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	<title>MondesFrancophones.com &#187; mherland</title>
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		<title>L’avenir de l’homme est-il dans la métamorphose ? Variation sur un thème d’Edgar Morin.</title>
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		<pubDate>Fri, 13 Jan 2012 20:36:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mherland</dc:creator>
				<category><![CDATA[Economies]]></category>
		<category><![CDATA[Philosophies]]></category>
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<p style="text-align: justify;">Invité de la Région Martinique, Edgar Morin a présenté une conférence à Fort-de-France, le 27 décembre 2011, sur le thème : « La métamorphose, avenir de l’humanité ». Après une introduction de Patrick Chamoiseau, E. Morin a consacré son préambule à la description des méfaits du néolibéralisme, et particulièrement à la manière dont il se manifeste dans la crise actuelle (aux multiples dimensions : économique, sociale, financière, écologique et morale), pour conclure ce premier temps de son discours sur une prophétie : l’humanité court tout droit à la catastrophe, à moins qu’elle ne trouve en elle les ressources pour se « métamorphoser ».</p>
<p style="text-align: justify;">E. Morin distingue en effet la <em>révolution</em> qui consiste à faire table rase du passé pour tenter de construire du neuf, une démarche vouée à l’échec selon lui, de la <em>métamorphose</em> qui permet de se régénérer en se nourrissant du passé. Concrètement, la métamorphose souhaitée reviendrait à consommer moins, ou en tout cas mieux, à produire de manière durable et à se développer « par enveloppement »,  sans créer la misère à côté de l’abondance. E. Morin a eu de belles formules pour décrire l’objectif final que nous devrions tous viser, celui de la vie bonne des sages antiques (qu’il préfère appeler le « bien vivre »), sans oublier de chatouiller dans le sens du poil certains chantres de la « poétique de la relation »<a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/E%20Morin%20Atrium.doc#_edn1">[i]</a> présents dans la salle (« la prose c’est survivre, la poésie c’est vivre »). Inutile de dire que tous les auditeurs étaient d’accord avec ce beau programme. Mais ils n’avaient pas besoin d’un E. Morin pour être convaincus. On l’attendait moins sur les buts, trop consensuels, que sur l’analyse et sur les moyens.</p>
<p style="text-align: justify;">Car on aimerait qu’on nous explique une bonne fois pourquoi, alors que « tout le monde sait » à quoi il faudrait renoncer (consommer n’importe quoi, creuser les inégalités, épuiser les ressources naturelles, détruire notre environnement), les gouvernements qui nous représentent sont incapables de nous réorienter dans la bonne direction. On se doute que la question est complexe, mais, justement, E. Morin est célèbre pour ses analyses de la complexité. Alors pourquoi n’a-t-il pas tenté de nous expliquer le monde réel ? Par exemple les événements de 2009 aux Antilles françaises : les peuples de Guadeloupe et de Martinique levés fièrement pour dénoncer la « profitation », une grande effervescence populaire qui traduisait un ras-le-bol général, et tout cela débouchant sur rien, ou presque rien, voire sur l’inverse du résultat considéré comme souhaitable (puisque le mouvement s’est finalement traduit par un accroissement de la dépendance des deux îles envers la Métropole). Cet échec – qui est en particulier celui des auteurs du <em>Manifeste pour les produits de « haute » nécessité</em> <a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/E%20Morin%20Atrium.doc#_edn2">[ii]</a> – n’a rien d’anodin dans la perspective défendue par E. Morin. C’est pourquoi on aurait particulièrement aimé apprendre en quoi sa fameuse « Méthode » pouvait nous aider à le comprendre.</p>
<p style="text-align: justify;">On dira peut-être qu’E. Morin ne connaissait pas suffisamment les Antilles, qu’il aurait fait preuve de prétention en voulant expliquer une situation qu’il venait à peine de découvrir. Dont acte. Mais pourquoi n’a-t-il expliqué aucun autre fait concret ? Par exemple : La « métamorphose » qu’il appelle de ses vœux sera écologique ou ne sera pas ; or il y a un fait massif, qu’aucun intellectuel ne saurait ignorer, c’est « l’émergence » de la Chine qui est devenue le premier pollueur mondial. Tout en sachant que s’ils polluent, certes, la planète, ils se polluent d’abord eux-mêmes. Cela n’empêche pas que le gouvernement chinois freine systématiquement (voir les sommets de Copenhague, de Durban) toute initiative contraignante visant à protéger l’environnement. Hélas, E. Morin prône la métamorphose à base écologique sans mentionner ses adversaires les plus résolus, ni <em>a fortiori</em> expliquer leur comportement. Mais alors, comment vaincre un ennemi qu’on ne comprend pas ?  Et ce qui est valable pour l’écologie vaut tout aussi bien pour la finance, autre exemple d’un domaine où « tout le monde sait » ce qu’il ne faudrait plus faire, sans que cela se traduise par les réformes nécessaires.</p>
<p style="text-align: justify;">A la messe non plus, on ne va jamais au fond des choses ; on ne nous explique pas, en particulier, pourquoi un Dieu d’amour tolère des abominations ; par contre on nous invite à bien nous comporter. Telle fut exactement l’attitude d’E. Morin lors de sa conférence. À la question d’un auditeur qui l’interrogeait sur les forces sociales capables de lutter contre les aspects les plus délétères de notre modernité, E. Morin a répondu qu’il comptait d’abord sur des « hommes de bonne volonté », en espérant que leurs initiatives feraient tache d’huile et finiraient par se « relier ». La réussite exceptionnelle et imprévisible des Bouddha, Jésus et autre Mahomet démontre selon lui qu’un simple individu déviant par rapport aux normes de son temps, peut en réunir d’autres autour de lui et finir par changer le monde. Ainsi la « déviance » peut-elle devenir une « tendance » et la tendance » une « force » capable de déplacer des montagnes. Est-ce si sûr ? L’exemple des religions est-il vraiment aussi probant ? Toute la sagesse bouddhique n’empêche pas que des Indiens meurent de faim dans la rue. Le christianisme fut fort mais c’était au temps de l’inquisition et de croisades. Quant à la civilisation musulmane, elle a atteint son sommet au temps des empires esclavagistes et l’islam se manifeste surtout aujourd’hui par l’obscurantisme de ses intégristes.</p>
<p style="text-align: justify;">Certes, E. Morin a absolument raison de souligner que la mondialisation, malgré tous ses inconvénients, présente au moins l’avantage d’imposer aux hommes la conscience de leur communauté de destin, au moment où la crise écologique impose un sursaut au plan mondial. C’est pourquoi nous nous trouverions collectivement, selon lui, face à cette simple alternative : continuer sur la pente fatale qui mène au chaos (aggravation des inégalités, guerres autour des ressources, appauvrissement général, tout cela conduisant à une décadence majeure de notre civilisation et peut-être même à la fin de l’humanité) ; ou bien prendre en main notre destin, changer radicalement nos comportements et sortir par le haut de la crise dans laquelle nous nous trouvons.</p>
<p style="text-align: justify;">Sans doute rien ne serait-il meilleur pour l’humanité que de se « métamorphoser » comme le souhaite E. Morin. Malheureusement, il n’est pas du tout certain que l’humanité accepte l’alternative qu’il lui propose. Il faudrait plus de pages pour justifier ce qui va suivre, mais croire que l’humanité serait capable de connaître une véritable métamorphose sous la pression des circonstances laisse rêveur. Quoi qu’en pensent certains philosophes, la nature humaine existe et, depuis Freud, nous savons un peu mieux de quoi il retourne : un combat incessant entre l’instinct de plaisir et l’instinct de mort. La succession des empires, faite de phases de conquête et de déclin, ne fait que confirmer, à un niveau plus large, cette constante de notre nature. Aussi l’alternative n’est-elle pas vraiment entre le chaos et une métamorphose bien improbable mais plutôt entre le chaos (une hypothèse qu’on ne saurait en effet nullement écarter) et l’émergence d’un nouvel empire qui saura imposer un usage raisonné des ressources rares à son profit et au détriment du reste de la planète.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette dernière perspective paraît d’autant plus crédible que le candidat à la direction du nouvel empire est déjà identifié. Quel pays est à la fois le plus peuplé, celui qui connaît depuis plusieurs décennies la plus forte croissance économique, celui qui s’enrichit en inondant le monde entier des ses produits, au détriment de ses clients qui connaissent la désindustrialisation et le chômage ? Quel pays pratique la rétention des « terres rares », dont il est le principal producteur, matières premières indispensables de l’industrie de pointe ? Quel pays est en train de s’assurer le contrôle des richesses du continent africain (en attendant d’en faire autant ailleurs) en usant de la corruption au point d’effrayer les anciennes puissances coloniales (qui pensaient n’avoir rien à apprendre en la matière) ? Toutes ces questions appellent une seule réponse. Le nouvel empire est en marche et l’on ne voit pas comment les hommes de bonne volonté pourront l’arrêter.</p>
<div>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
<div style="text-align: justify;">
<p><a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/E%20Morin%20Atrium.doc#_ednref1">[i]</a> Cf. Édouard Glissant, <em>Poétique de la relation</em> (Paris, Gallimard, 1990). Originaire de la Martinique, É. Glissant (1928-2011) a influencé nombre d’intellectuels de l’île.</p>
</div>
<div>
<p style="text-align: justify;"><a title="" href="file:///C:/Users/Jess/Downloads/E%20Morin%20Atrium.doc#_ednref2">[ii]</a> <em>Manifeste pour les « produits » de haute nécessité</em>, cosigné par neuf intellectuels martiniquais : Ernest Breleur, Patrick Chamoiseau, Serge Domi, Gérard Delver, Édouard Glissant, Guillaume Pigeard de Gurbert, Olivier Portecop, Olivier Pulvar, Jean-Claude William (Paris, Éd. Galaade – Institut du Tout-monde, 2009).</p>
</div>
</div>

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		<title>Laurent de Sutter, pour un nouvel art de jouir</title>
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		<pubDate>Wed, 28 Dec 2011 20:58:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mherland</dc:creator>
				<category><![CDATA[Les Alarmes d'Eros]]></category>

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		<description><![CDATA[Contre l&#8217;érotisme[i] Un philosophe belge, amateur de films X[ii], qui conteste l’érotisme et l’influence qu’il exerce sur notre époque, il y a de quoi y regarder de plus près. On se doute dès le départ que la validité de sa position dépend étroitement de la manière dont il définit l’érotisme : « la manipulation des organes génitaux [...]]]></description>
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<p><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/les-alarmes-deros/laurent-de-sutter-pour-un-nouvel-art-de-jouir/attachment/sutter/" rel="attachment wp-att-4450"><img class="alignleft size-full wp-image-4450" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/sutter.gif" alt="" width="333" height="475" /></a></p>
<p><em>Contre l&#8217;érotisme</em><a title="" href="/Users/Q/Downloads/herlan%20Laurent%20de%20Sutter%20pour%20un%20nouvel%20art%20de%20jouir.doc#_edn1">[i]</a></p>
<p>Un philosophe belge, amateur de films X<a title="" href="/Users/Q/Downloads/herlan%20Laurent%20de%20Sutter%20pour%20un%20nouvel%20art%20de%20jouir.doc#_edn2">[ii]</a>, qui conteste l’érotisme et l’influence qu’il exerce sur notre époque, il y a de quoi y regarder de plus près. On se doute dès le départ que la validité de sa position dépend étroitement de la manière dont il définit l’érotisme : « la manipulation des organes génitaux orientée vers le bonheur amoureux » (p. 37). Passons sur l’emploi plus qu’équivoque du terme « manipulation », qui surprend, cet essai étant fort élégamment écrit par ailleurs. Cette surprenante définition se fonde en particulier sur deux égalités dont l’auteur repère les traces omniprésentes dans notre idéologie : Vivre = jouir, et jouir = « orgasmer » (p. 15). Ainsi, seul l’orgasme permettrait d’accéder à des expériences intenses ou dignes d’être vécus. Admettons, mais pourquoi l’amour ? Au nom de quoi identifier l’orgasme et l’amour ?</p>
<p>&nbsp;&raquo; Ce que l’époque considère le plus déterminant dans la vie est connu : la santé – ce qui se dit aussi bien, dans le vocabulaire de la sexualité, l’amour » (p. 18). Ne s’agit-il pas plutôt, pour qui veut rester en forme, de faire l’amour que d’aimer ? On pourrait croire que l’auteur joue sur les mots ; telle n’est pourtant pas son intention. L’examen des magazines (féminins ?), des traités de bien-être ou des annonces des sites de rencontre lui permet de conclure que nous sommes bien des obsédés à la fois du sexe et de l’amour. Ainsi se trouve justifiée une autre de ses définitions de l’érotisme : «  la gymnastique de l’amour » (p. 19).</p>
<p>L’importance grandissante des sexologues, qui dressent  le « catalogue des orgasmes possibles dans le cadre de l’hédonisme contemporain » (p. 37), constitue selon L. de Sutter un signe supplémentaire de la domination sur notre époque de l’érotisme tel qu’il l’entend.</p>
<p>De là à conclure à l’échec de la révolution sexuelle, il n’y a qu’un pas. Le discours des magazines comme la doxa des sexologues aboutissent en effet au même résultat : restreindre le domaine des plaisirs permis. C’est le signe que la révolution sexuelle n’a pas su se libérer complètement du « puritanisme ». Mais ce n’est pas tout : focalisée sur les plaisirs génitaux – dont on sait qu’ils demeurent étroitement liées aux exigences de la reproduction de l’espèce – elle n’est rien d’autre qu’ « une variante contemporaine du programme de la nature éternelle » (p. 35). <em>Ergo</em>, la révolution sexuelle n’a pas su s’affranchir non plus du « naturalisme ».</p>
<p>Il est en effet vrai que la plupart des acteurs de la révolution sexuelle n’étaient pas partisans d’un rejet complet de la morale<a title="" href="/Users/Q/Downloads/herlan%20Laurent%20de%20Sutter%20pour%20un%20nouvel%20art%20de%20jouir.doc#_edn3">[iii]</a>. Par ailleurs, ce n’est pas parce que le coït est génital que toute pratique génitale est orientée vers la reproduction et les adeptes de la révolution sexuelle défendaient des pratiques (masturbation, homosexualité, fellation, etc.) qui ne visaient en aucune manière la reproduction de l’espèce. Il est vrai néanmoins qu’ils les considéraient comme tout aussi « naturelles » que le coït reproductif. La réalité des faits nous pousse donc à accorder à L. de Sutter que la révolution sexuelle n’était pas complètement amorale et qu’elle s’inscrivait dans le cadre de la nature<a title="" href="/Users/Q/Downloads/herlan%20Laurent%20de%20Sutter%20pour%20un%20nouvel%20art%20de%20jouir.doc#_edn4">[iv]</a>. Reste à voir ce que notre auteur sera capable d’avancer pour remédier à ces deux défauts.</p>
<p>Le réquisitoire, cependant, ne s’arrête pas là. La révolution sexuelle n’était pas seulement défaillante dans ses principes, selon L. de Sutter, elle aurait tout aussi lamentablement échoué au niveau de ses résultats. Car que cherchaient ses acteurs, au fond, sinon de mettre fin à leur misère sexuelle ? Loin d’y être parvenu, nous dit L. de Sutter, ils n’auraient réussi qu’à multiplier les occasions de coït, c’est-à-dire simplement à transformer une « misère de rareté » en une « misère d’abondance »<a title="" href="/Users/Q/Downloads/herlan%20Laurent%20de%20Sutter%20pour%20un%20nouvel%20art%20de%20jouir.doc#_edn5">[v]</a> ! Est-il légitime de parler de « misère d’abondance » ? À chacun d’en juger. En tout état de cause, le problème, c’est qu’on a rarement vu quelqu’un dans une situation pareille lui préférer la « misère de rareté ». Alors que l’inverse est à peu près unanimement vrai.</p>
<p>C’est donc sur la base d’une critique bien branlante de « l’érotisme » et de la révolution sexuelle que L. de Sutter entreprend de proposer mieux : la pornographie. Le terme risque de choquer et l’on peut gager qu’il a été choisi à dessein. Mais tout dépend, à nouveau, du sens qu’on veut lui donner. Il est défini dans l’ouvrage comme « l’exploration de la collection infinie des jouissances possibles » (p. 42), bien loin donc du <em>Petit Robert</em><a title="" href="/Users/Q/Downloads/herlan%20Laurent%20de%20Sutter%20pour%20un%20nouvel%20art%20de%20jouir.doc#_edn6">[vi]</a>. Contrairement aux manuels sexologiques et autres <em>Kama Sutra</em> qui énumèrent une série finie de gestes et de positions, cette « pornographie » a la particularité de déborder le génital pour se confondre avec l’ensemble de toutes les jouissances que l’on peut dire « sexuelles », ensemble sinon infini du moins hors de portée d’une simple existence humaine. Freud, nous rappelle L. de Sutter, distinguait le domaine du <em>Geschlecht</em> (les organes sexuels supports de l’orgasme) du <em>Sexual</em> (qui englobe également tous les autres plaisirs sexuels). Le nouvel hédonisme prôné par l’auteur vise donc à redonner toute sa place au <em>Sexual</em>.</p>
<p>Faut-il prendre au pied de la lettre la définition proposée de la « pornographie » ? Plus précisément, toutes les jouissances possibles sont-elles légitimement explorables ? À cette question L. de Sutter répond oui sans hésiter : il n’y a pas de perversion, selon lui, sauf à admettre qu’il n’y a rien de plus normal que les perversions ! Freud ne parlait-il pas de « perversion polymorphe » à propos de la sexualité enfantine ? Ainsi, pour L. de Sutter, la « pornographie », la sexualité entendue le plus largement possible, ne reconnaissent aucune règle ; elles sont « antipolitiques ».</p>
<p>Une remarque surprenante qui s’explique cependant à la lumière du raisonnement précédent : la révolution sexuelle n’a pas seulement échoué, elle « n’a pas eu lieu » (p. 50) ! Certes, la révolution sexuelle – ceux qui l’ont vécue s’en souviennent – était clairement politique. Or, dans la logique suterrienne, à partir de ce moment-là elle ne pouvait plus être « sexuelle » (puisque la sexualité, comme la « pornographie » sont décrétées « antipolitiques »). C’est pourquoi quelque chose comme une révolution « sexuelle » ne pouvait pas exister (cqfd). Mais toute la démonstration, on le voit, repose sur l’affirmation que la « pornographie » serait nécessairement « antipolitique ». Or ce n’est pas plus vrai pour la « pornographie » que pour l’anarchie. Les anarchistes ont beau proclamer la fin du politique, ils ne contestent pas que la lutte pour s’affranchir du politique soit elle-même politique. En outre tous ceux parmi eux qui ont réfléchi à l’organisation d’une société « anarchiste », se sont trouvés contraints de prévoir un certain nombre de règles<a title="" href="/Users/Q/Downloads/herlan%20Laurent%20de%20Sutter%20pour%20un%20nouvel%20art%20de%20jouir.doc#_edn7">[vii]</a>. On ne voit pas comment il pourrait en aller autrement pour la « pornographie » de L. de Sutter.</p>
<p>Retour, donc, à la question précédente : N’importe quelle pratique peut-elle être tolérée en « pornographie » ? L’auteur, là-dessus, ne varie pas d’un iota : « la sexualité relève toute entière de la logique du goût. Il n’est rien qui ne puisse y être dit pouvoir tenir son existence d’une quelconque nécessité – sinon celle de l’arbitraire le plus complet » (p. 55). Ou bien, plus crûment : « en tant que goût, la sentimentalité n’est pas moins cochonne que la scatologie » (p. 54). Peut-être bien, mais <em>quid</em> du pédophile, de l’incestueux ? Peuvent-ils prendre leur plaisir comme ils l’entendent, sans considération des traumatismes qu’ils risquent d’infliger à d’innocentes victimes ? Aussi étonnant que cela puisse paraître, tel est le parti auquel L. de Sutter persiste à vouloir se ranger</p>
<p><em>« Le catalogue sexologique des orgasmes s’était construit sur le refus d’un certain nombre de pratiques, contraires au bonheur qu’il postulait par ailleurs. Cette exclusion n’existe pas en matière de jouissance – parce que l’exploration qui en constitue la collection ignore le statut de ce qu’elle rencontre dans son cours »</em> (p. 47).</p>
<p>On ne saurait mieux dire. Le jouisseur n’a pas à se préoccuper du « statut » des objets de plaisir. Une thèse aussi extrémiste («  il n’existe nulle éthique de la jouissance » &#8211; p. 59) devrait être sérieusement justifiée. Il ne suffit pas en effet d’écrire que « le jouisseur est un esthète » et que « chaque vie est une œuvre d’art pornographique » (p. 60), sans autres règles que celles que l’on s’invente… pour les transgresser aussitôt. Cette position parfaitement solipsiste (je suis l’unique sujet et le reste de l’univers n’est là que pour me procurer les instruments de mes plaisirs) est provocatrice, amusante si l’on veut, mais elle ne tient pas mieux la route que les élucubrations du marquis de Sade. Violences, tortures, viols, tout cela deviendrait permis, puisque les autres n’existent pour moi qu’en tant qu’objet ? Soyons sérieux !</p>
<p>« Une libre et sauvage création de principes répondant aux exigences de liberté et de sauvagerie de la jouissance – c’est-à-dire la vie. Telle est la sexualité. » Le livre se termine sur cette dernière formule. Une sexualité libre ? Sans doute à condition d’admettre l’axiome de bon sens : ma liberté s’arrête là où commence celle des autres. Quant à la sauvagerie ? Tant qu’elle reste un jeu entre adultes consentants : ola ! Mais s’il s’agit de cautionner des pratiques barbares, non merci.</p>
<p>Tout ceci conduit à s’interroger sur les véritables intentions de l’auteur. Outre l’outrance du propos, la tonalité du texte de la quatrième de couverture fournit un indice. On y lit en effet ceci : « un but [ce nouvel art de jouir] qu’il ne sera possible d’atteindre qu’au prix d’un bouleversement complet du partage entre admissible et inadmissible en matière de sexe. En serez-vous capables ? » Cette question – « En serez-vous capables ? » – livre sans doute la clé du livre. Évidemment que nous ne serons pas capables de suivre l’auteur dans tous ses développements et encore moins dans ses conclusions. Il faut donc prendre son travail<a title="" href="/Users/Q/Downloads/herlan%20Laurent%20de%20Sutter%20pour%20un%20nouvel%20art%20de%20jouir.doc#_edn8">[viii]</a> comme un exercice de style, un canular de philosophe… qui a néanmoins l’avantage de nous inviter à réfléchir sur les limites que nous imposons volontairement à notre Éros.</p>
<p>Décembre 2011.</p>
<p>&nbsp;</p>
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<hr align="left" size="1" width="33%" />
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<p><a title="" href="/Users/Q/Downloads/herlan%20Laurent%20de%20Sutter%20pour%20un%20nouvel%20art%20de%20jouir.doc#_ednref1">[i]</a> Laurent de Sutter : <em>Contre l’érotisme</em>, Paris, La Musardine, 2011, 81 p.</p>
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<p><a title="" href="/Users/Q/Downloads/herlan%20Laurent%20de%20Sutter%20pour%20un%20nouvel%20art%20de%20jouir.doc#_ednref2">[ii]</a>  Il est l’auteur de <em>Pornostars, fragments d’une métaphysique du X</em>, Paris, La Musardine, 2007.</p>
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<p><a title="" href="/Users/Q/Downloads/herlan%20Laurent%20de%20Sutter%20pour%20un%20nouvel%20art%20de%20jouir.doc#_ednref3">[iii]</a> Malgré le slogan soixante-huitard bien connu : « il est interdit d’interdire ».</p>
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<p><a title="" href="/Users/Q/Downloads/herlan%20Laurent%20de%20Sutter%20pour%20un%20nouvel%20art%20de%20jouir.doc#_ednref4">[iv]</a> Ce qui est la moindre des choses, les humains étant des êtres naturels.</p>
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<p><a title="" href="/Users/Q/Downloads/herlan%20Laurent%20de%20Sutter%20pour%20un%20nouvel%20art%20de%20jouir.doc#_ednref5">[v]</a> Conformément à ce que l’auteur appelle le « théorème de Houellebecq » (p. 36).</p>
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<p><a title="" href="/Users/Q/Downloads/herlan%20Laurent%20de%20Sutter%20pour%20un%20nouvel%20art%20de%20jouir.doc#_ednref6">[vi]</a> « Pornographie : Représentation (par écrits, dessins, peintures, photos) de choses obscènes destinées à être communiquées au public » (<em>Dictionnaire Robert</em>, éd. de 1973).</p>
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<p><a title="" href="/Users/Q/Downloads/herlan%20Laurent%20de%20Sutter%20pour%20un%20nouvel%20art%20de%20jouir.doc#_ednref7">[vii]</a> Par exemple, chez Bakounine, l’égalité des droits de la femme et de l’homme, la réglementation de l’héritage et même le contrôle de l’éducation des enfants par les parents. Cf. M. Herland : « La tentation anarchiste » (2011), à paraître.</p>
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<p><a title="" href="/Users/Q/Downloads/herlan%20Laurent%20de%20Sutter%20pour%20un%20nouvel%20art%20de%20jouir.doc#_ednref8">[viii]</a> Dont témoignent les nombreuses et savantes références rassemblées à la fin du volume.</p>
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		<title>De l’Afrique aux Antilles : le dialogue de deux sages</title>
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		<pubDate>Tue, 06 Dec 2011 21:35:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mherland</dc:creator>
				<category><![CDATA[Afriques]]></category>
		<category><![CDATA[Economies]]></category>
		<category><![CDATA[Frances]]></category>
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		<description><![CDATA[Thierry Michalon et Ebézéner Njoh Mouelle : l’État et les clivages ethniques en Afrique [i] Deux intellectuels de bonne volonté dialoguent de part et d’autre de l’Atlantique : un Camerounais, Ebézéner Njoh Mouelle, universitaire, ancien ministre et un Français, Thierry Michalon, universitaire lui aussi, qui a effectué une partie de sa carrière en Afrique avant de se [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[
<div class="topsy_widget_data topsy_theme_" style="float: right;margin-left: 0.75em; background: url(data:,%7B%20%22url%22%3A%20%22http%253A%252F%252Fmondesfrancophones.com%252Fespaces%252Fafriques%252Fde-l%2525e2%252580%252599afrique-aux-antilles-le-dialogue-de-deux-sages%252F%22%2C%20%22style%22%3A%20%22small%22%2C%20%22title%22%3A%20%22De%20l%E2%80%99Afrique%20aux%20Antilles%20%3A%20le%20dialogue%20de%20deux%20sages%20%23%22%20%7D);"></div>
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<dl>
<dt><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/Mouelle-Michalon.jpg"><br />
<img class="size-full wp-image-4411 " src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/Mouelle-Michalon.jpg" alt="" width="235" height="363" /></a></dt>
<dd>Thierry Michalon et Ebézéner Njoh Mouelle : l’État et les clivages ethniques en Afrique <a title="" href="/Users/Jess/Downloads/Art%20NM%20-%20TM%20(MF).doc#_edn1">[i]</a></dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify">Deux intellectuels de bonne volonté dialoguent de part et d’autre de l’Atlantique : un Camerounais, Ebézéner Njoh Mouelle, universitaire, ancien ministre et un Français, Thierry Michalon, universitaire lui aussi, qui a effectué une partie de sa carrière en Afrique avant de se retrouver aux Antilles françaises, en Martinique. Tous les deux auteurs d’ouvrages décapants dans lesquels ils ne se privent pas de mettre le doigt là où ça fait mal<a title="" href="/Users/Jess/Downloads/Art%20NM%20-%20TM%20(MF).doc#_edn2">[ii]</a>. Les malheurs des Africains indépendants d’un côté, et le malaise des Antillais toujours dépendants de la France de l’autre, sont connus. Encore faut-il les comprendre et être prêt à proposer des solutions – en acceptant, certes, le risque qu’elles soient contestées. Thierry Michalon et E. Njoh Mouelle ont fait, chacun de leur côté, cet effort de compréhension et ils ont pris ce risque. Ils confrontent leurs points de vue dans <em>l’État et les clivages ethniques en Afrique</em>, un ouvrage bref mais dense et qui déborde d’ailleurs largement le thème indiqué par le titre. <em></em></p>
<p style="text-align: justify">Deux auteurs, donc, deux honnêtes hommes, « pessimistes actifs » qui, sans se cacher l’ampleur des difficultés, conservent l’espoir du monde meilleur dont ils cherchent à définir les contours. Ils sont amis, ce qui ne les empêche pas d’aboutir souvent à des constats de désaccord, par exemple lorsqu’il s’agit de peser la responsabilité de l’Occident dans les malheurs du continent africain. Ces points de divergence entre eux ne sont pas les moins instructifs, et ce aussi bien pour les auteurs – qui sont contraints de s’interroger sur la validité de leurs arguments – que pour nous lecteurs – obligés que nous sommes à réfléchir par nous-mêmes puisqu’aucune « vérité » ne nous est imposée.</p>
<p style="text-align: justify">Th. Michalon est un constitutionnaliste. Un temps partisan d’un « fédéralisme ethnique » pour les États africains, il défend maintenant un modèle de démocratie « consociative » (« un type d’État <em>unitaire</em> fondé sur la représentation – à la proportionnelle – des citoyens selon leurs appartenances communautaires, culturelles, identitaires »), s’étant rendu compte que la fameuse « solidarité » africaine, dont on fait si grand cas, a surtout pour effet de faire peser sur les individus des contraintes (familiales, claniques, etc.) qui s’opposent à l’intérêt général bien plus qu’elles ne le favorisent. D’où l’idée qu’il est préférable de confier l’essentiel des responsabilités en matière politique à l’État central plutôt qu’à l’échelon local, pourvu que soit assurée une représentation équitable de toutes les composantes de la société. L’État central, plus « éloigné » de la population, est davantage capable en effet d’imposer les règles de droit. Il devra s’appuyer pour ce faire sur des corps d’élite de préfets et de magistrats, ses instruments au service d’une « déconcentration solide ».</p>
<p style="text-align: justify">Un tel schéma soulève néanmoins des objections. E. Njoh Mouelle remarque par exemple que les groupes les plus faibles numériquement ne pourraient jamais faire prévaloir leur point de vue (à moins qu’il ne coïncide avec celui de la majorité). Il est vrai que Th. Michalon fait preuve là-dessus de beaucoup d’optimisme puisqu’il soutient que la démocratie s’avère la procédure efficace pour faire émerger les compromis indispensables entre les intérêts particuliers, dès lors que « l’égalité face à la règle » est garantie. Sans doute, mais peut-on lui demander, comment émergeront les corps d’élite chargés de faire respecter les lois dans des pays gangrénés par la corruption et le népotisme ? Même en admettant que l’on puisse former des cadres compétents et intègres à l’étranger, et leur assurer un revenu suffisant pour qu’ils ne soient pas immédiatement tentés de s’enrichir aux dépens de la collectivité, les préfets et magistrats seront soumis à l’autorité de responsables politiques élus, en position de leur imposer des décisions contraires à l’intérêt général. Que l’on songe simplement à ce qui se passe dans un pays comme la France, pourtant « patrie des droits de l’homme », où la justice n’est toujours pas vraiment indépendante après des siècles d’apprentissage de la démocratie ! Comment croire, au vu de cet exemple, qu’un simple changement des institutions suffirait à mettre fin aux problèmes les plus graves que rencontrent les États africains ?</p>
<p style="text-align: justify">Sans doute n’y a-t-il aucune raison de désespérer de l’Afrique sur le long terme. Mais en attendant, il est frappant que les deux auteurs – bien qu’ils divergent sur les causes – se rejoignent sur le constat qui a fait tellement hurler venant du président Sarkozy : « L’Africain n&#8217;est pas encore dans le coup de l&#8217;organisation moderne et industrielle de la production. Il continue de se comporter, par rapport au temps, selon le mode induit par l&#8217;organisation préindustrielle de la production » (E. Njoh Mouelle). « Les sociétés africaines s&#8217;avèrent peu aptes au développement de l&#8217;économie de marché, la culture prévalant en leur sein décourageant l&#8217;investissement, le profit, la réussite personnelle, etc. » (Th. Michalon). En admettant que ce constat soit fondé, est-il malgré tout possible d’accélérer la marche de l’Afrique vers le progrès ?  Faut-il compter, comme le fait E. Njoh Mouelle, sur l’apparition d’un homme providentiel ? Si la proposition peut choquer – et elle ne manque pas de faire réagir Th. Michalon – n’a-t-elle pas néanmoins quelque chose de séduisant ? Car il est vrai que certains pays ont connu un développement particulièrement remarquable sous la houlette d’un dictateur éclairé, Singapour étant peut-être le cas le plus emblématique. On ne peut pas ne pas voir combien ce serait stimulant pour tous les pays de l’Afrique sub-saharienne si l’un d’entre eux au moins donnait l’exemple d’une réussite semblable. Nous n’en sommes malheureusement pas là pour l’instant, puisque les pays jadis les plus exemplaires comme le Sénégal (pour son régime politique) oula Côte-d’Ivoire (pour ses performances économiques) sont entrés en décadence. Les dictateurs ne manquent pas en Afrique, hélas, les lumières leur manquent !</p>
<p style="text-align: justify">Il est impossible, dans le cadre d’une brève recension, de rendre compte de l’ensemble de ce livre, petit par le nombre de pages mais très dense quant aux idées qu’il met en avant. Pour autant, on ne saurait faire l’impasse sur l’avant-dernier chapitre, intitulé « Dans les territoires insulaires français, des blocages semblables à ceux de l’Afrique ? », car lesdits territoires (Corse comprise) sont caractérisés par une forte résistance à la règle et par une faible légitimité de l’État, deux traits qui ne sont pas sans rapport avec ceux que l’on peut observer dans les « démocraties » à l’africaine. Les mêmes maux appellent les mêmes remèdes : il importe que les principaux cadres d’État <em>ne</em> soient <em>pas</em> originaires du territoire qu’ils ont à administrer, dans ces territoires isolés de la République française aussi bien que dans les circonscriptions ou autres districts africains. « Si la démocratie demande à chacun d’exprimer ses <em>désirs</em>, la République lui demande au contraire de les taire, et lui <em>impose </em>le respect des règles », souligne Th. Michalon. Or on impose très difficilement à son voisin ou son cousin une règle qui, bien que d’intérêt général, contredit son intérêt particulier ; d’où l’importance d’avoir des représentants de l’État étrangers au lieu où ils sont appelés à exercer. À bon entendeur, salut !</p>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
<div style="text-align: justify">
<p><a title="" href="/Users/Jess/Downloads/Art%20NM%20-%20TM%20(MF).doc#_ednref1">[i]</a> Thierry Michalon et Ebézéner Njoh Mouelle : <em>l’État et les clivages ethniques en Afrique – Dialogues et propos échangés sur internet</em>, ouvrage édité simultanément par Ifrikiya, collection « Interlignes », BP 6627 Yaoundé, Cameroun, 2011, 135 pages, 5.000 francs CFA et par les Éditions du CERAP, collection « Controverses », Abidjan, 2011, 174 pages, 5.000 francs CFA.</p>
</div>
<div>
<p style="text-align: justify"><a title="" href="/Users/Jess/Downloads/Art%20NM%20-%20TM%20(MF).doc#_ednref2">[ii]</a> Voir en particulier, de Th. Michalon, <em>L’Outre-mer français – Évolutions institutionnelles et affirmations identitaires</em>, dont nous avons rendu compte ici-même.</p>
</div>

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		<title>La zone euro : Des Piigs aux Piifs</title>
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		<pubDate>Fri, 11 Nov 2011 12:25:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mherland</dc:creator>
				<category><![CDATA[Economies]]></category>

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		<description><![CDATA[&#160; Bien que la situation de la zone euro soit particulièrement instable, ce qui complique la tâche du commentateur, il est quand même possible de s’entendre sur quelques constats. L’unification monétaire de l’Europe en l’absence d’une véritable structure étatique européenne était en tout état de cause risquée ; elle le devenait encore davantage à partir du [...]]]></description>
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<p><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/economies/la-zone-euro-des-piigs-aux-piifs/attachment/crumbling_euro_1483065/" rel="attachment wp-att-4353"><img class="alignleft size-full wp-image-4353" title="crumbling_euro_1483065" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/crumbling_euro_1483065.jpg" alt="" width="500" height="399" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Bien que la situation de la zone euro soit particulièrement instable, ce qui complique la tâche du commentateur, il est quand même possible de s’entendre sur quelques constats.</p>
<p>L’unification monétaire de l’Europe en l’absence d’une véritable structure étatique européenne était en tout état de cause risquée ; elle le devenait encore davantage à partir du moment où l’euro s’installait durablement comme une monnaie « forte »</p>
<p>Commençons par le premier point. Les unions monétaires interétatiques ont toujours échoué. Voir par exemple l’Union Latine… Par contre, lorsqu’une fédération se constitue elle adopte tout naturellement une monnaie unique qui devient pour elle un attribut parmi d’autres de sa souveraineté. La différence entre l’union monétaire interétatique et la fédération tient à l’existence d’un exécutif fédéral et d’autres institutions non étatiques pourvues de ressources propres (impôts, cotisations sociales) en provenance de toute la fédération et qui sont dépensées dans toute la fédération. Ce double flux de recettes et de dépenses a pour effet de redistribuer les ressources entre les collectivités composantes. Par exemple si l’un d’elle est affectée par la récession et le chômage, elle versera moins d’impôts et de cotisations sociales à la fédération dont elle recevra par contre des transferts plus importants (subventions diverses, indemnités versées aux chômeurs, etc.). Inversement, une collectivité composante prospère versera au niveau fédéral davantage qu’elle n’en recevra. Ces transferts, appelés stabilisateurs automatiques par les économistes, jouent un rôle essentiel pour aider les collectivités en difficulté. Ils leur permettent de dépenser plus qu’elles ne gagnent – ce qui est nécessaire aussi bien pour stabiliser le niveau de vie que pour relancer l’économie – sans avoir obligatoirement besoin de s’endetter. Il est au demeurant possible – et sans doute souhaitable – que la fédération décide de limiter la capacité d’endettement des collectivités membres ou des organismes sociaux. Une interdiction pure et simple pour les collectivités composantes ne serait cependant pas opportune,  la variation de la dette restant l’un des instruments sur lesquels peut jouer une collectivité en décalage conjoncturel par rapport au reste de la fédération pour modifier sa situation.</p>
<p>En tout état de cause, l’arme budgétaire doit être maniée avec précaution. Dans une fédération où les capitaux se déplacent librement, les taux d’imposition du capital ne peuvent guère se différencier d’une composante à l’autre, à moins d’avoir de très bonnes raisons pour accepter la concurrence fiscale. On peut ainsi imaginer qu’une région particulièrement déprimée soit autorisée à pratiquer des taux d’imposition nettement inférieurs à ceux du reste de la fédération, à condition que ce soit pour une durée limitée.</p>
<p>Il manque à la zone euro, qui demeure pour l’essentiel une construction interétatique, aussi bien l’État fédéral et ses stabilisateurs que les règles limitant la dérive budgétaire des États membres. La crise interne dont nous observons tous les jours les nouvelles péripéties n’a pas d’autre explication. Certes des garde-fous étaient prévus : le déficit budgétaire annuel de chaque État membre devait rester inférieur à 3% du PIB et l’endettement cumulé ne pas dépasser 60% de ce même PIB. On sait ce qu’il en est advenu ! C’est que, dans une organisation confédérale, chacun fait ce qu’il veut. Sans s’appesantir sur le cas de la Grèce dont le déficit s’établit à 10% et la dette à 165 % du PIB, les chiffres correspondants, pour la France, atteignent presque 6% et 90%, bien loin donc des critères de Maastricht. Le budget voté pour 2011 est tout à fait symptomatique à cet égard : « l’impasse » budgétaire s’élevait à 90 milliards sur des dépenses totales de 360 milliards. Vous avez bien lu : les recettes normales (impôts et taxes, soit 270 milliards) ne représentent que les trois quarts des dépenses. L’État français finance le quart de ses dépenses par l’endettement ! Ce chiffre mesure l’ampleur de l’effort à accomplir pour supprimer le déficit : réduire d’un quart les dépenses ou augmenter d’un tiers les recettes fiscales<a title="" href="#_ftn1">[1]</a>.</p>
<p>Un tel effort, on ne voit pas que le président français actuel en soit capable, et encore moins son challenger de gauche. Au demeurant, comme le montre l’exemple grec, adopter aujourd’hui une politique de rigueur, alors que la récession est à notre porte, a toutes les chances d’aboutir à un résultat inverse de celui souhaité, c’est-à-dire d’alourdir le déficit (par baisse des rentrées d’impôts, puisque celles-ci dépendent du niveau d’activité) au lieu de l’alléger.</p>
<p>Il ne faut donc pas s’attendre à ce que l’endettement de la France se réduise suffisamment pour rassurer les marchés : la perte du « triple A » paraît programmée. Les rodomontades présidentielles n’y changeront rien. Des années de laxisme budgétaire, y compris dans les périodes de croissance où l’on aurait pu redresser la barre, finissent toujours par se payer d’une manière ou d’une autre !</p>
<p>On a beaucoup glosé, avec quelques ricanements – en particulier du côté français –, sur les « PIIGS », ces pays fragilisés par un endettement excessif : Portugal, Irlande, Italie, Grèce et Espagne (Spain). Au point où nous sommes rendus, il est permis de douter que la Grèce – en dépit de ses efforts, et malgré l’aide apportée par les autres pays européens et le FMI – puisse demeurer encore très longtemps dans la zone euro. Par contre, il est plus que vraisemblable que la France basculera sous peu dans le camp des pays considérés comme critiques. Exit donc la Grèce et les « PIIGS » et bienvenue à la France au sein des « PIIFS » !</p>
<p>Pour ceux qui pourraient en douter, le <em>spread</em> (écart) des taux entre les emprunts (à dix ans) du gouvernement français et du gouvernement allemand atteint désormais 1,25 %. C’est certes moins que pour la Grèce (plus de 20%) ou même l’Italie (4,5%) mais ce n’est que le début d’un processus qui semble inéluctable. Or, faut-il le rappeler, chaque fois que le taux auquel un gouvernement s’endette augmente, cela creuse mécaniquement son déficit (en ce qui concerne la France, 1 point de taux d’intérêt supplémentaire entraîne une charge supplémentaire de 15 milliards d’euros).</p>
<p>Quelles sont alors les perspectives de la zone euro ? Face à l’urgence on peut rêver que les pays membres, enfin convaincus que les seules unions monétaires stables s’inscrivent dans un cadre fédéral, décident la transformation de la zone euro en une fédération. Hélas, nul ne croit sérieusement à une telle éventualité, même si elle comblerait d’aise, évidemment, tous ceux qui militent pour des États-Unis d’Europe.</p>
<p>Dans un numéro récent du journal <em>Libération</em> (4 novembre 2011), un certain Pierre Haroche, présenté comme doctorant en science politique, propose un scénario différent. Selon lui, la construction européenne n’est pas la réalisation progressive de l’idéal d’une élite volontariste. Tout au contraire, il la voit comme « un processus largement involontaire, porté par des acteurs ne cherchant qu’à préserver leur pouvoir sous l’emprise de contraintes nouvelles ». S’il faut en croire cet auteur, les gouvernants des pays européens n’accepteront que les budgets nationaux soient mis sous contrôle seulement parce qu’ils veulent échapper aux inconvénients du laxisme budgétaire des autres. Or chacun d’eux ne peut obtenir la discipline des autres que s’il l’accepte lui aussi ! C’est seulement ainsi qu’un progrès vers l’intégration budgétaire pourrait être réalisé.</p>
<p>Les décisions récentes au sein de la zone euro ne contredisent pas cette analyse. Il n’est pas garanti pour autant que les gouvernements se plient mieux à la nouvelle discipline qu’à celle de Maastricht. Les perspectives seraient certes différentes en cas d’une croissance suffisante mais celle-ci n’est pas, pour l’heure, à l’ordre du jour. La Chine ralentit – comme, en Europe même, l’Allemagne – et ce n’est pas le léger sursaut de l’économie américaine qui apportera à l’économie mondiale le sursaut dont elle a besoin.</p>
<p>La situation actuelle a quelque chose de paradoxal : jusqu’ici <em>la crise de la zone euro</em> n’a pas débouché sur <em>une crise de l’euro</em>. Le taux de change euro/dollar reste bloqué en effet autour de 1,40 dollar, un taux beaucoup trop élevé pour permettre à la plupart des pays de la zone de retrouver leur compétitivité. Malgré le confortable excédent de la balance courante de l’Allemagne, la zone euro est désormais déficitaire. Tel est particulièrement le cas de la France, longtemps excédentaire mais dont le déficit des comptes courants « grignote » désormais à lui seul près de la moitié du surplus allemand.</p>
<p>Avec cette divergence de fait entre les situations économiques de la France et de l’Allemagne, il n’est plus imaginable que le « couple franco-allemand » continue bien longtemps d’imposer son leadership politique sur la zone euro.</p>
<p>Nous espérons nous tromper, mais enfin tout porte à redouter un divorce entre les deux pays moteurs de la construction européenne. Si cette hypothèse se réalise, il en sera fait de la zone euro.</p>
<p>Michel Herland, 8 novembre 2011.</p>
<div><br clear="all" /></p>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref1">[1]</a> Le gouvernement français compte également dégager quelques recettes en vendant ses « bijoux de famille » (hôtels particuliers des ministres, par exemple). Il ne peut s’agir que d’un expédient qui appauvrit l’Etat et trouve rapidement ses limites.</p>
</div>
</div>

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		<title>Douce France</title>
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		<pubDate>Fri, 14 Oct 2011 18:46:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mherland</dc:creator>
				<category><![CDATA[Economies]]></category>
		<category><![CDATA[Frances]]></category>
		<category><![CDATA[Politiques]]></category>

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		<description><![CDATA[Rien ne vaut l’éloignement de la terre natale pour qui veut porter sur elle un jugement tant soit peu objectif. En l’occurrence la distance n’était pas grande puisque nous nous sommes contentés de traverser les Pyrénées. Les Français – enfin beaucoup d’entre eux – ont tendance à voir leur pays comme le nombril du monde. [...]]]></description>
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<p style="text-align: justify">Rien ne vaut l’éloignement de la terre natale pour qui veut porter sur elle un jugement tant soit peu objectif. En l’occurrence la distance n’était pas grande puisque nous nous sommes contentés de traverser les Pyrénées.</p>
<p style="text-align: justify">Les Français – enfin beaucoup d’entre eux – ont tendance à voir leur pays comme le nombril du monde. Son ancienne culture, ses monuments, le raffinement de sa cuisine, ses écrivains, ses intellectuels et ses artistes sont réputés lui conférer un prestige à nul autre pareil. Un prestige qui ne résiste pas, cependant, à un bref séjour à l’extérieur.</p>
<p style="text-align: justify">A priori l’Espagne ne semble pas une concurrente bien redoutable : ne s’agit-il pas d’un pays qui traverse une crise économique majeure, avec un taux de chômage apocalyptique et une immigration irrépressible ? Ce n’est pas par hasard que l’Espagne <em>(Spain) </em>fait partie des horribles « PIIGS », ces pays dont l‘impéritie menace la zone euro. Un voyage dans ce pays par les transports en commun, et la visite de quelques hauts lieux touristiques à la propreté immaculée, ont suffi pourtant à nous convaincre que les Français avaient bien des choses à lui envier.</p>
<p style="text-align: justify">Ses trains par exemple. Les trains à longue distance de la société nationale « Renfe » offrent un degré de confort en seconde classe supérieur à celui que l’on peut espérer même des wagons de première de la SNCF. Qu’on en juge : une prise de courant sur chaque siège pour ceux qui souhaitent utiliser leur ordinateur, des films projetés sur des écrans judicieusement installés dans tout le wagon, avec distribution d’écouteurs individuels à la clef, comme dans un avion. Le contrôle qui inclut l’examen des bagages dans un scanner (à nouveau comme dans le transport aérien) a lieu avant l’embarquement, ce qui n’empêche pas que des contrôleurs passent à plusieurs reprises dans le train, sans avoir besoin d’importuner les passagers puisqu’ils ont en main la liste des sièges réservés.</p>
<p style="text-align: justify">Rentrés en France, nous nous sommes retrouvés, ma compagne et moi, dans un train interrégional « TEOZ », ralliant Toulouse à Paris. Première déconvenue, le wagon n° 7 dans lequel nos places étaient réservées n’existait tout simplement pas, le train n’en comportant que six. Après avoir consulté vaguement une liste, le contrôleur présent sur le quai a orienté les personnes dans notre cas vers les places numérotées entre 50 et 60 de n’importe quel wagon. Naturellement, beaucoup de ces places étaient déjà occupées, d’autant que nous étions un vendredi soir, à une période de forte affluence. Les voyageurs du wagon n° 7 s’assirent là où ils pouvaient, ou se mirent à errer, en traînant leurs bagages, à la recherche d‘un endroit ou se caser.</p>
<p style="text-align: justify">Une fois le train démarré, un appel des deux contrôleurs du train invita les voyageurs dans notre cas à les rejoindre et des places dûment disponibles nous furent alors distribuées. Ma compagne et moi-même eûmes la chance, croyions-nous, d’être surclassés. Certes, nous n’aurions pas droit au cinéma gratuit et il n’existait que deux prises électriques pour un compartiment de six places (contre aucune en seconde) et qui se révélèrent hors d‘usage (!), néanmoins les sièges étaient plus confortables, le décor un peu plus avenant que dans la classe inférieure. Par contre, rien n’était prévu pour s’essuyer les mains dans les toilettes, pas plus de serviettes en papier que de séchoir électrique…</p>
<p style="text-align: justify">Enfin, nous nous serions malgré tout estimés satisfaits,… s’il n’y avait eu les autres voyageurs ! Sans doute la France fut elle naguère le phare de la civilisation : nous nous plaisons en tout cas à le croire. Force est de constater que ce temps est désormais révolu. La crasse de nos villes, encombrées de canettes vides, de papiers gras et envahies par des déjections qui ne sont pas nécessairement celles des chiens mais trop souvent celles de leurs maîtres, démontre hélas que, contrairement à certains autres peuples, nous n’avons pas vraiment progressé en matière de propreté depuis le Grand Siècle.</p>
<p style="text-align: justify">Des règles existent pourtant, mais elles sont loin d’être suivies par toute la population. Il conviendrait donc, semble-t-il, de les lui inculquer de force. Hélas, le principal des maux français est peut-être cette incapacité à contraindre dont font preuve nos autorités : elles-mêmes souvent peu respectueuses des règles, elles ne seraient au demeurant pas vraiment qualifiées pour imposer une politique d’ordre public…</p>
<p style="text-align: justify">Un examen même superficiel des comportements des fonctionnaires chargés de faire respecter les lois fait apparaître combien ils sont réticents à exercer leur métier. Les policiers répugnent à arrêter des délinquants dont ils savent qu’ils seront absous par les magistrats. Les magistrats répugnent, quant à eux, à condamner ces « petits » délinquants, d’une part faute d’un nombre de places suffisant dans les prisons et d’autre part, peut-être, dans un souci louable d’équité par rapport aux puissants qui savent trop bien échapper au glaive de la Justice. On pourrait faire le même constat pour les inspecteurs du travail, ou du fisc, qui ne pèchent pas – c’est le moins qu’on puisse dire – par excès de zèle ! Et c’est ainsi que se généralise, à tous les échelons de la société, le mépris des lois.</p>
<p style="text-align: justify">Il eût été surprenant que les trains échappassent à ce processus. Au cours d’un voyage d’une durée de sept heures, avec à peu près autant d’arrêts, les contrôleurs ont effectué un seul passage, vers le milieu du trajet. Comme il n’y a pas de contrôle à l’embarquement ni au débarquement, n’importe qui peut donc monter dans le train sans billet vers la fin du voyage, le risque d’être pris en faute étant nul ou presque. Inutile de dire que les personnes les moins éduquées, c’est-à-dire les moins dressées au respect des règles, souvent des jeunes des cités naufragées de la « République », ne refusent pas une occasion pareille. C’est ainsi que nous vîmes monter, deux gares avant la fin du parcours, une bandes de « sauvageons » qui, à l’évidence n’avaient pas un billet de première classe et, probablement, pas de billet tout court.</p>
<p style="text-align: justify">Par chance ceux-là ne démontraient aucune agressivité et n’entreprirent pas de nous dévaliser. Ils se contentèrent – si l’on peut dire – de se comporter comme s’ils étaient seuls au monde, criant et riant, ou hurlant dans leur téléphone, sans aucun égard pour la tranquillité des autres passagers. Or, vu l’heure tardive – on approchait de minuit – ces derniers, pour la plupart depuis de longues heures dans train, aspiraient au repos.</p>
<p style="text-align: justify">Tout cela pour ça ! dira-t-on. Tout ce billet pour un non événement : des jeunes sans doute désargentés qui voyagent gratis et qui s’amusent. Il n’y a vraiment pas de quoi fouetter un chat !</p>
<p style="text-align: justify">Effectivement, et l’objet de ce papier n’est nullement de mettre en accusation ces jeunes gens qui n’ont fait que ce qu’ils savaient faire… puisqu’on ne leur a jamais appris autre chose. Lorsque les comportements d’incivilité se multiplient dans une société, il est parfaitement vain d’incriminer les incivils. Quoi qu’en pensent certains indécrottables optimistes, la nature humaine ne produit pas spontanément des individus policés, propres et courtois. L’humain naît inachevé et malléable. Élevé parmi les loups, il deviendra loup. Qu’on lui apprenne donc à respecter les autres comme à se respecter lui-même si l’on veut en faire un citoyen modèle.</p>
<p style="text-align: justify">Évidemment – tous les parents le savent – cet apprentissage exige autant d’efforts de la part des maîtres que des apprentis. La France est-elle capable d’un tel sursaut ? Rien, malheureusement, ne permet de le penser aujourd’hui.</p>
<p style="text-align: justify">_______________________________</p>

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		<title>Un numéro des Temps Modernes sur les événements des Antilles en 2009</title>
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		<pubDate>Fri, 06 May 2011 08:06:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mherland</dc:creator>
				<category><![CDATA[Caraïbes]]></category>

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<p style="text-align: justify">Il faut remercier Claude Lanzmann d’avoir consacré la dernière livraison des <em>Temps modernes</em> aux émotions populaires qui ont agité la Guadeloupe et la Martinique au premier trimestre 2009. Peut-être ce choix n’est-il pas étranger au fait qu’il a lui-même atterri au Raizet en décembre 2008, un soir où les routes de Guadeloupe étaient déjà bloquées par de nombreux barrages (cf. le récit de Juliette Simont, p. 4 à 6). Quoi qu’il en soit <em>Les</em> <em>Temps Modernes</em> font une œuvre salutaire en rouvrant le dossier antillais, deux ans après les événements de 2009.</p>
<p style="text-align: justify">Le numéro a été coordonné par Jean Bourgault, membre de la rédaction de la revue, qui signe une introduction optimiste (« de l’art créole, art [au sens de savoir faire] d’inventer le neuf au sein de la contrainte, on peut attendre qu’il n’ait pas fini de nous étonner », p. 37) et livre deux entretiens « empathiques » avec Élie Domota et Patrick Chamoiseau. Le numéro, qui s’ouvre sur un poème d’Édouard Glissant (« La pierre »), recense une vingtaine de contributions, la quasi-totalité par des auteurs originaires des Antilles, pour la plupart des intellectuels engagés depuis de longues années dans les débats politico-identitaires qui agitent le microcosme antillais. Les articles ne se rattachent pas moins à des genres différents (celui du chercheur, du témoin, du militant), avec parfois des correspondances inattendues, par exemple à propos du processus d’acculturation de la société antillaise, dénoncé par P. Chamoiseau et qui trouve sa frappante illustration dans la monographie d’une sociologue, Marlène Hospice, où se trouve décrit le parcours de trois Antillais appartenant à trois générations différentes.</p>
<p style="text-align: justify">L’entretien avec P. Chamoiseau contient de nombreuses pistes de réflexion. On retiendra en particulier son explication d’un phénomène particulièrement frappant de nos jours, celui de la dépolitisation des jeunes Antillais : il leur manquerait, selon P. Chamoiseau, un ressort essentiel, la frustration, pour qu’ils éprouvent le besoin de se révolter, ou au moins de se mobiliser (p. 159). Une telle intuition, qui pointe en direction de l’économie libidinale freudienne, mériterait à coup sûr d’être développée. De même pourra-t-on retenir l’idée suivant laquelle la force du capitalisme tiendrait avant tout à sa capacité à manipuler directement les imaginaires individuels, alors que les tentatives pour le renverser feraient nécessairement appel à des logiques collectives. Ou, pour le dire autrement, le capitalisme nous laisse l’illusion d’être libres tandis que les contraintes du socialisme nous apparaissent immédiatement.    </p>
<p style="text-align: justify">Cet entretien intéresse aussi par ce qu’il ne dit pas. Interrogé sur la réception du « Manifeste pour les ‘produits’ de haute nécessité » dont il était l’un des co-auteurs, P. Chamoiseau admet que les Martiniquais ne l’ont pas pris au sérieux mais refuse de s’interroger  sur les raisons de cet échec. Au contraire, affirme-t-il, « maintenant [au vu de la maigreur des résultats des luttes de 2009] le texte prend toute sa force ». Affirmation bien péremptoire. Le <em>Manifeste</em> préconisait la rupture avec le capitalisme : alors comment pourrait-on espérer une telle rupture tant que le capitalisme restera aussi attractif que Chamoiseau lui-même le souligne ? Il ne suffit pas d’en appeler à une « transformation de l’imaginaire » (p. 161) et de nous inviter pour ce faire à nous transformer en « guerrier pacifique » (p. 176) apte à « se réfugier dans le poétique » (sic, p. 177) !</p>
<p style="text-align: justify">L’article de Michel Giraud constitue une sorte de réponse à l’entretien avec P. Chamoiseau. Car si leurs titres se ressemblent – « Il faudrait dire ‘les temps impensables’ » (Chamoiseau) ; « La promesse d’une aurore » (Giraud) – leurs tonalités sont bien différentes. P. Chamoiseau est un homme de lettres (d’où sans doute l’insistance sur cette mystérieuse « poétique » d’où il semble attendre le salut), contrairement à M. Giraud, formé aux sciences politiques et qui ne se paye pas de mots. Dans sa contribution, passionnante mais complexe et, on le verra, en partie contestable, il commence par caractériser les Antilles par la « dialectique » qui s’y instaure entre « la négativité de la sujétion coloniale » et « la positivité des affirmations identitaires » (p. 310), mais c’est pour ajouter aussitôt que ces affirmations identitaires ne sont le plus souvent que l’habillage de « stratégies politiques et sociales » (p. 313). Or ces stratégies apparaissent gouvernées avant tout, selon M. Giraud, par « la passion de l’égalité » (p. 311), par quoi il faut entendre l’exigence d’être traité comme des citoyens à part entière de la République… française. Dès lors, M. Giraud n’a pas de mots assez durs à l’encontre de ceux qu’il appelle les « entrepreneurs identitaires » (p. 321), qui s’érigent en censeurs de tout ce qui ne correspond pas à leur conception d’une antillanité authentique, comme si l’enfermement et le repli sur soi pouvaient être les voies de la libération. M. Giraud cite ici fort à propos É. Glissant qui rejetait toute « outrance renouvelée de spécificités » au profit d’ « une liberté totale de leurs rapports, frayée au chaos même de leurs affrontements ».</p>
<p style="text-align: justify">Bien qu’il ne méconnaisse pas leurs contradictions, M. Giraud range explicitement parmi les « entrepreneurs identitaires » les auteurs de « l’Éloge de la créolité » et ceux du « Manifeste » mentionné plus haut (si bien que P. Chamoiseau, signataire des deux, se trouve doublement visé !). Plus généralement, il entend réfuter la thèse défendue par les intellectuels antillais qui – sous prétexte que le peuple n’assumerait pas suffisamment à leurs yeux son antillanité – considèrent les Antilles comme des « sociétés malades ». Une tentation à laquelle même les plus grands (Césaire, Fanon, Glissant) ont parfois succombé. M. Giraud dénonce comme « cliniciste » cette attitude qui consiste à voir de l’aliénation, du déni de soi, bref « des conduites pathologiques » dans ce qui ne constitue, à ses yeux « fondamentalement, [que] des formes rationnelles d’adaptation ou même de résistance à la domination et à l’exploitation coloniale » (p. 337).</p>
<p style="text-align: justify">L’hypothèse de la rationalité des agents se trouve au cœur de l’explication économique des comportements. Elle n’est certes qu’une hypothèse mais d’une grande puissance explicative. Elle n’est qu’une autre manière de dire que les humains connaissent leurs intérêts (fût-ce confusément) et qu’ils agissent conformément à ces derniers. Dès lors, ayant suffisamment insisté nous-même, dans nos analyses, sur la rationalité du comportement des Antillais, nous ne pouvons qu’être d’accord avec M. Giraud quand il souligne « l’intelligence tactique » du LKP (p. 333) qui a su conduire le mouvement social sans jamais tenter de dépasser les revendications spontanées des manifestants (donc celles qui correspondaient à leur perception de leurs propres intérêts). Par contre, nous divergeons avec M. Giraud à propos de l’idée, toute différente, suivant laquelle « le mouvement populaire poursuivait… l’objectif fondamental d’une égalité républicaine immédiate » (p. 334). M. Giraud, on l’a vu, place la « passion de l’égalité » au centre de son modèle explicatif des sociétés antillaises. Et sans doute a-t-il raison pour le passé. Mais il paraît difficile de le suivre pour aujourd’hui. Faire de l’égalité une fin en soi serait selon nous une forme particulièrement erronée d’essentialisme. Car s’il existe, ce qui reste à prouver (Sartre, le fondateur des <em>Temps Modernes</em> s’est justement employé à prouver le contraire) quelque chose comme « l’essence » de l’homme, il semble encore plus difficile de démontrer qu’elle englobe le désir d’égalité. (Si cette thèse laisse certains lecteurs sceptiques, on ne peut que leur recommander la lecture de Nietzsche. Ils y découvriront que l’idéal égalitaire est l’apanage des faibles, tout simplement parce qu’ils n’ont que des avantages à attendre de l’égalité. Mais qu’il suffit que les faibles deviennent forts pour  se mettre à voir les choses autrement.)</p>
<p style="text-align: justify">Tout cela nous éloigne-t-il de notre propos ? Nullement. Dès qu’on envisage des revendications – que ce soit comme acteur ou comme observateur – on doit s’intéresser au rapport de force. Or cette expression, à notre connaissance, n’apparaît qu’une fois dans le numéro des <em>Temps modernes</em>, dans l’article très bien informé de Jean-Luc Bonniol. Il s’agit d’une remarque presque faite en passant : « le rapport de force [était] favorable, forçant finalement l’État et le patronat à capituler » (p. 111). Or ce constat ne va pas de soi et, en tout état de cause, il mérite d’être expliqué. Il ne va pas de soi que des îles que l’on dit dans une situation coloniale – et en quête d’une égalité introuvable, ajouterait M. Giraud – puisse se trouver dans un rapport de force favorable avec l’État, ce qui est pourtant le cas (car il importe de rappeler que le patronat était prêt pour sa part à résister aussi longtemps que nécessaire à des revendications qui lui paraissaient aberrantes et que c’est l’État et les collectivités locales qui ont dû en premier mettre la main au pot pour financer la « prime de vie chère » et contraindre ensuite les patrons à les suivre). Tout cela incite à penser, soi-dit en passant, que l’expression « situation coloniale » est tout à fait inappropriée, s’agitant des Antilles françaises,… à moins de parler par antiphrase.</p>
<p style="text-align: justify">Les raisons pour lesquelles un tel « colonialisme à l’envers » a pu s’instaurer sont difficiles à comprendre et mériteraient une étude approfondie (à laquelle le Centre de Recherche sur les Pouvoirs Locaux dans la Caraïbe, le CRPLC, auquel appartient M. Giraud, pourrait se consacrer). Quoi qu’il en soit, la tolérance de l’État à l’égard de ses territoires d’outre-mer (Corse comprise) est un fait. Néanmoins, afin qu’un conflit salarial – puisque c’est à quoi s’est résumé, pour l’essentiel, le mouvement de 2009 – s’éternise – comme c’est le cas fréquemment aux Antilles – il faut qu’il ne mette pas en péril l’existence même de l’entité qui doit verser les salaires. Il en va évidemment ainsi pour tout le secteur public : les instituteurs peuvent faire grève pendant toute une année scolaire (comme ils le firent lors de leur combat pour obtenir la même surrénumération que les autres fonctionnaires) sans mettre en péril l’Éducation Nationale. Une particularité remarquable des Antilles réside dans le fait que les entreprises ne risquent pas davantage que le secteur public, puisque, ne travaillant que pour la consommation des Antillais, elles ne peuvent pas perdre les marchés dont dépend leur existence. Une grève longue peut certes avoir des incidences financières mais celles-ci sont rarement cruciales. Il suffit, habituellement, pour les résoudre, de négocier avec l’État – qui sait toujours se montrer compréhensif – un rabais sur les cotisations sociales et sur la TVA. Notons par ailleurs que, pour la plupart des entreprises antillaises, l’interruption temporaire de l’activité n’entraîne pas une baisse significative du chiffre d’affaires : celui qui devait changer les pneus de sa voiture les changera un peu plus tard que prévu mais il les changera, celui qui a vidé son congélateur pendant la grève le remplira une fois la grève terminée, etc.</p>
<p style="text-align: justify">Tout cela signifie que les Antilles, comme tous les territoires français d’outre-mer, vivent sous un régime d’exception, extrêmement favorable à première vue, celui de l’absence de contrainte économique. Cela explique, par exemple, la complaisance de toute la population, patronat compris, à l’égard des exigences ubuesques des dockers. Les dockers métropolitains ont l’habitude, eux aussi, des grèves dures, mais la sanction est alors immédiate : les chargeurs se détournent des ports français et passent par Gênes ou Rotterdam. Un tel détournement de trafic est impossible en Martinique où, comme l’on sait, les dockers touchent des salaires de ministre en travaillant trois fois moins. Mais cela n’a (à première vue) aucune conséquence : les coûts des entreprises se trouvant majorés, elles majorent elles-mêmes leurs prix ; constatant que le coût de la vie augmente, les salariés manifestent et ils finissent par obtenir une prime de vie chère. (Au cas où l’on croirait que nous en voulons particulièrement aux dockers, il va de soi qu’ils ne sont pas les seuls à user de leur pouvoir de monopole, que les entreprises elles-mêmes ne se privent pas, dans certains cas, d’appliquer des taux de marge exorbitants.)</p>
<p style="text-align: justify">Toute médaille a son revers : l’absence de contrainte économique qui caractérise les territoires français d’outre-mer se retourne finalement contre leurs populations. On parle de la « malédiction du pétrole » à propos de beaucoup de pays, riches en pétrole, et qui pourtant ne parviennent pas à se développer. Il en va de même pour l’outre-mer français, à ceci près que la rente pétrolière est remplacée par une rente d’origine étatique. Mais les conséquences sont les mêmes : une population qui vit au-dessus de ses moyens, qui se trouve de ce fait dans l’incapacité de développer des activités économiques compétitives et qui le paye sous la forme d’un chômage anormalement élevé (en particulier, mais pas seulement, chez les jeunes).</p>
<p style="text-align: justify">Ces précisions pourraient laisser penser que nous nous éloignons de notre propos. Il n’en est rien. Tout ce qui précède nous permet d’affirmer, à l’encontre de M. Giraud, que les combats pour l’égalité sont depuis longtemps dépassés aux Antilles. J.-L. Bonniol note d’ailleurs incidemment (p. 93), avec l’air de s’en étonner, que deux récents conflits parmi les plus durs ont été motivés non par une revendication d’égalité mais au contraire par la volonté de préserver certains avantages par rapport aux travailleurs métropolitains. Un tel constat confirme que l’égalité n’est pas une fin en soi. Elle est revendiquée tant que l’on se compare à mieux loti que soit. Elle disparaît au profit de la préservation des avantages acquis dès qu’on se trouve parmi les mieux lotis !</p>
<p style="text-align: justify">On pourrait continuer longtemps, évidemment, la glose sur le contenu du numéro des <em>Temps Modernes, </em>mais il est sans doute préférable d’inciter les lecteurs de <em>mondesfrancophones</em> intéressés par les bizarreries de la France outre-mer à se procurer le numéro 662-663 (janvier à avril 2011) de la revue, où ils trouveront bien d’autres choses à commenter, approuver ou discuter. Car, après tout, c’est à chacun de se faire son opinion.</p>
<p style="text-align: justify">Un dernier mot, quand même, sur le titre fort énigmatique du numéro : « Guadeloupe-Martinique – janvier-mars 2009 : la révolte méprisée ». « Révolte méprisée » : l’expression nous apparaît doublement trompeuse. Car où voit-on une « révolte », alors que le mouvement fut essentiellement festif ? Et révolte contre qui ? Contre l’État français, alors qu’on ne veut à aucun prix se détacher de la France ? Contre les patrons, alors qu’on ne souhaite surtout pas rompre avec le capitalisme ? Et pourquoi ce mouvement – à défaut de révolte il y eut bien un mouvement social prolongé et massif – serait-il « méprisé » ? Parce que l’État a tout fait pour calmer l’émotion populaire et forcer les patrons à céder aux revendications ? Parce que le secrétaire à l’Outre-mer a été débarqué sans ménagement ? Parce que l’État a essayé de reprendre la main en organisant des consultations tous azimuts (baptisées « états généraux de l’outre-mer ») ? Parce que la mise en œuvre concrète des diverses mesures actées dans les accords se heurte à des difficultés, voire à certaines réticences ? Sans doute, sur ce dernier point, mais on voit mal comment il pourrait en aller autrement. Non, vraiment, si le contenu de cette substantielle livraison des <em>Temps Modernes</em> est toujours intéressant, souvent instructif, parfois passionnant, il ne justifie de notre point de vue en aucune manière le titre qui a été retenu. </p>
<p style="text-align: justify">Michel Herland</p>
<p style="text-align: justify">  </p>

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		<title>Jean Durosier Desrivières, un nouveau poète haïtien</title>
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		<pubDate>Thu, 24 Mar 2011 05:29:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mherland</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Jean Durosier Desrivières a quitté son île natale à l’âge de vingt-six ans. Il a vécu en Martinique, avant de revenir en Haïti quelques mois avant le séisme du 12 janvier 2010. Les poèmes réunis dans Bouts de ville à vendre (1) expriment la sidération de l’auteur face à la ville retrouvée, Port-au-Prince, qui défie [...]]]></description>
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<p id="internal-source-marker_0.57255505817011" style="text-align: justify;">Jean Durosier Desrivières a quitté son île natale à l’âge de vingt-six ans. Il a vécu en Martinique, avant de revenir en Haïti quelques mois avant le séisme du 12 janvier 2010. Les poèmes réunis dans Bouts de ville à vendre (1) expriment la sidération de l’auteur face à la ville retrouvée, Port-au-Prince, qui défie toute logique sinon celle de son indestructible vitalité. Si le titre n’était déjà celui d’une autre œuvre inaugurale, d’un autre poète caribéen, mondialement célèbre, ce recueil pourrait s’appeler Cahier du retour au pays natal (2). La catastrophe du 12 janvier 2010 n’est évoquée nulle part, en effet, dans ces quatrains seulement inspirés par la confusion des retrouvailles avec le pays des origines.</p>
<p><img class="aligncenter" src="https://lh4.googleusercontent.com/KSFy_8NhqZ93G6ipA9ySim1mGqaWvgi6mdv10WU_u20DwHlY3dyAx_vAQk0hvTpPds5myBmA5NLRHT6YkYM1Vn6suB-hH13JXsW2dIKQ6t5uV-dQQBI" alt="" width="212px;" height="310px;" /></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Le poème sent le cafard</em>. Ce premier vers indique une première tonalité du recueil, une désespérance que la beauté de la forme ne parviendra pas à occulter.</p>
<address style="text-align: justify;">Ville à la criée</address>
<address style="text-align: justify;">gorgée d’eau et de puanteur</address>
<address style="text-align: justify;">rassasiée de son œuvre</address>
<address style="text-align: justify;">plastique</address>
<p style="text-align: justify;">Port-au-Prince, ville à la criée, ville à vendre, tellement elle semble s’abandonner elle-même. Une ville qui se laisse aller, qui se laisse envahir aussi.</p>
<address style="text-align: justify;">La mer étale</address>
<address style="text-align: justify;">nombre de marques déposées</address>
<address style="text-align: justify;">aux pieds de la capitale</address>
<address style="text-align: justify;">dé(ca)pitée</address>
<p style="text-align: justify;">L’auteur, néanmoins, refuse de se laisser submerger par la tristesse. D’où une deuxième tonalité qui fait résonner une sorte de dérision joyeuse. Port-au-Prince apocalypse, certes. Port-au-Prince tragédie, sans doute. Mais encore Port-au-Prince résiliente, et vivante, et jouisseuse.</p>
<address style="text-align: justify;">Au bas de la ville</address>
<address style="text-align: justify;">une fille en taille-basse</address>
<address style="text-align: justify;">offre au passage sa raie</address>
<address style="text-align: justify;">à l’arrêt</address>
<p style="text-align: justify;">Parfois, le poète se fait surréaliste, nous laissant libre d’interpréter ce qu’il a voulu dire, ou, plus simplement, nous laisser dériver au fil de sa chanson.</p>
<address style="text-align: justify;">La petite commerçante</address>
<address style="text-align: justify;">qui crée la musique du caniveau</address>
<address style="text-align: justify;">du fond de sa culotte en stéréo</address>
<address style="text-align: justify;">j’ouïs</address>
<p style="text-align: justify;">Il faut mentionner pour terminer les illustrations de Gérald Bloncourt, peintre, photographe et poète d’origine haïtienne. Le recueil reproduit six linotypes, faisant appel à des techniques différentes, qui représentent des personnages, hommes ou femmes, plus ou moins stylisés. L’illustration retenue pour la couverture est particulièrement évocatrice du message contenu dans les poèmes.</p>
<p style="text-align: justify;">Michel Herland.</p>
<p style="text-align: justify;">(1) Jean-Durosier Desrivières, Bouts de ville à vendre, poésie d’urgence. Avec six linotypes de Gérald Bloncourt. Paris, Éditions Caractères, 2010, 39 p.</p>
<p style="text-align: justify;">(2) Une lettre manuscrite d’Aimé Césaire à l’auteur est reproduite en fac-similé p. 11.</p>
</div>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>

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		<title>Conte martien</title>
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		<pubDate>Mon, 07 Mar 2011 20:18:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mherland</dc:creator>
				<category><![CDATA[Economies]]></category>
		<category><![CDATA[Pratiques Poétiques]]></category>

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		<description><![CDATA[Contrairement à ce que nous racontent nos astronomes, la planète Mars est habitée par une peuplade intelligente, laquelle n’est pas sans posséder de nombreux points communs avec le peuple des Terriens. Mars est gouvernée par l’empereur Nicol 1er. Ce dernier, retiré dans sa capitale, est surtout préoccupé par son mariage avec la plus belle et [...]]]></description>
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<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Times New Roman; font-size: small;">Contrairement à ce que nous racontent nos astronomes, la planète Mars est habitée par une peuplade intelligente, laquelle n’est pas sans posséder de nombreux points communs avec le peuple des Terriens. Mars est gouvernée par l’empereur Nicol 1<sup>er</sup>. Ce dernier, retiré dans sa capitale, est surtout préoccupé par son mariage avec la plus belle et la plus célèbre des cantatrices de l’empire. Pour le reste, il estime que promesses et beaux discours valent mieux que des actes, ayant pu observer que ces derniers suscitent inévitablement le mécontentement des uns ou des autres. A l’orient de la capitale se situe une ville isolée, ceinte de murailles. On l’a baptisée Matin puisqu’elle se trouve dans la direction où les habitants de la capitale voient le soleil se lever. Matin est avant tout une ville de fonctionnaires et de soldats qui gardent la frontière sur cette marche de l’empire, avec à leurs côtés un petit peuple de commerçants, d’artisans et d’ouvriers. Leur ville étant située dans une région infertile, les Matinaux ont besoin des ressources de l’empire pour se nourrir. Régulièrement, de grands convois de charrettes arrivent à Matin, après avoir traversé une région désertique, et s’arrêtent devant la porte de la ville. Il faut alors décharger les grosses charrettes qui ne pourraient circuler dans les rues étroites et transborder leur chargement sur de plus petites charrettes.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Times New Roman; font-size: small;">A l’origine, le métier de transbordeur était très mal vu, il était réservé à des hommes frustes et pauvres. Seuls, en effet, les Matinaux qui se trouvaient dans une nécessité absolue acceptaient de décharger et de recharger les caisses à la force de leurs bras pour un salaire de misère. Néanmoins, les transbordeurs n’ont pas tardé à comprendre qu’ils étaient la clé de l’approvisionnement des habitants en denrées indispensables, qu’il leur suffisait d’interrompre leur travail et de bloquer la porte pour tenir la ville à merci. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Times New Roman; font-size: small;">Au début – je vous parle d’il y a longtemps – le pouvoir des transbordeurs fut vivement contesté par les autres Matinaux, et les transbordeurs, misérables, n’osaient pas vraiment s’opposer à la majorité de la population. En outre, ils n’étaient pas encore organisés comme aujourd’hui : ils étaient embauchés par des patrons, appelés capitalists, qui pouvaient les renvoyer s’ils ne se montraient pas suffisamment dociles. Ce n’est que petit à petit que les choses ont changé. Il faut dire que, de manière générale, les capitalists ne se souciaient guère du bien-être de leurs employés ; ils ne songeaient qu’à leurs profits. Alors tous les employés, dans toutes les branches d’activités, à travers tout l’empire, eurent l’idée de s’organiser contre les capitalists. C’est ainsi, après des décennies de luttes, qu’ils obtinrent l’autorisation de créer des associations d’employés et l’assurance qu’ils ne perdraient pas leur emploi s’ils interrompaient collectivement le travail pour faire valoir leurs revendications. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Times New Roman; font-size: small;">Ces nouveaux droits, obtenus de haute lutte par les employés, furent une source incontestable de progrès pour l’ensemble de la population. Les capitalists durent mettre un frein à l’exploitation, ce qui ne les empêcha nullement de continuer à s’enrichir, tandis que les employés voyaient leurs conditions de vie s’améliorer sensiblement. Mais il y avait les transbordeurs ! Ces derniers, aussitôt organisés en corporation, utilisèrent à leur seul avantage les droits acquis non sans peine par l’ensemble des employés. Abrités derrière le rempart du droit de grève, ils pouvaient cesser le travail pour un oui ou pour un non, exigeant chaque fois, pour reprendre leur tâche, une augmentation substantielle de salaire et l’embauche de nouveaux transbordeurs (qu’ils allaient chercher généralement dans leurs familles). Cette seconde revendication était d’autant plus extraordinaire que la mécanisation – qui était intervenue entre temps – avait quasiment supprimé tout effort physique chez les transbordeurs et réduit l’effectif nécessaire pour le transbordement des caisses. En réalité, l’augmentation de leur nombre n’avait pour effet que de réduire encore davantage la durée du travail réparti à chacun. Cependant les Matinaux, pressés par la faim, cédaient à leurs revendications.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;">Sous le règne de Nicol 1<sup>er</sup>, la situation à Matin pouvait donc se résumer ainsi : toute une population rançonnée par la corporation des transbordeurs. Ces derniers semi-oisifs et grassement payés, tandis que le reste des habitants se voyait obligé d’acheter les biens de consommation au prix fort, car il n’y avait, bien sûr, personne d’autre que les consommateurs pour supporter le coût des sursalaires et de la sous-productivité des transbordeurs. Nicol 1<sup>er</sup> fut alors saisi du problème de la vie chère à Matin. Les transbordeurs n’étaient pas directement montrés du doigt (on redoutait qu’ils se missent en grève aussitôt) mais nul n’ignorait – pas même l’empereur enamouré – qu’ils étaient une partie du problème, sinon de la solution.  </span></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Times New Roman; font-size: small;">Un beau matin, on vit donc descendre des économists d’une charrette de voyageurs. Ils étaient chargés par l’empereur de lui faire un rapport. Ces experts eurent tôt faits de diagnostiquer le mal : « Vos transbordeurs, dirent-ils aux Matins, sont des transbordeurs qui transbordent fort peu (étant soit en grève, soit en surnombre) : ils sont en réalité des monopols, foi d’économists ! » « Des monopols ? » « Mais oui, ils contrôlent vos importations de marchandises ; ils peuvent donc les rendre rares à volonté, en interrompant leur travail ; or la rareté est une source de revenu, qu’on appelle la rente ».</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Times New Roman; font-size: small;">Ainsi, grâce aux économists, les Matins avaient appris que leurs transbordeurs étaient des rentiers. Cela ne les rassura guère, car ils connaissaient l’existence d’autres rentiers, les maîtres de l’extraction du pétrole dont ils avaient besoin pour faire fonctionner leurs machines, et ils avaient pu constater que personne, sur Mars, n’avait jamais contesté le pouvoir de ces rentiers-là. Ils songèrent, malgré tout, à faire à nouveau appel à Nicol 1<sup>er</sup>, maintenant que les economists les avaient éclairés, mais ceux-ci les en dissuadèrent. Ils expliquèrent que l’empereur n’avait rien fait pour abattre le monopol des transporteurs publics alors que ces derniers prenaient régulièrement la population de la capitale en otage, dans le but d’obtenir divers avantages (quoique, ajoutèrent-ils, des avantages bien moins éclatants que ceux de vos monopols à vous). L’empereur, ajoutèrent les economists, avait promis, lors de son avènement, de réglementer le droit de grève des monopols (c’est-à-dire de le limiter sérieusement) mais, comme toujours avec lui, cela n’avait été que des mots. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;">Que faire, dans ce cas ? Un des économists, le plus vieux, toussota un moment, puis se décida à prendre la parole. « Que pouvez-vous faire ? A mon avis, rien, dit-il. Si vous vous croyez puissants parce que vous êtes toute la population de la ville en face d’une corporation de quelques dizaines de membres, vous vous trompez complètement : ils sont forts et vous êtes faibles. Ils sont forts parce qu’ils ont le droit pour eux, le droit de grève, alors que si vous tentez de briser une grève par la force, vous vous mettrez hors la loi. Certes, le gouverneur pourrait, lui, employer la force sans se mettre hors la loi, car les transbordeurs, s’ils ont le droit d’interrompre leur travail, n’ont pas celui de fermer la porte de la ville et d’interdire tout transbordement ; le gouverneur pourrait ainsi demander aux gendarmes de dégager l’entrée et de décharger les caisses. Hélas pour vous, s’il le pourrait, il ne le fera pas, puisqu’il prend ses ordres à la capitale, où, comme on vient de vous le rappeler, l’empereur a toujours refusé jusqu’ici de briser les monopols des transports publics, qui font pourtant un nombre considérable de victimes. Je vous déçois ? J’entrevois bien un moyen, mais difficile et peu sûr. Manifestez pacifiquement et en nombre, puis mandatez votre échevin pour qu’il porte votre supplique à l’empereur. Qui sait ? Peut-être l’empereur consentira-t-il à changer le droit de grève des monopols, surtout si les citoyens d’autres cités de l’empire se joignent à votre mouvement. Mais tout cela est plus facile à dire qu’à faire. Car demandez-vous qui pourrait organiser un mouvement de protestation de grande ampleur, sinon vos associations d’employés, qui ont l’habitude de ce genre d’actions ? Or la corporation des transbordeurs n’appartient-elle pas à l’association la plus puissante de Matin ? Espérez-vous vraiment voir cette dernière se retourner contre certains de ses membres, alors que la vocation des associations d’employés est de se battre contre les capitalists, pas contre d’autres employés ? N’est-ce pas bien improbable ? Ceci dit, si cela peut vous rassurer, les economists se trompent assez souvent. Alors, ne désespérez pas complètement ; peut-être, après tout, renverserez-vous un jour la dictature de vos transbordeurs ».  </span></span></p>

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		<title>Paradigmes sucriers : Le sucre et les larmes de Pierre Dockès (1).</title>
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		<pubDate>Tue, 11 Jan 2011 04:00:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mherland</dc:creator>
				<category><![CDATA[En librairie]]></category>

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		<description><![CDATA[    Pierre Dockès a consacré plusieurs ouvrages ou articles à la question de l’esclavage comme institution économique et sociale, depuis La Libération médiévale (1979) jusqu’à ses contributions aux tables rondes sur les économies esclavagistes et post-esclavagistes organisées, à intervalle régulier, à Fort-de-France (2). Dans son dernier ouvrage  P. Dockès présente l’histoire mondiale du sucre [...]]]></description>
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<p> </p>
<p> <a href="http://www.laprocure.com/cache/couvertures/9782844461346.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-3807" title="9782844461346" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/01/9782844461346-189x300.jpg" alt="" width="189" height="300" /></a></p>
<p>Pierre Dockès a consacré plusieurs ouvrages ou articles à la question de l’esclavage comme institution économique et sociale, depuis <em>La Libération</em><em> médiévale</em> (1979) jusqu’à ses contributions aux tables rondes sur les économies esclavagistes et post-esclavagistes organisées, à intervalle régulier, à Fort-de-France (2). Dans son dernier ouvrage  P. Dockès présente l’histoire mondiale du sucre depuis les origines jusqu’à aujourd’hui. Il déborde donc aussi bien dans l’espace que dans le temps le programme que s’était fixé Jean Crusol dans son histoire des <em>Îles à sucre</em> (3). Par ailleurs, comme l’ouvrage de P. Dockès est plus bref, pour une matière plus vaste, que celui de J. Crusol, il est nécessairement plus synthétique et si les exemples concrets ne manquent pas, ils ne sont là qu’à titre d’illustration des modes de production du sucre étudiés par P. Dockès.</p>
<p>Plutôt que de mode de production ou de modèle, P. Dockès préfère parler de « paradigme productif », ce par quoi il entend la « représentation dominante de la façon efficiente de produire, combinant des modalités techniques, économiques et sociales ». Or, à de rares exceptions près, le sucre et l’esclavage ont partie liée. Bien que le sucre soit connu depuis l’Antiquité (sous le nom poétique de « miel de roseau »), sa production dans de grands domaines esclavagistes commence à la fin du premier millénaire de notre ère au Moyen-Orient, avant de s’étendre autour de la Méditerranée au fur et à mesure de l’expansion des empires musulmans. La production démarrera plus tardivement en terre chrétienne, puisqu’il faudra attendre le XIIème siècle et les conquêtes des croisés sur les musulmans. En tout état de cause, que les maîtres soient musulmans ou chrétiens, le mode de culture de la canne, au Moyen Âge, ne varie guère. Outre le recours presque systématique à l’esclavage, on peut noter déjà un tropisme îlien. A partir de la Syrie et de l’Egypte, les musulmans feront essaimer la culture de la canne vers le Maroc et l’Espagne mais aussi vers la Sicile, la Crète et Malte. Quant aux Chrétiens qui auront découvert les plantations de cannes en Palestine, ils l’introduiront, au hasard de leurs conquêtes, à Chypre, Rhodes, en Sicile, aux Baléares.  Les esclaves sont souvent des Africains razziés par les Arabes, cependant d’autres filières existent, comme celles qui alimentent les marchés génois et vénitien à partir des Balkans, du Caucase et jusqu’en Russie.</p>
<p>Le sucre est considéré à cette époque comme une épice particulièrement précieuse, utilisée principalement comme un médicament, le goût sucré étant apporté essentiellement par le miel (d’abeilles). La demande, néanmoins, ne cessant de croître, il faut des terres nouvelles qui sont d’abord trouvées, au XVème siècle, sur les îles de l’océan Atlantique proches des côtes européennes (Açores) ou africaines (Madère, Canaries, Cap-Vert, Fernando Po et Sao Tomé. La culture de la canne traversera ensuite l’Atlantique dans la foulée des Grandes Découvertes et s’implantera aux Antilles puis au Brésil dès le XVIème siècle.</p>
<p>Les XVIIème et surtout XVIIIème siècles connaissent une certaine démocratisation du sucre (apparition des premiers confiseurs), tandis que son usage médicinal commence à régresser. L’introduction en Europe du thé, du café et du cacao s’avèrent de puissants stimulants à la consommation du sucre. Du côté de la production, des innovations techniques font leur apparition. Le moulin à trois rouleaux verticaux qui permet un seul passage des cannes est expérimenté au Brésil dès le début du XVIIème siècle. Les méthodes de raffinage s’améliorent : au début du XVIIIème siècle, on ne distingue pas moins de dix qualités de sucre, depuis le sucre brut ou « mouscouade » jusqu’au sucre le plus raffiné, en passant par diverses variétés de « cassonade ».</p>
<p>La question de savoir si le sort des esclaves des plantations sucrières était ou non pire que celui des ouvriers européens dans les manufactures de la révolution industrielle, fait l’objet de débats. L’avantage de l’esclave sur le prolétaire industriel, si l’on peut ainsi parler, tient à ce qu’il n’a pas la hantise du chômage. Si son sort ne peut guère s’améliorer, du moins ne craint-il point qu’il se détériore encore. Selon P. Dockès le sort des esclaves est cependant le moins enviable, non seulement parce que la journée de travail était bien plus longue (dix-huit heures quotidiennes dans les sucreries selon le père Labat repris par P.D.), non seulement parce que l’esclave ne « s’appartenait » même pas formellement, mais surtout en raison du rapport particulier qu’il entretenait avec la mort : celle à laquelle il a échappé lors de la capture et du transport vers les lieux de production et celle dont il était constamment menacé du fait de la violence du maître. Enfin les femmes esclaves subissaient <em>en plus</em> une oppression sexuelle.</p>
<p>Si le XIXème siècle est celui des abolitions de l’esclavage, il est également marqué par des transformations techniques majeures. Parmi celles-ci on compte d’abord l’apparition des moulins à  vapeur (qui redeviennent horizontaux) et des machines à double effet d’évaporation et de cuisson sous vide. Lorsque la taille des habitations n’était pas suffisante pour justifier de tels investissements, comme aux Antilles françaises, leurs cannes étaient traitées dans des usines centrales. Dans les années 1880 la Martinique comptait ainsi vingt-et-une usines, la Guadeloupe vingt-deux. La plus importante d’entre elles, Darboussier, avait alors une capacité de huit mille tonnes de sucre, à comparer avec une production de seulement cinquante à soixante-quinze tonnes pour les habitations-sucreries avant 1848. La découverte du procédé de fabrication du sucre à partir de la betterave constitue une autre innovation capitale qui a un lien avec la précédente, car elle a poussé les planteurs de cannes à se moderniser.</p>
<p>La fortune des planteurs et des économies sucrières a connu des hauts et des bas, au gré des guerres et des fluctuations de la conjoncture mondiale. Les crises ne sont pas sans conséquence sur la situation des ouvriers de la canne, désormais libres et contraints de se battre pour défendre leur pouvoir d’achat. En Martinique, par exemple, la diminution du salaire à la tâche (correspondant à un nombre précis de pieds attachés) conjuguée à un alourdissement  de la tâche aboutit à la grève générale de février 1900. Ainsi, selon P. Dockès, le nouveau paradigme sucrier qui se met en place après les abolitions continue-t-il à porter en lui les principales tares constitutives du paradigme antérieur.</p>
<p>L’auteur repère la circulation de ce nouveau paradigme en différents lieux, à Cuba au début du siècle dernier, en République Dominicaine et au Brésil (1<sup>er</sup> producteur mondial) à partir de 1950. La rentabilité de la production n’est assurée qu’au prix d’une exploitation de la main d’œuvre guère moins écrasante que le joug qui pesait sur les esclaves. Ailleurs, là où la main d’œuvre bénéficie de conditions de vie plus décentes, la production ne se maintient, sauf exception, qu’avec l’aide des pouvoirs publics (quotas, prix garantis).</p>
<p>Le cas de l’Asie est un peu différent dans la mesure où le mode de production esclavagiste n’a jamais été dominant sur ce continent dont la contribution à la production mondiale de sucre est, au demeurant, considérable (l’Inde, la Chine et la Thaïlande sont respectivement les 2<sup>nd</sup>, 3<sup>ème</sup> et 4<sup>ème</sup> producteurs mondiaux). En pratique, néanmoins, la situation des producteurs reste foncièrement marquée par l’exploitation. En Inde, par exemple, les petits paysans victimes des usuriers sont souvent contraints d’abandonner leurs terres et viennent grossir la masse des travailleurs sans terre, à la merci des grands propriétaires féodaux ou de <em>« l’agrobusiness »</em> capitaliste (4).</p>
<p>Il paraît difficile, une fois achevée la lecture du livre de P. Dockès, de ne pas être d’accord avec son titre. La production du sucre est trop souvent associée à la violence, à l’oppression, à la misère des travailleurs. Et ce ne sont pas les perspectives du développement de la production liée à l’éthanol qui incitent d’être plus optimiste sur ce plan-là. Une question, cependant, se pose, qui n’est pas abordée par l’auteur. Y a-t-il vraiment une malédiction du sucre, ou bien faut-il chercher ailleurs la cause de la misère de tant de travailleurs du sucre ? Faut-il incriminer le sucre si les saisonniers haïtiens sont surexploités dans les <em>latifundia</em> de la République Dominicaine ? Ou ne faut-il pas plutôt admettre que les travailleurs haïtiens sont des proies faciles pour les planteurs dominicains, parce qu’ils sont obligés de s’expatrier et d’accepter n’importe quel travail (5) ? Par ailleurs beaucoup de paysans misérables produisent d’autres denrées que le sucre. Et à l’inverse, dans certains pays développés, la production du sucre peut s’avérer rentable sans que les conditions de travail et les salaires se dégradent pour autant ; en contrepartie la main d’œuvre y est très peu nombreuse, la production très mécanisée, les rendements très élevés (entre quinze et vingt tonnes de sucre à l’hectare en Australie contre une dizaine de tonnes au Mexique – 5<sup>ème</sup> producteur mondial – par exemple).</p>
<p>Ainsi le sucre n’est-il pas <em>fatalement</em> associé aux larmes. Simplement, il existe encore sur la planète trop de pays encore sous-développés (même si certains comme le Brésil font partie des « émergents ») où une main d’œuvre surabondante par rapport aux terres disponibles (6) est obligée de se satisfaire de salaires de misère. Il se trouve que ces pays se trouvent tous dans la zone tropicale : Si malédiction du sucre il y a, elle tient donc à la concentration de la production dans les « tristes tropiques ».  </p>
<p>Michel Herland.</p>
<p>(1)    <em>Le Sucre et les larmes – Bref essai d’histoire et de mondialisation</em>, Paris, Descartes &amp; Cie, 2009, 287 p.</p>
<p>(2)    Cf. Fred Célimène et André Legris (dir.), <em>L’Economie de l’esclavage colonial – Enquête et bilan du XVIIe au XIXe siècle</em>. Paris, CNRS Editions, 2002. Et, sous la direction des mêmes, le numéro 41, 7-8/2009 de la revue <em>Economie et Sociétés</em>, série « Histoire de la pensée économique ». D’autres Actes de ces rencontres sont à paraître.</p>
<p>(3)    Cf. notre recension sur <em>mondesfrancophones</em> : « <em>Les Îles à sucre – De la colonisation à la mondialisation</em>, par Jean Crusol ».</p>
<p>http://mondesfrancophones.com/espaces/economies/comptes-rendus/les-iles-a-sucre-de-la-colonisation-a-la-mondialisation-par-jean-crusol/</p>
<p>(4)    La plupart des travailleurs du sucre appartiennent aux couches les plus basses de la société (intouchables, communautés tribales). En outre, l’esclavage pour dette existe toujours en Inde.</p>
<p>(5)    Plusieurs films permettent de se faire une idée assez précise de l’exploitation éhontée de ses <em>« braceros »</em>, par exemple <em>Haïti chérie</em>.</p>
<p>(6)    Sachant qu’une grande part de la superficie utile est accaparée par les <em>« latifundios »</em>.</p>

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		<title>Houellebecq, prix Goncourt</title>
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		<pubDate>Mon, 22 Nov 2010 17:50:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mherland</dc:creator>
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		<category><![CDATA[En librairie]]></category>

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		<description><![CDATA[Houellebecq, prix Goncourt[i] « La question de beauté est secondaire en peinture »[ii]. Qui contesterait que Houellebecq soit l’un des auteurs français les plus détonants du tournant du XXIe siècle ? Avec Extension du domaine de la lutte (1994), Les Particules élémentaires (1998),  La Possibilité d’une île (2005) et quelques autres textes de moindre envergure[iii], il a inventé [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[
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<p style="text-align: justify;">Houellebecq, prix Goncourt<a href="file:///C:/Users/s/Downloads/Houellebecq%20prix%20Goncourt.doc#_edn1">[i]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: right;">« La question de beauté est secondaire en peinture »<a href="file:///C:/Users/s/Downloads/Houellebecq%20prix%20Goncourt.doc#_edn2">[ii]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Qui contesterait que Houellebecq soit l’un des auteurs français les plus détonants du tournant du XXIe siècle ? Avec <em>Extension du domaine de la lutte</em> (1994),<em> Les Particules élémentaires</em> (1998),  <em>La Possibilité d’une île</em> (2005) et quelques autres textes de moindre envergure<a href="file:///C:/Users/s/Downloads/Houellebecq%20prix%20Goncourt.doc#_edn3">[iii]</a>, il a inventé un genre à l’intersection du roman, de la sociologie et de la science-fiction, genre qui, au premier abord, a plutôt surpris. Ses livres ont surtout séduit au départ les intellectuels non-conformistes (les deux termes ne sont pas synonymes !) par leurs analyses décapantes de la société moderne. Le succès s’est ensuite étendu jusqu’au grand public, d’abord attiré par la réputation sulfureuse de l’auteur (à la construction de laquelle ce dernier n’était d’ailleurs pas étranger) puis retenu par son talent de conteur. Ainsi Houellebecq est-il passé progressivement du statut d’écrivain maudit à celui d’auteur incontestable. Son dernier roman, <em>La Carte et le territoire</em>, a reçu l’onction d’une presse unanime. Le prix Goncourt n’a fait que confirmer cette nouvelle unanimité.</p>
<p style="text-align: justify;">Les prix, en France, sont tenus comme un élément indispensable de la « vie littéraire ». Pour le dire simplement, ils font vendre les ouvrages primés et, par le biais des « listes de sélection »,  d’autres romans qui, sans les prix, auraient eu de grandes chances de rester noyés dans l’océan des parutions de la rentrée littéraire. Comme rien n’est parfait, on les critique néanmoins, non seulement à cause des tripatouillages (inévitables ?) entre les maisons d’édition, mais encore, et surtout, parce qu’on considère qu’ils récompensent rarement les meilleurs livres. Et, de fait, si les prix les plus prestigieux ont le mérite de distinguer, <em>grosso modo,</em> les meilleurs auteurs, il reste que l’accord se fait bien souvent sur un auteur confirmé, parce que « son tour est venu », sans trop regarder les qualités du livre particulier qui sera couronné. C’est précisément ce que l’on peut vérifier avec le prix Goncourt décerné cette année à Michel Houellebecq.</p>
<p style="text-align: justify;">Non que son livre soit inintéressant. Au contraire, nous pouvons attester que nous l’avons, comme on dit, « dévoré » en une seule journée. Mais cela ne nous a pas empêché de déplorer les manques par rapport à ce à quoi l’auteur nous avait habitué dans les meilleurs de ses opus précédents. À quoi tient en effet l’originalité des livres de Houellebecq, leur pouvoir percutant ? On a déjà dit qu’il mêlait à sa trame romanesque analyses sociologiques et visions futuristes. Il faut ajouter que les analyses sont sans concession, les anticipations crédibles et que le tout est raconté sur le ton du cynisme et de l’autodérision.</p>
<p style="text-align: justify;">Tout cela, certes, se retrouve bien dans <em>La Carte et le territoire</em>. L’autodérision est même poussée à son comble puisque l’auteur fait de lui-même un personnage de l’histoire et qu’il se traite sans aucun ménagement, se présentant comme le type même du looser alcoolique et asocial. La vision pertinente du futur est bien là, elle aussi, avec le tableau d’une France complètement désindustrialisée qui ne vit plus que de l’agriculture et du tourisme (projection à laquelle, en tant qu’économiste, nous ne pouvons que souscrire…) Quant à l’analyse sociologique, elle est, hélas !, elle aussi, des plus pertinentes, comme on peut en juger par les exemples suivants :</p>
<p style="text-align: justify;">La condition humaine dans les sociétés modernes :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">« Pour ce qu’il en avait pu observer, l’existence des hommes s’organisait autour du <em>travail</em>, qui occupait la plus grande partie de la vie, et s’accomplissait dans des organisations de dimension variable. A l’issue des années de travail s’ouvrait une période plus brève, marquée par le développement de différentes pathologies. Certains êtres humains, pendant la partie la plus active de leur vie, tentaient en outre de s’associer dans des micro-regroupements qualifiés de <em>familles</em>, ayant pour but la reproduction de l’espèce ; mais ces tentatives, le plus souvent, tournaient court, pour des raisons liées à la ‘nature des temps’ » (p. 105).</p>
<p style="text-align: justify;">Une profession particulière, les prêtres de l’Église catholique :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">« Héritiers d’une tradition spirituelle millénaire que personne ne comprenait plus vraiment, autrefois placés au premier rang de la société, les prêtres étaient aujourd’hui réduits, à l’issue d’études effroyablement longues et difficiles qui impliquaient la maîtrise du latin, du droit canon, de la théologie rationnelle et d’autres matières presque incompréhensibles, à subsister dans des conditions matérielles misérables, ils prenaient le métro au milieu des autres hommes, allant d’un groupe de partage de l’Evangile à un atelier d’alphabétisation, disant la messe chaque matin pour une assistance clairsemée et vieillissante, toute joie sensuelle leur était interdite, et jusqu’aux plaisirs de la vie de famille, obligés cependant par leur fonction de manifester jour après jour un optimisme indéfectible » (p. 99).</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, autre cas remarquable, les étudiants d’aujourd’hui :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">« Ses étudiants étaient d’un niveau intellectuel effroyablement bas, on pouvait même se demander, parfois, ce qui les avait poussés à entreprendre des études. La seule réponse, au fond d’elle-même elle le savait, était qu’ils voulaient gagner de l’argent, le plus d’argent possible » (p. 328).</p>
<p style="text-align: justify;">D’où vient, alors, que nous ne parvenions pas à ranger <em>La Carte et le territoire</em> parmi les grands livres de Houellebecq ? D’abord de l’impression dont nous n’avons pu nous déprendre, que ce roman ne correspondait pas, pour l’auteur, contrairement aux trois que nous avons mentionnés plus haut, à une nécessité impérieuse. Sans doute quelqu’un comme Houellebecq éprouve-t-il un besoin irréfragable d’écrire, mais il ne parvient pas à nous convaincre qu’il avait besoin d’écrire ce livre-là en particulier. Certes, le renouvellement du sujet mérite d’être salué – à la quête de l’immortalité physique, qui caractérisait les ouvrages précédents, sont substitués les efforts de l’artiste qui cherche à atteindre l’immortalité à travers son œuvre. Mais alors, pourquoi la question de l’art contemporain, pourtant énorme, n’est-elle jamais abordée sur le mode théorique que Houellebecq affectionne habituellement ? Comme si, face à un domaine nouveau pour lui, il « marchait sur des œufs ». La brièveté de l’ouvrage ne fait que confirmer cette impression d’un travail de commande (une commande que l’auteur se serait passé à lui-même). On aurait tort en effet de se laisser illusionner par le nombre de pages, artificiellement gonflé par la typographie très aérée. Quoi qu’il en soit, les analyses sociologiques, qui font d’ordinaire tout le sel des « romans » houellebecquiens, sont ici réduites <em>a quia </em>; elles ne vont guère au-delà des citations précédentes.</p>
<p style="text-align: justify;">La littérature, entendue complètement, c’est un style + une histoire. L’histoire, ici, est loin d’être inintéressante mais, encore une fois, il y manque toute la « sauce » sociologique<a href="file:///C:/Users/s/Downloads/Houellebecq%20prix%20Goncourt.doc#_edn4">[iv]</a> que Houellebecq concocte habituellement pour l’édification et le bonheur de ses lecteurs. Quant au style, il est parfaitement Houellebecquien ! De ce côté-là, pas de surprise ni dans un sens ni dans l’autre : Houellebecq est capable d’écrire, nul ne le conteste, il sait trousser une histoire qui « scotche » le lecteur. Mais il n’a jamais été un écrivain « formaliste » ; il n’écrit pas dans la langue des lettrés d’aujourd’hui. Sans doute considère-t-il qu’en littérature – comme en peinture (cf. supra) – la beauté est « secondaire ».</p>
<p style="text-align: justify;">Qu’on en juge par l’extrait suivant :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">« Une noire magnifique qui le dépassait d’une tête ; elle portait une robe longue d’un blanc scintillant, aux parements dorés, décolletée dans le dos jusqu’à la naissance des fesses ; la lumière des flambeaux formait des reflets mouvants sur son dos nus » (p. 238)…</p>
<p style="text-align: justify;">… une description qui ne déparerait point dans la série populaire S.A.S. !</p>
<p style="text-align: justify;">S’agit-il d’un second degré ? Qui sait ? Quelle que soit la réponse, on pardonnera à Houellebecq parce qu’il a su nous tenir en haleine, tout en nous faisant, à l’occasion, beaucoup rire. <em>La Carte et le territoire</em> n’est certainement pas son meilleur roman mais il est loin d’être mauvais et, en tout état de cause, Houellebecq – sinon ce livre-là – méritait le Goncourt : son tour était venu.</p>
<p style="text-align: justify;">Novembre 2010.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="file:///C:/Users/s/Downloads/Houellebecq%20prix%20Goncourt.doc#_ednref1">[i]</a> <em>La Carte et le territoire</em> (Flammarion, 2010, 431 p., prix Goncourt 2010).</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="file:///C:/Users/s/Downloads/Houellebecq%20prix%20Goncourt.doc#_ednref2">[ii]</a> <em>Ibid</em>., p 82.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="file:///C:/Users/s/Downloads/Houellebecq%20prix%20Goncourt.doc#_ednref3">[iii]</a> Parmi lesquels nous ne rangeons pas sa poésie, d’une facture classique, agréablement anachronique, qui mérite plus qu’un coup d’œil.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="file:///C:/Users/s/Downloads/Houellebecq%20prix%20Goncourt.doc#_ednref4">[iv]</a> Et, souvent, implicitement moraliste. Cf. Michel Herland, « Houellebecq moraliste malgré lui : <em>Houellebecq au laser</em> de Bruno Viard », <em>mondesfrancophones</em>,</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/Frances/comptes-rendus/houellebecq-moraliste-malgre-lui-houellebecq">http://mondesfrancophones.com/espaces/Frances/comptes-rendus/houellebecq-moraliste-malgre-lui-houellebecq</a> au-laser-de-bruno-viard/</p>
<p style="text-align: justify;">

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