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	<title>MondesFrancophones.com &#187; kspiropoulou</title>
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		<title>La mauvaise rencontre de Philippe Grimbert</title>
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		<pubDate>Fri, 17 Sep 2010 04:46:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>kspiropoulou</dc:creator>
				<category><![CDATA[Livres]]></category>
		<category><![CDATA[Psychés]]></category>

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		<description><![CDATA[« Il n’y a pas eu de filles dans cette histoire. Juste deux garçons et ça n’a pas été plus simple pour autant. Bien sûr, les années passant, une ou deux beautés y ont fait leur apparition, trois petits tours et puis s’en sont allées […] Il n’y a pas eu de rivalités imbéciles, c’est autre [...]]]></description>
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<p>« <em>Il n’y a pas eu de filles dans cette histoire. Juste deux garçons et ça n’a pas été plus simple pour autant. Bien sûr, les années passant, une ou deux beautés y ont fait leur apparition, trois petits tours et puis s’en sont allées </em>[…]<em> Il n’y a pas eu de rivalités imbéciles, c’est autre chose qui les a déchirés, quelque chose qui était là depuis le début, mais que personne ne pouvait encore imaginer</em> », p. 11.</p>
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</div>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.amazon.fr/mauvaise-rencontre-Philippe-Grimbert/dp/2246756618"><img id="prodImage" src="http://ecx.images-amazon.com/images/I/41n4aOplaVL._SS500_.jpg" alt="" width="302" height="310" /></a></p>
<p>Dès le début, le ton est donné. Grave mais sincère, parce qu’il est question d’amitié. Ce que personne ne pouvait imaginer, c&#8217;est l’amitié fusionnelle qui va lier Loup, le narrateur et héros du roman, à Mando, son meilleur ami, un garçon farouche d&#8217;origine italienne. Et cette amitié va être sans bornes, les rendant excessifs, absolus et fous. C&#8217;est cette folie, provoquée par cette Amitié, qui naît de <em>La mauvaise rencontre</em>, le titre du roman. Plus précisément, cette « mauvaise rencontre » c’est celle de l’être cher, qui compte plus que tout au monde mais qui va s’éloigner un jour pour gagner sa liberté, pour vivre, tout simplement.</p>
<p>Pour bien suivre l&#8217;intrigue, prenons les choses dès le début. Deux enfants, Loup et Mando, grandissent ensemble au parc Monceau et plus tard au Père-Lachaise. Depuis l’âge de quatre ans, ils sont inséparables. Jeux, livres, promenades et premiers émois amoureux sont au centre de leurs découvertes communes : « <em>Tout y était, conversations téléphoniques interminables, sorties hebdomadaires, découvertes enthousiastes, expériences amoureuses, séances spirites</em> », p. 62. S’y ajoute ce goût de l&#8217;ésotérique qui semble fasciner les deux garçonnets durant leurs expéditions au cimetière du Père-Lachaise, devant la tombe d’Oscar Wilde.</p>
<p>Cependant, au fil des ans, les voies de Mando et Loup s&#8217;éloignent, le premier s’orientant vers le droit et l’économie, l&#8217;autre préférant la psychanalyse, suivant sans cesse les séances du professeur « Psychopompe », figure emblématique de Lacan. Rendez-vous manqués et nouveaux personnages dans la vie de Loup entraînent l’inévitable rupture. Mando, dépendant de cette amitié brisée, en devient victime et glisse dans un délire mystique : « <em>N’est pas fou qui veut ! L’apparition des symptômes était souvent le fruit de ce qu’il a appelé la mauvaise rencontre</em> », p. 155<em>. </em>à qui la faute ? se demande alors Loup qui demeure seul à répondre à la fin de cette histoire tragique. Rongé par les remords, il s’interroge sur les élans de tendresse et d’amour qui débordent des autres et la culpabilité qui en résulte : « <em>Combien de fois t’ai-je abandonné ? Je me sens chanceler : ainsi, alors que nous étions encore enfants, une trahison de ma part t’avait déjà précipité dans la folie. Tenais-je donc une telle place dans ta vie ?</em> »<em>,</em> p. 184.</p>
<p>De quelle fragilité ces manifestations excessives sont-elles la manifestation ? Comment peut-on réagir ? Joue-t-on parfois malgré soi le rôle de bouclier contre la folie ? Ce qui rend le livre si touchant, c’est la sincérité du narrateur, comme s’il réglait ses comptes avec ses propres fantômes, mais sans détour, en les regardant bien en face. Car s’il n’avait pas trahi la confiance de son ami, celui-ci aurait peut-être pu échapper à la terrible fatalité de sa maladie :</p>
<p>« <em>Qu’ai-je été pour Mando tout le temps qu’a duré notre amitié ? Une pensée me vient, que je repousse de toutes mes forces, un soupçon qui devient certitude : c’est notre rupture qui a fait passer Mando de l’autre côté</em> », p. 156.</p>
<p>Philippe Grimbert trouve le moyen, par le biais de son écriture limpide de psychanalyste – chapitres courts et phrases lapidaires – et sa thématique, de questionner non seulement l’amitié mais aussi l’amour des autres, la mort. Nine, la nurse de Loup, qu&#8217;elle a mis au centre de son existence, occupe également un grand rôle dans le roman. Elle dont Loup était l’unique raison de vivre et à qui elle avait consacré tout son amour, a été délaissée par le narrateur, tombant alors dans le désespoir :</p>
<p>« <em>Au fil des années, mon emploi du temps s’est rempli d’occupations et de plaisirs parmi lesquels mes visites à Nine tenaient de moins en moins de place. </em>[…] <em>à la fin de sa vie, son cœur, blessé par mon insouciance, lui coupait le souffle et elle était régulièrement hospitalisée pour des crises d’angine de poitrine</em> », p. 64.</p>
<p><em>La mauvaise rencontre</em> est une réflexion sur la finitude et l’irrémédiable, sur notre incapacité à affronter la détresse, la mort et les remords qui en découlent.</p>
<p>Suite à la mort de Nina, Loup essaie de vivre et être présent pour Gaby, l’autre amie fantasque de sa mère, qui l’emmène dans ses virées nocturnes dans Paris. Il n’a pas fait ce qu’il aurait dû pour sa nourrice, il jure d’accorder tout son temps à Gaby, alors que celle-ci agonise, pour se faire pardonner son absence dans les derniers moments de Nina.</p>
<p>Loup, entouré ainsi par ces trois personnages – l’exigeant Mando, la tendre Nina et l’insouciante Gaby – connaîtra l’amitié, avec ses émois et deuils, mais ce n&#8217;est qu’à la fin du livre qu&#8217;il parlera des promesses non tenues tout en énonçant les paroles ci-dessous :</p>
<p>« <em>Je n’ai pas fait ce que j’aurais dû, je nage au cœur d’un océan de manquements</em> »<em>,</em> p. 200.</p>
<p>Sur la jaquette jaune du livre, il est écrit « roman ». Vraiment ? L’ouvrage se présente tout autant comme un récit interrompu par le dialogue de deux amis à la façon de Nathalie Sarraute. Ces discussions aident à faire surgir quelques moments, quelques mouvements encore intacts, assez forts pour dégager l’amitié solide de deux hommes et le silence étrange de Mando qui, au bout du compte, se justifie par la folie.</p>
<p>Philippe Grimbert essaie d’être aussi sincère que possible, et son roman s’avère être une sorte d’introspection où il s’interroge sur les méandres de l’âme, l’amitié pure, enfantine, révélatrice des bonnes et de mauvaises rencontres.</p>

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		<title>Une Enfance d’Outremer, textes réunis par Leïla Sebbar</title>
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		<pubDate>Thu, 09 Sep 2010 00:07:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>kspiropoulou</dc:creator>
				<category><![CDATA[Afriques]]></category>
		<category><![CDATA[Canadas]]></category>
		<category><![CDATA[Créolisations]]></category>
		<category><![CDATA[Livres]]></category>

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		<description><![CDATA[La vie passe, on a des aventures, on oublie. Mais l’odeur reste, elle ressort parfois, au moment où on s’y attend le moins, et avec elles reviennent les souvenirs, la longueur du temps de l’enfance, du temps de la guerre. Jean-Marie Le Clézio, Ourania, Paris, Gallimard, p. 15. Une Enfance d’Outremer, tel est l’horizon que [...]]]></description>
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<p style="padding-left: 30px;"><em><a rel="attachment wp-att-3498" href="http://mondesfrancophones.com/espaces/afriques/une-enfance-d%e2%80%99outremer-textes-reunis-par-leila-sebbar/attachment/leila-sebbar/"><img class="alignleft size-full wp-image-3498" title="Leila Sebbar" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2010/09/Leila-Sebbar.jpg" alt="" width="253" height="253" /></a></em></p>
<p style="padding-left: 30px;"><em>L</em><em>a vie passe,  on a des aventures,</em></p>
<p style="padding-left: 30px;"><em> on oublie. Mais l’odeur reste, elle </em></p>
<p style="padding-left: 30px;"><em>ressort parfois,  au moment où on</em></p>
<p style="padding-left: 30px;"><em> s’y attend le moins, et avec elles </em></p>
<p style="padding-left: 30px;"><em>reviennent les  souvenirs, la </em></p>
<p style="padding-left: 30px;"><em>longueur du temps de l’enfance, </em></p>
<p style="padding-left: 30px;"><em>du temps de la guerre.</em></p>
<p style="padding-left: 30px;">Jean-Marie Le  Clézio,<em> Ourania</em>, Paris, Gallimard, p. 15.</p>
<p><em>Une Enfance d’Outremer</em>, tel est  l’horizon que se donne l’ouvrage, préfacé par Leila Sebbar, qui réunit  pour la première fois des histoires d’enfance de seize plumes  francophones aussi bien masculines que féminines. Comment vit-on  l’enfance dans des espaces aussi divers que Antananarivo, Oudja au  Maroc, Haïti, l’île Maurice, Djibouti, le Togo, Alindao en République  Centrafricaine, la Tunisie ou l’Algérie… ? De la Caraïbe au Maghreb et  jusqu’à l’Afrique subsaharienne, tous ces écrivains, témoins innocents  et lucides, partagent – en français – leurs expériences enfantines de la  fin des années 40 aux années 60. Famille, origines, esclavage, école,  rues, gestes, réactions, émotions, comment un enfant de quatre, cinq ans  et plus ressent-il tout cela ? Voilà les thématiques que recouvre la  sélection de ces récits venus d’ailleurs.</p>
<p>Au départ,  l’enfance rêvée d’Helé Béji, qui se dissipe avec le réalisme de l’âge,  nous emporte dans la magie vécue de cet territoire enchanté, cet âge  paradisiaque : <em>C’était, l’époque où je faisais le plus beau  rêve de ma vie : la nuit, je rêvais que je volais, que je me  transportais dans les airs avec une merveilleuse assurance. C’était  l’extase ! </em> N’est-ce pas là la position de l’écrivain sur ce merveilleux  perdu qu’elle essaie de revivre à rebours par le biais de la mémoire,  des souvenirs et de l’imaginaire ? Cette image de l’enfance est  conservée jusqu’au moment où la romancière a la sensation d’avoir  « perdu le secret de ce charme irréel, de ce déclic onirique ».</p>
<p>Nous sommes  d’avis que Maïssa Bey est une « enfant colonisée ». Elevée dans un  village des hauts plateaux algériens, l’écrivain y évoque son enfance  sous forme dialoguée avec elle-même, à la façon de Sarraute, en se  forçant à mettre sur scène les images de soi-même, de ses parents, de la  guerre. Par son regard, sa perception d’enfant, elle replonge dans  l’histoire algérienne, essayant d’imaginer l’effet de la privation de  liberté, de la « différence » entre Français et Arabes. A cela  s’ajoutent la mort de son père et ses oncles décédés en 1957, suite à  des sévices infligés par la main du colon. Comme avant-goût de son style  pudique, suggérant l’émotion sans jamais s’y attarder, cet extrait :<em> D’autres mots  encore : torture, exécution, mort. Et plus tard encore, martyre. Mais  par-dessus tout, absence.</em></p>
<p>Même lieu, même  époque, Leila Sebbar met en exergue son identité ambiguë d’enfant née  dans l’Algérie de 1962, ne se voyant ni française ni arabe mais  peut-être juive par son nom et ses traits physiques. Elle engage un  questionnement sur son malaise sociolinguistique s’exprimant par la  langue de son père et la géographie du pays.</p>
<p>Cet esprit de  guerre est vif également dans  « Confitures et bobos », où Aziz  Chouaki déroule un à un les clichés de son enfance : l’absence du père,  les conséquences de la guerre, la place des contes de Perrault, le  moment de la circoncision et la « découverte de la télé, en noir et  blanc, chez des voisins pieds-noirs » ; s’y pose explicitement le  problème de l’immigration avec tout ce qu’il entraîne.</p>
<p>Aux yeux de  l’écrivain Roland Brival dont l’enfance se situe en Martinique tout  comme dans « Le signe du destin » de Guy Cabort-Masson, les premières  évocations de l’enfance sont associées à Venise. Le carnaval de Venise  et le motif du masque accentuent l’identité raciale et sexuelle. La  perplexité de Brival face à la ligne de couleur y est manifeste : <em>Je suis une  sorte d’hybride, le plus « réussi » de la famille. Une manière de  caméléon, dont les yeux clairs sont l’objet de sa fierté secrète</em>. Pour Guy  Cabort-Masson, l’enfance tient toute dans la boîte à souvenirs de  l’école où la réussite est synonyme d’ascension sociale : <em>Grâce à  l’école, j’étais définitivement sorti de l’insécurité coloniale. Je  montais définitivement dans le camp des civilisés, de ceux qui possèdent  chez soi, en toute propriété privée, ce que j’appelais le discriminant,  c’est-à-dire l’électricité, l’eau courante et les W-C.</em></p>
<p>Emmanuel  Dongala, dans « L’enfant de l’instituteur », retrace ses premières  années dans l’école coloniale en Afrique Equatoriale française, avec la  présence d’un père instruit – <em>avec mon père, c’était un monde tout à  fait différent, celui des livres </em>–  et à la fois responsable d’apporter  au peuple des Pygmées l’instruction universelle.</p>
<p>Enfant, Kossi  Effoui n’inventait pas d’histoires, pour paraphraser le titre de son  récit.  L’écrivain togolais retrace ainsi une enfance tendre et  silencieuse qui prend des ailes à partir de la mort brutale de sa sœur :</p>
<p><em>Et c’est là  que, moi aussi, j’ai commencé à dessiner dans ma tête toutes sortes de  personnages, des hommes et des femmes qui ressemblaient à mon père  crayonnant, à ma mère dans le rôle de prestidigitateur palpant le vide, à  ma sœur Sophie que je pouvais continuer à faire grandir, des  personnages qui avaient tous en commun d’avoir déjà épuisé toutes les  prières, prêts à tout moment à empoigner, sans le secours d’aucune foi,  cette douleur que je me fatiguerai à essayer de décrire dans une  tentative de livre</em>. P. 99.</p>
<p>C’est au début  des années 1960 que Patrick Erouart-Siad passe son enfance à Djibouti,  seul avec sa mère. Après des scènes d’humiliation de Patrick par ses  camarades de classe, apparaît son père blanc de retour en Algérie.<em> </em>Il se  rappelle encore ce soir-là, endormi puis réveillé par les<em> chuchotements d’une famille encore plus élargie</em>. La présence du  père assurera d’ores et déjà l’équilibre de la famille que le jeune  Patrick Erouart-Siad recherchait si longtemps.</p>
<p>Avec « Les  galants de Lydie », Marie-Thérèse Humbert nous plonge dans  les histoires amoureuses et les rendez-vous de leur bonne hésitant  délicieusement entre deux hommes à Port-Louis. Cette ville qui  représente au début de l’arrivée de la famille un cauchemar pour  Marie-Thérèse, finit petit à petit, à travers cette évocation de la  femme par la petite fille, par fasciner l’enfant.</p>
<p>A la  différence des autres, le cadre de l’enfance de Yannick Lahens est  Haïti. Pauvreté, mort, violence arrachent l’enfance d’un coup, par  grands lambeaux. L’écriture poétique de l’écrivain fait ressentir la  force imaginative de l’enfant pour tenter d’échapper à la réalité : <em>La lune fait  de grandes taches blanches presque laiteuses. Je suis seule. Enfin.  Seule à respirer sous cette lune.</em></p>
<p>Considérant  rétrospectivement son enfance, Fouad Laroui nous emporte avec lui au  Maroc. Enfant sage qui ne posait jamais de questions, il se lie d’amitié  avec le nain de leur jardin et découvre ainsi le nom des mots.  Inlassablement curieux de la richesse de la langue, Fouad Laroui enfant  ne s’est, depuis, jamais arrêté d’écrire.</p>
<p>« Les  papillons noirs » de Gisèle Pineau revisitent les topos de l’exil, de la  mémoire et de l’identité. La photographie, expérience banale et  nouvelle à chaque fois, y joue le rôle déclencheur de la mémoire. Ainsi  retrouve-t-elle le sentiment d’être une petite Gisèle entre la France et  la Guadeloupe – l’île papillon – la tête pleine d’histoires qu’elle ne  comprenait qu’à moitié.</p>
<p>Raharimanana, se remémorant son premier  amour Anja, situe son enfance au moment de la Révolution meurtrière  qu’a connue son pays, en 1975. « Cela me traverse l’esprit, me déchire »  dit-il en sentant fortement la solitude de jadis,  le maître-tyran à  l’école, sans essayer d’expliquer les événements  par peur de détruire  l’image d’une enfance silencieuse et innocente. Mais quand Raharimanana  comprend que Anja et ses parents sont morts, celui-ci cesse d’être un  enfant et tous les détails et les explications de son pays enfantin lui  reviennent.</p>
<p>Véronique Tadjo, née d’un père haut  fonctionnaire d&#8217;origine ivoirienne et d’une mère peintre-sculpteur situe  ses souvenirs d’enfance dans un quartier d’Abidjan, qui donne au récit  son titre « Adjamé, quartier Saint-Michel ». C’est l’époque avant  l’indépendance où tous aspiraient à une nouvelle vie :</p>
<p>« Le pays  changeait. La nouvelle bourgeoisie devenait de plus en plus riche,  exigeante, avide de pouvoir et de confort matériel…On parlait de  « miracle ivoirien ». Abidjan était la « perle des lagunes », p. 208. Et  puis sont venus les années Houphouët-Boigny où  le pays étouffait sous  la corruption et la mauvaise gouvernance. La mère de la petite Véronique  n’était plus là pour connaître le climat catastrophique du pays avec  les yeux déçus de son mari…</p>
<p>Ces facettes  contrastées que nous livrent des écrivains de générations et de cultures  différentes de leur univers d’enfants empruntent à plusieurs pays,  plusieurs continents même. Que l’enfance y soit subsumée par la joie, la  colère, la peur, l’enchantement, la violence, l’inconnu, l’innocence ou  le rêve, ces récits d’outremer nous livrent un régal de couleurs, de  sons, d’histoires qui confirme une nouvelle fois s’il en était besoin le  grand atout de la francophonie : sa diversité, son chatoiement. Ce  livre me semble de première importance pour ceux qui cherchent à mieux  comprendre le processus de la création, le rapport entre le passé et le  présent. Car les enfants que ces écrivains étaient déterminent à  l’évidence ce qu’ils sont aujourd’hui.</p>
<p>Les paroles d’Alain  Mabanckou en témoignent :</p>
<p><a rel="attachment wp-att-3497" href="http://mondesfrancophones.com/espaces/afriques/une-enfance-d%e2%80%99outremer-textes-reunis-par-leila-sebbar/attachment/alain-mabanckou/"><img class="size-medium  wp-image-3497 alignright" title="Alain Mabanckou" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2010/09/Alain-Mabanckou-300x300.jpg" alt="" width="123" height="123" /></a><img src="file:///C:/DOCUME%7E1/ALEXAN%7E1/LOCALS%7E1/Temp/moz-screenshot-2.png" alt="" /><img src="file:///C:/DOCUME%7E1/ALEXAN%7E1/LOCALS%7E1/Temp/moz-screenshot-3.png" alt="" /><img src="file:///C:/DOCUME%7E1/ALEXAN%7E1/LOCALS%7E1/Temp/moz-screenshot-4.png" alt="" /></p>
<p>« Je reste persuadé que nous devenons  écrivains parce qu’il y a en nous cet « appel » de l’enfance, ces voix  lointaines que nous n’écoutons que lorsque nous sommes devenus des  adultes, ces images fluorescentes d’une libellule qui se pose sur une  fleur, ce sentiment que le temps ne s’écoule pas, que la mort nous  arrache nos êtres les plus chers, et surtout cette certitude que les  vieux sont nés vieux et que les enfants demeureront éternellement des  enfants… » p. 10-11</p>

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		<title>Les Années, par Annie Ernaux</title>
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		<pubDate>Tue, 18 Aug 2009 22:42:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>kspiropoulou</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Comptes-rendus]]></category>

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		<description><![CDATA[Annie Ernaux, Les Années, Paris, Éditions Gallimard, 2008, 242 p., ISBN : 978-2-07-077922-2   Écrivain majeur de notre temps, selon critiques, universitaires et lecteurs, Annie Ernaux démarre sa carrière d&#8217;écrivain prolifique en 1974, sous le signe du récit intime &#8211; l&#8217;histoire de son père et celle de sa mère, leur ascension sociale, son adolescence, son avortement « illégal », [...]]]></description>
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<p><strong>Annie Ernaux, <a href="http://www.amazon.fr/ann%C3%A9es-Annie-Ernaux/dp/207077922X/ref=sr_1_4?ie=UTF8&amp;s=books&amp;qid=1250634237&amp;sr=8-4">Les Années</a>, Paris, <strong>Éditions </strong>Gallimard, 2008, 242 p., ISBN : 978-2-07-077922-2</strong></p>
<p> </p>
<p>Écrivain majeur de notre temps, selon critiques, universitaires et lecteurs, Annie Ernaux démarre sa carrière d&#8217;écrivain prolifique en 1974, sous le signe du récit intime &#8211; l&#8217;histoire de son père et celle de sa mère, leur ascension sociale, son adolescence, son avortement « illégal », la honte de son milieu d&#8217;origine, son entrée sur la scène du roman. Que le champ littéraire fût bouleversé en cette décennie par l&#8217;émergence de l&#8217;autobiographie n&#8217;est sans doute pas négligeable dans l&#8217;éclosion de cet écrivain.</p>
<p><em>Les Années</em>,<em> </em>titre de son nouveau livre, rassemble les vies multiples de la narratrice, s&#8217;étendant sur plus de soixante ans en une sorte d&#8217; « autobiographie » impersonnelle. Loin de l&#8217;introspection, Annie Ernaux reparcourt ici toutes les années vécues, pas seulement les siennes mais celles de l&#8217;Histoire, de la société, de la civilisation, au gré des émotions, des souvenirs, des rites et des croyances :</p>
<p style="PADDING-LEFT: 30px"><em>Ce qui compte pour elle, c&#8217;est</em> [...]<em> de saisir cette durée qui constitue son passage sur la terre à une époque donnée, ce temps qui l&#8217;a traversée, ce monde qu&#8217;elle a enregistré rien qu&#8217;en vivant. </em>(p. 238)</p>
<p>Autant dire « une recherche du temps perdu », où l&#8217;écrivain évoque des réminiscences fugaces, comme le célèbre parfum de la madeleine trempée dans le thé :</p>
<p style="PADDING-LEFT: 30px"><em>Sauver quelque chose du temps où l&#8217;on ne sera plus jamais.</em></p>
<p>On découvre, par le biais de son journal et de ses notes, des photos en noir et blanc au début, puis en couleurs &#8211; le renvoi à <em>l&#8217;usage de photos </em>est manifeste &#8211; qui font revivre, à travers la perception de la romancière, les événements qui ont traversé le siècle, avec tout ce qui est mouvement de la société interrompue. « Elle ne regardera en elle-même que pour y retrouver le monde, la mémoire et l&#8217;imaginaire des jours passés du monde, saisir le changement des idées, des croyances et de la sensibilité, la transformation des personnes et du sujet, qu&#8217;elle a connus et qui ne sont rien&#8230; », écrit l&#8217;écrivain.</p>
<p style="PADDING-LEFT: 30px"><em>Pourtant, ce souvenir-là, en tant que souvenir personnel, ne m&#8217;intéresse pas. Ce que je veux, c&#8217;est trouver une entrée, une conscience dilatée dans l&#8217;époque et me rappeler ainsi beaucoup d&#8217;autres choses qui vont s&#8217;accumuler, s&#8217;intégrer. C&#8217;est ça qui est fort et c&#8217;est ça qui sauve. Car, au fond, ce livre est une manière de sauver une vie. </em></p>
<p>Ajoutons à cela que ces images ne sont pas montrées mais dévoilées par le texte.</p>
<p>Reprenons la ligne chronologique que suit l&#8217;auteur. Durant son enfance après la guerre (elle est née en 1940) et son adolescence, on se trouve dans le régime de la V<sup>e</sup> République. Au fil des pages, surgissent les échos de la guerre d&#8217;Indochine, la grande grève des trains en 1953, la guerre d&#8217;Algérie, puis Mai 68. À côté de l&#8217;alternative politique de 1964 à 2006 &#8211; sous les présidences successives de Georges Pompidou, Valéry Giscard d&#8217;Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy &#8211; sont évoqués la chute du mur de Berlin, les années de désabusement de la fin 1990, les attentats de 2001, et, plus près de nous encore, les jeunes des banlieues et le dialogue des cultures. Force est de constater qu&#8217;on revit le destin de toute une génération &#8211; voiture, télé, pilule &#8211; et celui des femmes avec l&#8217;avortement, le désir sexuel, la maternité, la vieillesse. C&#8217;est ainsi une manière de vivre, de s&#8217;habiller, de se loger, de penser, d&#8217;aimer, de s&#8217;émouvoir de l&#8217;actualité qui fait la trame de ce que Annie Ernaux aborde dans ce livre. On a vraiment l&#8217;impression, même si la narratrice, en tant que Française, oscille inlassablement entre mémoire intime et mémoire collective, de revivre l&#8217;Histoire à rebours.</p>
<p>Mais comment au fond écrit-elle l&#8217;Histoire ? À qui appartiennent ces souvenirs à la recherche de la réalité, de la vérité ? L&#8217;écriture naturelle de l&#8217;écrivain, dans un style épuré et neutre, proche du Nouveau Roman, joue de la fusion du &laquo;&nbsp;Elle&nbsp;&raquo;, du &laquo;&nbsp;On&nbsp;&raquo; et du &laquo;&nbsp;Je&nbsp;&raquo;, qui atteint là à la perfection. « Elle » représente cette femme à l&#8217;intérieur du texte, une femme au singulier située (dirait Jean-Paul Sartre) dans un contexte social et politique. Et ceux qui se cachent derrière le « on » et le « nous » ne sont autres que les jeunes, les enfants pour faire de ce genre d&#8217;autobiographie une Histoire collective.</p>
<p><em>Les Années</em>,<em> </em>en somme,<em> </em>c&#8217;est une manière de réinventer l&#8217;autobiographie, sans avoir l&#8217;air d&#8217;y toucher. Il faut espérer que ce petit ouvrage s&#8217;offrira comme ouverture afin de revisiter le genre et ses paradigmes. Tout lecteur et chercheur s&#8217;intéressant à l&#8217;autobiographie y trouvera sans doute de quoi nourrir durablement sa réflexion.</p>

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		<title>Inassouvies, nos vies, par Fatou Diome</title>
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		<pubDate>Wed, 10 Jun 2009 21:22:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>kspiropoulou</dc:creator>
				<category><![CDATA[Afriques]]></category>
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		<description><![CDATA[Fatou Diome, Inassouvies, nos vies, Paris, Flammarion, 2008, 271 p., ISBN : 978-0812-1353-1.     Remarquée en 2003 pour son premier roman Le Ventre de l&#8217;Atlantique, Fatou Diome, jeune romancière originaire du Sénégal, revient en juin 2008 avec un troisième roman, musical, tendre, sensible, poignant : Inassouvies, nos vies. Loin de l&#8217;immigration des Noirs attirés par l&#8217;Europe [...]]]></description>
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<p><strong>Fatou Diome, <em><a href="http://www.amazon.fr/Inassouvies-nos-vies-Fatou-Diome/dp/2081213532">Inassouvies, nos vies</a></em>, Paris, Flammarion, 2008, 271 p., ISBN : 978-0812-1353-1.</strong></p>
<p style="TEXT-ALIGN: center"><strong> <img class="size-full wp-image-2765 aligncenter" title="1150632-1480347" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2009/06/1150632-1480347.jpg" alt="1150632-1480347" width="285" height="450" /></strong></p>
<p> </p>
<p>Remarquée en 2003 pour son premier roman <em>Le Ventre de l&#8217;Atlantique</em>, Fatou Diome, jeune romancière originaire du Sénégal, revient en juin 2008 avec un troisième roman, musical, tendre, sensible, poignant : <em>Inassouvies, nos vies</em>.</p>
<p>Loin de l&#8217;immigration des Noirs attirés par l&#8217;Europe qu&#8217;elle évoquait avec finesse dans <em>Le Ventre de l&#8217;Atlantique</em> ou de la transmission orale africaine qui faisait la trame de <em>Ketala,</em> la romancière interroge ici la vie, ses pulsations, ses ratés. Pourquoi avons-nous besoin des autres pour vivre ? Par quelles touches le bonheur est-il possible ? Pourquoi, toujours, cette sensation de manque comme si notre vie était inassouvie ?</p>
<p style="PADDING-LEFT: 30px"><em>L&#8217;inassouvi, surgi de nulle part nous surprend partout, à tout moment, et creuse son cratère en nous. Aboutissement ? Où et comment ? Peu importe puisque la ligne continue. </em>(p. 202)<em> </em></p>
<p>Betty, la trentaine inaccomplie, célibataire, solitaire et angoissée, cherche anxieusement, comme à la loupe, des réponses, accoudée à sa fenêtre, passant ses journées à « zoomer » et à analyser la vie des autres : tel couple de vieux, l&#8217;intello-écolo du quatrième étage, le divorcé-dragueur, une épouse sophistiquée, des jumelles de la quarantaine du deuxième&#8230; Ces vies-là se croisent, ces liens-là se font et se défont sous nos yeux, toujours trop fragiles. Tous, du quatrième au rez-de-chaussée, sont exactement comme l&#8217;héroïne du livre : images changeantes de la même difficulté d&#8217;être. Parmi ces personnages, l&#8217;attention de Betty se porte sur une vieille dame, dont l&#8217;histoire occupe presque l&#8217;ensemble du livre. Baptisée Félicité par l&#8217;héroïne tant elle avait l&#8217;air joyeuse de vivre, celle-ci va se nouer d&#8217;amitié avec Betty qui, à son tour, en aperçoit des leçons, un fil, pour vivre :</p>
<p style="PADDING-LEFT: 30px"><em>De son étude des différentes vies qui l&#8217;entouraient, elle espérait tirer un solide enseignement afin de mieux orienter ses pas. Inassouvi, notre besoin de modèle pour vivre. </em>(p. 128)<em> </em></p>
<p>Des liens véritables se tissent au fur et à mesure qu&#8217;on avance, mais soudain la doyenne se trouve, contre son gré, enfermée dans une maison de retraite pour y passer le reste de sa vie. Comme « l&#8217;enfant sortant du ventre maternel, pleura, en quittant son domicile », la vieille dame se trouve éloignée de chez elle par la décision des siens. Fatou Diome, frappée dès son arrivée en France par la cloison dressée entre les générations, interroge le sort que réserve la société occidentale aux personnes âgées. Les institutions de retraite n&#8217;y sont-elles pas, se demande-t-elle dans une interview, une nouvelle forme d&#8217;esclavage ?</p>
<p>Obstinément, Betty rend visite à Félicité tous les jours mais celle-ci se plonge dans le mutisme. L&#8217;héroïne prend du recul et se décide de partir quelques jours à l&#8217;étranger. À son retour, elle apprend la mort de Félicité. Son amie n&#8217;est plus là, elle est partie incognito, seule en proie à sa tourmente.</p>
<p style="PADDING-LEFT: 30px"><em>Inassouvi, notre désir d&#8217;être là au bon moment&#8230; </em>(p. 199)<em> </em></p>
<p>Félicité a pris le temps de laisser un seul mais éloquent message à l&#8217;héroïne :</p>
<p style="PADDING-LEFT: 30px"> <em>Il faut vivre ! Pas seulement pour les autres, pour vous aussi. </em>(p. 198)<em> </em></p>
<p>La mélancolie et la tristesse de Betty sont diffuses. Fatiguée par la vacuité de l&#8217;existence, elle trouve refuge dans la musique et la kora. Crises, colères, réflexion dominent l&#8217;existence de Betty qui vit en recluse jusqu&#8217;à l&#8217;apparition d&#8217;un homme, qui la fait sortir de son spleen. Mais la vie fait ses trous de dentelle ; au vide de trop, c&#8217;est le déclic : Betty largue les amarres, disparaît, coupant les ponts avec ses habitudes et la routine, pour on ne sait où, à la recherche de la Vie :</p>
<p style="PADDING-LEFT: 30px"><em>Inassouvie, la vie, puisqu&#8217;elle a toujours besoin d&#8217;un horizon.</em></p>
<p style="PADDING-LEFT: 30px"><em>Je pars, apprendre à vivre&#8230; La vie navigue sans carte, libre, elle ne revient jamais sur ces pas et n&#8217;honore que ses propres rendez-vous ; c&#8217;est elle qui choisit nos ports&#8230; Partir, vivre libre et mourir, comme une algue de l&#8217;Atlantique</em>. (p. 250, 260, 261)</p>
<p>Dans <em>Inassouvies, nos vies</em>, au style limpide et plein de métaphores, la Vie est un voyage intérieur qui nous met face à nous-mêmes : on ne peut se saisir qu&#8217;à travers des relations aux choses, aux êtres, des liens au monde.</p>
<p> </p>
<p><strong>L&#8217;Auteur :<br />
</strong>Fatou Diome est née au Sénégal. Elle arrive en France en 1994 et vit depuis à Strasbourg. Elle est l&#8217;auteur d&#8217;un recueil de nouvelles <em>La Préférence nationale</em> (2001) ainsi que deux romans <em>Le Ventre de l&#8217;Atlantique</em> (2003) et <em>Kétala </em>(2006).</p>

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		<title>Espéranto, désespéranto : La francophonie sans les Français, par Anna Moï</title>
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		<pubDate>Wed, 29 Apr 2009 20:30:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>kspiropoulou</dc:creator>
				<category><![CDATA[Créolisations]]></category>
		<category><![CDATA[Comptes-rendus]]></category>

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		<description><![CDATA[Anna Moï, Espéranto, désespéranto : La francophonie sans les Français, Paris, Gallimard, 2006. ISBN : 2-07-077952-1. 66 p. (Collection nrf) Par : Delphine CHAUME, doctorante CENEL (Centre de nouveaux espaces littéraires), Paris XIII-Villetaneuse, Katerina SPIROPOULOU, Docteur ès Lettres, mention Littérature Comparée, CENEL, Paris XIII-Villetaneuse, Professeur de français, École gréco-française de Thessalonique.   Parmi les ouvrages faisant une large [...]]]></description>
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<p><strong>Anna Moï, <em><a href="http://www.amazon.fr/Esp%C3%A9ranto-d%C3%A9sesp%C3%A9ranto-francophonie-sans-Fran%C3%A7ais/dp/2070779521">Espéranto, désespéranto : La francophonie sans les Français</a></em>, Paris, Gallimard, 2006. ISBN : 2-07-077952-1. 66 p. (Collection nrf) </strong></p>
<p><strong>Par : Delphine CHAUME, doctorante CENEL (Centre de nouveaux espaces littéraires), Paris XIII-Villetaneuse, Katerina SPIROPOULOU, Docteur ès Lettres, mention Littérature Comparée, CENEL, Paris XIII-Villetaneuse, Professeur de français, École gréco-française de Thessalonique.</strong></p>
<p><strong></strong> </p>
<p>Parmi les ouvrages faisant une large part au concept de la francophonie, celui d&#8217;Anna Moï, <em>Espéranto, désespéranto : La francophonie sans les Français</em>, est un des plus critiques sur l&#8217;expression de littérature francophone. Anna Moï, chanteuse, styliste, écrivain, explore dans cet essai poétique les diverses conceptions de la langue qui engendrent une déplorable dérive, celle allant de l&#8217;espéranto, représentant l&#8217;espoir en l&#8217;avènement d&#8217;une langue universelle au désespéranto, cette langue « cryptique et révolutionnaire » due à la ghettoïsation et à la discrimination des habitants des cités, montrés du doigt comme des « autres » dangereux.</p>
<p>Pour expliquer cette dérive, Anna Moï plonge dans les méandres complexes de la langue et de ses diverses acceptions et appréhensions, pour tenter d&#8217;en dégager les lignes, les axes qui conduisent à des visions restrictives et réductrices de cet outil censé ouvrir vers l&#8217;imaginaire le plus débridé possible. Polyglotte, elle connaît six langues, Anna Moï tente de déterminer et de définir sa propre conception de la poésie et de la poétique et d&#8217;expliquer de quelle manière elle sonde les possibilités de la langue dans sa propre conception de la littérature. Définie par la négative, &#8211; sa poésie n&#8217;est pas conceptuelle, elle-même n&#8217;étant pas adepte des joutes rhétoriques -, Anna Moï prône en revanche l&#8217;ellipse, le creux, la lacune, éléments caractéristiques de son écriture. En effet, ces espaces vides du texte, ces hiatus permettent l&#8217;émergence d&#8217;une langue propre à l&#8217;écrivain, le surgissement de l&#8217;innocence, afin de sensibiliser le lecteur à la « présence fantôme » à l&#8217;œuvre dans le texte. Finalement, la poétique, propre à chaque auteur, est l&#8217;expression de la « parole invisible », celle-là même qu&#8217;il s&#8217;agit de retranscrire, de partager, de faire ressentir. Paraphrasant Emily Dickinson, un mot meut nous inonder s&#8217;il vient du cœur. Pour ce faire, il faut bien choisir une langue, qui traduise cette langue indicible de l&#8217;écrivain. Aucune langue n&#8217;est donc plus propice qu&#8217;une autre pour cette traduction, et le choix de la langue est bien un choix artistique de l&#8217;auteur, qui le réalise en fonction de ce qu&#8217;il ambitionne d&#8217;exprimer. Car chaque langue possède son propre rapport au temps et à l&#8217;espace, ainsi que les nombreux exemples mis en place dans le texte d&#8217;Anna Moï permettent d&#8217;en percevoir toutes les possibilités, les aspects multiples, les « pliages » potentiels&#8230;</p>
<p>Dans ce sens, la langue est donc un espace de liberté offert à l&#8217;écrivain qui peut la tordre, la malaxer :</p>
<p><em>Étranger et écrivain, on transgressera les frontières sans outrecuidance, on emmêlera pinceaux &#8211; voire le pinceau et la plume &#8211; sans être soupçonné d&#8217;iconoclastie. On pourra malaxturer des mots, et toujours nonchalindoleur, revendiquer l&#8217;innocence</em>.</p>
<p>Sans aucun égard aux termes d&#8217;identité et de nationalité, qu&#8217;elle soit vietnamienne, japonaise, africaine canadienne, ou française, Anna Moï ne prétend appartenir nulle part qu&#8217;à l&#8217;écriture. Atteindre l&#8217;écriture, ceci dit pour l&#8217;écrivain atteindre une écriture universelle. C&#8217;est pourquoi d&#8217;ailleurs que chaque espace, chaque territoire, chaque paysage comme les langues et les cultures restent à conquérir la « transformant en étrange universel. On est soi et l&#8217;autre. ».</p>
<p>Néanmoins, la langue comme un espace de liberté est souvent restreinte par la rigidité des institutions littéraires marquées par les orientations politiques des nations. Pour illustrer cette idée, Anna Moï effectue, an mots simples et phrases courtes, un rapide retour historique sur l&#8217;histoire des institutions littéraires vietnamienne, avant d&#8217;aborder une notion plus complexe encore, celle des soubassements linguistiques de la langue vietnamienne et ce qui en découle. Car l&#8217;ancrage social, familial et sexuel n&#8217;est pas acquis et « l&#8217;inégalité est inscrite à [la] naissance dans la langue elle-même ». L&#8217;absence de pronoms personnels, la différence de l&#8217;emploi du nom comme différenciation individuelle, l&#8217;a poussée à construire son altérité grâce aux ressources mêmes des langues. Utilisant à la fois la sémantique du français et celle du vietnamien, elle a reconstruit une symbolique personnelle à travers son pseudonyme : Anna Moï, qui marque à la fois l&#8217;individualité en français « Moi » et qui signifie en vietnamien « tranquillité &#8211; sud &#8211; sauvage ». Déconstruisant ainsi tous les clichés qui ont encore cours aujourd&#8217;hui alors que ces questions sont souvent débattues, elle démontre que la langue est un facteur non négligeable de construction de l&#8217;individualité et de l&#8217;altérité. Mais si l&#8217;altérité telle qu&#8217;elle l&#8217;entend est un gage de liberté, cette altérité octroyée par la langue peut redevenir un facteur de discrimination.</p>
<p>Au fond, l&#8217;amertume est grande lorsqu&#8217;au prix d&#8217;un effort incroyable pur construire son altérité, on est rejeté dans la foule sans nom des auteurs « francophones ». Cette langue qui traduit normalement les strates multiples de sa langue invisible, si particulières qu&#8217;elles recèlent « les langues que je connais, les cultures qui ont dessiné le paysage de ma vie, les aléas de mon destin », est l&#8217;alibi qui permet de circonscrire une terre d&#8217;écrivains totalement arbitraire et inopérante. Anna Moï ne manque de plonger dans la production ou mieux la commercialisation des livres francophones qui restent aujourd&#8217;hui caractérisés par des disparités extrêmement fortes et flagrantes. Plus précisément, l&#8217;écrivain parle du classement imparfait des auteurs francophones dans le secteur des librairies. À l&#8217;opposé des Anglais qui proposent un classement selon un ordre alphabétique, les librairies françaises s&#8217;appuient sur une recherche des ouvrages francophones par pays, par identité nationale provoquant ainsi une série de confusion et de malentendus.</p>
<p>Terme exclusif dans le monde, à l&#8217;opposé de l&#8217;anglophonie, qui n&#8217;existe pas, la francophonie en est un exemple niable. Auprès de ces deux mots fédérateurs, Anna Moï ajoute celui de la « xénophilie » remplacée en France par son contraire « xénophobie ». Sans doute l&#8217;écrivaine fait explicitement référence à l&#8217;amour des cultures et des peuples étrangers que les Anglo-Saxons ont bien intégré dans leur quotidien. Le moment où la France occulte la diversité ethnique de ses écrivains les Britanniques, dont la fameuse formule <em>Nobody&#8217;s perfect</em> en démontre leur racisme, se montrent plus à l&#8217;aise de répertorier dans un recensement, au niveau national, 100 Britanniques noirs remarquables dans le domaine de la musique, du sport, de la poésie et des médias.</p>
<p>Pour conclure, Anna Moï distingue dans son manifeste poétique la francophonie <em>en France</em>, et la francophonie <em>hors de France</em>. Car les Français, quand ils invitent la Francophonie, ne s&#8217;incluent pas.</p>
<p>À ce titre, la francophonie est-elle un mythe ? Quelles sont les réalités qu&#8217;elle recouvre effectivement ? En France, les auteurs francophones sont principalement les auteurs du « Sud », ces « autres » finalement inclassables en dehors de cette catégorisation rapide et bien pratique. Mais hors de France, ce vocable recouvre toute une communauté faite de complicité et d&#8217;altruisme réel : « à l&#8217;étranger, la francophonie sans les français n&#8217;est pas un mythe, mais une réalité jubilatoire, généreuse vivante ».</p>
<p>C&#8217;est malheureusement cette conception restrictive et déviante de l&#8217;Autre, de l&#8217;Altérité, notions pourtant si riches de possibles, qui contribue à créer cette autre langue qu&#8217;elle nomme le <em>désespéranto</em>, notion qui ne recouvre plus seulement les problématiques liées à la langue, mais bien une posture profondément politique de refus et une arme pour enfin retourner cette altérité que colle trop facilement contre ces mêmes initiateurs.</p>
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<p class="MsoBodyText" style="text-align: left; text-indent: 35.4pt;" mce_style="text-align: left; text-indent: 35.4pt;" align="left"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" mce_style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" lang="FR">Parmi les ouvrages faisant une large part au concept de la francophonie, celui d’Anna Moï, <em>Espéranto, désespéranto : La francophonie sans les Français</em>, est un des plus critiques sur l’expression de littérature francophone. Anna Moï, chanteuse, styliste, écrivain, explore dans cet essai poétique les diverses conceptions de la langue qui engendrent une déplorable dérive, celle allant de l’espéranto, représentant l’espoir en l’avènement d’une langue universelle au désespéranto, cette langue « cryptique et révolutionnaire » due à la ghettoïsation et à la discrimination des habitants des cités, montrés du doigt comme des « autres » dangereux.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt;" mce_style="text-indent: 35.4pt;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" mce_style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" lang="FR">Pour expliquer cette dérive, Anna Moï plonge dans les méandres complexes de la langue et de ses diverses acceptions et appréhensions, pour tenter d’en dégager les lignes, les axes qui conduisent à des visions restrictives et réductrices de cet outil censé ouvrir vers l’imaginaire le plus débridé possible. Polyglotte, elle connaît six langues, Anna Moï tente de déterminer et de définir sa propre conception de la poésie et de la poétique et d’expliquer de quelle manière elle sonde les possibilités de la langue dans sa propre conception de la littérature. Définie par la négative, &#8211; sa poésie n’est pas conceptuelle, elle-même n’étant pas adepte des joutes rhétoriques -, Anna Moï prône en revanche l’ellipse, le creux, la lacune, éléments caractéristiques de son écriture. En effet, ces espaces vides du texte, ces hiatus permettent l’émergence d’une langue propre à l’écrivain, le surgissement de l’innocence, afin de sensibiliser le lecteur à la « présence fantôme » à l’œuvre dans le texte. Finalement, la poétique, propre à chaque auteur, est l’expression de la « parole invisible », celle-là même qu’il s’agit de retranscrire, de partager, de faire ressentir. Paraphrasant Emily Dickinson, un mot meut nous inonder s’il vient du cœur. Pour ce faire, il faut bien choisir une langue, qui traduise cette langue indicible de l’écrivain. Aucune langue n’est donc plus propice qu’une autre pour cette traduction, et le choix de la langue est bien un choix artistique de l’auteur, qui le réalise en fonction de ce qu’il ambitionne d’exprimer. Car chaque langue possède son propre rapport au temps et à l’espace, ainsi que les nombreux exemples mis en place dans le texte d’Anna Moï permettent d’en percevoir toutes les possibilités, les aspects multiples, les « pliages » potentiels…</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt;" mce_style="text-indent: 35.4pt;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" mce_style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" lang="FR">Dans ce sens, la langue est donc un espace de liberté offert à l’écrivain qui peut la tordre, la malaxer :</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin-right: 31.85pt;" mce_style="margin-right: 31.85pt;"><em><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" mce_style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" lang="FR">Étranger et écrivain, on transgressera les frontières sans outrecuidance, on emmêlera pinceaux – voire le pinceau et la plume – sans être soupçonné d’iconoclastie. On pourra malaxturer des mots, et toujours nonchalindoleur, revendiquer l’innocence</span></em><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" mce_style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" lang="FR">.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 0.5in;" mce_style="text-indent: 0.5in;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" mce_style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" lang="FR">Sans aucun égard aux termes d’identité et de nationalité, qu’elle soit vietnamienne, japonaise, africaine canadienne, ou française, Anna Moï ne prétend appartenir nulle part qu’à l’écriture. Atteindre l’écriture, ceci dit pour l’écrivain atteindre une écriture universelle. C’est pourquoi d’ailleurs que chaque espace, chaque territoire, chaque paysage comme les langues et les cultures restent à conquérir la « transformant en étrange universel. On est soi et l’autre. ».</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 0.5in;" mce_style="text-indent: 0.5in;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" mce_style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" lang="FR">Néanmoins, la langue comme un espace de liberté est souvent restreinte par la rigidité des institutions littéraires marquées par les orientations politiques des nations. Pour illustrer cette idée, Anna Moï effectue, an mots simples et phrases courtes, un rapide retour historique sur l’histoire des institutions littéraires vietnamienne, avant d’aborder une notion plus complexe encore, celle des soubassements linguistiques de la langue vietnamienne et ce qui en découle. Car l’ancrage social, familial et sexuel n’est pas acquis et « l’inégalité est inscrite à [la] naissance dans la langue elle-même ». L’absence de pronoms personnels, la différence de l’emploi du nom comme différenciation individuelle, l’a poussée à construire son altérité grâce aux ressources mêmes des langues. Utilisant à la fois la sémantique du français et celle du vietnamien, elle a reconstruit une symbolique personnelle à travers son pseudonyme : Anna Moï, qui marque à la fois l’individualité en français « Moi » et qui signifie en vietnamien « tranquillité – sud – sauvage ». Déconstruisant ainsi tous les clichés qui ont encore cours aujourd’hui alors que ces questions sont souvent débattues, elle démontre que la langue est un facteur non négligeable de construction de l’individualité et de l’altérité. Mais si l’altérité telle qu’elle l’entend est un gage de liberté, cette altérité octroyée par la langue peut redevenir un facteur de discrimination. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 0.5in;" mce_style="text-indent: 0.5in;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" mce_style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" lang="FR">Au fond, l’amertume est grande lorsqu’au prix d’un effort incroyable pur construire son altérité, on est rejeté dans la foule sans nom des auteurs « francophones ». Cette langue qui traduit normalement les strates multiples de sa langue invisible, si particulières qu’elles recèlent « les langues que je connais, les cultures qui ont dessiné le paysage de ma vie, les aléas de mon destin », est l’alibi qui permet de circonscrire une terre d’écrivains totalement arbitraire et inopérante. Anna Moï ne manque de plonger dans la production ou mieux la commercialisation des livres francophones qui restent aujourd’hui caractérisés par des disparités extrêmement fortes et flagrantes. Plus précisément, l’écrivain parle du classement imparfait des auteurs francophones dans le secteur des librairies. À l’opposé des Anglais qui proposent un classement selon un ordre alphabétique, les librairies françaises s’appuient sur une recherche des ouvrages francophones par pays, par identité nationale provoquant ainsi une série de confusion et de malentendus.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 0.5in;" mce_style="text-indent: 0.5in;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" mce_style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" lang="FR">Terme exclusif dans le monde, à l’opposé de l’anglophonie, qui n’existe pas, la francophonie en est un exemple niable. Auprès de ces deux mots fédérateurs, Anna Moï ajoute celui de la « xénophilie » remplacée en France par son contraire « xénophobie ». Sans doute l’écrivaine fait explicitement référence à l’amour des cultures et des peuples étrangers que les Anglo-Saxons ont bien intégré dans leur quotidien. Le moment où la France occulte la diversité ethnique de ses écrivains les Britanniques, dont la fameuse formule <em>Nobody’s perfect</em> en démontre leur racisme, se montrent plus à l’aise de répertorier dans un recensement, au niveau national, 100 Britanniques noirs remarquables dans le domaine de la musique, du sport, de la poésie et des médias.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 0.5in;" mce_style="text-indent: 0.5in;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" mce_style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" lang="FR">Pour conclure, Anna Moï distingue dans son manifeste poétique la francophonie <em>en France</em>, et la francophonie <em>hors de France</em>. Car les Français, quand ils invitent la Francophonie, ne s’incluent pas.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 0.5in;" mce_style="text-indent: 0.5in;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" mce_style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" lang="FR">À ce titre, la francophonie est-elle un mythe ? Quelles sont les réalités qu’elle recouvre effectivement ? En France, les auteurs francophones sont principalement les auteurs du « Sud », ces « autres » finalement inclassables en dehors de cette catégorisation rapide et bien pratique. Mais hors de France, ce vocable recouvre toute une communauté faite de complicité et d’altruisme réel : « à l’étranger, la francophonie sans les français n’est pas un mythe, mais une réalité jubilatoire, généreuse vivante ». </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 0.5in;" mce_style="text-indent: 0.5in;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" mce_style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" lang="FR">C’est malheureusement cette conception restrictive et déviante de l’Autre, de l’Altérité, notions pourtant si riches de possibles, qui contribue à créer cette autre langue qu’elle nomme le <em>désespéranto</em>, notion qui ne recouvre plus seulement les problématiques liées à la langue, mais bien une posture profondément politique de refus et une arme pour enfin retourner cette altérité que colle trop facilement contre ces mêmes initiateurs. </span>< >< >< >< ></p>
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		<title>&#171;&#160;Appelez-moi par mon prénom&#160;&#187;, par Nina Bouraoui</title>
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		<pubDate>Wed, 28 Jan 2009 21:28:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>kspiropoulou</dc:creator>
				<category><![CDATA[Suisses]]></category>
		<category><![CDATA[Comptes-rendus]]></category>

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		<description><![CDATA[Compte-rendu de Katerina Spiropoulou. 


Nina Bouraoui, « Appelez-moi par mon prénom », Paris, Stock, 2008, 112 p., ISBN : 978-2-234-06077-7.]]></description>
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<div class="topsy_widget_data topsy_theme_" style="float: right;margin-left: 0.75em; background: url(data:,%7B%20%22url%22%3A%20%22http%253A%252F%252Fmondesfrancophones.com%252Fespaces%252Fsuisses%252Fappelez-moi-par-mon-prenom-par-nina-bouraoui%252F%22%2C%20%22style%22%3A%20%22small%22%2C%20%22title%22%3A%20%22%5C%22Appelez-moi%20par%20mon%20pr%C3%A9nom%5C%22%2C%20par%20Nina%20Bouraoui%20%23%22%20%7D);"></div>
<p><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" lang="FR">Nina Bouraoui, « Appelez-moi par mon prénom », Paris, Stock, 2008, 112 p., ISBN : 978-2-234-06077-7.</span></strong></p>
<p><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" lang="FR"><br />
</span></strong></p>
<p>Optimiste, romantique, linéaire, tels sont les mots qui me viennent à l&#8217;esprit à propos du onzième roman de Nina Bouraoui. Son ouvrage précédent,<em>Mes mauvaises pensées</em>, publié en 2005, lui avait valu le prix Renaudot. <em>Appelez-moi par mon prénom</em>, très attendu, ne déçoit pas non plus. Bien au contraire. Au temps de l&#8217;imparfait, on y découvre un autre ton s&#8217;adressant aux amoureux et à tous ceux qui ont perdu la foi en l&#8217;amour ; rien moins.</p>
<p>Roman classique par rapport aux autres ouvrages de l&#8217;auteur, il nous raconte la relation amoureuse, à distance, d&#8217;un couple qui apprend à s&#8217;aimer à travers les livres, à travers les mots : « Entre nous, c&#8217;était une évidence, avec l&#8217;idée que l&#8217;écriture nous avait porté bonheur. » Car tout se passe lors d&#8217;une dédicace de l&#8217;écrivain à Lausanne où l&#8217;un de ses admirateurs lui confie une lettre et l&#8217;adresse de son site Web. Il y présente ses travaux, ceux notamment que lui inspire le journal de l&#8217;auteur. Dans sa missive, le jeune homme lui avoue que ses mots l&#8217;ont sauvé de la solitude et de la douloureuse perte d&#8217;un amour. Jour après jour, sans se manifester, la narratrice plonge dans l&#8217;univers de P. mais, à l&#8217;inverse de <em>Mes mauvaises pensées</em>, on ne connaîtra pas le prénom des deux personnages &#8211; seulement leurs initiales. Ainsi commence une vie amoureuse, littéraire et conflictuelle : « Je possédais deux existences, l&#8217;une à Paris, l&#8217;autre à Lausanne&#8230; ». Très vite, le centre de la vie se déplace des mots d&#8217;amour à l&#8217;amour vécu, du fantasme de l&#8217;amour à l&#8217;amour vrai, de l&#8217;écriture à la vie. Leur première rencontre a pour cadre le jardin du Luxembourg : J&#8217;avais l&#8217;idée d&#8217;avancer vers mon avenir. Le cherchais ses yeux comme il cherchait les miens, encore cachés Le bruit de la ville faisait place au silence de nos peaux qui allaient se reconnaître par instinct&#8230;Je prenais conscience de mon corps et du sien, matérialisant les songes de mon hiver&#8230;Les mots avaient inventé une autre histoire. » Séduction, attentes, <em>mails</em>, renoncement, silences, séparations, illusions, sur fond de va-et-vient entre la Suisse et la France, tout cela crée un univers fiévreux délicieux entre rêve et réalité.</p>
<p>Point d&#8217;action dans ce roman qui se lit d&#8217;un seul souffle à l&#8217;instar de l&#8217;amour passionnel qui happe les deux amants, comme si nous étions nous-mêmes emportés par cette passion dévorante façon Marguerite Duras et Yann Andréa. La narratrice qui est proche, par l&#8217;âge, de l&#8217;écrivain, la quarantaine, tombe éperdument amoureuse de ce lecteur-là et décrit avec minutie ses sentiments, ses remises en question &#8211; lequel parmi nous au premier échange ne s&#8217;est jamais demandé si l&#8217;autre ressent la même chose sans oser y croire ? &#8211; et ses doutes.La chance d&#8217;aimer, de vivre, la fulgurance des sentiments, la puissance de l&#8217;écriture et de la création dominent le roman du début à la fin : « Je pensais que le monde m&#8217;avait encore ouvert une petite porte sur la liberté. Je n&#8217;avais pas de la chance, j&#8217;avais ma chance&#8230; Je n&#8217;avais plus peur de perdre mon amour. Il me semblait posséder déjà un passé qui formait un rempart face au danger. Nous n&#8217;étions pas uniquement en vie, nous étions à l&#8217;intérieur de la vie, dans ce qu&#8217;elle avait de plus beau et de plus incertain, de plus fragile et de plus puissant. »</p>
<p>Pour cette habituée du présent sans paragraphes ni chapitres et dialogues, l&#8217;imparfait, temps en mineur, comme Nina Bouraoui le précise dans une interview, trouve son apogée dans ce roman comme s&#8217;il s&#8217;agissait, à la faveur de ce temps des récits et des contes, de ne rien oublier. « Il y a de l&#8217;élégance dans ce temps et aussi une forme de nostalgie&#8230; », note l&#8217;auteur, qui évoque en passant l&#8217;esprit de l&#8217;amour courtois. Sa plume gagne en fluidité et en clarté sous la passion amoureuse. Douce et sensible, Nina Bouraoui rajoute à sa palette l&#8217;Amour sans pour autant laisser tomber ses thèmes de prédilection : l&#8217;attachement à une ville, l&#8217;écriture, la perte de la jeunesse, l&#8217;oubli, le déracinement, la solitude.</p>
<p>Dans un style acéré et lyrique, Bouraoui réussit à faire de cette histoire follement envoûtante un roman intime et universel à la fois. Elle peint avec excellence cette relation-folie due au hasard, mais si sincère et réelle. Ces fragments d&#8217;existence racontés avec brio nous touchent et nous émeuvent. Avec<em>Appelez-moi par mon prénom</em>, apprenons dans le monde où nous vivons à s&#8217;enivrer du parfum de la vie, de prendre encore le goût de cet Amour-là.</p>

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		<title>Mondes francophones</title>
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		<pubDate>Thu, 08 Mar 2007 21:12:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>kspiropoulou</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Comptes-rendus]]></category>

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		<description><![CDATA[Dominique Wolton (dir.) : Mondes francophones, Auteurs et livres de la langue française depuis 1990, Paris : ADPF, 2006, 735 p., ISBN 2-914935-71-4. À l&#8217;occasion de l&#8217;année 2006, désignée comme année francophone aussi bien qu&#8217;année Senghor &#8211; on célèbre, cette année, avec le festival « francofffonies » de mars au septembre 2006, le centenaire de la naissance du président [...]]]></description>
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<p><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" lang="FR">Dominique Wolton (dir.) : <em><span class="highlightedSearchTerm">Mondes</span> francophones, Auteurs et livres de la langue française depuis 1990</em>, Paris : ADPF, 2006, 735 p., ISBN 2-914935-71-4. </span></strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>À l&#8217;occasion de l&#8217;année 2006, désignée comme année francophone aussi bien qu&#8217;année Senghor &#8211; on célèbre, cette année, avec le festival « francofffonies » de mars au septembre 2006, le centenaire de la naissance du président poète sénégalais &#8211; l&#8217;ADPF (Association pour la diffusion de la pensée française) a publié, entre autres, un ouvrage volumineux (735 p.), à caractère encyclopédique.</p>
<p>Confiée à l&#8217;opérateur du ministère des Affaires étrangères pour le livre et l&#8217;écrit, de promouvoir la langue française et les cultures francophones, l&#8217;ADPF propose, par cet ouvrage un premier dictionnaire des auteurs francophones. Plus précisément <em>Mondes francophones</em> tente de recenser pour la première fois les principaux auteurs, depuis 1990, dans le monde entier, en littérature en sciences humaines qui s&#8217;expriment en langue française.</p>
<p>Sous la direction du sociologue Dominique Wolton, actuellement directeur de recherche du CNRS, nombreux chercheurs et universitaires de grande renommée se sont réunis afin d&#8217;attribuer à l&#8217;ouvrage la dimension scientifique convenue. Du Nord au Sud, de l&#8217;Est à l&#8217;Ouest, au-delà des frontières politiques de la francophonie, l&#8217;ouvrage se repartit par zone géographique. De l&#8217;Afrique (Romuald Fonkoua), à l&#8217;Amérique du Nord (Étienne Beaulieu, Marcel Fournier et Simon Langlois, Lia Varela et Vanessa Mongey) et Latine (Mona Huerta), nous traversons les frontières pour aller en Asie (Christiane Pasquel Rageau), aux Caraïbes (Romuald Fonkoua), à l&#8217;Europe (Jean-Louis Joubert), pour retourner au Maghreb (Charles Bonn), au Proche et Moyen Orient (Yves Chemla), pour finir avec l&#8217;Océan Indien (Norbert Dodille) et le Pacifique (Tamatoa Bambridge). 90 correspondants dans le monde entier ont apporté leur contribution à cet immense répertoire des écritures francophones pour une bibliographie la plus minutieuse possible et la plus récente &#8211; en recouvre les quinze dernières années.</p>
<p>Outre cette première étude originale multiculturelle, Dominique Wolton tente de répondre dans son introduction et conclusion de manière claire perspicace aux défis de l&#8217;espace francophone devant la mondialisation. De la francophilie du XVII<sup>e</sup> au XIX<sup>e</sup> siècle, il passe à la francophonie du siècle dernière pour parler au terme de la francosphère recouvrant le monde entier. Sans nier aux années de colonisation, de l&#8217;esclavagisme, grosso modo des conquêtes du XIX<sup>e</sup> siècle l&#8217;auteur fait référence à une communauté qui devrait d&#8217;abord sortir non seulement de son passé mais aussi de son présent. Ceci dit que la France, comme centre historique de la naissance et d&#8217;ancrage de la francophonie aurait intérêt à se décentrer et s&#8217;ouvrir « hors murs ». Plutôt que de chercher coûte que coûte à chercher une réponse, peut-être d&#8217;abord commencer par en peser la diversité. De nouveaux écrivains se sont mis à écrire l&#8217;image de leur pays dans un contexte de production différente, dans un espace de création différent. Que la francophonie se concentre sur les apports de la sociologie, de l&#8217;histoire, de la géographie, de linguistique, des sciences humaines qui complètent l&#8217;approche littéraire tant au niveau thématique que formel. La traduction également servira comme passerelle &#8211; pont afin de connaître et de comprendre l&#8217;autre. S&#8217;y ajoute le rôle essentiel de l&#8217;enseignement assuré par le dynamisme des centres culturels, les Instituts français actifs dans les divers pays, les Alliances françaises, les professeurs de français pour une promotion de la langue et de la culture française par le biais de nouvelles technologies et techniques de communication et d&#8217;information. Le XI<sup>e</sup> Sommet de la Francophonie tenu à Bucarest le 28-29 septembre 2006 porte par ailleurs sur cette réflexion dans le but de créer les conditions de l&#8217;appropriation de ces outils par les pays francophones en développement.</p>
<p>À la question « où et pourquoi écrit-on en français ? », l&#8217;ouvrage présente et surtout envisage un État des lieux des mondes francophones. De nos jours où les frontières d&#8217;une nouvelle Europe sont en train de se définir et la mondialisation tente d&#8217;offrir une uniformisation à l&#8217;échelle mondiale, Dominique Wolton insiste sur le rôle positif de la francophonie, l&#8217;apport du maillage exceptionnel qui caractérise les mondes francophones avec leurs diversités culturelles, linguistiques, l&#8217;immense richesse des mœurs et des coutumes. Chaque livre est par ailleurs une exception, comme le souligne l&#8217;auteur même. Sous la rubrique Mondialisation : une chance pour la Francophonie, Dominique Wolton expose les valeurs de la Francophonie :</p>
<p><em>La mondialisation donne d&#8217;un seul coup une vision plus ouverte de la Francophonie. La France en est le centre historique, mais elle doit apprendre à conjuguer avec d&#8217;autres diversités, et les valoriser. Après la Francophilie au XVIII<sup>e</sup> au XIX<sup>e</sup>, la Francophonie du XIXe au XXe, il faut apprendre à voir les richesses de la Francophonie, c&#8217;est-à-dire cette Francophonie partout présente dans le monde, reflet et créateur de mille diversités</em>.</p>
<p>Plus que jamais les mondes francophones prennent conscience de l&#8217;universalité de leur littérature puisque proposant une lecture locale, un regard profond qui touche leurs cultures, leurs langues, leurs rêves, leurs imaginaires, leur vision.</p>
<p>En abordant la francophonie, à l&#8217;échelle du monde, nous apercevons l&#8217;ouverture de la francophonie au monde entier, aussi bien à des pays ex-colonies qu&#8217;à des pays de l&#8217;Europe centrale et orientale ; le XI<sup>e </sup>Sommet de la francophonie tenu à Bucarest le mois de septembre 2006 ne va pas de soi. L&#8217;adhésion des pays de l&#8217;Europe de l&#8217;Est &#8211; Albanie, Arménie, Autriche, Bulgarie, Croatie, Géorgie, Grèce, Moldavie, Pologne, Roumanie, Serbie, Slovaquie, Slovénie, Ukraine &#8211; dans le répertoire francophone met en avance les valeurs de la communauté francophone. Cette dernière s&#8217;inscrit dans une large perspective basée sur la préservation de la diversité du monde.</p>
<p>À qui s&#8217;adresse cet ouvrage ? Bien que<em> Mondes francophones</em> ne prétend pas à une exhaustivité &#8211; malgré ses 4360 auteurs et ses 4650 notices bibliographiques « la caverne d&#8217;Ali Baba » est tellement riche en production francophone mondiale qu&#8217;il fallait plus de temps de tout compter, tout intégrer -, il devrait être recommandé à tous les étudiants, les universitaires, intéressés à la francophonie ou à la diversité de la production francophone dans le monde. Il constitue un ouvrage de référence indispensable et fournit des nouvelles pistes de réflexion sur l&#8217;avenir de la francophonie comme une vision d&#8217;avenir.</p>

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