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	<title>MondesFrancophones.com &#187; lmonnerat</title>
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		<title>Libye : une odyssée sans fin ?</title>
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		<pubDate>Wed, 25 May 2011 16:25:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lmonnerat</dc:creator>
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		<category><![CDATA[La chronique de Ludovic Monnerat]]></category>

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		<description><![CDATA[Ainsi donc, la communauté internationale &#8211; sous l&#8217;impulsion notable de la France, tant politiquement que militairement, mais sous la conduite des États-Unis &#8211; a décidé s&#8217;opposer par la force au colonel Kadhafi. Ce n&#8217;est évidemment pas une nouveauté : non seulement Paris a déjà mis en échec l&#8217;irrédentisme du maître de Tripoli lorsque ce dernier [...]]]></description>
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<p style="text-align: justify;">Ainsi donc, la communauté internationale &#8211; sous l&#8217;impulsion notable  de la France, tant politiquement que militairement, mais sous la  conduite des États-Unis &#8211; a décidé s&#8217;opposer par la force au colonel  Kadhafi. Ce n&#8217;est évidemment pas une nouveauté : non seulement Paris a  déjà mis en échec l&#8217;irrédentisme du maître de Tripoli lorsque ce dernier  jetait ses colonnes vers le Tchad, mais Washington a mené à réitérées  reprises des opérations de combat dans l&#8217;espace aérien libyen entre 1981  et 1989. On peut du reste relire avec intérêt ces épisodes (cf Joseph  Stanik, El Dorado Canyon, Naval Institute Press, 2003) pour mesurer  l&#8217;évolution des forces en présence depuis trois décennies.</p>
<p style="text-align: justify;">Les activités militaires des premières heures de l&#8217;opération « Aube  de l&#8217;odyssée », pour reprendre la désignation américaine, l&#8217;ont démontré  : les forces armées loyales au colonel Kadhafi n&#8217;ont pu empêcher la  prise de contrôle de l&#8217;espace aérien libyen et son utilisation pour des  frappes qui semblent avoir pris par surprise plusieurs formations  mécanisées impliquées dans la poussée vers Benghazi. Le déploiement en  cours de forces supplémentaires, du côté de la coalition, ne laisse  aucun doute sur sa capacité à maintenir cette zone d&#8217;interdiction  aérienne qui couvre une grande partie de la Libye. Et à l&#8217;exploiter pour  d&#8217;autres frappes air-sol.</p>
<p style="text-align: justify;">Si les objectifs de l&#8217;opération &#8211; imposer cette zone de non-survol et  empêcher l&#8217;écrasement des rebelles &#8211; semblent donc à portée de main, il  n&#8217;en demeure pas moins que cette action limitée, pour reprendre la  précision de l&#8217;administration Obama, est semblable à toutes les autres  actions limitées, réactives et proportionnelles : en visant à contenir  un adversaire, elles lui cèdent par avance toute initiative et  s&#8217;inscrivent nécessairement dans une dimension temporelle  particulièrement extensible. Il suffit à Kadhafi d&#8217;être patient, de  mener sa guerre de l&#8217;information, d&#8217;exploiter les frappes pour  consolider son pouvoir, et ainsi d&#8217;user la résolution comme la patience  des capitales occidentales.</p>
<p style="text-align: justify;">Certes, celles-ci ont de toute évidence des moyens d&#8217;action au sol,  destinés à renforcer et à multiplier les capacités de rebelles : des  agents des services de renseignement (le Canard Enchaîné révélait ce  mercredi que la DGSE livrait des armes lourdes aux insurgés) et  probablement quelques détachements de forces spéciales (comme semblent  l&#8217;indiquer la précision et l&#8217;effet des bombardements). Mais procéder à  un changement de régime à Tripoli ne fait pas partie des résolutions  1970 et 1973 de l&#8217;ONU, même si les Libyens peuvent y parvenir, et  utiliser l&#8217;insurrection libyenne comme l&#8217;Alliance du Nord fin 2001 en  Afghanistan ne semble pas exactement l&#8217;intention de la coalition.</p>
<p style="text-align: justify;">Est-ce que les forces armées occidentales se sont engagées dans une  odyssée sans fin ? Faute de rechercher une victoire militaire, et non de  simples succès, c&#8217;est déjà la recherche d&#8217;une solution politique  négociée qui semble la seule manière de l&#8217;éviter.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.ludovicmonnerat.com/">L. M.</a></p>

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		<title>Les Suisses infligent un coup d’arrêt au fondamentalisme musulman</title>
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		<pubDate>Sun, 29 Nov 2009 18:14:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lmonnerat</dc:creator>
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		<category><![CDATA[La chronique de Ludovic Monnerat]]></category>

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		<description><![CDATA[L’initiative pour une interdiction de la construction de minarets en Suisse a été acceptée par la population contre la majorité de la classe politique et médiatique, et surtout contre le politiquement correct qui a tenté de museler des débats. C’est une surprise doublée d’une gifle : 57,5% des Suisses ayant voté ce week-end ont approuvé une [...]]]></description>
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<p><strong>L’initiative pour une interdiction de la construction de minarets en Suisse a été acceptée par la population contre la majorité de la classe politique et médiatique, et surtout contre le politiquement correct qui a tenté de museler des débats. </strong></p>
<p>C’est une surprise doublée d’une gifle : 57,5% des Suisses ayant voté ce week-end ont approuvé une initiative populaire visant à interdire la construction de minarets, alors que les sondages annonçaient au contraire une défaite des initiants. C’est aussi la volonté d’infliger un coup d’arrêt à l’islam militant, aux tendances fondamentalistes qui existent également dans les quelque 350&#8217;000 musulmans vivant en Suisse (5% des habitants), ainsi qu’une réaction à l’immobilisme et à la pensée unique qui entachent à ce sujet les autorités politiques, sans parler des médias.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3104" title="Affiche Minarets" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2009/11/Affiche-Minarets.jpg" alt="Affiche Minarets" width="314" height="448" />La campagne ayant mené à cette votation populaire a en effet été marquée par une polémique sur les affiches des initiants : plusieurs communes – dont des grandes villes – ont refusé d’autoriser cette affiche (ci-contre dans son incarnation germanophone) condamnée par de nombreuses organisations, une chose pour le moins rare dans les votations populaires fédérales qui, tous les 3 mois, rythment la démocratie directe du pays. Le seul parti gouvernemental ayant soutenu cette initiative, l’Union Démocratique du Centre (droite nationaliste), est d’ailleurs régulièrement accusé de populisme dans ce sens.</p>
<p>L&#8217;affiche en question relève bien entendu d&#8217;une technique de communication agressive, offrant une vision simplifiée et provocatrice de la question. Les minarets ne sont pas en soi les symboles d&#8217;une domination sur notre pays, ni même d&#8217;un asservissement des femmes ; de la même manière que les clochers et les campaniles ne peuvent être parés de tous les maux du christianisme, ce sont formellement des constructions architecturales liées à la pratique et à l&#8217;esprit de la religion musulmane. Qu&#8217;une mosquée porte ou non un minaret n&#8217;a pas d&#8217;influence directe sur le message qu&#8217;on y distille, mais bien sur sa visibilité alentour.</p>
<p>D&#8217;un autre côté, les votations populaires sont systématiquement l&#8217;occasion de voir fleurir sur les panneaux d&#8217;affichages de telles simplifications des objets soumis au verdict du peuple. Cela a par exemple été le cas pour la votation – également ce week-end – sur l’initiative pour l&#8217;interdiction de l&#8217;exportation du matériel de guerre: le Groupe pour une Suisse sans armée a réussi à placer dans la publication officielle comme dans ses affichages une image de char de combat, alors que l&#8217;industrie suisse ne produit ni n&#8217;exporte de telles armes. On force le trait pour frapper les esprits (ce qui n’a pas empêché l’initiative d’être rejetée par 68% des Suisses).</p>
<p>Rien de tout cela ne justifie une censure de la part des autorités publiques, alors même que c&#8217;est le peuple – et non ses élus – qui étaient appelés à se prononcer. Le contenu de l&#8217;affiche incriminée exagère certes la portée du danger que porte le militantisme islamique, mais n&#8217;invente pas la burqa ou les minarets, ni même le fait que l&#8217;on voit de plus en plus de femmes voilées en Suisse. Tôt ou tard, la place de l&#8217;islam dans une société occidentale doit faire l&#8217;objet d&#8217;un débat public, même si cette initiative populaire – nécessairement réduite à la modification d&#8217;un article de la constitution, ce sont les limites de la démocratie directe helvétique – n&#8217;était sans doute pas le meilleur vecteur dans ce sens.</p>
<p>Pour avoir refusé d’ouvrir ce débat pendant des années, alors que les frictions entre les musulmans militants et les citoyens suisses se multipliaient, les autorités fédérales sont maintenant contraintes d’entrer en matière, et ceci par les craintes et par le rejet que la population a finalement pu exprimer. Il ne sert à rien de scander à tue-tête des accusations éculées telles que la discrimination (il  n’y en a pas : l’initiative n’interdit pas les mosquées ni les minarets existants) ou le racisme (il n’y en a pas : ce sont des pratiques et des valeurs qui sont rejetées, non une origine ou une ethnie). La majorité des Suisses pensent que l’islam peut poser problème. Il faut désormais des réponses.</p>

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		<title>Le prix Nobel de l&#8217;apaisement</title>
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		<pubDate>Sat, 17 Oct 2009 02:02:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lmonnerat</dc:creator>
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<p>L&#8217;attribution du prix Nobel de la paix 2009 à Barack Obama est l&#8217;un de ces événements qui montrent à quel point certains esprits laissent leurs inclinations teinter et gauchir leur perception du monde. Apparemment, il n&#8217;était pas possible au jury norvégien d&#8217;attendre qu&#8217;Obama fasse quelque chose avant de lui décerner cette récompense, dont le prestige est certes bien terni ; il fallait bien maintenant montrer à quel point l&#8217;élection du personnage annonçait à elle seule une ère nouvelle, une promesse de paix imminente, à l&#8217;opposé des 8 années précédentes de la présidence américaine.</p>
<p>Je pense que mon analyse de novembre 2008 expliquant la perception d&#8217;Obama par celle de Bush reste valable dans son diagnostic :</p>
<p>    &laquo;&nbsp;Il est un aspect frappant du manichéisme médiatique qui retient l&#8217;attention : alors que depuis presque 8 ans George W. Bush est présenté comme le summum de la bêtise, de l&#8217;obscurantisme et de la haine, en bref comme la source de tous les maux, Barack Obama a rapidement été paré des attributs propres à l&#8217;intelligence, à la modernité et au respect, étant même érigé en symbole de tout ce que l&#8217;Amérique a de bien. D&#8217;un côté le Mal (et pas malin, en plus !) et de l&#8217;autre le Sauveur. Faut-il donc s&#8217;étonner qu&#8217;au lendemain de son élection certains de nos médias se demandaient si Obama pourra sauver le monde ?</p>
<p>    Cette rhétorique messianique, qui justifie tous les raccourcis et tous les accommodements avec la réalité pour atteindre l&#8217;hagiographie, est ainsi le syndrome inverse de la diabolisation de Bush et consorts. Il lui succède de façon logique : pour tirer un trait définitif sur un Mal épouvantable, il fallait un Bien hors du commun &#8211; et peu importe que ce dernier doive beaucoup à l&#8217;imaginaire et s&#8217;applique à un homme dont finalement on ne sait pas grand chose. Le délire anti-Bush a mené à l&#8217;adoration pro-Obama.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Nous ne sommes pas encore sortis de cette phase pathologique, au vu de ce prix Nobel déconnecté du monde réel. Peu importe que le bilan de l&#8217;administration Obama en matière de paix internationale soit pour l&#8217;instant égal à zéro : cela ne peut être qu&#8217;un état tout provisoire. Peu importe que le mythe Obama repose sur les apparences, et que derrière se cache une machinerie politique et financière particulièrement rouée : les juges norvégiens se satisfont des promesses. Obama a été élu pour ce qu&#8217;il paraît être, et c&#8217;est sur la base de ses discours, de ses écrits ou des apparitions qu&#8217;il est &laquo;&nbsp;jugé&nbsp;&raquo;. Les actes ne comptent pas.</p>
<p>A tout prendre, le jury du prix Nobel aurait pu mentionner que la Suisse s&#8217;est fortement engagée pour le rétablissement &#8211; désormais imminent &#8211; des relations diplomatiques entre la Turquie et l&#8217;Arménie, une initiative qui contribue effectivement, quoique de façon modeste, à la paix dans le monde. Mais ce n&#8217;est pas cette paix, faite de labeur discret et modeste, d&#8217;écoute et d&#8217;obstination, qui intéresse les bien-pensants d&#8217;Oslo : la paix qu&#8217;ils ont choisi de récompenser sur la scène internationale n&#8217;est autre que celle distillée par Barack Obama dans leur propre esprit.</p>
<p>Mais ce prix Nobel de l&#8217;apaisement ne sera pas de tout repos&#8230;</p>

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		<title>Entre Irak et Afghanistan, ou l’hésitation de l’Occident</title>
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		<pubDate>Mon, 06 Aug 2007 16:33:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lmonnerat</dc:creator>
				<category><![CDATA[La chronique de Ludovic Monnerat]]></category>
		<category><![CDATA[Chroniques]]></category>

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		<description><![CDATA[  Les deux principales campagnes de contre-insurrection qui se déroulent sous les projecteurs éblouissants des médias sont-elles en concurrence ? L&#8217;hésitation de l&#8217;Occident, entre une guerre « juste » mais marginale et une guerre « illégale » mais centrale, témoigne d&#8217;une vision stratégique confuse.   Depuis le début février, la Grande-Bretagne, le Danemark et la Norvège ont annoncé leur [...]]]></description>
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<p> </p>
<p><strong>Les deux principales campagnes de contre-insurrection qui se déroulent sous les projecteurs éblouissants des médias sont-elles en concurrence ? L&#8217;hésitation de l&#8217;Occident, entre une guerre « juste » mais marginale et une guerre « illégale » mais centrale, témoigne d&#8217;une vision stratégique confuse.</strong></p>
<p> </p>
<p>Depuis le début février, la Grande-Bretagne, le Danemark et la Norvège ont annoncé leur intention de renforcer leurs effectifs militaires en Afghanistan pour y juguler la situation toujours plus critique au sud du pays ; les deux premiers ont par ailleurs annoncé leur retrait &#8211; respectivement partiel et complet &#8211; d&#8217;Irak. D&#8217;autres pays, dont l&#8217;Australie, ont également opté l&#8217;envoi de contingents supplémentaires en Asie centrale, alors que certains ont choisi un renforcement de leurs capacités sans augmenter le volume des troupes. Les appels aux membres de l&#8217;OTAN &#8211; comme aux non membres &#8211; pour développer leurs contributions sont d&#8217;ailleurs pressants, malgré des contestations en hausse face à ces déploiements sans terme visible, comme la chute ponctuelle du gouvernement Prodi l&#8217;a montré en Italie.</p>
<p> </p>
<p>En étudiant de plus près les rotations et renforcements des troupes en Irak comme en Afghanistan (voir tableau), on constate ainsi un mouvement de bascule flagrant d&#8217;une campagne à l&#8217;autre : alors que les effectifs non américains en Irak ont été réduits de moitié en 4 ans, ils ont été multipliés par 3 en Afghanistan durant la même période ; le volume global de troupes, 10 fois plus grand en Irak vers la moitié de 2003, ne sera d&#8217;ailleurs probablement cet été que 3 fois plus grand. La force internationale de sécurité et d&#8217;assistance (ISAF) basée à Kaboul est ainsi devenue un investissement majeur pour l&#8217;OTAN, avec des effectifs équivalents à son engagement initial en Bosnie ou au Kosovo. Plusieurs pays, comme l&#8217;Espagne, l&#8217;Italie, les Pays-Bas, le Danemark et la Norvège, ont même retiré depuis 2004 toutes leurs troupes d&#8217;Irak (ou presque) pour en déployer une grande partie en Afghanistan.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><strong>Des différences qui s&#8217;amenuisent</strong></p>
<p> </p>
<p>La perception originelle de ces deux campagnes explique naturellement cet engagement très différent. Lancée en réaction immédiate aux attentats du 11 septembre 2001, la campagne d&#8217;Afghanistan a d&#8217;abord été une opération coercitive américaine (« ENDURING FREEDOM »), avec une intégration progressive de contingents étrangers en 2002 prenant avant tout la forme de détachements de forces spéciales. C&#8217;est en 2003 que l&#8217;OTAN a pris le commandement de l&#8217;ISAF, créée l&#8217;année précédente pour appuyer le nouveau gouvernement et stabiliser le pays, alors que les troupes américaines continuaient les actions offensives avec des renforts multinationaux choisis. Avec l&#8217;extension progressive des zones sous le contrôle de l&#8217;OTAN jusqu&#8217;en octobre 2006, c&#8217;est l&#8217;essentiel du pays qui est passé sous la responsabilité de l&#8217;Alliance, y compris des zones non permissives nécessitant des actions de combat. Mais si la différence entre les deux composantes a aujourd&#8217;hui presque disparu, l&#8217;action de la communauté internationale conserve une légitimité élevée.</p>
<p> </p>
<p>Au contraire, lancée de façon délibérée par les Etats-Unis sans lien direct avec des attaques terroristes, la campagne d&#8217;Irak est fréquemment présentée comme la mauvaise guerre, au mauvais endroit et au mauvais moment &#8211; en opposition à l&#8217;Afghanistan. C&#8217;est d&#8217;ailleurs la raison pour laquelle certaines nations, comme la France ou l&#8217;Allemagne, ont refusé toute implication militaire en Irak tout en déployant leurs meilleures unités &#8211; des forces spéciales &#8211; en Afghanistan sous commandement américain. Dotée dès l&#8217;invasion d&#8217;une forte composante alliée, l&#8217;opération « IRAQI FREEDOM » est pourtant restée dans les esprits une chose uniquement américaine, les médias s&#8217;escrimant même à qualifier d&#8217;illusion sa nature multinationale. L&#8217;engagement de 2 divisions multinationales au centre et au sud du pays a pourtant été une contribution importante à la stabilisation du pays, et a considérablement aidé les troupes américaines comme les forces de sécurité irakiennes.</p>
<p> </p>
<p>Toutefois, ces deux campagnes initialement très différentes &#8211; malgré la conclusion rapide des combats symétriques de haute intensité &#8211; ont connu un rapprochement notable. D&#8217;abord par l&#8217;absence de succès immédiat : à la victoire militaire retentissante ont succédé une lente évolution politique et une dégradation sécuritaire progressive, notamment parce que le combat asymétrique de basse intensité &#8211; guérilla, terrorisme, violences ethniques et religieuses, crime organisé, manipulations médiatiques &#8211; a pris à contre-pied les troupes américaines et coalisées. Les pertes subies par celles-ci sont également devenues comparables : avec 880 morts sur une moyenne de 155&#8217;000 militaires en Irak pour 2006, contre 191 morts sur une moyenne de 36&#8217;000 militaires en Afghanistan la même année, on parvient à des rapports respectifs de 5,7 et 5,3 tués pour 1000 soldats déployés. Et certaines études ont montré que la comparaison est encore plus parlante en intégrant les blessés.</p>
<p> </p>
<p>Bien entendu, les 3616 morts d&#8217;Irak et les 629 morts d&#8217;Afghanistan (à la date du 15 juillet 2007) n&#8217;ont pas le même poids politique. Mais ce mouvement de bascule entre ces deux opérations pareillement meurtrières ne trouve guère de justification autre que les raisonnements de politique intérieure : il n&#8217;existe pas de raison évidente pour laquelle un engagement croissant en Afghanistan et un engagement décroissant &#8211; ou inexistant &#8211; en Irak doivent être préconisés. Le développement très inégal des forces de sécurité locales (60&#8217;000 en Afghanistan après 5 ans contre 343&#8217;000 en Irak après 3 ans, malgré une population de taille grosso modo comparable &#8211; 30 millions d&#8217;habitants contre 27 millions) trace même des perspectives plus sombres pour l&#8217;Afghanistan, notamment quand on considère en outre le caractère périphérique de ce pays, son relief tourmenté et rigoureux ainsi que la proximité d&#8217;un sanctuaire (Waziristan). La lenteur des nations engagées à accepter la nature conflictuelle de l&#8217;opération y concourt aussi.</p>
<p> </p>
<p>Une démarche rationnelle consisterait donc à se demander quels sont les objectifs atteignables pour chacune des deux campagnes, les effets potentiellement déclenchés, et donc laquelle devrait faire l&#8217;objet d&#8217;un effort plus fourni de la part de la communauté internationale. En allant au-delà de la fonction stratégique d&#8217;interdiction, l&#8217;Afghanistan reste un théâtre secondaire : la naissance d&#8217;un État-nation moderne dans ce pays perclus de tribalisme et de criminalité serait un succès sensationnel, mais sans grand effet ; empêcher le retour des Taliban au pouvoir et la résurgence d&#8217;une usine à terroristes est déjà beaucoup. En revanche, si parvenir au même résultat sociétal en Irak serait tout aussi sensationnel, l&#8217;effet symbolique et sémantique obtenu aurait un impact incomparable ; c&#8217;est d&#8217;ailleurs la raison pour laquelle les islamistes sont prêts à tout pour empêcher une telle défaite, car l&#8217;avènement d&#8217;élections démocratiques dans l&#8217;après-Saddam Hussein a été identifié dans leurs rangs comme un danger mortel.</p>
<p> </p>
<p>Mais si une victoire aussi complète était inaccessible, à moyen terme du moins, ce qui semble bien être le cas, alors la campagne permettant d&#8217;infliger le plus de pertes à l&#8217;adversaire est celle qui devrait être privilégiée. Et c&#8217;est bien l&#8217;Irak qui permet à la communauté internationale de porter les coups les plus durs au fondamentalisme musulman : non seulement le nombre de candidats au djihad éliminés se compte par dizaine de milliers, mais la généralisation des attentats visant la population civile a montré au monde arabo-musulman la vraie nature du terrorisme mené au nom d&#8217;Allah, et durablement terni sa réputation. Par ailleurs, malgré la situation sécuritaire pour le moins difficile à Bagdad et à l&#8217;ouest du pays, la croissance économique spectaculaire de l&#8217;Irak &#8211; 17% de croissance du PIB en 2005 et 13% en 2006 &#8211; indique entre autres une transformation rapide et significative, dopée par la liberté individuelle.</p>
<p> </p>
<p>Il est donc permis de se demander quels intérêts impérieux la communauté internationale vise-t-elle à défendre en Afghanistan pour déployer sans cesse davantage de troupes. Et l&#8217;hésitation de l&#8217;Occident, entre une guerre « juste » mais marginale et une guerre « illégale » mais centrale, témoigne d&#8217;une vision stratégique confuse, mêlant préoccupations à court terme et domestiques, qui fonde précisément les faiblesses que toute insurrection recherche pour parvenir au succès contre plus fort que soi.</p>

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		<title>La grande peur du vide stratégique</title>
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		<pubDate>Tue, 20 Mar 2007 23:07:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lmonnerat</dc:creator>
				<category><![CDATA[La chronique de Ludovic Monnerat]]></category>
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		<description><![CDATA[  Si la nature a horreur du vide, la stratégie du siècle lui ressemble toujours plus. Pendant longtemps, les zones échappant au contrôle des États reconnus ne suscitaient guère d&#8217;inquiétude : elles étaient si lointaines qu&#8217;on les ignorait largement, et leurs effets restaient le plus souvent locaux ou régionaux. La structure archaïque des sociétés pré-nationales, articulées [...]]]></description>
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<p> </p>
<p>Si la nature a horreur du vide, la stratégie du siècle lui ressemble toujours plus. Pendant longtemps, les zones échappant au contrôle des États reconnus ne suscitaient guère d&#8217;inquiétude : elles étaient si lointaines qu&#8217;on les ignorait largement, et leurs effets restaient le plus souvent locaux ou régionaux. La structure archaïque des sociétés pré-nationales, articulées autour de la famille ou du clan, était une source de curiosité ou de condescendance ; la corruption endémique, le commerce illégal ou la virulence religieuse n&#8217;y étaient perçus que comme un exotisme voué à l&#8217;extinction. Jusqu&#8217;à ce que le rapetissement de la planète, dû à l&#8217;essor des transports et télécommunications intercontinentaux, nous y confronte directement ; jusqu&#8217;à ce que nous en soyons inexorablement les voisins.</p>
<p> </p>
<p>Ce n&#8217;est pas que les zones chaotiques et belligènes, irrespectueuses des us et coutumes internationaux, soient nouvelles ; c&#8217;est que par le passé, la politique de la canonnière permettait de gérer la situation en cas de menace directe des intérêts nationaux, alors que la distance et la rareté des moyens de transport mettaient le sol national à l&#8217;abri. L&#8217;indigence de la couverture médiatique faisait d&#8217;ailleurs qu&#8217;à l&#8217;époque les agissements des corps expéditionnaires ne prêtaient guère le flanc à la critique, malgré un usage parfois immodéré de la force armée ; il faudra atteindre le tournant du siècle dernier, avec la guerre des Boers, pour voir une polémique agiter la classe politique d&#8217;une grande nation sur le comportement de ses soldats et sur les modalités de ses opérations militaires. Avec le temps, cette visibilité toujours plus rapide des actions armées a profondément transformé les opérations expéditionnaires.</p>
<p> </p>
<p>Mais pareille évolution va dans les deux sens, et les opinions publiques jadis partagées sur l&#8217;emploi de la force sont désormais directement ciblées par les acteurs lointains, échappant à l&#8217;autorité des États locaux ou globaux. Des sociétés post-modernes et civilisées ont brutalement découvert qu&#8217;elles étaient à portée d&#8217;individus mus par des idées pré-modernes et barbares, capables de franchir discrètement des milliers de kilomètres pour les frapper en leur sein. Qu&#8217;il s&#8217;agisse de détruire des bâtiments publics comme à New York, de poser des bombes dans des transports publics comme à Madrid ou de prendre des centaines de personnes en otage dans une salle de théâtre comme à Moscou, n&#8217;importe quelle organisation non étatique a aujourd&#8217;hui une pénétration destructrice qui jusqu&#8217;ici était réservée aux seules armées capables d&#8217;effectuer de grandes invasions.</p>
<p> </p>
<p>Face à ce nouveau et menaçant voisinage, les États ont rapidement renforcé leurs contrôles à leurs frontières, alors même que celles-ci étaient édulcorées par les accords de libre circulation, et augmenté les mesures de surveillance le long des principales voies migratoires. En même temps, ils se sont rendus compte qu&#8217;entraver le flux des personnes n&#8217;affectait en rien le flux des idées, qui au contraire grossit chaque année davantage à travers les télévisions par satellite et l&#8217;Internet. Avec pour conséquence une radicalisation de certaines franges de populations déjà installées, ayant reçu la nationalité de leur pays d&#8217;adoption et pourtant désireuses de le combattre, comme l&#8217;ont montré les attentats et les tentatives d&#8217;attentats à Londres en juillet 2005. Retrouver le splendide isolement des siècles passés ne nous est pas donné.</p>
<p> </p>
<p>Une autre réponse a été choisie par les États-Unis au lendemain du 11 septembre : le déploiement d&#8217;un corps expéditionnaire visant à renverser les structures de pouvoir adverses, responsable des attaques transnationales subies, et à interdire leur retour par une opération stratégique d&#8217;interdiction &#8211; comme ce fut le cas en Afghanistan. Menée avec le large assentiment de la communauté internationale, cette réponse s&#8217;est ensuite élargie vers une construction de nation, avec l&#8217;importation d&#8217;idées et de pratiques nouvelles, souvent très éloignées de la structure sociétale afghane. Mais cet objectif bien plus ambitieux implique un effort croissant, avec un volume de troupes en hausse constante (de 18&#8217;000 soldats mi-2003 à 55&#8217;000 mi-2007), qui augmentent la visibilité médiatique de l&#8217;opération et aboutissent à affecter la volonté politique de la poursuivre.</p>
<p> </p>
<p>Une troisième réponse, là aussi mise en œuvre par les États-Unis en Irak sans qu&#8217;ils n&#8217;en aient nécessairement mesuré la nature, consiste à porter la lutte dans une zone chaotique et belligène dont l&#8217;importance matérielle et immatérielle impose une réaction adverse. C&#8217;est la théorie du papier à mouches : attirer un en lieu favorable à leur élimination les combattants émanant d&#8217;autres zones, d&#8217;autres États affaiblis ou fragiles, et ainsi pratiquer une véritable attrition stratégique. C&#8217;est effectivement le cas en Irak, où les candidats au djihad ont péri par dizaines de milliers. Mais cela implique des moyens encore plus grands, car c&#8217;est toute une société qui doit sur place porter et subir ce combat, et cela implique également des tâches de construction de nation. Avec des pertes inévitablement importantes dans son propre camp.</p>
<p> </p>
<p>Il existe également une quatrième réponse, celle consistant à renforcer les États existants et à augmenter leurs capacités à lutter par eux-mêmes contre les chancres du chaos. Elle est largement pratiquée par la communauté internationale sous la forme des missions de maintien de la paix, mais elle prend une importance plus grande lorsqu&#8217;elle comprend une coopération militaire aboutissant à une véritable émulation. La présence permanente de conseillers, généralement issus des forces spéciales, et des aides financières contribuent à la modernisation des forces de sécurité nationales ; comme l&#8217;a montré récemment l&#8217;exemple de l&#8217;Éthiopie en Somalie, celles-ci peuvent ensuite mener des actions décisives qui suivent également les intérêts des pays qui les soutiennent. Et le tout aboutit à une multiplication décentralisée des forces, à la mesure toutefois du nombre limité de conseillers efficaces, c&#8217;est-à-dire d&#8217;officiers compétents sur le plan didactique, opérationnel, mais aussi culturel et diplomatique.</p>
<p> </p>
<p>Protection, interdiction, attrition et émulation : ces quatre options stratégiques ne s&#8217;excluent pas mutuellement, mais trouver le meilleur équilibre au quotidien, tout en conservant la liberté de répartir différemment les efforts au gré des actions adverses, exige des ressources considérables. Aucun État n&#8217;a assez de policiers pour assurer une protection complète, assez de fantassins pour imposer une interdiction durable, assez de combattants pour obtenir une attrition décisive, ou assez d&#8217;opérateurs pour susciter une émulation optimale. Et ceci d&#8217;autant plus que les zones chaotiques et belligènes ont furieusement tendance à se multiplier sur le sol des États même les plus solides, sous la forme de zones de non-droit où l&#8217;autorité, les lois, les valeurs et les intérêts sont profondément autres. Ce qui pourtant indique peut-être la meilleure manière de limiter l&#8217;effet des vides stratégiques.</p>
<p> </p>
<p>Combler ceux-ci en tout temps et en tout lieu est en effet illusoire, même avec la meilleure combinaison des réponses décrites ci-dessus. En revanche, on peut réduire leur impact en consolidant les « pleins » stratégiques, les zones structurées et productives qui servent de moteur, les éléments constitutifs des États-nations actuels. La résilience de l&#8217;ordre est tout aussi importante que la maîtrise du chaos, et la grande peur de ce qui n&#8217;est pas ou plus devrait être nuancée par la confiance en ce qui est.</p>

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		<title>Les dangers cachés de l’hypersécurité</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Feb 2007 23:28:20 +0000</pubDate>
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<p> </p>
<p>Caméras de surveillance, portails de détection, identifications biométriques : l&#8217;augmentation des mesures de sécurité au quotidien est l&#8217;un des traits de notre époque. La montée aux extrêmes du terrorisme et l&#8217;évolution de la criminalité ont amené les autorités, même en Suisse, à adopter des dispositifs et des procédures qui auraient été impensables quelques années plus tôt. De nos jours, l&#8217;évacuation d&#8217;un périmètre au moindre paquet abandonné ou l&#8217;installation de locaux séparés pour le filtrage du courrier ne surprennent même plus. Les actions préventives menées au nom de la sécurité collective sont largement entrées dans les mœurs, et leurs conséquences potentielles tout aussi largement ignorées.</p>
<p> </p>
<p>Les sociétés occidentales sont en effet transformées par la mise en place de lignes de séparation visant à délimiter des espaces sécurisés, de façon permanente ou ponctuelle, par lesquels l&#8217;emploi de la violence armée à des fins guerrières ou criminelles devient plus difficile. Ces espaces peuvent être de deux natures : protecteurs, s&#8217;ils empêchent une menace d&#8217;y pénétrer, ou carcéraux, s&#8217;ils empêchent une menace d&#8217;en sortir ; cette distinction prête parfois matière à débat, parce que la prison des uns peut être la sécurité des autres. Mais la tentation du risque zéro tend également à engendrer des espaces hypersécurisés dont les excès sont rapidement contre-productifs.</p>
<p> </p>
<p>Toutes les entraves sécuritaires à la liberté des personnes possèdent ainsi cette propriété duale consistant simultanément à rassurer et à exaspérer, à réduire la possibilité d&#8217;actes violents et à augmenter la volonté de les commettre. Même avec l&#8217;emploi de technologies moins visibles et intrusives, les lignes de séparation deviennent fréquemment des symboles puissants, des objets dont l&#8217;importance sémantique dépasse rapidement la fonction protectrice. Et leur sens est d&#8217;autant plus fort si la séparation s&#8217;applique de manière généralisée, face à des pans entiers d&#8217;une société, sur des critères financiers, ethniques ou religieux qui ont une résonance immédiate avec les identités.</p>
<p> </p>
<p>Abandonner une zone urbaine donnée pour contenir la violence qui en émane et empêcher qu&#8217;elle ne déborde sur d&#8217;autres zones revient ainsi à créer, comme en France, des ghettos qui s&#8217;autoalimentent, des secteurs non permissifs où l&#8217;autorité de l&#8217;État s&#8217;est effondrée, des portions de territoires dont une partie des résidents s&#8217;affirment par le rejet de l&#8217;ordre public. Le développement d&#8217;une contre-culture y favorise celui d&#8217;une contre-nationalité par le biais de laquelle le tissu constitutif de la société est avidement rongé. Et la capacité des forces de sécurité à empêcher ces chancres de déborder plus avant, à l&#8217;ère des télécommunications immanentes, est évidemment réduite.</p>
<p> </p>
<p>Par ailleurs, la sécurité passive et préventive est souvent une manière de répondre à une menace sans oser la dénoncer et la combattre, de gagner du temps sur les manifestations d&#8217;un conflit latent. Il est plus facile d&#8217;ériger des murailles supplémentaires que d&#8217;affronter l&#8217;adversaire ou l&#8217;ennemi, de s&#8217;isoler dans l&#8217;ignorance que d&#8217;accepter la réalité de la haine. Toutefois, les obstacles matériels ne peuvent à eux seuls venir à bout de la volonté humaine, et aucune forteresse n&#8217;a jamais eu de valeur sans une garnison fermement décidée à la défendre. Le désarmement unilatéral du politiquement correct vient rapidement à bout des renforcements de terrain les plus solides.</p>
<p> </p>
<p>La sensation d&#8217;insécurité sans cesse plus aiguë au sein des populations européennes, dont les classes moyennes en viennent de plus en plus à loger dans des périmètres sécurisés, est une conséquence de ce refus d&#8217;admettre la réalité. En cherchant à ignorer la nationalité et l&#8217;origine des criminels, les barbarismes socio-culturels qui fondent leur conduite déviante, et donc en condamnant des profilages ethniques dont la nécessité statistique est pourtant évidente, on favorise un repli sur soi qui ne résout rien et qui ne fait que retarder la résolution de différends potentiellement conflictuels. Avec des déflagrations qui en seront d&#8217;autant plus puissantes et destructrices.</p>
<p> </p>
<p>Le développement des mesures de sécurité passives a d&#8217;ailleurs un impact mesurable sur celui de la violence active : sur le territoire de la République et Canton de Genève, par exemple, la diminution des atteintes à la propriété due à l&#8217;amélioration des protections est parallèle à l&#8217;augmentation des agressions violentes. Du coup, les moyens de surveillance automatique et le renforcement de la présence policière, visant à augmenter la sécurité dans l&#8217;espace public, se font au détriment des libertés individuelles et peuvent réduire la légitimité des autorités, tout en rendant à leur tour plus probable une escalade des moyens employés pour attenter à la propriété.</p>
<p> </p>
<p>Le déficit en termes de liberté reste en soi une menace majeure pour les autorités publiques, car l&#8217;incapacité de protéger les citoyens et le refus de leur donner les moyens de se défendre n&#8217;est pas soutenable. La réponse la plus logique à l&#8217;augmentation d&#8217;une violence opportuniste et non ciblée reste en effet l&#8217;augmentation des capacités d&#8217;autodéfense individuelles, c&#8217;est-à-dire la possibilité donnée aux victimes potentielles de neutraliser une agression. Mais le droit de porter des armes et de s&#8217;en servir en cas de légitime défense reste contesté. Du coup, les murs s&#8217;élèvent, les digicodes se normalisent, les caméras se multiplient. Les êtres se polarisent, les sociétés se segmentent.</p>
<p> </p>
<p>Nous vivons à une époque où l&#8217;hypersécurité est en vogue. Se préparer à l&#8217;hyperviolence qui en est le corollaire est une démarche salutaire.</p>

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		<title>Irak : une stratégie de maintien</title>
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		<pubDate>Thu, 18 Jan 2007 02:00:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lmonnerat</dc:creator>
				<category><![CDATA[La chronique de Ludovic Monnerat]]></category>
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<p> </p>
<p>Voici longtemps que les discussions vont bon train sur le thème d&#8217;une stratégie de sortie américaine en Irak. Mais c&#8217;est une stratégie de maintien qui devrait au contraire être développée.</p>
<p> <br />
Les propositions caduques et discréditées de l&#8217;Irak Study Group, le revers républicain aux élections législatives, les appels à l&#8217;augmentation ponctuelle des troupes et la lente érosion d&#8217;un soutien international déjà limité ont montré que la perspective sur l&#8217;Irak et l&#8217;opération « Iraqi Freedom » se rétrécit constamment. Avec plus de 3 ans d&#8217;une couverture superficielle et catastrophiste, le « bourbier » et le « désastre » que les médias traditionnels avaient annoncé avant même le début de l&#8217;opération se sont très largement imposés dans les esprits. En d&#8217;autres termes, malgré un processus politique sans équivalent dans la région, malgré une démocratie et une liberté bien vivantes, malgré une économie en développement rapide et malgré l&#8217;optimisme permanent de sa population, l&#8217;Irak est perçu comme un échec dont il s&#8217;agit de se débarrasser.</p>
<p> <br />
Sans entrer dans le détail des groupes et des strates partageant cette perception à un degré divers, force est de constater que les États-Unis recherchent désormais une stratégie de sortie. Les axes principaux de l&#8217;action menée depuis le printemps 2003, et consistant à créer un État irakien possédant la légitimité, l&#8217;intégrité, l&#8217;identité et les capacités nécessaires à sa pérennité, sont déconsidérés par l&#8217;absence fréquente de résultats immédiats ; le rapport entre les coûts consentis et les bénéfices réalisés influence lourdement les réflexions, alors même que la stratégie n&#8217;obéit pas aux mêmes règles que l&#8217;économie de marché. Et le volume des troupes américaines déployées dans le pays, actuellement 140&#8217;000 soldats répartis en 14 brigades, est devenu le point de discussion principal, entre les tenants du statu quo, du retrait progressif ou du renforcement ponctuel.</p>
<p> <br />
Cependant, l&#8217;objectif d&#8217;une opération militaire consiste à atteindre un état final déterminé, à produire des effets à la fois sécuritaires, politiques, économiques et informationnels. Tout discours portant sur une nouvelle stratégie reste vain s&#8217;il n&#8217;intègre pas ces éléments, quitte à juger irréaliste l&#8217;intention initiale et à réviser à la baisse certains objectifs désormais inatteignables. Et comme la perspective temporelle de toute opération dépend nécessairement de celle adoptée par ses adversaires et des moyens qu&#8217;ils engagent pour contrer ses objectifs, la notion même de stratégie de sortie revient à nier la nature conflictuelle de l&#8217;opération, le duel des volontés et des légitimités qu&#8217;elle implique, et donc s&#8217;oppose à une démarche visant au succès. Raison pour laquelle les États-Unis doivent trouver une stratégie permettant de rester, et non d&#8217;abandonner en cours de route.</p>
<p>  <br />
Dans son livre référence publié en 2003, <em>How Democracies Lose Small Wars</em>, le chercheur israélien Gil Merom a montré que dans les petites guerres, dont les enjeux ne sont pas suffisants pour souder les sociétés derrière leurs gouvernements, ce sont les faiblesses du fort et non les forces du faible qui sont décisives. Afin d&#8217;éviter le retrait intempestif d&#8217;une force armée invaincue, résultat classique des conflits de basse intensité mal compris, trois variables doivent ainsi être prises en compte : la dépendance instrumentale, c&#8217;est-à-dire le volume de ressources humaines et financières nécessaires à la poursuite de l&#8217;opération ; la différence normative, soit le décalage des opinions quant à la légitimité de l&#8217;opération, et l&#8217;importance politique de la société sue les décisions du gouvernement quant à la réorientation de la stratégie mise en œuvre.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>En matière de dépendance instrumentale, la situation des États-Unis est plutôt favorable. D&#8217;une part, les coûts considérables de l&#8217;opération « Iraqi Freedom » &#8211; au moins 320 milliards de dollars pour la période 2003-2006 &#8211; n&#8217;ont pas grevé le budget fédéral américain, dont le déficit a même été réduit grâce à la croissance économique vécue en parallèle ; ils ont néanmoins contribué à renforcer la dérive dépensière de l&#8217;administration Bush, cause majeure d&#8217;insuccès électoral. D&#8217;autre part, les pertes subies par un corps expéditionnaire à la fois volontaire et majoritairement professionnel &#8211; environ 3000 morts et 22&#8217;000 blessés, dont 6700 graves &#8211; sont historiquement faibles, diminuent légèrement et ne suffisent pas pour toucher la société américaine. Le retour des boys au pays &#8211; pour leur propre bien &#8211; n&#8217;est pas un slogan porteur.</p>
<p>                                   <br />
En matière de différence normative, la situation des États-Unis est moins favorable. L&#8217;activisme forcené d&#8217;une partie de la classe politique et médiatique contre l&#8217;opération en Irak a renforcé la polarisation de l&#8217;opinion publique, dont le soutien pour la stratégie de l&#8217;administration Bush n&#8217;a cessé de diminuer ; aujourd&#8217;hui, comme le montrent les enquêtes de Rasmussen Reports, les Américains sont partagés presque équitablement entre le retrait immédiat des troupes, leur retrait à terme et leur maintien jusqu&#8217;au succès. Malgré l&#8217;opinion majoritairement positive des militaires engagés en Irak et le fait qu&#8217;ils communiquent quotidiennement avec leurs proches, la majorité des Américains tendent à adopter une posture à la fois pessimiste et résignée. La légitimité de l&#8217;opération est pour le moins vacillante.</p>
<p> <br />
En matière d&#8217;interaction politique, la situation des États-Unis est modérément favorable. Les récentes élections législatives ont rappelé que, contrairement à certains délires conspirationnistes, la démocratie américaine fonctionne et permet de représenter les évolutions de l&#8217;opinion publique sans pour autant bouleverser l&#8217;équilibre &#8211; et donc la division &#8211; des pouvoirs. Le rythme bisannuel des élections assure d&#8217;ailleurs une prise en compte régulière de l&#8217;opinion. En revanche, il reste à démontrer que le pouvoir exécutif tire les leçons du dernier scrutin et révise sa stratégie en Irak de manière à refléter les doutes croissants des électeurs ; dans le cas contraire, ceux-ci ne manqueront pas de déposer en 2008 un vote sanction dans les urnes. L&#8217;association du public aux décisions gouvernementales, effective entre 2003 et 2005, doit être renouvelée.</p>
<p> <br />
Prises ensemble, ces trois variables fournissent des lignes directrices pour le renouvellement de la stratégie américaine en Irak : il s&#8217;agit de maintenir l&#8217;effort actuel, avec une diminution progressive des dépenses, dans un cadre mis à jour et avec des objectifs adaptés, de manière à lier clairement les actions menées sur sol irakien avec celles menées sur d&#8217;autres théâtres d&#8217;opérations. Autrement dit, une stratégie de maintien n&#8217;a de sens, et donc de chances d&#8217;exister, que si elle s&#8217;inscrit dans la lutte planétaire menée par les démocraties libérales contre le fondamentalisme musulman. Laisser croire que l&#8217;Irak était une fin en soi et non une étape est une erreur de l&#8217;administration Bush qui doit être corrigée, même si l&#8217;Irak joue le rôle de point focal et démontre la détermination des principaux protagonistes de la lutte.</p>
<p> <br />
Concrètement, quelle mutation devrait connaître l&#8217;opération « Iraqi Freedom » ? En accord avec les autorités irakiennes, le Central Command devrait progressivement réduire la visibilité de la présence américaine, renforcer les capacités et la légitimité du gouvernement irakien, favoriser le développement de l&#8217;économie et l&#8217;éducation, engager ses troupes dans des fonctions d&#8217;appui et comme réserve opérative, relancer ostensiblement la traque des islamistes étrangers, réduire drastiquement les besoins logistiques du contingent, et constituer des bases d&#8217;opérations à proximité des pays voisins. Ainsi, l&#8217;objectif des États-Unis ne doit pas être de mettre un terme aux violences intérieures de l&#8217;Irak, qui résultent de fractures et de rancunes bien antérieures à l&#8217;invasion, mais bien de faire de ce pays un allié durable et une plateforme influente.</p>
<p> <br />
Il faut rappeler que la présence américaine en Irak, avec son cortège d&#8217;innovations technologiques, d&#8217;incitations démocratiques et de contrastes sociologiques, est une menace mortelle pour les islamistes du monde entier. La diffusion rapide et l&#8217;adoption enthousiaste d&#8217;idéaux démocratiques au cœur même du califat historique, et donc de l&#8217;imaginaire fondamentaliste, est l&#8217;une des actions les plus efficaces qui pouvaient être menées après le 11 septembre 2001 pour contrer la mouvance islamiste. De plus, le maintien des troupes américaines malgré une campagne insurrectionnelle difficile, car issue du pays même, est une preuve éloquente de détermination : alors que les médias opposés à l&#8217;opération « Iraqi Freedom » spéculent depuis 3 ans sur un retrait précipité des troupes, chaque jour qui passe dément le « tigre de papier » qu&#8217;imaginaient les islamistes.</p>
<p> <br />
Les États-Unis sont désormais à la croisée des chemins. L&#8217;opération « Iraqi Freedom » ne pourra plus longtemps être menée telle qu&#8217;elle l&#8217;est actuellement. Mais un chemin considérable a été parcouru depuis 2003, même s&#8217;il n&#8217;apparaît pas au quotidien, dans ces images de violences conçues précisément pour décourager les citoyens et les dirigeants américains. À eux d&#8217;être suffisamment clairvoyants et de poursuivre l&#8217;offensive sur les points faibles de leurs ennemis, car une victoire est à ce prix.</p>

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		<title>La nouvelle guerre des idées qui embrase la planète</title>
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		<pubDate>Tue, 24 Oct 2006 01:54:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lmonnerat</dc:creator>
				<category><![CDATA[La chronique de Ludovic Monnerat]]></category>
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<p><strong>À</strong><strong> travers l&#8217;histoire, les causes des conflits ont été aussi diverses que les hommes eux-mêmes, et les idées religieuses ou politiques ont souvent fait office de casus belli. Mais l&#8217;essor des moyens de communication modernes a donné une importance croissante aux concepts sous-jacents de la technologie, au point d&#8217;en faire une toile de fond dominant les affrontements majeurs de ce siècle.<br />
</strong></p>
<p> </p>
<p>Depuis près d&#8217;une décennie, entre 50 et 60 guerres prolongées ravagent de larges portions des deux hémisphères. Ces conflits de basse intensité rassemblent des cas aussi divers que la lutte des Tigres tamouls pour leur indépendance au nord du Sri Lanka, les affrontements interethniques dans l&#8217;est &#8211; si riches en ressources naturelles &#8211; de la République démocratique du Congo, les violences criminelles endémiques mâtinées de guérilla et de trafic de drogue en Colombie, les accrochages perpétuels entre rebelles musulmans et forces étatiques au Cachemire indien, ou encore la guerre civile fondée par l&#8217;extrémisme religieux qui continue de déchirer l&#8217;Algérie. Il serait vain de comparer en détail les raisons qui ont poussé tous ces belligérants à choisir la voie de la violence armée, mais il apparaît que la circulation des idées en soi constitue aujourd&#8217;hui un facteur déterminant.</p>
<p> </p>
<p>De tous temps, l&#8217;homme s&#8217;est battu pour ce qu&#8217;il a, pour ce qu&#8217;il est et pour ce qu&#8217;il pense. Cependant, les conflits déclenchés par les idées ont longtemps été liés aux seules guerres de religion, comme le rappellent les combats des Israélites, le djihad mahométan, les hérésies en Europe et les croisades invoquées par le Pape. Depuis la Révolution française, les idéologies sont venues concurrencer les préceptes religieux et favoriser de nouveaux conflits axés sur la vision de l&#8217;autre et du monde &#8211; avec en particulier le nationalisme, l&#8217;anarchisme, le communisme et le nazisme. Ces deux ensembles de concepts ont d&#8217;ailleurs fréquemment eu tendance à se confondre, ainsi que le montrent l&#8217;iconisation des leaders sous les régimes communistes ou l&#8217;expansion de la charia comme base légale.</p>
<p> </p>
<p>Les idées toutefois ne suffisent pas à assurer la conquête des esprits, car elles dépendent des vecteurs capables de les répandre. Si le meilleur orateur du monde antique &#8211; Démosthène &#8211; n&#8217;est pas parvenu à convaincre les Athéniens du danger posé par Philippe II de Macédoine, sans doute l&#8217;environnement médiatique de son époque explique-t-il l&#8217;échec de ses philippiques. La circulation des idées a été totalement transformée par l&#8217;invention de l&#8217;imprimerie, l&#8217;avènement de la presse, puis la naissance des médias audio-visuels de masse ; elle connaît aujourd&#8217;hui une évolution encore plus rapide avec la conjonction de l&#8217;Internet, des ordinateurs et des liaisons sans fil. Or l&#8217;emploi au quotidien de ces vecteurs modernes repose lui-même sur un ensemble d&#8217;idées et de valeurs sous-jacentes qui contribue lourdement à embraser notre planète.</p>
<p> </p>
<p>Un appareil a priori aussi anodin que le téléphone portable constitue un bon exemple de ce phénomène. Employer toutes ses fonctions suppose une exploration empirique de ses menus, un apprentissage rationnel d&#8217;un espace entièrement logique &#8211; analogue à une recherche scientifique simplifiée. Établir des communications exige le choix d&#8217;un fournisseur et la comparaison des offres, et donc l&#8217;intégration de la notion de concurrence économique et de liberté d&#8217;achat. Mais le portable est également un objet pouvant être personnalisé, par l&#8217;acquisition d&#8217;un boîtier, d&#8217;un fond d&#8217;écran ou d&#8217;une sonnerie supplémentaires, et ainsi contribuer à une recherche du plaisir et une affirmation de l&#8217;identité à travers l&#8217;apparence. La simple possession d&#8217;un tel appareil suggère l&#8217;adoption et l&#8217;application d&#8217;idées précises.</p>
<p> </p>
<p>Bien entendu, le téléphone portable modifie également la relation de l&#8217;individu avec son entourage et son environnement. L&#8217;accès direct à des personnes précises autorise l&#8217;établissement rapide de relations transversales, contournant les cloisonnements hiérarchiques ou sociaux. Le maintien des liaisons, en tout lieu et en tout temps ou presque, fait de l&#8217;individu le membre informel d&#8217;un réseau évolutif, indépendamment de ses mouvements. La capacité d&#8217;envoyer et de recevoir des messages ou des images implique un haut degré de liberté d&#8217;expression et d&#8217;opinion. La disponibilité permanente de l&#8217;autre favorise l&#8217;échange spontané des émotions et des réactions au-delà des codes qui caractérisent une société. Et ces éléments sous-jacents se retrouvent également, à des degrés certes divers, dans l&#8217;utilisation du courrier électronique, des weblogs, des chats et autres médias récents.</p>
<p> </p>
<p>Pour le citoyen occidental &#8211; ou occidentalisé &#8211; typique, les concepts qui sous-tendent les nouvelles technologies de l&#8217;information et de la communication sont largement transparents. Ils font partie de son acquis sociétal, de sa vie privée, de sa vision du monde. Tout au plus se soucie-t-il des excès dus à un usage abusif ou à une rupture trop marquée des habitudes ; mais comme il constitue le client principal des applications courantes, les produits incompatibles avec ses attentes sans cesse stimulées par la publicité ne peuvent espérer de vie commerciale. La transformation rapide des sociétés occidentales, essentiellement dictée par les échanges d&#8217;information sans cesse accrus, génère ainsi sa propre demande en applications et en contenus à même de satisfaire les besoins des individus, qu&#8217;il s&#8217;agisse d&#8217;appareils domestiques, de produits culturels ou de distractions commerciales.</p>
<p> </p>
<p>Mais le citoyen non occidental &#8211; ou non occidentalisé &#8211; est confronté à un déferlement d&#8217;objets et de prestations qui remettent en cause une partie de ses valeurs. La technologie moderne est une grande égalisatrice qui renforce les individus, distribue les liens et relativise les dépendances ; même ses contenus les plus simples &#8211; comme les séries TV, les jeux vidéos, le cinéma populaire ou les sites en ligne &#8211; propagent des idées souvent corrosives : l&#8217;égalité entre les sexes, la primauté de la loi des hommes, la recherche du plaisir par la consommation, la libre séduction entre adultes, la quête empirique du savoir ou encore la comparaison critique des informations. Or ces concepts exercent une vive attirance sur des pans entiers de sociétés vivant dans un déficit de modernité et de liberté, notamment les classes aisées et les jeunes, en suscitant de la sorte des tensions et des divisions majeures.</p>
<p> </p>
<p>Ce n&#8217;est pas un hasard si des manifestations ont lieu en Inde pour protester contre l&#8217;usage des téléphones portables, qui permettent aux jeunes de gérer eux-mêmes leurs rencontres au lieu de subir les mariages organisés entre familles ; si les antennes satellitaires sont strictement prohibées en Iran, et considérées comme des objets diaboliques et dangereux par la théocratie des mollahs ; si l&#8217;utilisation de la toile est sévèrement contrôlée en Chine pour limiter la fragilité du régime communiste ; si la culture populaire occidentale dans son aspect le plus vulgaire est à la fois activement bannie et fiévreusement convoitée dans le monde arabe ; ou encore si les islamistes rangent dans une seule et même catégorie honnie l&#8217;ensemble des Occidentaux, qu&#8217;ils soient militaires, humanitaires, journalistes ou diplomates. La subversion empirique, libérale, démocratique et laïque n&#8217;épargne personne sur une planète en voie d&#8217;unification occidentalisante.</p>
<p> </p>
<p>Même l&#8217;Europe, berceau historique de nombre d&#8217;idées tranchantes, peine à s&#8217;accorder au rythme galopant des mutations déclenchées par ces valeurs sous-jacentes ; la perte de vitesse du rationalisme et la prolifération des théories conspirationnistes le démontrent. Mais la maîtrise de la technologie, et donc l&#8217;adoption des concepts qu&#8217;elle véhicule, constituent une source de puissance trop importante pour être négligée. La lutte planétaire entre la modernité globalisante et le conservatisme irrationnel, illustrée notamment par la guerre entre démocraties et réseaux islamistes, s&#8217;accompagne ainsi d&#8217;une course au savoir à laquelle devront participer et s&#8217;adapter l&#8217;ensemble des individus, promus au statut d&#8217;éléments constitutifs de l&#8217;équilibre stratégique.</p>

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		<title>Des chiffres lourds de sens</title>
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		<pubDate>Wed, 11 Oct 2006 01:55:19 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[ Ludovic Monnerat : Stratégie, Prospective et Infosphère, 19 avril 2006.   Trouvés sur le site Conscience Politique, les chiffres des violences urbaines commises sur le territoire français en novembre dernier, selon les déclarations du ministre délégué aux Collectivités territoriales, Brice Hortefeux :   « Au plus fort des événements, du 27 octobre au 20 novembre, plus de [...]]]></description>
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<p> <strong><a href="http://www.ludovicmonnerat.com/archives/2006/04/des_chiffres_lo.html">Ludovic Monnerat : Stratégie, Prospective et Infosphère</a>, 19 avril 2006.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p> </p>
<p>Trouvés sur le site <a href="http://www.conscience-politique.org/">Conscience Politique</a>, les chiffres des violences urbaines commises sur le territoire français en novembre dernier, selon les déclarations du ministre délégué aux Collectivités territoriales, Brice Hortefeux :</p>
<p> </p>
<p>« Au plus fort des événements, du 27 octobre au 20 novembre, plus de 10 300 véhicules ont été incendiés, dont 4 200 en Île-de-France. Plus de 200 bâtiments publics et 74 bâtiments privés ont été détruits, ainsi que 7 dépôts de bus et 22 bus ou rames de trains. » Pour le seul département de Seine-Saint-Denis, 1 266 véhicules, dont 3 bus ont été brûlés, 78 bâtiments ont été dégradés ou détruits, dont une caserne de pompiers, un local de police, 17 écoles, 12 collèges, 7 gymnases. Brice Hortefeux a rappelé que 139 fonctionnaires et militaires avaient été blessés, déplorant par ailleurs que « des agressions d&#8217;une rare violence » aient été commises (dont l&#8217;une a coûté la vie à un retraité de 61 ans). Les tribunaux ont prononcé 422 peines de prison ferme, ou partiellement ferme.</p>
<p> </p>
<p>Ces chiffres viennent à mon sens confirmer a posteriori mon <a href="http://www.checkpoint-online.ch/CheckPoint/Monde/Mon0114-FranceIntifada.html">jugement</a> sur les événements, à savoir qu&#8217;ils ont révélé une situation de conflit de basse intensité (il vaudrait mieux écrire très basse pour éviter l&#8217;amalgame avec des conflits armés contemporains), dont l&#8217;aggravation future est inévitable si la réalité qu&#8217;ils dévoilent et ses conséquences ne sont pas acceptées &#8211; ce qui me semble aujourd&#8217;hui loin d&#8217;être le cas. Le comportement de la classe dirigeante française sur le thème du CPE, que j&#8217;ai certes suivi de loin, fonde cette dernière appréhension.</p>

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		<title>Islam et Occident : comment gérer la collision de mondes antagonistes et décalés ?</title>
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		<pubDate>Thu, 05 Oct 2006 01:45:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lmonnerat</dc:creator>
				<category><![CDATA[Politiques]]></category>
		<category><![CDATA[Articles]]></category>

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		<description><![CDATA["... la rareté des imprimeries sous l’Empire ottoman trouve par exemple son pendant moderne dans le nombre restreint d’ouvrages traduits en arabe. Mais les images retransmises 24 heures sur 24 ont à présent une pénétration inédite, dont les effets au quotidien ne peuvent être prédits, et elles mettent au contact des audiences vivant à des siècles différents." ]]></description>
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<p><tt></tt></p>
<p><tt><strong>Le conflit de notre époque entre démocratie et islamisme a connu un développement spectaculaire avec la publication contestée de caricatures et des violences planétaires. La menace d'une escalade menant à un conflit dévastateur appelle une action à la fois déterminée et mesurée.</strong></tt></p>
<p><tt>Plus tard, il est possible que cet événement soit interprété comme un tournant : l'affaire des caricatures de Mahomet publiées dans la presse occidentale et les violentes protestations déclenchées à l'instigation d'organisations islamistes symbolisent depuis 2 semaines une opposition trop radicale pour ne pas être à l'évidence belligène. Les 12 dessins imprimés en septembre dernier par un quotidien danois, auxquels sont venus s'ajouter 3 photos manipulées par des extrémistes musulmans dans leur démarche incendiaire, ont abouti à des appels au boycott économique, à la demande de lois nationales bannissant le blasphème en Occident, et même à des pressions pour une résolution des Nations Unies interdisant les attaques des croyances religieuses et imposant des sanctions aux pays qui ne la respectent pas. Le tout en parallèle à des violences physiques et verbales qui ont fait près d'une vingtaine de morts et réactualisé la menace du fanatisme religieux.</tt></p>
<p><tt> </tt></p>
<p><tt><strong><em>«... Somme toute, ce à quoi nous assistons aujourd'hui n'est rien d'autre que l'intégration conflictuelle de contrées et de communautés globalement arriérées. »</em></strong></tt></p>
<p><tt> </tt></p>
<p><tt>Voici quelques années encore, un tel embrasement des esprits aurait été inimaginable. C'est un témoignage du développement des médias et du rapetissement de la planète qu'une poignée de dessins publiés au Danemark provoque des réactions violentes dans tout le monde arabo-musulman, tout comme une fausse information sur le passage d'un exemplaire du coran aux toilettes à Guantanamo a provoqué des manifestations violentes en Afghanistan ou au Pakistan. Le fameux effet papillon, tiré des théories sur le chaos, trouve une application spectaculaire ; de nos jours, n'importe quel événement est susceptible de prendre une résonance planétaire, notamment s'il vient attiser ou raviver des oppositions et des tensions existantes. La localisation devient plus sémantique que géographique, l'audience plus identitaire que sédentaire. </tt></p>
<p><tt><strong>Vers une opposition totale</strong></tt><tt> </tt></p>
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<p><tt>Il est donc inexorable que les valeurs et les idées antagonistes, de moins en moins séparées par l'espace, en viennent à se frotter les unes aux autres. Le fait que l'on puisse librement s'exprimer sur la religion et émettre un avis critique, voire provocateur, est littéralement anathème pour les communautés les plus pieuses, notamment dans le monde musulman ; le fait de restreindre la liberté d'expression pour ne pas heurter des croyances religieuses devrait logiquement scandaliser les sociétés authentiquement démocratiques. Le compromis consistant à remiser la religion au rang des questions privées est évidemment inacceptable pour ceux qui voient dans son application publique la seule manière de vivre ; celui consistant à appliquer différemment la liberté d'expression en fonction des sujets abordés est tout autant inacceptable pour qui tient à la justice et à l'équité. L'opposition est totale.</tt></p>
<p><tt>Somme toute, ce à quoi nous assistons aujourd'hui n'est rien d'autre que l'intégration conflictuelle de contrées et de communautés - les deux étant désormais distinctes - globalement arriérées. Le flot corrosif des idées nouvelles a longtemps contourné le monde arabo-musulman faute d'y trouver un accès ; la rareté des imprimeries sous l'Empire ottoman trouve par exemple son pendant moderne dans le nombre restreint d'ouvrages traduits en arabe. Mais les images retransmises 24 heures sur 24 ont à présent une pénétration inédite, dont les effets au quotidien ne peuvent être prédits, et elles mettent au contact des audiences vivant à des siècles différents. Que les dignitaires d'Al-Qaïda évoquent fréquemment l'époque mythique du califat tout-puissant ou la retraite andalouse des Maures n'est qu'une version exacerbée d'un référentiel bien décalé avec le nôtre.</tt></p>
<p><tt>Les réactions violentes suscitées par les caricatures danoises sont donc également l'expression d'une détresse existentielle, la révolte face à un monde étranger, à la fois impie et prospère. L'intrusion de la modernité est un choc sociétal, une injustice inexplicable. Cependant, le recours à des mesures de rétorsion de type économique participe d'un spectre d'action qui va jusqu'au terrorisme de masse ; la détresse existentielle est une incitation au fanatisme, une inclination à l'exutoire apocalyptique. De ce fait, les attaques contre la liberté d'expression - comme contre d'autres formes de liberté - sont éminemment dangereuses, parce que ceux qui voient leur monde s'effondrer sont souvent tentés de ruiner celui des autres pour assouvir leur frustration. Plutôt rouge que mort, disaient les pacifistes européens durant la guerre froide ; plutôt mort que moderne, pensent aujourd'hui les islamistes du monde entier.</tt></p>
<p><tt>Lentement, à contrecoeur et dans le désordre, l'Europe d'ailleurs entre en guerre. Ce vocable honni reste aujourd'hui encore synonyme d'absurdité et d'atrocité pour maints esprits, et voici longtemps que les ministères de la guerre sont appelés « de la défense » ou que les études des conflits se devenues des « recherches sur la paix ». Comme si le fait de taire le nom d'un phénomène devait concourir à réduire son occurrence, voire à le conjurer. Sous l'emprise anesthésiante de l'idéologie pacifiste, la guerre est passée d'un moyen rationnel à une fin émotive, d'un outil stratégique à un projet apocalyptique ; du coup, on n'en veut pas, on ne la prépare pas, on préfère se rendre que la mener, et ceux qui la font sont de toute manière coupables. </tt></p>
<p><tt>Mais les temps changent. Les perceptions évoluent. La France, par la voix de son président, affirme sa disposition à employer l'arme nucléaire en cas de menace grave, symétrique ou non ; tollé prévisible et vain. La « troïka européenne » refuse de reprendre les négociations avec l'Iran tant que celui-ci poursuit ses activités nucléaires illicites. Les nations européennes, dans le cadre de l'OTAN, s'engagent progressivement toujours plus en Afghanistan, dans un secteur dangereux, et encaissent sans broncher leurs pertes en hausse. Les accusations d'alignement sur les Etats-Unis qui se multiplient sont un indice supplémentaire de cette évolution vers l'extérieur.</tt></p>
<p><tt>Une évolution qui trouve son pendant à l'intérieur, où les pressions populaires se font croissantes pour une adaptation non seulement des forces de sécurité, mais également des règles de vie en société. Au Pays-Bas, le parlement vient de voter une loi visant à réduire l'immigration sans intégration par le biais d'un test préalable ; cette mesure a également été discutée dans d'autres pays. En Grande-Bretagne, suite aux attentats de Londres, des méthodes militaires ont été intégrées par les forces de l'ordre pour faire face à la menace d'attentats-suicides ; les prédicateurs islamistes appelant au djihad ont fini par perdre leur immunité. En France, l'état d'urgence a été mis en place pour maîtriser des violences urbaines de dimension insurrectionnelle. De tels développements auraient été inpensables dans la décennie précédente.</tt></p>
<p><tt>Ils s'expliquent en grande partie par des événements ou des déclarations qui ont eu un impact majeur. L'identification des terroristes ayant attaqué les transports publics londoniens a montré le danger potentiel de communautés immigrées et non assimilées ; la criminalité issue de telles communautés, la composante ethnique des émeutes en Europe et bien entendu le meurtre de Theo van Gogh ont également attiré l'attention. Par ailleurs, les appels au génocide lancés de façon répétée par le président iranien et l'échec de l'apaisement recherché par la diplomatie européenne ont contribué à écarter nombre d'illusions. Des menaces pèsent sur nous. Elles peuvent être proches ou lointaines, immédiates ou distantes, ouvertes ou clandestines, mais elles existent.</tt></p>
<p><tt>Cependant, les organisations et les personnes qui contrôlent les flux traditionnels de mots et d'images destinés à informer le public ne l'entendent pas ainsi. Les perceptions ne doivent pas sortir des sentiers battus et rebattus. Le choix du vocabulaire joue également un rôle important : parler de « résistance » ou de « guérilla anti-américaine » en Irak, à propos d'une nébuleuse déchirée qui combat avant tout les Irakiens, ou désigner le Hamas comme un groupe « militant » ou « extrémiste » alors qu'il figure sur la liste des organisations terroristes tenue par l'Union européenne, n'est pas innocent. Cela véhicule des signifiés précis. Notamment celui voulant que la menace n'est jamais aussi dangereuse ou immorale que les mesures prises pour la combattre.</tt></p>
<p><tt><strong>Une escalade des perceptions</strong></tt><tt> </tt></p>
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<p><tt>La grande redistribution du pouvoir occasionnée par la révolution de l'information réduit toutefois l'influence de ceux que l'on appelait les faiseurs d'opinion. L'échec de la constitution européenne dans plusieurs pays, malgré le soutien majoritaire des classes politique, académique et médiatique, symbolise cette évolution. Il en va de même dans le domaine sécuritaire, et le durcissement des gouvernements répond sans aucun doute aux inquiétudes exprimées par la population. Des mots sont d'ailleurs jetés au visage des dirigeants qui se risquent à de tels durcissements : on parle d'Etat policier, ou même de Gestapo, pour dénigrer l'activité croissante des services de renseignement ; on parle de « mur de la honte » pour délégitimer chaque barrière de protection ; on parle de « goulag » pour diaboliser les camps de prisonniers comme celui de Guantanamo.</tt></p>
<p><tt>L'exagération délibérée et le recours aux symboles totalitaires soulignent le caractère émotif de ces réactions. Elles révèlent souvent le refus instinctif d'un monde qui change trop et trop vite, l'espoir d'échapper aux conséquences du changement, l'envie de figer le temps pour éviter les remises en question. Mais cet état d'esprit n'est pas généralisé ; les citoyens européens moyens n'ont pas cessé de croire à la supériorité de certaines valeurs, tout comme à la primauté de la sécurité physique, et si la majorité d'entre eux ne se sentent pas en guerre, ils n'en ont pas moins exprimé les refus qui en sont le préalable. Un sondage publié aujourd'hui par le Sonntagsblick suite à la polémique des caricatures de Mahomet a d'ailleurs indiqué que 78% des Suisses voient dans l'islamisme radical une menace sur la paix mondiale, 24% une menace intérieure dans les quelque 300'000 musulmans vivant en Suisse, et que 66% refusent toute entrave à la liberté d'expression.</tt></p>
<p><tt>Il est ainsi difficile de ne pas constater que les derniers temps ont dévoilé ou aiguisé des antagonismes latents, élargi des fractures béantes. De toutes parts la lutte se durcit, s'élargit, se précise ou se prépare. L'engrenage de la guerre apparaît même inévitable, incontrôlable. Une telle convergence aboutit nécessairement à des conclusions établies, à des confirmations attendues, à une focalisation des réflexions jusqu'à leur donner un sens unique. Et c'est exactement à cet instant que l'esprit critique doit prendre le dessus, que le doute doit être réintroduit dans la mécanique intellectuelle, même s'il trouble les habitudes et les acquis. Dans un monde chaotique, l'émergence soudaine d'un ordre ou d'un alignement est trop artificielle pour ne pas être suspecte. L'être humain est condamné à projeter la structure de son esprit sur le monde qui l'entoure, mais pas à croire aux phénomènes dont il contribue à l'ordonnancement. Toute démarche analytique pratiquée au quotidien doit tenir compte du fait que la Vérité n'existe pas, qu'elle est un leurre aveuglant.</tt></p>
<p><tt>Dans les bons services de renseignements, la contre-analyse ou l'expertise indépendante sont des méthodes usuelles pour éviter l'avènement d'une pensée dominante, qui nécessairement aboutirait à influencer la recherche des informations malgré toutes les parois séparant l'acquisition de l'analyse. Dans un ordre d'opération militaire, on énonce les hypothèses faites en cours de planification, et leur démenti devrait logiquement remettre en cause le raisonnement subséquent ; on répond à ces évolutions possibles par des planifications prévisionnelles, c'est-à-dire des décisions réservées. Aujourd'hui, il faut se demander si les antagonismes qui enflamment l'actualité découlent d'intérêts contradictoires ou de logiques symétriques, si les perceptions changent par une prise de conscience ou sont autoalimentées par des schémas inconscients. Ce n'est pas l'autre qu'il faut comprendre en premier lieu, comme le répètent inlassablement les voix pacifistes et relativistes, mais bien nous-mêmes, nous et nos craintes, nous et nos projections.</tt></p>
<p><tt>Une réalité que les Occidentaux ont souvent du mal à percevoir demeure leur action sur le monde non occidental, l'effet subversif et séducteur de leur culture et des valeurs qu'elle véhicule, l'influence de leurs idées dans toutes les facettes des sociétés. La montée en puissance des islamistes s'oppose à cette conquête des esprits menée dans l'infosphère, à cette présence sans cesse plus perceptible ; c'est aussi parce que le rapprochement occidentalisant de la planète menace la pérennité de leurs croyances qu'ils en sont venus à combattre aussi farouchement, et à rationaliser leurs horreurs par des visions de paradis perdu et de lutte ultime. Cela ne les rend pas moins dangereux, cela ne diminue pas la nécessité de les neutraliser, mais fournit un aperçu différent des responsabilités. Nous contribuons à l'escalade. A elles seules, nos pratiques commerciales appliquées aux domaines culturel et relationnel forment un casus belli hurlant. Nous sommes partie prenante de l'engrenage.</tt></p>
<p><tt>Refuser d'accepter ce rôle et imposer des idées absolues relève d'une logique belligérante. La liberté d'expression n'est pas plus sacrée que les Saintes Ecritures ; les convictions laïques n'ont pas vocation à contester les convictions religieuses. Ce sont les excès, les dérives autocratiques qui doivent être combattus. Et cette notion de combat montre bien l'équilibre nécessaire entre réflexion et action : si la croyance est aveuglante, le doute est quant à lui paralysant, et s'abandonner pleinement à l'un comme à l'autre ne tarde pas à être néfaste. L'action doit toujours être fondée, suivie et dominée par une réflexion ouverte et critique, mais elle doit également être déclenchée, acceptée dans son imperfection, maîtrisée dès sa conception. La montée aux extrêmes est pire que l'emploi de la force, le silence mortel est pire que la dissonance conflictuelle, l'asymptote identitaire est pire que le morcellement des sociétés. Nous restons bel et bien nos pires ennemis. Que les autres l'ignorent ne nous dispense pas de cette appréhension.</tt></p>
<p><tt><strong>L'action et la liberté</strong></tt><tt> </tt></p>
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<p><tt>La question de l'action doit donc être posée. Est-il possible de désamorcer la crise, d'éviter l'escalade ? Peut-on agir en évitant aussi bien la trahison de nos valeurs que l'engrenage de la guerre - l'une comme l'autre menant d'ailleurs probablement à terme au même résultat ? Sur le plan extérieur, les réactions des gouvernements musulmans aux caricatures ont placé la crise dans une dimension internationale, et toute action doit nécessairement suivre les règles applicables à celles-ci. Ainsi, il paraît tout à fait judicieux de porter devant l'OMC le boycott de produits danois ou européens, afin d'assurer que les accords commerciaux soient respectés. Par ailleurs, les pressions diplomatiques exercées sur les ambassadeurs européens doivent avoir leur pendant en Europe, et les ambassadeurs des pays musulmans doivent être régulièrement convoqués pour recevoir les admonestations que les outrages commis par ou dans leur pays respectif méritent. Enfin, le saccage d'ambassades et de consulats doit donner lieu à des excuses officielles ainsi qu'à des versements compensatoires. </tt></p>
<p><tt>Sur le plan intérieur, le respect des lois nationales en vigueur doit être imposé. Ainsi, il paraît tout autant approprié d'ouvrir des poursuites judiciaires contre les journaux ayant publié les caricatures de Mahomet si l'on estime que celles-ci contreviennent à une disposition légale ; mais les appels à la violence et au meurtre proférés sur notre sol par des manifestants musulmans doivent également être poursuivis, leurs auteurs identifiés, leurs inspirateurs appréhendés, et donner lieu à un procès équitable. Toute menace sur la liberté d'expression pour des motifs religieux doit être immédiatement sanctionnée, et toute dérogation à la constitution et aux lois réglant la vie en société hors des procédures démocratiques usuelles est exclue. Enfin, tout acte de violence armée visant notre population et nos intérêts, en Suisse comme l'étranger, ou des représentations étrangères sur notre sol, doit légitimer un emploi de la force proportionnel et ciblé. </tt></p>
<p><tt>Toutefois, en ce domaine comme en bien d'autres, les gouvernements n'ont ni la capacité, ni la liberté d'agir de manière décisive. La crise actuelle a été déclenchée et alimentée par des organisations privées, même si plusieurs gouvernements tentent d'en profiter, et elle souligne très clairement les transferts de pouvoir que provoquent les nouvelles technologies de l'information. Il ne peut y avoir de contraste plus aigu entre les mouvances islamistes qui oeuvrent derrière les manifestations violentes et les élans de solidarité occidentaux qui se manifestent au travers de bannières pro-danoises ou de retouches Photoshop de Mahomet, mais ces mouvements qui se heurtent ont en commun le fait d'avoir l'initiative. Pour les gouvernements, notamment européens, il ne reste pour l'heure qu'à tenter de ne pas trop subir les événements.</tt></p>
<p><tt>C'est dire la mesure et la détermination qui doivent caractériser leurs déclarations. Il est en définitive contre-productif de juger « inacceptables » les déprédations commises contre les intérêts européens si l'on ne fait rien à l'encontre de leurs auteurs ou de leurs complices, si l'on ne concrétise pas les paroles par des actes clairs et crédibles. En même temps, il est inadmissible de se livrer à des actes de contrition et de capitulation contraires à nos valeurs et à nos lois, et l'emploi de la violence ou de la propagande pour subvertir celles-ci doit recevoir une réponse appropriée. Et à mon sens, la seule réponse stratégique à l'irrédentisme islamiste réside donc dans la préservation et dans la diffusion de la démocratie directe. Parce que la liberté est la véritable crainte de ceux qui veulent réduire la nôtre.</tt></p>

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