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	<title>MondesFrancophones.com &#187; Livres</title>
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		<title>FRANTZ FANON, L&#8217;HOMME DE RUPTURE d&#8217;Abdelkader Benarab</title>
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		<pubDate>Thu, 02 Feb 2012 19:18:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>abenarab</dc:creator>
				<category><![CDATA[Afriques]]></category>
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<div id="attachment_4535" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/02/frantz-fanon-l-homme-de-rupture-d-abdelkader-benarab.jpg"><img class="size-full wp-image-4535" title="Frantz Fanon l'homme de rupture, d'Abdelkader Benarab" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/02/frantz-fanon-l-homme-de-rupture-d-abdelkader-benarab.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">Frantz Fanon, l&#39;homme de rupture, Paris, éd.  Alfabarre, 2010.</p></div>
<p style="text-align: justify;">Ce livre d&#8217;une centaine de pages dense et précis, présente Frantz Fanon dans un parcours atypique au cours d&#8217;une période où la lutte pour l&#8217;indépendance de l&#8217;Algérie était à l&#8217;ordre du jour. À travers ce combat, il est devenu un héros, frère des Algériens, ami de l&#8217;Algérie combattante, de l&#8217;Afrique en marche, de tous les émancipés et des hommes libres de tous les continents. Comment alors ne pas percevoir chez A. Benarab l&#8217;auteur, ce rappel à la mémoire, à l&#8217;histoire et à la maturité de l&#8217;esprit de Frantz Fanon né en Martinique et à peine âgé de 28 ans en ces temps durs des guerres de libération que connaissait l&#8217;Afrique et où se jouait son destin. Rien en effet ne prédisposait Frantz Fanon à une carrière aussi prestigieuse, souvent complexe et parfois controversée. Benarab a su avec ce livre et le privilège en référence aux travaux d&#8217;Edouard Said et de Homi Bhabha, de mettre en lumière F. Fanon et lui redonner une nouvelle existence grâce à la fécondité de son langage et surtout le poids des mots sincères à son endroit, déployés avec aisance et finesse tout au long de son récit.</p>
<p style="text-align: justify;">Le livre de M. Benarab explique la pensée de Fanon en permanence traversée par le rapport ambigu subalterne / hégémonique, culture populaire / culture dominante, suprématie culturelle / identité raciale, sans oublier de le distinguer sur les relations toutes aussi ambiguës d&#8217;ailleurs avec Jean Paul Sartre à propos de la préface de son livre Les Damnés de la Terre.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais la critique de l&#8217;époque, par une lecture biaisée n&#8217;a retenu de l&#8217;œuvre de Fanon que la violence. D&#8217;ailleurs il fut moins jugé pour son œuvre que pour l&#8217;Antillais qu&#8217;il était, au moment même où l&#8217;intelligentsia française &laquo;&nbsp;a tiré l&#8217;écriture de F. Fanon vers une violence fantasmée&nbsp;&raquo;. En vérité c&#8217;est la Révolution algérienne qui était visée à travers lui. A partir de ce travail de recherche laborieux, méticuleux d&#8217;un intellectuel qui a beaucoup lu et apprécié F. Fanon, l&#8217;auteur porte aussi un regard nouveau sur ce personnage hors du commun.<br />
Le 6 décembre 1961, à l&#8217;âge de 36 ans, Fanon décède des suites d&#8217;une leucémie à Washington. Il est d&#8217;abord inhumé au cimetière des martyrs à Tunis puis son corps fut rapatrié de Tunisie en Algérie indépendante qu&#8217;il aurait aimé voir en ces jours de gloire et de liberté. Il repose désormais parmi ses frères en terre algérienne avec son dernier vœu accompli.</p>

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		<title>Un extrait de Normal, dernier livre de Fred Romano</title>
		<link>http://mondesfrancophones.com/blog/en-librairie/un-extrait-de-normal-dernier-livre-de-fred-romano/</link>
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		<pubDate>Tue, 03 Jan 2012 12:47:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>fromano</dc:creator>
				<category><![CDATA[En librairie]]></category>
		<category><![CDATA[Livres]]></category>

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<p align="left"><strong><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/NORMAL_une.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-4362" title="NORMAL" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/NORMAL_une.jpg" alt="" width="159" height="238" /></a><br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">«Attention !  Je me dois de me surveiller. Des remarques trop intelligentes de ma part fragilisent ma couverture. Je ne dois jamais, au grand jamais, oublier que je ne suis qu’une adolescente de 16 ans. Ma mission est trop vitale pour que je laisse planer le moindre doute à ce sujet et de surcroît, je ne peux mettre en danger le succès de la première phase de l’opération, nommée Camp de Base, ou encore, dans nos communications internes, Entrisme et Sédiment. Car  ces mots ne font pas réagir le très stupide Échelon<a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/extrait%20normal%20fred%20romano.docx#_ftn1">[1]</a>, entièrement obsédé par des mots simplistes comme « bombe » ou « attentat », mais incapable de soupçonner le plus évident des doubles sens, la plus pauvre des associations d’idées. Mais cette sorcière de Barbara, bien plus vicieuse qu’Échelon, saute sur l’occasion, comme à son accoutumée. A peine ai-je ouvert la bouche qu’elle me provoque au-delà des limites de mon amour-propre. Elle est heureusement trop conne pour saisir la réalité de mon intelligence hors du commun, alors elle s’amuse follement avec ses clins d’œil prétendument culturels, étant par ailleurs  trop raciste pour appréhender la justesse de ses propres intuitions.</p>
<p style="text-align: justify;">- Notre petite de Beauharnais<a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/extrait%20normal%20fred%20romano.docx#_ftn2">[2]</a>, si brillante, comme d’habitude a mis le doigt sur le véritable problème. En effet, chère Nana, il faudrait que tu nous explique d’où tu tiens cette information, parce que c’est un peu facile de prêcher le vrai pour dissimuler le faux.</p>
<p style="text-align: justify;">Parfois Barbara m’appelle aussi Mademoiselle Dumas<a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/extrait%20normal%20fred%20romano.docx#_ftn3">[3]</a>, c’est sa façon à elle de me rappeler que je suis noire tout en soulignant qu’elle a fait au moins l’école secondaire. Si elle savait comme elle me fait plaisir, moi qui suis plus blanche que ma vipère de belle-mère, moi qui pleure du fond de mon aigre rousseur solitaire. Hippolyte, pour me consoler, prétend que probablement mon père Makalélé a eu des ancêtres albinos et que la loterie de la recombinaison génétique m’a donné la peau et l’apparence d’une anglaise, quand bien même je suis à 100% de sang Dogon<a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/extrait%20normal%20fred%20romano.docx#_ftn4">[4]</a>.  Cette idiote de Miou-Miou, un jour où elle avait trop navigué sur Internet, a postulé qu’il fallait chercher une cause à ma peau dans la globalisation et les jolies minettes anti-g voyageant dans le monde entier avec leurs seuls sacs à dos posés sur leurs points g, qui auraient attiré l’œil de mon vénéré père Makalélé. La petite salope cherchait ainsi à me signifier que France n’était peut-être pas ma mère, me rappelant à l’ordre pyramidal de la famille alors je lui ai flanqué une claque de Forum Social, une mandale à la Bové et la garce s’est calmée. Quant à la crétine de Josiane, il m’a suffi de la menacer pour qu’elle n’ouvre pas le bec. J’ai horreur qu’elles rapportent ces ragots sur le compte de mon père, bien que je les comprenne -puisque apparemment Makalélé a eu la sottise de baiser France sans capote- mais je ne supporte pas qu’elles le critiquent. Si Makalélé prétend que je suis à 100% de sang Dogon, en dépit de ma peau claire, de mes yeux bleus, de mes cheveux roux, et de ma naissance sur l’île de Formentera<a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/extrait%20normal%20fred%20romano.docx#_ftn5">[5]</a>, c’est qu’il doit avoir ses raisons et ce n’est pas à moi de le reprendre là-dessus. Heureusement, depuis que j’ai trouvé sur Internet ce livre d’un imam espagnol expliquant comment battre les femmes sans laisser de traces, non seulement leurs impertinences ont cessé, mais de surcroît leur rendement s’est amélioré. Leurs stupides erreurs de variables ont disparu de leurs invocations Java et leurs scripts ont ainsi gagné en efficacité dévastatrice.&nbsp;&raquo;</p>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
<div style="text-align: justify;">
<p><a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/extrait%20normal%20fred%20romano.docx#_ftnref1">[1]</a> Echelon est un programme militaire US de surveillance mondiale de la correspondance par Internet, réagissant à toute une liste de mots telle que terrorist, bomb, attentat, drugs, etc… La simplicité de ce programme, ou la naïveté de ses programmateurs, le rendent inutile dans le cadre de la lutte anti-terroriste, mais cependant il n’en demeure pas moins une redoutable et sournoise  agression au droit d’expression. Sur de nombreux forums Internet, il était possible et conseillé d’envoyer massivement la liste des mots Echelon, afin de rendre le programme de surveillance complètement fou. Adèle a bien entendu activement participé à cette manœuvre, coordonnant des envois de messages en collaboration avec le Chaos Club de Berlin.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p><a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/extrait%20normal%20fred%20romano.docx#_ftnref2">[2]</a> Joséphine de Beauharnais, maîtresse du Général Napoléon Bonaparte, était une quarteronne, métisse de sang noir, originaire de Martinique. Elle fit rétablir l’esclavagisme après la Révolution Française.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p><a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/extrait%20normal%20fred%20romano.docx#_ftnref3">[3]</a> Alexandre Dumas, le célèbre auteur des Trois Mousquetaires, était un métis de sang noir,  de peau sombre et de traits négroïdes.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p><a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/extrait%20normal%20fred%20romano.docx#_ftnref4">[4]</a> Ethnie de l’ouest de l’Afrique</p>
</div>
<div>
<p style="text-align: justify;"><a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/extrait%20normal%20fred%20romano.docx#_ftnref5">[5]</a> La plus petite des îles formant l’archipel des Baléares, en Méditerranée occidentale, appartenant à l’Espagne.  Formentera a été un haut lieu de la mouvance hippy, dans les années soixante-dix et quatre-vingt, et c’est dans cette ambiance qu’Adèle a été élevée. Mais comme beaucoup d’enfants de hippies, en révolte contre leurs parents jugés trop <em>cools</em>, elle s’est radicalisée.</p>
</div>

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		<title>Les Voies de la créolisation, essai sur Édouard Glissant, par Alain Ménil.</title>
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		<pubDate>Tue, 06 Dec 2011 21:43:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Administrateur</dc:creator>
				<category><![CDATA[Annonces]]></category>
		<category><![CDATA[Édouard Glissant]]></category>
		<category><![CDATA[Caraïbes]]></category>
		<category><![CDATA[Créolisations]]></category>
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		<description><![CDATA[Ce livre s’intéresse essentiellement aux essais publiés par Édouard Glissant et à sa pensée du concept de créolisation, ainsi qu’à  la manière dont l’écrivain envisage la géopolitique de l’archipel, en regard de l’histoire des Antilles. Veuillez cliquer ici pour plus d&#8217;informations sur l’ouvrage.]]></description>
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<p>Ce livre s’intéresse essentiellement aux essais publiés par Édouard Glissant et à sa pensée du concept de créolisation, ainsi qu’à  la manière dont l’écrivain envisage la géopolitique de l’archipel, en regard de l’histoire des Antilles.</p>
<p>Veuillez cliquer <a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/carte-A.-Ménil.pdf">ici</a> pour plus d&#8217;informations sur l’ouvrage.</p>

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		<title>De l’Afrique aux Antilles : le dialogue de deux sages</title>
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		<pubDate>Tue, 06 Dec 2011 21:35:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mherland</dc:creator>
				<category><![CDATA[Afriques]]></category>
		<category><![CDATA[Economies]]></category>
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		<description><![CDATA[Thierry Michalon et Ebézéner Njoh Mouelle : l’État et les clivages ethniques en Afrique [i] Deux intellectuels de bonne volonté dialoguent de part et d’autre de l’Atlantique : un Camerounais, Ebézéner Njoh Mouelle, universitaire, ancien ministre et un Français, Thierry Michalon, universitaire lui aussi, qui a effectué une partie de sa carrière en Afrique avant de se [...]]]></description>
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<div class="mceTemp" style="text-align: left">
<dl>
<dt><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/Mouelle-Michalon.jpg"><br />
<img class="size-full wp-image-4411 " src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/Mouelle-Michalon.jpg" alt="" width="235" height="363" /></a></dt>
<dd>Thierry Michalon et Ebézéner Njoh Mouelle : l’État et les clivages ethniques en Afrique <a title="" href="/Users/Jess/Downloads/Art%20NM%20-%20TM%20(MF).doc#_edn1">[i]</a></dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify">Deux intellectuels de bonne volonté dialoguent de part et d’autre de l’Atlantique : un Camerounais, Ebézéner Njoh Mouelle, universitaire, ancien ministre et un Français, Thierry Michalon, universitaire lui aussi, qui a effectué une partie de sa carrière en Afrique avant de se retrouver aux Antilles françaises, en Martinique. Tous les deux auteurs d’ouvrages décapants dans lesquels ils ne se privent pas de mettre le doigt là où ça fait mal<a title="" href="/Users/Jess/Downloads/Art%20NM%20-%20TM%20(MF).doc#_edn2">[ii]</a>. Les malheurs des Africains indépendants d’un côté, et le malaise des Antillais toujours dépendants de la France de l’autre, sont connus. Encore faut-il les comprendre et être prêt à proposer des solutions – en acceptant, certes, le risque qu’elles soient contestées. Thierry Michalon et E. Njoh Mouelle ont fait, chacun de leur côté, cet effort de compréhension et ils ont pris ce risque. Ils confrontent leurs points de vue dans <em>l’État et les clivages ethniques en Afrique</em>, un ouvrage bref mais dense et qui déborde d’ailleurs largement le thème indiqué par le titre. <em></em></p>
<p style="text-align: justify">Deux auteurs, donc, deux honnêtes hommes, « pessimistes actifs » qui, sans se cacher l’ampleur des difficultés, conservent l’espoir du monde meilleur dont ils cherchent à définir les contours. Ils sont amis, ce qui ne les empêche pas d’aboutir souvent à des constats de désaccord, par exemple lorsqu’il s’agit de peser la responsabilité de l’Occident dans les malheurs du continent africain. Ces points de divergence entre eux ne sont pas les moins instructifs, et ce aussi bien pour les auteurs – qui sont contraints de s’interroger sur la validité de leurs arguments – que pour nous lecteurs – obligés que nous sommes à réfléchir par nous-mêmes puisqu’aucune « vérité » ne nous est imposée.</p>
<p style="text-align: justify">Th. Michalon est un constitutionnaliste. Un temps partisan d’un « fédéralisme ethnique » pour les États africains, il défend maintenant un modèle de démocratie « consociative » (« un type d’État <em>unitaire</em> fondé sur la représentation – à la proportionnelle – des citoyens selon leurs appartenances communautaires, culturelles, identitaires »), s’étant rendu compte que la fameuse « solidarité » africaine, dont on fait si grand cas, a surtout pour effet de faire peser sur les individus des contraintes (familiales, claniques, etc.) qui s’opposent à l’intérêt général bien plus qu’elles ne le favorisent. D’où l’idée qu’il est préférable de confier l’essentiel des responsabilités en matière politique à l’État central plutôt qu’à l’échelon local, pourvu que soit assurée une représentation équitable de toutes les composantes de la société. L’État central, plus « éloigné » de la population, est davantage capable en effet d’imposer les règles de droit. Il devra s’appuyer pour ce faire sur des corps d’élite de préfets et de magistrats, ses instruments au service d’une « déconcentration solide ».</p>
<p style="text-align: justify">Un tel schéma soulève néanmoins des objections. E. Njoh Mouelle remarque par exemple que les groupes les plus faibles numériquement ne pourraient jamais faire prévaloir leur point de vue (à moins qu’il ne coïncide avec celui de la majorité). Il est vrai que Th. Michalon fait preuve là-dessus de beaucoup d’optimisme puisqu’il soutient que la démocratie s’avère la procédure efficace pour faire émerger les compromis indispensables entre les intérêts particuliers, dès lors que « l’égalité face à la règle » est garantie. Sans doute, mais peut-on lui demander, comment émergeront les corps d’élite chargés de faire respecter les lois dans des pays gangrénés par la corruption et le népotisme ? Même en admettant que l’on puisse former des cadres compétents et intègres à l’étranger, et leur assurer un revenu suffisant pour qu’ils ne soient pas immédiatement tentés de s’enrichir aux dépens de la collectivité, les préfets et magistrats seront soumis à l’autorité de responsables politiques élus, en position de leur imposer des décisions contraires à l’intérêt général. Que l’on songe simplement à ce qui se passe dans un pays comme la France, pourtant « patrie des droits de l’homme », où la justice n’est toujours pas vraiment indépendante après des siècles d’apprentissage de la démocratie ! Comment croire, au vu de cet exemple, qu’un simple changement des institutions suffirait à mettre fin aux problèmes les plus graves que rencontrent les États africains ?</p>
<p style="text-align: justify">Sans doute n’y a-t-il aucune raison de désespérer de l’Afrique sur le long terme. Mais en attendant, il est frappant que les deux auteurs – bien qu’ils divergent sur les causes – se rejoignent sur le constat qui a fait tellement hurler venant du président Sarkozy : « L’Africain n&#8217;est pas encore dans le coup de l&#8217;organisation moderne et industrielle de la production. Il continue de se comporter, par rapport au temps, selon le mode induit par l&#8217;organisation préindustrielle de la production » (E. Njoh Mouelle). « Les sociétés africaines s&#8217;avèrent peu aptes au développement de l&#8217;économie de marché, la culture prévalant en leur sein décourageant l&#8217;investissement, le profit, la réussite personnelle, etc. » (Th. Michalon). En admettant que ce constat soit fondé, est-il malgré tout possible d’accélérer la marche de l’Afrique vers le progrès ?  Faut-il compter, comme le fait E. Njoh Mouelle, sur l’apparition d’un homme providentiel ? Si la proposition peut choquer – et elle ne manque pas de faire réagir Th. Michalon – n’a-t-elle pas néanmoins quelque chose de séduisant ? Car il est vrai que certains pays ont connu un développement particulièrement remarquable sous la houlette d’un dictateur éclairé, Singapour étant peut-être le cas le plus emblématique. On ne peut pas ne pas voir combien ce serait stimulant pour tous les pays de l’Afrique sub-saharienne si l’un d’entre eux au moins donnait l’exemple d’une réussite semblable. Nous n’en sommes malheureusement pas là pour l’instant, puisque les pays jadis les plus exemplaires comme le Sénégal (pour son régime politique) oula Côte-d’Ivoire (pour ses performances économiques) sont entrés en décadence. Les dictateurs ne manquent pas en Afrique, hélas, les lumières leur manquent !</p>
<p style="text-align: justify">Il est impossible, dans le cadre d’une brève recension, de rendre compte de l’ensemble de ce livre, petit par le nombre de pages mais très dense quant aux idées qu’il met en avant. Pour autant, on ne saurait faire l’impasse sur l’avant-dernier chapitre, intitulé « Dans les territoires insulaires français, des blocages semblables à ceux de l’Afrique ? », car lesdits territoires (Corse comprise) sont caractérisés par une forte résistance à la règle et par une faible légitimité de l’État, deux traits qui ne sont pas sans rapport avec ceux que l’on peut observer dans les « démocraties » à l’africaine. Les mêmes maux appellent les mêmes remèdes : il importe que les principaux cadres d’État <em>ne</em> soient <em>pas</em> originaires du territoire qu’ils ont à administrer, dans ces territoires isolés de la République française aussi bien que dans les circonscriptions ou autres districts africains. « Si la démocratie demande à chacun d’exprimer ses <em>désirs</em>, la République lui demande au contraire de les taire, et lui <em>impose </em>le respect des règles », souligne Th. Michalon. Or on impose très difficilement à son voisin ou son cousin une règle qui, bien que d’intérêt général, contredit son intérêt particulier ; d’où l’importance d’avoir des représentants de l’État étrangers au lieu où ils sont appelés à exercer. À bon entendeur, salut !</p>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
<div style="text-align: justify">
<p><a title="" href="/Users/Jess/Downloads/Art%20NM%20-%20TM%20(MF).doc#_ednref1">[i]</a> Thierry Michalon et Ebézéner Njoh Mouelle : <em>l’État et les clivages ethniques en Afrique – Dialogues et propos échangés sur internet</em>, ouvrage édité simultanément par Ifrikiya, collection « Interlignes », BP 6627 Yaoundé, Cameroun, 2011, 135 pages, 5.000 francs CFA et par les Éditions du CERAP, collection « Controverses », Abidjan, 2011, 174 pages, 5.000 francs CFA.</p>
</div>
<div>
<p style="text-align: justify"><a title="" href="/Users/Jess/Downloads/Art%20NM%20-%20TM%20(MF).doc#_ednref2">[ii]</a> Voir en particulier, de Th. Michalon, <em>L’Outre-mer français – Évolutions institutionnelles et affirmations identitaires</em>, dont nous avons rendu compte ici-même.</p>
</div>

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		<title>Leçon d’écriture (3) : L’Évaporation de l’oncle de Christine Montalbetti .</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Nov 2011 14:46:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mlercoulois</dc:creator>
				<category><![CDATA[Frances]]></category>
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<p style="text-align: justify;">Il est des auteurs rares qui s’obstinent à sortir des sentiers battus de la littérature, quitte à tracer leur chemin dans une certaine solitude, et il y a, fort heureusement, des éditeurs tout aussi obstinés. Christine Montalbetti – qui enseigne par ailleurs la littérature – a publié dix livres, tous chez P.O.L., entre 2001 et 2011, ce qui fait donc à peu près un par année. Son dernier opus est passé plus ou moins inaperçu dans le brouhaha de la dernière rentrée littéraire. C’est bien dommage pour un livre dans lequel on retrouve tout ce qui fait la beauté et l’originalité de la prose de cette écrivaine, agrémentée ici d’une teinte japonisante.</p>
<p style="text-align: justify;">Ch. Montalbetti a bénéficié d’une bourse « Stendhal » pour séjourner au pays du soleil levant. Les bourses d’écriture peuvent se révéler un piège pour les auteurs si leur imagination s’en trouve entravée. L’auteure de <em>Western</em><a title="" href="file:///C:/Users/jbomba1/Downloads/Le%C3%A7on%20d'%C3%A9criture%20(3).doc#_ftn1">[1]</a> se sort pour sa part sans dommage de l’exercice obligé. Par petites touches, elle invente un Japon intemporel, une épure parfaitement crédible aux yeux du lecteur occidental qui y retrouve l’idée qu’il se fait de ce pays, de ses paysages, de ses mœurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Ch. Montalbetti est une grande styliste. Elle le confirme dans ce nouveau livre qui nous invite à être encore plus attentif à la forme que dans certains autres de ses romans, plus ambitieux<a title="" href="file:///C:/Users/jbomba1/Downloads/Le%C3%A7on%20d'%C3%A9criture%20(3).doc#_ftn2">[2]</a>, puisque « l’argument » se résume ici à deux énigmes : Pourquoi l’oncle s’est-il « évaporé » (comprendre : a-t-il disparu) un beau jour de la maison de son frère ? Et pourquoi son neveu, bien des années plus tard, alors qu’il est désormais marié, se lance-t-il tout seul à sa recherche ? Le récit raconte la quête du neveu avec des <em>flash back</em> qui éclairent le destin de l’oncle. Nous aurons, p. 182, passé le mitan du livre, la réponse à la première question ; le comportement du neveu restera jusqu’au bout inexpliqué.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur cette trame, Ch. Montalbetti brode une tapisserie où chaque fil apporte une nuance supplémentaire ; elle construit minutieusement un récit où le moindre mot compte. Car, contrairement aux romans qu’on peut parcourir à son gré, l’attention éventuellement fluctuante, ceux de Ch. Montalbetti ne laissent aucune liberté de ce genre. Il faut la suivre jusqu’au bout de ses méandres, ses repentirs et ses retours en arrière, ne négliger aucun détail du palimpseste qui s’élabore peu à peu sous nos yeux.</p>
<p style="text-align: justify;">Si l’on devait à tout prix rapprocher Ch. Montalbetti d’un autre écrivain, c’est à coup sûr Claude Simon qui viendrait en premier à l’esprit, pour les méandres, justement (et la force du style). Avec néanmoins des différences de sensibilité, de thématique, de vocabulaire qui font de Ch. Montalbetti une écrivaine aussi originale que talentueuse.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle excelle en particulier à rendre les paysages et les atmosphères. Elle sait peindre comme personne les montagnes, la forêt, les rizières, la mer, l’ombre, le ciel, les nuages et le cycle des saisons, la pluie, le vent, la neige.  Voir par exemple, tirée des premières pages, cette description d’une pluie diluvienne accompagnée d’un vent violent :</p>
<p style="text-align: justify;">« … Quelque chose, dans le vent, dans son souffle, de furieux, d’emporté, qui s’en va vous secouer les arbres, agiter contre le ciel gris leurs branches affolées, tandis qu’au sol les herbes s’entremêlent en des torsions inextricables, et les brindilles, regardez, se mettent à bondir, les copeaux de bois tressautent, et les aiguilles tombées des pins – tout ce qu’il y a de microscopique et de léger et qui se voit comme ça déplacé des centaines de mètres plus loin » (p. 24).</p>
<p style="text-align: justify;">Un extrait choisi à dessein car il rassemble plusieurs caractéristiques du style de Ch. Montalbetti : images fortes (« branches affolées »), tournures familières (« qui s’en va vous secouer les arbres »), prise à parti du lecteur (« regardez »), syntaxe bousculée. En même temps, ce passage qui appartient à un épisode isolé (la tempête) trouvera un écho bien plus tard, presque à la fin du livre, dans un paragraphe où revient, curieusement, le thème de la brindille.</p>
<p style="text-align: justify;">« À la suivre des yeux comme ça, cette brindille qui descend la rivière (une brindille de rien du tout, solitaire et fragile), est-ce qu’on n’est pas tenté de lui conférer des émotions, des pensées maigrelettes à se faire brimbaler dans le courant, car regardez-la qui dégringole, qui se laisse porter, comme si elle avait décidé de s’en remettre aux éléments, passive, confiante, dans le paysage au milieu duquel elle dérive » (p. 278).</p>
<p style="text-align: justify;">Un détail minuscule, la brindille, est regardé ici tout à fait autrement que plus haut : une calme dérive a remplacé l’agitation désordonnée. C’est ainsi, par ces changements constants de point de vue, que se construit, touche après touche, le palimpseste. Encore faut-il ajouter que les descriptions de la nature ne sont jamais simplement « décoratives » : elles ont une fonction psychologique. La brindille qui se laisse aller au fil du courant est contemplée par le neveu, Yasu ; elle symbolise son épouse restée à la maison, Yunko, qui est sur le point de le trahir en suivant, elle aussi, une inclination toute naturelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Au cœur du livre se nichent en effet deux beaux portraits de femmes qui pratiquent l’adultère avec  une certaine allégresse. Les humains sont le plus souvent solitaires dans les livres de Ch. Montalbetti ; il n’est donc pas surprenant que la rencontre physique soit vécue comme une délivrance.</p>
<p style="text-align: justify;">« Tanjiro s’approche de l’arbre sous lequel se tient Yunko, et lui aussi est comme une chose bruissante. Sa silhouette un rameau offert aux vents, et pourquoi  la prend-il dans ses bras, son corps tremble à l’égal des feuilles autour d’eux. Ils glissent ensemble au sol, s’embrassent dans l’odeur de terre humide. Des cheveux de Yunko, échappés de la coiffure, s’intercalent, gênent le baiser, se collent à leurs lèvres. Ils ne prennent pas la peine de les ôter, d’aller chercher avec leurs doigts pour les décoller, non, ils continuent de s’embrasser comme ça, dans le désordre des cheveux et de l’herbe écrasée, et du vent qu’on entend, et du ciel qui tangue, et du mari absent, et de la différence d’âge, et de la vie qu’on arrache à la vie même » (p. 284).</p>
<p style="text-align: justify;">À nouveau, ce paragraphe fait écho en l’inversant à un passage du début qui appartient à la scène des adieux entre Yasu et Yunko, une scène où les corps des époux, soudain, ne savent plus se parler.</p>
<p style="text-align: justify;">« Dans cette ignorance cinglante, dans le bouleversement de cette ignorance, on essaye quand même, on veut faire le tour de la taille de l’autre avec son bras, mais son bras ne s’arrondit plus comme il faut, il est mécanique, rigide et anguleux. Il blesse quand il ramène vers soi. Un bras affolé et inapte, qui fait les choses sans grâce, et c’est tout ce qu’on voit, cet affolement et cette inaptitude, tandis que vous fourrez la tête dans le creux du cou de l’autre pour vous aveugler… »  (p. 37).</p>
<p style="text-align: justify;">Après un prologue qui évoque la présence de l’oncle chez son frère, le livre est divisé en chapitres simplement numérotés de 1 à 20. Le lecteur découvrira que chaque chapitre est organisé autour d’un thème principal : 1. La pluie – 2. Les adieux – 3. L’auberge – 4. L’idée insaisissable – 5. La guirlande des singes – 6. La fuite de l’oncle – 7. L’attente – 8. L’amitié – 9. Adultère ? – 10. Le couple dépareillé – 11. La trahison de l’oncle – 12. Insectes – 13. Le duel – 14. La vie des objets – 15. Séduction – 16. Le récit de la théière – 17. Idylle – 18. Adultères – 19. Déception – 20. Une quête vaine.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces chapitres sont l’occasion d’introduire des personnages secondaires, certains récurrents comme la veille dame au secret impénétrable, d’autres pas comme les voyageurs rencontrés par Yasu au cours de son errance. Ils contiennent encore des anecdotes dont on ne sait pas très bien si elles empruntent ou pas au folklore japonais mais qui, quoi qu’il en soit, font agréablement diversion. Bref, <em>l’Évaporation de l’oncle</em>, au titre si bien trouvé, est à recommander sans hésiter à tous les amoureux de la Littérature (avec une majuscule).</p>
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<p><a title="" href="file:///C:/Users/jbomba1/Downloads/Le%C3%A7on%20d'%C3%A9criture%20(3).doc#_ftnref1">[1]</a> P.O.L., 2005.</p>
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<p style="text-align: justify;"><a title="" href="file:///C:/Users/jbomba1/Downloads/Le%C3%A7on%20d'%C3%A9criture%20(3).doc#_ftnref2">[2]</a> Comme <em>l’Origine de l’homme</em> dont nous avons rendu compte ici même.</p>
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		<title>La faute à Mallarmé : l&#8217;aventure de la théorie littéraire</title>
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		<pubDate>Thu, 17 Nov 2011 16:13:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>vkaufmann</dc:creator>
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<p><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/frances/la-faute-a-mallarme/attachment/la-faute-a-mallarme-l-aventure-de-la-theorie-litteraire-par-vincent-kaufmann/" rel="attachment wp-att-4364"><img class="size-full wp-image-4364 alignleft" title="La-faute-a-Mallarme-l-aventure-de-la-theorie-litteraire-par-Vincent-KAUFMANN" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/La-faute-a-Mallarme-l-aventure-de-la-theorie-litteraire-par-Vincent-KAUFMANN.jpg" alt="" width="338" height="495" /></a></p>
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<p style="text-align: justify;"> « Le déclin de la littérature est à l’ordre du jour.  Elle en a l’habitude.  Aux nombreux responsables incriminés au cours des dernières années s’est ajoutée la réflexion théorique sur la littérature, en vogue des années 1960 aux années 1980, ainsi que les œuvres auxquelles celles-ci s’est intéressée.  On ne lit plus ? Il n’y a plus de grandes œuvres ?  ce serait la faute à Mallarmé ou, du moins, au structuralisme. »</p>
<p style="text-align: justify;">Cliquez <a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/Introduction.pdf">ici</a> pour lire la suite.</p>
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		<title>Le dernier roman de Fred Romano, Normal</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Nov 2011 15:05:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>fromano</dc:creator>
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<p>Un événement à saluer et un roman vraiment étonnant!</p>
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<p style="text-align: justify;"><a href="http://mondesfrancophones.com/blog/annonces/normal-fred-romano/attachment/normal_une/" rel="attachment wp-att-4362"><img class="aligncenter size-full wp-image-4362" title="NORMAL" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/NORMAL_une.jpg" alt="" width="159" height="238" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Quelques mots le concernant : «La famille Bourgeois, une famille française typique de classe moyenne, du début du troisième millénaire, c’est-à-dire recomposée, multiethnique, trois générations sous le même toit, les vieux avec leurs pensions, les jeunes au chômage et les ados sur le sentier de guerre. La famille Bourgeois est installée dans un pavillon à Orgeval, en banlieue parisienne. Ses huit membres sont confrontés aux problèmes d’aujourd’hui mais éprouvent aussi leurs petites joies quotidiennes, à l’instar de millions de Français. Ils ont cependant chacun leur manière de concevoir la réalité, au point que l’on pourrait croire qu’ils subissent des existences bien différentes les unes des autres. Néanmoins c’est au travers de leurs absolues subjectivités que se dessine leur réalité commune. Quoi de plus normal en somme ? Le problème, c’est qu’un beau jour, le petit Hippolyte, l’enfant « à problèmes » comme on dit dans cette famille normale, est invité à la télévision. Pourquoi ?! Comment ?! La famille Bourgeois ne va pas se laisser faire !&nbsp;&raquo;</p>
<p align="left">Cliquez <a href="http://www.edkiro.fr/normal.html">ici</a> pour visualiser le livre et réserver votre exemplaire si vous le souhaitez.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: 'Times New Roman';">__________</span><span class="Apple-style-span" style="font-family: 'Times New Roman';">________________________________</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Arial;"><br />
</span></p>

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		<title>Écrivain et prostituée</title>
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		<pubDate>Mon, 14 Nov 2011 15:14:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jhenric</dc:creator>
				<category><![CDATA[En librairie]]></category>
		<category><![CDATA[La chronique de Jacques Henric]]></category>
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		<description><![CDATA[ Grisélidis Réal,  Mémoires de l’inachevé (1954-1993), Verticales. &#160; Il serait peut-être temps de ne pas oublier, dans la liste des femmes écrivains qui ont marqué la littérature de notre époque  — Colette, Simone de Beauvoir, Anaïs Nin, Violette Leduc, Marguerite Duras, Unica Zurn, Gabrielle Wittkop … —  le nom de Grisélidis Réal. Je ne suis [...]]]></description>
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<dl id="attachment_4358" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px;">
<dt class="wp-caption-dt"><a href="http://mondesfrancophones.com/chroniques/la-chronique-de-jacques-henric/ecrivain-et-prostituee/attachment/memoires-de-l%e2%80%99inacheve-1954-1993/" rel="attachment wp-att-4358"><img class="size-full wp-image-4358  " title="Mémoires de l’inachevé (1954-1993)" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/Mémoires-de-l’inachevé-1954-1993.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a></dt>
<dd class="wp-caption-dd"> Grisélidis Réal,  Mémoires de l’inachevé (1954-1993), Verticales.</dd>
</dl>
</div>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Il serait peut-être temps de ne pas oublier, dans la liste des femmes écrivains qui ont marqué la littérature de notre époque  — Colette, Simone de Beauvoir, Anaïs Nin, Violette Leduc, Marguerite Duras, Unica Zurn, Gabrielle Wittkop … —  le nom de Grisélidis Réal. Je ne suis heureusement pas le seul à me souvenir comme d’une révélation les parutions en 1974 de <em>le Noir est une couleur</em>,  puis de <em>la Passe imaginaire</em>, du <em>Carnet de bal d’une courtisane</em>, de <em>Suis-je encore vivante. Journal de prison</em>, et en 1981, <em>Grisélidis, courtisane</em>, longue interview de l’écrivain prostituée recueillie par Jean-Luc Hennig à Genève, remis aujourd’hui en circulation par les éditions Verticales à l’occasion de la sortie chez le même éditeur de <em>Mémoires de l’inachevé</em>. Ce volume comprend pour l’essentiel un choix des lettres que l’écrivain adressa à des proches, amis ou amants. S’il arrive que la correspondance de grands auteurs ne soit pas à la hauteur de leurs livres, en règle générale il y a continuité d’écriture entre les textes de circonstances et l’œuvre littéraire. La correspondance de Flaubert, celle de Céline, ne sont-elles pas à la hauteur de leurs romans? En tout cas, les documents écrits de Grisélidis Réal retrouvés après sa mort le 31 mai 2005 dans son petit appartement genevois, rassemblés par ses quatre enfants et présentés par Yves Pagès, ont la même force, la même violence, le même noir éclat que ses écrits autobiographiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Le choc reçu à la lecture des premiers textes de celle qu’on appelait enfant « le petit démon d’Égypte » (son père dirigeait l’École suisse d’Alexandrie), outre leur déroutante beauté, tenait aussi au fait qu’ils avaient été écrits par une prostituée. Une vraie prostituée. Le je de la narratrice était bien le je de l’auteur. Et une prostituée qui avait lu Artaud, Céline, Breton, Bataille, Genet, Miller, Beckett  Beauvoir, Sartre… On avait eu l’occasion de lire des textes, et de grands textes, écrits par des femmes alcooliques, droguées, folles, addictes au sexe, mais des textes écrits par une prostituée… Qui plus est, ô scandale, une prostituée affirmant haut et fort sa condition, l’exhibant comme un titre de noblesse. « Putain ! », oui, et fière de l’être. Et circonstance aggravante, mère de quatre enfants ! Panique dans la poulaille bien-pensante, la féministe en premier. Quoi ! une femme libre qui dit avoir choisi librement la prostitution ? Pas crédible !  Et qui nous apprenait que des années après avoir quitté le trottoir, elle avait alors quarante-huit ans, elle y était revenue, de son plein gré. Pour quelle raison ?  Pour être plus libre ! Plus libre que dans cet autre type de prostitution qu’étaient à ses yeux les activités sociales auxquelles elle avait été astreinte ; plus libre, et surtout plus protégée qu’elle ne l’avait été dans sa vie de grande amoureuse, vie toujours ratée, toujours tragique. Son <em>Journal d’une courtisane </em>commence ainsi : « Je suis une prostituée. / Je l’ai été, je ne l’étais plus, je le suis redevenue (…) Je refuse de vivre en exploitant les autres — je refuse aussi d’être exploitée. Je suis libre. Libre de mon corps, libre de mes actes, libre de mon esprit, libre de la lutte que je mène et des buts (…) Mes hommes, mes &laquo;&nbsp;clients&nbsp;&raquo;, viennent vers moi  comme des enfants, comme des frères. Nous n’échangeons pas de haine. Pas de coups, pas d’insultes, pas de mépris (…) La nuit, je marche dans la rue, tranquillement, sans hâte, je souris aux hommes qui cherchent. Je les regarde dans les yeux, avec amour, avec prudence. Je veux qu’ils sachent que je suis prête, enfermée dans mon manteau de cuir noir dont le col de fourrure soyeux s’ouvre sur le haut de mes seins blancs, à leur donner ce qu’ils attendent. Des caresses, de la douceur, du plaisir, l’apaisement ». Logique qu’on la retrouve en 1975 solidaire du combat politique des prostituées lyonnaises et parisiennes et s’affichant dès lors comme « catin révolutionnaire ».</p>
<p style="text-align: justify;">L’apaisement, la paix, c’est bien paradoxalement ce qui lui maquera dans ses grandes amours passionnées. Celle pour ce Noir américain, Rodwell, personnage du très beau récit <em>le Noir est une couleur</em> ; celle pour le gigolo berbère, Ahmed Hassine, ce prostitué qu’elle connut en 1971 alors qu’il était incarcéré dans une prison suisse, avec qui elle vécut des années d’un véritable enfer et dont on se fait une terrifiante idée en lisant les lettres qu’elle lui adressa après leurs provisoires puis définitive ruptures.</p>
<div class="mceTemp" style="text-align: justify;">
<dl id="attachment_4359" class="wp-caption alignright" style="width: 215px;">
<dt class="wp-caption-dt"><a href="http://mondesfrancophones.com/chroniques/la-chronique-de-jacques-henric/ecrivain-et-prostituee/attachment/griselidis-courtisane/" rel="attachment wp-att-4359"><img class="size-full wp-image-4359 " title="Grisélidis, courtisane" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/Grisélidis-courtisane.jpg" alt="" width="205" height="300" /></a></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Jean-Luc Hennig, Grisélidis, courtisane, Verticales.</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">Non, que les années de prostitution de cette jeune femme, très belle, cultivée, passionnée de littérature et d’art, aient été, elles, paradisiaques, loin de là. Il lui arrive souvent, surtout à ses débuts dans la profession, d’évoquer un enfer, appelant à l’aide ses amis pour l’en sortir. Mais que cet enfer va lui paraître doux, en comparaison de celui qui l’attend, qu’à chaque fois elle a pourtant choisi en connaissance de cause, quand c’est l’amour qui mène la danse. Abandons, violences, battue des nuit entière, visage démoli, cheveux arrachés, humiliée, injuriée, ruinée par son voyou alcoolique  et fou… Mystère de l’amour, mystère du masochisme féminin. Vrai, qu’à son « Petit fauve noir », elle avait donné ses instructions dans des lettres enflammées : « tue moi d’amour », « enchaîne-moi », « sois ma drogue, mon poison, mon poignard », « fends-moi, Hassine, saccage-moi »… Comblée, elle le sera au-delà de toute espérance. Saccagée, comme jamais elle ne fut dans son existence de putain. À son ami Henri, après une énième déconvenue amoureuse, elle écrit : « Je te jure que je regrette le temps où j’étais Putain, où j’étais désirée, adorée, aimée, RESPECTÉE ET PAYÉE… ». Les mots qui reviennent le plus souvent dans ses écrits ? Don, pitié, générosité, amour, pureté. Jean-Luc Hennig, dans sa nouvelle postface à la réédition de <em>Grisélidis, courtisane</em>, fait allusion à la doctrine du « pur amour ». Grisélidis Réal, nouvelle Madame Guyon ? La thèse est défendable. Et c’est avec un mélange de jubilation, d’ironie, d’émotion contenue, qu’il peut adresser à son amie un ultime message sur sa tombe, le 9 mars 2009, lui disant sa fierté de la voir reposer dans le prestigieux Cimetière des Rois de Genève (où son corps vient d’être transféré quatre ans après sa mort). Genève, cette ville qui l’avait honnie et persécutée, et la voici ayant pour voisin son vieil ennemi Calvin qui « châtrait les désirs des hommes », mais aussi pour compagnon le grand Jorge Luis Borges.</p>
<p style="text-align: justify;">

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		<title>Les solidarités mystérieuses de Pascal Quignard.</title>
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		<pubDate>Fri, 04 Nov 2011 14:23:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jhenric</dc:creator>
				<category><![CDATA[En librairie]]></category>
		<category><![CDATA[La chronique de Jacques Henric]]></category>
		<category><![CDATA[Livres]]></category>

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<div id="attachment_4332" class="wp-caption aligncenter" style="width: 212px"><a href="http://mondesfrancophones.com/chroniques/la-chronique-de-jacques-henric/les-solidarites-mysterieuses-de-pascal-quignard/attachment/pascal-quignard-les-solidarites-mysterieuses/" rel="attachment wp-att-4332"><img class="size-medium wp-image-4332" title="Pascal-Quignard-Les-solidarités-mystérieuses" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/Pascal-Quignard-Les-solidarités-mystérieuses-202x300.jpg" alt="" width="202" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">Les solidarités mystérieuses, Pascal Quignard. Gallimard</p></div>
<p style="text-align: justify;">Bien sûr qu’un critique littéraire n’a pas à se poser certaines questions, il a un texte sous les yeux, il doit en rendre compte, c’est le matériau avec lequel se mesurer, point. Mais pour quelqu’un qui pratique sans une compétence assurée cette activité consistant à décrire et à juger un texte, qui lui-même écrit et sait dans quels bas-fonds de sa vie émotionnelle il puise plus ou moins à l’aveugle, il est certaines interrogations qui ne lui paraissent pas tout à fait intempestives. Il en est une qui m’est venue à plusieurs reprises à la lecture des livres de Pascal Quignard. Son nouveau roman, <em>les Solidarités mystérieuses<strong>,</strong></em> la réactive, mais voilà que je m’avise qu’elle est peut-être plus banale qu’inopportune.</p>
<p style="text-align: justify;">Qu’est-ce qui fait qu’à un moment de sa vie, de sa vie d’homme et de sa vie d’écrivain, Pascal Quignard décide de donner congé à tous les grands penseurs, écrivains, artistes, philosophes, mystiques, théologiens, historiens, qui venus des temps les plus anciens, des continents et des civilisations les plus divers, peuplent ses <em>Petits traités</em>, les volumes du <em>Dernier Royaume</em>, du <em>Sexe et l’effroi</em>, de <em>la Nuit sexuelle</em>… ?  Qu’est-ce qui le fait quitter Homère, Plutarque, Lycophron, Haydn, Sade, saint Augustin, Freud…, pour s’intéresser au pharmacien d’un petit bourg de la France profonde, des fermiers, un prêtre homo, une mère divorcée, son frère, une vieille madame Ladon, professeur de piano à la retraite, n’habitant ni Venise ni Alexandrie mais Saint-Enogat en Bretagne… Autant de figures aux existences apparemment les plus plates, qui ne parlent pas métaphysique, ne citent pas de vers latins, causent plutôt cuisine et du temps qu’il fait, évoquent le passé, leur enfance, la famille… Et pourtant, ces êtres que, dans l’espace des deux-cent cinquante pages de son roman, Pascal Quignard a tirés de leur anonymat par la force de son imaginaire, ne nous en apprennent-ils pas autant sur nous, sinon plus, que les grands Noms de l’intelligence universelle qui nous entretiennent sur le tragique de notre humaine destinée ? Étant entendu, comme on l’entend en effet en suivant les destins singuliers des personnages des <em>Solidarités mystérieuses</em>, que ce tragique  n’est pas sans s’accomplir et être vécu, comme chez les grands mystiques (relisons-les, et Bernanos avec), dans une <em>mystérieuse</em> plénitude de joie (relisons aussi Bataille).</p>
<p style="text-align: justify;">Si la figure centrale du roman, Claire Methuen, présente des affinités avec le personnage féminin de <em>Villa Amalia, </em>ce n’est pas dans l’Italie solaire que nous la rencontrons mais dans la sombre Bretagne, dans ce paysage de landes, de falaises, de rocs de granite noir battus par les vents, de ciels d’orages, de pluie, de mer déchaînée. C’est une des grandes forces de l’écriture de Quignard que d’imposer la présence physique des choses, la forme d’une plante, les mille et une variations de la lumière, les couleurs d’un ciel, l’aspect d’un corps humain, ses gestes… « Les doigts de Madame Ladon étaient devenus tout secs. Sa peau faisait penser aux petites feuilles douces et poilues des oliviers ou des lavandes »… Un écrivain, n’est-ce pas d’abord cela ? : un musicien (Quignard l’est, on le sait) qui est en même temps un formidable visuel. « La lumière était soit incertaine, dorée, granuleuse, fabuleuse. Ou toute brune, toute noire. Ou pâle mais opaque. Ou vert pâle ».</p>
<p style="text-align: justify;">L’histoire ? Je résume, Simon, le pharmacien, Claire, le « génie des langues », se sont connus enfants, se sont éloignés l’un de l’autre, se sont mariés chacun de leur côté, ont eu des enfants, n’ont cessé jusqu’à leur mort de s’aimer d’un drôle d’amour sans que leur corps, leur sexe, ne se rencontrent jamais. Claire, revenue au pays, chaque jour, chaque nuit, de saison en saison, d’année en année, dissimulée derrière un arbuste, un rocher, ne va cesser d’épier Simon de sa cache en surplomb. Jusqu’à la mort, volontaire, de celui-ci, noyé en mer, le corps retrouvé dévoré en partie par les poissons. L’angoisse qui écrasait Claire fait alors place en elle à « l’étrange paix effervescente et radicale du surgissement de tout ». Un amour fou, cet amour ? Sûrement pas au sens où l’entendait Breton. La passion entre un homme timoré et une folle ? Mais passion vraiment, ce lien insensé, « sans origine » et pourtant absolu entre ces deux êtres ? Et lien, vraiment, alors que la mort, écrit Quignard, qui ne les a pas séparés ne les réunit pas plus ? Mieux vaut que le lecteur sache que les théories les plus pointues de la psychanalyse, les lacaniennes notamment (l’amour qui supplée au non-rapport sexuel, la femme qui n’est pas toute, l’angoisse comme manque du manque…) ne lui seront d’aucun secours pour entrer dans cet « autre monde » qui n’est pas l’enfer, simplement un monde où les êtres et les choses sont <em>mystérieusement</em> « décoordonnés », « débranchés », et où des humains, Simon, Claire, vont se fondre en douceur l’un en l’autre, puis se dissoudre dans les choses, pour disparaître enfin dans la sombre splendeur du paysage. Mort, Simon « est devenu la baie ». Elle, Claire sera « la nuit ».</p>
<p style="text-align: justify;">Si même, selon Jean, le prêtre ami de Paul, frère de Claire, Dieu est entré dans la tristesse, si le monde se vide de sens, si temps se désoriente, que reste-t-il à faire ? Ce que fait Pascal Quignard : continuer avec obstination à nommer les choses et les êtres, à dire leur secrète beauté. À les faire exister. Constat de Claire, au milieu des fleurs qu’elle a plantées sur la lande: « Toutes les choses belles vivent (…) La vie est le souvenir le plus touchant du temps qui a produit ce monde ».</p>

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		<title>DU VIN AIGRE AU VINAIGRE, OU DE LA DÉCHÉANCE SOCIALE DANS LES VINS AIGRES DE GABRIEL KUITCHE FONKOU.</title>
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		<pubDate>Wed, 26 Oct 2011 14:07:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gdeeh</dc:creator>
				<category><![CDATA[Afriques]]></category>
		<category><![CDATA[Livres]]></category>

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		<description><![CDATA[  Le vin adoucit les mœurs. La vérité ne sort que de l’estaminet. Le mensonge en émane aussi. Le vin apporte des calories, des vitamines, etc. Mais alors, quand notre vin devient aigre C’est-à-dire du bon vinaigre Reste-t-il assez intègre Pour étancher la soif rêche Des cœurs et des âmes sèches Qui broient du noir [...]]]></description>
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<div class="topsy_widget_data topsy_theme_" style="float: right;margin-left: 0.75em; background: url(data:,%7B%20%22url%22%3A%20%22http%253A%252F%252Fmondesfrancophones.com%252Fespaces%252Fafriques%252Fdu-vin-aigre-au-vinaigre-ou-de-la-decheance-sociale-dans-les-vins-aigres-de-gabriel-kuitche-fonkou%252F%22%2C%20%22style%22%3A%20%22small%22%2C%20%22title%22%3A%20%22DU%20VIN%20AIGRE%20AU%20VINAIGRE%2C%20OU%20DE%20LA%20D%C3%89CH%C3%89ANCE%20SOCIALE%20DANS%20LES%20VINS%20AIGRES%20DE%20GABRIEL%20KUITCHE%20FONKOU.%20%23%22%20%7D);"></div>
<p style="text-align: justify;"><strong style="text-align: -webkit-center;"> <a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/afriques/du-vin-aigre-au-vinaigre-ou-de-la-decheance-sociale-dans-les-vins-aigres-de-gabriel-kuitche-fonkou/attachment/les-vins-aigres-de-gabriel-kuitche-fonkou/" rel="attachment wp-att-4330"><img class="aligncenter size-medium wp-image-4330" title="Les vins aigres de Gabriel KUITCHE FONKOU" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/10/Les-vins-aigres-de-Gabriel-KUITCHE-FONKOU-199x300.gif" alt="" width="199" height="300" /></a></strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le vin adoucit les mœurs. La vérité ne sort que de l’estaminet. Le mensonge en émane aussi. Le vin apporte des calories, des vitamines, etc. Mais alors, quand notre vin devient aigre</p>
<p style="text-align: justify;">C’est-à-dire du bon vinaigre</p>
<p style="text-align: justify;">Reste-t-il assez intègre</p>
<p style="text-align: justify;">Pour étancher la soif rêche</p>
<p style="text-align: justify;">Des cœurs et des âmes sèches</p>
<p style="text-align: justify;">Qui broient du noir insolent</p>
<p style="text-align: justify;">Chez des êtres indolents ?</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ce questionnement inattendu qui apparaît à la fin de la lecture des <em>Vins aigres</em> de Gabriel Kuitche Fonkou. De quoi tout ceci retourne-t-il ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Les 16 nouvelles – au lieu de 15 comme le prétend l’éditeur en quatrième de couverture – qui composent <em>Les vins aigres</em> jettent pour ainsi dire une flopée de ragots acidulés qui font la trame même de la société des grasslands bamiléké de l’ouest camerounais. Elles rivalisent de ton et de cran pour accrocher le lecteur et lui dire qu’il y a bien des choses à voir ailleurs.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: center;" align="center"><strong>I- RÉSUMÉ DES NOUVELLES</strong></p>
<p style="text-align: justify;" align="center"><strong>1. Les fiancées de Dubong</strong></p>
<p style="text-align: justify;">      Ainsi, « Les fiancées de Dubong » présente un vieux garçon comme on peut en trouver partout. Son état de célibat avancé est atypique d’une société qui accorde la toute première importance aux enfants, mais aussi aux épouses de tout homme normal. L’auteur le compare à un « <em>arbre svelte dressé sans fierté dans la savane en saison sèche</em> » (p. 9), pour qui « <em>la guigne seule est la cause de ce qui lui arrive</em> » (p. 10). Car ce n’est pas faute d’avoir tenté sa chance auprès des jeunes filles de son entourage. De Kata qu’une secte nuisible et prédatrice détourne de ses charmes, « <em>envoûtée par la prière sectaire et fanatique</em> » (p. 12) à Fadimatou,  « <em>partie [elle aussi] pour être libre de pratiquer la religion de son enfance</em> » (p. 19), voici Prisca : une bonne cuisinière, mais mal fichue d’avoir une langue de vipère et des œillades en sagaies, une véritable brute au lieu d’une bru pour la mère de son fiancé. Tout ceci aura pour but extrême de la faire elle aussi quitter Dubong, qui pour elle est « <em>un gueux sans chic, ni chèque, ni choc, un quidam sans les trois V, villa, verger, voiture.</em> » (p. 19)</p>
<p style="text-align: justify;">Et voici Tresia, refusée pour homicide, puis Cretina, soupçonnée d’une prétendue relation incestueuse avec Dubong. Puis Francica, envolée avec un vacancier prétendument venu de loin. Voilà le sort de Dubong, le malchanceux que la vie a tenu à culpabiliser devant ses amis, aînés et cadets, pour faire de lui la risée d’une contrée où  cette vie s’est toujours vue en fleurs.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;" align="center"><strong>2. La bourse</strong></p>
<p style="text-align: justify;">      Un autre malchanceux, c’est Ngando qui débarque à Mbengue dans une situation à la fois triste, surprenante et déconcertante, « e<em>n ce jour d’un automne particulièrement triste, mais dont la tristesse était loin d’égaler sa tristesse intérieure </em>» (p. 21). « <em>Avant l’hiver, l’hiver s’était  installé en lui. </em>» (p. 22) Tous ses co-boursiers ont eu leur inscription, excepté lui. Et comme si ce coup du sort ne suffisait pas, il y a récidive l’année suivante, ce qui met Ngando dans tous ses états, avec cette « <em>tête de nègre manifestement spolié de ses droits en pleine ségrégation déshumanisante, de nègre spolié prêt à sauter sur une peau blanche, à la déchiqueter quitte à être par la suite mangé cru, cuit ou rôti</em>. » (p. 24)</p>
<p style="text-align: justify;">Ngando ne peut jouir de sa bourse parce qu’ « <em>une bande bien soudée de larrons en foire ont joué perdant à un moment donné à cause de [lui] »,</em> et qui veulent « <em>se venger de lui pour un acte qu’il aurait commis ou pour un autre qu’il aurait omis de commettre.</em> » (p. 33). En effet, il a commis la faute lourde de croire que l’inscription de son nom sur la liste des boursiers était son sésame et qu’il pouvait se passer de ce que tout le monde fait dans son pays malgré tous les discours et les mots d’ordre creux : graisser la patte. Cela étonne-t-il encore dans un pays où même ceux qui sont « <em>si près de la source émettrice de mots pleins d’espoir de changement, d’espoir de ‘‘rigueur’’ et de ‘‘moralisation’’</em> » (p. 35) sont les premiers à tuer dans l’œuf toute velléité  de changement et tout espoir des pauvres ? Il n’y a  que Ngando et sa famille à y avoir cru, et cela lui a coûté « la bourse ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;" align="center"><strong>3. À un ami resté là-bas</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le fiel trempé continue de délasser le lecteur avec cet enseignant – quel métier stupide et avare dans une république bananière ! – qui raconte ses frasques à Kororo, un point minuscule, voire inexistant sur la carte du pays. Un point où ne peuvent être affectés que ceux qui n’ont personne en haut ou qui n’ont rien, ni dans les poches ni entre les fesses. Ici, les gens ne sont pas comme ailleurs : ils « <em>n’ont pas construit chez eux</em> » (p. 39). C’est peut-être tout à fait normal, puisqu’il n’y a pas d’électricité, et le carburant fait souvent cruellement défaut, sans oublier la mentalité des gens.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est pourquoi n’y sont envoyés que ceux qui ont « <em>dispensé des cours dans le privé, parlé sincèrement […], entamé l’édification d’une maison, monté une petite ferme, créé un petit jardin potager…</em> » (p. 40) Nous sommes dans un état qui décourage l’homme entreprenant, punit le fougueux, bâillonne le  hâbleur, et encourage le vice, l’immobilisme et le suivisme. Corollaire : « <em>Est-il possible que l’ont soit très consciencieux  au travail alors qu’on est tout le temps inquiet pour les siens abandonnés par la force des choses à l’autre bout du pays ?</em> » (p. 42) Bien sûr que non, bien que « <em>bonheur accru que bonheur partagé / souci émoussé que souci partagé</em>. » (p. 43)</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;" align="center"><strong>4. Le rapace</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans un bourbier nauséabond et répugnant on ne peut devenir que « le rapace ».Voilà l’ironie du sort de la fine fleur du pays où coulent <em>Les vins aigres</em>. Et quel métier de devoir devenir rapace pour avoir droit de survie ! De devoir « <em>accaparer toujours et partout !</em> » (p. 47) Est-ce cela la pâle figure que représentent les royaumes nègres d’une autre époque dans lesquels nous vivons ? On serait tenté de dire non, par dépit, pour ensuite dire oui, par sincérité.</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà une famille d’humbles personnes qui vole en éclats à cause du Rapace qui, après avoir cocufié le pauvre mari, a enfoncé son épouse dans une dette faramineuse ! Bien que « <em>la chèvre de quelqu’un, c’est celle qui revient dormir dans son enclos, peu importe les champs lointains où elle a brouté dans la journée</em> » (p. 53), l’imbroglio était difficile à dénouer, la pilule trop amère à boire. C’est tout simplement le reflet fidèle de la vie de la plupart des petites gens dans nos républiques bananières.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;" align="center"><strong>5. In</strong><strong> memoriam</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est très important d’être fonctionnaire dans ce bas monde, surtout là où l’on n’a inventé ni la poudre ni la boussole. Et lorsqu’on accepte de jouer le jeu, est-il vraiment aussi facile d’être ce « <em>grand type</em> », « <em>plein d’honneur et de sous</em> » (p. 57) pour les siens ? Sûrement pas, sinon, pourquoi cette oraison funèbre précoce « in memoriam » de Yaya ? Cet homme qui a joué son rôle de fonctionnaire toute sa courte vie durant, a tout fait pour les siens qu’il a tirés du néant et qui lui doivent tout, malgré ses revenus de catéchiste qui ne se sont dévoilés au grand jour qu’à la fin de sa vie. Mais l’égoïsme du prochain lui rendra-t-il la monnaie de sa pièce ? Ce serait la plus grande désillusion.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;" align="center"><strong>6. Vision d’outre-tombe</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les morts ne sont pas morts comme il est de conviction dans l’imagerie populaire et même dans la croyance chrétienne. C’est le cas ici, d’autant plus que « <em>l’égoïsme exacerbé, vieux vin qui refuse de se renouveler dans une calebasse neuve, [est] un puissant ferment du conflit de générations</em> ». (p. 83). La vie de nos jours est devenue un guet-apens malheureux, surtout que peu de gens croient effectivement que les morts ne sont pas morts. Si chacun avait la chance de Moineau, dans « Vision d’outre-tombe » de se voir mourir et après sa mort, très peu de gens mèneraient la chienne de vie qu’ils mènent avant leur mort. L’expérience de Moineau ici est très significative pour que le genre humain recherche la vérité et non la flagornerie, la justice et non la tricherie, l’honnêteté et non la fourberie, le bonheur pour la survie, et non l’anathème pour l’enfer.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;" align="center"><strong>7. Retournements</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« <em>Un vrai Chef ne refuse d’accorder audience à aucune catégorie d’hommes : femme, homme, enfant, pauvre, riche, gueux, notable, roturier</em>… » (p. 91) « <em>Un vrai Chef, comme un sorcier malin, garde son sang froid, appréhende d’emblée la situation, évalue rapidement les rapports de force, trouve aisément le mot juste qu’il prononcera pour ne pas perdre la face</em>. » (p. 92.). C’est pour tout cela que le chef est chef ; le bon chef quoi, le vrai. Pas les Trissotins qui se dressent dru sur les strapontins des royaumes aux abois. Cette sagesse pure et dure a damé le pion à l’adversaire du chef dans l’histoire de son mariage forcé avec une mineure forcée par son veule père à l’épouser dans « Retournements ». Nul ici n’ignore que « <em>la calebasse du chef ne pousse qu’en pleine brousse</em>. » (p. 97). Ironie du sort, celle qui allait assassiner sa jeunesse, sa sagesse et sa tendresse dans une chefferie, la voilà devenue le premier médecin de son village. La malédiction que son vil père obnubilé par son honneur et son égoïsme croyait avoir déversée sur elle, sur sa mère et sur son frère ayant échouée parce que sans fondement, puisque « <em>la malédiction, pour porter, doit être justifiée</em> » (p. 95), nous voici maintenant dans des retournements spectaculaires : l’arroseur arrosé ? Qui a dit qu’il y avait de la honte à être humble ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;" align="center"><strong>8. Festomanie</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Même dans une société où les gens, écrasés par le poids de la vie, décident désormais d’organiser des fêtes à toutes occasions, il ne manque pas de mandarins pour tuer dans l’œuf cette idée même de « festomanie », et s’en approprier à la fois la paternité et les jouissances. Ainsi, à la fin de leurs différents cycles de formation, en réalité de « <em>déformation, les jeunes embobinés consentants, fers de lance émoussés, semaient aux quatre coins du pays l’esprit néfaste de la festomanie</em>. » (p. 102) Ceci ne laisse pas les dirigeants du pays insensibles qui, tôt, remettent l’ordre dans les choses. C’est du reste leur devoir régalien.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;" align="center"><strong>9. L’air du temps</strong></p>
<p style="text-align: justify;">      Dans « L’air du temps », le snobisme est aux guichets. Ceux qui aiment paraître, faire comme les autres, se donner l’air important, sont battus en brèche. L’humilité est la chose la plus méprisée de nos jours. Les gens préfèrent le personnage à la personne. Pourtant, ce n’est qu’en restant les fesses collées à sa propre place qu’on peut éviter de faire pleurer « sa gourgandine d’épouse » (p. 112)</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;" align="center"><strong>10. Risques</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Maurice Xavier Gonflan l’Elégant, MX pour les intimes, est un jeune professeur de français frais émoulu de l’E.N.S. qui ne s’amuse pas. Le « <em>chaud gars vantard</em> » (p. 114) sera pourtant lui-même la cause de ses déboires, pour avoir fait miroiter devant ses élèves qu’à part lui, ses collègues n’étaient que des tonneaux vides. Ceux-ci le lui rendirent bien, en constituant à part le « <em>cercle des sans diplômes</em> » (p. 114). Gonflant, tout bardé de diplômes qu’il était, avait malheureusement oublié que « <em>sur le terrain, la théorie doit être adaptée aux enfants qu’on a devant soi</em> » (p. 116). Homme bouffi de prétentions, mais un peu humble de cœur, les conseils de son chef d’établissement le rapprochèrent de ses collègues avec qui il enterrera la hache sournoise de la guerre et devra se mettre face à la réalité des choses et de la vie qu’il n’avait pas vécue jusque-là.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais tout n’était pas là. La jeunesse de son cœur et de son corps ne l’aida pas à « discipliner sa sensualité débordante. Chaque type de beauté exerçait sur lui un attrait particulier. Il se mit dans la tête qu’il pouvait donner satisfaction à chacun de ses appétits divers. » (p. 118), quitte à en perdre toute autorité sur ses classes. « <em>L’homme a des faiblesses certes, mais il a également des forces, parmi elles celle de savoir qu’il a des faiblesses et de reconnaître ses faiblesses. Et connaître l’ennemi rend possible de le vaincre</em> » (p. 120) Ce n’était ni la conviction ni le désir de Gonflan. Il « chevaucha » (p. 121) un bon nombre de ses élèves, en engrossa un autre bon nombre d’entre elles, hypothéquant ainsi son avenir pourtant radieux au départ. Alors, « <em>Adieu les beaux plans, les beaux rêves : rêve d’élégance dernier cri, rêve d’une voiture, rêve d’un beau mariage, rêve d’investissement dans l’immobilier, rêve de voyage à travers le monde… Tout cela, il fallait bel et bien l’enterrer.</em> » (p. 126)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;" align="center"><strong>11. Le monarque</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« <em>La grosse bûche du foyer qui achève de brûler doit être remplacée, de telle sorte que le feu soit permanent</em>. » (p. 131) C’est ainsi. Un roi ne meurt jamais. Et c’est le sort des royaumes bananiers d’avoir à leur tête des monarques sadiques, conservateurs, cupides, menteurs et libidineux à souhait. Ils s’entourent d’une haie de délations au point où « <em>chacun ruminait des pensées de révolte qu’il n’osait extérioriser, parce qu’il ne savait pas à qui s’adresser sans risque d’être trahi </em>» (p. 137). Mais, vins aigres, chaque chose a une fin, fatalement. Ne soyons jamais sûrs de nous au point de croire que nous sommes devenus des dieux, invulnérables, comme qui ? « <em>Dieu merci, la malédiction ne frappe pas les chefs</em> ». (p. 139)</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;" align="center"><strong>12. Le banni</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« <em>Pourquoi tourner autour de la femme du chef quand on connaît les conséquences d’un tel acte ?</em> » (p. 142) Surtout si l’on est malchanceux ! Et dire que le chef récolte toujours là où il n’a pas semé, et chasse toujours dans les plates bandes des autres. Pourquoi pas ? N’est-il pas propriétaire des hommes et des biens de son royaume ? Tant pis donc pour les malappris qui osent tenir tête au roi. Ils savent à quoi s’en tenir. Il suffit souvent d’un coup de tête ! L’homme de Kegang l’apprendra à ses dépends et, devenu l’ancien homme de Kegang du fait de son bannissement pour avoir été trahi et surpris avec la femme du roi du reste sa fiancée qu’il a proprement dotée, il s’en ira, couvert d’opprobre, les mains nues, vers une destination inconnue, où il « <em>recommencerait à zéro sa vie économique et sociale</em>. » (p. 147)</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;" align="center"><strong>13. Vengeance de mère</strong></p>
<p style="text-align: justify;">On peut tout faire subir à une mère poule, sauf toucher à son poussin. Tagueu l’a ignoré, et mal lui en a pris. Flattée, persuadée et étourdie par l’affection – feinte de son époux –, Nkache ne pouvait attribuer à ce dernier les nombreux enfants qu’elle avait perdus jusque-là. Mais « <em>une femme cependant a beau être la favorite, elle a beau avoir confiance en son mari, la perte fréquente de ses enfants ne laisse pas à la longue de la troubler</em>. » (p. 150)</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà que, mue par un instinct de conservation, elle entreprend de filer et de fouiller toutes les pistes. Très vite elle découvre le genre de mort de tous ses enfants : le totem boa de son époux. Sa décision est prise. Celui-ci paiera si le dernier enfant qu’elle allaite meurt. « <em>[Elle] tuera [son] mari en tuant son totem. L’un ne vit pas sans l’autre</em> » (p. 153). Ce qu’elle fit, mettant ainsi fin à une série de décès aussi brefs que bizarres, pour enfin laisser la concession dans une forme de paix.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;" align="center"><strong>14. L’héritier</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le départ d’un homme homme laisse place à un héritier, « <em>celui qui aura la charge de garder la concession, de veiller sur les veuves, de protéger les enfants, d’offrir au nom de tous les sacrifices aux crânes et aux résidences de Dieu.</em> » (p. 161). Mais tandis que certains enfants peuvent abandonner l’héritage sans sourciller, beaucoup d’autres n’attendent que le décès de leur père – s’ils ne précipitent pas ma mort de celui-ci – pour refaire une nouvelle vie dorée sans bourse délier. C’est le cas de Jouondzo : «<em> Si je succède et que je meurs, c’est mon problème. Ce que je ne peux supporter, c’est que de mon vivant quelqu’un d’autre occupe ce siège</em>. » (p. 163)</p>
<p style="text-align: justify;">Le voilà donc qui usurpe l’héritage et détourne la dernière volonté de son défunt père. Celui-ci, dépité, vient chaque nuit le chasser de sa case, de son lit, et le tape, le tape, le tape. (p. 167) Qui l’a autorisé à dormir sur son lit ? À coucher ses femmes ? À parler fort dans sa concession ? À se faire passer pour le père et à se prendre pour le nombril du pape ?</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui devait arriver doit arriver. Bien qu’ayant bouffé la dot de ses sœurs non encore mariées et ayant vendu une bonne partie de la concession, il ne fera rien de tout cet argent, à part aller de guérisseur en guérisseur, pour soigner le mal miraculeux qui le ronge. Il finira à l’hôpital pour y trouver précocement la mort, le ventre ballonné, signe de mauvaise mort, parce que son œil avait été trop long.</p>
<p style="text-align: justify;" align="center"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;" align="center"><strong>15. Quelle femme, quelle mère !</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Beaucoup de traits humains sont héréditaires. Et si l’on – qui plus est une femme – a la malchance d’être née d’une mauvaise mère, on a beaucoup de chances de devenir soi-même une très mauvaise mère plus tard. Mais la chance parfois soustrait certains enfants de cette malédiction et en fait plutôt de perles aussi rares que chères.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;" align="center"><strong>16. Farce</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Voici Kankho, « <em>un jeune homme qui, comme tant d’autres, a émigré à la capitale économique […] pour y chercher fortune. Mais dame Fortune a refusé de lui sourire. Et lui, se refuse à retourner au village […] sans pouvoir y afficher les allures d’un homme qui a réussi.</em> » (p. 180). Il annonce alors sa mort à Radio Douala, pour intéresser sa famille à lui. Drôle de façon de se faire important devant une famille pour qui on ne compte plus. Par des temps où ne vaut que celui qui peut être utile aux autres, n’est-il pas grand temps que chacun fasse tout son possible pour être un bon maillon dans la société au lieu de créer l’inédit en ameutant inutilement des gens qui ne demandent qu’à vivre en paix, même sans nous ?</p>
<p style="text-align: justify;" align="center"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>     </strong>Comme on peut le constater, <em>Les Vins aigres</em> décrit une société en déliquescence avancée, dans laquelle les hommes ploient sous le joug de la guigne comme sous celui des prédateurs comme le rapace, en attendant que viennent un jour des lendemains meilleurs. Mais en dehors de ces histoires toutes tristes en elles-mêmes, comment l’auteur en arrive-t-il à exprimer cette perversion et cette desquamation ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: center;" align="center"><strong>II- DE L’EFFET SOCIAL ET SOCIETAL DANS <em>LES VINS AIGRES</em></strong><strong>.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est justement parce que le vin est devenu aigre, très proche même du vinaigre, qu’il répugne ceux qui l’aiment et aiment en boire de temps en temps. Quitte à les faire mourir de soif. Pourquoi tout ce calvaire inutile, inattendu et dégueulasse ? La vie n’est-elle pas assez difficile comme cela pour qu’on y ajoute cette aigreur acidulée dont on n’a vraiment pas besoin ? Pourquoi doit-on « <em>couver l’œuf d’autrui</em> » (p. 89) alors que ses propres œufs sont à la merci des rapaces et des mandarins ?</p>
<p style="text-align: justify;">C’est justement parce que « <em>chez les mortels</em> <em>on a beau être intellectuel, on ne subit point</em> <em>sans farouche résistance l’assaut pernicieux lancé par le vent du changement contre de vieilles habitudes sécurisantes. L’égocentrisme ne s’est jamais autocritiqué. Il s’est toujours prélassé dans un égotisme tranquille, certain que le miel coulerait éternellement</em>. » (p. 83)</p>
<p style="text-align: justify;">C’est justement parce que certains se sont mis dans la tête qu’il fallait renverser les valeurs et les remodeler pour les besoins de la cause que dorénavant : « <em>en classe, ne te casse pas la tête. Contente-toi d’y aller tous les matins et tous les soirs, car “tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se remplit.”Qui a dit qu’elle se cassait ? Tes professeurs sûrement ! Ne les crois pas. C’est à eux de faire le travail, jusqu’au bout. </em><em>Le repos, c’est ce qu’il te faut. Pour l’avoir, mets toutes les batteries en marche. Et si d’aventure l’insuccès censure ton année, tu auras au moins la conscience tranquille d’avoir tout fait pour réussir, et tu pourras dire ton “mea culpa”sur la poitrine d’autrui.</em> » (p. 82).</p>
<p style="text-align: justify;">C’est cela la contre « vision d’outre-tombe » d’un halluciné normal.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est justement ce qui arrive au terme de pérégrinations incessantes et injustifiées. La sensualité même en devient « <em>semblable à un gigot pris dans un bloc de glace</em>. » (p. 65), parce que certains malheureux sont obligés de manger les restes d’autrui. Pourtant, « <em>il faut que, premier à emprunter le sentier au matin, il en enlève lui-même le rosée. Il faut qu’il débarrasse lui-même son vin d’abeilles mortes</em>. » (pp. 13-14) Et c’est tout le contraire qu’on vit. Fait bien banal, cela se passe « <em>dans le pays où la rumeur prétendait que les annonces de ce genre n’apparaissaient dans la presse que par pure formalité, alors que la liste des bénéficiaires, une liste étroite, était arrêtée depuis fort longtemps.</em> » (p. 26)</p>
<p style="text-align: justify;">C’est justement tout à fait normal, puisqu’« <em>il manque aux gens le moteur principal du processus : la volonté de changer. [Et] des gens dépourvus de cette volonté continueront à se comporter comme avant, jusqu’au jour où, démasqués, ils seront balancés par les fenêtres du train du changement en marche</em>. » (pp. 35-36) En effet, nul ne peut vivre en vase clos, en autarcie, mener une destinée solitaire et s’en sortir, puisqu’on ne peut être à la fois court et grand, gros et mince, faible et fort, sage et bête. Mais voilà ce qui arrive à ceux qui tentent de mettre cette loi de la nature en pratique : « <em>mis en confiance dans un poulailler, Le Rapace le mit à sac, dévorant d’abord les pièces les plus grosses, puis les moyennes, puis les petites. Les minuscules même ne furent pas épargnées. Et quand le trésor commun se trouva jusqu’à la dernière poussière d’or transvasé de la caisse commune à sa caisse personnelle émaillée de gros trous ironiques, il opposa aux gagne-petit un féroce regard de Rapace et un menaçant silence de Rapace. […] Le Rapace avait été fidèle à la consigne chère aux êtres de sa race : accaparer toujours et partout.</em> » (pp. 46-47) Comment peut-on vivre, mieux, survivre dans un climat et un pays pareils et prétendre au bonheur de boire du vin frais ?</p>
<p style="text-align: justify;">C’est justement pour tout cela que personne n’est plus surpris. Dans ce pays on voit « <em>les Fonwè qui bouffent et ce sont les Fonkou qui défèquent</em> », pour offrir au monde des modèles tels Le Rapace qui « <em>avait les pieds posés sur des châteaux de dettes et sa tête touchait la voûte du ciel</em>,<em> […] plein comme un cochon castré, viande cuite qui ne craint plus le couteau, […] aboutissement d’une vie de Rapace rondement et honnêtement menée. </em>» (pp. 54-55) Il n’y a personne en réalité qui vive, seulement des personnages, des zombies vampires qui vous sucent le sang chaud jusqu’à la lie, vous laissant exsangue et blanc comme un fantôme d’outre-tombe. Voilà la société que peint Gabriel KUITCHE FONKOU dans <em>Les Vins aigres.</em> Un pandémonium dont les habitants semblent n’avoir aucune voie de survie devant eux, tellement les fondements de ladite société ont été minés dès le départ par des citoyens véreux et très souvent restés impunis. En effet, « <em>comment s’adapter à un monde déséquilibré, à un monde où chaque jour apporte des extrêmes, à un monde de contrastes, de contradictions et de paradoxes quotidiens, à un monde où tout est naturellement contre l’épanouissement de l’homme ?</em> » (pp. 39-40)</p>
<p style="text-align: justify;">C’est justement pour cela sans doute qu’on en était arrivé là. À force de rester sur place à ressasser le même vieux vin, la vie elle-même n’était-elle pas devenue aigre ?  Surtout que « <em>si la sédentarité en général n’instruit pas, la sédentarité en ville vous coupe complètement des réalités diverses du pays.</em> » (p. 37) Et qu’est-ce qu’on trouve au village ? Des monarques qui ont droit de vie et de mort sur leurs administrés, des parents prêts comme Fondop (Retournements, p. 90) à maudire et à exiler progéniture et conjointes qui ne lèchent pas simplement leurs bottes, quittes à « <em>écraser le mbvètn</em> » (p. 98) lâchement par la suite dans des retournement spectaculaires sans scrupule ; des escrocs détourneurs de succession tel le veule Jouondzo, pour vendre les champs, bouffer la dot de leurs sœurs non encore mariées, et croire mordicus que : «<em> Si je succède et que je meurs, c’est mon problème. Ce que je ne peux supporter, c’est que de mon vivant quelqu’un d’autre occupe ce siège</em>. » (p. 163 ; des sorciers de race tel Tagueu, dont le grand merci qu’ils peuvent donner à leur dernière aimée est d’offrir toute leur progéniture à leur totem, dans un cynisme ineffable.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est justement pour cela enfin que la société vue par l’auteur dans <em>Les vins aigres</em> est une société à la croisée des chemins, chrysalide faible et sans avenir, ballottée entre un passé apparemment glorieux et un avenir aussi incertain que maudit. Mais que peut-on y faire ? « <em>Quand le raphia est mûr on en extrait le vin</em>. » (p. 143) C’est sans doute pour cela qu’en plus de cette déliquescence sociale peinte par le nouvelliste, il y a aussi l’onomastique qu’il appelle à son secours pour enfoncer le clou et conquérir l’attention et l’adhésion du lecteur. Mais si vous croyez que c’est tout, « <em>alors comprenez que la poule a emporté votre grillon</em>. » (p. 62)</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: center;" align="center"><strong>III- DE L’ONOMASTIQUE COMME ÉLÉMENT DE DYNAMISATION ET D’EXACERBATION DES CARACTÈRES SOCIAUX ET INDIVIDUELS.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour faire des <em>Vins aigres</em> des vins vraiment aigres, l’auteur ne se contente pas de narrer et de décrire des situations décevantes, désespérantes et à la limite du suicide. Les noms même des personnages et de certains lieux-dits sont aussi là pour stigmatiser la gravité des situations décrites ou narrées, si tant est que chaque être humain endosse et subit le nom qu’il porte, chaque nom revêtant une signification inévitable et définitivement fatale.</p>
<div style="text-align: justify;">
<table border="1" cellspacing="0" cellpadding="0">
<tbody>
<tr>
<td valign="top" width="310"><strong>NOM</strong></td>
<td valign="top" width="310"><strong>SIGNIFICATION</strong></td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="310">Dubong</td>
<td valign="top" width="310">Je suis et j’ai été toujours comblé. Ironie pour dire que les malheurs se sont toujours abattus sur moi.</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="310">Ngando (La bourse)</td>
<td valign="top" width="310">Le malchanceux, le maudit. Par guigne, Ngando ne bénéficiera jamais de sa bourse pourtant plus que méritée.</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="310">Ndzotché</td>
<td valign="top" width="310">Celui qui mange sans travailler, gratuitement.</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="310">Pipi</td>
<td valign="top" width="310">Celui/celle qui accepte tout, ne refuse rien (par manque de personnalité).</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="310">Le rapace</td>
<td valign="top" width="310">Oiseau de proie qui rackette et arrache de force ce qui n’est pas à lui. Qu’a-t-il fait de l’épouse de Nguekek ?</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="310">Nguekek</td>
<td valign="top" width="310">Je suis petit. On m’a dépassé sur mon/mes bien(s). victime du Rapace.</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="310">Yaya le chef (Vision)</td>
<td valign="top" width="310">Yaya n’est chef que par ironie. Ce n’est qu’un pauvre fonctionnaire en réalité.</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="310">Fondop (Retournements)</td>
<td valign="top" width="310">Le chef de ndop – en tissu batik. Ironie.</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="310">Le mewop</td>
<td valign="top" width="310">Danse d’animation qui met l’homme devant sa beauté naturelle, provoquant ainsi l’attirance des femmes qui en perdent leur contrôle.</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="310">Mafongang</td>
<td valign="top" width="310">La reine d’autrui. Mais de qui ici.</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="310">Ecraser le mbvètn</td>
<td valign="top" width="310">Sceller la réconciliation ; fumer le calumet de la paix.</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="310">Les mandarins</td>
<td valign="top" width="310">Les dominateurs (cf. l’histoire).</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="310">Le famla (L’air du temps)</td>
<td valign="top" width="310">La sorcellerie. Tout ce qui dépasse l’entendement commun.</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="310">Le ngwati</td>
<td valign="top" width="310">Idem.</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="310">Le kong</td>
<td valign="top" width="310">Idem.</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="310">Gonflan (Risques)</td>
<td valign="top" width="310">Professeur bouffi de prétentions mais en réalité fort faible.</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="310">Le monarque (Le monarque)</td>
<td valign="top" width="310">Le despote, le tyran.</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="310">Le lalliLe feffo</td>
<td valign="top" width="310">Danse guerrière exécutée lors de l’enterrement d’un « homme ».Soldats du roi garants de l’ordre social.</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="310">Le nket (Le banni)</td>
<td valign="top" width="310">Contrevent de bambou tressé servant de couverture d’enclos ou d’emballage (corps…)</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="310">Tagueu (Vengeance de mère)</td>
<td valign="top" width="310">Le souffreteux. Celui qui n’a jamais la vie facile.</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="310">Nkache</td>
<td valign="top" width="310">Je ne sais pas. Je suis innocent.</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="310">Ndabou</td>
<td valign="top" width="310">J’étais ignorant. Je n’en savais rien.</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="310">Jouondzo (L’héritier)</td>
<td valign="top" width="310">Chasse et mange. Poursuis le temps – même s’il est contre toi.</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="310">Nteumpo</td>
<td valign="top" width="310">Celui qui implore/demande à deux mains ; l’humble.</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="310">Mungoum</td>
<td valign="top" width="310">Bamougoum : village où se passent toutes ces histoires.</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="310">Nguifo</td>
<td valign="top" width="310">La voix du chef (de son maître, fidèle.)</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="310">Ndi, Handi, Belon, Metè</td>
<td valign="top" width="310">Termes de respect et d’allégeance.</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="310">Le nwola’ thwobum</td>
<td valign="top" width="310">Le premier ministre dans une dynastie bamiléké.</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="310">Signé</td>
<td valign="top" width="310">Le dieu de quelqu’un.</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="310">Kankho (Farce)</td>
<td valign="top" width="310">Cent ans. Patience – même dans cent ans on verra.</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p><span style="font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: xx-small;"><span class="Apple-style-span" style="line-height: normal;"><strong><br />
</strong></span></span></p>
</div>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;" align="center"><strong>IV- DE LA RÉPÉTITION COMME AUTRE FAIT DE STIGMATISATION.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est de bonne guerre qu’un écrivain use de toutes les devises en sa possession pour donner à son écriture le maximum de vraisemblance. D’où cet usage redondant de répétions dans <em>Les Vins aigres</em>. Telle qu’elle est utilisée ici, la répétition n’est pas simple comme en langue française. Elle est plus l’expression d’une technique discursive bamiléké Mungum bien connue. Elle consiste à répéter le même fait, le même mot, la même construction, ou la même phrase plusieurs fois, pour s’assurer que l’interlocuteur a bien compris et pour annuler tout risque d’ambivalence ou de duplicité qui prêterait à quelque malentendu.</p>
<table border="1" cellspacing="0" cellpadding="0">
<tbody>
<tr>
<td valign="top" width="295">
<p align="center"><strong>OCCURRENCES</strong></p>
</td>
<td valign="top" width="319">
<p align="center"><strong>RÉPÉTITIONS</strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="295">Fidèle <em>comme d’habitude</em>(p. 25)</td>
<td valign="top" width="319">Passif <em>comme d’habitude</em>. (p. 25)</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="295"><em>Silence</em>donc ! (p. 25)</td>
<td valign="top" width="319"><em>Silence</em> dans la chambre. (p. 25)</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="295">Féroce regard de rapace… menaçant silence de rapace.  (p. 47)</td>
<td valign="top" width="319">Féroce regard de rapace… menaçant silence de rapace. (pp. 49, 53)</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="295"><em>Telle une furie</em>il partit, (p. 52)</td>
<td valign="top" width="319"><em>Telle une furie</em> il arriva chez lui.</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="295">Une voix fantomale, mi-neutre, mi-autoritaire (p. 70)</td>
<td valign="top" width="319">Une voix fantomale, mi-neutre, mi-autoritaire (pp. 71, 73)</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="295">Planté  au centre approximatif de  la cour d’en haut, l’œil mauvais dardé sur une case de femme qui fumait comme les autres (p. 85)</td>
<td valign="top" width="319">Planté  au centre approximatif de  la cour d’en haut, l’œil mauvais dardé sur une case de femme qui fumait comme les autres (p. 93)</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="295">Un vrai chef (p.91)</td>
<td valign="top" width="319">Un vrai chef (p. 94)</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="295">Fort tard (p. 93)</td>
<td valign="top" width="319">Fort tard (pp. 93, 94)</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="295">Depuis plusieurs maïs (p. 95)</td>
<td valign="top" width="319">Depuis des lustres (p. 99 [2 fois])</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="295">Des mandarins (p. 100)</td>
<td valign="top" width="319">Des mandarins (pp. 100, 101 [2 fois], 102, 103)</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="295">des <em>embobinés consentants</em>(p. 100)</td>
<td valign="top" width="319">Mandarins et <em>embobinés consentants</em> (pp. 102, 103)</td>
</tr>
<tr>
<td valign="top" width="295"><em>Et non</em> le jour <em>comme lui</em>(p. 107)</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p style="text-align: justify;"><em>Et non comme lui</em>, au vu et au su de tout un chacun. (p. 107)<em>Le vrai et le faux</em> se mêlaient (p. 108)<em>Le vrai et le faux</em> étaient repoussés (p. 108)<em>Dieu merci</em>, la malédiction (p. 139)<em>Dieu merci</em>, on était loin (p. 139)Et son défunt père le <em>battait,</em> (p. 167)<em>battait, battait</em> (p. 167)La concession autrefois si vivante (p. 168)la concession qui autrefois attirait (p. 168)<em>Quatre années au cours desquelles il</em> attribua (p. 168)</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Quatre années au cours desquelles il</em> vendit (p. 168)</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Quatre années au cours desquelles il</em>ne sortit (p. 168)<em>Voici bientôt dix ans que tu</em> as (p. 171)<em>Voici bientôt dix ans que tu</em> revins (p. 171)<em>Ta case</em> dont le foyer (p. 171)</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Ta case</em> dans laquelle jamais plus (p. 171)</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Ta case</em>désormais privée de chaleur (p. 171)<em>Aujourd’hui on</em> foule aux pieds (p. 176)</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Aujourd’hui on</em> ne croit qu’en la justice (p. 176)</p>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
<div>
<p style="text-align: justify;"><a title="" href="file:///C:/Users/jbomba1/Downloads/DU%20VIN%20AIGRE%20AU%20VINAIGRE...%20de%20G.%20KUITCHE%20FONKOU%202.doc#_ftnref1">[1]</a> KUITCHE FONKOU, Gabriel, <em>Les Vins aigres</em>, nouvelles, Yaoundé, CLE, 2008, 185 p.</p>
</div>

]]></content:encoded>
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