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	<title>MondesFrancophones.com &#187; Livres</title>
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		<title>Bonnes feuilles D&#8217;ocre et de cendres, de Michèle Perret.</title>
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		<pubDate>Sun, 11 Mar 2012 15:47:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mperret</dc:creator>
				<category><![CDATA[Afriques]]></category>
		<category><![CDATA[En librairie]]></category>
		<category><![CDATA[Livres]]></category>

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		<description><![CDATA[ D’ocre et de cendres Ocre était la ville. Où se sont dressés plus tard de blancs immeubles modernes et un nouveau front de mer, il y avait des ravins encore sauvages, des cressonnières et des roseaux. Ocre était la ville et gris les jardins, grise la vie, les rues, les petits matins à l&#8217;odeur de [...]]]></description>
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<h1 style="text-align: justify;"> D’ocre et de cendres</h1>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/03/DOcre-et-de-cendres-M.-Perret..jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-4603" title="D'Ocre et de cendres, M. Perret." src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/03/DOcre-et-de-cendres-M.-Perret.-187x300.jpg" alt="" width="187" height="300" /></a>Ocre était la ville. Où se sont dressés plus tard de blancs immeubles modernes et un nouveau front de mer, il y avait des ravins encore sauvages, des cressonnières et des roseaux. Ocre était la ville et gris les jardins, grise la vie, les rues, les petits matins à l&#8217;odeur de chicorée.</p>
<p style="text-align: justify;">On sortait des années de guerre, sur les murs se lisaient toujours de pâles croix de Lorraine et des slogans à demi effacés, <em>Un seul but, la victoire</em> ou <em>Libérez Messali</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Ocre était le vieux crépi des maisons, et plus ocre encore à mesure qu’on s’enfonçait dans la vieille ville espagnole, ocre était le fort, le belvédère, la chapelle et grises ces rues qui s&#8217;appelaient Gambetta, Gallieni, Isly, Marengo, de la Perle ou de la Mosquée, grise la poussière poisseuse qui collait partout, gris le pavement des trottoirs, gris les jardins publics aux allées goudronnées. Ocres étaient enfin les orgueilleuses villas bourgeoises, hôtels particuliers rococo aux escaliers monumentaux, aux vérandas à colonnes et aux minuscules jardins carrelés de ciment, plantés de lierres poussiéreux et ornés d’un jet d’eau ou d’une statue.</p>
<p style="text-align: justify;">Ocre était le soleil dans les rues, ocres étaient les plages.</p>
<p style="text-align: justify;">Ocre était aussi l’épicerie Garcia, trou d’ombre tiède où, dans le bourdonnement des mouches, Soledad avait fait ses premiers pas sur un sol couvert de sciure, au milieu des gros sacs de jute débordant de lentilles ou de pois chiches, des barils d’anchois, de harengs ou d’olives en saumure, des jambons et des saucissons pendus au plafond.</p>
<p style="text-align: justify;">Ses parents, qui étaient à l’époque de petits épiciers besogneux, n’avaient pas beaucoup d’imagination et quand il leur était venu une troisième fille, trouver un prénom était devenu très difficile, ils n’avaient plus beaucoup d’idées en dehors des noms de la Vierge. Les deux aînées avaient été prénommées Incarnación et Assención, comme au moins la moitié des filles d’origine espagnole du pays et pour la dernière, il ne leur était venu à l’esprit que Dolores et Soledad – la douleur et la solitude.</p>
<p style="text-align: justify;">Ils avaient choisi la Solitude.</p>
<p style="text-align: justify;">La boutique exhalait une bouffée de senteurs fortes, mélange des odeurs de toutes ces nourritures brutes. La fillette y avait fait ses premières découvertes, elle y avait joué avec ses sœurs aux osselets ou à la petite marchande, en grignotant un de ces biscuits secs que sa mère vendait au poids. Et elle avait l’impression, Soledad, qu’elle serait imprégnée à tout jamais par ces odeurs d’olive, de morue sèche et de jambon. C’était son enfance, les racines de sa jeune vie.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourtant, elle était si délicate, avec de grands yeux d’un bleu marine presque noir, le teint pâle, la bouche en coeur. Les parents en étaient émerveillés : leurs autres filles n’étaient pas moches, non, mais quelconques, deux yeux, un nez, une bouche et des cheveux noirs frisés, comme tout le monde : mais elle, c’était leur petite princesse, leur merveilleuse surprise de l’âge mûr.</p>
<p style="text-align: justify;">Ils s’étaient promis de la sortir de l’épicerie et d’en faire une patricienne.</p>
<p style="text-align: justify;">Ils commençaient à en avoir les moyens. Après les années de guerre, les années de pénurie où ils n’avaient pas eu grand-chose à vendre, l’abondance était revenue. L’argent gagné grâce au marché noir, madame Garcia l’avait épargné et dès la fin des restrictions le couple Garcia s’était judicieusement lancé dans des produits de luxe, des produits manufacturés dont on avait longtemps été privé ou qu’on découvrait, la Vache-qui-rit, le café soluble, le pâté de foie industriel, les biscuits Huntley and Palmers et le coca-cola – tout ce que les riches clientes trouvaient suprêmement raffiné.</p>
<p style="text-align: justify;">L’épicerie Garcia était devenue à la mode.</p>
<p style="text-align: justify;">Les Garcia refirent leur devanture, modernisèrent le magasin à coup de néons violents et de vitrines réfrigérées. À la fin des années quarante, ils achetèrent un terrain, firent construire un petit immeuble de rapport et quittèrent leurs trois pièces au dessus de la boutique pour s’installer au dernier étage de leur immeuble, dans un vaste appartement élégamment meublé en beau Lévitan. La chambre de madame Garcia, farcie d’objets de piété, avait été décorée Louis XV, avec un beau couvre-lit de soie parme, assorti aux rideaux. Ils avaient alors commencé à parer leur petite dernière : il n’était plus question pour Solé de traîner à l’épicerie ! On avait commencé à lui mettre des robes à smocks, même sous son tablier d’enfant. Puis, un an avant sa communion solennelle, on l’avait inscrite dans l’école privée où allaient toutes les fillettes des belles villas.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle avait fait sa communion toute engoncée de volants et de broderies, si mignonne pourtant, malgré l’exagération de sa tenue, si distinguée même, car la petite Soledad avait une grâce naturelle qui la préservait du ridicule. Madame Garcia la couvait des yeux : de quelle ancêtre ignorée, se demandait-elle, une princesse sans doute, pouvait tenir cette gracieuse enfant au teint de rose, haute et mince au milieu de l’organdi et des dentelles ?</p>
<p style="text-align: justify;">On l’avait parée de tant de bijoux qu’à la sortie de la messe, les autres fillettes s’étaient cruellement moquées d’elle. « Soledad, tu as l’air d’un arbre de Noël ! Soledad, est-ce que ce sont les œufs de poisson qui t’ont payé tant de perles ? Soledad, donne un peu de tes bijoux aux mendiants !» Et, comme elle était assez grande, ce que les autres essayaient de faire passer pour une tare : « Soledad, tu as l’air d’une girafe endimanchée. » Pauvre Soledad qui se croyait si belle et qui avait communié avec tant de ferveur : ses beaux yeux bleus marine étaient maintenant pleins de larmes.</p>
<p style="text-align: justify;">— Ne les écoute pas, Solé, ce sont des jalouses, lui avait alors dit en la prenant par le cou une autre fillette de sa classe, parfaitement chic, elle, dans sa robe presque monacale.</p>
<p style="text-align: justify;">Et Solé s’était juré deux choses : l’une, de prendre sa revanche en écrasant un jour toutes ces pimbêches, et l’autre, de devenir l’amie de cette petite Lucienne de si bon genre qui était venue à son secours. C’est d’elle qu’elle apprendrait la véritable élégance et tous les usages qui lui manquaient. Croix de bois, croix de fer !</p>
<p style="text-align: justify;">Les années avaient passé…</p>
<p style="text-align: justify;">………..   ……</p>
<h1 style="text-align: justify;"></h1>
<h1 style="text-align: justify;">La Mouna</h1>
<p style="text-align: justify;">……..</p>
<p style="text-align: justify;">…….</p>
<p style="text-align: justify;">Les hommes avaient déjà creusé un trou, y avaient allumé un feu devenu braises, avaient embroché les deux moutons sur des pieux d’olivier placés horizontalement entre deux fourches et veillaient à faire tourner régulièrement les bêtes à rôtir, en les badigeonnant d’huile avec des branches de thym. Il y avait un monde fou autour de moutons, cinq ou six hommes et autant de gamins.</p>
<p style="text-align: justify;">— Tout va bien ?</p>
<p style="text-align: justify;">— Tout va bien répondait Azouz, il faut juste que tu fasses apporter les bâtons en bois pour les brochettes.</p>
<p style="text-align: justify;">Avant les viandes, pendant l’apéritif, on servait aux invités des brochettes du foie des moutons, enveloppé dans des crépines et parfumé d’épices. Les invités, leur verre d’anisette à la main, se léchaient les doigts et s’essuyaient tant bien que mal avec des serviettes en papier.</p>
<p style="text-align: justify;">« Que ces femmes sont bruyantes et mal élevées ! » pensait Azouz. « Et que cette amie de Madame est impudique, bras nus dans sa robe rouge sang qui moule ses formes minces ! » Marion riait, provocante, en renversant la tête et en secouant sa masse de boucles brunes. Les autres femmes aussi étaient des moins que rien, elles gloussaient devant les hommes et il y en avait à peine une ou deux pour lever les yeux vers lui et lui dire merci quand, dans son bel habit de fête, il leur passait le plateau de cuivre des brochettes.</p>
<p style="text-align: justify;">« Femmes de rien, hommes de peu », pensait Azouz en allant de l’un à l’autre. Seule Solange était parfaite, toute ronde et rose dans sa petite robe bleue, gentille, souriante et active. Elle se donnait un mal fou pour que tout marche bien ; monsieur Pierre, qui n’était pas un mauvais homme, ne connaissait pas sa chance d’avoir une petite épouse aussi vaillante et aussi gaie. Il faut dire qu’Azouz avait été marié très jeune à une grande jument dentue qui, à part le fait qu’elle lui avait donné quatre fils, ne lui apportait aucune espèce de joie, avec sa voix criarde, ses mots toujours chargés d’aigreur et d’envie.</p>
<p style="text-align: justify;">Il s’approcha de la jeune femme : « Regarde, madame Solange, le temps a l’air de se couvrir. Qu’est-ce qu’on fait ? » Le ciel pommelé commençait en effet à devenir nettement gris, mais le temps était doux, légèrement humide. « Non, on ne va pas ranger les tables, fais juste servir un peu plus vite. Tu crois que ça va tenir comme ça jusqu’à quatre heures ?» Azouz la rassurait, on pouvait tenter le coup sans trop de risque.</p>
<p style="text-align: justify;">Le déjeuner se passa en effet sans pluie, les ouvriers en belles tenues traditionnelles furent applaudis quand ils présentèrent les moutons sur leurs broches, tout le monde se régalait de cette viande savoureusement grasse et grillée qu’on mangeait avec les doigts. Azouz commençait même un peu à exister et recevait quelques félicitations, le rosé coulait à flot, les galettes de pain à l’ancienne étaient délicieuses. Les salades de fruits et les mounas arrivèrent sur les tables. Le temps était gris, mais « ça tenait », il ne pleuvait toujours pas. Solange veillait à tout, souriait à tous, mais dans le fond d’elle-même, elle n’était pas très contente, elle se comparait à la belle Marion, et le résultat n’était pas à son avantage. La beauté brune de Marion, sa ligne impeccable moulée de rouge faisait paraître Solange replète et ordinaire, pensait-elle, dans sa robe à fleurettes bleues. « Aucun chic, ma pauvre fille, depuis que tu es à nouveau enceinte et que tu as repris des formes. Et ton amie Marion s’est trompée en te conseillant cette robe simplette, avec ses fronces qui te donnent l’air d’une paysanne, sous prétexte que ça te va bien au teint. Oh, bon, tu ne vas pas gâcher ta fête, non plus ! Tu as tout pour être heureuse, tandis que ton amie, la pauvre, si élégante soit elle, elle s’entend si mal avec son mari qu’il ne l’a même pas accompagnée aujourd’hui ».</p>
<p style="text-align: justify;">Azouz observait, surveillait le ciel, veillait à tout. Il fit desservir les tables quand les invités se levèrent, fit servir et servit lui-même le café sur d’autres grands plateaux de cuivre, de groupe en groupe. Azouz voyait venir l’orage et ne disait rien.</p>
<p style="text-align: justify;">Inattendue, violente, l’averse éclata pendant la grande partie de pétanque qui faisait rire les invités. En moins d’une minute, les beaux habits de fête furent trempés, les robes printanières transformées en chiffons. Toutes conditions mêlées, les hommes, invités et ouvriers, couraient pour mettre à l’abri les restes de méchouis. Les femmes se précipitaient sous les hangars ou dans la maison pour protéger leurs tenues et leurs cheveux.</p>
<p style="text-align: justify;">— Oh mon Dieu ! Et Petit-Lou qui est au fond du jardin avec Nounou ! Sans parapluie, s’écria soudain Solange en s’élançant.</p>
<p style="text-align: justify;">Azouz essaya de s’interposer :</p>
<p style="text-align: justify;">— N’y vas pas, Madame Solange, n’y vas pas, dit-il en essayant de la retenir à bras le corps. Tu vas prendre la foudre. Laisse-moi y aller, moi.</p>
<p style="text-align: justify;">— La foudre, la foudre ! Et Petit-Lou exposé à la foudre ?</p>
<p style="text-align: justify;">— Laisse-moi, j’y vais, madame Solange.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais Solange se dégagea d’une poussée brutale :</p>
<p style="text-align: justify;">— C’est à moi d’y aller, occupe-toi de mettre les invités à l’abri.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors Azouz la suivit de loin pour essayer de la protéger de l’inévitable.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, à peine entrée dans le jardin, elle trouva sous la tonnelle deux amants enlacés, trempés, en plein délire charnel, la robe écarlate remontée jusqu’au dessus des cuisses. Pierre et Marion – Marion et Pierre…</p>
<p style="text-align: justify;">Au bout de l’allée du jardin, Azouz vit la silhouette de la nounou qui revenait en courant, Petit-Lou dans ses bras et il leur fit signe de prendre un autre chemin pour rentrer.</p>
<p style="text-align: justify;">Solange était plantée là, dégoulinante, figée dans la tempête, les épaules voûtées, son bonheur brisé à ses pieds.</p>
<p style="text-align: justify;">Partir, partir…</p>
<p style="text-align: justify;">Leur laisser la place, se réfugier ailleurs !</p>
<p style="text-align: justify;">Partir ? – Même sa tante était morte et Marion, son refuge des mauvais jours était celle-là même qui la trahissait.</p>
<p style="text-align: justify;">Partir pour aller où ? Et pour faire quoi ?</p>
<p style="text-align: justify;">A la pluie se mêlaient ses larmes, de grosses larmes silencieuses. Elle se sentait incapable de bouger, d’agir, de se battre peut-être ; les mèches frisottées de son chignon défait dégoulinaient dans son cou. Pétrifiée, vaincue. Incapable même d’éviter le scandaleux spectacle.</p>
<p style="text-align: justify;">— Allez, viens, madame Solange. Il faut rentrer à la maison, dit Azouz en la prenant par le bras.</p>
<p style="text-align: justify;">Et, l’espace d’un instant, elle s’abandonna contre lui comme une enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">Quelques secondes d’éternité passèrent. Puis il lui tendit avec infiniment de douceur une serviette en papier pour essuyer son visage.</p>
<p style="text-align: justify;">— Allez, viens, madame Solange, répéta-t-il.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors, docile, la tête haute, à deux pas devant le jeune homme, un vaillant petit sourire aux lèvres, Solange rentra s’enfermer pour toujours dans son chagrin et sa prison dorée.</p>
<h1 style="text-align: justify;"></h1>
<h1 style="text-align: justify;">La lingère et les moustachus</h1>
<p style="text-align: justify;">Nous vivons en ce moment un temps d’horreur où, quand les enfants sortent de l’école, ils butent sur des cadavres, où l’on vient chercher des hommes, la nuit, pour les supplicier, où les tortionnaires ne savent plus qu’inventer, où l’on éventre les femmes, où l’on fracasse la tête des bébés, où l’on se fusille entre partisans de la même cause, où les mouvements de foule se terminent par des massacres, où l’on incendie ce qu’on ne veut pas laisser <em>aux autres</em>, où l’on noie les vifs et où l’on émascule les morts… Un temps de braises et de cendres où la mort est joie, où la haine est joie, où la destruction est joie.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais elle, elle est partie ailleurs, elle n’y comprend plus rien&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Rabougrie dans son fauteuil, elle croit qu’elle lit, alors qu’elle laisse juste ses yeux errer sur les pages : « Je lis un livre par jour, me dit-elle, mais je ne retiens plus rien ». En fait, je pense qu’elle ne lit plus, qu’elle regarde seulement les mots.</p>
<p style="text-align: justify;">La fenêtre est ouverte, et à chaque explosion, elle applaudit comme une petite fille, elle croit que ce sont des feux d’artifice et se plaint de ne pas voir les fusées. Elle ne sait plus combien de chambres il y a dans son appartement, combien elle a eu de sœurs et combien elle a eu de filles ; souvent, elle ne sait même plus que je suis sa fille ni que je suis veuve. Dans ces moments-là, elle m’appelle madame et me croit en visite : « Vous attendez que votre mari vienne vous chercher, madame ? »</p>
<p style="text-align: justify;">Le soir, quand elle part se coucher, si elle éteint la lumière du <em>living</em>, elle perd son chemin, elle erre dans l’obscurité et j’entends sa voix angoissée d’enfant dans le noir qui m’appelle, par mon nom cette fois-ci : « Ginette ! Ginette !» et je la trouve, toute petite vieille terrorisée, comme un oisillon tombé du nid, le plus souvent au seuil de sa chambre.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle ne mange plus rien, sauf des compotes et certains fruits. Parfois, je lui fais prendre quelques cuillérées de crème Mont Blanc bien glacée, et si je ne lui dis quand même pas « Une cuillérée pour papa, une cuillérée pour maman » c’est tout comme : « Tiens, mange ! Hum, c’est bon ! Encore une cuillérée pour me faire plaisir !» Elle ouvre le bec par réflexe et puis, quand elle n’a plus faim, elle dégurgite comme un nourrisson. Je lui essuie la bouche avec un gant humide. Que puis-je faire d’autre ?</p>
<p style="text-align: justify;">Elle me rend folle, à taper sans fin sur une casserole, sans rythme ni raison, juste pour le plaisir enfantin de faire du bruit, car que comprend-elle à ces manifestations bruyantes qu’elle entend ?</p>
<p style="text-align: justify;">Elle ne sait plus qui est vivant ni qui est mort. Elle parle longuement à sa sœur Marinette, et quand elle demande pourquoi elle ne la voit plus ces temps-ci, si on lui dit qu’elle est morte il y a bien quinze ans, elle se met à pleurer de tout son cœur et elle me dit, plus tard dans la soirée : « Vous savez, madame, j’ai eu une très mauvaise journée : aujourd’hui, j’ai appris la mort de ma sœur ». Mais d’autres fois elle l’appelle comme si elle la voyait…</p>
<p style="text-align: justify;">……… ……… ……..</p>
<h1 style="text-align: justify;"></h1>
<h1 style="text-align: justify;">Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses</h1>
<p style="text-align: center;">À <em>la mémoire des douze martyr(e)s de Sfisef (1997)</em></p>
<p style="text-align: justify;">C’est le rayon de soleil sur son lit qui la réveille. Le soleil qu’elle reçoit en ouvrant les yeux ou peut-être plutôt, un peu avant, assourdi par son sommeil, un coup de pied de l’enfant à naître. Et pour la première fois depuis si longtemps, ce n’est pas dans cette sensation de chagrin qu’elle pénètre en revenant à la conscience (Pourquoi suis-je si triste ? — Oh ! Djamel. Djamel…). Pour la première fois depuis des mois, elle s’éveille dans une joie légère, limpide comme ce tiède matin de juillet. <em>Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre</em>. « Oh, Djamel, le bonheur peut-il exister sans toi ? »</p>
<p style="text-align: justify;">La chaleur n’est pas encore intense, l’air ne porte pas encore l’odeur sûre des fruits pourrissants mais, semble-t-il, un souffle de rose et de jasmin. « <em>Toi qui vas demeurer</em>… » avait-il réussi à lui murmurer, dans une dernière complicité, pendant qu’ils l’arrachaient à elle.</p>
<p style="text-align: justify;">Et aujourd’hui, pour la première fois depuis cette nuit de fin du monde, elle se sent à nouveau dans la beauté : « Tu vois, Djamel, au moins, ce n’était pas pour rien ! »</p>
<p style="text-align: justify;">Elle s’approche de sa fenêtre, poussant son gros ventre gravide : la rue est pleine de drapeaux, la foule avance déjà en éclats de rires, la joie dans tous les yeux.</p>
<p style="text-align: justify;">Djamel, tu vois, mon amour. « <em>Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre</em>… » Ils t’ont emmené, toi, et tu n’as pas survécu. Je suis sûre que tu n’as pas survécu, même si on n’a jamais retrouvé ta dépouille, même si aucune voiture n’est passée devant notre porte pour recracher ton corps. Et tu vois, enfin aujourd’hui, la foule est en liesse et moi, <em>ta</em> <em>Mélinée</em>, <em>ton</em> <em>orpheline</em>, heureuse autant que je peux l’être : la justice pour laquelle nous avons combattu est venue et je vais mettre au monde ton enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">Te souviens-tu, mon bien-aimé, de ces nuits exaltées où, dans la lassitude qui suivait l’apaisement de la sensualité brûlante de nos jeunes corps, nous nous récitions l’un à l’autre les poèmes sur lesquels nous avions construit notre foi et notre amour<em> </em>:<em> </em></p>
<p style="text-align: justify;">— <em>Sur les merveilles des nuits</em>…, disait l’un.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>— Sur le pain blanc des journées</em>… <em>– </em>complétait l’autre, et nous nous embrassions.</p>
<p style="text-align: justify;">— Sur ?…sur ?…</p>
<p style="text-align: justify;">Et tu me donnais un baiser :</p>
<p style="text-align: justify;"><em> — Sur les saisons fiancées</em>…,<em> </em>voyons, ma Mélinée<em>…</em></p>
<p style="text-align: justify;">— <em>Sur les saisons fiancées</em>… – rires, et baisers, baisers, baisers – …<em>j’écris ton nom</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">— <em>Liberté !</em></p>
<p style="text-align: justify;">Nous étions deux amants complices, deux intellectuels épris de liberté, formés dans la même culture, vite mariés au sortir des écoles normales, pour que cette exaltation, cette ardeur ne nous monte pas trop à la tête. Mais dans les nuits sereines, les nuits parfumées du beau septembre, nous nous chuchotions après l’amour, en guise de mots tendres, ceux d’Eluard et d’Aragon.</p>
<p style="text-align: justify;">— <em>Je suis fait pour te connaître, je suis fait pour te nommer. Liberté</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Et ces chants de la liberté qui nous enivraient nous tenaient lieu de mots d’amour.</p>
<p style="text-align: justify;">Toute la nuit, j’ai entendu tes cris dans ma tête, toute la nuit, j’ai ressenti tes souffrances dans mon corps…Et quand, vers midi, tu as perdu la vie, j’ai entendu, je te jure que j’ai entendu ton dernier souffle m’appeler : « Malika, Malika, ma Mélinée ». C’est là que j’ai su que tu étais mort, c’est là que je suis morte avec toi.</p>
<p style="text-align: justify;">Tu m’as abandonnée. <em>La beauté des choses</em>, tu parles !… Les yeux agrandis d’horreur, la peur au ventre, la peur qu’ils ne viennent me chercher. Et l’espoir aussi qu’ils le fassent. <em>Que serais-je sans toi ?</em> Et ce monde était laid. Monde de haine, de violence, d’où l’harmonie avait disparu. Monde de soupçons, de méfiance, de rumeurs, de trahisons, de saleté.<em></em></p>
<p style="text-align: justify;">Quand j’ai découvert que j’étais grosse de ton enfant, j’ai voulu mourir, j’ai voulu me noyer avec lui. C’est Rachel qui m’a sauvée…</p>
<p style="text-align: justify;">…………………..</p>
<p style="text-align: justify;">…………………..</p>

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		<title>D&#8217;ocre et de cendres, de Michèle Perret.</title>
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		<pubDate>Sun, 11 Mar 2012 15:32:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Administrateur</dc:creator>
				<category><![CDATA[Afriques]]></category>
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		<description><![CDATA[&#160; &#160; L’ouvrage a pour cadre Oran à la fin de la période coloniale, pendant la guerre d’indépendance. Il ne faut y chercher ni nostalgie du folklore de l’Algérie d’antan (soleil, plages, anisette, merguez et kémia…), ni exaltation des actes d’héroïsme, ni prise de parti, décompte des morts, condamnations diverses. L’Histoire n’est évoquée à proprement [...]]]></description>
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<div id="attachment_4603" class="wp-caption alignleft" style="width: 296px"><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/03/DOcre-et-de-cendres-M.-Perret..jpg"><img class="size-large wp-image-4603  " title="D'ocre et de cendres, M. Perret." src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/03/DOcre-et-de-cendres-M.-Perret.-640x1024.jpg" alt="" width="286" height="458" /></a><p class="wp-caption-text">D&#39;ocre et de cendres, Michèle Perret.</p></div>
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<p>L’ouvrage a pour cadre Oran à la fin de la période coloniale, pendant la guerre d’indépendance.</p>
<p>Il ne faut y chercher ni nostalgie du folklore de l’Algérie d’antan (soleil, plages, anisette, <em>merguez</em> et <em>kémia…</em>), ni exaltation des actes d’héroïsme, ni prise de parti, décompte des morts, condamnations diverses.</p>
<p>L’Histoire n’est évoquée à proprement parler que dans trois nouvelles sur treize : les massacres d’Oran en juillet 62, qui ouvrent le recueil, et, presque à la fin, la répression de la manifestation FLN du 17 octobre 61 à Paris puis, après l’indépendance, en 97, le meurtre de onze institutrices par des fanatiques. Le livre se conclut par la rencontre, cinquante ans après, dans le métro parisien, d’une vieille pied-noir et d’un <em>chibani</em>, rescapés de cette époque.</p>
<p>L’ouvrage a un autre objet : faire revivre dans sa complexité une société disparue en proposant quelques instantanés originaux d’une vie coloniale très provinciale, avec ses préjugés, son esprit de caste, ses disparités de fortune, son machisme, ses joyeuses coutumes, sa multi culturalité, ses amitiés inter communautaires et leurs limites.</p>
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		<title>Les confidences d’un ATER atterré : Économie de l’amour de Victor Beauvais</title>
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		<pubDate>Fri, 02 Mar 2012 15:23:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mherland</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L’auteur qui signe sur mondesfrancophones des chroniques qui n’ont de martiennes que le nom ne nous en voudra pas de conforter sa critique au vitriol du système universitaire  français[1], à la lumière du témoignage apporté par Victor Beauvais dans son petit livre intitulé Économie de l’amour.[2] Contrairement à ce que pourrait laisser croire le titre, [...]]]></description>
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<div id="attachment_4599" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/03/Beauvais.jpg"><img class="size-full wp-image-4599" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/03/Beauvais.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">Économie de l&#039;amour</p></div>
<p style="text-align: justify">L’auteur qui signe sur <em>mondesfrancophones</em> des chroniques qui n’ont de martiennes que le nom ne nous en voudra pas de conforter sa critique au vitriol du système universitaire  français<a title="" href="/Users/jbomba1/Downloads/Beauvais%20Eco%20de%20l'amour.doc#_ftn1">[1]</a>, à la lumière du témoignage apporté par Victor Beauvais dans son petit livre intitulé <em>Économie de l’amour</em>.<a title="" href="/Users/jbomba1/Downloads/Beauvais%20Eco%20de%20l'amour.doc#_ftn2">[2]</a> Contrairement à ce que pourrait laisser croire le titre, il ne s’agit nullement d’un traité économique sur l’amour (de telles choses existent pourtant !), même s’il y est souvent question d’économie, et pas non plus d’un roman, contrairement à ce que proclame la couverture. Il faut y voir plutôt le témoignage d’un pur produit du système des « grandes écoles » découvrant avec effarement la pauvre <em>alma mater</em>. Le narrateur se présente comme frais émoulu de Polytechnique, indication confirmée par la quatrième de couverture. Et le récit qu’il fait de son expérience d’ATER (allocataire temporaire d’enseignement et de recherche) est trop réaliste pour ne pas avoir été nourri par une expérience vécue.</p>
<p style="text-align: justify">Le livre ne traite pas uniquement de l’université. Il contient aussi le portrait d’un jeune intellectuel cinéphile, timide en amour et réticent à faire carrière. Il n’empêche que les passages les plus remarquables sont ceux dans lesquels l’ATER atterré<a title="" href="/Users/jbomba1/Downloads/Beauvais%20Eco%20de%20l'amour.doc#_ftn3">[3]</a> raconte la vie de l’université. Il aurait pu plus mal tomber, cette université, quoique « périphérique »<a title="" href="/Users/jbomba1/Downloads/Beauvais%20Eco%20de%20l'amour.doc#_ftn4">[4]</a>, étant l’une des plus réputées, en particulier pour le département d’économie où il est censé préparer une thèse. Néanmoins, il n’est pas surprenant que le passage brutal de la plus grande des grandes écoles, ou en tout cas de la plus prestigieuse, à l’université, aussi réputée soit-elle, provoque un choc dont il est difficile de se remettre.</p>
<p style="text-align: justify">La première surprise, pour quelqu’un qui a connu le rythme d’enfer des classes préparatoires aux grandes écoles, vient du manque évident d’appétence pour le savoir de la plupart des étudiants de première année d’université. Comme tous les ATER, le narrateur-auteur a dû assurer des séances de travaux dirigés. Aussi est-il tout naturellement conduit à se demander ce qui pousse les étudiants à « se lever le matin pour venir dans une salle glauque d’une université glauque ». Il y a, certes, ceux qui craignent de perdre leur bourse s’ils ne sont pas assidus (l’assistance aux travaux dirigés étant obligatoire), mais les autres ? – « Ils viennent pour les autres élèves : la fac est un club de rencontre qui ne dit pas son nom… [Elle] leur donne la possibilité de rencontrer des garçons et des filles de leur âge, de parler de quelque chose à quelqu’un. » Bien sûr, un tel état d’esprit n’est pas propice à l’étude : « Comme mes cours les ennuient, ils s’occupent autrement, ils se montrent des trucs sur leurs téléphones portables, des photos et des messages. Ils font aussi les mots croisés ou les sudokus des journaux gratuits ».</p>
<p style="text-align: justify">Comment dans ces conditions continuer à prétendre que «  l’université est un lieu de création et de transmission du savoir » ? Ne serait-il pas plus juste de la définir comme « une usine de production de diplômes, une usine qui produit de la qualité médiocre en trop grande quantité » ? La responsabilité du corps enseignant est évidemment engagée : « Les professeurs, en bonne intelligence avec la direction de l’Université, laissent des élèves redoubler trois fois pour maximiser le nombre d’étudiants, ça permet de demander au ministère des postes de maîtres de conférences supplémentaires… tant pis pour ceux qui auront glandé quatre ans au fond d’un amphi, c’est leur vie, pas celle des profs… »</p>
<p style="text-align: justify">Que les syndicats étudiants soient tout aussi « coupables de l’état de l’université » ne saurait être une excuse pour les enseignants. Ces derniers parviennent-ils au moins à redorer leur blason grâce à leurs recherches ? Le polytechnicien ne démontre aucune bienveillance à l’égard des travaux des économistes qui croient (ou font semblant de ?) démontrer des résultats originaux à l’aide de calculs compliqués. Il prend l’exemple d’un papier de recherche qui s’attache à établir – contrairement au dicton suivant lequel le commerce favorise la paix – que la mondialisation pousse à la multiplication des conflits. Les auteurs du papier – qui « sont d’excellents économistes, parmi les économistes français de petite renommée internationale, [qui] ont publié dans les plus prestigieuses revues américaines de sciences économiques » – ont beau faire « de la modélisation très lourde, avec plein de paramètres qu’ils prétendent évaluer », ils se leurrent s’ils croient « avoir ‘prouvé’ que leur hypothèse était juste ».</p>
<p style="text-align: justify">La charge, on le voit, est sévère, d’autant que V. Beauvais n’hésite pas à citer les noms des économistes qu’il critique. Si elle confirme l’analyse de Quiestemont quant à la manière dont les universitaires remplissent leur fonction d’enseignement, elle va plus loin en contestant ce qui continue à faire la noblesse de leur profession à leurs yeux, c’est-à-dire la recherche. On notera cependant que l’auteur ne parle que de ce qu’il a pu connaître lui-même, à savoir les travaux académiques en économie. Sa critique peut paraître excessive. Il faut savoir, pourtant, que les économistes universitaires – contrairement à d’autres disciplines – ne s’entendent pas entre eux sur la manière correcte de faire de la recherche. Les méthodes des économistes <em>mainstream</em> décrites dans <em>Économie de l’amour</em>, sont fortement contestées par tout un courant d’économistes « critiques », sur la base d’arguments voisins de ceux avancés par V. Beauvais. La création d’une « Association Française d’Économie Politique » (AFEP), rivale de l’« Association Française des Sciences Économiques », est le signe le plus récent de cette contestation. « Économie Politique » contre « Sciences Économiques », le choix des termes n’est pas neutre.</p>
<div>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
<div style="text-align: justify">
<p><a title="" href="/Users/jbomba1/Downloads/Beauvais%20Eco%20de%20l'amour.doc#_ftnref1">[1]</a> Quiestemont, <em>Chroniques martiennes</em> (3), « Paresser ».</p>
</div>
<div style="text-align: justify">
<p><a title="" href="/Users/jbomba1/Downloads/Beauvais%20Eco%20de%20l'amour.doc#_ftnref2">[2]</a> Victor Beauvais, <em>Économie de l’amour</em>, Paris, JC Lattès, 2011, 203 p.</p>
</div>
<div style="text-align: justify">
<p><a title="" href="/Users/jbomba1/Downloads/Beauvais%20Eco%20de%20l'amour.doc#_ftnref3">[3]</a> Qualificatif désormais revendiqué par un certain nombre d’économistes, hétérodoxes ou non : Cf. Philippe Askenazy, Thomas Coutrot, André Orléan et Henri Sterdyniak, <em>Manifeste d’économistes atterrés</em>, Paris, Les Liens qui Libèrent, 2010, 70 p.</p>
</div>
<div>
<p style="text-align: justify"><a title="" href="/Users/jbomba1/Downloads/Beauvais%20Eco%20de%20l'amour.doc#_ftnref4">[4]</a> Située hors de Paris <em>intra muros</em>.</p>
</div>
</div>

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		<title>Frédéric Ohlen entre théâtre et poésie.</title>
		<link>http://mondesfrancophones.com/espaces/periples-des-arts/frederic-ohlen-entre-theatre-et-poesie/</link>
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		<pubDate>Mon, 13 Feb 2012 10:45:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>slander</dc:creator>
				<category><![CDATA[En librairie]]></category>
		<category><![CDATA[Livres]]></category>
		<category><![CDATA[Périples des Arts]]></category>

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		<description><![CDATA[Frédéric Ohlen, que les lecteurs de Mondes Francophones connaissent déjà[i], vient de publier deux nouveaux ouvrages aux Éditions L’Herbier de feu à Nouméa, un monologue pour le théâtre et un recueil de poèmes. Dans les deux cas, l’inspiration repose pour une grande part sur le dépaysement. Fils du ciel[ii] met en scène un ancien militaire, [...]]]></description>
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<div id="attachment_4547" class="wp-caption alignleft" style="width: 205px"><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/02/Fils-du-ciel-couv.jpg"><img class="size-medium wp-image-4547" title="Fils du Ciel" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/02/Fils-du-ciel-couv-195x300.jpg" alt="" width="195" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">Fils du Ciel de Frédéric Ohlen.</p></div>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Frédéric Ohlen, que les lecteurs de <em>Mondes Francophones</em> connaissent déjà<a title="" href="file:///C:/Users/jbomba1/Downloads/F%20Ohlen%20entre%20th%C3%A9%C3%A2tre%20et%20po%C3%A9sie.doc#_edn1">[i]</a>, vient de publier deux nouveaux ouvrages aux Éditions L’Herbier de feu à Nouméa, un monologue pour le théâtre et un recueil de poèmes. Dans les deux cas, l’inspiration repose pour une grande part sur le dépaysement.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Fils du ciel</em><a title="" href="file:///C:/Users/jbomba1/Downloads/F%20Ohlen%20entre%20th%C3%A9%C3%A2tre%20et%20po%C3%A9sie.doc#_edn2">[ii]</a><em> </em>met en scène un ancien militaire, gardien d’une usine désaffectée, qui s’est obstiné – jusqu’au meurtre – à empêcher le déménagement des machines. Face à l’émissaire chargé de le convaincre de se rendre, il se raconte, il raconte sa jeunesse au Vietnam, il brode, il invente une histoire fantastique à propos de l’épée cachée dans le lac du même nom, à Hanoï, avant de passer à un Japon de légende hanté par un samouraï solitaire. Il raconte l’errance, la vie sous la tente à Paris (<em>« le canal Saint-Martin, toutes ces vieilles écluses qu’on voit en marchant jusqu’à la Villette, n’ont jamais valu les rives du Fleuve Rouge ni les sourires des sampanières godillant sur les eaux »</em>). Le texte est prenant, puissant, le drame d’un homme simple et fragile, un enfant délaissé, après la mort de sa mère, par son père, médecin colonial (<em>« Ni ses demi-sourires, ni son talent, ni son héroïsme médical ne parvenaient à masquer tout ce que la vie lui avait enlevé »</em>). L’histoire, on s’en doute, finira mal ; arrivé au bout de son récit, cet homme sans avenir possible appellera la mort.</p>
<p style="text-align: justify;">Les poèmes d’<em>Anima aeterna</em><a title="" href="file:///C:/Users/jbomba1/Downloads/F%20Ohlen%20entre%20th%C3%A9%C3%A2tre%20et%20po%C3%A9sie.doc#_edn3">[iii]</a> nous transportent de Rome à Nouméa, du Vanuatu à Tahiti, De Port-au-Prince à Fukushima. Frédéric Ohlen est poète des fulgurances. Par touches brèves, il invente des situations entre réel et imaginaire. Le lecteur s’y reconnaît ou s’y perd, peu importe car la sensation demeure. Le monde de Frédéric Ohlen est un au-delà du monde, où les perceptions se font plus aigües, les sentiments plus profonds. Nul panthéisme, pourtant, dans cet œuvre et aucune emphase. Plutôt une empathie avec les êtres tels qu’ils sont, une vieille femme, par exemple, après le tsunami :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>Quelque chose la relie encore à la terre</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>Elle se penche la renifle</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>Ses mains cherchent</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>Ne reconnaissent pas le jardin</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>Cette courette effacée  </em></p>
<p style="text-align: justify;">Ou le peuple d’Haïti qui s’affaire dans les ruines du 12 janvier 2010 :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>Et vous dansez vous dansez</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>Et vos prunelles flambent</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>Chaque fois que vos bras ligués</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>Arrachent un corps à la gangue</em></p>
<p style="text-align: justify;">Ou plus simplement un clochard à Nouméa :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>Tu songes </em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>À la silhouette entrevue</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>Un soir de pluie</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>Boulevard Vauban</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em></em><em> </em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>À ce corps</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>Rencogné dans une porte</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>Qui n’épouse pas le seuil</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>Ne trouve pas le sommeil</em></p>
<p style="text-align: justify;">Sous son apparente simplicité, cette poésie est construite. Ohlen affectionne les vers libres ou libérés (c’est selon), comme dans le quatrain précédent qui se termine par trois heptasyllabes et multiplie les assonances (corps / porte ; seuil / sommeil ; épouse / trouve). L’introduction subreptice de quelques alexandrins qui restaurent pour un instant la rythmique classique au milieu d’un poème obéissant à d’autres règles, induit une surprenante réaction, proche de la sidération et d’ailleurs renforcée par les allitérations : <em>« Toute vérité s’efface dans le sang des fusils </em>» (qui devient un alexandrin au prix de deux élisions) – ou  encore : <em>« La nuit descend / Mauve d’avoir trainé sa robe dans la mer »</em>)</p>
<p style="text-align: justify;">Autres pépites du recueil, les tercets lapidaires qui sonnent comme autant de haïkus. En voici des exemples tirés de trois poèmes différents :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>L’espace ?</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>Ce résidu</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>Que ton œil calcine</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>…</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>Ta peau</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>Un sol</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>Irrité de soleils</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>…</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>Marcher sur la jetée</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>Le bois qui plie</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>Le clapot de la baie</em></p>
<p style="text-align: justify;">Le poète sait trouver les images qui frappent l’imagination :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>Chien gris</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>Qui rouille</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>Au bout de sa laisse</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>Au fond du jardin</em></p>
<p style="text-align: justify;">Gageons pour finir que ses lecteurs, amateurs de poésie ou poètes amateurs, ne manqueront de retenir la leçon du professeur :</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>Pour écrire</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>Ne couche </em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>Rien</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>Desserre</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 90px;"><em>Les doigts</em></p>
<p style="text-align: justify;">
<div>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
<div style="text-align: justify;">
<p><a title="" href="file:///C:/Users/jbomba1/Downloads/F%20Ohlen%20entre%20th%C3%A9%C3%A2tre%20et%20po%C3%A9sie.doc#_ednref1">[i]</a> <a href="http://www.mondesfrancophones.com/espaces/Creolisations/comptes-rendus/decouverte-frederic-ohlen-un-poete-inspire-par-la-rumeur-du-monde" target="_blank">http://www.mondesfrancophones.com/espaces/Creolisations/comptes-rendus/decouverte-frederic-ohlen-un-poete-inspire-par-la-rumeur-du-monde</a></p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p><a title="" href="file:///C:/Users/jbomba1/Downloads/F%20Ohlen%20entre%20th%C3%A9%C3%A2tre%20et%20po%C3%A9sie.doc#_ednref2">[ii]</a> <em>Fils du Ciel</em>, Nouméa, L’Herbier de feu, 120 exemplaires numérotés à la main, 2011, 37 p.</p>
</div>
<div>
<p style="text-align: justify;"><a title="" href="file:///C:/Users/jbomba1/Downloads/F%20Ohlen%20entre%20th%C3%A9%C3%A2tre%20et%20po%C3%A9sie.doc#_ednref3">[iii]</a> <em>Anima aeterna</em>, Nouméa, L’Herbier de feu, 35 exemplaires numérotés à la main, 2011, 59 p. format A4.</p>
</div>
</div>

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		<title>LA BATAILLE DE SÉTIF d&#8217;Abdelkader Benarab.</title>
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		<pubDate>Wed, 08 Feb 2012 12:10:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>abenarab</dc:creator>
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		<description><![CDATA[À la veille de la commémoration du 50e anniversaire de l&#8217;Indépendance de l&#8217;Algérie (1962-2011), l&#8217;édition des livres d&#8217;histoire et de fiction voit de la part des écrivains et éditeurs un regain d&#8217;intérêt pour la question de la mémoire historique. Mémoire d&#8217;abord aux martyrs puis à ceux qui ont tracé l&#8217;histoire d&#8217;un pays sans aucune reconnaissance. [...]]]></description>
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<div id="attachment_4533" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/02/La-bataille-de-Sétif.jpg"><img class="size-full wp-image-4533" title="La bataille de Sétif" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/02/La-bataille-de-Sétif.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">La bataille de Sétif, Abdelkader Benarab, éd. l&#39;Harmattan, 2011</p></div>
<p style="text-align: justify;">
À la veille de la commémoration du 50e anniversaire de l&#8217;Indépendance de l&#8217;Algérie (1962-2011), l&#8217;édition des livres d&#8217;histoire et de fiction voit de la part des écrivains et éditeurs un regain d&#8217;intérêt pour la question de la mémoire historique. Mémoire d&#8217;abord aux martyrs puis à ceux qui ont tracé l&#8217;histoire d&#8217;un pays sans aucune reconnaissance. Le roman de fiction du Dr. Abdelkader Benarab vient de paraître aux éditions Harmattan en France. Il traite de l&#8217;histoire coloniale dans la région de Sétif. L&#8217;auteur, d&#8217;un trait revient sur la guerre d&#8217;Indépendance, mais cette fois dans une seule région : Sétif. L&#8217;ouvrage, de 160 pages, raconte dans sa première partie le meurtre du lieutenant &laquo;&nbsp;Saïd&nbsp;&raquo;, un agent de l&#8217;armée française qui sème la terreur dans le petit bourg d&#8217;Aïn Margoum, dans la région de Bougaâ. Ce meurtre est commis par Dahmani, héros de l&#8217;histoire. Le roman consacre sa deuxième partie aux maquisards qui se dirigent vers Sétif pour commettre d&#8217;autres attentats. Nous suivons alors pleinement l&#8217;action qui se passe dans la ville, avec la description de ses rues, ses bâtisses, et le vieux lycée colonial, Albertini rebatisé,Mohamed-Kerouani. Dans ce roman, on relève des actions militaires comme les attaques de postes et attentats contre l&#8217;armée française, mais aussi de larges descriptions des lieux qu&#8217;on peut situer aisément aujourd&#8217;hui.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes en novembre 1954, c&#8217;est-à-dire au début de l&#8217;insurrection algérienne. Un groupe d&#8217;insurgés, en compagnie d&#8217;un officier français qui les a rejoints, mène une bataille acharnée contre l&#8217;armée française. Sétif et ses environs, dans les Hauts-Plateaux, sont le théâtre de cettte bataille. Dahmani, héros de cette histoire, entend harceler l&#8217;ennemi partout où il se trouve. Mais la contre-offensive menée par les militaires français et les caïds mercenaires, qui s&#8217;en prenaient aux civils innocents, complique l&#8217;action des révolutionnaires</p>

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		<title>FRANTZ FANON, L&#8217;HOMME DE RUPTURE d&#8217;Abdelkader Benarab</title>
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		<pubDate>Thu, 02 Feb 2012 19:18:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>abenarab</dc:creator>
				<category><![CDATA[Afriques]]></category>
		<category><![CDATA[Caraïbes]]></category>
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		<description><![CDATA[Ce livre d&#8217;une centaine de pages dense et précis, présente Frantz Fanon dans un parcours atypique au cours d&#8217;une période où la lutte pour l&#8217;indépendance de l&#8217;Algérie était à l&#8217;ordre du jour. À travers ce combat, il est devenu un héros, frère des Algériens, ami de l&#8217;Algérie combattante, de l&#8217;Afrique en marche, de tous les [...]]]></description>
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<div id="attachment_4535" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/02/frantz-fanon-l-homme-de-rupture-d-abdelkader-benarab.jpg"><img class="size-full wp-image-4535" title="Frantz Fanon l'homme de rupture, d'Abdelkader Benarab" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/02/frantz-fanon-l-homme-de-rupture-d-abdelkader-benarab.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">Frantz Fanon, l&#39;homme de rupture, Paris, éd.  Alfabarre, 2010.</p></div>
<p style="text-align: justify;">Ce livre d&#8217;une centaine de pages dense et précis, présente Frantz Fanon dans un parcours atypique au cours d&#8217;une période où la lutte pour l&#8217;indépendance de l&#8217;Algérie était à l&#8217;ordre du jour. À travers ce combat, il est devenu un héros, frère des Algériens, ami de l&#8217;Algérie combattante, de l&#8217;Afrique en marche, de tous les émancipés et des hommes libres de tous les continents. Comment alors ne pas percevoir chez A. Benarab l&#8217;auteur, ce rappel à la mémoire, à l&#8217;histoire et à la maturité de l&#8217;esprit de Frantz Fanon né en Martinique et à peine âgé de 28 ans en ces temps durs des guerres de libération que connaissait l&#8217;Afrique et où se jouait son destin. Rien en effet ne prédisposait Frantz Fanon à une carrière aussi prestigieuse, souvent complexe et parfois controversée. Benarab a su avec ce livre et le privilège en référence aux travaux d&#8217;Edouard Said et de Homi Bhabha, de mettre en lumière F. Fanon et lui redonner une nouvelle existence grâce à la fécondité de son langage et surtout le poids des mots sincères à son endroit, déployés avec aisance et finesse tout au long de son récit.</p>
<p style="text-align: justify;">Le livre de M. Benarab explique la pensée de Fanon en permanence traversée par le rapport ambigu subalterne / hégémonique, culture populaire / culture dominante, suprématie culturelle / identité raciale, sans oublier de le distinguer sur les relations toutes aussi ambiguës d&#8217;ailleurs avec Jean Paul Sartre à propos de la préface de son livre Les Damnés de la Terre.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais la critique de l&#8217;époque, par une lecture biaisée n&#8217;a retenu de l&#8217;œuvre de Fanon que la violence. D&#8217;ailleurs il fut moins jugé pour son œuvre que pour l&#8217;Antillais qu&#8217;il était, au moment même où l&#8217;intelligentsia française &laquo;&nbsp;a tiré l&#8217;écriture de F. Fanon vers une violence fantasmée&nbsp;&raquo;. En vérité c&#8217;est la Révolution algérienne qui était visée à travers lui. A partir de ce travail de recherche laborieux, méticuleux d&#8217;un intellectuel qui a beaucoup lu et apprécié F. Fanon, l&#8217;auteur porte aussi un regard nouveau sur ce personnage hors du commun.<br />
Le 6 décembre 1961, à l&#8217;âge de 36 ans, Fanon décède des suites d&#8217;une leucémie à Washington. Il est d&#8217;abord inhumé au cimetière des martyrs à Tunis puis son corps fut rapatrié de Tunisie en Algérie indépendante qu&#8217;il aurait aimé voir en ces jours de gloire et de liberté. Il repose désormais parmi ses frères en terre algérienne avec son dernier vœu accompli.</p>

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		<title>Un extrait de Normal, dernier livre de Fred Romano</title>
		<link>http://mondesfrancophones.com/blog/en-librairie/un-extrait-de-normal-dernier-livre-de-fred-romano/</link>
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		<pubDate>Tue, 03 Jan 2012 12:47:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>fromano</dc:creator>
				<category><![CDATA[En librairie]]></category>
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		<description><![CDATA[«Attention !  Je me dois de me surveiller. Des remarques trop intelligentes de ma part fragilisent ma couverture. Je ne dois jamais, au grand jamais, oublier que je ne suis qu’une adolescente de 16 ans. Ma mission est trop vitale pour que je laisse planer le moindre doute à ce sujet et de surcroît, je ne [...]]]></description>
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<p align="left"><strong><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/NORMAL_une.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-4362" title="NORMAL" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/NORMAL_une.jpg" alt="" width="159" height="238" /></a><br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">«Attention !  Je me dois de me surveiller. Des remarques trop intelligentes de ma part fragilisent ma couverture. Je ne dois jamais, au grand jamais, oublier que je ne suis qu’une adolescente de 16 ans. Ma mission est trop vitale pour que je laisse planer le moindre doute à ce sujet et de surcroît, je ne peux mettre en danger le succès de la première phase de l’opération, nommée Camp de Base, ou encore, dans nos communications internes, Entrisme et Sédiment. Car  ces mots ne font pas réagir le très stupide Échelon<a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/extrait%20normal%20fred%20romano.docx#_ftn1">[1]</a>, entièrement obsédé par des mots simplistes comme « bombe » ou « attentat », mais incapable de soupçonner le plus évident des doubles sens, la plus pauvre des associations d’idées. Mais cette sorcière de Barbara, bien plus vicieuse qu’Échelon, saute sur l’occasion, comme à son accoutumée. A peine ai-je ouvert la bouche qu’elle me provoque au-delà des limites de mon amour-propre. Elle est heureusement trop conne pour saisir la réalité de mon intelligence hors du commun, alors elle s’amuse follement avec ses clins d’œil prétendument culturels, étant par ailleurs  trop raciste pour appréhender la justesse de ses propres intuitions.</p>
<p style="text-align: justify;">- Notre petite de Beauharnais<a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/extrait%20normal%20fred%20romano.docx#_ftn2">[2]</a>, si brillante, comme d’habitude a mis le doigt sur le véritable problème. En effet, chère Nana, il faudrait que tu nous explique d’où tu tiens cette information, parce que c’est un peu facile de prêcher le vrai pour dissimuler le faux.</p>
<p style="text-align: justify;">Parfois Barbara m’appelle aussi Mademoiselle Dumas<a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/extrait%20normal%20fred%20romano.docx#_ftn3">[3]</a>, c’est sa façon à elle de me rappeler que je suis noire tout en soulignant qu’elle a fait au moins l’école secondaire. Si elle savait comme elle me fait plaisir, moi qui suis plus blanche que ma vipère de belle-mère, moi qui pleure du fond de mon aigre rousseur solitaire. Hippolyte, pour me consoler, prétend que probablement mon père Makalélé a eu des ancêtres albinos et que la loterie de la recombinaison génétique m’a donné la peau et l’apparence d’une anglaise, quand bien même je suis à 100% de sang Dogon<a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/extrait%20normal%20fred%20romano.docx#_ftn4">[4]</a>.  Cette idiote de Miou-Miou, un jour où elle avait trop navigué sur Internet, a postulé qu’il fallait chercher une cause à ma peau dans la globalisation et les jolies minettes anti-g voyageant dans le monde entier avec leurs seuls sacs à dos posés sur leurs points g, qui auraient attiré l’œil de mon vénéré père Makalélé. La petite salope cherchait ainsi à me signifier que France n’était peut-être pas ma mère, me rappelant à l’ordre pyramidal de la famille alors je lui ai flanqué une claque de Forum Social, une mandale à la Bové et la garce s’est calmée. Quant à la crétine de Josiane, il m’a suffi de la menacer pour qu’elle n’ouvre pas le bec. J’ai horreur qu’elles rapportent ces ragots sur le compte de mon père, bien que je les comprenne -puisque apparemment Makalélé a eu la sottise de baiser France sans capote- mais je ne supporte pas qu’elles le critiquent. Si Makalélé prétend que je suis à 100% de sang Dogon, en dépit de ma peau claire, de mes yeux bleus, de mes cheveux roux, et de ma naissance sur l’île de Formentera<a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/extrait%20normal%20fred%20romano.docx#_ftn5">[5]</a>, c’est qu’il doit avoir ses raisons et ce n’est pas à moi de le reprendre là-dessus. Heureusement, depuis que j’ai trouvé sur Internet ce livre d’un imam espagnol expliquant comment battre les femmes sans laisser de traces, non seulement leurs impertinences ont cessé, mais de surcroît leur rendement s’est amélioré. Leurs stupides erreurs de variables ont disparu de leurs invocations Java et leurs scripts ont ainsi gagné en efficacité dévastatrice.&nbsp;&raquo;</p>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
<div style="text-align: justify;">
<p><a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/extrait%20normal%20fred%20romano.docx#_ftnref1">[1]</a> Echelon est un programme militaire US de surveillance mondiale de la correspondance par Internet, réagissant à toute une liste de mots telle que terrorist, bomb, attentat, drugs, etc… La simplicité de ce programme, ou la naïveté de ses programmateurs, le rendent inutile dans le cadre de la lutte anti-terroriste, mais cependant il n’en demeure pas moins une redoutable et sournoise  agression au droit d’expression. Sur de nombreux forums Internet, il était possible et conseillé d’envoyer massivement la liste des mots Echelon, afin de rendre le programme de surveillance complètement fou. Adèle a bien entendu activement participé à cette manœuvre, coordonnant des envois de messages en collaboration avec le Chaos Club de Berlin.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p><a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/extrait%20normal%20fred%20romano.docx#_ftnref2">[2]</a> Joséphine de Beauharnais, maîtresse du Général Napoléon Bonaparte, était une quarteronne, métisse de sang noir, originaire de Martinique. Elle fit rétablir l’esclavagisme après la Révolution Française.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p><a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/extrait%20normal%20fred%20romano.docx#_ftnref3">[3]</a> Alexandre Dumas, le célèbre auteur des Trois Mousquetaires, était un métis de sang noir,  de peau sombre et de traits négroïdes.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p><a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/extrait%20normal%20fred%20romano.docx#_ftnref4">[4]</a> Ethnie de l’ouest de l’Afrique</p>
</div>
<div>
<p style="text-align: justify;"><a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/extrait%20normal%20fred%20romano.docx#_ftnref5">[5]</a> La plus petite des îles formant l’archipel des Baléares, en Méditerranée occidentale, appartenant à l’Espagne.  Formentera a été un haut lieu de la mouvance hippy, dans les années soixante-dix et quatre-vingt, et c’est dans cette ambiance qu’Adèle a été élevée. Mais comme beaucoup d’enfants de hippies, en révolte contre leurs parents jugés trop <em>cools</em>, elle s’est radicalisée.</p>
</div>

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		<title>Les Voies de la créolisation, essai sur Édouard Glissant, par Alain Ménil.</title>
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		<pubDate>Tue, 06 Dec 2011 21:43:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Administrateur</dc:creator>
				<category><![CDATA[Annonces]]></category>
		<category><![CDATA[Édouard Glissant]]></category>
		<category><![CDATA[Caraïbes]]></category>
		<category><![CDATA[Créolisations]]></category>
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		<description><![CDATA[Ce livre s’intéresse essentiellement aux essais publiés par Édouard Glissant et à sa pensée du concept de créolisation, ainsi qu’à  la manière dont l’écrivain envisage la géopolitique de l’archipel, en regard de l’histoire des Antilles. Veuillez cliquer ici pour plus d&#8217;informations sur l’ouvrage.]]></description>
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<p>Ce livre s’intéresse essentiellement aux essais publiés par Édouard Glissant et à sa pensée du concept de créolisation, ainsi qu’à  la manière dont l’écrivain envisage la géopolitique de l’archipel, en regard de l’histoire des Antilles.</p>
<p>Veuillez cliquer <a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/carte-A.-Ménil.pdf">ici</a> pour plus d&#8217;informations sur l’ouvrage.</p>

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		<title>De l’Afrique aux Antilles : le dialogue de deux sages</title>
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		<pubDate>Tue, 06 Dec 2011 21:35:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mherland</dc:creator>
				<category><![CDATA[Afriques]]></category>
		<category><![CDATA[Economies]]></category>
		<category><![CDATA[Frances]]></category>
		<category><![CDATA[Livres]]></category>
		<category><![CDATA[Politiques]]></category>

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		<description><![CDATA[Thierry Michalon et Ebézéner Njoh Mouelle : l’État et les clivages ethniques en Afrique [i] Deux intellectuels de bonne volonté dialoguent de part et d’autre de l’Atlantique : un Camerounais, Ebézéner Njoh Mouelle, universitaire, ancien ministre et un Français, Thierry Michalon, universitaire lui aussi, qui a effectué une partie de sa carrière en Afrique avant de se [...]]]></description>
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<div class="mceTemp" style="text-align: left">
<dl>
<dt><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/Mouelle-Michalon.jpg"><br />
<img class="size-full wp-image-4411 " src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/Mouelle-Michalon.jpg" alt="" width="235" height="363" /></a></dt>
<dd>Thierry Michalon et Ebézéner Njoh Mouelle : l’État et les clivages ethniques en Afrique <a title="" href="/Users/Jess/Downloads/Art%20NM%20-%20TM%20(MF).doc#_edn1">[i]</a></dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify">Deux intellectuels de bonne volonté dialoguent de part et d’autre de l’Atlantique : un Camerounais, Ebézéner Njoh Mouelle, universitaire, ancien ministre et un Français, Thierry Michalon, universitaire lui aussi, qui a effectué une partie de sa carrière en Afrique avant de se retrouver aux Antilles françaises, en Martinique. Tous les deux auteurs d’ouvrages décapants dans lesquels ils ne se privent pas de mettre le doigt là où ça fait mal<a title="" href="/Users/Jess/Downloads/Art%20NM%20-%20TM%20(MF).doc#_edn2">[ii]</a>. Les malheurs des Africains indépendants d’un côté, et le malaise des Antillais toujours dépendants de la France de l’autre, sont connus. Encore faut-il les comprendre et être prêt à proposer des solutions – en acceptant, certes, le risque qu’elles soient contestées. Thierry Michalon et E. Njoh Mouelle ont fait, chacun de leur côté, cet effort de compréhension et ils ont pris ce risque. Ils confrontent leurs points de vue dans <em>l’État et les clivages ethniques en Afrique</em>, un ouvrage bref mais dense et qui déborde d’ailleurs largement le thème indiqué par le titre. <em></em></p>
<p style="text-align: justify">Deux auteurs, donc, deux honnêtes hommes, « pessimistes actifs » qui, sans se cacher l’ampleur des difficultés, conservent l’espoir du monde meilleur dont ils cherchent à définir les contours. Ils sont amis, ce qui ne les empêche pas d’aboutir souvent à des constats de désaccord, par exemple lorsqu’il s’agit de peser la responsabilité de l’Occident dans les malheurs du continent africain. Ces points de divergence entre eux ne sont pas les moins instructifs, et ce aussi bien pour les auteurs – qui sont contraints de s’interroger sur la validité de leurs arguments – que pour nous lecteurs – obligés que nous sommes à réfléchir par nous-mêmes puisqu’aucune « vérité » ne nous est imposée.</p>
<p style="text-align: justify">Th. Michalon est un constitutionnaliste. Un temps partisan d’un « fédéralisme ethnique » pour les États africains, il défend maintenant un modèle de démocratie « consociative » (« un type d’État <em>unitaire</em> fondé sur la représentation – à la proportionnelle – des citoyens selon leurs appartenances communautaires, culturelles, identitaires »), s’étant rendu compte que la fameuse « solidarité » africaine, dont on fait si grand cas, a surtout pour effet de faire peser sur les individus des contraintes (familiales, claniques, etc.) qui s’opposent à l’intérêt général bien plus qu’elles ne le favorisent. D’où l’idée qu’il est préférable de confier l’essentiel des responsabilités en matière politique à l’État central plutôt qu’à l’échelon local, pourvu que soit assurée une représentation équitable de toutes les composantes de la société. L’État central, plus « éloigné » de la population, est davantage capable en effet d’imposer les règles de droit. Il devra s’appuyer pour ce faire sur des corps d’élite de préfets et de magistrats, ses instruments au service d’une « déconcentration solide ».</p>
<p style="text-align: justify">Un tel schéma soulève néanmoins des objections. E. Njoh Mouelle remarque par exemple que les groupes les plus faibles numériquement ne pourraient jamais faire prévaloir leur point de vue (à moins qu’il ne coïncide avec celui de la majorité). Il est vrai que Th. Michalon fait preuve là-dessus de beaucoup d’optimisme puisqu’il soutient que la démocratie s’avère la procédure efficace pour faire émerger les compromis indispensables entre les intérêts particuliers, dès lors que « l’égalité face à la règle » est garantie. Sans doute, mais peut-on lui demander, comment émergeront les corps d’élite chargés de faire respecter les lois dans des pays gangrénés par la corruption et le népotisme ? Même en admettant que l’on puisse former des cadres compétents et intègres à l’étranger, et leur assurer un revenu suffisant pour qu’ils ne soient pas immédiatement tentés de s’enrichir aux dépens de la collectivité, les préfets et magistrats seront soumis à l’autorité de responsables politiques élus, en position de leur imposer des décisions contraires à l’intérêt général. Que l’on songe simplement à ce qui se passe dans un pays comme la France, pourtant « patrie des droits de l’homme », où la justice n’est toujours pas vraiment indépendante après des siècles d’apprentissage de la démocratie ! Comment croire, au vu de cet exemple, qu’un simple changement des institutions suffirait à mettre fin aux problèmes les plus graves que rencontrent les États africains ?</p>
<p style="text-align: justify">Sans doute n’y a-t-il aucune raison de désespérer de l’Afrique sur le long terme. Mais en attendant, il est frappant que les deux auteurs – bien qu’ils divergent sur les causes – se rejoignent sur le constat qui a fait tellement hurler venant du président Sarkozy : « L’Africain n&#8217;est pas encore dans le coup de l&#8217;organisation moderne et industrielle de la production. Il continue de se comporter, par rapport au temps, selon le mode induit par l&#8217;organisation préindustrielle de la production » (E. Njoh Mouelle). « Les sociétés africaines s&#8217;avèrent peu aptes au développement de l&#8217;économie de marché, la culture prévalant en leur sein décourageant l&#8217;investissement, le profit, la réussite personnelle, etc. » (Th. Michalon). En admettant que ce constat soit fondé, est-il malgré tout possible d’accélérer la marche de l’Afrique vers le progrès ?  Faut-il compter, comme le fait E. Njoh Mouelle, sur l’apparition d’un homme providentiel ? Si la proposition peut choquer – et elle ne manque pas de faire réagir Th. Michalon – n’a-t-elle pas néanmoins quelque chose de séduisant ? Car il est vrai que certains pays ont connu un développement particulièrement remarquable sous la houlette d’un dictateur éclairé, Singapour étant peut-être le cas le plus emblématique. On ne peut pas ne pas voir combien ce serait stimulant pour tous les pays de l’Afrique sub-saharienne si l’un d’entre eux au moins donnait l’exemple d’une réussite semblable. Nous n’en sommes malheureusement pas là pour l’instant, puisque les pays jadis les plus exemplaires comme le Sénégal (pour son régime politique) oula Côte-d’Ivoire (pour ses performances économiques) sont entrés en décadence. Les dictateurs ne manquent pas en Afrique, hélas, les lumières leur manquent !</p>
<p style="text-align: justify">Il est impossible, dans le cadre d’une brève recension, de rendre compte de l’ensemble de ce livre, petit par le nombre de pages mais très dense quant aux idées qu’il met en avant. Pour autant, on ne saurait faire l’impasse sur l’avant-dernier chapitre, intitulé « Dans les territoires insulaires français, des blocages semblables à ceux de l’Afrique ? », car lesdits territoires (Corse comprise) sont caractérisés par une forte résistance à la règle et par une faible légitimité de l’État, deux traits qui ne sont pas sans rapport avec ceux que l’on peut observer dans les « démocraties » à l’africaine. Les mêmes maux appellent les mêmes remèdes : il importe que les principaux cadres d’État <em>ne</em> soient <em>pas</em> originaires du territoire qu’ils ont à administrer, dans ces territoires isolés de la République française aussi bien que dans les circonscriptions ou autres districts africains. « Si la démocratie demande à chacun d’exprimer ses <em>désirs</em>, la République lui demande au contraire de les taire, et lui <em>impose </em>le respect des règles », souligne Th. Michalon. Or on impose très difficilement à son voisin ou son cousin une règle qui, bien que d’intérêt général, contredit son intérêt particulier ; d’où l’importance d’avoir des représentants de l’État étrangers au lieu où ils sont appelés à exercer. À bon entendeur, salut !</p>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
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<p><a title="" href="/Users/Jess/Downloads/Art%20NM%20-%20TM%20(MF).doc#_ednref1">[i]</a> Thierry Michalon et Ebézéner Njoh Mouelle : <em>l’État et les clivages ethniques en Afrique – Dialogues et propos échangés sur internet</em>, ouvrage édité simultanément par Ifrikiya, collection « Interlignes », BP 6627 Yaoundé, Cameroun, 2011, 135 pages, 5.000 francs CFA et par les Éditions du CERAP, collection « Controverses », Abidjan, 2011, 174 pages, 5.000 francs CFA.</p>
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<p style="text-align: justify"><a title="" href="/Users/Jess/Downloads/Art%20NM%20-%20TM%20(MF).doc#_ednref2">[ii]</a> Voir en particulier, de Th. Michalon, <em>L’Outre-mer français – Évolutions institutionnelles et affirmations identitaires</em>, dont nous avons rendu compte ici-même.</p>
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		<title>Leçon d’écriture (3) : L’Évaporation de l’oncle de Christine Montalbetti .</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Nov 2011 14:46:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mlercoulois</dc:creator>
				<category><![CDATA[Frances]]></category>
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<p style="text-align: justify;">Il est des auteurs rares qui s’obstinent à sortir des sentiers battus de la littérature, quitte à tracer leur chemin dans une certaine solitude, et il y a, fort heureusement, des éditeurs tout aussi obstinés. Christine Montalbetti – qui enseigne par ailleurs la littérature – a publié dix livres, tous chez P.O.L., entre 2001 et 2011, ce qui fait donc à peu près un par année. Son dernier opus est passé plus ou moins inaperçu dans le brouhaha de la dernière rentrée littéraire. C’est bien dommage pour un livre dans lequel on retrouve tout ce qui fait la beauté et l’originalité de la prose de cette écrivaine, agrémentée ici d’une teinte japonisante.</p>
<p style="text-align: justify;">Ch. Montalbetti a bénéficié d’une bourse « Stendhal » pour séjourner au pays du soleil levant. Les bourses d’écriture peuvent se révéler un piège pour les auteurs si leur imagination s’en trouve entravée. L’auteure de <em>Western</em><a title="" href="file:///C:/Users/jbomba1/Downloads/Le%C3%A7on%20d'%C3%A9criture%20(3).doc#_ftn1">[1]</a> se sort pour sa part sans dommage de l’exercice obligé. Par petites touches, elle invente un Japon intemporel, une épure parfaitement crédible aux yeux du lecteur occidental qui y retrouve l’idée qu’il se fait de ce pays, de ses paysages, de ses mœurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Ch. Montalbetti est une grande styliste. Elle le confirme dans ce nouveau livre qui nous invite à être encore plus attentif à la forme que dans certains autres de ses romans, plus ambitieux<a title="" href="file:///C:/Users/jbomba1/Downloads/Le%C3%A7on%20d'%C3%A9criture%20(3).doc#_ftn2">[2]</a>, puisque « l’argument » se résume ici à deux énigmes : Pourquoi l’oncle s’est-il « évaporé » (comprendre : a-t-il disparu) un beau jour de la maison de son frère ? Et pourquoi son neveu, bien des années plus tard, alors qu’il est désormais marié, se lance-t-il tout seul à sa recherche ? Le récit raconte la quête du neveu avec des <em>flash back</em> qui éclairent le destin de l’oncle. Nous aurons, p. 182, passé le mitan du livre, la réponse à la première question ; le comportement du neveu restera jusqu’au bout inexpliqué.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur cette trame, Ch. Montalbetti brode une tapisserie où chaque fil apporte une nuance supplémentaire ; elle construit minutieusement un récit où le moindre mot compte. Car, contrairement aux romans qu’on peut parcourir à son gré, l’attention éventuellement fluctuante, ceux de Ch. Montalbetti ne laissent aucune liberté de ce genre. Il faut la suivre jusqu’au bout de ses méandres, ses repentirs et ses retours en arrière, ne négliger aucun détail du palimpseste qui s’élabore peu à peu sous nos yeux.</p>
<p style="text-align: justify;">Si l’on devait à tout prix rapprocher Ch. Montalbetti d’un autre écrivain, c’est à coup sûr Claude Simon qui viendrait en premier à l’esprit, pour les méandres, justement (et la force du style). Avec néanmoins des différences de sensibilité, de thématique, de vocabulaire qui font de Ch. Montalbetti une écrivaine aussi originale que talentueuse.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle excelle en particulier à rendre les paysages et les atmosphères. Elle sait peindre comme personne les montagnes, la forêt, les rizières, la mer, l’ombre, le ciel, les nuages et le cycle des saisons, la pluie, le vent, la neige.  Voir par exemple, tirée des premières pages, cette description d’une pluie diluvienne accompagnée d’un vent violent :</p>
<p style="text-align: justify;">« … Quelque chose, dans le vent, dans son souffle, de furieux, d’emporté, qui s’en va vous secouer les arbres, agiter contre le ciel gris leurs branches affolées, tandis qu’au sol les herbes s’entremêlent en des torsions inextricables, et les brindilles, regardez, se mettent à bondir, les copeaux de bois tressautent, et les aiguilles tombées des pins – tout ce qu’il y a de microscopique et de léger et qui se voit comme ça déplacé des centaines de mètres plus loin » (p. 24).</p>
<p style="text-align: justify;">Un extrait choisi à dessein car il rassemble plusieurs caractéristiques du style de Ch. Montalbetti : images fortes (« branches affolées »), tournures familières (« qui s’en va vous secouer les arbres »), prise à parti du lecteur (« regardez »), syntaxe bousculée. En même temps, ce passage qui appartient à un épisode isolé (la tempête) trouvera un écho bien plus tard, presque à la fin du livre, dans un paragraphe où revient, curieusement, le thème de la brindille.</p>
<p style="text-align: justify;">« À la suivre des yeux comme ça, cette brindille qui descend la rivière (une brindille de rien du tout, solitaire et fragile), est-ce qu’on n’est pas tenté de lui conférer des émotions, des pensées maigrelettes à se faire brimbaler dans le courant, car regardez-la qui dégringole, qui se laisse porter, comme si elle avait décidé de s’en remettre aux éléments, passive, confiante, dans le paysage au milieu duquel elle dérive » (p. 278).</p>
<p style="text-align: justify;">Un détail minuscule, la brindille, est regardé ici tout à fait autrement que plus haut : une calme dérive a remplacé l’agitation désordonnée. C’est ainsi, par ces changements constants de point de vue, que se construit, touche après touche, le palimpseste. Encore faut-il ajouter que les descriptions de la nature ne sont jamais simplement « décoratives » : elles ont une fonction psychologique. La brindille qui se laisse aller au fil du courant est contemplée par le neveu, Yasu ; elle symbolise son épouse restée à la maison, Yunko, qui est sur le point de le trahir en suivant, elle aussi, une inclination toute naturelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Au cœur du livre se nichent en effet deux beaux portraits de femmes qui pratiquent l’adultère avec  une certaine allégresse. Les humains sont le plus souvent solitaires dans les livres de Ch. Montalbetti ; il n’est donc pas surprenant que la rencontre physique soit vécue comme une délivrance.</p>
<p style="text-align: justify;">« Tanjiro s’approche de l’arbre sous lequel se tient Yunko, et lui aussi est comme une chose bruissante. Sa silhouette un rameau offert aux vents, et pourquoi  la prend-il dans ses bras, son corps tremble à l’égal des feuilles autour d’eux. Ils glissent ensemble au sol, s’embrassent dans l’odeur de terre humide. Des cheveux de Yunko, échappés de la coiffure, s’intercalent, gênent le baiser, se collent à leurs lèvres. Ils ne prennent pas la peine de les ôter, d’aller chercher avec leurs doigts pour les décoller, non, ils continuent de s’embrasser comme ça, dans le désordre des cheveux et de l’herbe écrasée, et du vent qu’on entend, et du ciel qui tangue, et du mari absent, et de la différence d’âge, et de la vie qu’on arrache à la vie même » (p. 284).</p>
<p style="text-align: justify;">À nouveau, ce paragraphe fait écho en l’inversant à un passage du début qui appartient à la scène des adieux entre Yasu et Yunko, une scène où les corps des époux, soudain, ne savent plus se parler.</p>
<p style="text-align: justify;">« Dans cette ignorance cinglante, dans le bouleversement de cette ignorance, on essaye quand même, on veut faire le tour de la taille de l’autre avec son bras, mais son bras ne s’arrondit plus comme il faut, il est mécanique, rigide et anguleux. Il blesse quand il ramène vers soi. Un bras affolé et inapte, qui fait les choses sans grâce, et c’est tout ce qu’on voit, cet affolement et cette inaptitude, tandis que vous fourrez la tête dans le creux du cou de l’autre pour vous aveugler… »  (p. 37).</p>
<p style="text-align: justify;">Après un prologue qui évoque la présence de l’oncle chez son frère, le livre est divisé en chapitres simplement numérotés de 1 à 20. Le lecteur découvrira que chaque chapitre est organisé autour d’un thème principal : 1. La pluie – 2. Les adieux – 3. L’auberge – 4. L’idée insaisissable – 5. La guirlande des singes – 6. La fuite de l’oncle – 7. L’attente – 8. L’amitié – 9. Adultère ? – 10. Le couple dépareillé – 11. La trahison de l’oncle – 12. Insectes – 13. Le duel – 14. La vie des objets – 15. Séduction – 16. Le récit de la théière – 17. Idylle – 18. Adultères – 19. Déception – 20. Une quête vaine.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces chapitres sont l’occasion d’introduire des personnages secondaires, certains récurrents comme la veille dame au secret impénétrable, d’autres pas comme les voyageurs rencontrés par Yasu au cours de son errance. Ils contiennent encore des anecdotes dont on ne sait pas très bien si elles empruntent ou pas au folklore japonais mais qui, quoi qu’il en soit, font agréablement diversion. Bref, <em>l’Évaporation de l’oncle</em>, au titre si bien trouvé, est à recommander sans hésiter à tous les amoureux de la Littérature (avec une majuscule).</p>
<div><br clear="all" /></p>
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<div style="text-align: justify;">
<p><a title="" href="file:///C:/Users/jbomba1/Downloads/Le%C3%A7on%20d'%C3%A9criture%20(3).doc#_ftnref1">[1]</a> P.O.L., 2005.</p>
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<p style="text-align: justify;"><a title="" href="file:///C:/Users/jbomba1/Downloads/Le%C3%A7on%20d'%C3%A9criture%20(3).doc#_ftnref2">[2]</a> Comme <em>l’Origine de l’homme</em> dont nous avons rendu compte ici même.</p>
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