : à lui, adulte, de les démentir, de les bousculer ! Chez Hugo, qui était très à l’unisson du monde, on retrouve toujours le « monde Hugo ». En tout cas, moi, j’ai l’impression que je suis un de ceux qui démentent ce genre de séparation. J’ai simplement pensé qu’il fallait que je trouve pour ce nouveau texte, Arrière-fond, une autre forme, que j’aille vers un rétrécissement de la scène. J’ai l’intention de donner une suite à ce livre, encore plus rétrécie, un récit tenant en deux ou trois nuits. Une nuit telle année, une autre nuit telle autre année. La simple nomenclature des faits ne me satisfait pas, je ne suis pas né pour ça, mais pour créer, pour animer des figures dans un temps bien déterminé. Quant à l’autre partie de mes écrits, ce que l’on pourrait appeler « l’œuvre », c’est très différent. Le temps y est presque nié ou y a été élargi d’une façon particulière, à ma manière. C’est un nouveau temps, là, que je crée. Dans Progénitures ou dans le texte sur lequel je travaille qui s’intitule Labyrinthe, c’est le temps du chant, si je puis dire, de la poésie, du rythme.


Ce rétrécissement a pour conséquence l’élargissement de la fiction.

Mon idéal serait de faire une sorte de Songe d’une nuit d’été. C’est une œuvre unique, que l’on relit sans fin, ou plutôt dont on rêve sans fin. Le titre dit tout, voilà une œuvre qui est faite pour être rêvée. Dans Progénitures ou dans Labyrinthe, tout, toujours, commence au début de la nuit et tout se termine à l’aube. Terriblement anti-social. Ça doit venir de l’organisme enfantin qui vit ce moment-là d’une façon assez dramatique. Pour un enfant, la nuit c’est comme un ensemble de journées. Peut-être est-ce aussi un reste de cette grande nuit de la Passion, au Jardin des Oliviers. Cela commence dans l’ombre, en principe nous sommes dans la nuit. C’est aussi la nuit que se passent beaucoup de drames humains, les meurtres, la maladie, la passion, les crises morales ou spirituelles. Qui prennent la place du rêve. Il y a cette assurance que l’on va retrouver la lumière. Tout ça crée un dramatisme magnifique. Il y a assez peu de nuit dans la peinture, sauf grandes exceptions, parce que c’est difficilement peignable évidemment. Il y en a en revanche beaucoup en musique, au cinéma…

Pour en revenir à la chronologie, j’en avais assez. Je suis pour, en matière d’histoire, mais dans l’œuvre d’art, c’est tout autre chose. Cet abandon m’a permis de redevenir ce que je suis, un auteur de fiction. Coma était une fiction. Formation était une sorte de portrait. Je ne pouvais pas faire avec l’enfant de 9 ans ce que j’ai pu faire avec l’adolescent de 15 ans. Un enfant ne vit pas la nuit comme un adolescent. Son sens de la chronologie est encore très particulier, très dramatique, très inquiétant… Je ne suis, alors, plus cet enfant. J’ai donc simplement voulu faire un texte qui me plaise, où je ne m’ennuie pas. Non pas que je me sois ennuyé dans Formation, mais je ne pouvais pas descendre trop dans l’enfant que j’étais comme j’ai pu descendre dans l’adolescent que je suis alors. L’adolescent de 1955 fait déjà de la poésie, il est déjà atteint de ce mal étrange. Il se pose des questions nouvelles, perd la spontanéité de l’enfant, il prend ses distances, il a déjà un regard qui juge, parce qu’il est jugé. L’univers de l’enfant est trop délimité par son entourage, ses parents, l’école…, ce qui ne favorise pas l’approfondissement du « moi » dans la fiction. Et l’enfance c’est le temps de la découverte.


L’adolescence c’est aussi le moment où le sexe prend une grande importance.

Avec l’apparition de la sexualité, on opère un véritable retour sur soi. Une sexualité qu’on rejette ou qui, dans mon cas, affole, qui fait plaisir mais qui inquiète aussi beaucoup. Les gens qui considèrent ce que j’écris comme un hymne à la sexualité font fausse route.


Voire un hymne à l’homosexualité…

Oui, encore que ce que je mets en scène depuis Tombeau jusqu’à Progénitures me paraisse peu compatible avec quelque revendication catégorielle que ce soit. Je suis infirme, mais c’est une infirmité que je revendique et qui est très créatrice sur le plan artistique et sur d’autres. Il y a ce déchirement entre le réel qu’il faut vivre et un autre réel qui est celui de la poésie.


Comment t’est venue l’idée du titre, Arrière-fond ? L’arrière-fond, est-ce l’inavouable ?

Ayant souvent utilisé ce double mot, qui est beau et très précis, j’ai assez rapidement décidé d’en faire le titre du livre, à peu près au premier tiers de la rédaction -de la dictée-, car c’était un terme qui y revenait régulièrement. C’est, alors, un inavouable encore très vague. Cela désigne à la fois la scène de cet inavouable -la prostitution déjà, et d’adolescents, mon âge-, qui était déjà pour une part écrite, mais aussi la pratique elle-même (« branlée avec texte »). C’est une pratique forcément secrète, qui ne se faisait que pendant les vacances car j’étais en pension et faire cela en pension était impensable. À partir de cette période, un peu avant, 13-14 ans, l’acte sexuel doit s’accompagner d’un acte textuel. C’est ce que beaucoup ne comprennent pas, du reste. C’est une intrication. On peut penser que c’est un imaginaire sexuel, une sorte de texte non formulé, qui a provoqué assez tôt la sexualité, le désir, et même l’érection. On peut penser à l’inverse que c’est la nature qui a provoqué ce genre d’écrit. À la vision du monde de l’enfant, qui est déjà assez tourmentée, s’ajoute alors la vision du monde que, devenu adolescent, il a par la poésie. Le monde se rythme avec la poésie, même si le rythme est encore faible et académique ; et ce texte de poésie naissant se double aussi de l’autre texte, l’inavouable, qui commence. Il y a là une espèce de triple voix. J’ai donc eu, en moi, cette image, ces sons déjà d’une scène d’asservissement, très tôt, avant les premières poussées pubertaires -qui ont, alors, confirmé l’existence et la persistance de la chose.


Une figure est très présente, celle de ta mère, dont tu pressens la prochaine disparition. Et il y a d’autres très belles figures féminines dont la présence ne va pas laisser de surprendre ceux qui se faisaient une certaine idée de ta sexualité.

Beaucoup qui ont lu Tombeau ou Éden n’ont vu sur le moment que ce que j’appelle le « mâle-à-mâle ». Pourtant Tombeau, déjà plein de femmes, de filles, s’achève sur une scène « adamique » de recommencement « hétérosexuel ». Éden commence et s’achève de la même façon. La scène « mâle-à-mâle » y est évidemment d’une force nouvelle dans la littérature française. Tellement nouvelle que beaucoup de lecteurs n’ont vu que cela ! Même des gens qui ont étudié de près ces textes. La fin d’Éden, 70 pages serrées, c’est un accouplement entre un homme et une femme, avec bébé et singe. C’est extraordinaire que cela ait été oublié. Pas par tous les lecteurs cependant. À la fin d’une lettre de Jacques Berque, le grand islamologue, de Février 1971, à propos d’Éden, ceci :  » Figurez-vous qu’un poète pré-islamique, fils de roi, exprimait déjà, dans son Arabie du VIème siècle, la scène de vos dernières pages : « Et toi aussi l’enceinte, l’allaitante,/je te visitai, je t’ai distraite/ de l’ Ua-an garni d’amulettes/Quand il pleuvait derrière toi vers lui du buste détournais »

Pour en revenir aux figures de femmes présentes dans ce livre, elles sont toutes très différentes les unes des autres. Et la vérité, c’est que j’ai toujours été très bouleversé, très attiré sexuellement par les femmes. Ça n’a jamais cessé, et ça ne cesse pas. C’est un vieux rêve chez moi, et un rêve qui a une réalité charnelle. Au fond, l’autre sexualité était pour moi presque une facilité : s’est-elle développée « de nature » ou pour les besoins du texte (l’esprit a une chair, l’esprit désire) ? Comme j’étais pressé et que l’on n’a qu’une vie, je suis peut-être allé là où c’était le plus simple, le plus éclatant, le plus neuf aussi. Dans la préface à l’édition japonaise de Tombeau en 1969, j’avais expliqué cela : j’ai choisi d’asservir le mâle, la femme l’ayant déjà été beaucoup, pour faire une fiction nouvelle.

J’ai écrit Arrière-fond avec un plaisir charnel très grand. Dans les mêmes dispositions que celles que m’inspiraient alors ces filles et femmes du texte.


Un personnage se détache, celui de cette chanteuse de jazz, noire, figure maternelle pour une part.

Oui, mais investie de quelque chose d’autre, qui tient à ce que quelqu’un comme moi a été privé de femmes. J’en ai connu, mais j’ai néanmoins vécu cet état comme une privation, comme quelqu’un qui se priverait d’une chose pour en obtenir une autre. C’est pour cette raison que j’avais trouvé en 1988, moi-même le titre anglais, Wanted Female, du poème que j’avais écrit pour Sam Francis, pour notre livre fait en commun qui a paru à Los Angeles en 1993.

Ma mère est aussi très présente, c’est vrai. Je m’étais dit, il y a de nombreuses années, que je ne serais pas de ceux qui font des livres sur leur mère. Mais ici, elle est prise dans une fiction -du vécu réorganisé. Elle a disparu depuis si longtemps que pour moi avant même l’âge adulte elle est devenue une figure de fiction. Et, plus encore que m’aimer, et me rendre la Trinité naturelle, elle a, avec prudence mais beaucoup d’émotion, favorisé ma formation poétique et artistique -et historique.

Concernant cette femme noire, il semblerait qu’au bout d’un certain temps, on puisse, occidental, éprouver une certaine lassitude des femmes occidentales. Enfant, j’ai été très touché par les femmes japonaises que je voyais dans des reproductions ou des photographies. Quand je suis allé au Japon, en 2005, j’ai été extraordinairement ému, charnellement, sexuellement, par les femmes japonaises et j’ai eu beaucoup de mal à repartir. Les femmes noires, d’Afrique, d’Amérique, sont chargées d’un passé dramatique terrible. Leurs ancêtres n’étaient pas considérés comme des êtres humains. Je suis hanté par cela, très habité par le non-être humain, comme on peut le voir dans Progénitures par exemple. Il est donc logique que je sois attiré par cette population, ou du moins par ses descendantes. Cela dépasse l’entendement qu’elle ait été niée ainsi comme humaine. L’Église, qui ne pouvait cautionner, évangéliquement, théologiquement l’esclavage, l’a tout de même toléré dans les plantations (l’esclavage est resté interdit en métropole -où les esclaves étaient interdits d’entrée.). L’affaire est complexe car à la fois l’Église s’accommodait de cet état et en même temps elle reconnaissait, à travers les sacrements, une sorte de personnalité humaine « posthume » aux esclaves (politique du « chiffre » ?), ce que ne faisait pas l’autorité civile -qui cependant recommandait le baptême des esclaves. La condamnation par le Vatican de l’esclavage et de la traite ne date, je crois, que de 1837. C’est seulement quelques années avant l’abolition d’État de l’esclavage dans les colonies françaises, en 1848 sur l’initiative de Victor Schœlcher. La deuxième abolition d’ailleurs, puisque bien souvent nous oublions que la Convention nationale française a été la première institution d’État au monde à abolir non seulement la traite, comme l’ont fait les Anglais un peu plus tard, mais aussi le principe même de l’esclavage. Les Anglais, toujours pragmatiques, interdisaient la traite pour tarir la source.

Malheureusement, cette première loi a été abrogée par Bonaparte (je suis blanc je fais la politique des blancs). Il faut toujours rappeler cela. On l’a beaucoup occultée, cette première loi. D’ailleurs, pour la commémoration de l’abolition de l’esclavage, peu a été fait, il faut bien le dire. Beaucoup de bruit pour rien, c’est dommage. Les commémorateurs n’ont pas été à la hauteur.

Autre chose, si je puis dire, qui me rend sensible à ces femmes noires : tout simplement leur beauté, la couleur noire de la peau qui s’ouvre, qui prend en rose : les mains et le reste, c’est magnifique. Nous n’avons pas cela dans le corps occidental qui se prête à cette espèce de boucherie exhibée dans ces magazines pornos terrifiants que je lisais quand j’avais 15 ans. C’était atroce, cela pouvait dégoûter à tout jamais du corps féminin. Et puis il y a l’assurance que manifestent ces femmes issues de peuples qui ont fait montre d’une magnanimité extraordinaire à l’endroit des occidentaux que nous sommes, magnanimité dont nous n’avons certes pas fait preuve, nous, à leur égard (les formidables missionnaires, femmes et hommes qui dès la fin du XVIème siècle, avec une foi et un courage proches de la folie, transportaient Dieu, leurs soins, leurs artisanats, leur école aux antipodes, y transportaient aussi leurs préjugés). Autant les Blancs ont été violents avec les Noirs importés -et cela dure encore chez les descendants : nier le crime par plus de crime encore-, autant eux ont répondu par de grands mouvements non-violents, religieux du reste. Bien sûr, il y a eu des mouvements violents mais ils n’ont pas tenu très longtemps. La musique a beaucoup aidé à cette libération, le gospel, le blues, le jazz… Le chant a transporté la révolte à un autre niveau. C’est un très bel exemple d’une autre possibilité de prise de conscience et de revendication d’existence. On en voit le résultat aujourd’hui, en Amérique notamment. Ils ont « eu » les Blancs par la musique, un phénomène très rare dans l’histoire. C’est aussi en ce sens là que cette figure de femme s’est imposée à moi. Il s’agit de toute façon d’une figure réelle, à laquelle j’ai donné une certaine ampleur. Je m’en explique dans la préface.

Dans ce livre, j’ai voulu rendre justice à l’intensité des moments d’adolescence et rendre compte du mouvement, de l’ordre des passions qui m’agitaient à cette époque. Que les troubles de croissance et l’incessant reproche paternel et autre me faisaient alors prendre pour du désordre et de la velléité.


Pourquoi ce lien entre les événements de ta vie et des interrogations métaphysiques, religieuses : Dieu, Adam et Eve, le Christ, la Vierge… ?

J’ai vécu enfant dans un monde « naturellement » religieux : un autel, un presbytère étaient pour moi aussi mystérieux que le plus riche des palais : les oratoires, les croix aux carrefours, etc.

Aujourd’hui, on mesure l’ignorance dans laquelle beaucoup, même proches, sont et restent de la chose religieuse. La virginité de Marie, la notion de la Trinité, par exemple, l’histoire de la Chrétienté… On voit bien, à la lecture d’Arrière-fond, qu’à l’époque je ne crois plus à une vérité « scientifique » de ces récits bibliques mais la mythologie judéo-chrétienne reste à mes yeux extrêmement puissante. Il s’agit d’une extraordinaire fiction. A-t-on jamais fait mieux ? Tout y est : la splendeur, le néant, la dégradation, le corps crucifié, le corps glorieux… Les personnages de l’Ancien Testament, que je ne sépare pas du Nouveau. Judaïsme, christianisme, est-ce si éloigné que cela, d’autant que l’un et l’autre sont multiples, ont évolué, régressé puis re-évolué ? Il n’y a guère plus de différence qu’entre l’Antiquité et le premier monde chrétien. Par la force des choses, la Bible se situe dans l’Antiquité puisque le Christ crée notre ère. Les figures de Joseph, d’Abraham, de Judith… sont pour moi des figures familières. Saül (le « désiré ») est aussi un formidable personnage, qui se trouve, dans le livre, très amplifié (que le jeune berger poète David l’ait aimé, charmé à la harpe puis.). J’ai voulu sauvegarder ces espèces d’hallucinations que j’avais autrefois (des « pustules » pour Saül, alors qu’elles sont sur Job), c’est pourquoi j’écris dans la préface que mes élans, troubles, etc. de l’époque, je pourrais les faire miens aujourd’hui. Dans mes années d’adolescence, Dieu est un être extrêmement présent, familier. Je le vois, j’en rêve. C’est lui mon véritable père. C’est lui qui a mis le germe de la poésie en moi, sans que je le veuille forcément. J’aurais pu vivre mieux, autrement. Je ne m’identifie pas à Saül mais c’est un personnage avec qui je suis en sympathie. Il refuse que Dieu lui crée un destin. Il en est heureux mais en même temps ce choix le mène à la dépression, à la folie. Il est l’une des premières grandes figures tragiques d’Israël. Haendel lui a dédié un magnifique oratorio. Je crois que Gide a écrit un Saül. Enfin Saül, c’est aussi saint Paul -son opposé.


Par ailleurs, il est beaucoup question du sexe dans la Bible.

Quand j’avais 11 ans, ma mère m’a offert la Bible du Chanoine Crampon, qui est une Bible complète, quoique un peu édulcorée, mais bien faite et bien expliquée, très claire. C’était un texte qui me faisait peur justement à cause de son contenu sexuel. Il y avait beaucoup d’écoulements, de pustules, de plaies… Ça suppure beaucoup dans la Bible comme dans certaines vies de saints chrétiens.

Un petit catholique est amené à chanter très tôt la virginité, c’est-à-dire la non-sexualité de la Vierge. On lui dit que la figure la plus extraordinaire au monde c’est le Christ, qui est né sans acte sexuel. Comment ne pas faire siennes ces vérités ? L’idée que rien de grand ne peut se faire par la sexualité s’imprime en lui. Que de peintres ont tourné autour de cela ! Les peintres allemands, notamment, ont traité le couple, la Vierge, ses formes, son mystère… Peut-être que pour agir sur le monde, agir dans l’histoire, faut-il être vierge, être né d’une mère qui n’a pas connu l’acte sexuel… Pour un enfant, l’idée que chacun est fait à l’image de Dieu, Dieu étant aussi le Christ, voilà qui ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd. Nous naissons à Leur image, c’est-à-dire autrement que par un acte sexuel. À l’image d’Un qui est de tout temps et d’Un dont la conception et la naissance… imaginer pour le Christ un fœtus ; plus avant encore, le spermatozoïde et l’ovule dont la rencontre Le crée !


J’ai été très frappé par l’importance de la nature, par la précision des descriptions.

Ce ne sont pas des descriptions. La Nature accompagne, précède, suit, au-dessus, au-dessous, à droite, à gauche, les actes humains. Il peut s’agir aussi bien du cosmos, du ciel, des autres planètes… Quand on a un esprit poétique, tout vient de là. On est à l’unisson de tout ce qui existe, du réel (contesté aussi comme tel), comme de l’invisible. C’est très frappant dans tous les drames de Shakespeare, la nature est là… avec une présence absolument pharamineuse. Je ne la vois pas comme un décor. Elle est invoquée parce qu’elle participe de l’acte poétique de l’écriture. La lune, par exemple, est très importante. Nous sommes en 1955 et elle est encore un astre non visité, mystérieux. Le soleil, l’eau, la végétation, les animaux, leur capture, leur compagnonnage, ont aussi une fonction très importante… Ce n’est pas d’aujourd’hui que le règne animal a cette importance pour moi. Le discours sur l’animal n’est pas chez moi un discours moral. C’est un discours de Raison. Les choses les plus fortes, les plus violentes même, passent non pas par le bon sens mais par la Raison. J’entends parfois, à la radio ou autre, des discours qui me choquent profondément. On écoute quelqu’un faire des développements culturels très savants et, tout à coup, la même personne affirme soudain que l’animal est un être inférieur qui doit servir l’homme, au nom de je ne sais quelle affaire d’affrontement sacré (car il faut mettre du sacré partout, bien entendu) avec la « bête ». Je ressens aujourd’hui ce discours comme un discours ennemi, peu loin d’un discours nazi. Je comprends très bien que l’on puisse avoir une idée très différente des animaux, que l’on se cantonne, pour les penser, dans une pensée de type anthropomorphique temporellement limitée. Mais si l’on fait jouer la grande Raison, ces propos n’ont aucun sens. « Règne » animal, « règne » végétal, ce sont des termes que nous avons appris à l’école. De plus, devons-nous oublier que nous avons nous-mêmes été, dans notre évolution, des animaux ? Ne sommes-nous pas d’ailleurs souvent pires qu’eux, pire que les pires animaux. Si l’on ne pense pas avec cette grande Raison, à quoi bon penser, à quoi bon écrire, peindre, faire du théâtre… ? Il faut considérer qu’il y a d’autres règnes, d’autres histoires, d’autres raisons à côté des nôtres. Ne pas en tenir compte nous expose à des réveils difficiles. Je rappelle d’autant plus cela que nous avons longtemps cru que certaines populations humaines ne l’étaient pas à part entière. Ce fut un grand débat dans l’Espagne du XVIe siècle. Les Indiens découverts par les Espagnols, qui sont amenés à Valladolid, sont au centre d’une grande controverse : sont-ils humains ? Des gens tout à fait bien nés et cultivés se posaient la question. Ces Indiens venaient de tellement loin, géographiquement, ils étaient si différents. Du reste, pour en revenir aux animaux, aucun saint n’a été leur contempteur. Tous les plus grands saints les ont impliqués dans leur grand amour. C’est vraiment le rôle de la poésie, au sens très large du terme, de rappeler cela.


Pourquoi ce refus chez toi de te considérer comme un « écrivain », comme quelqu’un qui pratique la « littérature » ?

Je suis ce que l’on m’a renvoyé comme image de moi. Quand Tombeau est sorti, tellement de gens ont dit que cela se situait au-delà de la littérature ! Je reçois de plus en plus de lettres de très jeunes lecteurs qui emploient les mêmes termes. C’était au fond ce que je voulais. J’ai écrit ce livre actuel dans cette tension-là. La grande dualité chez moi s’opère entre l’artiste et le saint. La sainteté n’est pas réductible à de l’humanitaire, de même que réduire l’art de la poésie à de la littérature est pour moi impensable. Je sais que ce que j’écris est aussi le fruit d’un travail considérable. Mais quand on me parle de mon « travail » (comme quand on me dit que je suis l' »écrivain » du « corps »), les bras m’en tombent ; j’ai horreur de ce mot. Il a été beaucoup utilisé autrefois, au cours d’une période que nous avons bien connue, toi et moi. Cette période a eu ses charmes et ses faiblesses. Il y avait comme une volonté d’égaler le travail manuel, ou le travail universitaire, bien que l’un et l’autre soient très différents. Quand je me mets dans la situation d’écrire, de retrouver le rythme de la poésie, le poisseux de mes figures, je me sens plus proche du sidérurgiste qui rentre dans la fournaise, du cureteur d’égout, ou même du paysan qui entame son champ, que de l’universitaire qui travaille avec un cadre préétabli et sait d’avance où il va. Or c’est une chose extraordinaire que d’avoir une immensité devant soi, même étroite (en fait, on a le monde devant soi), et de devoir la transformer, de ne pas savoir où l’on va. Je comprends mieux les sportifs, les gens du cirque, ceux qui font quotidiennement des actes risqués. Les acteurs, aussi, les interprètes. J’ai découvert cela quand j’ai fait de la scène. J’ai vu les coulisses, la peur, je l’ai moi-même éprouvée. Coma le montre. Il n’y a pas de pathos, c’est la réalité. Quand je m’apprête à écrire du texte rythmé, j’ai très peur, j’éprouve une angoisse, je me sens très seul aussi. Pareil quand je vais dicter. Je ne veux pas en faire une histoire, c’est juste la réalité. Je refuse aussi bien les discours « blanchotiens » sur le risque lié à l’écriture… J’ai simplement constaté qu’effectivement, ce n’était pas un acte anodin. J’ajoute que la peur se double en même temps d’un plaisir à nul autre pareil. Et c’est quand je fais une lecture de ce je nomme le texte « en langue » (rythmé, re-accentué, elliptique ou distendu) que je mesure que, oui, ce n’est plus, du moins pour aujourd’hui, de la « littérature » : si je le lisais tel que je l’ai entendu en le faisant, il y aurait de quoi faire rougir un bataillon..Mais la chose se fera un jour, peut-être sans moi.

Quand je vois aussi l’usage social que l’on fait de la littérature pour régler des comptes les uns avec les autres, les renvois d’ascenseur dans la presse, l’ignominie de tout cela me pousse à refuser les termes en question. Il faut dire que le structuralisme, en niant l’inspiration, qui est certes une réalité difficile à penser, a contribué à développer ce type de discours sur le « travail ». On devrait plutôt faut relire les grands philosophes, Platon, Aristote…, les grands poètes aussi, comme Milton, Hugo… C’est une réalité après tout, l’inspiration. Pourquoi aurait-on à en rire ? Si l’art à un tel prestige c’est qu’il participe bien de quelque chose qui n’a pas épuisé son mystère. Les tableaux, les œuvres d’art, les textes, les partitions sont ce qu’il y a de plus précieux dans l’histoire du monde. Quand on ne retrouve pas de restes suffisamment tangibles de l’histoire de l’humanité (même les momies, les petites cuillères, les crânes ne nous touchent pas tout à fait), qu’avons-nous ? On a les gravures de Lascaux (une trace de l’esprit, du cœur, de l’humeur de l’artiste d’alors, la trace de l’invention, c’est cela qui nous touche le plus, et tous), on a Titien… Les aura-t-on toujours ? Dans le domaine de la langue, il faudra bien que la grande poésie continue. Elle continuera. Je ne vois pas non plus la fin de la langue française. Les grandes choses ont du mal à mourir. C’est une vieille langue maintenant, elle attend seulement qu’on la bouge à nouveau. Il n’y a pas encore de langue européenne. Aujourd’hui, loin de la Deuxième Guerre mondiale, quand on « aime » il faut prendre, et jouir. L’idée de se priver de ce que l’on aime, de ce dont on pourrait jouir, pour en faire quelque chose de plus fort, de se servir de cette jouissance contenue pour en faire quelque chose de plus puissant, a hélas presque disparu. L’idée, aussi, que l’on soit ça et ça et ça en même temps semble aussi impossible à assimiler aujourd’hui. C’est une violence faite aux gens de leur faire croire que s’ils pensent une chose, ils ne peuvent pas en penser une autre. On avait ce type de discours autrefois dans les familles bourgeoises et ailleurs. On disait d’un enfant qui avait un sens poétique qu’il ne pouvait pas être un esprit pratique. S’il avait l’esprit de finesse, il ne pouvait pas avoir l’esprit de géométrie : même ma mère cédait à ce discours : l’inaptitude de l’artiste à la vie. J’ai beaucoup souffert de cela. C’était une gêne permanente, un abaissement incessant. Moi je me sentais les deux. J’ai toujours eu un besoin de science. Quand je lis l’histoire des découvertes, cela me touche charnellement, sexuellement. Mon besoin de science a toujours été égal à mon besoin de femmes.

Par Jacques Henric, , publié le 20/03/2010 | Commentaire (1)
Dans: Dossiers, Frances, Pierre Guyotat | Format:

Le drame même de la création

Paru dans art press, no 263, avril 2006, sous le titre « En humble laboureur de la langue ».

Pierre Guyotat : Coma. Editions Mercure de France, 2006.

 

En décembre 1981, au terme, selon ses propres mots, de « toute une année d’effondrement progressif, physique, physiologique et même social », Pierre Guyotat est trouvé inanimé dans sa petite chambre de la rue de la Gaieté. Il était tombé du lit de camp où il dormait et avait roulé sur le carreau. Catherine Brun, dans l’essai biographique qu’elle a consacré à l’auteur de Tombeau pour cinq cent mille soldats (livre adapté pour la scène de Chaillot par Antoine Vitez, au moment même où le corps de Pierre Guyotat atteignait son point de dégradation ultime), évoque avec beaucoup de tact la longue usure et l’état désespéré auxquels était parvenu Pierre Guyotat avant de perdre connaissance et d’être conduit par le SAMU dans le service de réanimation de l’hôpital Broussais. C’est sur ce long processus d’une dépression qui avait mis en péril sa vie que revient aujourd’hui Pierre Guyotat dans un superbe écrit, au titre lapidaire, Coma. « Ce récit, prévient-il dans son avant-propos, je le porte en moi depuis que, sortant au Printemps 1982, d’une crise qui m’avait amené au bord de la mort, je me contraignais à reparler en mon nom personnel ». Cette crise, Catherine Brun  – à partir de documents d’époque, de témoignages de proches de Pierre Guyotat, d’entretiens que celui-ci a donnés à des journaux –  en a décrit les phases et tenté d’en donner l’origine. Des amis en ont été les témoins impuissants et parfois maladroits. Ce fut probablement mon cas. Nous étions en mesure de percevoir les raisons extérieures, les plus évidentes, de cette lente consomption d’un organisme vivant : l’hostilité d’un milieu journalistique et éditorial, l’incompréhension d’une partie de la classe littéraire pour qui l’abandon par Pierre Guyotat d’une langue « normative » menait à une impasse, les censures répétées, les successifs refus éditoriaux des manuscrits et les combats épuisants auxquels ils contraignaient Guyotat, les divers maux physiques, les abus et les excès divers, de travail, de drogues, de médicaments, une alimentation déficiente… Tout cela, nous en étions conscients, et nous suivions, souvent au jour le jour, la progression du mal. Mais ce qui nous échappait, ce qui ne pouvait que nous échapper, c’était l’essentiel, et l’essentiel c’était le drame même de la création, de cette création-, qui se jouait depuis des années, depuis les premiers écrits, depuis Tombeau, mais bien avant encore, depuis la petite enfance de Pierre, depuis ses premières lectures à l’origine, pour une part, de sa vocation, depuis ses premiers poèmes et ses premiers dessins. Or, c’est de cet essentiel qu’il est question dans Coma. On pourrait, en faisant vite et gros (et pour une grande part faux), avancer que Coma se déroule selon la logique d’une sorte de chemin de croix christique. On aurait la succession des stations de la croix conduisant inéluctablement au sacrifice final. Sauf, et c’est en cela que la comparaison serait hasardeuse et illégitime, sauf que le Christ était, comme Artaud, un « suicidé de la société », plus exactement un « suicidé » de l’humanité, un innocent au milieu d’un monde coupable. Comme Sade, qui déclarait que ce n’était pas sa façon de penser qui avait fait son malheur, mais celle des autres. Pierre Guyotat n’est pas dans cette logique revendicative et accusatrice-là. Certes, le monde extérieur ne lui a pas fait de cadeaux. Suicidé de la société, on peut soutenir qu’il l’a été pour une large part. Mais il ne se pense pas en innocent dans un monde coupable. Tout au contraire, sa tâche, quasi surhumaine, dans son travail d’écriture, c’est précisément de prendre sur lui la monstruosité du monde. « Comment un médecin même savant, écrit-il,pourrait-il comprendre que mon épuisement ne procède que d’une torture d’ordre artistique ? » ; « …je ne souffre plus que d’une seule douleur, celle de cette langue dont je sais la beauté trop dure déjà pour moi-même (…)… cette langue dépasse ma pauvre force, elle va plus vite que ma pauvre volonté. Elle me scandalise, me fait rougir, à d’autres moments rire, non d’une langue de fou, mais d’artiste trop fort pour l’être humain, que je suis encore ; de prophète de moi-même donc ». La grandeur de Coma tient à ce que le récit d’une véritable descente aux Enfers – où souffrances physiques et morales, crises d’angoisses, humiliations subies au cours des internements psychiatriques, agressions physiques et psychologiques, deviennent le terrifiant quotidien de Pierre Guyotat –  est paradoxalement un chant indemne de toute récrimination, de toute plainte, de toute haine, un chant parfois étrangement pacifié. « Je suis quelquefois frappé ; dans les gares, où l’on me retient au bord du quai. Qui me frappe ? De quelle autorité ? Policiers, pères de famille, employés ? Je n’en éprouve aucune colère. Seuls mes os réclament justice ; je suis ainsi fait, que ce n’est jamais « moi », qui suis insulté, battu, repoussé, mais dans ma personne, quelque chose du dessus, une réalité organique, solidaire ou une solidarité historique, voire métaphysique, je ne me suis toujours ressenti, pensé, qu’en tant que médium, intermédiaire, messager. Et l’on m’a toujours beaucoup aimé comme tel, celui qui apporte la lumière ou celui qui la rétablit dans le cœur de l’autre ». Les mots qui reviennent le plus souvent dans Coma ? Doux , douceur … Une langue vécue comme « un doux bain de colère », une « insomnie douce », une « douceur tentatrice de ce chant », des « hommes rudes et doux », la « douceur des enfants », l’entrée dans la « dépression douce »…

Dans Coma, se mêlent présent et passé, personnages réels et grandes figures de l’Histoire et de la Mythologie. Les souvenirs surgissent, s’enchaînent, éclairent le moment présent, lequel en retour nourrit de sens nouveaux telle scène de l’enfance ou de l’adolescence, telle rencontre et tels instants vécus avec un homme ou une femme aimés. Mais l’humain n’est pas le seul centre des grandioses rêveries et de la pensée en perpétuelle effervescence de Pierre Guyotat. Il y a les bêtes, les objets les plus humbles, et le vaste univers. « Écrivant, je suis dans l’axe central de la Terre, mon existence d’humble laboureur de la langue est fichée dans cet axe, dans l’axe de ce mouvement, plus grandiose que le seul mouvement humain : le mouvement planétaire ».

C’est une vision poétique du réel qui impulse continûment le récit, lui communique son rythme, bouleverse la logique linéaire du temps. Le goût d’une confiture offerte par un ami, et voilà Pierre Guyotat transporté dans un désert du Nord Niger. La vue d’une boîte de petits pois et c’est le souvenir de sa tante qui surgit, survivante de Ravensbrück grâce à un reste d’une boîte de conserve trouvée dans une latrine du camp. Et quand, plus tard, commence l’agonie de sa tante sur un lit d’hôpital, l’auteur de Samora Mâchel arrange les oreillers et les cheveux de sa proche parente avec la même précaution et la même douceur qu’il met à caresser dans son écrit la chevelure de son héros. Vie d’un côté, littérature de l’autre ? « Un débat entre littérature et vie, oui, peut-être, mais pas entre ce que moi j’écris et la vie ; parce que c’est la vie, ce que fais ».