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	<title>MondesFrancophones.com &#187; lrosenzweig</title>
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		<title>Quelles victoires pour Nicolas Sarkozy ?</title>
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		<pubDate>Fri, 03 Feb 2012 01:49:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lrosenzweig</dc:creator>
				<category><![CDATA[La chronique de Luc Rosenzweig]]></category>
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<p><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/politiques/quelles-victoires-pour-nicolas-sarkozy/attachment/sarkozy/" rel="attachment wp-att-4541"><img class="alignleft size-full wp-image-4541" title="sarkozy" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/02/sarkozy.jpg" alt="" width="567" height="420" /></a>Inutile de finasser : la probabilité d’une réélection de Nicolas Sarkozy le 6 mai 2012 est infime, et la « petite chance sur deux » qui lui est attribuée par son vespéral ami Alain Minc relève de l’euphémisme pour dire que c’est vraiment mal barré. Comment pourrait-il en être autrement ? A-t-on jamais vu un chef d’Etat ou de gouvernement gagner les élections quand le chômage explose, le pouvoir d’achat baisse et qu’on ne peut faire autrement que d’augmenter les impôts et réduire les prestations sociales ?<em>« It’s the economy, stupid ! »</em>, le bon sens clintonien vaut des deux côtés de l’océan Atlantique.</p>
<p>L’histoire de la Vème République nous enseigne également que les seconds mandats à l’Elysée se conquièrent dans un contexte de cohabitation, où la défense du bilan repose entièrement sur le premier ministre challenger. De plus, on arrive au bout d’un cycle décennal de pouvoir de droite, ce moment où le peuple estime que l’alternance doit jouer, pour la bonne santé de la démocratie. Enfin, la stratégie de la « rupture dans la continuité », qui fut celle de Giscard en 1974 et de Sarkozy en 2007, est un « one shot » : rompre avec soi-même est un exercice peu propice à vous attirer la faveur des électeurs.</p>
<p>Face à ces tendances lourdes de la vie politique, la personnalité du candidat à sa propre succession est de peu de poids, même si elle fait l’objet de gloses incessantes de la part des commentateurs.<br />
Pourtant, ce n’est pas parce que la défaite est en vue que l’on peut faire n’importe quoi et imiter Néron versifiant pendant que Rome brûle…<br />
En effet, toutes les défaites ne se ressemblent pas : il en est qui sont des désastres et d’autres porteuses de promesses pour le camp politique auquel on appartient. Jospin 2002 ou Ségolène Royal 2007 en sont l’illustration.</p>
<p>Pour Nicolas Sarkozy, accéder au second tour est donc un objectif essentiel, qui est loin d’être acquis : au début de l’année 2002, Le Pen père plafonnait autour de 10-12% dans les sondages et l’on a vu le résultat final. L’omniprésence médiatique des deux « principaux » candidats — chacun son dimanche — a fait passer au second plan la présence de deux candidats, Marine Le Pen et François Bayrou bien décidé à faire « turbuler le système », comme Chevènement le revendiquait pour son compte en 2002. Ils ne vont pas tarder à réapparaître. Dans cette perspective, l’intervention télévisée du 29 janvier de Nicolas Sarkozy était assez bien calibrée : on laisse de côté le discours « sécuritaire », qui renforce le FN, pour se concentrer sur l’économie avec des propositions douces aux oreilles du peuple de droite : la TVA plutôt que l’augmentation de l’impôt sur le revenu, les négociations sociales au niveau de l’entreprise plutôt que des « Grenelle » face aux appareils syndicaux. S’il parvient à conserver sur son nom les suffrages de la droite « bourgeoise » et empêcher qu’elle n’aille rejoindre le camp de François Bayrou, Sarkozy peut éviter le pire, un duel François Hollande-Marine Le Pen qui serait une sorte de Fukushima de la droite. L’UMP éclaterait entre les partisans d’une alliance avec le FN et ceux de la poursuite de l’ostracisation de l’extrême droite.</p>
<p>Les sondages actuels concernant le second tour ne laissent pas beaucoup d’espoir à Nicolas Sarkozy de l’emporter au finish. Mais il n’est pas sans conséquences de finir à 58-42 ou à 52-48. Dans le premier cas, les élections législatives de juin s’annoncent comme une déroute pour l’UMP, donc on revient à la case précédente : le risque d’accords entre une partie de l’UMP et le FN, notamment en PACA ou le Nord-est pour sauver son siège au Palais Bourbon. Dans le cas d’une défaite « honorable », la cohésion de l’UMP serait plus facile à maintenir, et la droite pourrait se lancer à la reconquête de ses territoires perdus au cours des dix dernières années : mairies, départements, régions, ce qui détermine la reprise du Sénat perdu de justesse en 2011. L’actuel président est un redoutable duelliste, et il n’est pas exclu qu’il parvienne à réduire de manière conséquente l’écart avec François Hollande que prédisent les augures.</p>
<p>Nicolas Sarkozy a laissé entendre, en fausse confidence, que l’on n’entendrait plus parler de lui s’il était battu. Qui peut le croire ? D’abord, à moins d’aller s’enterrer dans un monastère, rien ne pourra empêcher les fouineurs d’aller voir à quoi l’ex-président occupe sa semaine de travail réduite du mardi au jeudi. Ensuite, être ancien président est un vrai métier dont la bonne gestion conditionne le regard porté sur son action lorsqu’il était au pouvoir. De Gaulle et Mitterrand n’ont pas survécu plus d’un an à leur retrait de la vie politique. Chirac est protégé par son statut de malade. Giscard est courageusement reparti de la base après sa défaite. Les mauvais exemples, dans ce domaine, sont légions : Tony Blair qui fait fortune par des conférences et des jetons de présence dans les multinationales, Gerhard Schröder qui se vend à Vladimir Poutine… Et si l’on essayait la vertu ? Les victoires sur soi-même ne sont pas les moins belles.</p>

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		<title>L’homme qui aimait les gens</title>
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		<pubDate>Thu, 26 Jan 2012 14:44:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lrosenzweig</dc:creator>
				<category><![CDATA[La chronique de Luc Rosenzweig]]></category>
		<category><![CDATA[Politiques]]></category>

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		<description><![CDATA[Hollande cause comme un président, c’est déjà ça… Quand on n’est pas président, et qu’on aspire à l’être, il faut montrer sa capacité à le devenir. Et, comme dirait ma technicienne de surface, « c’est plus dur à faire qu’à dire ! ». Cette épreuve était particulièrement difficile pour François Hollande, car son parcours politique n’est pas passé [...]]]></description>
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<h1>Hollande cause comme un président, c’est déjà ça…</h1>
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<p><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/politiques/l%e2%80%99homme-qui-aimait-les-gens/attachment/hollande/" rel="attachment wp-att-4500"><img class="alignleft size-full wp-image-4500" title="Hollande" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/01/Hollande.jpg" alt="" width="283" height="401" /></a></p>
</div>
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<p>Quand on n’est pas président, et qu’on aspire à l’être, il faut montrer sa capacité à le devenir. Et, comme dirait ma technicienne de surface, <em>« c’est plus dur à faire qu’à dire ! »</em>. Cette épreuve était particulièrement difficile pour François Hollande, car son parcours politique n’est pas passé par la case gouvernementale, et sa <em>« présidentialité »</em> n’a pas été construite loin en amont, comme celle de son malheureux rival potentiel au PS, DSK…<br />
L’épreuve du <em>« grand mitinge »</em>, non pas du métropolitain, mais du Bourget était donc pour lui décisive : sa transfiguration mentale allait-elle être à l’image de la mutation physique qu’il s’est imposée pour sortir de la cohorte des rondouillards ?</p>
<p>Si l’on en reste à la forme, c’est-à-dire à ce qui <em>« s’imprime »</em> dans le cerveau reptilien de l’électeur potentiel, l’épreuve est incontestablement réussie. La mise en scène du mitinge, signée Manuel Valls et ses amis d’une grande agence de com’ était de grande classe. On chauffe la salle avec Yannick Noah<sup><a id="fnref-14957-1" href="http://www.causeur.fr/l%e2%80%99homme-qui-aimait-les-gens,14957#fn-14957-1">1</a></sup>, éternel N° 1 des concours de popularité. Pierre Moscovici, directeur de campagne, a rasé sa barbe de trois jours de bobo germanopratin tout juste revenu de Toscane (message : <em>« finies les vacances, maintenant ça va cogner sérieux ! »</em>). Martine Aubry se fait petite souris (dure épreuve !) et Ségolène Royal joue les groupies en état de pâmoison (non moins dure épreuve). Un seul homme résiste à cette injonction offenbachienne d’enthousiasme, de gaîté et de bonne humeur et tire un tête d’enterrement cruellement révélée par les plans de coupe sur l’assistance pendant le discours de Hollande : Lionel Jospin. Est-ce l’allusion faite par ce dernier au 21 avril 2002 comme <em>« une blessure dont (il) gardera la trace »</em> qui a mis l’ancien premier ministre en pétard ? Jospin n’étant pas un grand bavard enclin à étaler ses états d’âmes sur la place publique, on n’en saura donc sans doute pas plus. Comme dans chaque fête de famille, il y en a toujours un qui fait la tronche, ce qui n’empêche nullement les autres de s’amuser.</p>
<p>Le discours était de bonne facture et l’orateur suscitait l’admiration par sa capacité à tenir presque jusqu’à la fin sur un registre sonore élevé et astreignant pour les cordes vocales. Fini, <em>« monsieur petite blague »</em> qui ne peut s’empêcher de lâcher une astuce pour agrémenter un aride développement économique. L’Histoire est tragique, ou elle n’est pas.<br />
Ce discours était classique dans tous les sens du terme : cicéronien dans la longue période sur l’égalité âme de la France et comme discours de premier tour, où l’on se doit de rassembler son camp pour affronter le second en bonne position. Dans le camp Hollande, on ne <em>« triangule pas »</em>, comme dans le sarkozysme version Guaino. On ne va pas marauder chez l’adversaire des références historiques (Jaurès, Guy Môquet) pour se les approprier. La nécessaire rigueur budgétaire, on va la chercher chez Pierre Mendès France et non chez Antoine Pinay. Le patriotisme de Hollande s’enracine dans sa Corrèze d’adoption et les martyrs de la Résistance de Tulle, sans s’encombrer de Maurice Barrès. Le message est dans la nuance : Camus, plutôt que Sartre, Clemenceau plutôt que Jaurès<em>« ça parle »</em> à qui sait entendre…</p>
<p>Quoi de plus classique, aussi, que les charges au canon contre l’argent, les riches, <em>« le monde de la finance »</em> anonyme et sournois ? Des <em>« deux cents familles »</em> de la rhétorique du Front populaire au <em>« grand capitâââl »</em> de feu Georges Marchais, le vocabulaire change, mais l’esprit reste. Le message est sans équivoque : <em>« Toi qui es tenté par le vote Méluche, au risque de provoquer un nouveau 21 avril, sache qu’un bulletin Hollande ne t’embarquera pas dans une dérive droitière… »</em><br />
Mais, en même temps, il fait un clin d’œil aux classes moyennes et moyennes supérieures en fixant la limite de la richesse insolente à 150 000€ de revenus annuels par foyer fiscal, une notable évolution par rapport à de précédentes déclarations où, selon lui, on était riche à partir de 4000 € de revenus mensuels.</p>
<p>D’un point de vue formel et tactique, ce discours est donc une réussite. Hollande s’est donné une stature de chef et l’image d’un homme capable de galvaniser les foules. Ce n’est pas rien, mais ce n’est pas tout. Sera-t-il capable de mettre un terme, au moins pour trois mois, aux <em>« petites phrases »</em>, aux tweets ravageurs des éléphanteaux socialistes travaillés par leur ego et en mal de présence médiatique ? Il aime les gens, dit-il. C’est bien le moins. La victoire, cependant, ne dépendra pas de la réciproque : les Françaises et Français ne cherchent pas un copain pour le mettre à l’Elysée, mais un président qui préside. C’est, paraît-il, un métier.</p>
<div id="post-footnotes">
<ol>
<li id="fn-14957-1">Quand on cogne sur le</li>
</ol>
</div>
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		<title>Vers le quotient familial gay ?</title>
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		<pubDate>Tue, 17 Jan 2012 18:13:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lrosenzweig</dc:creator>
				<category><![CDATA[La chronique de Luc Rosenzweig]]></category>

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<h1>Hollande et Sarkozy jouent avec le feu</h1>
<div id="post-head">
<p><img title="hos" src="http://www.causeur.fr/wp-content/uploads/2012/01/hos.jpg" alt="" width="460" height="280" /></p>
</div>
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<p>La séquence politique que notre grand et beau pays est en train de vivre a de quoi inquiéter. Alors que l’euro s’enfonce dans la crise, que jamais les bruits de bottes au Moyen Orient n’ont été si sonores, que les grandes institutions comme l’école vacillent sur leurs bases, les deux principaux candidats à la présidence de la République lancent dans l’arène le quotient familial (François Hollande) et le mariage homosexuel (Nicolas Sarkozy).<br />
Pendant ce temps-là, Marine Le Pen présente aux Français un programme économique décoiffant, qui prône la sortie de l’euro, le retour au protectionnisme et fracasse tous les adeptes du TINA (There Is No Alternative), de gauche, de droite et du centre. On pourra dire et écrire tout le mal que l’on pense de ce programme et même brosser le tableau de l’apocalypse qu’il provoquerait, il reste qu’elle s’est placée au centre du vrai débat politique, alors que ses concurrents batifolent sur les marges.</p>
<p>Nous ne reviendrons pas en détail sur la querelle du quotient familial dont nous vous avons entretenu <a href="http://www.causeur.fr/pourquoi-tant-de-haine-envers-les-classes-moyennes,14649">ici</a>, mais il nous faut bien constater que les efforts de François Hollande pour faire rentrer ce mauvais génie dans la lampe à huile ont lamentablement échoué. Au contraire, des amis bien intentionnés, comme Olivier Ferrand, le patron du think tank socialiste Terra Nova, et le démographe Hervé Le Bras enfoncent le clou : cette question du quotient familial est, pour eux le <em>shibboleth</em><sup><a id="fnref-14695-1" href="http://www.causeur.fr/vers-le-quotient-familial-gay,14695#fn-14695-1">1</a></sup> qui servira de mot de passe pour reconnaître qui est de gauche et qui ne l’est pas. Ceux qui douteraient du bien-fondé de son abolition sont même renvoyés dans la catégorie infamante des <em>« eugénistes »</em>, qui voudraient empêcher ces salauds de pauvres de faire des enfants. Le comble de la bouffonnerie est atteint par Hervé Le Bras, lorsqu’il écrit, chez nos amis de Rue89, que : <em>« L’enfant est aussi une consommation par l’affection qu’il procure et permet d’exercer par les contacts sociaux qu’il initie. Il est en même temps un investissement. A long terme, il sera une ressource pour ses parents âgés comme eux l’ont été pour lui quand il était jeune… »</em>. Ainsi, la seule différence entre un gosse et un teckel à poil dur serait que ce dernier ne viendra pas combler votre découvert à la banque quand vous aurez flambé votre retraite au betclick ! Ce Le Bras est peut-être un brillant démographe, mais il lui a échappé que les transferts de revenus intrafamiliaux se font aujourd’hui plutôt dans l’autre sens, comme l’a démontré le sociologue Louis Chauvel.</p>
<p>La querelle du quotient familial évoque irrésistiblement celle des 35 heures : il s’agit d’une mesure présentée comme un « marqueur » de la gauche, proposée au peuple par des esprits éclairés qui savent mieux que ce même peuple ce qui est bon et juste pour lui. On a pu constater que les effets politiques de l’instauration des 35 heures n’ont pas été à la hauteur des espérances de la gauche. Cette diminution du temps de travail imposée d’en haut n’a pas pu empêcher le 21 avril 2002, certains allant même jusqu’à penser qu’elle a contribué à installer le FN comme premier parti chez les ouvriers…Dans cette affaire, la gauche politique avait une excuse : les 35 heures, depuis le milieu des années quatre-vingt, arrivaient en tête des revendications syndicales. Qui, avant la semaine dernière, avait entendu du côté de la CGT, de la CFDT ou même de SUD des voix demandant la suppression du quotient familial ? J’ai eu beau scruter toutes les banderoles des défilés des derniers 1er Mai sur Youtube, je n’ai jamais vu de slogans exigeant son abrogation. Les mêmes causes ayant généralement les mêmes effets, il n’est pas interdit de penser que ce gimmick programmatique est de nature à plomber sérieusement la campagne du candidat Hollande, comme les 35 heures avaient contribué à couler le candidat Jospin.</p>
<p>A droite, ce n’est pas mieux. <em>Libération</em> nous apprend que le non encore candidat Nicolas Sarkozy envisagerait d’inscrire à son programme l’instauration du mariage homosexuel. L’éditorialiste de ce quotidien nous explique doctement qu’il s’agit là d’un : « <em>Nouvel avatar de la fameuse « triangulation », une stratégie politique dont Nicolas Sarkozy s’est fait l’expert : reprendre à son compte une proposition de l’adversaire pour tenter de capter une clientèle électorale »</em>. Une reprise, donc, des astuces de la campagne de 2007, lorsque le candidat Sarkozy évoquait les mânes de Jean Jaurès et de Guy Môquet.</p>
<p>Etant moins bon géomètre que le commentateur de la rue Béranger, j’aurais plutôt tendance à penser que les stratèges de Hollande, comme ceux de Sarkozy, qui savent lire les sondages et interpréter les « qualis »<sup><a id="fnref-14695-2" href="http://www.causeur.fr/vers-le-quotient-familial-gay,14695#fn-14695-2">2</a></sup>sont en train de mener une bataille pour que leur champion se retrouve, au soir du 22 avril 2012, seul face à Marine Le Pen, ce qui contraindrait le « quatrième homme », François Bayrou, à passer sous les fourches caudines du candidat « républicain » qualifié. Rendez-vous, le 23 avril, au Café du Commerce, j’y serai.</p>
<div id="post-footnotes">
<ol>
<li id="fn-14695-1">Le <em>shibboleth</em> apparaît dans la Bible (Livre des Juges 12:4-6). D’après cet épisode, les Giléadites utilisèrent ce terme, signifiant « blé » en hébreu pour distinguer leurs ennemis Éphraïmites parmi les fuyards après une bataille. Les Éphraïmites se trompant sur la façon de prononcer la lettre « sh », ils écorchaient là le dernier mot de leur vie. <a href="http://www.causeur.fr/vers-le-quotient-familial-gay,14695#fnref-14695-1">↩</a></li>
<li id="fn-14695-2">Les « qualis » sont, dans le jargon des instituts de sondages, des études d’opinion qualitatives, s’appuyant sur des entretiens approfondis avec un échantillon réduit d’électeurs. <a href="http://www.causeur.fr/vers-le-quotient-familial-gay,14695#fnref-14695-2">↩</a></li>
</ol>
</div>
</div>
</div>

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		<item>
		<title>2012 après 2011 ?</title>
		<link>http://mondesfrancophones.com/chroniques/la-chronique-de-luc-rosenzweig/2012-apres-2011/</link>
		<comments>http://mondesfrancophones.com/chroniques/la-chronique-de-luc-rosenzweig/2012-apres-2011/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 05 Jan 2012 02:21:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lrosenzweig</dc:creator>
				<category><![CDATA[La chronique de Luc Rosenzweig]]></category>

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		<description><![CDATA[De mal en pis, et les vœux n’y changeront rien ! Même si la majorité d’entre nous se verra épargner la dure épreuve de passer le réveillon de la Saint-Sylvestre avec une porteuse de prothèses mammaires produites par un ancien charcutier, la cérémonie des vœux à la famille et aux amis risque d’être passablement pénible. [...]]]></description>
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<p><a href="http://mondesfrancophones.com/chroniques/la-chronique-de-luc-rosenzweig/2012-apres-2011/attachment/dragons_fighting/" rel="attachment wp-att-4474"><img class="alignleft size-medium wp-image-4474" title="dragons_fighting" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/01/dragons_fighting-300x240.jpg" alt="" width="300" height="240" /></a></p>
<div id="post-content">
<h2>De mal en pis, et les vœux n’y changeront rien !</h2>
<p>Même si la majorité d’entre nous se verra épargner la dure épreuve de passer le réveillon de la Saint-Sylvestre avec une porteuse de prothèses mammaires produites par un ancien charcutier, la cérémonie des vœux à la famille et aux amis risque d’être passablement pénible.<br />
Comment, en effet, souhaiter une bonne année à son prochain lorsqu’un minimum de lucidité prospective nous oblige à ce constat désolant : 2012 devrait être encore plus moche que 2011 ?<br />
Pour fonder cette affirmation, nous nous appuierons uniquement sur des processus déjà en mouvement, dont l’évolution est raisonnablement prévisible dans les douze prochains mois. Tremblements de terre, tsunamis, éruptions volcaniques ou autres catastrophes naturelles, dont il serait bien surprenant qu’aucune d’entre elles ne survienne l’an prochain ne viendront qu’ajouter une touche d’horreur à un tableau déjà bien sombre.</p>
<p>Commençons par la crise de l’euro. Les dirigeants des pays de l’Union européenne ont soigneusement évité d’adopter l’un ou l’autre des deux types de remèdes susceptibles de mettre fin à la descente aux enfers de la monnaie unique depuis le déclenchement de la crise grecque. L’Allemagne s’oppose toujours à faire de la BCE le « prêteur en dernier ressort » des Etats de la zone euro, à l’image de la FED américaine ou de la Banque d’Angleterre. Elle ne veut pas garantir les dettes des « cigales » des pays méditerranéens (et de l’Irlande) avec les surplus de liquidités fournis par ses excédents commerciaux. Comme Berlin n’est pas près de changer d’avis<sup><a id="fnref-14383-1" href="http://www.causeur.fr/2012-apres-2011,14383#fn-14383-1">1</a></sup>, l’autre solution est celle préconisée par un groupe d’économistes dans <a href="http://www.lepost.fr/article/2011/12/23/2667260_pour-un-demontage-concerte-de-l-euro-noel-marine-le-pen-presente-ses-v-ux-aux-francais.html">une tribune publiée par <em>Le Monde</em></a>, qui propose de sortir en bon ordre de la monnaie unique. Ils sont traités de fous dangereux par les gens du « mainstream » politique et économique. Alors, on en reste aux demi-mesures et aux usines à gaz mises en place à la suite des multiples « sommets de la dernière chance » de l’Union européenne, dont l’efficacité est équivalente à celle des bouts de fil de fer destinés à maintenir provisoirement en place un pot d’échappement qui se fait la malle. En conséquence, l’hypothèse d’une implosion incontrôlée de l’euro en 2012 n’est pas à exclure. <em>Prosit Neujahr</em> !</p>
<p><em>« Allons, allons ne nous laissons pas abattre ! »</em> rétorqueront les optimistes de la volonté aux schtroumpfs grognons dont je me fais ici l’interprète, « Cette nouvelle année peut-être aussi celle d’un nouvel élan provoqué par l’élection présidentielle française avec soit une alternance salvatrice, soit un Sarko nouveau ayant enfin compris comment on fait président…».</p>
<p>Imaginons donc les trois scénarios les plus probables à la suite de l’élection présidentielle et des législatives, dans l’ordre de vraisemblance décroissante. François Hollande est élu, et il obtient une courte majorité de députés de gauche (PS, Verts, PRG, Front de gauche). Homme de compromis et de synthèse il est et restera, car il n’y a aucune raison que son entrée à l’Elysée le métamorphose en renverseur de tables. Le harcèlement des Verts, tel qu’on peut déjà l’observer dans les conseils régionaux, ne cessera pas un instant et sera d’autant plus efficace que la vingtaine de députés qu’ils auront extorqués au PS sera indispensable pour construire des majorités, comme c’est déjà le cas au Sénat. Psychodrame assuré à tous les étages.</p>
<p>Deuxième hypothèse : Nicolas Sarkozy réussit, grâce à une énergie et un sens politique que tout le monde lui reconnaît, un rétablissement miraculeux de sa situation politique, et se voit accorder un second mandat. Une fois l’euphorie de la victoire passée, et écoulés les quelque mois où il pourra vraiment agir en patron incontesté de sa majorité, la perversité des institutions donnera toute sa mesure : son camp se divisera inexorablement dans la perspective de la présidentielle de 2017. La droite se transformera en une pétaudière dont on a déjà n avant-goût avec ses pitreries parisiennes. D’ailleurs, dans la Vème République les seconds mandats, comme les histoires d’amour, finissent mal en général.</p>
<p>Enfin, qui pourrait définitivement exclure que Marine Le Pen soit présente au deuxième tour de la présidentielle ? En 2002, en décembre, Jean-Marie Le Pen plafonnait autour de 10% des intentions de vote dans les sondages… Est-il nécessaire de décrire les conséquences d’un tel événement ? D’imaginer la répétition de la « quinzaine antifasciste » d’avril-mai 2002 ? Le dernier refuge des disciples de Candide sera alors de faire valoir que l’on a de toute façon échappé au pire, une campagne présidentielle avec un DSK rattrapé par ses frasques libidinales dans la dernière ligne droite.</p>
<p>Un coup d’œil lancé au delà de nos frontières n’est pas de nature à nous ramener à une vision moins sombre de l’avenir proche. Qui peut aujourd’hui raisonnablement penser que les « printemps arabes » vont accoucher d’une année, suivie d’autres, de liberté et de prospérité pour les peuples débarrassés des despotes ? Il faudrait pour cela que les islamistes tunisiens, égyptiens ou libyens aient dans leur boite à outils idéologique les instruments capables de faire sortir leur pays du retard économique ou de la malédiction de la rente pétrolière accaparée par quelques uns. Or ce n’est pas avec la charia et l’exclusion des femmes de l’espace social et productif que l’on devient un « émergent » !</p>
<p>Le conflit israélo-arabe, dont pourtant tous les éléments du règlement sont depuis longtemps sur la table restera gelé, car il manque l’essentiel : la confiance entre les protagonistes. Enfin, quelque soit le résultat de l’élection présidentielle aux Etats-Unis en novembre, on peut être assuré qu’Obama II ou le républicain qui le remplacerait à la Maison blanche réduira au strict minimum son intervention dans les affaires du monde pour se consacrer aux problèmes intérieurs. Et pendant ce temps-là, les Irakiens se massacreront allégrement entre eux, comme les Syriens s’ils arrivent à chasser le clan Assad, et la nuit talibane retombera sur l’Afghanistan. Le seul pôle de paix et de stabilité se situera alors dans l’Antarctique, mais le bonheur par moins quarante, est-ce bien raisonnable ?</p>
<p>Alors il n’est pas interdit de traiter d’inconscient ou d’hypocrite celui ou celle qui vous souhaitera la bonne année le 31 à minuit pétante, à moins qu’il ou elle ne précise que ces vœux ne concernent que votre santé physique et mentale pour l’année à venir.</p>
<div id="post-footnotes">
<ol>
<li id="fn-14383-1">Même si les sociaux-démocrates remplacent Angela Merkel au pouvoir à Berlin en 2013, ils ne seront pas en mesure de faire accepter la solidarité financière paneuropéenne à une opinion allemande farouchement hostile à ce principe. <a href="http://www.causeur.fr/2012-apres-2011,14383#fnref-14383-1">↩</a></li>
</ol>
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		<title>Vaclav Havel, tourmenteur du peuple</title>
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		<pubDate>Tue, 20 Dec 2011 18:04:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lrosenzweig</dc:creator>
				<category><![CDATA[La chronique de Luc Rosenzweig]]></category>

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		<description><![CDATA[Le président-dramaturge ne ménageait pas ses concitoyens Vaclav Havel est mort, et les Tchèques sont à la fois tristes et soulagés. Ils sont tristes, parce qu’avec lui disparaît le seul Tchèque ayant connu une gloire mondiale après Emil Zatopek. Ils sont tristes, aussi parce qu’il symbolisait ces jours glorieux de novembre 1989 où le peuple [...]]]></description>
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<h2></h2>
<h2><a href="http://mondesfrancophones.com/chroniques/la-chronique-de-luc-rosenzweig/vaclav-havel-tourmenteur-du-peuple/attachment/vaclav-havel/" rel="attachment wp-att-4446"><img class="alignleft size-full wp-image-4446" title="vaclav-havel" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/vaclav-havel.jpg" alt="" width="542" height="305" /></a>Le président-dramaturge ne ménageait pas ses concitoyens</h2>
<p>Vaclav Havel est mort, et les Tchèques sont à la fois tristes et soulagés. Ils sont tristes, parce qu’avec lui disparaît le seul Tchèque ayant connu une gloire mondiale après Emil Zatopek. Ils sont tristes, aussi parce qu’il symbolisait ces jours glorieux de novembre 1989 où le peuple d’une Tchécoslovaquie encore unie sortit de son apathie pour signifier son congé au régime communiste. Mais une fois les hommages posthumes solennellement rendus, la plupart des habitants des terroirs de Bohème-Moravie, retournés à leurs petites affaires quotidiennes – qui ne marchent pas si mal en dépit de la crise – penseront que Havel est plus sympathique dans l’au-delà que vivant au milieu d’eux.</p>
<p>Sa vie, « une œuvre d’art » selon Milan Kundera, avait réussi à donner à l’étranger une image des Tchèques qui était bien loin de la réalité : celle d’un peuple qui n’aurait jamais cherché à s’accommoder avec le pouvoir totalitaire. Vaclav Havel ne fut jamais séduit, ne fût-ce qu’une seule seconde, par l’idéologie communiste : il revendiquait son appartenance à la bourgeoisie pragoise et rejetait tout contact avec les idées marxistes, dogmatiques ou prétendument réformatrices. Le printemps de Prague de 1968 le laissa de marbre : pour lui le communisme était irréformable et tout simplement pervers. Il en subit les conséquences : interdit d’études supérieures, il trouva asile dans d’improbables théâtres jouant au chat et à la souris avec la censure, avant de connaître la prison quand il apparut comme la figure de proue de la dissidence en Tchécoslovaquie.</p>
<p>En janvier 1990, lorsqu’il fallut choisir un président de la République tchécoslovaque dans le cadre de la transition négociée entre les dirigeants de la « Révolution de velours » et le pouvoir communiste moribond, deux noms s’imposèrent : celui d’Alexandre Dubcek, symbole du « Printemps de Prague » et celui de Vaclav Havel, l’intransigeant porte-parole de la Charte 77.</p>
<p>Le « communisme à visage humain » incarné par Dubcek avait été englouti dans le maelström provoqué par Mikhaïl Gorbatchev. Havel était donc incontournable. Mais il ne ressemblait pas à ce peuple qu’il avait été appelé à incarner aux yeux du monde. La vie des Tchèques, que ce soit sous la férule des Habsbourg ou sous celle des Soviétiques et de leurs représentants locaux, se caractérisait par une multitude de petits arrangements avec l’autorité, une soumission apparente à l’arbitraire pour se ménager quelques petites niches de bien-être dans un monde de pénurie.</p>
<p>L’intransigeance, le choc frontal et suicidaire avec l’oppresseur, que l’on trouve, par exemple dans le roman national polonais, n’a jamais été la tasse de thé (ou plutôt le verre de bière) des Tchèques. On en trouvera la clé dans l’œuvre immortelle de Jaroslav Hasek le seul philosophe capable de vous expliquer cela par le menu : il s’appelle Chvéïk, et fréquente régulièrement la taverne « Au Calice » dans le quartier de Nove Mesto à Prague<sup><a id="fnref-14087-1" href="http://www.causeur.fr/vaclav-havel-tourmenteur-du-peuple,14087#fn-14087-1">1</a></sup>.<br />
De tous les dirigeants des pays ex-communistes revenus à la démocratie, Havel était le seul à être issu du monde culturel et intellectuel. Pour la République tchèque ce n’était pas une première : le premier président de la Tchécoslovaquie, en 1918, Tomas Masaryk était un philosophe de renom. Cette spécificité est liée au fait que la conscience nationale tchèque (et slovaque) s’est constituée autour de la défense d’une culture slave menacée par l’expansionnisme allemand et hongrois. Le combat pour la langue a précédé celui pour l’accès au statut d’Etat-nation.</p>
<p>Pendant les treize ans où il résida au Hrad, le château de Prague qui domine la ville aux cent clochers, Vaclav Havel ne se comporta pas comme le père débonnaire de la Nation. Au contraire, il prit un malin plaisir à appuyer là où cela risquait de faire mal à une bonne partie de ses concitoyens. Ainsi, en 1990, il prit l’initiative de faire, au nom du peuple tchèque, des excuses unilatérales aux Allemands des Sudètes expulsés en 1945 à la suite des décrets Bénès. La rupture de ce tabou qui unissait et unit encore les Tchèques de toutes obédiences lui aliéna une grande partie de l’opinion publique, et renforça ses adversaires, qui, en fait exerçaient la réalité du pouvoir. Le nationaliste thatchérien et europhobe Vaclav Klaus, ou le populiste social-démocrate Milos Zeman ont toujours été plus en phase avec le peuple qui leur avait confié la charge de le gouverner que ce président dramaturge qui en était la conscience, la bonne et peut-être surtout la mauvaise.</p>
<div id="post-footnotes">
<ol>
<li id="fn-14087-1">Jaroslav Hasek, auteur des <em>Aventures du brave soldat Chvéïk</em>. Chvéïk représente le typique Praguois qui se moque de la domination des Habsbourg. <a href="http://www.causeur.fr/vaclav-havel-tourmenteur-du-peuple,14087#fnref-14087-1">↩</a></li>
</ol>
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		<title>La leçon de Stuttgart</title>
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		<pubDate>Fri, 02 Dec 2011 20:31:03 +0000</pubDate>
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<h2>Les Verts ne sont pas irrésistibles</h2>
<p><a href="http://mondesfrancophones.com/chroniques/la-chronique-de-luc-rosenzweig/la-lecon-de-stuttgart/attachment/vaches/" rel="attachment wp-att-4397"><img class="alignleft size-full wp-image-4397" title="vaches" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/12/vaches.jpg" alt="" width="580" height="412" /></a></p>
<p>La nouvelle est passée totalement inaperçue, car elle ne s’inscrit pas dans l’air du temps, fort agité, il est vrai. Dimanche 27 novembre, le peuple du Land de Bade-Wurtemberg était appelé aux urnes pour se prononcer, par référendum, sur la poursuite ou l’arrêt des travaux de rénovation de la gare ferroviaire de Stuttgart. Le résultat a été sans appel : la poursuite des travaux a été approuvée par plus de 58% des votants, avec un taux de participation de près de 50% des électeurs, très élevé pour ce genre de consultation.<br />
Ce résultat est d’autant plus remarquable qu’il survient moins d’un an après la victoire historique des Verts aux élections régionales du 27 mars 2011. Pour la première fois dans l’histoire de la République Fédérale d’Allemagne, un Vert, Winfried Kretschmann, devenait ministre-président d’un Land. Et pas n’importe lequel, puisque c’est celui qui abrite quelques-uns des plus beaux fleurons de l’industrie d’outre-Rhin, comme le siège et les usines Daimler-Benz. Ce succès des Verts (24,2%), qui dépassaient d’un petit point leurs alliés du SPD (23, 1%) avait été analysé, à l’époque, comme la résultante de deux facteurs : le traumatisme de l’accident nucléaire de Fukushima, qui venait de se produire et l’opposition résolue des écologistes à la rénovation de la gare, dit « projet S21 ».</p>
<p>Lancé à la fin des années 90, ce projet visait à adapter les infrastructures ferroviaires de Stuttgart, qui dataient du début des années 1920, au développement économique de la région. La vieille gare, construite par un grand architecte, Paul Bonatz, devait être en partie démolie : on n’en conservait que la partie centrale et la tour devenue emblématique de la ville. La nouvelle gare serait souterraine et rendrait possible l’accueil des TGV venus de France, ainsi que la mise en place d’une liaison directe vers l’aéroport.<br />
Dès le début, les Verts du Bade-Wurtemberg, bien implantés dans les villes universitaires de Tübingen et Fribourg-en-Brisgau, ainsi que dans les quartiers « bobos » de Stuttgart, ont fait de ce projet le mal absolu. Crime architectural, contre la biodiversité (quelques arbres du parc du château voisin devaient être abattus), contre la santé publique (le percement des tunnels allait, selon eux, polluer à jamais la nappe phréatique) : la diabolisation de « S21 » allait bon train. Peu leur importait que cette nouvelle gare allait favoriser le développement des transports en commun, et alléger les embouteillages qui paralysent deux fois par jour les entrées et sorties de la ville : la raison verte ne s’embarrasse pas de ces basses considérations. La contestation prit même un tour violent avec plusieurs manifestations où les affrontements avec la police causèrent des dizaines de blessés de part et d’autre. Après plusieurs années de guérilla administrative, et une tentative d’arbitrage confiée à un ancien dirigeant de la CDU, Heiner Geissler, frappé sur le tard par la grâce écologiste, les travaux furent engagés au printemps 2010.</p>
<p>Les Verts ont cru leur heure de gloire arrivée avec l’accession de l’un des leurs à la tête de l’administration régionale, élu sur un programme dont l’arrêt de « S21 » était le point numéro un. Leurs alliés sociaux-démocrates étaient divisés sur le sujet, entre les « anciens » soucieux du développement économique du Land et du confort des salariés effectuant chaque jour le trajet domicile-travail, et les « modernes » faisant de la surenchère environnementale sur leurs partenaires écologistes. Pour mettre tout le monde d’accord, l’accord de coalition rouge-vert avait prévu que l’arrêt des travaux de la nouvelle gare serait soumis à référendum. Enivrés par leur victoire électorale, les Verts, confortés par une batterie de sondages effectués au cours de la controverse montrant une majorité d’opposants à S21, pensaient qu’ils allaient aisément surmonter l’obstacle référendaire.</p>
<p>Mais, comme les femmes, souvent peuple varie. L’on s’aperçut ainsi, dans les dernières semaines, que la crise économique et la défense de l’emploi prenaient le pas dans l’opinion sur la doxa écologiste. Mais il était trop tard pour reculer. Le 27 novembre au soir, Winfried Kretschmann ne pouvait faire autrement que de déclarer qu’il « acceptait » le verdict des urnes.<br />
Cette affaire n’est pas passée totalement inaperçue de l’autre côté du Rhin, même si la presse n’en a pas fait état. Elle a conforté François Hollande dans une attitude de fermeté vis-à-vis des exigences programmatiques des Verts français, auxquels Martine Aubry, avant la primaire socialiste, avait tout cédé, ou presque.</p>
<p>Anne Lauvergeon, ancienne PDG d’Areva, et femme de gauche, a mis récemment au défi Dany Cohn-Bendit de soumettre la future politique nucléaire de la France à référendum. « <em>Chiche !</em> » a répondu Dany, qui croit dur comme fer que le peuple français va, d’un cœur joyeux, mettre à bas l’édifice performant construit par la génération précédente. C’était juste avant « <em>l’accident</em> » Kretschmann, et il serait intéressant de savoir si, aujourd’hui, notre Dany serait aussi bravache…</p>

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		<title>« On ne rejette pas Platon ! »</title>
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		<pubDate>Wed, 09 Nov 2011 02:51:42 +0000</pubDate>
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<div id="attachment_4340" class="wp-caption alignleft" style="width: 330px"><a href="http://mondesfrancophones.com/chroniques/la-chronique-de-luc-rosenzweig/%c2%ab-on-ne-rejette-pas-platon-%c2%bb/attachment/androo/" rel="attachment wp-att-4340"><img class="size-full wp-image-4340 " title="Androo" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/11/Androo.jpg" alt="" width="320" height="215" /></a><p class="wp-caption-text">Joann Sfar, Le mythe de l&#39;androgyne du Banquet</p></div>
<p><strong>L’Europe et la Grèce, quelle Histoire !</strong></p>
<p>Tout récemment, sur France Inter, Pascal Lamy, actuel secrétaire général de l’OMC, ancien commissaire européen, faisait un aveu sincère, quoique tardif : « <em>Tout le monde savait, à Bruxelles, que la Grèce maquillait ses statistiques… </em>». Ah bon ? Et quelles conséquences les diverses institutions de l’UE (Conseil européen, Commission, Parlement) en ont-elles tirées ? Strictement aucune, sinon un délai de deux ans imposé en 1999 à Athènes pour son entrée dans la zone euro, censé être mis à profit par le gouvernement du socialiste Costas Simitis pour faire entrer les comptes du pays dans les clous de Maastricht. Avec l’aide de Goldman-Sachs, les Hellènes réussirent à présenter à Bruxelles une copie économique et financière si parfaite qu’ils furent admis dans le club. On avait bien un peu toussé du côté de Berlin, où les dirigeants allemands n’étaient pas dupes des manipulations comptables des Grecs. Mais on était entre socialistes : avec Schröder chancelier d’Allemagne, Jospin premier ministre de la France, et Romano Prodi à la tête de la Commission, Simitis avait trouvé une conjoncture politique favorable pour que l’on n’aille pas regarder de trop près ce qu’il y avait réellement dans l’arrière-cuisine de sa boutique grecque<sup><a href="http://www.causeur.fr/%c2%ab-on-ne-rejette-pas-platon-%c2%bb,12999#fn-12999-1">1</a></sup>. De plus – on a aujourd’hui du mal à s’en souvenir – les indicateurs économiques européens étaient au beau fixe, la Bourse gonflait sa bulle internet et le ministre français des finances, un certain DSK, se faisait interpeller sur l’usage qu’il comptait faire de la « <em>cagnotte </em>» accumulée en ces années de vaches grasses… Alors, quelle importance qu’un petit pays ensoleillé s’amuse à faire les poches d’une Europe qui ne pensait qu’à son élargissement vers l’Est et le Sud-Est ?</p>
<p>Cela fit vivre le peuple grec dans une douce euphorie : même si les salaires n’étaient pas au niveau de ceux des Allemands ou des Français, il faisait bon vivre à Athènes. Les infrastructures (routes, chemins de fer, aménagements touristiques) étaient financées par les fonds structurels. On distribuait allègrement les postes de fonctionnaires aux amis politiques, avec des horaires de travail assez élastiques pour pouvoir exercer une seconde activité dans l’économie parallèle. Quelques petits malins montraient une habileté particulière à se faire payer de luxueuses villas en les faisant passer pour des étables à vaches auprès des fonctionnaires de Bruxelles, et les « <em>familles </em>» dominant la vie politique et économique du pays depuis plusieurs générations<sup><a href="http://www.causeur.fr/%c2%ab-on-ne-rejette-pas-platon-%c2%bb,12999#fn-12999-2">2</a></sup> en profitaient largement pour accroître leur patrimoine. Pendant ce temps là, la compétitivité de l’industrie locale était mise à mal par l’euro fort, et ses attraits touristiques étaient fortement concurrencés par des pays ensoleillés moins chers et plus dynamiques, comme la Turquie ou la Tunisie. Les Grecs vivaient dans un tel monde d’irréalité qu’ils se firent une grosse frayeur lors de l’entrée en vigueur des accords de Schengen : beaucoup d’entre eux étaient persuadés que des vagues d’immigrants venus d’Allemagne, de France ou d’Italie allaient déferler sur leur pays, car c’était là qu’en Europe la vie était la plus belle ! Bien entendu, il n’en fut rien, et les seuls immigrés qui ont afflué en Grèce sont venus de l’Albanie voisine ou du Moyen Orient en franchissant illégalement la frontière turque.</p>
<p>Si l’on remonte un peu plus dans le temps, et si l’on se penche sur les circonstances de l’adhésion de la Grèce à l’UE, devenue effective le 1er janvier 1981, on pourra découvrir des choses étonnantes. Les négociations préalables à son entrée dans l’Union Européenne ont duré moins de cinq ans, alors que l’Espagne et le Portugal ont dû attendre presque dix ans pour rejoindre le club. De plus, des exemptions et dérogations aux réglementations communautaires lui furent largement concédées, alors que Bruxelles fut très pointilleux avec Lisbonne et Madrid. Pourquoi ce traitement de faveur ? A l’époque, les « <em>hommes forts</em> » de l’Europe communautaire, comme l’Allemand Helmut Schmidt et le Français Valéry Giscard d’Estaing étaient encore pétris de culture classique. Que pesaient ces petits arrangements face aux mérites de la Grèce dans l’Histoire de l’humanité ? « <em>On ne rejette pas Platon !</em> » tranchait abruptement Giscard face à ceux qui, comme le ministre des Affaires Etrangères allemand Hans-Dietrich Genscher, objectaient timidement que l’admission de la Grèce « <em>ne présentait pas que des avantages</em> ». C’était oublier qu’entre Platon et Constantin Caramanlis, le premier ministre grec de l’époque, beaucoup d’eau avait coulé sous les ponts. La Grèce, libérée du joug ottoman en 1830 grâce à l’appui de la France, de la Grande-Bretagne et de la Russie, est restée très longtemps une province arriérée des Balkans, à l’écart des évolutions économiques de l’Europe occidentale.</p>
<p>Sa vie politique fut marquée par une alternance de régimes dictatoriaux (comme ceux du général Metaxas (1936-1941) et celui dit des colonels entre 1967 et 1974), et d’une démocratie fondée sur le clientélisme et la domination d’oligarchies familiales. Sa situation géopolitique en faisait cependant un enjeu important dans l’affrontement planétaire entre l’Occident et l’Union Soviétique, ce qui provoqua une sanglante guerre civile entre 1945 et 1947. Entrée dans l’OTAN en 1952, en même temps que l’ennemi héréditaire turc, la Grèce faisait figure de poste avancé de l’UE en Méditerranée orientale. C’était l’époque où la France rêvait encore d’une « <em>Europe puissance</em> », autonome vis-à-vis des deux empires dominés par les Etats-Unis et l’URSS. Ce rêve s’est écroulé après la chute du communisme et la victoire du concept d’Europe grand marché patiemment et efficacement promu par Londres.</p>
<p>Dès lors, les Grecs perdent une carte majeure dans leur petit jeu avec l’UE. Leurs frasques économiques deviennent insupportables, surtout à Berlin. On connaît la suite, mais pas encore la fin.</p>
<p>La morale de l’histoire ? C’est que tout le monde a eu tout faux : l’UE qui a fermé les yeux, le peuple grec qui s’est laissé bercer par les démagogues de droite comme de gauche. Les responsables de ces errements sont soit morts, soit à la retraite. Il est maintenant temps de laisser les Grecs, qui ne manquent pas de courage, se sortir par eux-mêmes du guêpier où on les a fourré…car il n’y a pas de morale en Histoire.</p>
<ol start="1">
<li>Il est rare que dans les restaurants grecs de la capitale française, la nourriture servie en salle soit de la même qualité et fraîcheur que celle exposée en vitrine. Une exception : Mavrommatis, mais il est chypriote… <a href="http://www.causeur.fr/%c2%ab-on-ne-rejette-pas-platon-%c2%bb,12999#fnref-12999-1">↩</a></li>
<li>Les Papandréou, Caramanlis, Venizélos en sont à la troisième génération de politiciens de premier plan. <a href="http://www.causeur.fr/%c2%ab-on-ne-rejette-pas-platon-%c2%bb,12999#fnref-12999-2">↩</a></li>
</ol>
<p>&nbsp;</p>

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		<title>Mahmoud Abbas, modérément extrémiste</title>
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		<pubDate>Thu, 29 Sep 2011 02:22:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lrosenzweig</dc:creator>
				<category><![CDATA[La chronique de Luc Rosenzweig]]></category>

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		<description><![CDATA[En méprisant ses amis, il a aidé ses adversaires Que n’avions nous pas entendu dans les semaines précédant la demande officielle, par Mahmoud Abbas, de la reconnaissance de l’Etat palestinien par l’ONU ! Cette session de l’Assemblée générale des Nations Unies allait montrer combien Israël et son horrible premier ministre Benyamin Netanyahou étaient isolés, mis [...]]]></description>
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<p><a href="http://mondesfrancophones.com/chroniques/la-chronique-de-luc-rosenzweig/mahmoud-abbas-moderement-extremiste/attachment/abbas/" rel="attachment wp-att-4267"><img class="size-full wp-image-4267 alignleft" title="abbas" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/09/abbas.jpg" alt="" width="546" height="273" /></a></p>
<h2>En méprisant ses amis, il a aidé ses adversaires</h2>
<p>Que n’avions nous pas entendu dans les semaines précédant la demande officielle, par Mahmoud Abbas, de la reconnaissance de l’Etat palestinien par l’ONU ! Cette session de l’Assemblée générale des Nations Unies allait montrer combien Israël et son horrible premier ministre Benyamin Netanyahou étaient isolés, mis au ban des nations pour le traitement indigne qu’ils feraient subir au peuple palestinien.<br />
Les commentateurs les plus réputés, y compris ceux de la gauche israélienne, parlaient d’un « tsunami diplomatique » qui allait ébranler durablement le statut international de l’Etat juif. Et causer quelques dommages collatéraux, comme la baisse vertigineuse du crédit de Barack Obama dans le monde arabo-musulman, en raison du veto annoncé des Etats-Unis à l’admission de la Palestine comme 194ème Etat membre de l’ONU.<br />
C’était oublier la capacité des dirigeants palestiniens de ne « jamais manquer l’occasion de manquer une occasion », selon la fameuse formule d’Abba Eban, le premier chef de la diplomatie israélienne, pourtant réputé pour son opposition de « colombe » au « faucon » David Ben Gourion. De tsunami, l’offensive new-yorkaise de Mahmoud Abbas s’est transformée en vaguelette.</p>
<p>En choisissant une position maximaliste, consistant à solliciter auprès du Conseil de Sécurité l’admission de la Palestine comme Etat de plein droit au sein de l’organisation mondiale, le chef de l’Autorité palestinienne a mis dans l’embarras ceux-là mêmes qui auraient pu l’aider à atteindre cet objectif. Barack Obama, d’abord : la proximité de l’élection présidentielle américaine et sa situation délicate vis-à-vis d’un Congrès massivement pro-israélien, lui interdisaient de « renverser la table » en ne mettant pas son veto à cette démarche unilatérale. Les Européens, ensuite, que l’initiative palestinienne forçait à dévoiler, au moment du vote, leur profonde division sur la question, ce qui n’est jamais agréable.<br />
Mahmoud Abbas a refusé toutes les perches tendues pour lui permettre de sortir la tête haute et renforcé d’une épreuve de force dont, une fois de plus, la population palestinienne fera les frais.<br />
La suggestion française de renoncer à la demande d’adhésion plénière au Conseil de sécurité pour solliciter de l’Assemblée générale de l’ONU le statut « d’Etat non membre » était astucieuse : Mahmoud Abbas rentrait à Ramallah avec un vote massif en sa faveur, et une position renforcée dans de futures négociations bilatérales avec Israël.</p>
<p>En n’écoutant personne, même pas quelques « frères » arabes qui lui conseillaient d’accepter la suggestion française, Mahmoud Abbas a foncé droit dans le mur. Les Etats, contrairement aux opinions publiques, ne se laissent pas entraîner par les émotions. Le discours doloriste tenu à la tribune de l’Assemblée générale – assorti de quelques perles révisionnistes déniant aux Juifs toute relation avec la Terre Sainte<sup><a id="fnref-11873-1" href="http://www.causeur.fr/mahmoud-abbas-moderement-extremiste,11873#fn-11873-1">1</a></sup>- a peut-être fait pleurer dans les chaumières pro-palestiniennes de nos contrées. Mais il n’a pas pu masquer le fait qu’il est pour le moins prématuré de donner un statut étatique à des territoires où ne règne pas, c’est le moins qu’on puisse dire, une unité de vue sur la stratégie vis-à-vis d’Israël : les maîtres de Gaza ne se sentent nullement liés par ce qui est décidé à Ramallah.</p>
<p>Même l’Espagne, pourtant réputée tête de file des soutiens des Palestiniens au sein de l’UE, a jugé utile de souligner, par la voix de sa ministre des Affaires étrangères, qu’il était temps, désormais, pour les chefs palestiniens de reconnaître Israël comme Etat juif, comme le stipule la toute première résolution de 1947 procédant au partage de la Palestine mandataire. Le retour triomphal de Mahmoud Abbas à Ramallah ne doit pas faire illusion : c’est son intransigeance sur la question des frontières, celle du droit au retour des réfugiés et son refus implicite de la légitimité de l’Etat juif qui étaient acclamés. Cela ne nous rapproche pas de la paix, mais nous en éloigne.</p>
<div id="post-footnotes">
<ol>
<li id="fn-11873-1">« <em>Je viens d’une terre qui a vu la naissance de Jésus et l’ascension de Mahomet</em> » Mahmoud Abbas, discours à l’ONU 23/09/2011 <a href="http://www.causeur.fr/mahmoud-abbas-moderement-extremiste,11873#fnref-11873-1">↩</a></li>
</ol>
</div>

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		<title>Faut-il supprimer le 11 septembre du calendrier?</title>
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		<pubDate>Tue, 13 Sep 2011 12:59:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lrosenzweig</dc:creator>
				<category><![CDATA[La chronique de Luc Rosenzweig]]></category>

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		<description><![CDATA[Les victimes Contre la furie commémorative J’éprouve quelque scrupule à me joindre à la furie commémorative qui s’est emparée des médias français à l’occasion du dixième anniversaire des attentats contre les tours jumelles de New York et le Pentagone, près de Washington. Les Allemands un verbe tout à fait adéquat pour désigner l’accumulation de vaines [...]]]></description>
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<h2></h2>
<div>
<dl id="attachment_32206">
<dt><a href="http://extremecentre.org/wp-content/uploads/2011/09/victims911.jpg"><img title="victims911" src="http://extremecentre.org/wp-content/uploads/2011/09/victims911-150x150.jpg" alt="" width="150" height="150" /></a></dt>
<dd>Les victimes</dd>
</dl>
</div>
<h2>Contre la furie commémorative</h2>
<p>J’éprouve quelque scrupule à me joindre à la furie commémorative qui s’est emparée des médias français à l’occasion du dixième anniversaire des attentats contre les tours jumelles de New York et le Pentagone, près de Washington. Les Allemands un verbe tout à fait adéquat pour désigner l’accumulation de vaines paroles autour d’un sujet : <em>todschwatzen</em>, littéralement tuer sous le bavardage. Nous, Français, devons être les champions du monde de ce genre de sport consistant à rajouter du commentaire au commentaire jusqu’à donner la nausée à ceux qui sont soumis à ce bombardement verbal.</p>
<p>De plus, on ne se contente pas de faire tourner le moulin à paroles le seul jour anniversaire : le cirque commence une bonne semaine avant, à coup « d’opérations spéciales » des télés et radios dont les programmes sont dépaysés pour l’occasion et des suppléments exceptionnels des journaux et magazines.</p>
<p>On peut comprendre l’envie de certains journalistes et associés dans la production d’informations de quitter pendant une journée ou deux la grisaille de leurs bureaux ou de leurs studios pour se faire une virée à New York ou au Caire. Mais quel bénéfice en tire le cochon de consommateur d’info ? Je négligerai les frottements, comme on disant jadis dans les énoncés de problèmes de physique<sup><a id="fnref-11407-1" href="http://www.causeur.fr/faut-il-supprimer-le-11-septembre-du-calendrier,11407#fn-11407-1">1</a></sup>, en l’occurrence les bugs techniques qui nous brouillent régulièrement l’écoute. Mais près avoir écouté mercredi 6 septembre la journée spéciale France Culture, je suis au regret de constater qu’en matière de contenu, la plus-value informative de ces déplacements massifs est proche de zéro. On retrouve, comme par hasard, dans les tables rondes les mêmes interlocuteurs francophones que l’on a déjà entendus mille fois. Un universitaire américain parlant français et aimant notre pays, généralement situé à la gauche de l’échiquier politique des Etats-Unis, et l’affaire est dans le sac. Quant à la voix du peuple, elle sera recueillie par un grand reporter sillonnant l’Amérique profonde, guidé par son idée géniale de se poser dans trois villages dénommés Bagdad. On en ressort avec l’impression que ces Amerloques sont de foutus ploucs, dangereux en plus avec leur manie de collectionner les flingues. En Orient, les mêmes clients réguliers des médias se composent d’intellectuels occidentalisés et de cultureux bénéficiant de la manne française pour produire leurs films ou leurs spectacles.</p>
<p>Jamais on ne vous fera entendre un partisan du Tea party ou des Frères musulmans, ou des Talibans. Il doit pourtant bien y avoir dans ces mouvances quelques individus capables de s’exprimer en français et dont l’avis sur le 11 septembre et ses conséquences ne manquerait pas d’intérêt, vu l’influence qu’elles risquent exercer sur le cours ultérieur des choses.</p>
<p>La vérité, c’est qu’une commémoration n’est pas un événement : oublier cette lapalissade conduit au mieux au psittacisme, au pire à la propagande (en l’occurrence anti-américaine) dissimulée derrière le voile magique de la sacro-sainte présence sur le terrain.</p>
<p>Le postulat selon lequel le 11 septembre 2001 constitue une rupture dans l’histoire mondiale est rarement remis en question. Il a pourtant beaucoup moins affecté la puissance des Etats-Unis que la guerre commerciale avec la Chine, et ses principaux effets se limitent aux désagréments rencontrés par les voyageurs dans les aéroports<sup><a id="fnref-11407-2" href="http://www.causeur.fr/faut-il-supprimer-le-11-septembre-du-calendrier,11407#fn-11407-2">2</a></sup> Pour le reste, un nouveau conflit entre Saddam Hussein et le monde occidental était inscrit dans les astres, comme l’est aujourd’hui le prochain affrontement entre ce même Occident et les théocrates iraniens, si ces derniers parviennent à contenir les révoltes populaires. Quant à l’élection d’un président démocrate après huit ans de présidence républicaine elle n’a que peu à voir avec « 9/11 », et la politique de hard power des Etats-Unis n’a pas été notablement modifiée par le soft power discursif de son président.</p>
<p>Et le printemps arabe, rétorquera-t-on ? N’est-il pas une conséquence lointaine et inattendue du projet néo-conservateur de « Grand Moyen-Orient démocratique » lancé en 2005 par G.W. Bush à la suite de la guerre en Irak et moqué par tout ce que la planète commentatrice compte de bons esprits progressistes ? Certains intellos égyptiens invités par France-Culture n’étaient pas loin de le penser, mais s’en tiraient par la pirouette selon laquelle un mal peut sortir un bien. Que les dictatures ne soient pas éternelles, et qu’un despote en fin de course soit particulièrement fragilisé est une constante historique observable bien avant l’attentat contre le WTR…</p>
<p>En somme, il n’y a rien à dire de nouveau en ce 11 septembre 2001, il suffit de laisser les familles des victimes se recueillir en souvenirs de leurs proches massacrés. Je me tais donc.</p>
<ol>
<li id="fn-11407-1">Ce qui faisait rire bêtement les adolescents boutonneux du siècle dernier <a href="http://www.causeur.fr/faut-il-supprimer-le-11-septembre-du-calendrier,11407#fnref-11407-1">↩</a></li>
<li id="fn-11407-2">Le « politiquement correct » américain ayant interdit les « profilages » à l’israélienne des terroristes potentiels, on enquiquine tout le monde, même les papys obligés d’enlever leur ceinture et de retenir maladroitement leur pantalon. Voilà la vraie rupture épistémologique induite par le 11 septembre <a href="http://www.causeur.fr/faut-il-supprimer-le-11-septembre-du-calendrier,11407#fnref-11407-2">↩</a></li>
</ol>

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		<title>L’euro, drogue dure du Portugal</title>
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		<pubDate>Sun, 28 Aug 2011 12:05:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lrosenzweig</dc:creator>
				<category><![CDATA[Economies]]></category>
		<category><![CDATA[La chronique de Luc Rosenzweig]]></category>

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<h2><a href="http://mondesfrancophones.com/espaces/economies/l%e2%80%99euro-drogue-dure-du-portugal/attachment/portugal_2009_uem/" rel="attachment wp-att-4210"><img class="alignleft size-full wp-image-4210" title="Portugal_2009_uem" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2011/08/Portugal_2009_uem.png" alt="" width="400" height="400" /></a></h2>
<h2>Les Lisboètes accros à la dette</h2>
<p>Lorsque l’on débarque à Porto, deuxième ville du Portugal, c’est dans un aéroport flambant neuf, et visiblement surdimensionné au regard d’un trafic touristique plutôt maigre, même au cœur du mois d’août. Le métro qui conduit au cœur de la ville est rutilant, pourvu d’un système de billetterie ultra moderne. A côté, Roissy ressemble à un terminal du tiers-monde, et la RATP semble restée scotchée au usages du XXème siècle. Les autoroutes disposent, elles, d’un système de péage automatique : un portique flashe les voitures, et l’utilisateur reçoit ses factures à domicile, le touriste pouvant, lui, régler sa dette autoroutière chez n’importe quel commerçant disposant d’un terminal de paiement, et il y en a beaucoup.</p>
<p>Pourtant, dès que l’on quitte ces lieux qui doivent leur existence à l’injection massive de fonds structurels de l’Union européenne pour les régions déshéritées, on s’aperçoit vite que ces infrastructures luxueuses ne reflètent en rien la réalité économique du pays. Porto, en dehors de ses prestigieuses caves des maisons Sandeman, Cruz ou Ferreira est une ville lépreuse, avec ses quartiers historiques laissés à l’abandon et aux dealers. La campagne alentour n’est pas plus attirante, si l’on excepte quelques « quintas », fermes traditionnelles transformées en maisons d’hôtes.</p>
<p>Lisbonne peut encore faire illusion : l’exposition universelle de 1998 a transformé une capitale vieillotte en métropole post moderne. La plupart de visiteurs étrangers, d’affaires ou de tourisme, limitent leur séjour lusitanien à Lisbonne où aux plages ensoleillées de l’Algarve, et reviennent avec l’impression que le Portugal s’en tire plutôt bien dans ce monde de brutes. Comme la population locale est plutôt accueillante, passablement francophone, et ne cherche pas à arnaquer systématiquement l’étranger de passage, ce pays jouit d’une bonne réputation chez les Français. Ceux-ci sont à peu près les seuls à se rendre dans le nord du pays, les provinces de Minho ou de Tras-os-Montes, pour rendre visite à l’ancienne femme de ménage ou nounou de leurs enfants, rentrée au pays avec son mari maçon après des décennies de bons et loyaux services aux familles et à l’économie françaises.</p>
<p>Leurs demeures se repèrent vite dans les villages au milieu des maïs : elles affichent souvent des couleurs flashy et sont pourvues de signes extérieurs d’opulence, tourelles tarabiscotées, portails d’entrée ouvragés, arbres exotiques et statues néo-antiques dans le jardin.</p>
<p>Mais on peut faire des dizaines de kilomètres à travers ces régions sans rencontrer la moindre usine autre que celles transformant le maïs en nourriture pour le bétail. Celle-ci est destinée à des vaches de race Prime Holstein qui ne voient jamais la couleur d’un pré, et remplisse avec ardeur les quotas de lait accordés aux éleveurs par la déesse PAC, nouvelle Cérès dont la résidence n’est pas sur le mont Olympe, mais dans la morne plaine bruxelloise.</p>
<p>L’abandon de la polyculture vivrière traditionnelle de ces régions bien arrosées pour la monoculture du maïs a eu pour conséquence un déséquilibre accru de la balance commerciale du Portugal, aujourd’hui importateur net de denrées alimentaires.<br />
Avant d’entrer dans l’Union européenne et d’adhérer à la zone euro, le Portugal, à peine sorti de la nuit salazarienne, bénéficiait de la compétitivité de son économie, due à des salaires inférieurs à ceux des pays du nord de l’Europe. L’industrie du cuir, notamment, lui permettait de satisfaire les besoins en chaussures de basse et moyenne gamme de notre continent. On délocalisait au Portugal des usines automobiles (Peugeot-Citroën) pour se rapprocher du marché ibérique qui rattrapait son retard d’équipement des ménages dans ce domaine.</p>
<p>Et puis, en 2002, l’euro a chassé l’escudo, et c’est ainsi qu’un pays de travailleurs zélés, économes de leurs deniers, se méfiant du crédit comme de la peste s’est peu à peu mué en un repaire de flambeurs invétérés, L’Etat n’étant pas le dernier à faire chauffer la carte bleue.<br />
L’euro, pour le Portugal, c’était l’argent pas cher et le crédit à gogo. Alors que la production stagnait (bien avant la crise financière de 2008), la dépense publique s’envolait. La faible compétitivité de l’économie, plombée par l’euro fort, décourageait les investissements étrangers et détruisait inexorablement le tissu industriel portugais. De pays d’émigration, le Portugal est devenu un pays d’immigration, notamment de travailleurs venus d’Ukraine qui fournissent une main d’œuvre bon marché dans l’économie informelle.</p>
<p>Les Portugais, eux, restent au pays, même si les salaires restent bas en comparaison de ceux pratiqués en France ou au Luxembourg, leur destination préférée. Ils font comme l’Etat, ils s’endettent et construisent leur maison ou leur appartement sans avoir à subir les désagréments de l’exil.<br />
L’euro était devenu une drogue dure qui avait pour conséquence de vous éloigner des dures réalités de l’économie réelle en vous emmenant dans les contrées imaginaires de l’argent facile.</p>
<p>Géographiquement périphérique, le Portugal ne bénéficie pas comme les pays d’Europe centrale de la proximité de puissances industrielles qui trouvent là des sous-traitants compétents et motivés. La Slovaquie ou l’Estonie peuvent se permettre l’euro, car leur économie est en symbiose avec l’Autriche, pour la première, la Finlande pour la seconde. D’autres, comme la République tchèque ou la Pologne se trouvent fort bien d’avoir conservé leur monnaie nationale qui leur permet d’ajuster finement son taux par rapport à l’euro pour rester compétitifs.</p>
<p>Les plus optimistes des Portugais se voient sortis d’affaire dans trois ans, après une sévère cure de désintoxication de l’addiction à la dépense publique et privée. C’est tout le bien qu’on leur souhaite, car ce peuple, à la différence d’un autre qui se reconnaîtra, n’a pas fait de l’arnaque généralisée un sport national.</p>

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