Les Suisses infligent un coup d’arrêt au fondamentalisme musulman

L’initiative pour une interdiction de la construction de minarets en Suisse a été acceptée par la population contre la majorité de la classe politique et médiatique, et surtout contre le politiquement correct qui a tenté de museler des débats.

C’est une surprise doublée d’une gifle : 57,5% des Suisses ayant voté ce week-end ont approuvé une initiative populaire visant à interdire la construction de minarets, alors que les sondages annonçaient au contraire une défaite des initiants. C’est aussi la volonté d’infliger un coup d’arrêt à l’islam militant, aux tendances fondamentalistes qui existent également dans les quelque 350′000 musulmans vivant en Suisse (5% des habitants), ainsi qu’une réaction à l’immobilisme et à la pensée unique qui entachent à ce sujet les autorités politiques, sans parler des médias.

Affiche MinaretsLa campagne ayant mené à cette votation populaire a en effet été marquée par une polémique sur les affiches des initiants : plusieurs communes – dont des grandes villes – ont refusé d’autoriser cette affiche (ci-contre dans son incarnation germanophone) condamnée par de nombreuses organisations, une chose pour le moins rare dans les votations populaires fédérales qui, tous les 3 mois, rythment la démocratie directe du pays. Le seul parti gouvernemental ayant soutenu cette initiative, l’Union Démocratique du Centre (droite nationaliste), est d’ailleurs régulièrement accusé de populisme dans ce sens.

L’affiche en question relève bien entendu d’une technique de communication agressive, offrant une vision simplifiée et provocatrice de la question. Les minarets ne sont pas en soi les symboles d’une domination sur notre pays, ni même d’un asservissement des femmes ; de la même manière que les clochers et les campaniles ne peuvent être parés de tous les maux du christianisme, ce sont formellement des constructions architecturales liées à la pratique et à l’esprit de la religion musulmane. Qu’une mosquée porte ou non un minaret n’a pas d’influence directe sur le message qu’on y distille, mais bien sur sa visibilité alentour.

D’un autre côté, les votations populaires sont systématiquement l’occasion de voir fleurir sur les panneaux d’affichages de telles simplifications des objets soumis au verdict du peuple. Cela a par exemple été le cas pour la votation – également ce week-end – sur l’initiative pour l’interdiction de l’exportation du matériel de guerre: le Groupe pour une Suisse sans armée a réussi à placer dans la publication officielle comme dans ses affichages une image de char de combat, alors que l’industrie suisse ne produit ni n’exporte de telles armes. On force le trait pour frapper les esprits (ce qui n’a pas empêché l’initiative d’être rejetée par 68% des Suisses).

Rien de tout cela ne justifie une censure de la part des autorités publiques, alors même que c’est le peuple – et non ses élus – qui étaient appelés à se prononcer. Le contenu de l’affiche incriminée exagère certes la portée du danger que porte le militantisme islamique, mais n’invente pas la burqa ou les minarets, ni même le fait que l’on voit de plus en plus de femmes voilées en Suisse. Tôt ou tard, la place de l’islam dans une société occidentale doit faire l’objet d’un débat public, même si cette initiative populaire – nécessairement réduite à la modification d’un article de la constitution, ce sont les limites de la démocratie directe helvétique – n’était sans doute pas le meilleur vecteur dans ce sens.

Pour avoir refusé d’ouvrir ce débat pendant des années, alors que les frictions entre les musulmans militants et les citoyens suisses se multipliaient, les autorités fédérales sont maintenant contraintes d’entrer en matière, et ceci par les craintes et par le rejet que la population a finalement pu exprimer. Il ne sert à rien de scander à tue-tête des accusations éculées telles que la discrimination (il  n’y en a pas : l’initiative n’interdit pas les mosquées ni les minarets existants) ou le racisme (il n’y en a pas : ce sont des pratiques et des valeurs qui sont rejetées, non une origine ou une ethnie). La majorité des Suisses pensent que l’islam peut poser problème. Il faut désormais des réponses.

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