<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>MondesFrancophones.com &#187; rchaudenson</title>
	<atom:link href="http://mondesfrancophones.com/author/rchaudenson/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>http://mondesfrancophones.com</link>
	<description></description>
	<lastBuildDate>Mon, 21 May 2012 12:07:58 +0000</lastBuildDate>
	<language>en</language>
	<sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency>
	<generator>http://wordpress.org/?v=3.2.1</generator>
		<item>
		<title>Réminiscence</title>
		<link>http://mondesfrancophones.com/espaces/louisianes/reminiscence/</link>
		<comments>http://mondesfrancophones.com/espaces/louisianes/reminiscence/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 28 Aug 2008 12:07:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>rchaudenson</dc:creator>
				<category><![CDATA[Louisianes]]></category>
		<category><![CDATA[Créations]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://mondesfrancophones.com/?p=818</guid>
		<description><![CDATA[Je commencerai par un souvenir personnel. Au début des années 80, je me suis rendu en mission, à plusieurs reprises, en Louisiane, où je devais même séjourner un an pour tenter d'y organiser une coopération inter-universitaire en matière de francophonie. Ce projet n'a pas eu de suite pour des raisons que je mentionnerai au passage [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[
<div class="topsy_widget_data topsy_theme_" style="float: right;margin-left: 0.75em; background: url(data:,%7B%20%22url%22%3A%20%22http%253A%252F%252Fmondesfrancophones.com%252Fespaces%252Flouisianes%252Freminiscence%252F%22%2C%20%22style%22%3A%20%22small%22%2C%20%22title%22%3A%20%22R%C3%A9miniscence%20%23%22%20%7D);"></div>
<p><tt></tt></p>
<p><tt>Je commencerai par un souvenir personnel. Au début des années 80, je me suis rendu en mission, à plusieurs reprises, en Louisiane, où je devais même séjourner un an pour tenter d'y organiser une coopération inter-universitaire en matière de francophonie. Ce projet n'a pas eu de suite pour des raisons que je mentionnerai au passage plus loin (elles ne sont pas sans rapport avec le sujet !), mais j'ai eu l'occasion d'évaluer dans cet État la politique de la France en matière de diffusion du français. </tt></p>
<p><tt>Cette diffusion relevait (et relève toujours), pour une bonne part, d'un organisme nommé le CODOFIL. Au cours de mes visites, j'ai naturellement eu l'occasion à la fois de m'entretenir avec les responsables du CODOFIL comme, par ailleurs, avec des Acadiens louisianais qui militaient en faveur de leur langue et de leur culture acadiennes. Précisons qu'il y a encore en Louisiane, État officiellement bilingue (anglo-américain et français), une petite minorité de francophones qui parlent un français acadien apparenté à celui du Canada, puisqu'ils sont arrivés là après avoir été chassés par les Anglais lors du « Grand Dérangement » de 1755. </tt></p>
<p><tt>J'ai rapidement constaté qu'à cette époque du moins, les relations entre les premiers et les seconds n'étaient pas des meilleures. Pour simplifier et schématiser, le CODOFIL considérait que les Acadiens louisianais (les « Cajuns ») parlaient une sorte de sabir vaguement apparenté au français et qu'il convenait de les en débarrasser au plus vite pour leur enseigner le français standard « parisien ». Ce point de vue n'était pas, on s'en doute, celui des quelques Cajuns qui s'intéressaient à ces questions linguistiques et identitaires et militaient en faveur de la culture locale. Les écoles choisissant librement d'accepter ou de refuser les cours de français proposés par le CODOFIL, on aboutissait à des paradoxes. Ainsi l'enseignement du français progressait-il davantage, en nombre de classes du moins, dans la Louisiane anglophone que dans la zone francophone. Pire encore, dans une école comme celle de Bayou La Fourche, une des zones les plus acadianophones (à cette époque du moins), le Conseil scolaire (le Board, devrais-je dire) avait refusé les cours de français du CODOFIL, alors que les femmes âgées du lieu, les meilleures francophones, organisaient des enseignements « sauvages » de cajun (français acadien de Louisiane) pour les enfants de l'endroit. Autant le dire, en exprimant ces constats et en incluant des remarques de ce genre dans mes rapports pour le Ministère français des affaires étrangères, j'ai fortement déplu Rue La Pérouse, ce qui a fait avorter la mission projetée, ce qui n'est pas grave car l'objectif était irréalisable.</tt></p>
<p><tt>Cet exemple est significatif et ce que je dis là est confirmé par diverses études qui ont été faites sur le « renouveau » français en Louisiane. À cette époque, un haut responsable du CODOFIL m'a même, un jour demandé, à voix basse et confidentiellement, si ce cajun était une langue et avait vraiment une grammaire ! Au lieu de prendre appui, pour fonder l'enseignement du français qu'on envisageait, sur l'existence de cette francophonie, si modeste et si moribonde qu'elle fût, on a cherché à l'écarter, voire à l'éliminer au profit du français « standard » parisien, seule référence légitime et seule finalité pédagogique possible. </tt></p>
<p><tt>On a commis et on continue à commettre des erreurs stratégiques du même genre dans toutes les aires où sont en usage des créoles français (dans les DOM aussi bien que dans des États comme Haïti ou les Seychelles). On y regarde les créoles comme les ennemis du français (en les considérant, consciemment ou non, comme des sous-langues ou même des non-langues), alors qu'aussi bien en Haïti qu'aux Seychelles par exemple, la seule chance du français, face à l'anglo-américain et à l'espagnol dans le premier cas, face à l'anglais dans le second, tient à l'existence des créoles nationaux. Les États-Unis, dans les années 60, ont favorisé des descriptions des créoles français, dans le seul but que les volontaires du <em>Peace Corps</em> puissent se rendre dans les États créolophones concernés en possédant déjà les rudiments de la langue du pays. J'ai constaté souvent, et récemment encore, que des coopérants français expatriés, après plusieurs années de séjour dans un pays où est en usage un créole français, n'en connaissent toujours pas un mot ! </tt></p>
<p><tt>Aux Seychelles par exemple, puisque c'est à ce cas que je pense surtout ici, la France a toujours misé sur un impossible bilinguisme éducatif anglais-français (décidé, en théorie, au début des années 80 sous la pression de la France, mais jamais mis en oeuvre) et s'est abstenue de toute stratégie d'appui au créole seychellois, qui était pourtant la seule chance du français de limiter la progression de l'anglais par une meilleure diffusion de la langue française. Dans tous ces cas, on a toujours regardé les créoles comme des obstacles à l'apprentissage du français, alors que le bon sens le plus élémentaire amène à comprendre qu'une pédagogie du français, prenant appui sur des créoles qui lui sont apparentés, permettrait, au contraire, une appropriation plus rapide et plus efficace de la langue française. </tt></p>
<p><tt>De tels comportements sont très courants, pour ne pas dire généralisés. Les Français (en l'occurrence, le responsable du CODOFIL auquel j'ai fait allusion était Belge !) se considèrent comme les propriétaires de la langue française, dont ils détiendraient seuls la seule variété légitime qu'ils ont en outre le pouvoir exclusif de définir. Cette attitude n'est pas sans créer des malaises, souvent latents car rares sont les étrangers qui osent le dire publiquement au sein de la Francophonie. Or, ce comportement et cette mentalité sont, en outre, en totale contradiction avec le discours officiel de la francophonie sur la diversité linguistique et culturelle. Selon ces positions affichées, le français, que tous les francophones ont « en partage », serait le bien commun de tous et véhiculerait, en outre, en soi, les valeurs de tolérance, d'humanisme et de démocratie. </tt></p>
<p><tt>Cette dernière idée, si étrange qu'elle apparaisse, est depuis quelque temps à la mode. J'en dis un mot au passage car elle contribue, chez certains, à renforcer la conviction que le français est <strong>la</strong> langue « élue » puisqu'elle porte les valeurs humaines les plus hautes. Une telle idée est naturellement dangereuse dans la perspective que j'ai ouverte ici. Elle me paraît aussi aberrante au plan linguistique que fausse au plan historique. </tt></p>
<p><tt>Sur ce second plan, l'idée se fonde sur le fait que le français a été, lors de la Révolution, la langue de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ; c'est vrai, mais si l'on se place du point de vue de l'histoire des idées, c'est plutôt à l'anglais qu'il faudrait dans ce cas rendre hommage, car c'est en Angleterre que la philosophie des Lumières a trouvé ses premiers et réels fondements. Quant à la perspective proprement linguistique, j'avoue mal comprendre comment une langue peut, <strong>en soi</strong>, véhiculer des valeurs morales voire une éthique. Laval ou Doriot, en France, parlaient le même français que De Gaulle à Londres ! Ce point est trop évident pour que je m'y attarde ; je ne l'ai même signalé que dans la mesure où il contribue à ancrer davantage l'idée d'une absurde supériorité du français, qui n'est déjà que trop répandue.</tt></p>

]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://mondesfrancophones.com/espaces/louisianes/reminiscence/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Et Bucarest (septembre 2006) ?</title>
		<link>http://mondesfrancophones.com/espaces/langues/et-bucarest-septembre-2006/</link>
		<comments>http://mondesfrancophones.com/espaces/langues/et-bucarest-septembre-2006/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 16 Aug 2008 18:35:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>rchaudenson</dc:creator>
				<category><![CDATA[Langues]]></category>
		<category><![CDATA[Créations]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://mondesfrancophones.com/?p=699</guid>
		<description><![CDATA[La thématique proposée pour le Sommet de Bucarest va certes dans le bon sens et s&#8217;inscrit tant dans les recommandations de Jomtien et de Dakar que dans les perspectives des Instances de la Francophonie. Toutefois, faute de préciser avec force et clarté, dès l&#8217;abord, que le Sud est la plus grande urgence et que la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[
<div class="topsy_widget_data topsy_theme_" style="float: right;margin-left: 0.75em; background: url(data:,%7B%20%22url%22%3A%20%22http%253A%252F%252Fmondesfrancophones.com%252Fespaces%252Flangues%252Fet-bucarest-septembre-2006%252F%22%2C%20%22style%22%3A%20%22small%22%2C%20%22title%22%3A%20%22Et%20Bucarest%20%28septembre%202006%29%20%3F%20%20%23%22%20%7D);"></div>
<p>La thématique proposée pour le Sommet de Bucarest va certes dans le bon sens et s&#8217;inscrit tant dans les recommandations de Jomtien et de Dakar que dans les perspectives des Instances de la Francophonie. Toutefois, faute de préciser avec force et clarté, dès l&#8217;abord, que le Sud est la plus grande urgence et que la prise en compte des réalités des Pays les moins avancés (PMA) devrait être le premier, pour ne pas dire le seul impératif, il est à craindre qu&#8217;on ne s&#8217;embarque, à nouveau, en Roumanie, dans des rêveries futuristes et/ou mercantiles, en poursuivant « les leurres du cyberespace », au lieu de chercher à concilier réalisme et efficacité pour la solution concrète des questions les plus urgentes.</p>
<p>  L&#8217;histoire de la Francophonie est jalonnée par une kyrielle de textes et des plans, tous plus raisonnables et solennels les uns que les autres : « Projets de première, puis de deuxième génération de l&#8217;ACCT » (1983-1988) ; « Enjeux et défis » (mai 1989) ; « Plan d&#8217;aménagement linguistique de la Francophonie » (Dakar, 1989), « Plan décennal de formation à distance », « Déclaration sur la diversité culturelle » (Cotonou, 1995) ; « Memorandum de Libreville » (2004), « Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles » (UNESCO, 2005), etc. Autant de circonstances où se sont manifestés le souci et même parfois la volonté de gérer la diversité des langues, mais aussi, à travers elle, la diffusion de la langue française dans l&#8217;espace francophone et le développement dont elle est un élément majeur, par le choix même des États du Sud.</p>
<p>Qu&#8217;en est-il sorti ?</p>
<p>Que reste-t-il de tout cela ?</p>
<p>Les perspectives sont pourtant claires.</p>
<p>Au plan économique (faire plus et mieux avec les mêmes moyens financiers, voire des moyens en régression vu la croissance démographique), comme au plan technique (l&#8217;audiovisuel de masse est le seul et unique moyen de limiter, voire de réduire les coûts unitaires) et comme au plan idéologique (l&#8217;espace audiovisuel est le seul où les langues et les cultures diverses peuvent sans encombre coexister), le seul outil, efficace et réaliste, dont nous disposons, consiste dans la mise en place d&#8217;un dispositif universel audiovisuel de diffusion de la langue française ; par ailleurs, un tel dispositif pourrait tout à fait s&#8217;articuler, selon les contextes et les besoins nationaux ou régionaux, avec d&#8217;autres « télé-dispositifs » d&#8217;éducation (le projet que je propose n&#8217;est pas une télévision éducative ou, mieux, didactique, mais ne l&#8217;exclut nullement) ou de formation (des maîtres comme des administratifs).</p>
<p>Si l&#8217;école demeure l&#8217;élément central dans le système de diffusion du français dans la Francophonie du Sud et si le français reste le médium éducatif majeur dans l&#8217;Afrique francophone (comme l&#8217;anglais l&#8217;est ou le redevient dans l&#8217;Afrique anglophone et le portugais dans l&#8217;Afrique lusophone), avec les moyens qui sont les siens et les stratégies dont il use, l&#8217;enseignement primaire du Sud est clairement hors d&#8217;état d&#8217;amener les enfants au niveau de compétence linguistique, que suppose pour eux un tel système, dès la troisième ou quatrième année du primaire.</p>
<p>L&#8217;absence de réelles évaluations des compétences en français ou les divers subterfuges dont on peut user, çà et là, pour donner le change ne peuvent cacher la réalité. Cacher le thermomètre ou en changer la graduation ne font jamais baisser la fièvre !</p>
<p>Le « bain de langue », dont on feint de croire qu&#8217;il est possible et qu&#8217;il finira par être efficace, n&#8217;existe pas dans les faits et « l&#8217;immersion » n&#8217;est qu&#8217;un leurre. L&#8217;école est et sera de plus en plus submergée par des flots d&#8217;élèves, toujours plus nombreux et qui y apprendront de moins en moins. Actuellement, la préoccupation unique et obsédante est constituée par la croissance factuelle des taux de scolarisation, sans la moindre prise en compte des acquis scolaires réels, ni même des réalités quotidiennes de l&#8217;école du Sud, dans des classes de plus en plus nombreuses, avec des maîtres de moins en moins formés et de plus en plus mal payés.</p>
<p>Pour donner aux élèves du Sud des chances réelles d&#8217;acquérir, à l&#8217;école et hors de l&#8217;école, les compétences indispensables en français, la seule et dernière stratégie se trouve donc dans quelques mesures qui se dégagent des analyses précédentes.</p>
<p> </p>
<p align="left"><em>Un dispositif de diffusion audiovisuelle créé en coopération</em></p>
<p> </p>
<p>Un tel dispositif est l&#8217;élément central de ces cinq propositions. Il repose sur la création de fictions télévisées, attrayantes et fidélisantes, en dépit de la présence sous-jacente, de stratégies de didactique du français. Elles pourraient être réalisées, à coûts modiques et en offrant un remarquable espace de véritable coopération francophone, dans la mesure où l&#8217;on ferait appel aux exceptionnelles capacités de productions télévisuelles de l&#8217;Afrique sahélienne, dont, à compétences et talents égaux, les coûts de production sont infiniment moindres que ceux du Nord. Cette leçon a déjà été donnée par la Télévision Scolaire du Sénégal <strong>(1)</strong>, mais, comme tant d&#8217;autres, elle a été oubliée.</p>
<p>Au Burkina Faso, comme je l&#8217;ai souligné, la réalisation d&#8217;un épisode de « sitcom » coûte entre 2 et 5 millions de francs CFA, soit entre 3.000 et 7.500 euros. Avec le budget d&#8217;un film comme celui que Luc Besson a réalisé, en vain d&#8217;ailleurs, à l&#8217;occasion de la candidature de Paris aux Jeux Olympiques de 2012 (12 minutes pour 6 millions d&#8217;euros, a-t-on dit), on aurait produit <strong>mille</strong> épisodes de feuilletons, c&#8217;est-à-dire trente séries complètes au Burkina Faso.</p>
<p> </p>
<p align="left"><em>Demain l&#8217;Afrique ?</em></p>
<p> </p>
<p>La géopolitique est tout à fait hors de mon domaine de compétence, mais je dis depuis des années que l&#8217;Afrique sera le continent et l&#8217;enjeu de l&#8217;avenir, quels que soient sa situation et son état actuels. Les fondements d&#8217;une telle prédiction sont simples. L&#8217;Afrique est le seul continent, dont les ressources sont encore relativement mal connues et surtout non surexploitées ; par ailleurs, ce continent est encore peu peuplé, mais sa démographie importante changera les données du problème dans le cours de ce siècle. Le marché africain non seulement va se développer, mais inévitablement aussi renforcer son potentiel et son intérêt économique et stratégique.</p>
<p>Malheur à ceux qui n&#8217;auront pas su le prévoir.</p>
<p>Ce n&#8217;est sans doute pas par hasard si sont de plus en plus présents en Afrique les deux géants économiques mondiaux que sont les États-Unis et la Chine (il y a même une ambassade de Chine aux Seychelles !). À cela s&#8217;ajoute, comme on l&#8217;a vu, la montée en puissance de l&#8217;Afrique du Sud, légitimement présente dans toutes les affaires du continent, même au-delà de l&#8217;Afrique centrale, qui était sa zone d&#8217;influence traditionnelle. Comment ne pas voir aussi, dans toute la zone sahélienne, la présence active et grandissante d&#8217;un islamisme radical, bien différent de l&#8217;Islam traditionnel africain, infiniment plus ouvert et tolérant, et que rendent conquérant et attractif les millions de dollars « américains » (précise-t-il toujours) qui lui servent parfois d&#8217;argumentaire ?</p>
<p>Tout cela ne procède pas du simple hasard et la France, comme la Francophonie, auraient bien tort de dormir sur leurs deux (ou quatre) oreilles dans leur pré-carré africain.</p>

]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://mondesfrancophones.com/espaces/langues/et-bucarest-septembre-2006/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>« Francofffonies » et diffusion de la langue française dans le monde</title>
		<link>http://mondesfrancophones.com/espaces/langues/francofffonies/</link>
		<comments>http://mondesfrancophones.com/espaces/langues/francofffonies/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 05 Oct 2006 01:48:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>rchaudenson</dc:creator>
				<category><![CDATA[Langues]]></category>
		<category><![CDATA[Articles]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://mondesfrancophones.com/?p=160</guid>
		<description><![CDATA["Pour l’immense majorité des citoyens, qui n’ont pas de compétence en français, que cette langue ou l’anglais domine dans le pays est une question purement rhétorique !"]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[
<div class="topsy_widget_data topsy_theme_" style="float: right;margin-left: 0.75em; background: url(data:,%7B%20%22url%22%3A%20%22http%253A%252F%252Fmondesfrancophones.com%252Fespaces%252Flangues%252Ffrancofffonies%252F%22%2C%20%22style%22%3A%20%22small%22%2C%20%22title%22%3A%20%22%C2%AB%20Francofffonies%20%C2%BB%20et%20diffusion%20de%20la%20langue%20fran%C3%A7aise%20dans%20le%20monde%20%23%22%20%7D);"></div>
<p>En cette période où se tiennent les « Francofffonies » (les trois f ne sont pas une faute de frappe, mais évoquent le « Festival Francophone en France » de mars à octobre 2006), les décideurs et les responsables des politiques française et francophone peuvent-ils apporter, à cinq questions simples, des réponses claires.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><em>Question n° 1.</em> Comment se fait-il que l&#8217;audiovisuel, qui a complètement investi le divertissement, l&#8217;information et même la politique, n&#8217;a, au mieux, qu&#8217;une place anecdotique dans l&#8217;éducation en général et dans la diffusion du français en particulier? Au risque de choquer, je ne ferai entrer TV5, ni dans le dispositif de l&#8217;éducation (cette chaîne généraliste n&#8217;a pas de vocation particulière dans ce domaine), ni même dans celui de la diffusion de la langue française, ce qui peut davantage étonner. Les téléspectateurs qui en regardent les émissions sont déjà, de toute évidence, de réels francophones. TV5 contribue donc sans doute au maintien de la langue française dans le monde, sûrement pas à sa diffusion.</p>
<p> </p>
<p><em>Question n° 2</em>. Pourquoi, dans le  Sud, où se joue l&#8217;avenir du français, s&#8217;obstine-t-on à investir exclusivement dans une école classique, en crise sinon en ruines, alors que les taux de natalité, son manque de moyens et son inadaptation linguistique et économique en font, à l&#8217;évidence, un Tonneau des Danaïdes qu&#8217;aucune réforme, si judicieuse qu&#8217;elle soit, ne saura pourvoir d&#8217;un fond ?</p>
<p> </p>
<p><em>Question n° 3</em>. Ne serait-ce que sur les aides bilatérales et multilatérales à l&#8217;éducation comme à l&#8217;audiovisuel, ne pourrait-on consacrer 10% ou même seulement 5% des moyens actuels à la recherche de solutions alternatives ou complémentaires et, en particulier, à l&#8217;étude et l&#8217;expérimentation de modes audiovisuels de diffusion du français efficaces, attirants, adaptés et réellement novateurs ? On peut certes prétendre que la jeunesse africaine n&#8217;a que faire du français. Malheureusement pour ceux qui ont la responsabilité de la survie de cette langue, c&#8217;est en partie de plus en plus vrai. Chez les intellectuels et les jeunes, l&#8217;orientation vers l&#8217;anglais devient dominante et il suffit de voir dans quelles universités vont désormais les meilleurs étudiants africains. Pour l&#8217;immense majorité des citoyens, qui n&#8217;ont pas de compétence en français, que cette langue ou l&#8217;anglais domine dans le pays est une question purement rhétorique !</p>
<p> </p>
<p><em>Question n° 4</em>. La diffusion effective du français, dans un espace audiovisuel qui ménage réellement la place et le rôle des autres langues et cultures, n&#8217;est-elle pas le seul moyen de faire réellement exister la <strong>« </strong>diversité des cultures et des langues <strong>», </strong>dont le principe est unanimement admis depuis la déclaration de l&#8217;UNESCO de 2005 <strong>? </strong>L&#8217;espace audiovisuel, en instituant une forme de gestion souple et raisonnée de cette diversité (comme le symbolise le DVD plurilingue) est le seul moyen d&#8217;offrir, en même temps et dans le même lieu, une place et une fonction à chacune de ces langues et de ces cultures.</p>
<p> </p>
<p><em>Question n° 5</em>. De telles « conversions » ne sont-elles pas les plus urgentes, les plus indispensables, les plus riches de perspectives et surtout les moins coûteuses de toutes celles qu&#8217;on pourrait envisager ?</p>
<p> </p>
<p>Est-on prêt à examiner des propositions en ce sens ?</p>

]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://mondesfrancophones.com/espaces/langues/francofffonies/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Le cas d’Israël : politiques française et/ou francophone ?</title>
		<link>http://mondesfrancophones.com/espaces/langues/le-cas-d%e2%80%99israel-politiques-francaise-etou-francophone/</link>
		<comments>http://mondesfrancophones.com/espaces/langues/le-cas-d%e2%80%99israel-politiques-francaise-etou-francophone/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 05 Oct 2006 01:47:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>rchaudenson</dc:creator>
				<category><![CDATA[Langues]]></category>
		<category><![CDATA[Articles]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://mondesfrancophones.com/?p=157</guid>
		<description><![CDATA["... on ne peut que rêver au jour où, la paix étant revenue, ces deux Etats voisins que sont Israël et le Liban, si proches, si différents mais si exceptionnels par leurs richesses intellectuelles et culturelles pourront retrouver la voie de la coopération et de l’amitié."]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[
<div class="topsy_widget_data topsy_theme_" style="float: right;margin-left: 0.75em; background: url(data:,%7B%20%22url%22%3A%20%22http%253A%252F%252Fmondesfrancophones.com%252Fespaces%252Flangues%252Fle-cas-d%2525e2%252580%252599israel-politiques-francaise-etou-francophone%252F%22%2C%20%22style%22%3A%20%22small%22%2C%20%22title%22%3A%20%22Le%20cas%20d%E2%80%99Isra%C3%ABl%20%3A%20politiques%20fran%C3%A7aise%20et%2Fou%20francophone%20%3F%20%23%22%20%7D);"></div>
<p align="left">Dans Guysen. Israël News, « Agence de presse francophone d&#8217;Israël », Ugo Rankl a établi, il y a quelques jours (10 avril 2006), <a href="http://www.guysen.com/articles.php?sid=4415">dans un long article</a>, un « état des lieux » de « la francophonie en Israël ». La question est intéressante et intrigante, car Israël demeure, avec l&#8217;Algérie, l&#8217;un des Etats des plus francophones du monde (au sens proprement linguistique), sans participer pourtant à la francophonie institutionnelle (l&#8217;Organisation Internationale de la Francophonie). Cet article pose plusieurs problèmes, d&#8217;ordres différents que ce texte ne distingue pas toujours et qu&#8217;il tend même parfois à mêler.</p>
<p>J&#8217;ai déjà évoqué (R. Chaudenson, <em>Mondialisation. La langue française a-t-elle encore un avenir ?</em>, 2000 : 53) les cas israélien et algérien. En dépit des ressemblances (ils se tiennent à l&#8217;écart de la Francophonie institutionnelle) et des analogies (ce sont deux Etats où la francophonie linguistique est réelle et importante et où des universités sont membres de l&#8217;Agence Universitaire de la Francophonie), les deux cas doivent être distingués.</p>
<p>La politique algérienne est un peu déconcertante et le Président Bouteflika souffle alternativement le chaud et le froid. On a engagé, depuis un an, un gigantesque programme de formation dans le cadre d&#8217;une école doctorale franco-algérienne, qui concerne deux mille futurs docteurs en langue et littérature françaises, mais en même temps, on ferme des écoles où l&#8217;enseignement est donné en français et on entend, hier encore, le Président dénoncer le génocide culturel opéré par la colonisation française entre 1830 et 1962. En fait, tout est rendu opaque par les contradictions qu&#8217;entraînent les tensions entre les politiques intérieure et extérieure du pays.</p>
<p>Le cas d&#8217;Israël est plus simple. On  ne peut pas suivre le Rabbin J. Amar, quand il déclare qu&#8217;un « Israélien sur cinq parle le français » ; la proportion serait plutôt un sur dix, mais c&#8217;est un pourcentage réel que peu d&#8217;Etats de la Francophonie peuvent se flatter d&#8217;atteindre. Contrairement à ce que laissent à penser certains propos, la France n&#8217;est pour rien dans le fait qu&#8217;Israël demeure à l&#8217;écart de la Francophonie. T. Nathan, responsable des services culturels de l&#8217;Ambassade de France en Israël, juge habile de souligner que les autorités israéliennes n&#8217;en font pas la demande. C&#8217;est évidemment une bonne raison de ne pas obtenir une réponse positive. Il y a dans un tel propos beaucoup de diplomatie (ou d&#8217;hypocrisie&#8230; mais est-ce si différent ?) dans la mesure où aucun Etat n&#8217;engage une demande officielle, pour laquelle il sait qu&#8217;il aura à essuyer l&#8217;affront d&#8217;un refus. On ne peut prendre au sérieux les propos finaux du Sénateur Ferrand (représentant des Français de l&#8217;étranger) qui laisse espérer, pour le Sommet de Bucarest (septembre 2006), qu&#8217;une médiation canadienne permette de « convaincre les quelques pays qui refusent encore qu&#8217;Israël soit reconnu comme membre à part entière de la Francophonie ». Tout le monde sait que le principal, pour ne pas dire, le seul Etat résolument opposé à une telle demande est le Liban qui, en outre, dans le passé, était totalement sous influence syrienne (quoique cet Etat ne soit pas membre de la Francophonie).</p>
<p>Sur un plan plus général, on ne sait que penser des propos du Rabbin Amar quand il souligne que « les critères qui font qu&#8217;un pays est accepté ou exclu de la francophonie sont strictement politiques ». De  Niamey (1969-1970) à Ouagadougou (2004), les choses ont bien changé. En fait, le cas israélien est unique, car, à ma connaissance, aucune demande n&#8217;a jamais été refusée ni même découragée. En revanche, ce sont les demandes elles-mêmes qui ont souvent un caractère très politique. Le texte de Guysen évoque le cas de l&#8217;Egypte mais c&#8217;est le sens de son adhésion qui est intéressant et non pas le fait, des plus banals, que « l&#8217;utilisation du français au quotidien [y] est parfaitement anecdotique ». Il en est en effet de même dans bien des Etats de la Francophonie. En revanche, ce qui est remarquable est le moment où l&#8217;Egypte décide de solliciter son entrée dans la Francophonie, au début des années 80. Ce choix ne relève pas du hasard, mais d&#8217;une pure stratégie politique. En effet, après les accords de Camp David et sa réconciliation avec Israël (1979), l&#8217;Egypte est exclue de toutes les organisations arabes et le siège de la Ligue arabe, qui se trouvait au Caire, est transféré à Tunis. L&#8217;Egypte devra sans doute à B. Boutros Ghali l&#8217;idée ingénieuse de reparaître sur une scène internationale par l&#8217;adhésion à la Francophonie. Autre exemple : comment ne pas voir que l&#8217;enthousiasme francophone des Pays d&#8217;Europe Centrale et Francophone (les PECO) a été curieusement contemporain des négociations en vue de leur entrée dans l&#8217;Union Européenne où trois Etats francophones (France, Belgique et Luxembourg) ne sont pas sans influence ?</p>
<p> </p>
<p>L&#8217;article de Rankl met aussi en évidence les confusions qui s&#8217;établissent souvent entre les politiques de la France et de la Francophonie. J&#8217;ai moi-même souvent souligné cet aspect, en particulier dans le quatrième chapitre du livre que j&#8217;ai cité plus haut et qui porte ce titre même (2000 : 59-76). Les choses sont rendues complexes par les jeux combinés et souvent contradictoires de clivages divers. La rivalité entre les « Grands Blancs » (comme disait L.S. Senghor) que sont la France, le Canada et le Québec, les différents entre l&#8217;Etat canadien fédéral (Ottawa) et sa Province du Québec (les échecs et l&#8217;affaiblissement des revendications autonomistes québécoises ont rendu ce point moins sensible et favorisé des convergences qui, dans le passé, ne se réalisaient guère que contre les « maudits Français »), les oppositions Nord-Sud (les Africains se sentant souvent délaissés au profit de l&#8217;Est, sauf quand on a besoin de leur soutien pour faire approuver « l&#8217;exception » ou la « diversité culturelle », qui pourtant ne sont pas au premier plan de leurs préoccupations quotidiennes majeures).</p>
<p>Que la France soit peu soucieuse d&#8217;engager à l&#8217;OIF un bras de fer avec les Etats arabes pour y faire entrer Israël, cela ne fait pas le moindre doute, même si bien des Etats comme l&#8217;Egypte ou le Maroc n&#8217;ont pas une position irréductible. Le problème de la place du français en Israël n&#8217;a sans doute pas grand chose à voir avec une éventuelle appartenance de cet Etat à la Francophonie. Les langues recommandées par les dispositions officielles sont, très logiquement, l&#8217;arabe et l&#8217;anglais et, somme toute, la francophonie linguistique réelle en Israël est probablement vieillissante. Il serait intéressant d&#8217;étudier cet aspect du  problème et de voir dans quelles classes d&#8217;âge et où se situent majoritairement les francophones. J&#8217;incline à croire, sans prendre trop de risques, que ce sont des Juifs sépharades de plus de quarante ans.</p>
<p>Je ne doute pas que comme le souligne M. Moïse, la diplomatie française ait causé des « dégâts culturels », sans être pour autant « moyenâgeuse ». La situation du Moyen-Orient n&#8217;est pas simple et peut-être pourrait-on s&#8217;employer à trouver les moyens de soutenir cette réelle francophonie israélienne, sans pour autant adhérer, en tout, aux positions de l&#8217;Etat lui-même. Le talent des diplomates ne consiste-t-il pas dans la conduite de pareilles actions ?</p>
<p> </p>
<p>Même si cet aspect est très mineur dans le contexte général de la zone, on ne peut que rêver au jour où, la paix étant revenue, ces deux Etats voisins que sont Israël et le Liban, si proches, si différents mais si exceptionnels par leurs richesses intellectuelles et culturelles pourront retrouver la voie de la coopération et de l&#8217;amitié.</p>

]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://mondesfrancophones.com/espaces/langues/le-cas-d%e2%80%99israel-politiques-francaise-etou-francophone/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>1</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Mondialisation : les langues en Europe et le cas français</title>
		<link>http://mondesfrancophones.com/espaces/frances/mondialisation/</link>
		<comments>http://mondesfrancophones.com/espaces/frances/mondialisation/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 05 Oct 2006 01:39:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>rchaudenson</dc:creator>
				<category><![CDATA[Frances]]></category>
		<category><![CDATA[Articles]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://mondesfrancophones.com/?p=646</guid>
		<description><![CDATA["Les petits Etats européens qui, de toute façon, n’ont aucune chance dans la course aux titres, ne seraient sans doute pas hostiles à un choix en faveur de l’anglais et préféreraient des solutions simples et radicales à celles qui conduiraient à les exclure d’une pseudo-compétition."]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[
<div class="topsy_widget_data topsy_theme_" style="float: right;margin-left: 0.75em; background: url(data:,%7B%20%22url%22%3A%20%22http%253A%252F%252Fmondesfrancophones.com%252Fespaces%252Ffrances%252Fmondialisation%252F%22%2C%20%22style%22%3A%20%22small%22%2C%20%22title%22%3A%20%22Mondialisation%20%3A%20les%20langues%20en%20Europe%20et%20le%20cas%20fran%C3%A7ais%20%23%22%20%7D);"></div>
<p>Le discours politiquement correct en matière de langues se développe souvent sur deux thèmes, celui de la richesse qu&#8217;apporterait la multiplicité des langues et celui, complémentaire, de la déploration de la &nbsp;&raquo; mort des langues &nbsp;&raquo; (cf. C. Hagège &nbsp;&raquo; Une langue disparaît tous les quinze jours &laquo;&nbsp;, l&#8217;Express, novembre 2000). En fait, le bon sens nous apprend que la mort des langues, comme celle des cultures, est inscrite dans le temps (Valéry écrivait déjà : &nbsp;&raquo; Nous autres civilisations savons désormais que nous sommes mortelles &laquo;&nbsp;&#8230;). Le sens commun constate, chaque jour, que la diversité des langues est bien plutôt un embarras coûteux et malaisément surmontable qu&#8217;un facteur de richesse et d&#8217;harmonie. On oublie, à cet égard, que, dans le mythe de la Tour de Babel, la multiplication des langues est un châtiment infligé à l&#8217;humanité et non pas une récompense.<br />
Le cas de la construction de l&#8217;Union européenne le démontre à l&#8217;évidence sur plusieurs plans et j&#8217;illustrerai mon propos par cet exemple, mais aussi par le cas de la langue française dans cet ensemble, en prenant, parmi d&#8217;autres, deux domaines particuliers où l&#8217;UE investit beaucoup, précisément pour tenter de faire face à la diversité linguistique : d&#8217;abord les systèmes universitaires, ensuite la gestion de la multiplicité des langues aux plans politique et administratif.</p>
<p> </p>
<p>L&#8217;Union européenne face à la diversité linguistique : le cas des universités.</p>
<p>Pour gagner du temps, on peut poser le problème à partir de quelques données simples :<br />
- le &nbsp;&raquo; marché mondial de l&#8217;éducation &nbsp;&raquo; est estimé à plus de 100 milliards d&#8217;euros.<br />
- les Etats-Unis attirent plus d&#8217;étudiants étrangers que tous les Etats européens réunis (plus de 600.000).<br />
- en France, la formation pédagogique d&#8217;un étudiant coûte en moyenne 7.600 euros par an (pour des droits d&#8217;inscription annuels qui sont environ de 150 euros, alors qu&#8217;au Japon, pour les universités publiques, ils s&#8217;élèvent à 3750 euros).</p>
<p>L&#8217;Europe a pris conscience de la nécessité de s&#8217;organiser puisqu&#8217;un pays qui attire des étrangers a toutes les chances de conserver un certain nombre d&#8217;entre eux, souvent parmi les meilleurs, et que la fuite des cerveaux pour les pays &nbsp;&raquo; exportateurs &nbsp;&raquo; a des conséquences aussi funestes qu&#8217;elles sont positives pour les Etats qui en bénéficient. De son côté, la France, à l&#8217;initiative d&#8217;un Ministre de l&#8217;Education Nationale qui était lui-même un universitaire et un chercheur, Claude Allègre, a tenté de commencer à mettre en oeuvre une politique visant à attirer en France les étudiants étrangers, d&#8217;Europe ou d&#8217;ailleurs. On cherche désormais, avec l&#8217;immigration « choisie » (2006), à récupérer une partie des meilleurs étudiants de l&#8217;Afrique francophone, en oubliant qu&#8217;ils vont d&#8217;ores et déjà dans les universités sud-africaines, américaines ou canadiennes.</p>
<p>L&#8217;UE essaye depuis longtemps d&#8217;encourager la mobilité des étudiants grâce à des programmes d&#8217;échanges entre les Etats. Quoique des moyens importants aient été consacrés à ces actions, elles n&#8217;ont touché qu&#8217;une infime minorité des étudiants européens. On a en outre pris conscience qu&#8217;il fallait peut-être sortir du cadre strictement géographique de l&#8217;Europe et, à partir de 2004, Erasmus, par exemple, a été ouvert aux étudiants issus de pays extra-européens. On a toutefois compris que la mobilité des étudiants se heurtait non seulement au problème de la diversité des langues (que les séjours à l&#8217;étranger étaient censés abolir), mais aussi à celui de l&#8217;hétérogénéité des systèmes universitaires.</p>
<p>En effet, alors que les diplômes professionnels ne posaient pas trop de problèmes (une infirmière espagnole peut exercer en France; on en fait venir, non sans quelques problèmes), il en est tout autrement pour les diplômes universitaires de haut niveau, ne serait-ce que pour la simple équivalence des diplômes, sans parler de leur contenu et de leur validation. On a donc tenté de mettre en place des périodisations homologues (semestres) et des unités pédagogiques communes (les ECTS). Dans les dernières années, on a multiplié les concertations sur le thème de ce qu&#8217;on appelé d&#8217;abord &nbsp;&raquo; l&#8217;harmonisation &laquo;&nbsp;, puis la &nbsp;&raquo; convergence &nbsp;&raquo; des &nbsp;&raquo; architectures universitaires &nbsp;&raquo; : Déclaration de la Sorbonne (1998), Déclaration de Bologne (1999), Conférence de Prague (mai 2001). On s&#8217;est ainsi acheminé vers une structure commune sur la base de licences, de masters et de doctorats, de durée identiques (3/5/8) et de volumes homologues (60 ECTS par année).</p>
<p>On a pourtant le sentiment que, depuis Bruxelles, on confond un peu, volontairement ou non, deux ordres de problèmes fort différents pourtant : d&#8217;une part, la mise en convergence des « architectures » et, d&#8217;autre part, la capacité de passer effectivement d&#8217;un système national à un autre. Le premier problème, une fois apaisés les conservatismes nationaux, peut se régler assez facilement et il est en voie de l&#8217;être ; on arrivera sans doute, sans trop de mal, à une reconnaissance réciproque des titres. Pour le second ordre de problème, les choses sont bien plus complexes. Si l&#8217;on prend l&#8217;exemple d&#8217;un dentiste allemand désirant venir exercer en France, la chose est infiniment plus simple que dans le cas d&#8217;un Allemand, docteur en anthropologie, qui souhaite enseigner sa discipline dans une université française. Certes, il y a, dans des universités françaises, des professeurs de mathématiques russes qu&#8217;on a recrutés en raison de leurs incontestables mérites scientifiques, quoiqu&#8217;ils n&#8217;aient du français qu&#8217;une pratique assez sommaire. Les mathématiques étant eux-mêmes un langage, cela ne pose pas trop de problèmes ; il en est tout autrement dans l&#8217;immense majorité des disciplines.</p>
<p>On oublie aussi que le système 3/5/8 harmonise des durées de cycles universitaires, mais laisse entier le problème des procédures nationales. Une thèse de lettres allemande, au plan des procédures de soutenance et de validation, n&#8217;a rien à voir avec une thèse française dans le même domaine, tant pour la composition du jury que pour la séance de soutenance elle-même, les modes d&#8217;évaluation du travail et le rapport final. Si l&#8217;on regarde de près les choses, une co-tutelle franco-allemande (je parle par expérience) est même tout à fait impossible, dans le strict respect de procédures nationales de chaque Etat. On touche là un point capital dont je ne sais pas s&#8217;il est ignoré ou occulté dans les programmes européens et qui est précisément celui de la diversité linguistique et culturelle.</p>
<p>Et les langues dans tout cela ?</p>
<p>Je trouve personnellement tout à fait étonnant que, dans l&#8217;immense majorité des textes européens sur ces questions, le problème des langues soit généralement passé sous silence. Ainsi, dans les cinq pages du communiqué final de Prague (mai 2001), alors qu&#8217;on se soucie largement et expressément, de &nbsp;&raquo; la promotion de la mobilité &laquo;&nbsp;, la question linguistique n&#8217;est même pas mentionnée, alors qu&#8217;à évidence, la diversité des langues est l&#8217;obstacle majeur à cette mobilité et que les systèmes mis en oeuvre sont bien loin de permettre de la surmonter. Etendre des dispositifs comme Erasmus à l&#8217;ensemble du monde est une mesure qui ne témoigne que de la volonté de l&#8217;UE de se placer comme telle sur le marché mondial de l&#8217;éducation, mais c&#8217;est en fait une mesure qui ne coûte rien. En gros, l&#8217;Europe, du fait de l&#8217;histoire de la colonisation, est le microcosme de l&#8217;ensemble du monde (moins la Chine ; je suis conscient du quasi-pléonasme de cette formulation, mais je l&#8217;assume, car on tend à oublier le sens original du mot « microcosme ») ; si l&#8217;on parvient à résoudre les problèmes pour l&#8217;Europe, on les règle du même coup pour la plupart des étudiants venant du reste du monde. On en est tout de même encore assez loin.</p>
<p>De nombreux documents ont été produits en France dans cette perspective, en particulier depuis que Claude Allègre a voulu, avec la création d&#8217;EDUFRANCE, doter la France d&#8217;un dispositif plus efficace de &nbsp;&raquo; marketing &nbsp;&raquo; scientifique et universitaire. On connaît désormais bien l&#8217;origine, la nature et les choix des étudiants étrangers en France. La volonté politique de départ a été clairement de réduire le pourcentage des étudiants africains qui ont longtemps constitué la majorité des étudiants étrangers en France. Le thème actuel de l&#8217;immigration choisie marque une forme de remise en cause d&#8217;un tel choix, en tout cas pour les meilleurs étudiants. Il faut dire que dans le passé, l&#8217;attribution des bourses dans le Sud, du fait de la procédure mise en oeuvre où le poids essentiel revenait aux Etats partenaires de la France, ne favorisait guère l&#8217;octroi de ces bourses aux meilleurs sujets. Il valait mieux, pour en obtenir une, être un médiocrissime parent de ministre qu&#8217;un brillant élève sans relation ni protection.</p>
<p>On s&#8217;intéresse davantage, faut-il le dire, aux candidats étudiants qui viennent des pays riches ou &nbsp;&raquo; émergents &laquo;&nbsp;. On devrait toutefois peut-être faire là des analyses quelque peu qualitatives. Si, par exemple, on considère les étudiants qui viennent des Etats-Unis et du Japon, deux Etats stratégiquement importants, on constate des faits intéressants :</p>
<p>Etat Nombre Etudiants en sciences humaines Femmes<br />
USA 2623 2123 71,4 %<br />
Japon 1615 1353 71,9 %</p>
<p>Il me paraît moins intéressant de noter qu&#8217;il y a en France 20 fois moins d&#8217;étudiants américains que maghrébins que de constater la frappante homologie dans la structure des données concernant les Américains et les Japonais. Je devrais plutôt dire les Américaines et les Japonaises, puisqu&#8217;il s&#8217;agit essentiellement, dans les deux cas et dans les mêmes proportions, d&#8217;étudiantes qui viennent faire en France des études de lettres. Il y a donc là une &nbsp;&raquo; clientèle &nbsp;&raquo; qui mérite une attention particulière en raison de la motivation de ses choix (très différente de celles d&#8217;étudiants américains ou japonais qui viendraient étudier chez nous la chimie ou les mathématiques).</p>
<p>Il me semble aussi que l&#8217;absence, à ma connaissance, d&#8217;évaluations des performances réelles des étudiants engagés dans les systèmes européens de mobilité participe de cette volonté d&#8217;ignorance ou d&#8217;occultation de la diversité linguistique. On se flatte de voir progresser le nombre des étudiants ERASMUS, mais on se borne à évaluer les résultats de ces actions à travers les seules notes qu&#8217;ils obtiennent dans leur université de mobilité. Pour prendre mon exemple personnel au niveau de la licence de lettres modernes (langue et littérature françaises), dans un cours où j&#8217;ai chaque année une bonne quinzaine d&#8217;étudiants de ce système, je puis dire qu&#8217;il est impossible d&#8217;évaluer, selon les mêmes critères que des Français, ces étudiants étrangers allophones. J&#8217;observe que, pour la plupart, ils obtiennent souvent des notes moyennes, avec des travaux dans lesquels on relève une dizaine de grossières fautes de langue à la page. Comment peut-on se fier à des telles évaluations pour une licence de langue et littérature françaises ? La plupart des étudiants étrangers n&#8217;ont pas la compétence linguistique suffisante pour suivre un cours de licence et, moins encore pour rédiger un devoir d&#8217;examen, à ce niveau. Je crains même, mais j&#8217;ose à peine le dire, qu&#8217;ils tirent peut-être moins de profit d&#8217;un séjour universitaire où ils vivent en permanence en groupe de même langue qu&#8217;ils n&#8217;en auraient retiré d&#8217;un vrai séjour linguistique, sans enseignement universitaire, mais où ils auraient été placés dans une authentique situation d&#8217;immersion.</p>
<p>Le dernier point que je voudrais évoquer est directement lié à cette question de la langue nationale d&#8217;enseignement, le français en l&#8217;occurrence. On dispose de deux documents très récents qui émanent, l&#8217;un et l&#8217;autre, de Monsieur Elie Cohen, professeur de gestion à Paris-Dauphine et Président du Conseil National pour l&#8217;accueil des Etudiants Etrangers, de création récente (mars 2002). E. Cohen est l&#8217;auteur d&#8217;un document intitulé &nbsp;&raquo; Cinquante mesures pour améliorer l&#8217;accueil des étudiants étrangers &laquo;&nbsp;. On constate que la question de la langue est totalement absente de la note qui ouvre ce dernier document. La place qui lui est faite, dans l&#8217;ensemble des 50 mesures, mérite qu&#8217;on s&#8217;y arrête un instant.<br />
Ce point n&#8217;est évoqué qu&#8217;à deux reprises ; la première fois dans la mesure 29. On y lit :</p>
<p>&nbsp;&raquo; Assouplir les conditions actuellement imposées aux candidats &lt;&#8230;&gt; quant à la maîtrise de la langue française. Au lieu de poser la maîtrise du français comme une condition préalable à l&#8217;inscription, étendre les dispositifs de préformation (avant le début du cursus) ou de formation en français (en cours de cursus) pour les candidats dont le niveau général et les projets de formation paraissent garantir une insertion favorable dans l&#8217;enseignement supérieur français &laquo;&nbsp;.<br />
On veut certes ratisser large, mais une telle mesure paraît un peu étrange, car, par le passé, on s&#8217;efforçait, assez logiquement, mais sans un succès total d&#8217;ailleurs, de vérifier les compétences linguistiques minimales en français des candidats, en particulier pour les boursiers. Envoyer en formation universitaire en France des étudiants, qui ne connaissent pas le français, relève du paradoxe, sauf si l&#8217;on met en place, sur une durée de plusieurs mois, un dispositif lourd d&#8217;enseignement du français langue étrangère. On est très loin de constater l&#8217;existence ou même la simple amorce d&#8217;un tel dispositif puisque, bien au contraire, le système français d&#8217;enseignement du FLE est, le plus souvent, aussi anarchique qu&#8217;inefficace.</p>
<p>Mais la suite est plus étonnante encore et force est de citer les mesures 34 et 35 qui sont d&#8217;ailleurs les seules qui concernent cette question.<br />
&nbsp;&raquo; Mesure 34 &#8211; Encourager les établissements d&#8217;enseignement supérieur à proposer des enseignements en langues étrangères et notamment en Anglais, afin de lever un obstacle linguistique à l&#8217;attraction des étudiants étrangers. Soutenir le développement de la francophonie en mettant à profit la venue des étudiants étrangers en France pour leur permettre d&#8217;améliorer la maîtrise du français.<br />
Mesure 35 &#8211; Afin de diffuser activement la pratique du français par les étudiants<br />
étrangers accueillis, élargir l&#8217;offre d&#8217;enseignement du français langue étrangère en mobilisant les ressources des établissements et des centres de ressources inter-établissements &laquo;&nbsp;.</p>
<p>Le seul mérite de ce texte étonnant est de reconnaître, enfin, que la diversité des langues constitue &nbsp;&raquo; un obstacle &laquo;&nbsp;, mais les solutions envisagées sont pour le moins étranges et d&#8217;ailleurs contradictoires, la mesure 34 en particulier. Le choix d&#8217;un professeur de gestion (un des rares domaines où la vogue du management américain conduit, en France même, à donner des enseignements universitaires en anglais) pour rédiger un tel rapport relève-t-il du machiavélisme ou d&#8217;une simple erreur de casting ?<br />
On a engagé au Québec, une étude sur les enseignements en anglais dans les universités des Etats francophones ; j&#8217;imagine à l&#8217;avance la réaction des Québécois, quand ils vont prendre connaissance de ce texte qui leur a probablement encore échappé.</p>
<p>L&#8217;Union Européenne face à la diversité linguistique.</p>
<p>Le problème des langues de l&#8217;Europe, au plan de la politique comme à celui du fonctionnement administratif, est aussi largement occulté pour des raisons qui sont en revanche, cette fois, parfaitement claires. En effet, des tentatives pour poser le problème, ne fût-ce qu&#8217;au niveau des langues de travail, se sont heurtées à de vives résistances (lors de la Présidence française de 1995 par exemple) ; dans certains cas, on est même allé jusqu&#8217;à des incidents diplomatiques. Lors de la présidence finlandaise, en 1999, s&#8217;est élevé un conflit entre la Finlande et l&#8217;Allemagne, soutenue par l&#8217;Autriche, sur l&#8217;usage de l&#8217;allemand comme langue de travail dans les réunions informelles du Conseil des Ministres.</p>
<p>L&#8217;Union Européenne constitue en effet, dans son principe, un exemple rare de respect quasi parfait de la diversité et de l&#8217;égalité linguistiques. Avant l&#8217;élargissement, les onze langues (les Irlandais avaient fait aux autres Européens la faveur de renoncer, pour partie, au gaélique et ils ont eu pour lui un statut spécial ; j&#8217;y reviendrai) étaient sur un pied d&#8217;égalité et ce principe demeurer inchangé ; tout citoyen doit pouvoir accéder aux textes européens dans sa langue et tout délégué d&#8217;un Etat peut s&#8217;exprimer dans sa langue dans les instances. Les langues officielles de l&#8217;UE sont donc toutes les langues de tous les Etats et non un ensemble déterminé de langues, d&#8217;ailleurs variable, comme dans toutes es institutions internationales. Au 1er mai 2004, si l&#8217;on compte 25 Etats, on ne recense que 20 langues car, à la différence de certains ordinateurs, on ne distingue pas le français de France de celui de la Belgique ou l&#8217;allemand de la RFA de celui de l&#8217;Autriche (ce qui est regrettable, selon certains Allemands du moins !).</p>
<p>En fait, naturellement, certaines langues dominent dans les échanges comme dans la production documentaire. La part du français, initialement prédominante, tend, de plus en plus, à se réduire ; en 1997, 45,3% des textes rédigés à la Commission européenne l&#8217;étaient déjà en anglais contre 40,4 % en français. Dans les réunions informelles des Ministres, les langues de travail sont l&#8217;anglais, le français et la langue du pays-hôte.</p>
<p>Le premier et le plus évident paradoxe actuel est la place de l&#8217;allemand ; elle est très modeste si l&#8217;on prend en compte qu&#8217;il est la langue qui, en Europe, a le plus de locuteurs natifs (près de 90 millions) et qui a le statut de langue officielle dans le plus grand nombre d&#8217;Etats de l&#8217;UE (Allemagne, Autriche, Belgique, Luxembourg, Italie). Cette minoration de l&#8217;allemand, séquelle de la guerre, existe ailleurs puisqu&#8217;il n&#8217;est pas langue officielle de l&#8217;ONU (à la différence de l&#8217;anglais, de l&#8217;espagnol, du français, du russe, du chinois et de l&#8217;arabe). Aux Nations Unies, l&#8217;allemand n&#8217;est que simple langue documentaire (depuis 1974) et encore la traduction est-elle prise en charge par les Etats germanophones. Il n&#8217;est pas non plus langue officielle de l&#8217;OTAN. Il y a là une singularité que les germanophones supportent de plus en plus mal, compte tenu du poids économique et politique de l&#8217;Allemagne et de l&#8217;expansion européenne vers les PECO et de la place de ces derniers Etats où la situation de l&#8217;allemand est globalement nettement plus forte que celle du français et quasi équivalente à celle de l&#8217;anglais (cf. U. Ammon, in R. Chaudenson, 2001 : 85 ; font exception pour ce qui est du rapport entre les usages de l&#8217;allemand et du français l&#8217;Albanie, la Bulgarie, la Macédoine et surtout la Roumanie ).</p>
<p>Une évolution a été esquissée sous l&#8217;influence de J. Delors qui, en 1993, a tenté de faire passer, par un communiqué de presse, un règlement linguistique qui posait comme &nbsp;&raquo; langues de travail de la Commission &laquo;&nbsp;, l&#8217;anglais, le français et l&#8217;allemand. Pour ce qui est du Conseil des Ministres, j&#8217;ai évoqué plus haut l&#8217;incident diplomatique germano-finlandais de 1999.</p>
<p>Le coût de la diversité linguistique.</p>
<p>Dans l&#8217;état actuel des choses, le coût de la diversité linguistique est considérable pour l&#8217;UE, mais l&#8217;évaluation est malaisée et rien n&#8217;est fait pour la faciliter. Selon les données officielles et en prenant en compte essentiellement les salaires des quelque 4.000 traducteurs et interprètes (la moitié de l&#8217;ensemble travaille pour la Commission), on arrivait à un total de 685,9 millions d&#8217;euros en 1999 avec onze langues seulement, soit 0,8 % du budget total de l&#8217;UE, qui est 85,5 milliards d&#8217;euros pour la même année. Selon la formule officielle apaisante, &nbsp;&raquo; le multilinguisme ne coûte à chaque citoyen européen que 2 euros par an &laquo;&nbsp;.</p>
<p>Voire ! Deux remarques : la première est qu&#8217;il serait intéressant de connaître le pourcentage du coût de la diversité linguistique, non pas dans le budget total de l&#8217;UE, mais dans son seul budget de fonctionnement, car après tout c&#8217;est, de cela seulement qu&#8217;il s&#8217;agit. Ensuite, il y a des contestations autour du mode de calcul ; .Claude Piron avançait déjà, pour 1989, le chiffre de 1.400 millions d&#8217;écus (1994 : 39). Il peut y avoir des écarts importants selon qu&#8217;on inclut ou non, dans le &nbsp;&raquo; coût du multilinguisme &laquo;&nbsp;, des formations, des investissements (les grands projets de traduction automatique financés naguère..), des matériels, etc. Le détail des chiffres importe peu, mais il est évident que cela coûte très cher !</p>
<p>Le vrai problème est qu&#8217;un tel système est condamné, à terme plus ou moins court, à l&#8217;implosion. Celle-ci est inscrite dans des données à la fois arithmétiques et matérielles.<br />
Les combinaisons possibles dans la traduction de 11 langues (avant élargissement) sont au nombre de 110 ; pour 15 langues, elles s&#8217;élèvent déjà à 210 ! Le système des relais et des langues « pivots » (on passe par exemple par l&#8217;anglais pour traduire le néerlandais en grec) n&#8217;est qu&#8217;un aménagement médiocre et incommode, car la traduction perd en qualité et l&#8217;écoute est difficile. Toutefois, ce système a toujours existé et il ne peut que se développer, même si le manque d&#8217;interprètes est flagrant pour certaines langues. Il est de plus en plus difficile à mettre en oeuvre au fur et à mesure que sont intégrées à l&#8217;UE des langues relativement rares comme le finnois ou le suédois ; qu&#8217;en est-il de l&#8217;estonien, du slovène ou du maltais (que les Maltais ont renoncé à utiliser à Malte, mais dont ils attendent qu&#8217;il soit en usage au sein de l&#8217;UE) ? On devra bientôt sans doute ajouter le roumain et le bulgare !</p>
<p>Sur le simple plan matériel, si l&#8217;on en croit O. Doerflinger, qui fut membre du Service Commun Interprétation-Conférence de la Commission européenne (SCIC), avec 18 langues, pour loger les cabines d&#8217;interprétation, il faut disposer d&#8217;une salle de dimensions comparables à celle d&#8217;un terrain de football. On doit signaler par ailleurs que le nombre des réunions s&#8217;élève à une quinzaine de milliers par an !</p>
<p>Le SCIC est tout à fait conscient de ces problèmes, mais ses avertissements ne semblent guère entendus des politiques. Nul ne semble vouloir aborder le problème de front et le silence autour des modalités linguistiques, réelles et concrètes, de l&#8217;entrée des nouveaux Etats est significatif ! Tout au plus envisage-t-on des mesures purement techniques qui évitent de poser les problèmes de fond : usage de certaines langues lié aux types et aux niveaux de réunions ; mise en oeuvre de régimes « asymétriques » qui laisseraient à chacun le droit de s&#8217;exprimer dans sa langue, mais réduiraient le nombre des langues de traduction, etc.)</p>
<p>L&#8217;Irlande qui, depuis son adhésion, a accepté pour le gaélique un statut spécial et un régime transitoire qui doit prendre fin au 1er janvier 2007, a peut-être ouvert une voie, un peu sournoise, à une réforme de facto du système. A cette dernière date, en effet, le gaélique sera langue de travail, sans être langue officielle. Est-ce la première entorse au principe général qui, pour le moment, n&#8217;a pas été remis en cause.</p>
<p>Rien n&#8217;indique cependant une volonté politique réelle de changer le principe majeur, mais on sera inévitablement conduit à y apporter des modifications techniques sur le plan du fonctionnement même de l&#8217;UE. L&#8217;histoire même de l&#8217;UE fait que la place du français, initialement prépondérante, s&#8217;est peu à peu réduite, d&#8217;abord avec l&#8217;entrée du Danemark, de l&#8217;Irlande et du Royaume-Uni, puis à nouveau à l&#8217;entrée de l&#8217;Autriche, de la Finlande et de la Suède. Les plus anciens fonctionnaires, en particulier, de l&#8217;Europe du Sud (Italie, Espagne, Portugal, Grèce), sont partis ou partent en retraite et leurs successeurs, de mêmes origines nationales, n&#8217;ont plus les mêmes compétences en français. L&#8217;arrivée des PECO, en 2004, ne peut que précipiter une telle évolution, en dépit du « Plan d&#8217;urgence » financé par la France, la Communauté française de Belgique, le Luxembourg et la Francophonie pour former de jeunes fonctionnaires internationaux francophones originaires de ces Etats ? Même s&#8217;ils sont formés en français, nul ne sait ce que seront leurs choix linguistiques, réels et quotidiens, surtout s&#8217;ils ont le souci, légitime, de gérer leurs propres carrières au sein de l&#8217;UE. L&#8217;évaluation externe de ce programme, fin 2005, constitue un bilan pour assez négatif, ce qui n&#8217;empêche pas que des actions du même type soit reconduites pour quatre ans, avec des moyens sensiblement accrus.</p>
<p>Nul n&#8217;envisageant sérieusement, sauf les espérantistes, de faire de l&#8217;espéranto la langue officielle de l&#8217;UE, une solution qui paraît raisonnable serait de privilégier, au moins comme &nbsp;&raquo; langues de travail &laquo;&nbsp;, à condition de créer un véritable statut pour ce type de langue, l&#8217;anglais, l&#8217;allemand et le français. Ce point est loin d&#8217;être acquis, même si ces langues sont les plus présentes dans tous les régimes. Certains agrémentent cette solution d&#8217;une variante qui consisterait à ce que nul ne soit autorisé à pratique l&#8217;une ou l&#8217;autre de ces langues, si elle est sa langue maternelle ; outre que cette solution n&#8217;est pas aisée à mettre en oeuvre (il y a des bilingues natifs), on risquerait de voir s&#8217;étendre l&#8217;usage quasi exclusif de l&#8217;anglais (sauf pour les Anglais naturellement), alors qu&#8217;on semble le redouter.</p>
<p>Toutefois, on ne peut envisager ce problème dans le seul cadre européen et cela d&#8217;autant que, comme on l&#8217;a vu pour le marché mondial de l&#8217;éducation, l&#8217;UE tend de plus en plus à se situer dans une réflexion mondiale et non dans un frileux repli sur soi. Les petits Etats européens qui, de toute façon, n&#8217;ont aucune chance dans la course aux titres, ne seraient sans doute pas hostiles à un choix en faveur de l&#8217;anglais et préféreraient des solutions simples et radicales à celles qui conduiraient à les exclure d&#8217;une pseudo-compétition. Parmi les challengers éventuels, le cas le plus intéressant est sans doute celui de l&#8217;espagnol. Les fonctionnaires de l&#8217;UE d&#8217;origine espagnole semblent, selon certains témoins, avoir un joué un rôle non négligeable dans la progression récente de l&#8217;anglais. En effet, ils étaient, dans le passé, souvent plus francophones qu&#8217;anglophones ; les choses semblent avoir changé, comme on l&#8217;a vu. Il n&#8217;empêche que l&#8217;espagnol pose un problème dans la mesure où, si sa place démographique et économique n&#8217;est pas centrale dans l&#8217;UE, on ne peut oublier qu&#8217;il est déjà (ou sera très prochainement), la langue du monde qui, mis à part le chinois, a le plus grand nombre de locuteurs natifs (de 360 à 400 millions selon les estimations).</p>
<p>C&#8217;est aussi la chance du français, du moins dans l&#8217;état actuel de la géopolitique mondiale et c&#8217;est précisément ce qui dessert l&#8217;allemand, qui est une langue dont l&#8217;implantation est exclusivement européenne. Toutefois, si de toute évidence, l&#8217;avenir du français, en Europe même, est dans le Sud et en particulier en Afrique, encore faudrait-il savoir si, dans les décennies à venir, la politique française saura faire face à ce défi. C&#8217;est assurément à ce problème que la France, mais aussi les Etats francophones du Nord, devraient s&#8217;attaquer au lieu de livrer des combats d&#8217;arrière-garde sur le terrain des seules organisations internationales ou en tablant sur des alliances latines, qui ne sont que des oripeaux pitoyables dont on tente de couvrir la bonne vieille et illusoire rivalité avec l&#8217;anglais.<br />
Conclusion</p>
<p>Les deux aspects choisis ici pour approcher la situation de l&#8217;Europe face à la mondialisation ne sont évidemment pas sans rapports. Les universités sont nées en Europe et elles constituent, sur le marché mondial de l&#8217;enseignement supérieur et de la recherche, un atout capital dont il est clair que l&#8217;Europe ne tire pas tout ce qu&#8217;elle devrait. La réflexion commune engagée par l&#8217;UE est assurément une condition nécessaire pour pénétrer le marché mondial, mais elle n&#8217;est sûrement pas une condition suffisante. Dans les perspectives intra-européennes, la diversité linguistique de l&#8217;Europe est un obstacle de taille. Les stratégies pour le surmonter sont sans doute multiples, mais, comme toujours, la plus mauvaise est très certainement de feindre d&#8217;en ignorer l&#8217;existence.</p>

]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://mondesfrancophones.com/espaces/frances/mondialisation/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Fracture numérique et solidarité numérique</title>
		<link>http://mondesfrancophones.com/espaces/cyberespaces/fracture-numerique-et-solidarite-numerique/</link>
		<comments>http://mondesfrancophones.com/espaces/cyberespaces/fracture-numerique-et-solidarite-numerique/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 24 Aug 2006 01:52:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>rchaudenson</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cyberespaces]]></category>
		<category><![CDATA[Articles]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://mondesfrancophones.com/?p=531</guid>
		<description><![CDATA["Quel chercheur du Nord consacrerait mensuellement huit jours de son salaire à la seule connexion internet ?"]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[
<div class="topsy_widget_data topsy_theme_" style="float: right;margin-left: 0.75em; background: url(data:,%7B%20%22url%22%3A%20%22http%253A%252F%252Fmondesfrancophones.com%252Fespaces%252Fcyberespaces%252Ffracture-numerique-et-solidarite-numerique%252F%22%2C%20%22style%22%3A%20%22small%22%2C%20%22title%22%3A%20%22Fracture%20num%C3%A9rique%20et%20solidarit%C3%A9%20num%C3%A9rique%20%23%22%20%7D);"></div>
<p>    Un certain nombre de propos et  de textes donnent à craindre qu&#8217;à Bucarest, lors du prochain Sommet de la Francophonie, quelques beaux arbres de la modernité extrême masquent la forêt des réalités quotidiennes du Sud et surtout de l&#8217;Afrique, qui devrait demeurer un enjeu central, aux termes des premiers éléments d&#8217;un projet de Déclaration en 27 points, dont je ne citerai ici que huit extraits :</p>
<p>1. « Conjuguer l&#8217;éducation et les technologies de l&#8217;information » (Préambule, 2 ; j&#8217;aurais préféré, pour mon compte, « mettre les technologies de l&#8217;information et de la communication <strong>au service de l&#8217;éducation</strong> ») ;</p>
<p>2. « Fortement préoccupés par les disparités entre les femmes et les hommes [...], nous exprimons notre volonté d&#8217;agir » (I.8) ;</p>
<p>3. « Nous sommes résolus, d&#8217;une manière active et pragmatique, à promouvoir la langue française » (I. 13) ;</p>
<p>4. « Nous réaffirmons notre volonté de maintenir au centre de nos préoccupations l&#8217;éducation à tous les niveaux » (I.16) ;</p>
<p>5. Nous renouvelons l&#8217;engagement d&#8217;augmenter les moyens de notre action en vue de garantir l&#8217;éducation de base gratuite et obligatoire dans tous les pays francophones, en éliminant les disparités entre les sexes, les cultures et les groupes sociaux. » (II. 2) ;</p>
<p>6. « Nous sommes conscients de l&#8217;importance de l&#8217;amélioration de la qualité de l&#8217;enseignement dans l&#8217;espace francophone par la modernisation des méthodes pédagogiques et la diversification des moyens utilisés, en tenant compte de l&#8217;évolution technologique et des impératifs de la société informationnelle » (III. 3) ;</p>
<p>7. « Nous soulignons notre attachement à la création d&#8217;une société informationnelle humaine et inclusive qui favorise l&#8217;accès sans entraves de tous nos membres aux TIC » (II. 6);</p>
<p>8. « Nous sommes conscients du défi que constitue la fracture numérique ; d&#8217;une part, celle qui sépare le Nord et le Sud, et, d&#8217;autre part, celle qui sépare les hommes et les femmes. Nous réaffirmons notre volonté de combler ce fossé au profit u monde en développement. » (II. 7).</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>    On ne peut rien reprocher à un tel programme, sinon qu&#8217;il a été déjà formulé à de multiples reprises depuis quinze ans (Jomtien 1990, Pékin 1995, Dakar 2000, Johannesburg 2002, etc., tout cela étant repris et répété dans les  « Objectifs du Millénaire »). On peut observer aussi que, comme souvent, dans ce genre de déclaration, on ne distingue pas de véritable classement parmi les multiples objectifs qui sont énoncés. Chacun se préoccupe d&#8217;y voir figurer le point qui l&#8217;intéresse, sans que soient définies de priorités réelles. Si tout est prioritaire, rien n&#8217;est prioritaire.</p>
<p>    Il est de bon ton désormais, pour se donner bonne conscience, de tabler sur la réduction de la fracture numérique entre le Nord et le Sud par l&#8217;usage des techniques les plus modernes. La seconde fracture numérique, entre hommes et femmes, ne paraît guère à prendre en compte tant que demeure la première.</p>
<p>    Au lieu de rêver et pour être utilement constructif, esquissons un état des lieux, bref mais <strong>incontestable,</strong> en quelques points essentiels.</p>
<p>    1. <strong>Le réseau et les coûts.</strong> Selon les données de la DGCID du Ministère français des Affaires étrangères : « L&#8217;Afrique héberge à peine 0,0001% du total des pages web ». « Internet » est « de 650 à 1500 fois plus cher en Afrique qu&#8217;en Europe (en parité du pouvoir d&#8217;achat). » (<em>Bilan et perspectives 2003, </em>2004 : 68).</p>
<p>    2. <strong>Les structures et les équipements</strong>. En 2001, selon les données du <em>Rapport sur le Développement Humain </em>du PNUD (2003), les Etats du monde qui comptent le moins d&#8217;utilisateurs de l&#8217;internet, on trouve: République Démocratique du Congo (0,1 pour 1000 habitants), Tchad (0,5), Congo (0,3), RCA (0,8), Burundi (0,9), Niger (1,1). Le seul Etat d&#8217;Afrique qui ait un niveau d&#8217;équipement comparable à celui des pays européens est naturellement la République d&#8217;Afrique du Sud avec 64,9 pour 1000. La RSA, présente, à elle seule, plus d&#8217;usagers de l&#8217;internet pour 1000 habitants que tous les autres Etats africains réunis.</p>
<p>La moyenne pour les pays à faible développement dans le monde est de 2,8 pour 1000; elle est donc supérieure à celle de la plupart des pays africains francophones qui sont les plus mal classés parmi les mal classés<strong>.<br />
</strong></p>
<p>    3. <strong>Les lignes et l&#8217;énergie</strong>. En Afrique, il est frappant de voir qu&#8217;à l&#8217;inverse de ce que l&#8217;on constate encore dans les pays développés, il y a déjà beaucoup plus de lignes de téléphones cellulaires que de téléphones fixes (au Sénégal par exemple trois fois plus). Ce qui explique cette curieuse vogue du cellulaire est, de toute évidence, non pas un simple effet de mode comme ce le fut au début dans le Nord ni un réel développement, mais les défaillances permanentes du réseau téléphonique traditionnel.</p>
<p>Aux défaillances constantes des réseaux téléphoniques, s&#8217;ajoutent partout les aléas permanents de la distribution d&#8217;électricité: chutes de tension, micro-coupures (peu prisées des ordinateurs surtout quand les utilisateurs ne peuvent s&#8217;offrir un coûteux onduleur), sans parler des coupures inopinées, plus ou moins prolongées. <strong></strong></p>
<p>Pas de téléphone et pas d&#8217;électricité, voilà qui n&#8217;aide pas à réduire la fracture numérique !</p>
<p><strong>    </strong>4.<strong> Les aspects financiers</strong></p>
<p><em>Le coût des matériels.</em></p>
<p>Outre le fait que l&#8217;Afrique constitue un milieu naturel que les appareils n&#8217;apprécient guère (ils craignent tout à la fois la chaleur, l&#8217;humidité et la poussière !), l&#8217;ordinateur est un luxe que seule une infime minorité peut s&#8217;offrir. Sans même parler des machines elles-mêmes, le ministre sénégalais Thiombiano soulignait, à Ouagadougou en 2004, que « certains logiciels de base qui devraient figurer sur l&#8217;ordinateur familial représentaient seize fois le SMIG<strong> </strong>au Burkina Faso ».</p>
<p><em>Le coût de la connexion et de l&#8217;usage</em></p>
<p>Le courrier électronique et plus encore la consultation de la Toile coûtent très cher (cf. ci-dessus point 1) ; bien des chercheurs africains ne peuvent pas envisager de supporter de telles dépenses<strong>. </strong>En moyenne, la connexion coûte l&#8217;équivalent de 20 euros et s&#8217;y ajoutent les frais de téléphone. Dans plusieurs Etats, cela représente (quand les enseignants sont payés) une semaine de salaire<strong> </strong>! Quel chercheur du Nord consacrerait mensuellement huit jours de son salaire à la seule connexion internet ?</p>
<p><em>Les frais de tirage</em></p>
<p>A ces frais s&#8217;ajoutent les dépenses, considérables aussi, qu&#8217;entraîne le tirage des textes, souvent indispensable (cartouches d&#8217;encre ruineuses &#8211; de 25 à 30 euros- , photocopies hors de prix, papier très cher en Afrique). Ne comptons pas sur les universités du Sud pour prendre en charge, comme dans le Nord, de telles dépenses de leurs enseignants.</p>
<p><strong>    </strong>5.<strong> Fracture numérique et développement</strong></p>
<p>Réduire la fracture électronique engendrerait sans doute un développement, mais le problème est que <strong>cette réduction suppose  préalablement le développement lui-même</strong>, c&#8217;est-à-dire que les utilisateurs potentiels puissent avoir les moyens de faire face aux coûts de l&#8217;accès à l&#8217;information dans un environnement de qualité technique suffisante.</p>
<p> <br />
    Dans de telles conditions quelle peut être la portée et l&#8217;efficacité réelles de la notion de « solidarité numérique » introduite par le président sénégalais Wade (Genève, 2003) ? Prenons garde ! Microsoft  a proposé, on le sait, d&#8217;offrir au Sud les ordinateurs que la rapidité de l&#8217;évolution technique rend obsolètes pour le Nord Il a. là une manoeuvre commerciale d&#8217;autant plus habile qu&#8217;elle prend le masque de l&#8217;humanitaire. En effet, si les machines données au Sud sont équipées de Windows 98 par exemple, dans la suite, il faudra acquérir au prix fort les licences XP. En Afrique bien des ordinateurs ne fonctionnent plus, car on n&#8217;a pas les moyens de renouveler les licences pour des machines qui ont été offertes par des organismes divers.</p>
<p> <br />
    Si la thématique de réflexion proposée pour Bucarest, reformulée selon la proposition faite ci-dessus, « <strong>mettre les technologies de l&#8217;information et de la communication au service de l&#8217;éducation</strong> », est assurément à conserver, on doit, dans le cadre d&#8217;une telle approche, s&#8217;assurer, à tous moments, que les solutions proposées sont <strong>compatibles avec l&#8217;état réel des situations</strong> qui se rencontrent dans le Sud et qu&#8217;elles ne constituent pas des gadgets, aussi coûteux qu&#8217;inefficaces. A cet égard, il est évident que le principal mode d&#8217;intervention est non pas l&#8217;internet mais la télévision elle-même et l&#8217;audiovisuel de masse qui connaissent de nos jours une généralisation du même type que celle qui a caractérisé, il y a quelques décennies, le poste de radio à transistors.</p>

]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://mondesfrancophones.com/espaces/cyberespaces/fracture-numerique-et-solidarite-numerique/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Le sanglot du francophone</title>
		<link>http://mondesfrancophones.com/espaces/frances/le-sanglot-du-francophone/</link>
		<comments>http://mondesfrancophones.com/espaces/frances/le-sanglot-du-francophone/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 06 May 2006 01:00:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>rchaudenson</dc:creator>
				<category><![CDATA[Frances]]></category>
		<category><![CDATA[Articles]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://mondesfrancophones.com/?p=665</guid>
		<description><![CDATA["Le Français, né malin, créa non seulement le vaudeville, mais il inventa aussi, plus tard, la défense de la diversité culturelle et linguistique."]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[
<div class="topsy_widget_data topsy_theme_" style="float: right;margin-left: 0.75em; background: url(data:,%7B%20%22url%22%3A%20%22http%253A%252F%252Fmondesfrancophones.com%252Fespaces%252Ffrances%252Fle-sanglot-du-francophone%252F%22%2C%20%22style%22%3A%20%22small%22%2C%20%22title%22%3A%20%22Le%20sanglot%20du%20francophone%20%23%22%20%7D);"></div>
<p>Le mois de la Francophonie (« Mars qui rit malgré les averses » comme disait déjà Charles d&#8217;Orléans) est marqué par le lancement du festival des « Francofffonies ». Soit. Chacun polit son discours et en assure la promotion. Les ténors font déjà des vocalises, Claude Hagège dans <em>le Monde</em> (1<sup>er</sup> mars 2006) et Dominique Wolton (dans la <em>Lettre d&#8217;information Francofffonies</em> n° 28). Ils entament ainsi la promotion, légitime, de leurs ouvrages, pour le premier, <em>Combat pour le français. Au nom de la diversité des langues et des cultures</em> (Odile Jacob), pour le second, <em>Demain le français. Pour une autre mondialisation</em> (à paraître en mars chez Flammarion). On ne peut qu&#8217;admirer la belle ordonnance des festivités, avec les 27 et 28 avril 2006, un grand colloque au Sénat, où nos deux auteurs se livreront peut-être à un chant amoebée sur un thème qui les réunit « La mondialisation. Une chance pour le français ». On ne semble pas avoir eu la sagesse élémentaire de pourvoir ce titre de l&#8217;échappatoire d&#8217;un prudent point d&#8217;interrogation final.</p>
<p>La diversité culturelle est à la mode et on voit bien pourquoi. Le Français, né malin, créa non seulement le vaudeville, mais il inventa aussi, plus tard, la défense de la diversité culturelle et linguistique. Persuadée de son adresse à tirer les marrons du feu, la France, naguère encore grand oppresseur des langues et des cultures autres que les siennes, en son sein comme dans son empire colonial, se fait aujourd&#8217;hui le bon apôtre de la diversité, dans son désespoir de ne pouvoir dresser, à elle seule, contre l&#8217;anglais (y penser toujours, n&#8217;en parler jamais) l&#8217;une de ces lignes Maginot dont elle possède également le secret. Qui cela trompe-t-il ? Les francophones non français ne cessent de nous reprocher, non sans quelques raisons, notre arrogance passée et même, de temps en temps présente, si l&#8217;on en juge par les récentes déclarations de Maurice Druon au Québec.</p>
<p>La France a remporté quelques succès comme à l&#8217;Ile Maurice, en 1993, en faisant approuver « l&#8217;exception culturelle » par des Etats francophones du Sud qui ne s&#8217;en souciaient guère (ils ont hélas d&#8217;autres problèmes !), mais qui ont, par là, renforcé notre position sur le plan européen et mondial. La même stratégie a été adoptée pour la « diversité culturelle », prônée d&#8217;abord par la déclaration de Cotonou (1995), puis approuvée, en 2005, à l&#8217;Unesco, sous la forme d&#8217;une « convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles ». Bravo pour l&#8217;efficacité de nos diplomates qui, par un usage alterné et habile de la carotte et du bâton, ont atteint ces objectifs.</p>
<p>Peut-on toutefois se contenter, dans les registres, alternés et contradictoires, du désespoir et de l&#8217;exaltation, de vaticiner sur « l&#8217;avenir du français », de proposer un « combat pour le français » (mais pour « demain » seulement, comme le rasage gratis !) et, contre toute attente, de voir dans la mondialisation, naguère encore redoutée par tous les paladins de la francophonie, « une chance pour le français » ?. La méthode Coué a ses limites !</p>
<p>Tout ce qui se passe en ce début 2006 est bel et bon, mais une fois quelques livres vendus, quelques colloques tenus et les lampions de la « francofffonie » éteints, que restera-t-il de tout cela ?</p>
<p>Claude Hagège a eu raison de protester contre un amendement de « la loi de programme sur la recherche » qui, s&#8217;il avait été adopté, (1) aurait risqué, de conduire à imposer l&#8217;anglais comme langue des brevets (<em>Le Monde</em>, 1/3/06). Je ne sais qui ou ce qui lui a inspiré cet article, mais le problème est, en fait, plus complexe, me semble-t-il. Le nombre, relativement réduit de brevets déposés en France, ne tient pas seulement, comme le prétend C. Hagège, « à l&#8217;insuffisance de l&#8217;effort de recherche et de l&#8217;esprit d&#8217;invention qu&#8217;on devrait éveiller résolument dès le début de l&#8217;école primaire ». Il y a plusieurs causes dont l&#8217;une, la principale, tient au caractère archaïque de nos structures de recherche dont le modèle, abandonné par tous (même par les Chinois !), demeure celui des académies soviétiques. Il y aussi là une forme d&#8217;évasion fiscale (spécialité familière aux Français, même si elle n&#8217;exige pas le dépôt de brevets d&#8217;invention) que cet article, au demeurant très bien informé sur d&#8217;autres aspects, n&#8217;évoque pas, mais qu&#8217;on ne peut pas passer sous silence. Un brevet, initialement d&#8217;origine scientifique française, permet de faire sortir des capitaux en toute  légalité s&#8217;il est déposé à l&#8217;étranger.</p>
<p> </p>
<p>Dans la <em>Lettre d&#8217;information Francofffonies</em> n° 28, du 2 février 2006, D. Wolton déplore, sans doute à juste titre, que la politique culturelle extérieure de la France « réduise la voilure » (cette métaphore de la marine à voile est, on va le voir, intéressante en soi) dans un « réseau constitué depuis un siècle » et qui était « un des meilleurs du monde. ». N&#8217;est-ce pas là le pavé de l&#8217;ours ? L&#8217;évolution, en particulier technologique, qui s&#8217;est incontestablement opérée « depuis un siècle » et les incontestables changements civilisationnels ne doivent-ils pas conduire précisément à imaginer de nouveaux modes d&#8217;intervention et d&#8217;action, en particulier pour ce qui touche à la politique de diffusion de la langue française. Il est clair que le dispositif culturel extérieur de la France est, dans ce domaine, à la fois obsolète et dispendieux, dans la mesure où il date d&#8217;une époque où les moyens de diffusion de la langue française étaient radicalement autres que ceux dont nous disposons aujourd&#8217;hui et où les objectifs et les enjeux étaient aussi totalement différents.</p>
<p>Il ne suffit pas de « réduire la voilure », mais peut-être faudrait-il envisager de la changer pour un moteur ! C&#8217;est en cela que je trouve très significative la métaphore nostalgique de D. Wolton sur la « voilure » de la politique culturelle de la France. Dans les milieux autorisés, on continue à penser carrosses présentiels (j&#8217;use de ce terme par allusion au coût pharamineux du système d&#8217;expatriation) quand, sur les routes de la diffusion audiovisuelle des langues, passent en trombe des Ferrari audiovisuelles ! </p>
<p>Il est proprement ahurissant, mais tout à fait explicable au plan historique et administratif comme conceptuel, que la France se soit trouvée dans l&#8217;incapacité quasi totale d&#8217;adapter son coûteux dispositif de diffusion linguistique et culturelle aux changements survenus aussi bien dans les techniques que dans l&#8217;état du monde. Le seul remède trouvé (c&#8217;est le plus mauvais, mais le plus facile à imaginer) a été de « réduire la voilure ». On ne le comprend pas, mais force est de le constater, quand des esprits aussi distingués que Claude Hagège (Professeur au Collège de France et, depuis une décennie, fort actif sur la question de la langue française en faveur de laquelle il délaisse un peu la linguistique générale) ou Dominique Wolton (Directeur de recherches au CNRS, membre du Haut Conseil de la Francophonie et du Comité d&#8217;honneur du Festival Francophone en France) semblent se rallier à de lamentables solutions.</p>
<p>Faut-il se borner à faire alterner lamentations et vaines espérances ? Cette cyclothymie ne devrait-elle pas céder le pas à une réflexion sur ce que l&#8217;on pourrait et devrait faire, de façon concrète et réaliste, dans les limites budgétaires qui s&#8217;imposent à nous ?</p>
<p>Ne serait-il pas plus efficace et plus judicieux  de réfléchir à des modes et à des voies mieux adaptés et, par là, plus efficaces de diffusion de la langue française, en France et dans le monde, qui ne peuvent se fonder, en amont, que sur une révision radicale de quelques-unes des représentations qui en fondent la politique ?</p>
<p>          Il est clair qu&#8217;il faut à la fois changer l&#8217;idée que la Francophonie et surtout la France se font de la langue française (l&#8217;Union européenne n&#8217;est plus l&#8217;Europe du XVIIIe siècle) car elle constitue un handicap insurmontable pour une diffusion massive du français ; on doit bien entendu changer aussi une partie des modes et des outils de cette diffusion. Il est stupéfiant que nul ne songe (ou plutôt ne veuille) mettre en oeuvre le moyen le plus puissant dont nous disposons et qui est, bien entendu, la télévision. J&#8217;entends déjà évoquer TV5, qui a le mérite incontestable de recycler, pour des francophones réels, les surplus de l&#8217;audiovisuel francophone du Nord. La chaîne s&#8217;est améliorée, mais on partait de si loin. En tout cas, on n&#8217;attirera pas les Africains, les Chinois et les Indiens vers le français et on les initiera moins encore à cette langue, en leur proposant des émissions sur le ver du poireau au Québec ou la fabrication de la mimolette. N&#8217;espérons pas davantage dans les derniers gadgets des plus récentes techniques de l&#8217;information et de la communication qui, en septembre 2006, ne vont pas manquer de surgir à Bucarest comme des champignons.</p>

]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://mondesfrancophones.com/espaces/frances/le-sanglot-du-francophone/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
	</channel>
</rss>

<!-- Performance optimized by W3 Total Cache. Learn more: http://www.w3-edge.com/wordpress-plugins/

Minified using disk
Page Caching using disk (enhanced)
Database Caching 15/21 queries in 0.008 seconds using disk

Served from: mondesfrancophones.com @ 2012-05-21 16:11:44 -->
