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	<title>MondesFrancophones.com &#187; Blog</title>
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		<title>FRANTZ FANON, L&#8217;HOMME DE RUPTURE d&#8217;Abdelkader Benarab</title>
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		<pubDate>Thu, 02 Feb 2012 19:18:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>abenarab</dc:creator>
				<category><![CDATA[Afriques]]></category>
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<div id="attachment_4535" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/02/frantz-fanon-l-homme-de-rupture-d-abdelkader-benarab.jpg"><img class="size-full wp-image-4535" title="Frantz Fanon l'homme de rupture, d'Abdelkader Benarab" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/02/frantz-fanon-l-homme-de-rupture-d-abdelkader-benarab.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">Frantz Fanon, l&#39;homme de rupture, Paris, éd.  Alfabarre, 2010.</p></div>
<p style="text-align: justify;">Ce livre d&#8217;une centaine de pages dense et précis, présente Frantz Fanon dans un parcours atypique au cours d&#8217;une période où la lutte pour l&#8217;indépendance de l&#8217;Algérie était à l&#8217;ordre du jour. À travers ce combat, il est devenu un héros, frère des Algériens, ami de l&#8217;Algérie combattante, de l&#8217;Afrique en marche, de tous les émancipés et des hommes libres de tous les continents. Comment alors ne pas percevoir chez A. Benarab l&#8217;auteur, ce rappel à la mémoire, à l&#8217;histoire et à la maturité de l&#8217;esprit de Frantz Fanon né en Martinique et à peine âgé de 28 ans en ces temps durs des guerres de libération que connaissait l&#8217;Afrique et où se jouait son destin. Rien en effet ne prédisposait Frantz Fanon à une carrière aussi prestigieuse, souvent complexe et parfois controversée. Benarab a su avec ce livre et le privilège en référence aux travaux d&#8217;Edouard Said et de Homi Bhabha, de mettre en lumière F. Fanon et lui redonner une nouvelle existence grâce à la fécondité de son langage et surtout le poids des mots sincères à son endroit, déployés avec aisance et finesse tout au long de son récit.</p>
<p style="text-align: justify;">Le livre de M. Benarab explique la pensée de Fanon en permanence traversée par le rapport ambigu subalterne / hégémonique, culture populaire / culture dominante, suprématie culturelle / identité raciale, sans oublier de le distinguer sur les relations toutes aussi ambiguës d&#8217;ailleurs avec Jean Paul Sartre à propos de la préface de son livre Les Damnés de la Terre.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais la critique de l&#8217;époque, par une lecture biaisée n&#8217;a retenu de l&#8217;œuvre de Fanon que la violence. D&#8217;ailleurs il fut moins jugé pour son œuvre que pour l&#8217;Antillais qu&#8217;il était, au moment même où l&#8217;intelligentsia française &laquo;&nbsp;a tiré l&#8217;écriture de F. Fanon vers une violence fantasmée&nbsp;&raquo;. En vérité c&#8217;est la Révolution algérienne qui était visée à travers lui. A partir de ce travail de recherche laborieux, méticuleux d&#8217;un intellectuel qui a beaucoup lu et apprécié F. Fanon, l&#8217;auteur porte aussi un regard nouveau sur ce personnage hors du commun.<br />
Le 6 décembre 1961, à l&#8217;âge de 36 ans, Fanon décède des suites d&#8217;une leucémie à Washington. Il est d&#8217;abord inhumé au cimetière des martyrs à Tunis puis son corps fut rapatrié de Tunisie en Algérie indépendante qu&#8217;il aurait aimé voir en ces jours de gloire et de liberté. Il repose désormais parmi ses frères en terre algérienne avec son dernier vœu accompli.</p>

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		<title>Un extrait de Normal, dernier livre de Fred Romano</title>
		<link>http://mondesfrancophones.com/blog/en-librairie/un-extrait-de-normal-dernier-livre-de-fred-romano/</link>
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		<pubDate>Tue, 03 Jan 2012 12:47:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>fromano</dc:creator>
				<category><![CDATA[En librairie]]></category>
		<category><![CDATA[Livres]]></category>

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<p align="left"><strong><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/NORMAL_une.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-4362" title="NORMAL" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/NORMAL_une.jpg" alt="" width="159" height="238" /></a><br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">«Attention !  Je me dois de me surveiller. Des remarques trop intelligentes de ma part fragilisent ma couverture. Je ne dois jamais, au grand jamais, oublier que je ne suis qu’une adolescente de 16 ans. Ma mission est trop vitale pour que je laisse planer le moindre doute à ce sujet et de surcroît, je ne peux mettre en danger le succès de la première phase de l’opération, nommée Camp de Base, ou encore, dans nos communications internes, Entrisme et Sédiment. Car  ces mots ne font pas réagir le très stupide Échelon<a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/extrait%20normal%20fred%20romano.docx#_ftn1">[1]</a>, entièrement obsédé par des mots simplistes comme « bombe » ou « attentat », mais incapable de soupçonner le plus évident des doubles sens, la plus pauvre des associations d’idées. Mais cette sorcière de Barbara, bien plus vicieuse qu’Échelon, saute sur l’occasion, comme à son accoutumée. A peine ai-je ouvert la bouche qu’elle me provoque au-delà des limites de mon amour-propre. Elle est heureusement trop conne pour saisir la réalité de mon intelligence hors du commun, alors elle s’amuse follement avec ses clins d’œil prétendument culturels, étant par ailleurs  trop raciste pour appréhender la justesse de ses propres intuitions.</p>
<p style="text-align: justify;">- Notre petite de Beauharnais<a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/extrait%20normal%20fred%20romano.docx#_ftn2">[2]</a>, si brillante, comme d’habitude a mis le doigt sur le véritable problème. En effet, chère Nana, il faudrait que tu nous explique d’où tu tiens cette information, parce que c’est un peu facile de prêcher le vrai pour dissimuler le faux.</p>
<p style="text-align: justify;">Parfois Barbara m’appelle aussi Mademoiselle Dumas<a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/extrait%20normal%20fred%20romano.docx#_ftn3">[3]</a>, c’est sa façon à elle de me rappeler que je suis noire tout en soulignant qu’elle a fait au moins l’école secondaire. Si elle savait comme elle me fait plaisir, moi qui suis plus blanche que ma vipère de belle-mère, moi qui pleure du fond de mon aigre rousseur solitaire. Hippolyte, pour me consoler, prétend que probablement mon père Makalélé a eu des ancêtres albinos et que la loterie de la recombinaison génétique m’a donné la peau et l’apparence d’une anglaise, quand bien même je suis à 100% de sang Dogon<a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/extrait%20normal%20fred%20romano.docx#_ftn4">[4]</a>.  Cette idiote de Miou-Miou, un jour où elle avait trop navigué sur Internet, a postulé qu’il fallait chercher une cause à ma peau dans la globalisation et les jolies minettes anti-g voyageant dans le monde entier avec leurs seuls sacs à dos posés sur leurs points g, qui auraient attiré l’œil de mon vénéré père Makalélé. La petite salope cherchait ainsi à me signifier que France n’était peut-être pas ma mère, me rappelant à l’ordre pyramidal de la famille alors je lui ai flanqué une claque de Forum Social, une mandale à la Bové et la garce s’est calmée. Quant à la crétine de Josiane, il m’a suffi de la menacer pour qu’elle n’ouvre pas le bec. J’ai horreur qu’elles rapportent ces ragots sur le compte de mon père, bien que je les comprenne -puisque apparemment Makalélé a eu la sottise de baiser France sans capote- mais je ne supporte pas qu’elles le critiquent. Si Makalélé prétend que je suis à 100% de sang Dogon, en dépit de ma peau claire, de mes yeux bleus, de mes cheveux roux, et de ma naissance sur l’île de Formentera<a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/extrait%20normal%20fred%20romano.docx#_ftn5">[5]</a>, c’est qu’il doit avoir ses raisons et ce n’est pas à moi de le reprendre là-dessus. Heureusement, depuis que j’ai trouvé sur Internet ce livre d’un imam espagnol expliquant comment battre les femmes sans laisser de traces, non seulement leurs impertinences ont cessé, mais de surcroît leur rendement s’est amélioré. Leurs stupides erreurs de variables ont disparu de leurs invocations Java et leurs scripts ont ainsi gagné en efficacité dévastatrice.&nbsp;&raquo;</p>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
<div style="text-align: justify;">
<p><a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/extrait%20normal%20fred%20romano.docx#_ftnref1">[1]</a> Echelon est un programme militaire US de surveillance mondiale de la correspondance par Internet, réagissant à toute une liste de mots telle que terrorist, bomb, attentat, drugs, etc… La simplicité de ce programme, ou la naïveté de ses programmateurs, le rendent inutile dans le cadre de la lutte anti-terroriste, mais cependant il n’en demeure pas moins une redoutable et sournoise  agression au droit d’expression. Sur de nombreux forums Internet, il était possible et conseillé d’envoyer massivement la liste des mots Echelon, afin de rendre le programme de surveillance complètement fou. Adèle a bien entendu activement participé à cette manœuvre, coordonnant des envois de messages en collaboration avec le Chaos Club de Berlin.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p><a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/extrait%20normal%20fred%20romano.docx#_ftnref2">[2]</a> Joséphine de Beauharnais, maîtresse du Général Napoléon Bonaparte, était une quarteronne, métisse de sang noir, originaire de Martinique. Elle fit rétablir l’esclavagisme après la Révolution Française.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p><a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/extrait%20normal%20fred%20romano.docx#_ftnref3">[3]</a> Alexandre Dumas, le célèbre auteur des Trois Mousquetaires, était un métis de sang noir,  de peau sombre et de traits négroïdes.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p><a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/extrait%20normal%20fred%20romano.docx#_ftnref4">[4]</a> Ethnie de l’ouest de l’Afrique</p>
</div>
<div>
<p style="text-align: justify;"><a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/extrait%20normal%20fred%20romano.docx#_ftnref5">[5]</a> La plus petite des îles formant l’archipel des Baléares, en Méditerranée occidentale, appartenant à l’Espagne.  Formentera a été un haut lieu de la mouvance hippy, dans les années soixante-dix et quatre-vingt, et c’est dans cette ambiance qu’Adèle a été élevée. Mais comme beaucoup d’enfants de hippies, en révolte contre leurs parents jugés trop <em>cools</em>, elle s’est radicalisée.</p>
</div>

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		<title>Gene Vance in memoriam</title>
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		<pubDate>Sat, 10 Dec 2011 13:08:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Administrateur</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Moyens-Ages]]></category>

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		<description><![CDATA[Notre ami Eugene Vance est décédé le 14 mai 2011, quand son monoplace s&#8217;est écrasé à l&#8217;aéroport d&#8217;Arlington, dans l&#8217;état de Washington. Médiéviste et seizièmiste de grand renom, il a formé et influencé tout une génération de chercheurs. En poste à Yale, Emory et à l&#8217;Université de l&#8217;état de Washington, sa pensée hardie et aventureuse [...]]]></description>
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<p style="text-align: center;"><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/moyens-ages/gene-vance-in-memoriam/attachment/vance-photo/" rel="attachment wp-att-4431"><img class="aligncenter size-full wp-image-4431" title="vance photo" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/vance-photo.jpg" alt="" width="198" height="300" /></a></p>
<p>Notre ami Eugene Vance est décédé le 14 mai 2011, quand son monoplace s&#8217;est écrasé à l&#8217;aéroport <a href="http://seattletimes.nwsource.com/html/theblotter/2015071594_pilotkilledinarlingtoncrashiddasemeritusuwprof.html">d&#8217;Arlington</a>, dans l&#8217;état de Washington. Médiéviste et seizièmiste de grand renom, il a formé et influencé tout une génération de chercheurs. En poste à Yale, Emory et à l&#8217;Université de l&#8217;état de Washington, sa pensée hardie et aventureuse a modifié le champ des études médiévales et s&#8217;est exprimée dans une série de livres pionniers. Je l&#8217;ai rencontré à Cerisy en 1977; depuis lors sa pensée n&#8217;a cessé de m&#8217;accompagner. En 1980, dans la Sierra Nevada, à travers un antique rituel, Gene, Stojan Athassov, Howard Bloch et moi-mêmes scellâmes un lien indissoluble. Nous ne nous rendons pleinement compte de l&#8217;importance  qu&#8217;un être a eue pour nous que lorsque nous le perdons : Gene fut pour moi un grand frère intellectuel et moral.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/moyens-ages/gene-vance-in-memoriam/attachment/vance1vance1/" rel="attachment wp-att-4438"><img class="size-full wp-image-4438 alignleft" title="vance1VANCE1" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/vance1VANCE1.jpg" alt="" width="150" height="150" /></a></p>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/moyens-ages/gene-vance-in-memoriam/attachment/vance-4vance-4/" rel="attachment wp-att-4432"><img class="size-full wp-image-4432 alignleft" title="Vance 4VANCE 4" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/Vance-4VANCE-4.jpg" alt="" width="150" height="150" /></a><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/moyens-ages/gene-vance-in-memoriam/attachment/vance-5vance-5/" rel="attachment wp-att-4433"><img class="size-full wp-image-4433 alignleft" title="vance 5VANCE 5" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/vance-5VANCE-5.jpg" alt="" width="150" height="150" /></a></p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-4434" title="Vance3VANCE3" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/Vance3VANCE3.jpg" alt="" width="150" height="221" /><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/moyens-ages/gene-vance-in-memoriam/attachment/vance2vance2/" rel="attachment wp-att-4437"><img class="alignnone size-full wp-image-4437" title="Vance2VANCE2" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/Vance2VANCE2.jpg" alt="" width="150" height="223" /></a></p>
<p>Mais laissons la parole à Howard Bloch, qui, mieux que quiconque, a su dire ce que Gene était pour nous tous.</p>
<p>&nbsp;</p>
<table border="0" cellspacing="0" cellpadding="10">
<tbody>
<tr>
<td valign="top" width="377">&laquo;&nbsp;Je ne peux pas penser à Eugène Vance sans me remémorer une excursion de camping en été 1980. La Société Rencesvals avait 0rganisé une colloque à Berkeley, après lequel Gene, Alexandre Leupin, un médiéviste bulgare du nom de Stoyan Atanassov, et moi-même partîmes dans les Sierras pour pêcher à la ligne et parler de l&#8217;épopée médiévale française. Le voyage fut un malentendu dès le départ. Stoyan avait dépensé son maigre salaire pour une paire de jeans bleus, et, dans la voiture, se plaignait que mon chien était Simon les salissait en bavant dessus, avant qu&#8217;il ait pu les porter fièrement à son retour en Bulgarie. Le chien finit par s&#8217;asseoir sur le siège avant, avec Gene, Alexandre, et Stoyan coincés sur la banquette arrière. Leupin avait fait le voyage à partir de Genève avec l&#8217;illusion que l&#8217;été en Californie devait être torride, et il n&#8217;avait pas de vêtements adaptés à Berkeley, et encore moins à l’altitude de la Sierra Nevada. Stoyan se sentait tellement libéré de l&#8217;oppression des communistes de Sophia qu&#8217;il  commença à boire directement l’eau de la rivière Little Truckee ; il fut pris d&#8217;un cas phénoménal de Giardia, salit ses jeans de l&#8217;intérieur, effaçant ainsi un peu de l’opprobre qui accablait mon chien Simon. Ne sachant pas vraiment quoi faire, j’allai au village, et j’achetai une grande bouteille de whisky. En la consommant autour du feu, nous parlâmes de la nature du signifiant dans la France du XIIe siècle. Gene se leva. Il était grand, et, dans la nuit, les flammes vacillantes lui donnaient des proportions presque mythiques. Agitant un long doigt de réprimande à notre intention, il  commença à donner une conférence sur saint Augustin, jusqu&#8217;à ce qu&#8217;il prenne l&#8217;aspect de l&#8217;évêque d&#8217;Hippone lui-même. Aucun de nous ne s’est jamais remis de cette grande leçon autour d&#8217;un feu de camp : Gene nous avait convaincus qu’Augustin avait été le penseur essentiel du millénaire auquel nous consacrions notre vie. Plus que nul autre, saint Augustin autre avait réussi à lier les signes du langage  à l’individualité, à l&#8217;érotisme, à la vie sociale et à la métaphysique.Pour moi, ce souvenir saisit Gene à son zénith : intensément engagé dans le monde des idées et des œuvres, qu’il rendait vivantes et présentes avant nous tous, impitoyable dans sa volonté de convaincre les autres de ce qu&#8217;il avait trouvé un gisement de vérité si riche qu’ aucun être doué de raison ne pouvait la manquer, fiévreux  dans sa lutte avec les grandes questions, conscient, tout comme saint Augustin, une fois encore, que personne ne peut les épuiser dans le courant d’une vie. L’intellect et la personnalité piaffants de Gene furent un défi pour ceux qui l’entouraient; sa joie espiègle à renouveler les anciennes idées fut une source d&#8217;inspiration et de plaisir; nous nous sommes tous sustentés de sa persistante opiniâtreté et de sa générosité parfaite. Gene était un ami très fidèle, une âme sentimentale, un homme complexe en qui l’on pressentait de grandes détresses. Il était étonnamment ouvert sur les sujets intimes, et pourtant je n&#8217;ai jamais senti que je le connaissais à fond, jusqu’au bout. Gene aurait pu faire des études de médecine auxquelles la tradition familiale le destinait. Il choisit une voie plus incertaine, celle des défis intellectuels qui le menèrent de l&#8217;anglais  au français, à la religion et à l&#8217;histoire de l&#8217;art. Gene était grand, il était sportif, il était actif, il était une légende dans notre petit monde timide. Jeune homme, il travailla dans la construction en Alaska, traversa l’Atlantique dans un petit voilier et était un motocycliste sans peur. Il  skia en compétition. Il pêchait dans des endroits des rivières dans lesquels aucun de nous n’aurait osé s’avancer, à l&#8217;exception des fils de Gene, Adam et Jacob. Intellectuellement, Gene s’est avancé en des territoires que nul des nôtres n’avait osé baliser, et les résultats furent souvent immédiats et éblouissants ; plus d&#8217;une fois, avec envie, je me suis demandé pourquoi je n’y &#8216;avais pas pensé en premier. Gene était férocement compétitif, et pourtant, au cours des dernières quarante années, il collabora généreusement avec une cohorte de savants de son âge et de jeunes qui ont renouvelé le domaine des études du Moyen âge et de la Renaissance. La proximité avec laquelle nous avons tous travaillé ensemble fait penser à un discours d’après-dînée qu’Alfred Edward Housman fit à Trinity College, à Cambridge: « Cette grande université, cette ancienne université, a vu se passer certaines choses étranges. Elle a vu Wordsworth saoul et Porson sobre. Et me voici, meilleur poète que Porson, meilleur érudit que Wordsworth, coincé entre l’envers et l’endroit ». Le décès de Gene nous laisse tous immobilisés entre l’envers et l’endroit. Sans lui, nous ne pourrons pas aller plus loin dans le projet critique qui a été notre vie. Et pourtant, l’exemple de son courage et le legs de sa vie et de ses écrits  vit toujours en tous ceux qui ont eu le privilège de l&#8217;avoir connu ; de sorte que l&#8217;hommage le plus affectueux que nous puissions lui rendre est de continuer à porter la torche, et l’oriflamme de Roland, que Gene alluma et partagea avec nous tous.&nbsp;&raquo;</td>
<td valign="top" width="353">&laquo;&nbsp;I cannot think of Eugene Vance without bringing to mind a camping trip in the summer of 1980.  The Société Rencesvals had met in Berkeley, and when the meeting ended, Gene, Alexandre Leupin, a Bulgarian medievalist by the name of Stoyan Atanasov, and I left for the Sierras for some fishing and talk of the Old French epic.  The trip was a misunderstanding from the start.  Stoyan had spent his meager stipend on a pair of blue jeans, and complained in the car that my dog Simon was dirtying them before he could wear them proudly back to Bulgaria; the dog ended up sitting in the front seat, with Gene, Alexandre, and Stoyan in the back.  Leupin had travelled all the way from Geneva with the illusion that summer in California was warm, and had no clothes suitable for Berkeley, much less the Sierra high country.  Stoyan felt so liberated from the oppression of communist Sophia that he began drinking directly from the Little Truckee River, caught a walloping case of giardia, soiling his jeans from within, thus removing some of the opprobrium from my dog Simon.  Not knowing quite what to do, I drove to town and bought a large bottle of whiskey.  As we consumed it around the campfire, talk turned to the nature of the signifier in twelfth-century France.  Gene stood up.  He was tall, and the flickering flames made him taller, almost mythic.  Waving a great long finger of admonishment at the others, he began to lecture on Saint Augustine until he took on the aspect of the Bishop of Hippo himself.  None of us ever recovered from that great lesson around a campfire in the course of which Gene convinced us that Augustine was the thinker of the millenium to which we had devoted our lives because he more than any other had managed to link verbal signs to the personal, the erotic, the social, and to metaphysics.For me, this memory captures Gene at his best&#8211;intensely engaged in a world of ideas and works, ahead of all of us in his making them real in the here and now, unrelenting in his will to convince others that he had hit a vein of truth so rich that no rational person might miss it, restless in the ways in which he wrestled with big issues, aware, again like Augustine, that no one presses them fully to the ground while in the flesh.  Gene’s intellectual&#8211;and personal&#8211;restlessness was a challenge for those around him; his impish joy in making old things new, a source of inspiration and pleasure; his prodding persistence, the purest generosity from which we all took sustenance.  Gene was an incredibly loyal friend, a sentimental soul, a complicated creature in whom one sensed pools of trouble.  He was incredibly open about intimate things, yet I never felt I knew him to the root, core.  To the manner born, Gene could have headed off to medical school to which he was destined.  Yet, he took a riskier path, took on the intellectual challenges that propelled him from the field of English, to French, to Religion and History of Art.  Gene was big, he was physical, he was active, he was the stuff of legend in our timid little world.  As a young man, he worked construction in Alaska, sailed a small boat across the Atlantic, and rode off on a motorcycle.  He skied hard.  He fished hard, stepping in places in the river that none of us, with the exception of Gene’s sons Adam and Jacob, would dare go.  Intellectually, Gene went places that none of us would dare go, and the results were often direct and dazzling, and made me wonder with envy more than once why I hadn’t thought of that first.  Gene was fiercely competitive, yet, over the last forty years, he also collaborated unselfishly with a cohort of scholars his age and younger who reshaped the field of medieval and renaissance studies.  The closeness with which we all worked together brings to mind an after-dinner speech that A.E. Housman once delivered at Trinity College, Cambridge: “This great college, this ancient university, has seen some strange sights.  It has seen Wordsworth drunk and Porson sober.  And here am I, a better poet than Porson, and a better scholar than Wordsworth, betwixt and between.”  Gene’s passing leaves us all betwixt and between.  Without him, we won’t go any further in what has been our life-defining scholarly project.  Yet, the example of his courage and the legacy of both his writings and his life resonate in all lucky enough to have known him, so that the most loving tribute we might pay is to continue to carry the light, like the “oriflamme” of Roland, that Gene so willingly lit and shared with all of us.&nbsp;&raquo;</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p>R. Howard Bloch, Éloge funèbre lu par Steve Nichols pendant le service en mai 2011</p>

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		<title>Les Voies de la créolisation, essai sur Édouard Glissant, par Alain Ménil.</title>
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		<pubDate>Tue, 06 Dec 2011 21:43:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Administrateur</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Édouard Glissant]]></category>
		<category><![CDATA[Caraïbes]]></category>
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		<description><![CDATA[Ce livre s’intéresse essentiellement aux essais publiés par Édouard Glissant et à sa pensée du concept de créolisation, ainsi qu’à  la manière dont l’écrivain envisage la géopolitique de l’archipel, en regard de l’histoire des Antilles. Veuillez cliquer ici pour plus d&#8217;informations sur l’ouvrage.]]></description>
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<p>Ce livre s’intéresse essentiellement aux essais publiés par Édouard Glissant et à sa pensée du concept de créolisation, ainsi qu’à  la manière dont l’écrivain envisage la géopolitique de l’archipel, en regard de l’histoire des Antilles.</p>
<p>Veuillez cliquer <a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/carte-A.-Ménil.pdf">ici</a> pour plus d&#8217;informations sur l’ouvrage.</p>

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		<title>De l’Afrique aux Antilles : le dialogue de deux sages</title>
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		<pubDate>Tue, 06 Dec 2011 21:35:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mherland</dc:creator>
				<category><![CDATA[Afriques]]></category>
		<category><![CDATA[Economies]]></category>
		<category><![CDATA[Frances]]></category>
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		<description><![CDATA[Thierry Michalon et Ebézéner Njoh Mouelle : l’État et les clivages ethniques en Afrique [i] Deux intellectuels de bonne volonté dialoguent de part et d’autre de l’Atlantique : un Camerounais, Ebézéner Njoh Mouelle, universitaire, ancien ministre et un Français, Thierry Michalon, universitaire lui aussi, qui a effectué une partie de sa carrière en Afrique avant de se [...]]]></description>
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<div class="mceTemp" style="text-align: left">
<dl>
<dt><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/Mouelle-Michalon.jpg"><br />
<img class="size-full wp-image-4411 " src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/Mouelle-Michalon.jpg" alt="" width="235" height="363" /></a></dt>
<dd>Thierry Michalon et Ebézéner Njoh Mouelle : l’État et les clivages ethniques en Afrique <a title="" href="/Users/Jess/Downloads/Art%20NM%20-%20TM%20(MF).doc#_edn1">[i]</a></dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify">Deux intellectuels de bonne volonté dialoguent de part et d’autre de l’Atlantique : un Camerounais, Ebézéner Njoh Mouelle, universitaire, ancien ministre et un Français, Thierry Michalon, universitaire lui aussi, qui a effectué une partie de sa carrière en Afrique avant de se retrouver aux Antilles françaises, en Martinique. Tous les deux auteurs d’ouvrages décapants dans lesquels ils ne se privent pas de mettre le doigt là où ça fait mal<a title="" href="/Users/Jess/Downloads/Art%20NM%20-%20TM%20(MF).doc#_edn2">[ii]</a>. Les malheurs des Africains indépendants d’un côté, et le malaise des Antillais toujours dépendants de la France de l’autre, sont connus. Encore faut-il les comprendre et être prêt à proposer des solutions – en acceptant, certes, le risque qu’elles soient contestées. Thierry Michalon et E. Njoh Mouelle ont fait, chacun de leur côté, cet effort de compréhension et ils ont pris ce risque. Ils confrontent leurs points de vue dans <em>l’État et les clivages ethniques en Afrique</em>, un ouvrage bref mais dense et qui déborde d’ailleurs largement le thème indiqué par le titre. <em></em></p>
<p style="text-align: justify">Deux auteurs, donc, deux honnêtes hommes, « pessimistes actifs » qui, sans se cacher l’ampleur des difficultés, conservent l’espoir du monde meilleur dont ils cherchent à définir les contours. Ils sont amis, ce qui ne les empêche pas d’aboutir souvent à des constats de désaccord, par exemple lorsqu’il s’agit de peser la responsabilité de l’Occident dans les malheurs du continent africain. Ces points de divergence entre eux ne sont pas les moins instructifs, et ce aussi bien pour les auteurs – qui sont contraints de s’interroger sur la validité de leurs arguments – que pour nous lecteurs – obligés que nous sommes à réfléchir par nous-mêmes puisqu’aucune « vérité » ne nous est imposée.</p>
<p style="text-align: justify">Th. Michalon est un constitutionnaliste. Un temps partisan d’un « fédéralisme ethnique » pour les États africains, il défend maintenant un modèle de démocratie « consociative » (« un type d’État <em>unitaire</em> fondé sur la représentation – à la proportionnelle – des citoyens selon leurs appartenances communautaires, culturelles, identitaires »), s’étant rendu compte que la fameuse « solidarité » africaine, dont on fait si grand cas, a surtout pour effet de faire peser sur les individus des contraintes (familiales, claniques, etc.) qui s’opposent à l’intérêt général bien plus qu’elles ne le favorisent. D’où l’idée qu’il est préférable de confier l’essentiel des responsabilités en matière politique à l’État central plutôt qu’à l’échelon local, pourvu que soit assurée une représentation équitable de toutes les composantes de la société. L’État central, plus « éloigné » de la population, est davantage capable en effet d’imposer les règles de droit. Il devra s’appuyer pour ce faire sur des corps d’élite de préfets et de magistrats, ses instruments au service d’une « déconcentration solide ».</p>
<p style="text-align: justify">Un tel schéma soulève néanmoins des objections. E. Njoh Mouelle remarque par exemple que les groupes les plus faibles numériquement ne pourraient jamais faire prévaloir leur point de vue (à moins qu’il ne coïncide avec celui de la majorité). Il est vrai que Th. Michalon fait preuve là-dessus de beaucoup d’optimisme puisqu’il soutient que la démocratie s’avère la procédure efficace pour faire émerger les compromis indispensables entre les intérêts particuliers, dès lors que « l’égalité face à la règle » est garantie. Sans doute, mais peut-on lui demander, comment émergeront les corps d’élite chargés de faire respecter les lois dans des pays gangrénés par la corruption et le népotisme ? Même en admettant que l’on puisse former des cadres compétents et intègres à l’étranger, et leur assurer un revenu suffisant pour qu’ils ne soient pas immédiatement tentés de s’enrichir aux dépens de la collectivité, les préfets et magistrats seront soumis à l’autorité de responsables politiques élus, en position de leur imposer des décisions contraires à l’intérêt général. Que l’on songe simplement à ce qui se passe dans un pays comme la France, pourtant « patrie des droits de l’homme », où la justice n’est toujours pas vraiment indépendante après des siècles d’apprentissage de la démocratie ! Comment croire, au vu de cet exemple, qu’un simple changement des institutions suffirait à mettre fin aux problèmes les plus graves que rencontrent les États africains ?</p>
<p style="text-align: justify">Sans doute n’y a-t-il aucune raison de désespérer de l’Afrique sur le long terme. Mais en attendant, il est frappant que les deux auteurs – bien qu’ils divergent sur les causes – se rejoignent sur le constat qui a fait tellement hurler venant du président Sarkozy : « L’Africain n&#8217;est pas encore dans le coup de l&#8217;organisation moderne et industrielle de la production. Il continue de se comporter, par rapport au temps, selon le mode induit par l&#8217;organisation préindustrielle de la production » (E. Njoh Mouelle). « Les sociétés africaines s&#8217;avèrent peu aptes au développement de l&#8217;économie de marché, la culture prévalant en leur sein décourageant l&#8217;investissement, le profit, la réussite personnelle, etc. » (Th. Michalon). En admettant que ce constat soit fondé, est-il malgré tout possible d’accélérer la marche de l’Afrique vers le progrès ?  Faut-il compter, comme le fait E. Njoh Mouelle, sur l’apparition d’un homme providentiel ? Si la proposition peut choquer – et elle ne manque pas de faire réagir Th. Michalon – n’a-t-elle pas néanmoins quelque chose de séduisant ? Car il est vrai que certains pays ont connu un développement particulièrement remarquable sous la houlette d’un dictateur éclairé, Singapour étant peut-être le cas le plus emblématique. On ne peut pas ne pas voir combien ce serait stimulant pour tous les pays de l’Afrique sub-saharienne si l’un d’entre eux au moins donnait l’exemple d’une réussite semblable. Nous n’en sommes malheureusement pas là pour l’instant, puisque les pays jadis les plus exemplaires comme le Sénégal (pour son régime politique) oula Côte-d’Ivoire (pour ses performances économiques) sont entrés en décadence. Les dictateurs ne manquent pas en Afrique, hélas, les lumières leur manquent !</p>
<p style="text-align: justify">Il est impossible, dans le cadre d’une brève recension, de rendre compte de l’ensemble de ce livre, petit par le nombre de pages mais très dense quant aux idées qu’il met en avant. Pour autant, on ne saurait faire l’impasse sur l’avant-dernier chapitre, intitulé « Dans les territoires insulaires français, des blocages semblables à ceux de l’Afrique ? », car lesdits territoires (Corse comprise) sont caractérisés par une forte résistance à la règle et par une faible légitimité de l’État, deux traits qui ne sont pas sans rapport avec ceux que l’on peut observer dans les « démocraties » à l’africaine. Les mêmes maux appellent les mêmes remèdes : il importe que les principaux cadres d’État <em>ne</em> soient <em>pas</em> originaires du territoire qu’ils ont à administrer, dans ces territoires isolés de la République française aussi bien que dans les circonscriptions ou autres districts africains. « Si la démocratie demande à chacun d’exprimer ses <em>désirs</em>, la République lui demande au contraire de les taire, et lui <em>impose </em>le respect des règles », souligne Th. Michalon. Or on impose très difficilement à son voisin ou son cousin une règle qui, bien que d’intérêt général, contredit son intérêt particulier ; d’où l’importance d’avoir des représentants de l’État étrangers au lieu où ils sont appelés à exercer. À bon entendeur, salut !</p>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
<div style="text-align: justify">
<p><a title="" href="/Users/Jess/Downloads/Art%20NM%20-%20TM%20(MF).doc#_ednref1">[i]</a> Thierry Michalon et Ebézéner Njoh Mouelle : <em>l’État et les clivages ethniques en Afrique – Dialogues et propos échangés sur internet</em>, ouvrage édité simultanément par Ifrikiya, collection « Interlignes », BP 6627 Yaoundé, Cameroun, 2011, 135 pages, 5.000 francs CFA et par les Éditions du CERAP, collection « Controverses », Abidjan, 2011, 174 pages, 5.000 francs CFA.</p>
</div>
<div>
<p style="text-align: justify"><a title="" href="/Users/Jess/Downloads/Art%20NM%20-%20TM%20(MF).doc#_ednref2">[ii]</a> Voir en particulier, de Th. Michalon, <em>L’Outre-mer français – Évolutions institutionnelles et affirmations identitaires</em>, dont nous avons rendu compte ici-même.</p>
</div>

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		<title>Leçon d’écriture (3) : L’Évaporation de l’oncle de Christine Montalbetti .</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Nov 2011 14:46:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mlercoulois</dc:creator>
				<category><![CDATA[Frances]]></category>
		<category><![CDATA[Livres]]></category>
		<category><![CDATA[Périples des Arts]]></category>

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		<description><![CDATA[Il est des auteurs rares qui s’obstinent à sortir des sentiers battus de la littérature, quitte à tracer leur chemin dans une certaine solitude, et il y a, fort heureusement, des éditeurs tout aussi obstinés. Christine Montalbetti – qui enseigne par ailleurs la littérature – a publié dix livres, tous chez P.O.L., entre 2001 et [...]]]></description>
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<p style="text-align: justify;">Il est des auteurs rares qui s’obstinent à sortir des sentiers battus de la littérature, quitte à tracer leur chemin dans une certaine solitude, et il y a, fort heureusement, des éditeurs tout aussi obstinés. Christine Montalbetti – qui enseigne par ailleurs la littérature – a publié dix livres, tous chez P.O.L., entre 2001 et 2011, ce qui fait donc à peu près un par année. Son dernier opus est passé plus ou moins inaperçu dans le brouhaha de la dernière rentrée littéraire. C’est bien dommage pour un livre dans lequel on retrouve tout ce qui fait la beauté et l’originalité de la prose de cette écrivaine, agrémentée ici d’une teinte japonisante.</p>
<p style="text-align: justify;">Ch. Montalbetti a bénéficié d’une bourse « Stendhal » pour séjourner au pays du soleil levant. Les bourses d’écriture peuvent se révéler un piège pour les auteurs si leur imagination s’en trouve entravée. L’auteure de <em>Western</em><a title="" href="file:///C:/Users/jbomba1/Downloads/Le%C3%A7on%20d'%C3%A9criture%20(3).doc#_ftn1">[1]</a> se sort pour sa part sans dommage de l’exercice obligé. Par petites touches, elle invente un Japon intemporel, une épure parfaitement crédible aux yeux du lecteur occidental qui y retrouve l’idée qu’il se fait de ce pays, de ses paysages, de ses mœurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Ch. Montalbetti est une grande styliste. Elle le confirme dans ce nouveau livre qui nous invite à être encore plus attentif à la forme que dans certains autres de ses romans, plus ambitieux<a title="" href="file:///C:/Users/jbomba1/Downloads/Le%C3%A7on%20d'%C3%A9criture%20(3).doc#_ftn2">[2]</a>, puisque « l’argument » se résume ici à deux énigmes : Pourquoi l’oncle s’est-il « évaporé » (comprendre : a-t-il disparu) un beau jour de la maison de son frère ? Et pourquoi son neveu, bien des années plus tard, alors qu’il est désormais marié, se lance-t-il tout seul à sa recherche ? Le récit raconte la quête du neveu avec des <em>flash back</em> qui éclairent le destin de l’oncle. Nous aurons, p. 182, passé le mitan du livre, la réponse à la première question ; le comportement du neveu restera jusqu’au bout inexpliqué.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur cette trame, Ch. Montalbetti brode une tapisserie où chaque fil apporte une nuance supplémentaire ; elle construit minutieusement un récit où le moindre mot compte. Car, contrairement aux romans qu’on peut parcourir à son gré, l’attention éventuellement fluctuante, ceux de Ch. Montalbetti ne laissent aucune liberté de ce genre. Il faut la suivre jusqu’au bout de ses méandres, ses repentirs et ses retours en arrière, ne négliger aucun détail du palimpseste qui s’élabore peu à peu sous nos yeux.</p>
<p style="text-align: justify;">Si l’on devait à tout prix rapprocher Ch. Montalbetti d’un autre écrivain, c’est à coup sûr Claude Simon qui viendrait en premier à l’esprit, pour les méandres, justement (et la force du style). Avec néanmoins des différences de sensibilité, de thématique, de vocabulaire qui font de Ch. Montalbetti une écrivaine aussi originale que talentueuse.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle excelle en particulier à rendre les paysages et les atmosphères. Elle sait peindre comme personne les montagnes, la forêt, les rizières, la mer, l’ombre, le ciel, les nuages et le cycle des saisons, la pluie, le vent, la neige.  Voir par exemple, tirée des premières pages, cette description d’une pluie diluvienne accompagnée d’un vent violent :</p>
<p style="text-align: justify;">« … Quelque chose, dans le vent, dans son souffle, de furieux, d’emporté, qui s’en va vous secouer les arbres, agiter contre le ciel gris leurs branches affolées, tandis qu’au sol les herbes s’entremêlent en des torsions inextricables, et les brindilles, regardez, se mettent à bondir, les copeaux de bois tressautent, et les aiguilles tombées des pins – tout ce qu’il y a de microscopique et de léger et qui se voit comme ça déplacé des centaines de mètres plus loin » (p. 24).</p>
<p style="text-align: justify;">Un extrait choisi à dessein car il rassemble plusieurs caractéristiques du style de Ch. Montalbetti : images fortes (« branches affolées »), tournures familières (« qui s’en va vous secouer les arbres »), prise à parti du lecteur (« regardez »), syntaxe bousculée. En même temps, ce passage qui appartient à un épisode isolé (la tempête) trouvera un écho bien plus tard, presque à la fin du livre, dans un paragraphe où revient, curieusement, le thème de la brindille.</p>
<p style="text-align: justify;">« À la suivre des yeux comme ça, cette brindille qui descend la rivière (une brindille de rien du tout, solitaire et fragile), est-ce qu’on n’est pas tenté de lui conférer des émotions, des pensées maigrelettes à se faire brimbaler dans le courant, car regardez-la qui dégringole, qui se laisse porter, comme si elle avait décidé de s’en remettre aux éléments, passive, confiante, dans le paysage au milieu duquel elle dérive » (p. 278).</p>
<p style="text-align: justify;">Un détail minuscule, la brindille, est regardé ici tout à fait autrement que plus haut : une calme dérive a remplacé l’agitation désordonnée. C’est ainsi, par ces changements constants de point de vue, que se construit, touche après touche, le palimpseste. Encore faut-il ajouter que les descriptions de la nature ne sont jamais simplement « décoratives » : elles ont une fonction psychologique. La brindille qui se laisse aller au fil du courant est contemplée par le neveu, Yasu ; elle symbolise son épouse restée à la maison, Yunko, qui est sur le point de le trahir en suivant, elle aussi, une inclination toute naturelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Au cœur du livre se nichent en effet deux beaux portraits de femmes qui pratiquent l’adultère avec  une certaine allégresse. Les humains sont le plus souvent solitaires dans les livres de Ch. Montalbetti ; il n’est donc pas surprenant que la rencontre physique soit vécue comme une délivrance.</p>
<p style="text-align: justify;">« Tanjiro s’approche de l’arbre sous lequel se tient Yunko, et lui aussi est comme une chose bruissante. Sa silhouette un rameau offert aux vents, et pourquoi  la prend-il dans ses bras, son corps tremble à l’égal des feuilles autour d’eux. Ils glissent ensemble au sol, s’embrassent dans l’odeur de terre humide. Des cheveux de Yunko, échappés de la coiffure, s’intercalent, gênent le baiser, se collent à leurs lèvres. Ils ne prennent pas la peine de les ôter, d’aller chercher avec leurs doigts pour les décoller, non, ils continuent de s’embrasser comme ça, dans le désordre des cheveux et de l’herbe écrasée, et du vent qu’on entend, et du ciel qui tangue, et du mari absent, et de la différence d’âge, et de la vie qu’on arrache à la vie même » (p. 284).</p>
<p style="text-align: justify;">À nouveau, ce paragraphe fait écho en l’inversant à un passage du début qui appartient à la scène des adieux entre Yasu et Yunko, une scène où les corps des époux, soudain, ne savent plus se parler.</p>
<p style="text-align: justify;">« Dans cette ignorance cinglante, dans le bouleversement de cette ignorance, on essaye quand même, on veut faire le tour de la taille de l’autre avec son bras, mais son bras ne s’arrondit plus comme il faut, il est mécanique, rigide et anguleux. Il blesse quand il ramène vers soi. Un bras affolé et inapte, qui fait les choses sans grâce, et c’est tout ce qu’on voit, cet affolement et cette inaptitude, tandis que vous fourrez la tête dans le creux du cou de l’autre pour vous aveugler… »  (p. 37).</p>
<p style="text-align: justify;">Après un prologue qui évoque la présence de l’oncle chez son frère, le livre est divisé en chapitres simplement numérotés de 1 à 20. Le lecteur découvrira que chaque chapitre est organisé autour d’un thème principal : 1. La pluie – 2. Les adieux – 3. L’auberge – 4. L’idée insaisissable – 5. La guirlande des singes – 6. La fuite de l’oncle – 7. L’attente – 8. L’amitié – 9. Adultère ? – 10. Le couple dépareillé – 11. La trahison de l’oncle – 12. Insectes – 13. Le duel – 14. La vie des objets – 15. Séduction – 16. Le récit de la théière – 17. Idylle – 18. Adultères – 19. Déception – 20. Une quête vaine.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces chapitres sont l’occasion d’introduire des personnages secondaires, certains récurrents comme la veille dame au secret impénétrable, d’autres pas comme les voyageurs rencontrés par Yasu au cours de son errance. Ils contiennent encore des anecdotes dont on ne sait pas très bien si elles empruntent ou pas au folklore japonais mais qui, quoi qu’il en soit, font agréablement diversion. Bref, <em>l’Évaporation de l’oncle</em>, au titre si bien trouvé, est à recommander sans hésiter à tous les amoureux de la Littérature (avec une majuscule).</p>
<div><br clear="all" /></p>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
<div style="text-align: justify;">
<p><a title="" href="file:///C:/Users/jbomba1/Downloads/Le%C3%A7on%20d'%C3%A9criture%20(3).doc#_ftnref1">[1]</a> P.O.L., 2005.</p>
</div>
<div>
<p style="text-align: justify;"><a title="" href="file:///C:/Users/jbomba1/Downloads/Le%C3%A7on%20d'%C3%A9criture%20(3).doc#_ftnref2">[2]</a> Comme <em>l’Origine de l’homme</em> dont nous avons rendu compte ici même.</p>
</div>
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		<title>La faute à Mallarmé : l&#8217;aventure de la théorie littéraire</title>
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		<pubDate>Thu, 17 Nov 2011 16:13:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>vkaufmann</dc:creator>
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<p><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/frances/la-faute-a-mallarme/attachment/la-faute-a-mallarme-l-aventure-de-la-theorie-litteraire-par-vincent-kaufmann/" rel="attachment wp-att-4364"><img class="size-full wp-image-4364 alignleft" title="La-faute-a-Mallarme-l-aventure-de-la-theorie-litteraire-par-Vincent-KAUFMANN" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/La-faute-a-Mallarme-l-aventure-de-la-theorie-litteraire-par-Vincent-KAUFMANN.jpg" alt="" width="338" height="495" /></a></p>
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<p style="text-align: justify;"> « Le déclin de la littérature est à l’ordre du jour.  Elle en a l’habitude.  Aux nombreux responsables incriminés au cours des dernières années s’est ajoutée la réflexion théorique sur la littérature, en vogue des années 1960 aux années 1980, ainsi que les œuvres auxquelles celles-ci s’est intéressée.  On ne lit plus ? Il n’y a plus de grandes œuvres ?  ce serait la faute à Mallarmé ou, du moins, au structuralisme. »</p>
<p style="text-align: justify;">Cliquez <a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/Introduction.pdf">ici</a> pour lire la suite.</p>
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		<title>Le dernier roman de Fred Romano, Normal</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Nov 2011 15:05:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>fromano</dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#160; Un événement à saluer et un roman vraiment étonnant! &#160; Quelques mots le concernant : «La famille Bourgeois, une famille française typique de classe moyenne, du début du troisième millénaire, c’est-à-dire recomposée, multiethnique, trois générations sous le même toit, les vieux avec leurs pensions, les jeunes au chômage et les ados sur le sentier de guerre. [...]]]></description>
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<p>Un événement à saluer et un roman vraiment étonnant!</p>
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<p style="text-align: justify;"><a href="http://mondesfrancophones.com/blog/annonces/normal-fred-romano/attachment/normal_une/" rel="attachment wp-att-4362"><img class="aligncenter size-full wp-image-4362" title="NORMAL" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/NORMAL_une.jpg" alt="" width="159" height="238" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Quelques mots le concernant : «La famille Bourgeois, une famille française typique de classe moyenne, du début du troisième millénaire, c’est-à-dire recomposée, multiethnique, trois générations sous le même toit, les vieux avec leurs pensions, les jeunes au chômage et les ados sur le sentier de guerre. La famille Bourgeois est installée dans un pavillon à Orgeval, en banlieue parisienne. Ses huit membres sont confrontés aux problèmes d’aujourd’hui mais éprouvent aussi leurs petites joies quotidiennes, à l’instar de millions de Français. Ils ont cependant chacun leur manière de concevoir la réalité, au point que l’on pourrait croire qu’ils subissent des existences bien différentes les unes des autres. Néanmoins c’est au travers de leurs absolues subjectivités que se dessine leur réalité commune. Quoi de plus normal en somme ? Le problème, c’est qu’un beau jour, le petit Hippolyte, l’enfant « à problèmes » comme on dit dans cette famille normale, est invité à la télévision. Pourquoi ?! Comment ?! La famille Bourgeois ne va pas se laisser faire !&nbsp;&raquo;</p>
<p align="left">Cliquez <a href="http://www.edkiro.fr/normal.html">ici</a> pour visualiser le livre et réserver votre exemplaire si vous le souhaitez.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: 'Times New Roman';">__________</span><span class="Apple-style-span" style="font-family: 'Times New Roman';">________________________________</span></p>
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		<title>Écrivain et prostituée</title>
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		<pubDate>Mon, 14 Nov 2011 15:14:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jhenric</dc:creator>
				<category><![CDATA[En librairie]]></category>
		<category><![CDATA[La chronique de Jacques Henric]]></category>
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		<description><![CDATA[ Grisélidis Réal,  Mémoires de l’inachevé (1954-1993), Verticales. &#160; Il serait peut-être temps de ne pas oublier, dans la liste des femmes écrivains qui ont marqué la littérature de notre époque  — Colette, Simone de Beauvoir, Anaïs Nin, Violette Leduc, Marguerite Duras, Unica Zurn, Gabrielle Wittkop … —  le nom de Grisélidis Réal. Je ne suis [...]]]></description>
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<div class="mceTemp" style="text-align: justify;">
<dl id="attachment_4358" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px;">
<dt class="wp-caption-dt"><a href="http://mondesfrancophones.com/chroniques/la-chronique-de-jacques-henric/ecrivain-et-prostituee/attachment/memoires-de-l%e2%80%99inacheve-1954-1993/" rel="attachment wp-att-4358"><img class="size-full wp-image-4358  " title="Mémoires de l’inachevé (1954-1993)" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/Mémoires-de-l’inachevé-1954-1993.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a></dt>
<dd class="wp-caption-dd"> Grisélidis Réal,  Mémoires de l’inachevé (1954-1993), Verticales.</dd>
</dl>
</div>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Il serait peut-être temps de ne pas oublier, dans la liste des femmes écrivains qui ont marqué la littérature de notre époque  — Colette, Simone de Beauvoir, Anaïs Nin, Violette Leduc, Marguerite Duras, Unica Zurn, Gabrielle Wittkop … —  le nom de Grisélidis Réal. Je ne suis heureusement pas le seul à me souvenir comme d’une révélation les parutions en 1974 de <em>le Noir est une couleur</em>,  puis de <em>la Passe imaginaire</em>, du <em>Carnet de bal d’une courtisane</em>, de <em>Suis-je encore vivante. Journal de prison</em>, et en 1981, <em>Grisélidis, courtisane</em>, longue interview de l’écrivain prostituée recueillie par Jean-Luc Hennig à Genève, remis aujourd’hui en circulation par les éditions Verticales à l’occasion de la sortie chez le même éditeur de <em>Mémoires de l’inachevé</em>. Ce volume comprend pour l’essentiel un choix des lettres que l’écrivain adressa à des proches, amis ou amants. S’il arrive que la correspondance de grands auteurs ne soit pas à la hauteur de leurs livres, en règle générale il y a continuité d’écriture entre les textes de circonstances et l’œuvre littéraire. La correspondance de Flaubert, celle de Céline, ne sont-elles pas à la hauteur de leurs romans? En tout cas, les documents écrits de Grisélidis Réal retrouvés après sa mort le 31 mai 2005 dans son petit appartement genevois, rassemblés par ses quatre enfants et présentés par Yves Pagès, ont la même force, la même violence, le même noir éclat que ses écrits autobiographiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Le choc reçu à la lecture des premiers textes de celle qu’on appelait enfant « le petit démon d’Égypte » (son père dirigeait l’École suisse d’Alexandrie), outre leur déroutante beauté, tenait aussi au fait qu’ils avaient été écrits par une prostituée. Une vraie prostituée. Le je de la narratrice était bien le je de l’auteur. Et une prostituée qui avait lu Artaud, Céline, Breton, Bataille, Genet, Miller, Beckett  Beauvoir, Sartre… On avait eu l’occasion de lire des textes, et de grands textes, écrits par des femmes alcooliques, droguées, folles, addictes au sexe, mais des textes écrits par une prostituée… Qui plus est, ô scandale, une prostituée affirmant haut et fort sa condition, l’exhibant comme un titre de noblesse. « Putain ! », oui, et fière de l’être. Et circonstance aggravante, mère de quatre enfants ! Panique dans la poulaille bien-pensante, la féministe en premier. Quoi ! une femme libre qui dit avoir choisi librement la prostitution ? Pas crédible !  Et qui nous apprenait que des années après avoir quitté le trottoir, elle avait alors quarante-huit ans, elle y était revenue, de son plein gré. Pour quelle raison ?  Pour être plus libre ! Plus libre que dans cet autre type de prostitution qu’étaient à ses yeux les activités sociales auxquelles elle avait été astreinte ; plus libre, et surtout plus protégée qu’elle ne l’avait été dans sa vie de grande amoureuse, vie toujours ratée, toujours tragique. Son <em>Journal d’une courtisane </em>commence ainsi : « Je suis une prostituée. / Je l’ai été, je ne l’étais plus, je le suis redevenue (…) Je refuse de vivre en exploitant les autres — je refuse aussi d’être exploitée. Je suis libre. Libre de mon corps, libre de mes actes, libre de mon esprit, libre de la lutte que je mène et des buts (…) Mes hommes, mes &laquo;&nbsp;clients&nbsp;&raquo;, viennent vers moi  comme des enfants, comme des frères. Nous n’échangeons pas de haine. Pas de coups, pas d’insultes, pas de mépris (…) La nuit, je marche dans la rue, tranquillement, sans hâte, je souris aux hommes qui cherchent. Je les regarde dans les yeux, avec amour, avec prudence. Je veux qu’ils sachent que je suis prête, enfermée dans mon manteau de cuir noir dont le col de fourrure soyeux s’ouvre sur le haut de mes seins blancs, à leur donner ce qu’ils attendent. Des caresses, de la douceur, du plaisir, l’apaisement ». Logique qu’on la retrouve en 1975 solidaire du combat politique des prostituées lyonnaises et parisiennes et s’affichant dès lors comme « catin révolutionnaire ».</p>
<p style="text-align: justify;">L’apaisement, la paix, c’est bien paradoxalement ce qui lui maquera dans ses grandes amours passionnées. Celle pour ce Noir américain, Rodwell, personnage du très beau récit <em>le Noir est une couleur</em> ; celle pour le gigolo berbère, Ahmed Hassine, ce prostitué qu’elle connut en 1971 alors qu’il était incarcéré dans une prison suisse, avec qui elle vécut des années d’un véritable enfer et dont on se fait une terrifiante idée en lisant les lettres qu’elle lui adressa après leurs provisoires puis définitive ruptures.</p>
<div class="mceTemp" style="text-align: justify;">
<dl id="attachment_4359" class="wp-caption alignright" style="width: 215px;">
<dt class="wp-caption-dt"><a href="http://mondesfrancophones.com/chroniques/la-chronique-de-jacques-henric/ecrivain-et-prostituee/attachment/griselidis-courtisane/" rel="attachment wp-att-4359"><img class="size-full wp-image-4359 " title="Grisélidis, courtisane" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/Grisélidis-courtisane.jpg" alt="" width="205" height="300" /></a></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Jean-Luc Hennig, Grisélidis, courtisane, Verticales.</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">Non, que les années de prostitution de cette jeune femme, très belle, cultivée, passionnée de littérature et d’art, aient été, elles, paradisiaques, loin de là. Il lui arrive souvent, surtout à ses débuts dans la profession, d’évoquer un enfer, appelant à l’aide ses amis pour l’en sortir. Mais que cet enfer va lui paraître doux, en comparaison de celui qui l’attend, qu’à chaque fois elle a pourtant choisi en connaissance de cause, quand c’est l’amour qui mène la danse. Abandons, violences, battue des nuit entière, visage démoli, cheveux arrachés, humiliée, injuriée, ruinée par son voyou alcoolique  et fou… Mystère de l’amour, mystère du masochisme féminin. Vrai, qu’à son « Petit fauve noir », elle avait donné ses instructions dans des lettres enflammées : « tue moi d’amour », « enchaîne-moi », « sois ma drogue, mon poison, mon poignard », « fends-moi, Hassine, saccage-moi »… Comblée, elle le sera au-delà de toute espérance. Saccagée, comme jamais elle ne fut dans son existence de putain. À son ami Henri, après une énième déconvenue amoureuse, elle écrit : « Je te jure que je regrette le temps où j’étais Putain, où j’étais désirée, adorée, aimée, RESPECTÉE ET PAYÉE… ». Les mots qui reviennent le plus souvent dans ses écrits ? Don, pitié, générosité, amour, pureté. Jean-Luc Hennig, dans sa nouvelle postface à la réédition de <em>Grisélidis, courtisane</em>, fait allusion à la doctrine du « pur amour ». Grisélidis Réal, nouvelle Madame Guyon ? La thèse est défendable. Et c’est avec un mélange de jubilation, d’ironie, d’émotion contenue, qu’il peut adresser à son amie un ultime message sur sa tombe, le 9 mars 2009, lui disant sa fierté de la voir reposer dans le prestigieux Cimetière des Rois de Genève (où son corps vient d’être transféré quatre ans après sa mort). Genève, cette ville qui l’avait honnie et persécutée, et la voici ayant pour voisin son vieil ennemi Calvin qui « châtrait les désirs des hommes », mais aussi pour compagnon le grand Jorge Luis Borges.</p>
<p style="text-align: justify;">

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		<title>Les solidarités mystérieuses de Pascal Quignard.</title>
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		<pubDate>Fri, 04 Nov 2011 14:23:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jhenric</dc:creator>
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		<category><![CDATA[La chronique de Jacques Henric]]></category>
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<div id="attachment_4332" class="wp-caption aligncenter" style="width: 212px"><a href="http://mondesfrancophones.com/chroniques/la-chronique-de-jacques-henric/les-solidarites-mysterieuses-de-pascal-quignard/attachment/pascal-quignard-les-solidarites-mysterieuses/" rel="attachment wp-att-4332"><img class="size-medium wp-image-4332" title="Pascal-Quignard-Les-solidarités-mystérieuses" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/Pascal-Quignard-Les-solidarités-mystérieuses-202x300.jpg" alt="" width="202" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">Les solidarités mystérieuses, Pascal Quignard. Gallimard</p></div>
<p style="text-align: justify;">Bien sûr qu’un critique littéraire n’a pas à se poser certaines questions, il a un texte sous les yeux, il doit en rendre compte, c’est le matériau avec lequel se mesurer, point. Mais pour quelqu’un qui pratique sans une compétence assurée cette activité consistant à décrire et à juger un texte, qui lui-même écrit et sait dans quels bas-fonds de sa vie émotionnelle il puise plus ou moins à l’aveugle, il est certaines interrogations qui ne lui paraissent pas tout à fait intempestives. Il en est une qui m’est venue à plusieurs reprises à la lecture des livres de Pascal Quignard. Son nouveau roman, <em>les Solidarités mystérieuses<strong>,</strong></em> la réactive, mais voilà que je m’avise qu’elle est peut-être plus banale qu’inopportune.</p>
<p style="text-align: justify;">Qu’est-ce qui fait qu’à un moment de sa vie, de sa vie d’homme et de sa vie d’écrivain, Pascal Quignard décide de donner congé à tous les grands penseurs, écrivains, artistes, philosophes, mystiques, théologiens, historiens, qui venus des temps les plus anciens, des continents et des civilisations les plus divers, peuplent ses <em>Petits traités</em>, les volumes du <em>Dernier Royaume</em>, du <em>Sexe et l’effroi</em>, de <em>la Nuit sexuelle</em>… ?  Qu’est-ce qui le fait quitter Homère, Plutarque, Lycophron, Haydn, Sade, saint Augustin, Freud…, pour s’intéresser au pharmacien d’un petit bourg de la France profonde, des fermiers, un prêtre homo, une mère divorcée, son frère, une vieille madame Ladon, professeur de piano à la retraite, n’habitant ni Venise ni Alexandrie mais Saint-Enogat en Bretagne… Autant de figures aux existences apparemment les plus plates, qui ne parlent pas métaphysique, ne citent pas de vers latins, causent plutôt cuisine et du temps qu’il fait, évoquent le passé, leur enfance, la famille… Et pourtant, ces êtres que, dans l’espace des deux-cent cinquante pages de son roman, Pascal Quignard a tirés de leur anonymat par la force de son imaginaire, ne nous en apprennent-ils pas autant sur nous, sinon plus, que les grands Noms de l’intelligence universelle qui nous entretiennent sur le tragique de notre humaine destinée ? Étant entendu, comme on l’entend en effet en suivant les destins singuliers des personnages des <em>Solidarités mystérieuses</em>, que ce tragique  n’est pas sans s’accomplir et être vécu, comme chez les grands mystiques (relisons-les, et Bernanos avec), dans une <em>mystérieuse</em> plénitude de joie (relisons aussi Bataille).</p>
<p style="text-align: justify;">Si la figure centrale du roman, Claire Methuen, présente des affinités avec le personnage féminin de <em>Villa Amalia, </em>ce n’est pas dans l’Italie solaire que nous la rencontrons mais dans la sombre Bretagne, dans ce paysage de landes, de falaises, de rocs de granite noir battus par les vents, de ciels d’orages, de pluie, de mer déchaînée. C’est une des grandes forces de l’écriture de Quignard que d’imposer la présence physique des choses, la forme d’une plante, les mille et une variations de la lumière, les couleurs d’un ciel, l’aspect d’un corps humain, ses gestes… « Les doigts de Madame Ladon étaient devenus tout secs. Sa peau faisait penser aux petites feuilles douces et poilues des oliviers ou des lavandes »… Un écrivain, n’est-ce pas d’abord cela ? : un musicien (Quignard l’est, on le sait) qui est en même temps un formidable visuel. « La lumière était soit incertaine, dorée, granuleuse, fabuleuse. Ou toute brune, toute noire. Ou pâle mais opaque. Ou vert pâle ».</p>
<p style="text-align: justify;">L’histoire ? Je résume, Simon, le pharmacien, Claire, le « génie des langues », se sont connus enfants, se sont éloignés l’un de l’autre, se sont mariés chacun de leur côté, ont eu des enfants, n’ont cessé jusqu’à leur mort de s’aimer d’un drôle d’amour sans que leur corps, leur sexe, ne se rencontrent jamais. Claire, revenue au pays, chaque jour, chaque nuit, de saison en saison, d’année en année, dissimulée derrière un arbuste, un rocher, ne va cesser d’épier Simon de sa cache en surplomb. Jusqu’à la mort, volontaire, de celui-ci, noyé en mer, le corps retrouvé dévoré en partie par les poissons. L’angoisse qui écrasait Claire fait alors place en elle à « l’étrange paix effervescente et radicale du surgissement de tout ». Un amour fou, cet amour ? Sûrement pas au sens où l’entendait Breton. La passion entre un homme timoré et une folle ? Mais passion vraiment, ce lien insensé, « sans origine » et pourtant absolu entre ces deux êtres ? Et lien, vraiment, alors que la mort, écrit Quignard, qui ne les a pas séparés ne les réunit pas plus ? Mieux vaut que le lecteur sache que les théories les plus pointues de la psychanalyse, les lacaniennes notamment (l’amour qui supplée au non-rapport sexuel, la femme qui n’est pas toute, l’angoisse comme manque du manque…) ne lui seront d’aucun secours pour entrer dans cet « autre monde » qui n’est pas l’enfer, simplement un monde où les êtres et les choses sont <em>mystérieusement</em> « décoordonnés », « débranchés », et où des humains, Simon, Claire, vont se fondre en douceur l’un en l’autre, puis se dissoudre dans les choses, pour disparaître enfin dans la sombre splendeur du paysage. Mort, Simon « est devenu la baie ». Elle, Claire sera « la nuit ».</p>
<p style="text-align: justify;">Si même, selon Jean, le prêtre ami de Paul, frère de Claire, Dieu est entré dans la tristesse, si le monde se vide de sens, si temps se désoriente, que reste-t-il à faire ? Ce que fait Pascal Quignard : continuer avec obstination à nommer les choses et les êtres, à dire leur secrète beauté. À les faire exister. Constat de Claire, au milieu des fleurs qu’elle a plantées sur la lande: « Toutes les choses belles vivent (…) La vie est le souvenir le plus touchant du temps qui a produit ce monde ».</p>

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