Catherine Millet est critique d'art et auteur d'une autobiographie. Elle est également la fondatrice de la revue Art Press (1972).

L’Affaire DSK vue par Catherine M.

Quelle unanimité ! Toute la classe politique française, ses ennemis à droite comme ses amis et éventuels rivaux à gauche s’appliquent à préserver Dominique Strauss-Kahn du lynchage. Tous reprennent en cœur la formule consacrée : « Laissons faire la justice ». Mais si jamais cette justice devait reconnaître DSK coupable, oh là là ! « Si les faits reprochés étaient avérés, déclare le Premier Ministre François Fillon, nous serions en présence d’un acte très grave qui n’appelle aucune excuse », tandis qu’Elisabeth Guigou, ex-ministre socialiste de la justice, évoquant la réputation de « libertin » de son ancien collègue, précise évidemment qu’ « il y a une très grande différence entre ça et le délit ou le crime sexuel où là, il faut être évidemment d’une sévérité implacable ». Oserai-je dire que moi, qui ai la chance, à la différence des personnalités politiques, de ne représenter que moi-même, et qui suis de toute façon précédée de ma propre réputation de « libertine », je n’aurais pas cette « sévérité implacable » ? Oui, j’ose. Bien sûr, si j’étais juge, je condamnerais la violence exercée par un fort sur un faible parce que ma conception de la liberté sexuelle s’applique dans le cadre de relations entre personnes consentantes, mais je jugerais en fonction du degré de violence, non pas en fonction de la nature sexuelle de l’acte, tant je crois que rien n’est plus relatif que le jugement en cette matière.

Éminente juriste, Marcela Iacub publia il y a quelques années un ouvrage intitulé Le Crime était presque sexuel. « Presque » soulignait bien la difficulté à qualifier un crime sexuel. Dans le cas d’un crime de sang, pas de problème : il n’y a pas à se demander si la victime est morte ou pas morte, elle l’est ; reste à discuter des motifs du crime et des moyens employés. Dans le cas d’un crime sexuel, la qualification de viol, par exemple, est beaucoup plus imprécise et relative. Historienne du droit, Marcela Iacub sait bien à quel point la définition du viol a varié selon les époques, et même comment à notre époque, elle peut être interprétée différemment selon les cours : elle citait dans son livre deux jugements différents à propos d’un acte identique (l’intromission d’un objet dans l’anus). Dans le premier cas, l’acte fut jugé comme « crime de viol », tandis que la même année, une autre cour affirmait qu’il « ne saurait être qualifié de viol », retenant « l’acte de barbarie ». Il faut dire que dans ce second cas, l’acte avait pour but une extorsion de fonds et pas la satisfaction sexuelle du criminel. Avant de qualifier un crime de sexuel, les juges prenaient donc en compte l’intention de l’auteur. Evidemment, si Dominique Strauss-Kahn doit réfuter l’accusation de tentative de viol, il aura du mal à faire croire qu’il voulait dérober à la femme de chambre les pourboires qu’elle avait peut-être dans sa poche.

Il n’en reste pas moins que si le viol est un acte difficile à définir, il est encore plus difficile de repérer où passe la frontière entre la « tentative » de viol et la brutalité du « dragueur » obsessionnel, « lourd », et qui « harcèle » les femmes, comme le reconnaissent même ceux qui prennent la défense de DSK. Je n’ai donc pas pu m’empêcher de me demander ce qu’aurait été ma réaction si je m’étais trouvée (avec quelques années en moins) dans la situation d’Ophelia, la femme de chambre qui dit avoir été agressée (je suis sûre que je ne suis pas la seule à avoir joué à ce jeu.) De deux choses, l’une : ou DSK me plaît, ou il ne me plaît pas. Je passe sur le cas où il me plaît… S’il ne me plaît pas, je le repousse en rigolant. En général, la plaisanterie désamorce le priapisme. J’imagine qu’une autre aurait hurlé, une autre, sportive, lui aurait balancé le gros vase en porcelaine sur le crâne, une autre encore, vénale, en aurait profité pour soutirer quelque argent à son riche agresseur. Puisqu’il est question de fellation, ou du moins « du contact du pénis avec la bouche » —pour reprendre les termes de l’acte d’accusation— une quatrième, méchante et hardie, l’aurait mordu là où ça fait très mal, etc. À condition bien sûr que l’homme en rut ne soit pas armé, il y a certainement autant de réactions possibles qu’il y a de femmes, de la plus timide à la plus audacieuse, et la gamme d’appréciation est infinie depuis celle qui pensera avoir eu affaire à un gros cochon brutal à qui elle voudra donner une leçon, ce qui donnera plus tard une histoire édifiante ou amusante à raconter, jusqu’à celle qui se pensera victime d’une tentative de viol et en sera traumatisée.

Ce que je trouve absolument déplorable, c’est que très souvent, l’entourage de celle qui souffre de cette agression, au lieu de l’aider en lui disant que son corps n’est pas irrémédiablement meurtri, qu’une giclée de sperme se lave sur le corps et aussi dans la tête, que s’il s’est emparé de son corps, son agresseur ne s’est pas emparé de sa personne qui n’est pas réductible à son corps, cet entourage dis-je prend un malin plaisir (un plaisir pervers ?) à l’enfoncer un peu plus dans le malheur. « Elle est complètement dévastée », déclare celui qui se présente comme le frère d’Ophelia. Et au lieu d’envisager la façon dont elle peut se reconstruire, beaucoup de ceux et celles qui s’expriment dans la presse, sous l’influence du féminisme vieux jeu, en rajoutent une couche : « ces femmes [victimes de viol] finissent par sombrer dans la dépression », et encore « Le viol est profondément destructeur et pèse comme une menace sur la liberté de toutes les femmes ». Que dira-t-on alors des femmes, et des hommes, de Deraa qui affrontent en ce moment la police syrienne ? J’ai lu qu’Ophelia, d’origine guinéenne, était une bonne musulmane. Cela ne devrait pas empêcher qu’on lui fasse découvrir Saint Augustin l’Africain. Ces quelques lignes, par exemple, à propos du viol : « Qu’il soit donc bien dit et entendu… tant que se maintient ferme et inchangée cette volonté [vertueuse], rien de ce qu’un autre peut faire du corps ou dans le corps, et qu’on ne peut éviter sans pécher soi-même, n’entraîne de faute pour qui le subit… Si [la chasteté] est un bien de l’esprit, elle ne saurait être perdue, le corps fut-il forcé.» (La Cité de Dieu, livre 1er)

Autant les débats politiques dans nos sociétés sont de plus en plus lassants, autant lorsque ce sont des affaires de mœurs qui surgissent en couverture de nos journaux, nous nous passionnons. Et nous avons raison. Ce sont elles qui révèlent l’humanité à elle-même. Exemples. La presse française s’est scandalisée que les télévisions américaines aient été là pour filmer, déchu, mal rasé et menotté, l’un des hommes les plus puissants de la planète. On rappelait chaque fois qu’en France, pays civilisé, une loi interdisait de publier des photographies d’un prévenu menotté. Et pour ce faire, on repassait en boucle sur les chaînes de télévision françaises et pour s’en repaître les images de celui qui est un des « éléphants » du parti socialiste, encadré par des flics aux carrures de gladiateurs, parce que, en revanche, la loi n’interdit pas de rediffuser des images prises à l’étranger… La France est un pays sophistiqué qui ne dédaigne pas les jeux du cirque tels qu’ils se conçoivent à l’ère de la diffusion de masse. Et voici qu’à la faveur de toute cette médiatisation, une jeune femme, Tristane Banon, se souvient qu’elle aussi avait été sexuellement agressée par Dominique Strauss-Kahn, il y a 9 ans. Sa maman, membre du Parti Socialiste, proche de François Hollande, autre leader socialiste, l’avait alors dissuadée de porter plainte. Mais après tout, puisque maintenant on en est au grand déballage, la jeune femme se demande tout à coup si elle aussi ne va pas engager un procès. Peut-être a-t-elle le sentiment que son corps a été sali par les attouchements de DSK. Ce qui est sûr, c’est que c’est son âme qu’elle-même salit maintenant.

Catherine Millet

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26 Responses to “L’Affaire DSK vue par Catherine M.”

  1. Kalman Rudolf dit :

    DSK avait, le premier, émis l’idée d’annuler (partiellement) la dette grecque. Il fallait donc l’éliminer au plus vite de la tête du FMI… alors on a visé en dessous de la ceinture, et réussi le coup.
    Bien sûr, le puritanisme ambiant y a aidé, mais ce ne fut que le moyen.
    Pour le reste, on ne peut qu’adhérer à l’analyse de Catherine Millet.

  2. […] http://mondesfrancophones.com/blog/l%E2%80%99affaire-dsk-vu-par-catherine-m/ J'aime ceci:J'aimeSoyez le premier à aimer ceci. Cette entrée a été publiée dans Islam-fanatisme, nouvel ordre mondial, Résistance et taguée antiracisme, dhimmis, dhimmitude, Islamophobophobie, résistance, Richard Millet, stalinisme par mathesisuniversalis. Ajouter aux Favoris le permalien. Thème : Twenty Eleven | Un Blog WordPress.com. var _qevents = _qevents || [], wpcomQuantcastData = {"qacct":"p-18-mFEk4J448M","labels":",language.fr,type.wpcom,posttag.antiracisme,posttag.dhimmis,posttag.dhimmitude,posttag.islamophobophobie,posttag.resistance-2,posttag.richard-millet,posttag.stalinisme"}; function wpcomQuantcastPixel( labels, options ) { var i, defaults = wpcomQuantcastData, data = { event: 'ajax' }; labels = labels || ''; options = options || {}; if ( typeof labels != 'string' ) options = labels; for ( i in defaults ) { data[i] = defaults[i]; } for ( i in options ) { data[i] = options[i]; } if ( data.labels ) { data.labels += ',' + labels; } else { data.labels = labels; } _qevents.push( data ); }; (function() {var elem = document.createElement('script');elem.src = (document.location.protocol == "https:" ? "https://secure" : "http://edge&quot😉 + ".quantserve.com/quant.js";elem.async = true;elem.type = "text/javascript";var scpt = document.getElementsByTagName('script')[0];scpt.parentNode.insertBefore(elem, scpt); })(); _qevents.push( wpcomQuantcastData ); /* */ /* */ jQuery(document).ready(function($){ Gravatar.profile_cb = function( h, d ) { WPGroHo.syncProfileData( h, d ); }; Gravatar.my_hash = WPGroHo.my_hash; Gravatar.init( 'body', '#wp-admin-bar-my-account' ); }); Suivre […]

  3. J. Dupé dit :

    What is it ?

    Savez-vous que depuis mille six cent soixante huit, (*)
    Et surement dans les années antérieures,
    La raison du plus fort est toujours la meilleure ? (**)
    J’en veux pour preuve ce que je vous livre aujourd’hui :

    Le col défait, le regard hagard, les bras liés,
    Notre homme, grand sauveur de l’économie mondiale,
    Qui parcourait la planète comme les suites royales,
    Se meut, tel un automate, sur lui-même replié.

    Piteuse image que ce mâle aux abois nous vomit :
    Le voilà qu’il pénètre dans la geôle aux murs verdâtres
    Éclairée de tristes néons aux nuances blanchâtres,
    Creusant ainsi les sillons d’un visage blêmit.

    Alors qu’il était promis aux plus nobles quartiers
    Il est au cœur d’une vile affaire de mœurs immonde.
    Lui qui a serré les mains des grands de ce monde,
    Il côtoie le petit dealer, caïd du quartier.

    Elle, sans grade, petite fourmi de la société,
    À peine reconnue des boutiquiers de sa rue,
    A croisé un jour les obsessions incongrues
    D’un vieil homme qui l’a salie jusqu’à satiété.

    Les langues se délient autour de ce puissant :
    Celles qui ont subi ses frasques hédoniques,
    Et ses incrédules amis du cercle clanique,
    Tous s’affrontent à travers médias glapissants.

    La femme voit sa vie passée au laminoir,
    Tandis que l’homme, riche, est reconnu libérable.
    Selon que vous serez puissant ou misérable,
    Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir… (***)

    (*) Année de publication des fables de Jean de la Fontaine
    (**) « Le Loup et l’Agneau »
    (***) « Les animaux malades de la peste »

  4. pavel dit :

    En effet, je ne suis pas d’accord avec ses propos sur Tristane banon, je les trouve facile et sans pertinence. Catherine Millet n’est pas l’apôtre du bon comportement sexuel et du relationnel homme femme. Elle donne sa représentation de ces rapports et en ce sens très intéressant et enrichissant. Mais je considère Catherine Millet très bien quand il faut parler de sexe mais lorsqu’elle sort de ce contexte et qu’elle essaie de donner des leçons de vie, elle rentre dans le liberticide.

  5. Castor dit :

    Ça n’a rien d’irrespectueux, c’est une expression familière qui reflète une réalité, réalité qui donne peu de crédit à la thèse du viol. N’importe qui avec un minimum de bon sens le perçoit immédiatement.
    Je n’ai aucune sympathie pour DSK, rassurez-vous, mais comme vous le dites très bien, vous ne pouvez rien affirmer avec certitude.

  6. Emma S dit :

    Vous avez lu les articles informant des procédures du procureur, de ce qui le décide à déclarer coupable ou pas ?… !
    Il aurait perdu étant donné ce qui décide le fameux jury ! Mais… mais… mais
    Que quelque chose ne soit pas crédible aux yeux de la mentalité américaine (on a menti sur son passé, on était pas très net etc) ne signifie pas qu’un procureur ne soit pas intimement persuadé ! mais il fallait pouvoir persuader à l’unanimité le jury et si vous aviez suivi de près cette désolante affaire, vous sauriez que ce n’était pas possible. Je ne vais pas réécrire les articles l’expliquant !
    Bien sûr je ne peux rien affirmer avec certitude, mais justement, à mon avis, rien ne décourage un DSK… pas même une montagne de femme comme vous le dîtes si irrespectueusement.

  7. Castor dit :

    Ben oui, personne ne sait ce qui s’est passé dans cette chambre, sauf les deux protagonistes, et sans doute leurs confidents. Vous ne pouvez assurer avec certitude qu’il ait eu viol, vous n’étiez pas dans le placard je suppose… On croit rêver, oui, quand on voit votre absence de doute. Si le procureur a arrêté les poursuites, c’est sans doute parce qu’il a des éléments l’empêchant de considérer le viol comme crédible, sinon il n’aurait pas lâché son os.
    D’ailleurs quand on voit DSK, qui est une espèce de gnome (pas de Zurich, mais du FMI), et l’autre une sorte de montagne de femme, l’idée d’un viol du premier sur la seconde paraît étrange, c’est le moins qu’on puisse dire.

  8. Emma S dit :

    Vous doutez donc qu’il y ait eu viol !!!!!!
    On aurait presque envie de rire :
    En six minutes « ils » se seraient donc rencontrés et leurs mutuelles envies librement se seraient rejointes et apaisées, explosées, pour le meilleur, puisqu’ils avaient envie tous les deux.
    Et malgré ça, il y aurait eu cette plainte et toute cette affaire…! On croit rêver;

  9. Castor dit :

    « il faudrait qu’elle subisse le viol et qu’elle renonce à en demander compensation ? »

    Certes non. Mais la question est : Y a-t-il eu viol ?

  10. Cecile S. dit :

    « Et au lieu d’envisager la façon dont elle peut se reconstruire, beaucoup de ceux et celles qui s’expriment dans la presse, sous l’influence du féminisme vieux jeu, en rajoutent une couche … »
    Eh bien, il est un fait que l’une des façons de se reconstruire et de laver le sperme et l’affront, c’est d’en obtenir réparation financière : pourquoi la vindicte généralisée s’acharne-t-elle sur la supposée « vénalité » de Nafissatou Diallo ? il faudrait qu’elle subisse le viol et qu’elle renonce à en demander compensation ? Vous ne parlez pas de cela, pas plus que vous n’envisagez la contrainte exercée par la situation de pouvoir sur une femme qui, avant tout, a peur de perdre son emploi. La femme de ménage n’est pas qu’un fantasme sexuel pour bourgeois en quête de s’encanailler, elle est aussi un personnage du réel, ici immigrée et assez peu en position sociale de balancer un vase sur la tête de son VIP agresseur. Il est bien prétentieux de dire – et de publier – ce que vous auriez fait à sa place, car je ne pense pas que vous ayez quelque probabilité de vous y trouver.

  11. anne duchampsac dit :

    C’est la première fois que je suis totalement d’accord avec vous…

  12. Hélène Rassam dit :

    Et, l’audace de signer duBiteAtifs est-elle forcément une marque d’intelligence et de savoir vivre, l’humour n’ayant guère sa place pour ce sujet trop grave ?

  13. Hélène Rassam dit :

    N’est ce pas bien plus audacieux (que l’expression de ma révolte) d’oser parler (voir commentaire du 6 Juillet de Selim Lander) :
    du « besoin de certaines femmes d’être forcées », qui serait d’après ce qui est dit un « trait du caractère féminin » …! pour expliquer le passage à l’expression viol-ente du désir masculin, ( déja que… voir texte) et donc « souligner la difficulté de qualifier un crime sexuel » en d’autres termes,minimiser, voire écarter l’idée de viol…
    Dire que certaines femmes (certaines? mais c’est un trait du caractère féminin est il dit..) ont besoin d’être forcées, correspond à une tentative pour jeter le doute sur la réalité du viol ou tout au moins aboutit à cela et finalement à en rendre les femmes responsables et ce, dans tous les cas, car, comment prouver que leur « non »,était un véritable non et pas une coquetterie pour se faire désirer? Voilà pour moi la véritable et inadmissible audace !

  14. Hélène Rassam dit :

    ???? l’audace ? Quelle audace?
    Soyez plus explicite. Et répondez sur les idées. Mais…. vous même avez- vous compris l’ironie de mon billet et la critique des propos du commentaire de S.L ?
    Et si oui, votre commentaire me paraît non seulement vide, mais bien vil car visant à discréditer la personne : son intelligence!!!! et vide car mais ne disant rien sur les idées.
    Et ce que vous appelez mon audace , n’est ( mais ai-je bien compris ?) que le résultat de ma stupéfaction à lire les propos de Selim L. et une manière d’exprimer ma révolte à propos de ce qu’ils me semblent dire, ou sous-entendre ou en tout cas des conséquences qu’on peut en tirer

  15. duBiteAtifs dit :

    L’audace est-elle forcément une marque d’intelligence et de savoir vivre ?

  16. Hélène Rassam dit :

    En réponse au commentaire, de Selim lander( 6 juillet), le « billet d’humeur » de H.R
    BILLET D’HUMEUR
    Allez, mesdames, avouez-le, vous n’avez qu’une envie, faire l’amour, toujours, avec ces hommes qui s’offrent là, ou enfin qui s’imposent à votre concupiscence. Enfin c’est ce qu’ « ils » disent, et vous le savez bien, ils ont raison, Ils savent mieux que vous ce que vous ressentez, ils vous dominent, non seulement en force mais de leur perspicacité.
    Allons, il ne faut plus vous mentir à vous-mêmes, ne plus vous raconter des histoires de viol, et arrêter de vous vautrer dans les eaux troubles de la victimologie.Si vous êtes victimes, vous l’avez bien voulu.
    Qu’ils choquent et tourneboulent la détresse de votre jeunesse égarée, délaissée, – cela, vous l’inventez. N’en parlons plus. Comment en effet se prétendre égarée au point d’agir sans assumer, sans pouvoir décider ? L’humain est raisonnable !
    Un homme vous surprend, dans votre désarroi (ah non, c’est vrai, cela n’existe pas) ou simplement dans une pièce, vous reculez, vous refusez. Lorsque vous reculez, lorsque vous refusez, allons avouez-le, vous jouez les effarouchées, vous en avez envie bien sûr, mais vous avez seulement besoin que l’on vous force un peu, pour que l’on vous honore davantage ? Mais attention à vous, si vous jouez à ce jeu trop longtemps, cet homme n’aura plus loisir d’exprimer normalement son désir mais à cause de vous, sera contraint à la viol-ence, déjà que – par essence – ?, celle-ci n’est pas si loin d’une expression normale du désir masculin !
    Donc, attention à vous, car vous risquez de n’avoir pas le droit de vous dire violée, vous l’avez bien voulu, vous l’avez attirée dans les filets de votre exigeante coquetterie, vous l’avez fait attendre, on ne fait pas attendre un homme, on ne lui dit pas non, puisqu’on en a envie, au fond, en se forçant un peu si bien qu’il n’y a même pas à demander, j’en ai envie ou pas ?….
    Vous le savez mesdames, il faut pour que vous consentiez, vous y contraindre. Et quand on pense, suprême injure, délire d’injustice, que parce qu’il fut contraint par votre hypocrite refus, de vous forcer, il sera désigné par la vindicte de vos sœurs comme un affreux violeur, comme un affreux bourreau, enfin, un criminel !Allons, vous le voulez le désir de cet homme, « que-diable », honorez-le, vous en serez ravie. Forcé-ment.
    P .S : A supposer qu’il ne s’agisse là que de « certaines » femmes, cela suffit pour débouter l’idée de viol et puisqu’il est dit que « c’est un trait du caractère féminin » …

  17. Camille dit :

    J’ai lu tous les livres de C. Millet et je les ai tous aimé, plus particulièrement « riquet à la houppe » et « jours de souffrance ».

    Alors oui, Virginie Despentes a toujours dit que son viol ne l’avait pas dévasté (mais qu’il était surement fondateur dans sa vie). Mais tout le monde n’est pas Virginie Despentes !

    On croit rêver quand on lit que face à un mec violent qui veut te sauter dessus : « S’il ne me plaît pas, je le repousse en rigolant. En général, la plaisanterie désamorce le priapisme » !!
    Chépas, ça doit être dans le monde des bisounours? Est ce que cette femme a déjà rencontré un mec violeur ?

  18. JB dit :

    Et là aussi pour finir.

  19. JB dit :

    La réponse à tes questions, sur TB, ici.

  20. Selim dit :

    Je trouverais plutôt que Catherine M. a raison à propos de T. Banon. N’est-ce pas plus que réchauffé ? Et cette manière de tirer sur le pianiste une fois qu’il est à terre ! Avait-elle jusque-là la conviction socialiste ancrée au point de lui faire oublier son traumatisme ? Et que cherche-t-elle désormais à obtenir, au fait ?

    Quant à la difficulté de qualifier un crime sexuel, je suis surpris que Cath. M. ne mentionne pas le fait tout simple que certaines femmes ont besoin d’être « un peu forcées » pour accepter de faire l’amour, même si elles en ont « plus ou moins » envie (voir là-dessus, par ex, sur MF, le raisonnement prêté à « DLK » dans la fiction « Matricule 2806 »). Il résulte de ce trait du caractère féminin que des hommes peuvent être amenés à dépasser la limite – indécise – entre l’expression normale du désir et la violence.

  21. alex dit :

    J’approuve le coup d’arrêt que Catherine M. entend donner à une victimologie de plus en plus envahissante. Pour le cas de Tristane Banon, cependant, elle néglige le poids de l’appareil socialiste qui la fait taire, dans les meilleures traditions staliniennes.

  22. Catherine Millet ne devrait pas trop donner de leçons de bonne conduite en matière de viol physique et non pas spirituel, elle, qui avait trainée dans la boue Jean Baudrillard en le traitant de fasciste parce qu’il avait eu le malheur de souligner la nullité de l’art contemporain (Baudrillard avait publié dans la revue Crisis de De Benoist, au même titre d’ailleurs que Debray et Gisèle Halimi). Ainsi il y aurait la « bonne » indignation : sauver le soldat DSK, et le mauvais bougre impardonnable : le pourfendeur de la machinerie scientiste du sexe dont Millet est la tehnologue accomplie

  23. Bigre dit :

    « Et voici qu’à la faveur de toute cette médiatisation, une jeune femme, Tristane Banon, se souvient qu’elle aussi avait été sexuellement agressée par Dominique Strauss-Kahn, il y a 9 ans. Sa maman, membre du Parti Socialiste, proche de François Hollande, autre leader socialiste, l’avait alors dissuadée de porter plainte. Mais après tout, puisque maintenant on en est au grand déballage, la jeune femme se demande tout à coup si elle aussi ne va pas engager un procès. Peut-être a-t-elle le sentiment que son corps a été sali par les attouchements de DSK. Ce qui est sûr, c’est que c’est son âme qu’elle-même salit maintenant. »

    Cette dernière tirade ne vous honore pas, Madame.

  24. Jean-Claude Hubi dit :

    Un texte violent et tendre, bien dans la manière de Catherine M. ; et audacieux aussi, qui ne s’embarrasse pas de correction politique. Et intelligent enfin, qui rappelle que tout ce que faisons avec intention se colore des nuances de notre volonté…