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	<title>MondesFrancophones.com &#187; dclambert</title>
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		<title>NOS TROIS NOUVEAUX CONCURRENTS LE BRÉSIL, LA CHINE ET L’INDE</title>
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		<pubDate>Tue, 17 Jan 2012 18:03:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>dclambert</dc:creator>
				<category><![CDATA[Economies]]></category>

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<p style="text-align: justify;" align="center">           Avant 1914 l’Angleterre, économie dominante, avait vu surgir de nouveaux concurrents : les Etats-Unis, l’Allemagne et la France, et même le Japon et la Russie tsariste. En 1945, quand les Etats-Unis accaparaient les deux tiers de la richesse mondiale et l’essentiel du commerce mondial, il n’y avait plus de concurrents, car l’Europe et le Japon avaient été détruits par la seconde guerre mondiale. Au cours de cette première moitié du siècle dernier, aucun observateur n’aurait eu l’idée de citer le Brésil,la Chine ou l’Inde comme des concurrents commerciaux et des puissances émergentes, voire émergées ! Ces pays très pauvres étaient des illustrations de ce que le Président Truman allait qualifier en 1948 de pays sous-développés en leur promettant une aide, comme l’Amérique l’avait fait avec le programme Marshall pour l’Europe. Il faut rappeler qu’à cette époque de pénurie la Chine et l’Inde étaient  dans une situation de dépendance alimentaire, leur population était périodiquement affectée par la famine. Même au Brésil, que le sociologue Josué de Castro décrivait comme une terre stérile de famines, personne ne pouvait imaginer l’émergence d’une puissance agricole. Les Occidentaux restaient persuadés qui leur faudrait nourrir le « tiers-monde » pendant des siècles !</p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd’hui il est bien évident que ces trois pays sont de nouveaux concurrents commerciaux, des puissances mondiales et bientôt les nouvelles économies dominantes. Et pourtant ces trois pays présentent autant de différences que de similarités.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les différences : leur histoire, la démographie.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour certains, une seule différence compte : la démocratie. La Chine reste un régime communiste autoritaire, sans libertés politiques. L’Inde est un miracle de survie d’un régime parlementaire démocratique, les élections se poursuivent et sont respectées. Le Brésil est aujourd’hui une démocratie, un régime présidentiel où est assurée la liberté d’expression et où les élections sont respectées.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous estimons que deux autres contrastes doivent être soulignés : le poids de l’histoire et l’évolution de la démographie.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1- L’histoire.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le <strong>Brésil</strong> est un pays neuf : à peine cinq siècles de civilisation à partir de sa découverte par Cabral en 1503. C’est le seul pays de population métisse : indiens, européens, noirs, asiatiques, où le mélange des races se soit poursuivi pendant un demi-millénaire. Pendant un siècle, l’apport migratoire des conquérants portugais fut restreint, puis arrivèrent les esclaves noirs (la moitié des esclaves de la traite africaine). L’influence portugaise pendant le régime colonial et l’Empire de Don Pedro II a dominé la culture de ce pays, apportant sa langue, ses églises et sa religion catholique. Cependant à la différence de ses voisins et surtout du Mexique, le Brésil a échappé aux révolutions et aux invasions de ses voisins. Par voie de conséquence, les principaux monuments de la période coloniale sont encore debout. La plupart des villes brésiliennes sont récentes, mais elles conservent leur nom, Rio reste Rio. En Inde et en Chine, on a changé le nom presque toutes les villes : Bombay ou Canton ont un autre nom. Est-ce une façon d’abolir le passé ?</p>
<p style="text-align: justify;">La <strong>Chine</strong> est l’une des plus anciennes civilisations de la planète, berceau des plus anciennes religions: Bouddhisme, Taoïsme et Confucianisme. Alors que la Chine avait connu des périodes brillantes au Moyen Âge, les cinq derniers siècles furent une succession de phases stables et prospères et de périodes de chaos et de déclin. En 1900, 1950 et même 1970 la Chine restait une population très pauvre, ce n’était pas un partenaire commercial : Hong Kong exportait plus quela Chine ! En revanche, la trajectoire de prospérité des 30 dernières années (10% de croissance économique annuelle, doublement tous les sept ans) a suscité une modernisation et un enrichissement sans précédent. En contrepartie la Chine moderne, celle des grattes-ciel et des autoroutes, ne préserve que difficilement son patrimoine du passé.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’Inde</strong>, dans ses frontières actuelles, est un peu moins peuplée (1.2 milliards d’habitants) que la Chine. Quand elle était le joyau de l’Empire des Indes, elle s’étendait à toute la péninsule et à la Birmanie (elle était alors beaucoup plus peuplée que la Chine). Il est probable que la péninsule indienne a toujours été la région la plus peuplée du monde et surtout la plus dense. L’ancienneté des civilisations est, avec la Mésopotamie, la plus reculée (IV et V<sup>ème</sup> millénaire avant Jésus-Christ). Ce passé lointain a laissé des vestiges restreints, mais il ne saurait être répudié. Cependant l’Inde n’était avant l’époque moderne qu’une juxtaposition de royaumes hostiles. Ce qui différencie l’Inde de la Chine est son hétérogénéité ethnique, religieuse, linguistique ; celle-ci reste un obstacle important à l’intégration du territoire. Le démarrage de l’Inde est beaucoup plus récent, il débute dans les années 1990 et succède à des siècles de stagnation.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2- La démographie.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les trois pays concurrents sont entrés en phase de transition démographique. Il y a encore une dizaine d’années les Nations Unies classaient les données démographiques de différentes nations en fonction de leur fiabilité. Depuis certains pays ayant protesté, surtout en Afrique, cette information a disparu. C’est pourquoi beaucoup estiment que la population de la Chine est sous-évaluée. Quant au Brésil et à l’Inde, comment compter les naissances et les décès dans un bidonville ?</p>
<p style="text-align: justify;">Beaucoup pensent encore que le Brésil est une région de faible population et que la Chine est beaucoup plus peuplée que l’Inde. Ce n’est pas tout à fait exact : le Brésil approche de 200 millions d’habitants, la Chinede 1.3 milliards et l’Inde de 1.2 milliards. Mais dans 40 ans, l’Inde aura dépassé La Chine. Si l&#8217;on ajoute le Pakistan et le Bangladesh, la péninsule indienne sera peuplée de 2,2 milliards d’habitants (1.5 en 2010). La population de la Chine sera la même qu’en 2010, et le Brésil aura 223 millions d’habitants. La croissance démographique actuelle est de 1,5% par an en Inde, celle du Brésil de 0.9% et celle de la Chinede 0.5% ! <em>En 2010 il naissait 28 millions d’Indiens, 16 Millions de Chinois, 3 millions de Brésiliens … (et 5,4  millions dans l’Europe des 27) !</em></p>
<p style="text-align: justify;">La densité est la différenciation majeure de ces trois pays-continents ; le Brésil est encore un pays vide. <em>Le record de densité est celui de l’Inde</em>, 378 habitants au km<sup>2</sup>, autant qu’en Hollande, dans un immense pays entièrement occupé ; le second niveau est celui de la Chine : 141 habitants/km<sup>2</sup>, mais dans un pays ont les 2/3 sont désertiques ou à très faible peuplement, enfin vient le Brésil, seulement 23 habitants au kilomètre carré, mais dans un pays dont la plus grande partie n’est pas habitée, en particulier l’Amazonie.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors intervient le taux d’urbanisation. La divergence est beaucoup plus importante :<em> 86% des Brésiliens habitent dans les villes</em>, 43% des Chinois et seulement 29% des Indiens, ce qui n’empêche pas ces trois pays d’avoir créé des mégalopoles de 10 à 20 millions d’habitants : Sao Paulo, Rio ; Mumbai (Bombay), Chennai (Madras) ; Shanghai, Pékin …</p>
<p style="text-align: justify;">Pour l’équilibre des sexes, le trait commun entre la Chine et l’Inde est le rapport de masculinité des naissances qui favorise la survie des garçons, de telle sorte qu<em>’il manque 150 à 200 millions de femmes dans les deux pays</em>. Au contraire au Brésil il y a autant de femmes que d’hommes.</p>
<p style="text-align: justify;">La <em>répartition ethnique</em> oppose le Brésil, nation métisse, et l’Inde, juxtaposant des milliers d’ethnies qui se mélangent peu, à la Chine, seul pays, avec le Japon, qui soit ethniquement homogène où 90% des habitants sont d’origine Han, malgré la présence et parfois résistance de minorités ethniques (Tibet, Mongolie).</p>
<p style="text-align: justify;">Dernière différence le vieillissement : la jeunesse de la population reste un atout au regard de l’Occident, mais aujourd’hui l’accroissement de la population âgée pose <em>un problème sérieux pour le financement des retraites.</em> Si la France a déjà 20 000 centenaires, on comprend que pour une population 20 fois plus grande, la Chine aura à prendre en charge des centaines de milliers de personnes très âgées et dépendantes !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les similarités : pays-continents, puissances militaires, corruption</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1-      </strong><strong>Pays-continents.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les pays-continents ont pour caractéristique l’ampleur des distances, comme en Amérique du Nord : en Chine et en Inde, du nord au sud et d’ouest en est, les distances sont de 4000 kilomètres, en Inde de 3000 ! La Chine, dotée de plus de 9 millions de kilomètres carrés, constitue un véritable pays-continent, aussi vaste que les Etats-Unis et peuplé de plus de 1 milliard d’habitants. Elle est deux fois plus vaste que l’Union européenne (à 27), sa densité est un peu plus élevée. Or l’Europe est formée de nations très riches en phase de stagnation, dont les marchés intérieurs sont saturés. Au contraire la Chine est un marché intérieur potentiel presque sans limites. La situation du Brésil est similaire (8,5 millions de Km<sup>2</sup>) ; ils vivent pour les 4/5èmes dans des villes géantes. La supériorité du Brésil a été d’avoir mis en place depuis longtemps une infrastructure moderne (routes, aéroports) et une industrie très diversifiée. L’avantage de la Chine est de pouvoir construire une infrastructure, utilisant des techniques plus récentes : elle leur permet de relier au marché les régions isolées. La croissance très rapide de la Chine, semblant échapper à la crise économique et financière actuelle, reste une exception … pourvu que cela dure, les exponentielles se brisent un jour ou l’autre ! Le talon d’Achille de l’Inde reste la pauvreté de masse de la plus grande partie de la population. Comme en Chine, une classe moyenne aisée et éduquée s’est formée, mais la croissance économique est récente : pendant des décennies l’Inde était restée stagnante, au moment oùla Chine décollait.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>2. Des puissances militaires.</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">La Chineet l’Inde sont des puissances atomiques, leurs forces aériennes et terrestres sont considérables ; l’industrie militaire brésilienne est la plus importante de l’Amérique latine. Les trois pays sont des acheteurs d’armement et plus encore des vendeurs d’armement. Les mitraillettes, bazookas, bombes et missiles utilisés sur les 35 sites de guerres du tiers monde sont en partie produits dans l’ex-URSS, mais de plus en plus fabriqués par  les complexes militaro-industriels de la Chine, de l’Inde et du Brésil. L’Inde a connu cinq guerres de confrontation avec le Pakistan, les deux puissances disposent de l’arme atomique. La Chine a diminué de moitié ses effectifs (2 millions de soldats) et augmenté de moitié son budget militaire estimé à 100 milliards de dollars.  Elle a investi des ressources considérables dans son industrie nucléaire et spatiale ; ses forces navales ont été développées. Le Brésil dispose d’un atout essentiel, son industrie aéronautique (avions et hélicoptères). Pourla France, qui est le quatrième vendeur d’armement dans le monde, la compétition n’est pas limitée aux Etats-Unis et à la Russie, de plus en plus les concurrents sont Chinois, Brésiliens et Indiens !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3. Des pays corrompus.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il faut noter une correspondance entre la corruption et la criminalité : là où les détournements de fonds publics, les pots de vin et le trafic d’influence sont les plus répandus, il règne le plus souvent une criminalité très élevée, par exemple au Brésil et en Inde, où les taux d’homicide des grandes villes sont proches de ceux de la Colombie et du Mexique. Sur ce plan, la Chinene fait pas état de la « mort violente », car ces faits divers ne font pas partie des messages des pouvoirs publics.</p>
<p style="text-align: justify;">Les trois pays concurrents se trouvent au milieu de la liste des pays corrompus (Transparency International), échelle de 10 (pas de corruption) à 1 (corruption maximale) à des niveaux assez proches de la Tunisie : le plus corrompu serait l’Inde (note 3.3), à faible distance de la Chine (3.5), et le moins corrompu serait le Brésil (3.7). Il faut noter que la Russie en 154<sup>ème</sup> position (2.1) est perçue comme presque aussi corrompue que l’Afrique subsaharienne.</p>
<p style="text-align: justify;">Quand et comment le Brésil, la Chine et l’Inde sont-ils devenus des concurrents redoutés des puissances occidentales ?</p>
<p style="text-align: justify;">Le critère de la  compétition pour nos concitoyens est l’arrivée dans nos foyers de produits fabriqués provenant de ces contrées lointaines et la délocalisation de nos activités, notamment industrielles, ou même la prise de contrôle de nos entreprises par des groupes inconnus. Cette « menace » ne doit pas être exagérée : les trois concurrents ne représentent qu’une faible part de notre commerce extérieur, nous continuons d’acheter et de vendre à proximité dans le marché commun, nos délocalisations se dirigent vers l’Europe centrale ou l’Amérique du Nord, nous fabriquons plus de voitures en Roumanie qu’au Brésil, nous vendons plus d’armes au Moyen Orient qu’en Chine. Dans l’avenir, nous pensons que les changements seront très rapides ; l’Europe et le monde arabe peuvent devenir durablement des régions stagnantes, nous devrons réorienter nos échanges vers les zones de croissance : précisément le cas du Brésil, de la Chine et de l’Inde.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>I-                   </strong><strong>AU BRÉSIL, UNE PUISSANCE AGRO-INDUSTRIELLE</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Au Brésil, la stabilité politique du dix-neuvième siècle, a permis d’asseoir la modernisation actuelle sur une longue transition, car l’industrialisation ne débute que dans les années 1930. En fait, suivant l’économiste-historien Angus Maddison, qui a évalué les performances à long terme du monde (1820-2000), le Brésil est le  pays qui a bénéficié de la croissance économique la plus forte, aux cotés des Etats-Unis, une expansion beaucoup plus rapide qu’en Russie ou même au Japon.</p>
<p style="text-align: justify;">Le Brésil n’a pas eu à supporter le coût des guerres et des révolutions, alors que beaucoup de grandes puissances ont subi de longues périodes de régression économique. 5 à 6% de croissance économique aujourd’hui assure une progression rapide du revenu par habitant, du niveau d’instruction et de santé des la population. L’expansion brésilienne repose sur deux moteurs : l’agriculture et l’industrie.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong> <a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/01/Map-1.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-4481" title="Map Brazil" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/01/Map-1.jpg" alt="" width="441" height="418" /></a></strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1. La puissance agricole.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La chance du Brésil depuis l’an 2000 a été l’augmentation des prix de toutes les matières premières agricoles et minérales.  À la différence des premiers chocs pétroliers, les cours des grands produits agricoles (blé, riz, maïs, soja), même tropicaux (café, sucre, cacao) ont accompagné la hausse du pétrole, du fait de la demande croissante de la Chine. Ainsi le Brésil est devenu en peu de temps l’un des principaux exportateurs agricoles.</p>
<p style="text-align: justify;">Les entreprises agricoles parviennent à des échelles de production que l’on ne peut retrouver qu’en Amérique du Nord. Le Brésil sur ce plan est incontestablement le potentiel agricole le plus dynamique. Pourquoi ?</p>
<p style="text-align: justify;">1- Le premier atout est la <em>progression continue des frontières agricoles</em>. Ce phénomène était au départ caractéristique du Sud-Est du Brésil, quand la culture du café s’est déplacée de la région de Baia vers l’Etat de São Paulo et le Paranà. Puis les zones de culture ont été étendues en direction du Nord-Est, avec le transfert de la capitale à Brasilia et la construction des routes transamazoniennes. La véritable extension de la mise en valeur agricole du « <em>cerrado</em> » dans le Goias et le Mato Grosso est récente : elle accompagne la production de maïs et de canne à sucre (distillation de l’éthanol) et la culture du soja. De vastes régions antérieurement consacrées à l’élevage extensif ont été défrichées et ensemencées. Ce sont d’immenses domaines, très mécanisés, où des centaines de machines agricoles et d’engins de travaux publics sont à l’œuvre, peu de main d’œuvre, des laboratoires de biotechnologies, des silos, des routes, des avions cargos. La farine, l’huile et les tourteaux de soja sont aujourd’hui inséparables des nouveaux modes de consommation des humains et surtout des animaux, non seulement les bovins, mais surtout les gallinacés. Le Brésil est devenu l’un des principaux producteurs et exportateur de poulets. Si la Chine devient son client privilégié, c’est également du fait que le soja et le poulet sont une composante essentielle du régime alimentaire des Chinois !</p>
<p style="text-align: justify;">2. Un deuxième atout est la <em>diversité des productions agricoles,</em> qui bénéficient de zones climatiques différentes : on cultive des vergers et la vigne (le vin blanc et même rouge) dans le Rio Grande du Sul ; les caféiers et cacaoyers, la canne à sucre, le coton, le tabac, le soja, les bananiers, les manguiers, l’igname et la patate douce en zone tropicale ou équatoriale. La forêt primaire et les nouvelles exploitations rationnelles du bassin de l’Amazone sont une richesse traditionnelle du Brésil (les Eucalyptus peuvent pousser cinq fois plus vite qu’en Chine ou en Inde) ; enfin le Brésil est un pays de pêche, doté d’un littoral très étendu et de grandes rivières poissonneuses, mais il semble que le développement de l’aquaculture soit embryonnaire (à la différence de l’Asie des moussons) … Le  Brésil occupe à l’exportation le premier ou deuxième rang pour la plupart de ces denrées : il les commercialise en Amérique du Nord et du Sud, en Europe et en Asie.</p>
<p style="text-align: justify;">3. Le dernier atout est bien sûr <em>la fertilité des sols</em> : elle fait mentir la conviction des grands géographes persuadés que les sols des zones tropicales et surtout équatoriales restaient peu fertiles, faute d’humus, de saisons, d’arbres à feuilles caduques. Il est vrai que le café et la canne à sucre épuisent les sols, que la destruction de la forêt et la culture sur brulis engendrent des déserts de latérite lessivés par les pluies tropicales. Cependant il n’y a pas un seul climat et uniquement des incendies et déforestations sauvages. Les nouveaux fermiers sont ouverts aux derniers progrès des assolements, des engrais et pesticides, et des OGM : les terroirs de soja n’ont pas été stérilisés par des faire-valoir imprudents.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2. La puissance industrielle.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Au Brésil, l’agriculture ne représente  plus que 6% du produit intérieur brut, comme en l’Europe, l’industrie représente encore 25% de la richesse globale, plus que chez nous, les services les trois quarts du PIB, comme chez nous &#8230; Cette importance des services ne doit pas surprendre, car la plupart des citadins sont des employés et prestataires de services, y compris les habitants des bidonvilles ! Et pourtant le Brésil est devenu depuis quelques décennies une grande puissance industrielle. Cette mutation s’explique par l’importance des ressources énergétiques, la place essentielle de la sidérurgie, des complexes chimiques, des industries mécaniques et de l’industrie automobile, l’importance de l’industrie aéronautique et des infrastructures de transport ou de travaux publics et surtout l’essor des activités de technologie avancée : électronique grand public, industrie pharmaceutique …</p>
<p style="text-align: justify;">Le Brésil est beaucoup moins vulnérable que ses concurrents pour l’énergie. Il était au moment des premiers chocs pétroliers (1973) très dépendant des importations de <strong><em>pétrole</em></strong>. Les dirigeants se sont alors lancés dans plusieurs directions, d’abord l’aménagement des grands barrages sur le fleuve Paranà qui leur offrit un excédent de production électrique, le développement des centrales nucléaires, des éoliennes et plaques photovoltaïques, la production et utilisation de l’éthanol comme carburant, et bien sur l’intensification de la prospection pétrolière. Cette dernière orientation a permis de trouver en <em>off-shore</em>, près de la côte de Rio et Santos, des gisements qui ont assuré son autonomie pétrolière.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>L’industrie automobile</em> brésilienne est surtout orientée vers le marché intérieur, elle produit de petites voitures adaptées aux embouteillages de ses villes, les carburants y sont chers au regard du pouvoir d’achat local. Le parc de 30 millions de véhicules est plus faible qu’en France, mais le marché potentiel est considérable : tous les Brésiliens voudraient une voiture ! La fragilité principale de cette industrie est la présence d’un trop grand nombre d’opérateurs, les principales firmes européennes, japonaises et américaines sont venues monter des voitures, sans atteindre les capacités minimales de production (5000 voitures par jour). Il faudrait réduire à 3 ou 4 entreprises le nombre d’opérateurs et de sites, de façon à pouvoir exporter davantage.</p>
<p style="text-align: justify;">L’industrie <em>aéronautique</em> <em>et spatiale</em> brésilienne est l’une des seules d’Amérique Latine, elle est ancienne et très puissante. Une coopération privilégiée s’est nouée avec la France, nos entreprises (EADS, Eurocopter, Ariane espace) et nos gouvernements ont fini par accepter des transferts majeurs de technologie. La fabrication d’avions de ligne est nourrie par l’accroissement du trafic aérien ; pour franchir 5000 à 10 000 kilomètres il n’y a que l’avion qui est rentable. Des milliers d’aéroports en dur relient les grandes villes, il faut y ajouter tous les petits aéroports aux pistes de latérite des plantations et des centres miniers. Par ailleurs, la fabrication d’hélicoptères de combat, de transport de gros matériels et de passagers est légitimisée par la difficulté d’accès aux régions enclavées. Beaucoup plus tard, la Chine et l’Inde sont entrés sur ce marché, mais le Brésil (et Israël) possède un bénéfice d’antériorité.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, source de conflit sur la protection des brevets, l’industrie pharmaceutique brésilienne se substitue progressivement aux importations.</p>
<p style="text-align: justify;" align="center"><strong>II- EN CHINE, UNE STRATÉGIE DE REMONTÉE DE GAMME</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La Chine est déjà la deuxième puissance économique mondiale et probablement le deuxième exportateur, ce qui était impensable il y a 30 ans. Le revenu par habitant est aujourd’hui proche de celui du Brésil (en parité de pouvoir d’achat) ; la pauvreté a diminué de moitié. Pendant longtemps la Chinea été considérée (à l’exception de la soie) comme une zone d’activité industrielle de bas de gamme, où l’on fabriquait des jouets et des « tee-shirts », des chaussures de mauvaise qualité ; on imitait ce qui était facile à recopier … Cette image est périmée, du fait que les Occidentaux ont sous-estimé la vitesse de la modernisation et les valeurs de la civilisation chinoise : la puissance de la solidarité familiale, l’attachement au travail et à l’épargne et surtout la soif d’instruction. L’instruction est la valeur suprême de la famille (les enfants peu nombreux doivent honorer leur famille par leurs résultats scolaires et universitaires). Faut-il rappeler que partout dans le monde les enfants chinois ont les meilleures performances dans les tests mathématiques et scientifiques. Ils partagent cet atout avec les Japonais, du fait que leur population est homogène, que l’enseignement et les examens sont impitoyables. L’uniforme des écoliers et lycéens, la persistance de la séparation des sexes, l’ordre qui règne dans les établissements découle d’une discipline rigoureuse. Quel contraste avec les écoles françaises ou les universités grecques !</p>
<p style="text-align: justify;">Trois mutations fondent la montée en puissance dela Chine : une expansion agricole sans précédent, le gigantisme des infrastructures, et la diversification des activités industrielles.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;" align="center"><a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/01/Map-2.jpg"><img class="aligncenter size-large wp-image-4482" title="Map China" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/01/Map-2-1024x983.jpg" alt="" width="502" height="482" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1. De la pénurie à l’abondance agro-alimentaire</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;">La Chine surpeuplée a été pendant longtemps une terre de famines, où la survie de la population paysanne était subordonnée aux bonnes récoltes et aux caprices de la nature : sécheresse, inondations et séismes … Jusqu’en 1950 les quatre cinquièmes de la population vivaient de l’agriculture. La rizière dans les régions de plaines a toujours été une culture intensive, susceptible de produire trois récoltes par an. Cependant cette production alimentaire augmentait moins vite que la population (la loi de Malthus) ! La collectivisation des terres et le « grand bond en avant » ont d’ailleurs abouti à l’une des plus grandes famines de l’histoire de la Chine.</p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd’hui la Chine est sortie du seuil de la famine, la production et les exportations agro-alimentaires ont augmenté dans les mêmes proportions qu’au Brésil. C’est la première puissance agricole mondiale. La moindre portion de terre arable est cultivée, d’abord en zone alluviale, puis dans les sites de collines et montagnes, où la rizière s’étage en terrasses, enfin et de plus en plus dans les serres, le toit des immeubles, la cour des bidonvilles ou le fond des barques et sampans … Les productions dominantes répondent à la demande de la population et à leur régime alimentaire : riz, blé, soja, sucre, thé, champignons, fruits et légumes, huile ; les protéines animales sont surtout fournies par les poissons, les insectes, le porc et le poulet. La Chine est souvent le premier producteur, exportateur et importateur mondial … Ce qui est le plus frappant c&#8217;est la capacité d’innovation ou d’imitation de ce pays qui a introduit plus vite et plus massivement les changements techniques induits par l’internationalisation des échanges agro-alimentaires. Nous en prendrons deux exemples : l’aquaculture et les fleurs, la Chine en est le premier producteur mondial.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>L’aquaculture</em> s’est diffusée au cours des trente dernières années ; rapidement ont vit surgir de nouveaux concurrents : la crevette, pour un temps dominée par l’Équateur, puis aujourd’hui par les élevages de la Thaïlande et surtout de la Chine. L’atout de la Chine repose sur les échelles de production, des exploitations de plusieurs milliers d’hectares ont surgi : elles approvisionnent plus d’un milliard de Chinois et une demande mondiale insatiable … La réussite la plus innovante a été l’élevage du poisson plat, beaucoup plus cher, le turbot et la sole. Il n’est pas étonnant que la hausse du niveau de vie en ville et à la campagne ait eu un effet sanitaire pervers, dans ce pays où les citadins mangent toute la journée : l’obésité a progressé beaucoup plus vite qu’en Occident !</p>
<p style="text-align: justify;">Le deuxième exemple moins connu est celui de la <em>culture des fleurs</em>, plus particulièrement celle des roses. Les roses que nous cultivons en plaine sont exploitées dans les zones intertropicales en altitude, par exemple dans les Andes ou le Yunnan. Là encore, nous découvrons des exploitations gigantesques, pourvues de laboratoires et de chercheurs, une infrastructure de transport aérien rapide, des marchés de gros bourrés d’ordinateurs. Les Français ont vu arriver les roses d’Équateur et les anglo-américains celles du Kenya, demain ils achèteront les roses de Chine ! Les Chinois en quelques années sont devenus les premiers producteurs de fleurs. Sur le marché de Shanghai et de Kunming au Yunnan, la demande de fleurs coupées (roses), de fleurs artificielles et d’orchidées provient des pays voisins (Japon) ou de l’Europe et de l’Amérique ; elle est encore marginale, ce qui compte est l’amour des Chinois pour les fleurs !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2. Le gigantisme des infrastructures.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong></strong>La Chine, comme le Brésil, est une région couverte de chantiers, de constructions nouvelles, d’échafaudages, de béton, de grues ; ces chantiers travaillent 24 heures sur 24, 365 jours par an … À Lyon depuis deux ans, la place Bellecour est en chantier, les grues sont en activité un jour sur trois pendant une heure …À Shanghaï, les travaux auraient pris une semaine ! Sur le Yang Tsé, le barrage des trois gorges est le plus grand du monde, il a été achevé beaucoup plus vite qu’Itaipu au Brésil, et fournit une source d’électricité bien précieuse dans ce pays pollué, où la plupart des centrales sont au charbon. L’énergie n’était pas le seul goulot d’étranglement, car il n’y avait pratiquement pas de routes asphaltées il y a une génération, les voyageurs et les marchandises ne circulaient qu’à très petite vitesse. Aujourd’hui, la Chine est sillonnée par des autoroutes, de nouvelles lignes de chemin de fer, jusqu’au Tibet, et même un TGV ! Tout est gigantesque, les ponts les plus audacieux et les plus longs, les immeubles les plus hauts, les aéroports les plus vastes …</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3. Diversification industrielle et primat de la science.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">On croit en Chine autant au progrès que jadis en Europe aux débuts de la révolution industrielle. La transformation industrielle exige au départ des matières premières, notamment minérales, dont le territoire est insuffisamment pourvu. Elle exploite au maximum ses réserves de charbon, mais doit importer son pétrole, qui n’est pas à la mesure de ses besoins. Dès lors la Chine importe massivement d’Afrique et d’Amérique latine ses minerais : fer, cuivre, bauxite, phosphates … La montée en puissance industrielle de la Chine rappelle celle du Japon il y a une génération : chaque année on peut enregistrer de nouveaux records, première banque mondiale (HSBC), premier producteur et exportateur d’automobiles … Les exportations industrielles sont prédominantes en direction des pays occidentaux et de l’Asie. En 1970 l’exportation ne représentait que 5% du PIB, aujourd’hui 27%. La production textile est toujours l’un des plus forts employeurs, mais c’est une industrie mécanisée et une industrie de capitaux.</p>
<p style="text-align: justify;">La <em>remontée de gamme</em> est caractéristique dans les industries <em>électriques et électroniques</em> ; d’abord les circuits intégrés et imprimés, puis ce furent les industries motrices de ses rivaux (Japon, Corée, Taiwan) : écrans plats, téléphones portables, ordinateurs, nanotechnologies, radars, matériel de radiologie, composants de l’industrie automobile, aéronautique et spatiale. En moins d’une décennie, l’industrie spatiale chinoise a équipé quatre bases de lancement, dont Jiuquan dans le désert de Gobi,  et atteint sa maturité en fabriquant ses lanceurs, ses satellites et même une capsule habitée …</p>
<p style="text-align: justify;">Le <em>primat de la science</em> fut une option jadis affirmée par le Japon : la <em>recherche scientifique</em> bénéficie d’une haute priorité dans les choix éducatifs et dans l’orientation des investissements : la Chine affecte désormais 3% de ses ressources à la recherche, plus que l’Europe, elle est le deuxième budget de recherche après les États-Unis. Or la Chine affecte 40% de ses ressources à l’investissement, les Chinois épargnent la moitié de leurs revenus : les sommes disponibles pour la recherche scientifique militaire et civile sont beaucoup plus importantes que chez nous. Ses Universités sont classées parmi les premières du monde : il en sort beaucoup plus de chercheurs, de chimistes, d’ingénieurs et de techniciens que chez nous ! C’est d’ailleurs une dimension que nous allons retrouver en Inde.</p>
<p style="text-align: justify;" align="center"><strong>III- EN INDE, LA COMPLÉMENTARITÉ DE L’INDUSTRIE ET DES SERVICES</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Un nombre restreint d’observateurs avaient constaté à la fin du siècle dernier que l’Inde s’était arrachée au seuil potentiel de la famine, quand la « révolution verte » et la sélection de nouvelles variétés de céréales (riz, blé, maïs) avaient permis d’accroître massivement les rendements des cultivateurs. L’Inde sortait au début des années quatre-vingt d’une longue période de stagnation et de croissance lente, puis décennie après décennie, le taux annuel de croissance économique s’accélère : 1,4% à l’époque de Nehru et l’Indira Gandhi, puis 3.7% ; 6% depuis l’an 2000 et 8% en 2010 ! Moins de 200 $ par habitant en 1960, cinq fois plus aujourd’hui, et même 2500 dollars en parité de pouvoir d’achat. Cependant le niveau de vie des Indiens reste beaucoup plus faible que celui des Brésiliens et des Chinois, les salaires en sont l’expression ; quelques centaines d’euros. Une autre différence avec la Chine est le fait que le « secteur informel » est prédominant : le travail familial n’est pas rémunéré, les enfants sont exploités comme aux débuts de la révolution industrielle jadis en Europe …</p>
<p style="text-align: justify;">Cette misère omniprésente a empêché beaucoup d’économistes et de sociologues de percevoir à temps, vers 1990 la montée en puissance de l’Inde. Dans les campagnes et les villages, la production agroalimentaire suivait l’augmentation des superficies irriguées : les engrais et pesticides, les cultures nouvelles (le maïs, le soja), les cultures industrielles (le coton, chanvre, lin, coprah, canne à sucre) et surtout le recours au progrès des sciences agricoles (hybridation, OGM, culture sous serres) ont multiplié les rendements et les revenus. L’agriculture occupe encore la  moitié de la main d’œuvre (comme en France en 1900) et 22% du PIB. Cependant les inégalités régionales sont aussi fortes qu’au Brésil, des différences de niveau de vie de 1 à 5 ; les régions pauvres sont peuplées de 50 à 100 millions d’habitants, ce qui explique que le tiers de la population vit encore sous la ligne de pauvreté. Bien que l’Inde soit aujourd’hui un important exportateur agricole (quatrième), ce n’est pas une puissance agricole comme le Brésil et la Chine. En revanche, l’Inde est devenue une grande puissance industrielle et une économie de services hautement qualifiés ; ce sont ses deux atouts, car les prix de revient y sont beaucoup plus faibles que chez ses concurrents. Les deux spécialisations sont étroitement complémentaires.</p>
<p style="text-align: center;"> <a href="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/01/Map-3.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-4483" title="Map India" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2012/01/Map-3.jpg" alt="" width="560" height="716" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1- Des capacités de production considérables dans l’industrie.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’Inde a constitué des pôles de croissance aux capacités de production gigantesques : sidérurgie, chimie, industrie pharmaceutique, électronique, aéronautique, armement, engrais, cimenteries, automobile, construction navale et bien sûr industrie textile … Certes il existe deux goulots d’étranglement, l’énergie et les transports.</p>
<p style="text-align: justify;">L’énergie est une fausse limite que nous apprécions en termes d’environnement et de pollution, car les ressources en charbon (comme en Chine) sont presque illimitées : l’Inde est déjà, et restera, l’un des pays les plus pollués de la planète, mais elle continuera à tirer son électricité de ses centrales thermiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Les transports sont le véritable goulot d’étranglement : bien que dotée de l’un des réseaux ferroviaires les plus denses et de quantité de routes, cette infrastructure est périmée ; les camions, comme les trains, progressent à une vitesse moyenne de 20 kilomètres à l’heure. Pour reprendre une expression de Gilbert Etienne, spécialiste de l’Inde, « La route fait le développement », les Brésiliens et Chinois l’ont bien compris : pour l’Inde il faudra attendre ! En dehors des sites industriels portuaires, les coûts et la durée des transports pèsent sur les prix de revient.</p>
<p style="text-align: justify;">L’industrie lourde a été privilégiée. Les capacités de production de la sidérurgie (Mittal, Tata), de l’industrie automobile (on vend aux Indiens des voitures « <em>Tata nano</em> » à 2000 dollars), de la construction navale et de la chimie sont très supérieures à celles de nos usines. Or ce sont précisément ces usines polluantes qui sont délocalisées vers l’Inde ou la Chine ! L’atout industriel indien méconnu est celui de l’industrie pharmaceutique qui approvisionne plus d’un milliard d’habitants et le marché mondial. L’atout bien connu est celui des industries électriques et électroniques et cette nouvelle « <em>Silicon Valley</em> » qu’est Bangalore, pourtant loin de la mer : on y fabrique à grande échelle cartes à puces, écrans plats, décodeurs, boitiers, téléphones portables, appareillages médicaux … Les ingénieurs informaticiens coûtent 50 à 75% mois cher qu’en Europe et en Amérique, nous cherchons à les débaucher … Ce complexe industriel est l’illustration parfaite de la complémentarité entre l’industrie et les services.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2- Spécialisation dans les services à fort contenu technique et scientifique.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les services contribuent en Inde à la moitié de la production. A côté des services traditionnels caractéristiques des villes du tiers monde (commerce, petits fonctionnaires, domesticité, tourisme), il existe en Inde un secteur avancé, celui que nous pensions être le seul atout de nos propres sociétés postindustrielles. Ce choix est d’autant plus surprenant que le tiers de la population est analphabète (alors que ce fléau a presque disparu en Chine et même au Brésil). Dans les régions les plus riches à Delhi ou Bombay et dans le Sud, les enfants sont scolarisés ; beaucoup seront envoyés à l’université, parfois à l’étranger. Ils sont anglophones à la différence des Brésiliens et Chinois, et formeront les bataillons d’ingénieurs et de techniciens des industries électriques et électroniques.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons ici souligné les atouts de trois pays, qui deviendront probablement les premières puissances économiques mondiales et dont le niveau de vie finira par se rapprocher de celui de l’Occident. On ne peut cependant ignorer leur dépendance à l’égard de l’exportation vers l’Europe et l’Amérique, dont la crise économique et financière risquerait de briser leur expansion. Une autre fragilité peut accompagner la rapidité de la pollution de l’environnement de ses trois régions et les répercussions climatiques qui peuvent en résulter. Le véritable danger serait l’émergence d’un impérialisme qui a souvent tenté les grandes puissances. L’initiative nord-américaine de créer une zone de libre-échange trans-pacifique reliant les Amériques à l’Asie peut également marginaliser l’Europe. Il ne faut pas oublier un quatrième concurrent: la Russie.</p>
<p style="text-align: center;" align="center">*   *</p>
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		<title>La ville : attraits et répulsions</title>
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		<pubDate>Tue, 25 Aug 2009 20:52:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>dclambert</dc:creator>
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<p>Amoureux depuis toujours des villes, je suis devenu un citadin désenchanté, toujours émerveillé par ce que j&#8217;aime dans la ville et dégoûté par ce que je n&#8217;aime pas. Cependant, la vie dans un petit village, un bourg où tout le monde se connaît de vue, ne me tente pas&#8230;</p>
<p>Je vais exprimer quelques propos non-conformistes, un peu misanthropiques et idéologiquement peu corrects, qui expriment cependant, je le crois, l&#8217;opinion d&#8217;une majorité silencieuse. Nos grandes villes secrètent un attrait subtil, qui continue d&#8217;attirer la grande majorité de la population dans le monde, surtout en Europe. Pourquoi ? Pour ma part, je vais vous proposer d&#8217;identifier ce que j&#8217;aime dans ce mode de vie. Mais dans le même temps, la ville suscite des allergies et répulsions. Aussi je vais également vous exposer ce que je n&#8217;y aime pas.</p>
<p> </p>
<p><strong>Ce que j&#8217;aime.</strong></p>
<p>La ville que j&#8217;aime est une grande agglomération vivante et animée : elle existe depuis très longtemps et juxtapose toutes les étapes de son histoire. Cet attrait est une particularité du mode de vie citadin de l&#8217;Europe où l&#8217;origine des villes remonte à plusieurs siècles, voire millénaires. Dans le « nouveau monde », les plus grandes villes datent de la conquête coloniale ou de l&#8217;ère industrielle et la plupart des citadins vivent dans des villes nouvelles. La moitié des habitants de notre planète vivent en ville, dans une génération ils seront une écrasante majorité. La plupart d&#8217;entre eux vivront dans des villes ou plus souvent des banlieues nouvelles.</p>
<p>Résider en ville m&#8217;apporte sept charmes complémentaires : son passé, ses bruits, ses odeurs, ses touristes, ses foules, ses marchés et ses badauds.</p>
<p> </p>
<p><strong>1.</strong> <strong>Le passé.</strong> Il est constitué par la superposition de tous les styles architecturaux de son histoire. Comment ne pas admirer la qualité et la beauté de ces monuments qui tranchent avec la laideur des constructions modernes ? Les constructions à caractère religieux sont le legs des civilisations les plus anciennes : temples, monastères ou églises bâties sur des collines, comme l&#8217;Acropole à Athènes, la Cathédrale de Saragosse, la basilique de Vézelay ou les chapelets d&#8217;églises de l&#8217;Ombrie et de la Toscane. Les constructions civiles ont été édifiées à la gloire des souverains et grands seigneurs. Elles furent construites à l&#8217;abri des remparts, autour d&#8217;un château, au Moyen-âge, sans pour autant donner naissance à de véritables villes. Elles se sont toutefois agglomérées dans les centres les plus anciens : Forum à Rome, Parlement à Londres ou Louvre à Paris. Cependant, le charme des grandes capitales mondiales est plus encore issu du réaménagement de la ville au fur et à mesure de son expansion. Les ponts du Moyen-âge, l&#8217;unité de construction des berges des fleuves le long de l&#8217;Arno, de la Saône ou de la Seine, les quartiers anciens aux rues étroites, les grandes places, les hôtels particuliers ou les frontons colorés des villes hanséatiques suscitent pour tout visiteur le désir de vivre dans ces quartiers. Au cours des deux derniers siècles, les nouveaux aménagements urbains, inspirés par le souci de percer de grandes artères de circulation, ont été accompagnés malheureusement par une détérioration croissante de la beauté des immeubles&#8230;</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>2. Les bruits</strong> constituent pour beaucoup d&#8217;habitants une nuisance de la ville. À l&#8217;opposé, il me semble que les bruits si divers de la ville en sont un attrait. La circulation motorisée est le principal accusé : d&#8217;aucuns rêvent d&#8217;habiter en banlieue ou dans un village isolé. Ils oublient la proximité de l&#8217;aéroport, l&#8217;accélération des mobylettes non bridées, le passage du tracteur ou l&#8217;aboiement des chiens. Le bruit de la circulation automobile est plus élevé que celui des fiacres il y a 100 ans du fait que les véhicules sont plus nombreux. Pourtant, j&#8217;aime ce concert de klaxons, de pare-chocs et d&#8217;invectives que Gershwin avait harmonieusement exprimé dans « Un Américain à Paris ». L&#8217;autre bruit est celui de la foule en mouvement : ces milliers de conversations dans toutes les langues qui suscitent notre curiosité de piéton. Cet attrait a décliné avec la généralisation du téléphone mobile. Jadis un individu qui parlait sans relâche à haute voix dans la rue autorisait un diagnostic de paranoïa, voire de schizophrénie et d&#8217;égarement mental. Aujourd&#8217;hui nous côtoyions devant et derrière nous des individus saisis par une intarissable logorrhée, leurs propos semblent d&#8217;adresser à nous alors qu&#8217;ils bavardent avec un autre&#8230; Pour bien apprécier les bruits de la ville, il suffit de traverser une ville morte, par exemple une ville nouvelle quand les habitants sont partis travailler ailleurs : pas un chat, pas un bruit.</p>
<p> </p>
<p><strong>3.</strong> <strong>Les odeurs.</strong> Voilà encore un charme de la ville ; chaque ville à son odeur : les yeux fermés on reconnaîtrait Paris, Lyon, Londres, Amsterdam. L&#8217;odeur la plus séduisante est celle du métro, un mélange d&#8217;odeurs humaines, de parfums à bon marché, de relents alcooliques, de papier journal, de vieux cigares et d&#8217;atmosphère surchauffée. Combien de nostalgiques la regrettent : le randonneur respirant les effluves du lisier de la porcherie, le pêcheur rassemblant ses caisses de poissons ou l&#8217;explorateur perdu au fond du désert ! L&#8217;odeur du quartier est spécifique : le quartier bourgeois aseptisé, le quartier des Ministères qui sent le cuir des CRS, le quartier chinois, arabe ou juif, le quartier des artisans ou celui des marchands de fripes. À Venise, tous les sept ponts, on franchit un nouveau secteur, un « sestiere », une grande place, où brusquement surgissent de nouveaux effluves, de nouveaux habitants, de nouvelles églises, un vieux ghetto, une implantation de réparateurs de gondoles ou de réparateurs de violons. Tous ces vestiges du passé ne sont-ils que des traces laissées pour attirer les touristes ? Alors, parlons-en, les touristes, si vous n&#8217;en voulez pas, allez habiter à Benghazi, Constantine ou Pyong Yang !</p>
<p> </p>
<p><strong>4.</strong> <strong>Les touristes</strong> sont une source toujours renouvelée d&#8217;observations pour les résidents des villes. Le touriste de l&#8217;intérieur vient de toutes nos provinces, rarement individuel et plus souvent groupé. Sans aller jusqu&#8217;à Marseille ou Toulouse, nous entendons chanter l&#8217;accent du « midi », nous devinons les lyonnais et les parisiens chers à Pagnol ou les « Ch&#8217;timi » et Alsaciens. Ils se dirigent tous vers la vieille ville à la recherche de son histoire. Depuis quelques décennies, le tourisme de l&#8217;intérieur est composé de personnes âgées, ce qui découle du vieillissement de la population et cependant exprime l&#8217;amélioration de leur état de santé. En effet, la troupe surtout féminine qui suit le pas de course du guide est formée en partie d&#8217;éclopés ; ils suivent un « parcours de santé » épuisant. Je suis curieux de les observer : ils interrogent sans cesse le guide en rectifiant leur leçon, pour leur montrer qu&#8217;ils connaissent encore mieux l&#8217;histoire de la ville. Cependant, ma préférence va aux touristes étrangers, je devine sans le comprendre le récit du guide exprimé en Chinois, Japonais ou Hongrois. Je les observe : au début les touristes étaient plutôt âgés car les voyages coûtent cher, depuis quelque temps on aperçoit de jeunes couples et même des enfants. Certains viennent de l&#8217;univers de la pénurie communiste, ils veulent voir des supermarchés et se précipitent chez Mac Donald&#8217;s : l&#8217;abondance de nos sociétés les fascine autant que notre histoire. Malheureusement pour eux, les parcours sont si minutés qu&#8217;ils ont fort peu de chances de s&#8217;arrêter à une terrasse de café ou dans un petit « bouchon », et, comme dans tous les voyages organisés, ils finiront la journée entre compatriotes dans une brasserie sans âme. La présence des touristes étrangers est source de nostalgie pour tous ceux qui ont beaucoup voyagé et accumulé des souvenirs des contrées d&#8217;où ils proviennent. Celui qui vit reclus dans la campagne berrichonne finit par oublier que le monde extérieur existe.</p>
<p> </p>
<p><strong>5.</strong> <strong>Les foules</strong> sont l&#8217;attraction principale de nos grandes villes. Et pourtant en Europe ce sont de petites foules, même à Paris, Milan ou Barcelone. Il faut avoir déambulé à Shanghai, São Paulo, Bombay ou simplement New York pour deviner ce qu&#8217;est une vraie foule humaine : des centaines de milliers de passants pressés qui ne vous regardent même pas. Et pourtant les individus ne sont pas interchangeables, il y a toujours une personne qui sort de l&#8217;uniformité, qu&#8217;elle soit laide ou belle. Nos foules sont encore de dimension raisonnable sur les grands boulevards à Paris ou la Via Veneto à Rome. Cependant, lors des grandes fêtes, commémorations ou manifestations, la foule peut acquérir des dimensions asiatiques : des millions de personnes agglutinées perdent leur individualité et sont parcourues de mouvements incontrôlables. On peut alors avoir peur de la foule. Ce sont là des circonstances exceptionnelles, la foule issue des migrations alternantes de travail ou de loisirs est une foule pacifique. Ce qui est dangereux dans les villes ce sont les espaces découverts, les grandes places vides ou les quartiers désertés la nuit. Il serait très aventureux de traverser à pied Manhattan à trois heures du matin !</p>
<p> </p>
<p><strong>6.</strong> <strong>Les marchés</strong> sont une particularité du mode de vie méditerranéen et peut-être une survivance du passé. Certes chaque petit village français a son marché, mais une fois par semaine ou par mois. Dans la grande ville, chaque quartier à ses marchés, le plus souvent tous les jours, y compris le Dimanche. Les marchés de Provence, de Perpignan à Nice, ont un attrait particulier, autant par la diversité des marchandises proposées, que par la couleur du ciel et surtout l&#8217;extraversion des marchands, qui vous interpellent et acceptent le marchandage. Comment peut-on visiter une grande ville sans explorer ses marchés ? Le marché est une motivation pour s&#8217;installer dans un quartier, il apporte l&#8217;assurance d&#8217;un approvisionnement facile, sans voiture, avec des vendeurs que l&#8217;on connaît à la différence du supermarché. Manger des produits frais, légumes, fruits, ou poissons vaut mieux qu&#8217;absorber des produits congelés et des plats préparés. Même à la campagne on ne mange plus de produits frais en allant à la ferme chercher son beurre et ses poulets, on les achète au supermarché. Allons plus loin, le citadin peut se passer de voiture et marcher à pied, à la campagne c&#8217;est impossible car il faut une voiture !</p>
<p> </p>
<p><strong>7.</strong> <strong>Les badauds.</strong> Ne pas regarder l&#8217;heure à sa montre est un luxe que l&#8217;on peut s&#8217;offrir en pêchant à la ligne sur les bords de la Tamise, en regardant les coupoles de Rome du haut des collines de l&#8217;Aventin, ou tout simplement en errant sans but dans la grande ville ; il suffit d&#8217;observer. Je suis un badaud et n&#8217;hésite pas à m&#8217;arrêter en présence d&#8217;un attroupement, d&#8217;un orateur monté sur une caisse à Hyde Park, d&#8217;un camelot proposant des ouvre-boites ou d&#8217;un fakir couché sur une planche à clous. L&#8217;accident de circulation et l&#8217;échange d&#8217;invectives entre les conducteurs, puis l&#8217;arrivée de la maréchaussée et la verbalisation sont des spectacles passionnants. Il est vrai que dans les pays latins les confrontations sont parfois violentes, mais on ne se trouve pas au Mexique où il arrive que le conducteur sorte son revolver et tue son adversaire&#8230; D&#8217;autres incidents méritent la prudence, par exemple la livraison d&#8217;argent par un fourgon blindé à une succursale de banque : mieux vaut changer de trottoir ! Pour mieux observer la diversité des spectacles de la rue, après avoir longtemps marché, il faut se poser à une terrasse de café, où l&#8217;on peut observer avec plus de précision ses voisins et les passants en gros plan, sans le mouvement de la foule toujours fugitif.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><strong>Ce que je n&#8217;aime pas.</strong></p>
<p>De nombreux aspects de la vie citadine sont déplaisants et même répulsifs. Nous aimerions tous pouvoir les corriger. Faire confiance à nos élus est une parfaite utopie, car les nuisances de la ville sont souvent les conséquences de décisions municipales. Tout ce que nous n&#8217;aimons pas dans la détérioration de l&#8217;environnement urbain est le résultat des choix des municipalités et malheureusement du pouvoir central.</p>
<p>Ce que je n&#8217;aime pas est formé par sept plaies : les chiens, les bicyclettes, les tramways, les graffitis, les ordures, les vagabonds et les manifestations. C&#8217;est faux me direz-vous : ce sont les citadins eux-mêmes qui achètent un chien par ce qu&#8217;ils sont seuls, puis une bicyclette pour se déplacer, ils réclament des tramways, font de plus en plus d&#8217;ordures, ils adorent les graffitis, forme de l&#8217;art moderne, le vagabond est l&#8217;expression de la liberté, les manifestations sont l&#8217;expression des opprimés&#8230; Ne tranchons pas, mais constatons que ces nuisances sont encouragées par les pouvoirs publics et désagrègent les attraits de la ville.</p>
<p> </p>
<p><strong>1.</strong> <strong>Les chiens.</strong> Nous sommes conscients que la France est dans le monde l&#8217;un des pays ou prolifère la plus forte population canine : huit millions de chiens, qui vivent presque tous en ville. En Italie, en Espagne, en Russie ou en Amérique, je n&#8217;ai pas vu de chiens en ville. Il est vrai que 8 Français sur 10 vivent en ville, la moitié en banlieue et la moitié au centre-ville. Ce que nous contestons est non seulement la présence des chiens au centre des grandes villes, mais leur présence dans les grands ensembles collectifs sis à la périphérie. Un chien d&#8217;appartement est une absurdité, la compagnie des humains nous semble plus légitime. De tous les animaux c&#8217;est celui qui présente le plus d&#8217;inconvénients : il est sale et pue, bruyant, source de maladies transmissibles, dangereux et il coûte très cher. Le chien est un animal sale : avec le cochon et le singe, le chien mange ses excréments et lèche l&#8217;urine. Il sent très mauvais, surtout quand il pleut. Cet animal, comme le singe ou le verrat, est un obsédé sexuel en rut ou en chaleur qui se précipite sur ses semblables. Le chien, souvent acheté pour les petits enfants, bave et lèche les enfants et les adultes, or il est porteur de nombreuses maladies transmissibles, souvent mortelles. Le chien est toujours dangereux, pas seulement le chien de combat, mais le Labrador, cher aux Chefs de l&#8217;État, et le chien-loup qui n&#8217;a pas oublié ses ancêtres. Il mord les petits enfants, les vieilles dames, les voisins, les passants, il les défigure et souvent les tue. Enfin, le chien fait du bruit, à la chaîne dans sa niche ou sur le canapé de l&#8217;appartement, pendant les 10 heures d&#8217;absence de ses maîtres. Les voisins existent, ils doivent supporter des aboiements incessants. Le chien coûte très cher en nourriture, en soins de vétérinaire, en pension de vacances, voire même en cimetière. En période de récession et de chômage, c&#8217;est un absurde gaspillage. La nuisance urbaine la plus évidente découle des déjections du chien, urine et excréments ; elles ornent nos trottoirs, surtout en zone piétonne. Les municipalités ont tenté en vain d&#8217;utiliser des machines compliquées qui ne parviennent pas à désincruster les excréments. L&#8217;urine n&#8217;est pas moins nocive : la sortie du chien à potron-minet incite le propriétaire à attendre le choix du chien : il flaire toutes les souillures de ses prédécesseurs, puis vise le pare-chocs de la plus belle voiture, la nouvelle bordure de pétunias ou l&#8217;arbre déjà agonisant de l&#8217;avenue&#8230;</p>
<p>Des solutions, il en existe : faute de rétablir l&#8217;impôt sur les chiens, il suffit comme en Suisse et en Suède de verbaliser tout individu qui ne ramasse pas l&#8217;excrément, ne tient pas l&#8217;animal en laisse et muselière, le fait pisser hors du caniveau &#8230; l&#8217;amende est de 100 euros par infraction et il n&#8217;y a plus de crotte sur la chaussée. La solution radicale est chinoise, expérimentée d&#8217;abord sous Mao par l&#8217;extermination de tous les chiens de Pékin, elle vient d&#8217;être remise en vigueur toujours à Pékin, dans ce pays où l&#8217;on mange les chiens (d&#8217;élevage). À la suite d&#8217;une épidémie de rage, les décisions ont été radicales : ramassage et extermination de tous les chiens domestiques et interdiction de la vente de viande de chien !</p>
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<p><strong>2.</strong> <strong>Les bicyclettes.</strong> Les trottoirs sont faits pour les piétons, le code de la route doit s&#8217;imposer à tous les usagers, les voies de circulation sont destinées aux automobiles, taxis et autobus. Il faut interdire l&#8217;usage en ville des deux roues et à plus forte raison celui des motocyclettes et « gros cubes ». C&#8217;est une mesure de salubrité publique : les Japonais vendent dans le monde 80% des grosses motos, mais en interdisent l&#8217;usage chez eux ! Depuis quelques décennies en France tout a changé. Les trottoirs ont rétréci et sont empruntés à contresens par les bicyclettes, les voies de circulation sont réduites à une voie étroite pour faire passer les pistes cyclables et les tramways et les cyclistes préfèrent s&#8217;insinuer entre les voitures ; ils n&#8217;observent aucune règle de conduite. Il y a sur les voies cyclables autant de mobylettes que de cycles, s&#8217;y ajoutent souvent les motocyclettes et les rollers. Les piétons sont les victimes de ces nouvelles voies. La bicyclette à la belle époque était un amusement, une originalité d&#8217;excentrique ; elle fut une nécessité dans la Chine de la pénurie quand il n&#8217;y avait pas d&#8217;automobiles, elle est aujourd&#8217;hui en Occident une parfaite absurdité. Nous ne sommes pas à Paris ou Londres comme les Hollandais à La Haye : une mégalopole ne peut pas revenir 100 ans en arrière. Interdire l&#8217;automobile en centre-ville, comme à Londres, ne fera pas de Paris le paradis du « vélib&#8217; ». Les très grandes villes ont peu d&#8217;enfants et beaucoup de vieillards, la très grande majorité des habitants continuera de parcourir de longues distances en métro ou en autobus, ils ne feront pas 10 ou 20 kilomètres sur une bicyclette instable ou une planche à roulettes au milieu des autobus. La bicyclette est devenue la principale nuisance de la circulation en ville. Comme toujours, les municipalités vivent sur l&#8217;utopie de la gratuité, elles ont imaginé de fournir pour une somme dérisoire des bicyclettes à la population. C&#8217;est très coûteux, les bicyclettes sont vite cassées ou simplement volées pour être revendues en Europe centrale.</p>
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<p><strong>3.</strong> <strong>Les tramways.</strong> En Europe, les grandes villes s&#8217;étaient équipées de tramways à l&#8217;époque où il n&#8217;y avait pas d&#8217;automobiles ; ce moyen de transport très bruyant fut abandonné au lendemain de la seconde guerre mondiale, en constatant que les autobus puis trolleybus assuraient un débit plus important. Puis, après la chute du mur de Berlin, nos édiles municipaux sont partis visiter Moscou et les villes d&#8217;Europe centrale. Ils ont découvert des avenues très larges au centre desquelles naviguaient des tramways et ont pensé que serait merveilleux chez nous. Ils oubliaient que les seules automobiles appartenaient aux membres du parti unique, les automobiles privées sont arrivées plus tard. Le tramway s&#8217;est alors installé chez nous au cœur des campagnes municipales, surtout en France. Bientôt toutes les villes moyennes ont eu leur tramway ! Le tramway a toujours été une nuisance pour les résidents de la ville. Bien souvent, il ne fait que doubler les lignes de métro et d&#8217;autobus, sans apporter de solution pour joindre un quartier périphérique à un autre. Ces véhicules sont moins bruyants qu&#8217;avant guerre, mais ils sont condamnés par leurs rails à un itinéraire fixe et ne peuvent pas comme un autobus changer de parcours. Nous vivons dans une ville qui fut l&#8217;une des premières à adopter le tramway. Un gaspillage absolu, les deux lignes suivent le même trajet que le métro, beaucoup plus rapide et commode. Une solution aux embouteillages ? Tout le contraire : les itinéraires de sortie de la ville sont devenus minuscules, la voie est occupée par un tramway vide ; la traversée des ponts est devenue presque impossible. Une solution sans danger ? Quand la ligne tourne, on donne la priorité au transport commun dans les carrefours ; ils circulent à contresens et les automobiles sont frappées de plein fouet. Enfin et surtout, les piétons sont les victimes désignées de ces bolides. Bien sûr, les tramways sont en grève un jour sur deux !</p>
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<p><strong>4.</strong> <strong>Les graffitis.</strong> Le graffiti est une forme d&#8217; « art premier », adorée par les Maires et les Ministres de la culture (institution qui n&#8217;existe qu&#8217;en France). On sait bien que les élus municipaux n&#8217;habitent pas dans le quartier qu&#8217;ils gèrent, ils ne prennent pas les transports en commun et sont transportés par une voiture avec chauffeur. Leur univers est celui d&#8217;un bureau ; ils ne voient pas ce qui est beau ou laid dans leur ville. Leurs interlocuteurs sont les milliers de représentants des associations par eux financés, notamment les soi-disant artistes qui polluent la ville. Le graffiti est un art de latrines, né dans les casernes et les pissotières, il ne faut pas le confondre avec le dessin ou la peinture. Ce qui est inacceptable est que les fonctionnaires représentant les pouvoirs publics renoncent à protéger la propriété publique et privée. On prétend inscrire telle ou telle ville au patrimoine de l&#8217;humanité et tolère tous les actes de vandalisme : le bâtiment le plus célèbre de la ville, l&#8217;église romane, le pont romain, l&#8217;ensemble du quartier de la renaissance, à peine ravalés, sont aussitôt couverts de graffitis, les statues sont taillées au burin&#8230; Heureusement, il existe encore un patrimoine privé en France, le rôle des pouvoirs publics est également de le protéger, ce n&#8217;est pas ce qui se passe. Les bandes de voyous qui hantent la ville pendant la nuit couvrent de dessins enfantins, mais indélébiles les murs des plus beaux hôtels particuliers, les auteurs ne sont ni arrêtés ni condamnés ! On ne peut s&#8217;empêcher d&#8217;incriminer une double responsabilité : celle des pouvoirs publics qui ont privilégié l&#8217;art « moderne », y compris la bande dessinée, au détriment de l&#8217;art tout court, et celle des écoles élémentaires et secondaires où l&#8217;initiation des enfants s&#8217;est inspirée de ces mêmes modèles. La solution existe (le Maire Giuliani à New York) : contraindre les « jeunes » des bandes à effacer leurs graffitis et leurs ordures. Alors, les résidents retrouvent l&#8217;amour de leur quartier et de leur ville.</p>
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<p><strong>5. Les ordures.</strong> La France est sale : le sol est jonché de détritus, de chewing-gums, et même de crachats, ce qui est récent. Quelle mine d&#8217;emplois pourrait être dégagée ! En Chine, des milliers de balayeurs nettoient les grandes places et les grandes artères, le jet de détritus est puni pas de lourdes amendes. Peut-être pensez-vous que ces tâches dégradantes ne doivent être accomplies que par des employés municipaux, toujours en grève, et qu&#8217;ils ne conviennent pas aux « jeunes » de nos cités périphériques en situation de guerre civile larvée. Nous ne le pensons pas, car le travail, n&#8217;importe lequel, est leur seul moyen d&#8217;arracher des jeunes qui n&#8217;ont pas de qualification à l&#8217;oisiveté et à la délinquance. Par suite de l&#8217;hypertrophie des fonctionnaires et de l&#8217;inefficacité des emplois aidés, nous pensons que la propreté de la voirie, le ramassage, le traitement des ordures et la sécurité des voies publiques devraient être concédés à des sociétés privées. La ville de Lyon a accompli un remodelage des abords des voies sur berge le long du Rhône, l&#8217;ensemble a été confié à une société privée spécialisée dans la gestion de l&#8217;environnement. Les « jeunes » préposés à ces tâches ont des contrats privés : ils assurent la propreté quotidienne de ce parcours, la sécurité est assurée par vidéosurveillance, les graffitis peu nombreux sont effacés dans l&#8217;heure, les marginaux et clochards ont disparu. Les quais sont en permanence parcourus par des familles avec enfants, des couples âgés et des joggers, les voies cyclables sont bien séparées, les surfeurs de planche à roulettes ont un aménagement pour eux. En plus, l&#8217;ensemble est beau et contribue à la réhabilitation du panorama du fleuve.</p>
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<p><strong>6. Les vagabonds</strong>. La prolifération des vagabonds en France est un phénomène bien antérieur à la remontée du chômage et à la récession. La population des clochards dans les grandes villes n&#8217;est pas un phénomène nouveau : depuis ma plus tendre enfance, j&#8217;ai aperçu au coin des rues des clochards qui étaient toujours les mêmes. Aujourd&#8217;hui c&#8217;est différent, les vagabonds sont beaucoup plus nombreux ; ils se succèdent beaucoup plus vite et sont plus jeunes. La libre circulation des personnes en Europe et le nomadisme apportent une première explication. Au début de l&#8217;été, il suffit d&#8217;observer l&#8217;arrivée des trains dans les gares. De nombreux jeunes, sac à dos et chien tenu par une ficelle, arrivent deux par deux ou en groupe serré, ils viennent de partout, de l&#8217;Europe du Nord, puis de l&#8217;Europe centrale et des Balkans. Le nomadisme le plus marqué des celui des gitans de l&#8217;Europe de l&#8217;Est, particulièrement de Roumanie ; ils arrivent en camping-car et se regroupent à la périphérie des villes. Parfois l&#8217;afflux est si massif qu&#8217;il provoque des incidents xénophobes et des troubles politiques, par exemple à Rome. Les enfants et surtout les femmes de ces groupes nomades sont exploités : le matin on voit les hommes déposer de jeunes femmes allaitantes, offrant à l&#8217;Occident un spectacle dégradant, qui avait disparu depuis le moyen âge. D&#8217;autres vont adopter des poses de suppliants agenouillés, souvent des garçons fort capables de travailler, parfois même ce sont des Albanaises voilées berçant un nouveau né, le plus souvent drogué. Tous font appel à l&#8217;aumône, ce qu&#8217;ils appellent la « manche ». Mais le plus surprenant ce sont les nomades de l&#8217;Europe du Nord, filles et garçon, dont la chevelure crépue et volumineuse (dite « rasta ») ne parvient pas à masquer la prolifération d&#8217;anneaux ornant leur visage. Quand il fait chaud, ils se dévêtent un peu plus, ce qui permet de discerner leurs tatouages. La plupart de ces nouveaux vagabonds sont entourés de chiens, ils vivent sous les ponts ou dans les chantiers. Cependant quand ils envahissent le centre ville, ils sont facilement agressifs et exigent du passant l&#8217;aumône qui leur est due. Souvent alcooliques et drogués, beaucoup de ces nomades finiront leur existence clochards. Le regard des étrangers est souvent plus lucide que le notre, par exemple les nord-américains, qui ont beaucoup de marginaux chez eux, sont toujours surpris de découvrir autant de mendiants chez nous, alors qu&#8217;ils en voient rarement en Espagne ou en Italie et même au Maroc. L&#8217;explication est simple : les vagabonds en France sont très rarement interpellés par la police, c&#8217;est pourquoi ils sont si nombreux à venir chez nous !</p>
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<p><strong>7.</strong> <strong>Les manifestations.</strong> Je n&#8217;aime pas les manifestations et l&#8217;occupation de ma ville par tous ces militants coude à coude portant des drapeaux rouge ou noir et hurlant dans des mégaphones. Il faut dire qu&#8217;en France je suis servi. Pas une semaine sans assister à l&#8217;arrivée des militants : des femmes, beaucoup de femmes, souvent encombrées de petits enfants qui seront trimballés pendant des heures, sous la pluie ou sous un soleil de plomb. Les rues sont barrées, interdit de traverser le cortège. Ce qui est nouveau depuis le début du siècle est la prolifération des drapeaux noirs avec une tête de mort. On pouvait croire que l&#8217;anarchie était un mouvement agonisant depuis un siècle, c&#8217;est certainement faux. Cette résurgence révolutionnaire explique les caractéristiques de plus en plus violentes des manifestations et l&#8217;emprise des idéologies anticapitalistes et altermondialistes. Jadis les destructions étaient limitées au moment de la dissolution des cortèges et à l&#8217;apparition des bandes de casseurs et de pilleurs de la banlieue. Aujourd&#8217;hui, comme on le vit à Londres puis à Strasbourg lors de deux réunions internationales, le but des manifestants est de tout casser, de détruire le plus possible. Protéger les chefs d&#8217;État est élémentaire, la sécurité est aisée à assurer. En revanche, renvoyer les policiers dans leurs casernes et laisser la ville aux émeutiers n&#8217;est pas acceptable. Je ne puis accepter que l&#8217;on saccage la Cathédrale, la Sorbonne ou que l&#8217;on occupe le Parlement. C&#8217;est ainsi que finissent les démocraties : les coups d&#8217;État commencent par le contrôle de l&#8217;aéroport, la prise du palais présidentiel et surtout l&#8217;occupation de la télévision. Bien sur, Strasbourg n&#8217;est pas Paris ! On ne doit pas sous-estimer le risque de pénétration dans les rangs anarchistes de mouvements terroristes internationaux. Or la police est vite inactivée, elle n&#8217;ose plus employer des armes à feu (d&#8217;ailleurs, les policiers seraient aussitôt arrêtés et jugés). Sur un autre territoire, la Guadeloupe, en proie à une guerre civile larvée, nous avons vu nos policiers et soldats ridiculisés face aux émeutiers. Conclusion : en situation de crise, il faudra tôt ou tard recourir à l&#8217;état de siège, au couvre-feu et à l&#8217;intervention de l&#8217;armée.</p>
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<p>Entre l&#8217;enfer et le paradis se trouve le purgatoire où tout n&#8217;est pas parfait. Je suis cependant persuadé que la ville est plus proche du paradis que du purgatoire, en tout cas ce n&#8217;est pas l&#8217;enfer, du moins chez nous.</p>

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		<title>Le « melting pot » nord-américain et l’assimilation des étrangers</title>
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		<pubDate>Wed, 17 Jun 2009 20:39:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>dclambert</dc:creator>
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<p>Le peuplement des Amériques avant leur découverte par Christophe Colomb reste de nos jours une estimation très imprécise, longtemps surévaluée (Chaunu) ; elle est aujourd&#8217;hui ramenée à une fourchette de 20 à 40 millions d&#8217;habitants (Biraben). L&#8217;Amérique du Nord était pratiquement vide et la population amérindienne se répartissait entre l&#8217;empire aztèque et l&#8217;empire inca. Or ce peuplement autochtone a diminué de moitié dans les décennies qui suivent la conquête. En assemblant moins de 1 % de la population mondiale, le continent américain était vide. En revanche, la population de l&#8217;Europe, estimée à 60 millions d&#8217;habitants en 1500, rassemblait 15 % des habitants de la planète, elle culminera vers 1900 à 24 %, puis régressera aujourd&#8217;hui à 11 %, puis7% en 2050. Près de 60 % des terriens vivaient en Asie, comme de nos jours. À cette époque, la population indigène des tribus indiennes du Brésil est estimée à un million d&#8217;habitants, celle du Canada, des Montagnes Rocheuses, des Grandes Plaines et de la côte Est était probablement un peu plus nombreuse (les hypothèses varient entre 1 et 2 millions d&#8217;habitants). Les Indiens américains sont aujourd&#8217;hui estimés à 4 millions. Or on sait que la conquête ibérique fut suivie d&#8217;une hécatombe des populations indigènes, principalement du fait de la contamination bactérienne et des épidémies de variole. La population du Mexique diminua des deux tiers en quelques décennies. La déflation démographique fut particulièrement sévère dans les régions intertropicales.</p>
<p>Pendant plus d&#8217;un siècle après la conquête, le repeuplement des Amériques a été très lent, les pays d&#8217;exode d&#8217;Europe &#8211; péninsule ibérique et Angleterre &#8211; avaient au seizième siècle de faibles populations. La population précolombienne et bientôt africaine (traite des noirs) restait prédominante, bien sûr au Brésil, au Pérou et au Mexique. Il en allait de même pour l&#8217;Amérique du Nord. Aux États-Unis, la population des colons anglais n&#8217;excédait pas 350 individus en 1550, 4000 en 1630, 250 000 en 1700 ! Les immigrants européens occupaient alors une frange des zones littorales et alluviales de la côte atlantique, le Mississippi était encore très éloigné. L&#8217;accroissement démographique rapide des îles britanniques favorisa l&#8217;afflux des immigrants vers le Nouveau Monde et les États-Unis devinrent au dix-huitième siècle la première colonie de peuplement.</p>
<p> Les États-Unis, peuplés aujourd&#8217;hui de 306 millions d&#8217;habitants, sont encore composés de 73 % de blancs européens. Cette estimation semblera surprenante, alors que l&#8217;afflux du monde entier a concerné des émigrants de toutes les races, parlant des milliers de langues différentes et pratiquant toutes les religions des cinq continents. Le peuplement européen majoritaire est transitoire ; dans une génération, il deviendra minoritaire. Au XIX<sup>e </sup>siècle et jusqu&#8217;en 1920, l&#8217;essentiel de l&#8217;immigration venait de l&#8217;Angleterre et de l&#8217;Europe. Or les courants d&#8217;immigration actuels proviennent surtout du tiers-monde. Dès lors, la société américaine devient plus que jamais multi-culturelle, multi-confessionnelle et multi-ethnique. Notre objet est de mettre en lumière la permanence du creuset des races, le « <em>melting pot</em> » américain, et de montrer pourquoi ces peuples si différents finissent par s&#8217;intégrer et s&#8217;assimiler plus complètement en Amérique du Nord qu&#8217;en Europe, notamment en France.</p>
<p>Dans cette perspective nous retiendrons trois stades : 1. La dimension démographique : c&#8217;est la continuité de l&#8217;immigration qui explique le dynamisme démographique de l&#8217;Amérique du Nord ; 2. La dimension sociologique : l&#8217;intégration nationale des étrangers se fonde sur la diffusion de valeurs nationales communes ; 3. La dimension politique : l&#8217;immigration et la formation d&#8217;une société multiculturelle divisent l&#8217;opinion publique.</p>
<p> </p>
<p><strong>I- LA CONTINUITÉ DE L&#8217;IMMIGRATION SOUTIENT LE DYNAMISME DÉMOGRAPHIQUE</strong></p>
<p>Dans la longue période, la vitalité démographique des États-Unis a été le fondement de sa puissance. Ainsi par exemple, sa population va rapidement excéder celle de son voisin le Mexique, le contraste est encore plus marqué au regard de la deuxième puissance mondiale qu&#8217;est le Japon, dont la population commence à décliner.</p>
<p><strong>L&#8217;accroissement de la population des États-Unis, du Japon et du Mexique </strong><strong>(Millions d&#8217;habitants 1500-2050)</strong></p>
<p style="TEXT-ALIGN: center"><img class="alignnone size-full wp-image-2786" title="slide1" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2009/06/slide1.jpg" alt="slide1" width="530" height="355" /></p>
<p>* prévisions 2025-2050 ONU</p>
<p> </p>
<p>L&#8217;afflux vers les États-Unis ne s&#8217;est jamais interrompu, il persistera longtemps. Pourquoi ces apports migratoires ont-ils préservé la vitalité démographique ? La croissance de la population des États-Unis a été depuis leur fondation (1776) beaucoup plus rapide que celle des peuples européens en raison de l&#8217;afflux massif et continu des immigrants. La nouvelle Angleterre aurait attiré bien davantage d&#8217;Européens, si elle avait préparé l&#8217;occupation de toute l&#8217;Amérique du Nord. En effet, après la guerre d&#8217;indépendance, une deuxième guerre (1812-1815) a opposé la Fédération à l&#8217;Angleterre ; cette guerre avait pour objectif de délivrer les Canadiens anglais et français du système colonial anglais. Ces nouvelles colonies libres seraient devenues des États américains. La faute politique du Président Madison fut de ne pas avoir conduit à son terme la guerre contre les Anglais du Canada, alors que Napoléon achevait la retraite de Russie en 1812. Les Anglais n&#8217;étaient plus en mesure d&#8217;intervenir massivement en Amérique. Le Canada serait devenu américain et les États-Unis, maîtres du détroit de Behring, disposeraient d&#8217;un atout majeur, face aux Russes, pour mettre en valeur le Pôle Nord.</p>
<p>La révolution démographique qui s&#8217;étend en Europe à partir de 1750, notamment en Angleterre, explique la progression rapide du courant d&#8217;émigration vers les Amériques. La progression du peuplement fut trois fois plus rapide qu&#8217;en Europe, où la fécondité commençait à décliner, par exemple en France. La sur-fécondité américaine provient des familles très nombreuses des nouveaux arrivants et plus encore du grand nombre d&#8217;enfants des familles créoles, nés sur le sol américain. Chacune des vagues d&#8217;immigration de l&#8217;histoire américaine devait créer des tensions, car les étrangers ne furent pas toujours bien venus. Cependant, leur assimilation finit par triompher, il est vrai souvent à la deuxième ou troisième génération. Quatre vagues se sont superposé : les Noirs, l&#8217;Europe du Nord, l&#8217;Europe latine et slave, puis les hispaniques et asiatiques.</p>
<p> </p>
<p><span style="text-decoration: underline;">1° La traite des noirs et l&#8217;esclavage</span></p>
<p>L&#8217;Amérique du Nord est restée longtemps un territoire vide, non seulement les « arpents de neige » du Canada, mais les territoires des plaines centrales et la plus grande partie du nord-est de la côte atlantique. Le territoire actuel des États-Unis était alors possédé par d&#8217;autres puissances étrangères, la vice-royauté de la nouvelle Espagne (Mexique), les Français, Hollandais, Suédois&#8230; Les Français étaient installés au Canada, le long du Mississipi et en Louisiane, les Espagnols en Floride, dans le grand Ouest et la côte du Pacifique, les Hollandais tentaient périodiquement de fonder des colonies. Quand le peuplement entame sa progression, on ne parvient pas à dissocier clairement entre une stratégie de colonie de peuplement ou de colonie d&#8217;exploitation. Certes, les Pères pèlerins fondateurs et les Quakers du Massachussetts ne pouvaient guère cultiver du tabac ou de la canne à sucre, cependant beaucoup de terres furent affermées à de grandes compagnies commerciales, exploitant les fourrures, le bois, les poissons. En revanche, les colons de Virginie et des Carolines se sont rapidement tournés vers les grandes cultures d&#8217;exportation en ayant recours à la main d&#8217;œuvre servile des noirs africains</p>
<p>Le premier apport massif (575 000 individus) a été celui qui résultait de la traite des noirs (jusqu&#8217;en 1807) et de l&#8217;esclavage (jusqu&#8217;en 1865), les esclaves noirs étaient plus nombreux que les Européens, surtout dans les colonies d&#8217;exploitation. Cependant, le nombre d&#8217;esclaves noirs venant d&#8217;Afrique a été beaucoup moins important que dans les Antilles et 10 fois moins élevé qu&#8217;au Brésil. Le destin des États-Unis aurait pu se calquer sur celui du Brésil aux alentours de 1750 : deux continents géants peuplés à peine d&#8217;un million d&#8217;habitants, dont 70 % d&#8217;Indiens et surtout de noirs, et une poignée d&#8217;immigrants blancs ! Faute de main d&#8217;œuvre, les esclaves noirs pouvaient fournir la solution, mais la colonie serait devenue une nouvelle Afrique ! Lors du premier recensement en 1790, on avait estimé que les esclaves noirs formaient encore 20 % de la population, mais les Indiens n&#8217;étaient pas décomptés. Certes la population des esclaves a contribué à l&#8217;accroissement de la population, d&#8217;autant plus que les grands propriétaires, une fois la traite négrière fermée, espéraient que les enfants nés dans la plantation leur apporteraient la main d&#8217;œuvre voulue. Entre 1790 et 1860, la population noire a sextuplé, passant de 750 000 à 4,4 millions ce qui atteste sa fécondité, puis elle a décuplé pour atteindre 41 millions en 2006. Et pourtant, c&#8217;est en fait l&#8217;accroissement des immigrants européens et leur fécondité, un taux de natalité de 55°/°° (comparable à celui du Nigeria actuel), qui a nourri l&#8217;expansion démographique : leur population augmente d&#8217;un tiers tous les 10 ans, elle progresse d&#8217;un effectif de 4 millions à 31 millions d&#8217;individus en 1860.</p>
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<p><span style="text-decoration: underline;">2° L&#8217;assimilation des Anglais et des peuples du nord</span></p>
<p>L&#8217;Angleterre était au milieu du dix-huitième siècle faiblement peuplée, elle avait retrouvé lentement son niveau de peuplement d&#8217;avant la peste noire. Les guerres, la pauvreté et les épidémies avaient suscité une longue stagnation démographique, la population oscillait entre 5 et 6 millions d&#8217;habitants. Or de 1740 à 1900 la population de l&#8217;Angleterre a sextuplé. Les États-Unis ont alors reçu le plus vaste courant d&#8217;émigration du dix-neuvième siècle : ils ont reçu 60 millions d&#8217;émigrés en 150 ans, leur population atteindra 92 millions d&#8217;habitants en 1910. Les émigrés ont contribué au tiers de l&#8217;accroissement de la population américaine : au début du siècle dernier, la moitié de la population était d&#8217;origine étrangère. Le plus surprenant est le fait que les immigrants étaient à 80 % originaires de l&#8217;Europe du Nord, mais en fin de période quand chaque année un million de nouveaux venus arrivaient, ceux-là étaient à 80 % originaires de l&#8217;Europe du Sud et de l&#8217;Europe centrale.</p>
<p>Les premiers immigrants étaient des exilés politiques qui fuyaient l&#8217;intolérance religieuse des souverains anglais (Stuarts ou Tudors), voire la dictature (Cromwell). Ils étaient peu nombreux. Une migration économique leur succède. L&#8217;Angleterre fut la mère de la révolution agricole et de la révolution industrielle. Cependant, l&#8217;accroissement très rapide de la population finit par créer un exode massif vers les colonies, en particulier vers l&#8217;Amérique, à partir du moment où l&#8217;indépendance et la forme de gouvernement de la Fédération garantissaient leur liberté.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: center"><img class="size-full wp-image-2787 aligncenter" title="slide2" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2009/06/slide2.jpg" alt="slide2" width="310" height="320" /></p>
<p>L&#8217;assimilation se produisit sans conflit ethnique majeur : les Anglais parlaient la langue-mère, ils étaient protestants, plutôt luthériens et calvinistes, membres de communautés soudées, souvent isolées et sectaires (Mormons, Quakers, Baptistes). La société coloniale anglaise parvint progressivement à s&#8217;émanciper de la métropole, en participant à l&#8217;élection des gouverneurs et à la démocratie locale. Pour reprendre la formule d&#8217;André Kaspi (<em>Les Américains, tome I, Seuil 1986</em>), « ils prenaient l&#8217;habitude de se gouverner seuls », bien avant la révolte contre la métropole. Le mode de vie des colons, pour la plupart désireux d&#8217;acquérir des terres dans une contrée peu peuplée, les incitaient à avoir beaucoup plus d&#8217;enfants que dans leur pays d&#8217;origine. Les familles dotées de 5 à 6 enfants étaient la norme. Les Suédois et les premiers exilés du monde germanique étaient également protestants et très prolifiques. En revanche, l&#8217;Irlande, dont la moitié de la population s&#8217;exile vers l&#8217;Amérique, était également formée de familles nombreuses, mais elle était catholique, ce qui créait des tensions.</p>
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<p><span style="text-decoration: underline;">3° L&#8217;autre Europe</span></p>
<p>Un nouveau courant d&#8217;émigration se forme au milieu du dix-neuvième siècle dans le monde germanique, latin et slave. Ces régions furent soumises à une très forte pression démographique, leur éveil économique a été retardé et partiel et les régions d&#8217;exode n&#8217;étaient pas les plus modernisées. Les sectes protestantes souvent persécutées et les Juifs des Ghettos accouraient vers la terre de la liberté. À la différence des colons de Virginie, les émigrés arrivent avec femme, enfants et grands-parents, leur fécondité est très élevée. Les Allemands hésitaient peu à s&#8217;aventurer vers l&#8217;Ouest, leurs colonies de peuplement ont longtemps préservé leur culture et leur langue. L&#8217;émigration polonaise et russe est plus tardive, les émigrés ne connaissent que leur langue maternelle, ils observent d&#8217;autres religions chrétiennes, catholiques ou orthodoxes. Leur tentation est souvent de rester dans les villes de la côte atlantique, rassemblés dans leur quartier. Cependant, le flux d&#8217;émigrants le plus important est celui qui s&#8217;est formé en Italie après la conquête de l&#8217;Ouest. Les Italiens, souvent venus des zones rurales du sud, sont rarement redevenus paysans, beaucoup sont restés à New York. Comme le souligne André Siegfried en 1929 (<em>A. Siegfried, Les États-Unis d&#8217;Aujourd&#8217;hui, Colin 1929</em>), la vague d&#8217;immigration des années 1880-1914 (22 millions d&#8217;immigrants) est encore européenne, mais l&#8217;Italie, l&#8217;Autriche-Hongrie et la Russie en fournissent la majorité.</p>
<p>Les mesures de limitation de l&#8217;immigration ont débuté dans les États qui recevaient le plus d&#8217;immigrants, ceux-ci fixaient des quotas proportionnels à la répartition des nationalités d&#8217;origine, quand l&#8217;Europe du Nord prédominait. Elles avaient été adoptées sur la côte pacifique pour freiner l&#8217;entrée des Japonais et Chinois, avant l&#8217;afflux des immigrants latins et slaves. L&#8217;ancienne Amérique devient plus réticente à cet afflux. Les autorités redoutaient les anarchistes ou terroristes (les Irlandais du Sin Fein) et la formation de « cinquièmes colonnes » ! Le retournement de la conjoncture en 1929 et les années de la grande dépression auront pour contrepartie une diminution de 90 % de l&#8217;immigration. La Californie adopta un programme de refoulement des Mexicains, il est vrai que la situation agricole était catastrophique. Les lois fédérales sur l&#8217;immigration de 1921 et 1924 fixèrent un quota équivalent à 3 % puis 2 % du nombre de nationaux établis aux États-Unis. La référence était leur poids démographique en 1920, puis elle fut ramenée à 1890. La loi d&#8217;immigration de 1929 relève encore les barrières, elle fixe un quota global de 150 000 émigrés officiels. Le gouvernement voulait arrêter l&#8217;exode des Mexicains et des Italiens. L&#8217;afflux des immigrants fut 10 fois plus faible dans les années 1930.</p>
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<p><span style="text-decoration: underline;">4° L&#8217;immigration d&#8217;aujourd&#8217;hui : hispaniques et asiatiques</span></p>
<p>Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les migrations internationales ont doublé tous les 25 ans. Elles concernent 200 millions de personnes chaque année et se déroulent pour l&#8217;essentiel à l&#8217;intérieur de chaque grande zone géographique : l&#8217;Asie, L&#8217;Europe, les Amériques et surtout l&#8217;Afrique. Cependant, le flux des migrations transcontinentales est dominé par un courant de migration du Sud vers le Nord, du Tiers Monde vers le monde industrialisé. Or les deux régions concernées par ces grandes migrations sont à égalité l&#8217;Europe et l&#8217;Amérique du Nord. L&#8217;Europe accueille surtout une migration transméditerranéenne d&#8217;Afrique du Nord et du Proche Orient et une migration d&#8217;Asie. L&#8217;Amérique du Nord accueille surtout une migration du Mexique et des Caraïbes et une migration asiatique.</p>
<p>La prédominance des hispaniques dans la composition des flux migratoires s&#8217;explique par la proximité et par l&#8217;ancienneté de leur implantation à l&#8217;ouest des États-Unis, car les nouveaux entrants bénéficient du réseau familial de solidarité et d&#8217;assimilation des résidents qui les ont précédés. L&#8217;implantation la plus ancienne est celle des Mexicains : ils sont aujourd&#8217;hui plus de 40 millions, souvent majoritaires dans leurs nouvelles terres d&#8217;élection, en Californie, au Nouveau Mexique ou au Texas. Chaque année, ils arrivent plus nombreux et leur fécondité est supérieure à celle des immigrants européens de vieille souche. Les Mexicains ne sont pas les seuls hispanophones, à deux pas de la Floride les îles surpeuplées de la Caraïbe affluent : un million de Cubains ont fui le régime politique, les Haïtiens fuient la misère, les Jamaïcains et Portoricains profitent de leur bilinguisme. Enfin l&#8217;Amérique Centrale, la Colombie et les pays andins ont renforcé la place des hispanophones. Les « latinos » se considèrent et sont considérés comme des « blancs », cependant de nombreux caribéens (Haïtiens, Dominicains, Jamaïcains) sont « noirs ». La moitié de l&#8217;immigration légale provient d&#8217;Amérique latine, surtout du Mexique ; il faut y ajouter l&#8217;incidence de l&#8217;immigration clandestine, notamment celle du Mexique.</p>
<p>L&#8217;immigration asiatique contribue au quart des entrées. L&#8217;immigration chinoise, la plus importante, est désormais bienvenue, elle relève suivant la typologie de Maxime Tandonnet (<em>Géopolitique des migrations, Ellipses 2006</em>) de l&#8217;immigration choisie, comme au Canada et en Australie. L&#8217;objectif est d&#8217;attirer sous contrat les travailleurs les plus qualifiés : beaucoup ne resteront pas en Amérique et retourneront chez eux (chercheurs de Formose, de Corée ou de Chine) fonder des entreprises de haute technologie. L&#8217;émigration asiatique comporte cependant trois composantes : ceux qui viennent rejoindre leurs compatriotes pour compléter le regroupement familial ou villageois, souvent paysans ou commerçants, notamment Les Chinois et Philippins ; les réfugiés politiques de l&#8217;Indochine ; et les élites relevant de dispositifs hors quota, en particulier les scientifiques et ingénieurs (Chine, Corée, Inde). Comme l&#8217;immigration choisie, appliquée surtout à l&#8217;Asie et à l&#8217;Europe centrale, n&#8217;affecte qu&#8217;une fraction des entrées, la plupart des immigrants relèvent du regroupement familial et de l&#8217;asile politique. Cependant, les conséquences sur l&#8217;immigration de travail sont considérables, l&#8217;Europe, surtout en France, recrute des travailleurs sans qualification, alors que les États-Unis absorbent 80 % des émigrants hautement qualifiés. Le classement des Universités et des laboratoires exprime un écart scientifique croissant au bénéfice des pôles scientifiques américains et asiatiques, du fait que les Asiatiques publient en anglais. À la différence des Mexicains, les Chinois ont peu d&#8217;enfants et ne contribuent pas à la vitalité démographique, en plus ils vivent très longtemps&#8230;</p>
<p>L&#8217;immigration nouvelle soutient la vitalité démographique de l&#8217;Amérique : elle lui garantit une population active croissante et une natalité vigoureuse. En contrepartie, la diversité des races, des valeurs culturelles et des religions est de plus en plus grande. Pourquoi l&#8217;intégration, certes incomplète, de ces apports étrangers persiste-t-elle, sinon par la diffusion de valeurs nationales communes ?</p>
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<p><strong>II- LA DIFFUSION DE VALEURS NATIONALES COMMUNES</strong></p>
<p>Devenir résident en sollicitant une carte verte ou citoyen en prêtant serment, n&#8217;est pas équivalent à une acquisition de nationalité du fait de la naissance (jus soli) ou d&#8217;un mariage blanc. C&#8217;est un acte de foi, un honneur, une incroyable chance&#8230;</p>
<p>Quatre piliers assurent le mécanisme de l&#8217;intégration : la Bible, La Constitution, la Patrie et la Réussite.</p>
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<p><span style="text-decoration: underline;">1° La Bible et la religion</span></p>
<p>Rien de changé depuis une génération, malgré le brassage culturel de la nouvelle immigration. Quatre Américains sur cinq sont chrétiens, moins de 15 % sont agnostiques. Les habitants de ce pays croient en Dieu ou vénèrent un Prophète&#8230; 44 Présidents se sont succédé, dont 17 francs-maçons, mais tous religieux et monothéistes ! Même quand ils sont de confession différente, les Américains sont prêts à jurer sur la Bible, ils vont au temple ou à la messe (Chicanos, Italiens, Irlandais ou Cubains), baptisent leurs enfants et consacrent beaucoup d&#8217;argent aux œuvres charitables. Les prêtres et les pasteurs évangélistes ont un rôle essentiel dans la vie politique, même la course à la Présidence. Au recensement ou pour avoir un passeport, il ne suffit pas de déclarer sa race et la date de naissance de sa grand-mère, il faut déclarer sa religion. Être athée en Amérique est une tare honteuse. Bien sûr, les valeurs culturelles du catholique, juif, protestant et musulman ne sont pas les mêmes. Cependant, ils se réfèrent au Livre, ils connaissent les 10 commandements et l&#8217;histoire religieuse.<strong></strong></p>
<p>Vivre en conformité avec sa foi et pouvoir pratiquer sa religion a été la motivation de millions d&#8217;immigrants qui durent prendre le chemin de l&#8217;exil pourchassés par leurs dirigeants. Or les deux derniers siècles ont connu une succession de Révolutions et de Dictatures, qui ne toléraient d&#8217;autre foi que l&#8217;adhésion à leur idéologie. D&#8217;autres ont fui l&#8217;oppression de régimes théocratiques (Iran) qui imposaient à tous une religion d&#8217;État. La liberté religieuse a beaucoup contribué aux choix des exilés.</p>
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<p><span style="text-decoration: underline;">2° La Constitution</span></p>
<p>Ce document (7 articles et 27 amendements) que le candidat à la naturalisation doit apprendre avec ses amendements, voir quelques attendus des grands arrêts de la Cour Suprême est beaucoup moins long que la norme de nos constitutions. Le fait qu&#8217;il ne soit pas nécessaire de la remanier constamment rassure le nouvel Américain : au moins, c&#8217;est une garantie de stabilité. Or que fuient-ils en quittant leur pays ? L&#8217;instabilité. On part vers le dernier refuge, le gouvernement qui ne sera jamais renversé par une révolution. Un Argentin, Chinois, Iranien ou Russe qui émigre définitivement aux États-Unis sait parfaitement que le système politique démocratique des États-Unis est structurellement stable, alors que son pays d&#8217;origine peut connaître encore une succession de coups d&#8217;État. Au début du siècle, Werner Sombart avait publié un essai qui reste toujours d&#8217;actualité : Pourquoi l&#8217;Amérique n&#8217;est pas socialiste (<em>Why is there no socialism in the United States, Sharpe 1906/1976</em>) ? Les immigrants ont trouvé des terres qu&#8217;ils ne pouvaient pas acquérir ailleurs, des salaires plus élevés qu&#8217;en Europe et la possibilité de s&#8217;enrichir. Sombart expliquait que grâce à la Constitution américaine, le bipartisme permettrait toujours à une alternance de se produire, sans détruire le capitalisme et sans que les compromis du multipartisme et la lutte des classes puissent ouvrir la voie à l&#8217;anarchie et à la révolution.</p>
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<p><span style="text-decoration: underline;">3° La patrie</span></p>
<p>Le message de Barack Obama « <em>America first</em> » exprime à la fois la tentation du repli isolationniste hors du chaos du monde extérieur et la fierté d&#8217;être Américain, maîtres du monde. Les Américains sont patriotes : que l&#8217;armée soit victorieuse ou vaincue, on serre les coudes et les vétérans sont toujours honorés. Jamais l&#8217;armée américaine n&#8217;a perdu autant d&#8217;hommes que pendant la seconde guerre mondiale, ils ont cependant gagné et sauvé l&#8217;Europe. La guerre du Vietnam fut un échec et un sujet de divisions, mais ceux qui revenaient étaient traités en héros. Voilà une figure qui a disparu en Europe occidentale, le soldat n&#8217;est plus un héros, mais un mercenaire ! On comprend que les immigrants qui n&#8217;ont plus de patrie soient pressés de s&#8217;identifier au héros de l&#8217;Amérique. Cette cohésion unitaire surprend les Européens ; la Défense est de toute évidence la compétence fédérale, donc nationale. L&#8217;incontestable échec de la deuxième guerre d&#8217;Irak et la profonde incertitude de l&#8217;engagement en Afghanistan n&#8217;ont pas ébranlé la confiance des Américains en leur gouvernement. La crise économique est leur première préoccupation.</p>
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<p><span style="text-decoration: underline;">4° La réussite individuelle</span></p>
<p>Le fameux rêve américain « American Dream » n&#8217;est certainement pas la sécurité sociale, mais l&#8217;espérance de réussir et même de faire fortune. Réussir c&#8217;est accepter de travailler, n&#8217;importe quel travail, accepter la règle de la sélection et prouver ses capacités&#8230; Encore faut-il que l&#8217;on puisse travailler même sans papier, ce qui a toujours été possible : dans ce pays, les fonctionnaires ne bloquent pas le tiers des emplois, le recrutement certes temporaire et le licenciement très facile sont des procédures rapides. À la différence de l&#8217;Europe, la réussite professionnelle n&#8217;est pas dictée par les diplômes, mais par les résultats, que l&#8217;on soit professeur, garagiste ou fermier. Il est vrai que pour la majorité des nouveaux venus la réussite professionnelle est étalonnée par l&#8217;argent, le salaire ou le profit. Chez nous la réussite est mesurée par le diplôme, la carrière et les décorations&#8230; Cependant, la plupart des familles pauvres y sont parvenues à la deuxième ou troisième génération. Tout dépendait de leur intégration linguistique et culturelle.</p>
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<p><strong>III- LES TENSIONS D&#8217;UNE SOCIÉTÉ MULTICULTURELLE</strong></p>
<p>Peu de pays dans le monde sont ethniquement et culturellement homogènes, à part la Chine et le Japon où les minorités ethniques ne forment que 2 à 4 % de la population. Il existe malheureusement une corrélation entre la prévalence de la violence et l&#8217;ampleur de la diversité ethnique, culturelle et religieuse, ce qui peut être observé en Inde, en Afrique, dans les Balkans ou au Moyen Orient. La criminalité reste beaucoup plus élevée en Amérique qu&#8217;en Europe, mais elle a décliné de moitié depuis l&#8217;an 2000. Dans un avenir proche, les minorités ethniques deviendront majoritaires, cette concurrence inquiète les descendants des immigrés anglo-saxons. Dès lors, l&#8217;immigration devient progressivement un problème politique.</p>
<p>Un sociologue et économiste américain, lui-même noir, Thomas Sowell (<em>Ethnic America, traduction française : l&#8217;âge de l&#8217;Homme Lausanne, 1983</em>), a consacré sa vie de chercheur à l&#8217;étude des migrations dans le monde et aux États-Unis en particulier. L&#8217;analyse des différents courants migratoires des deux derniers siècles, le conduit à constater que tous les étrangers non anglais venus en Amérique ont fait l&#8217;objet de rejet. Or les difficultés d&#8217;intégration n&#8217;ont pas été les mêmes pour toutes les nationalités. Quatre enjeux se superposent : le problème noir, la prédominance des hispaniques, la concurrence des Asiatiques et l&#8217;émergence des métis.</p>
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<p><span style="text-decoration: underline;">1° Le problème noir : un demi-échec</span></p>
<p>L&#8217;intégration des noirs à la société américaine est le principal échec de la politique d&#8217;assimilation. Les afro-américains forment une minorité ethnique et culturelle importante et croissante, car leur fécondité est trois fois plus élevée que celle des blancs anglo-saxons. Longtemps après la fin de l&#8217;esclavage, la discrimination qui laissait les noirs à l&#8217;écart de l&#8217;éducation et des emplois a contribué à l&#8217;échec de la politique d&#8217;intégration. Dans les États confédérés du Sud, les noirs étaient soumis à un véritable apartheid. Pour faire preuve d&#8217;une ascendance blanche, il fallait prouver qu&#8217;à travers 4 générations, aucun des 16 ascendants n&#8217;était noir. Or, bien après la guerre de Sécession, ces mêmes États du Sud observaient une discrimination encore plus rigoureuse et appliquant des lois (<em>Jim Crow Laws</em>) qualifiées de « <em>not a single drop</em> » : le postulant à une charge devait certifier qu&#8217;il n&#8217;avait pas une goutte de sang noir. On sait que, depuis les dispositions en faveur des droits civiques de l&#8217;administration Kennedy et Johnson, les noirs américains ont bénéficié de dispositions de discrimination positive, imposant aux écoles et aux universités des quotas d&#8217;admission en faveur des noirs. Ces mesures ont beaucoup contribué à la promotion sociale et financière des afro-américains. Et pourtant, malgré les exceptions notables, jusqu&#8217;à la dernière élection présidentielle (<em>Barack Obama, De la race en Amérique, Grasset 2008</em>), le succès de la politique de discrimination positive reste contesté. La majorité des Américains estiment que Barack Obama est Noir, la majorité des Français pensent qu&#8217;il est métis, ce qui montre l&#8217;enracinement de l&#8217;attitude « <em>no drop</em> » en Amérique !</p>
<p>Thomas Sowell estime que la discrimination positive a desservi les noirs, en les enracinant dans une attitude de protégés et d&#8217;assistés. Il rappelle que bien des immigrants ont été chassés de leur pays par la répression, à commencer par les Juifs, qui ont été dans l&#8217;histoire américaine les étrangers qui ont le mieux réussi en acceptant n&#8217;importe quel travail, puis en remontant les échelles des classes sociales. Cet exemple se retrouve ans la diaspora chinoise. Les réussites les plus nettes de l&#8217;assimilation des étrangers concernent, paradoxe, les populations qui ont été pourchassées et non celles qui ont été favorisées. Elles n&#8217;ont pas bénéficié de mesures de discrimination positive, d&#8217;ailleurs elles ne demandent pas à en bénéficier. Le véritable vecteur d&#8217;intégration est bien sur l&#8217;éducation et la maîtrise de l&#8217;Anglais, c&#8217;est le seul moyen pour partager les valeurs communes de la Fédération. En témoigne le rejet périodique en Californie des référendums tendant à légitimer des écoles délivrant un enseignement en langue espagnole, les Mexicanos « <em>chicanos</em> » ont rejeté ces propositions, étant conscient du fait que la maîtrise de l&#8217;Anglais était la condition de l&#8217;intégration de leurs enfants !</p>
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<p><span style="text-decoration: underline;">2° Prédominance et intégration des Hispaniques</span></p>
<p>Les Hispaniques y compris les émigrés des Caraïbes et de l&#8217;Amérique latine sont désormais plus nombreux que les noirs. Leur vitalité démographique contraste avec la fécondité décroissante des blancs anglo-saxons sur la côte atlantique.</p>
<p><strong>États-Unis : pourcentage des minorités ethniques résidentes dans la population.</strong></p>
<p style="TEXT-ALIGN: center"><img class="alignnone size-full wp-image-2788" title="slide3" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2009/06/slide3.jpg" alt="slide3" width="565" height="184" /></p>
<p style="TEXT-ALIGN: center">Source : J.C. Chesnay, Ined juin 1998.</p>
<p>Les descendants d&#8217;Européens anglais de la Nouvelle Angleterre ont un indice de fécondité insuffisant pour assurer leur taux de remplacement. En revanche les familles hispaniques, surtout d&#8217;origine mexicaine, ont un indice de fécondité trois fois plus élevé. Comme le souligne Gérard François Dumont (<em>États-Unis, La montée des Hispaniques, Population et Avenir, mai 2006</em>), les Hispaniques contribuent deux fois plus aux naissances que leur poids démographique, ils contribuent à la moitié de la croissance démographique. Dans une génération, les descendants de familles hispaniques seront majoritaires sur la côte pacifique et les États du sud jusqu&#8217;au Texas ; l&#8217;Espagnol et la religion catholique renforceront les racines latines de l&#8217;Amérique. Le plus important est la facilité d&#8217;assimilation des Hispaniques, ils ne conservent pas longtemps les handicaps d&#8217;éducation des Afro-américains.</p>
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<p><span style="text-decoration: underline;">3° La concurrence des Asiatiques</span></p>
<p>L&#8217;émigration asiatique provient en partie de régions où la transition démographique est achevée. Au Japon et en Chine, l&#8217;indice de fécondité est inférieur au taux de remplacement. L&#8217;émigration provenant de l&#8217;Asie du sud concerne des régions où la fécondité reste forte : Indochine, péninsule indienne ou Iles de la Sonde. Dans l&#8217;ensemble, les immigrants de deuxième ou troisième génération ont une fécondité limitée, qui s&#8217;aligne sur les normes des familles européennes. Ce qui est important est la faculté d&#8217;adaptation et d&#8217;assimilation des familles asiatiques. Sowell, en retraçant l&#8217;histoire des immigrants japonais et chinois, a mis en lumière les trois traits caractéristiques de cette adaptation : l&#8217;éducation, le travail et l&#8217;épargne. Trois valeurs qui sont fondamentales en Amérique. La famille est prête à tout pour payer les études de ses enfants, l&#8217;immigrant est disposé à travailler sans limites jusqu&#8217;à l&#8217;extrême vieillesse, enfin l&#8217;épargne : toujours mettre de l&#8217;argent de côté. Le critère de la réussite sociale, si précieux en Amérique, étant l&#8217;argent, on remarque que le revenu moyen des Asiatiques, comme celui des Juifs, est au terme de trois générations très supérieur à la moyenne nationale.</p>
<p> </p>
<p><span style="text-decoration: underline;">4° L&#8217;émergence des métis</span></p>
<p>À la différence du Brésil, où 53 % de la population est blanche, 43 % métisse et 6 % noire, les États-Unis sont une société multiethnique et non métisse, où le mariage est à 95 % endogame. Les Afro-américains se marient entre eux, d&#8217;autant plus que pendant longtemps les législations locales prohibaient les unions avec des blancs, qualifiées de mélanges erronés <em>(« miscegenation »).</em> Les Asiatiques arrivant du Japon ou de Chine il y a un siècle venaient de régions où les familles et la société étaient très hostiles au mariage avec des Européens de souche. Cette hostilité a longtemps prévalu. Jusqu&#8217;à une époque très récente, les mariages interraciaux ont représenté moins de 2 % des mariages. Or le rejet du métissage a commencé à s&#8217;atténuer. Au recensement de l&#8217;an 2000, pour la première fois les citoyens ont pu choisir de s&#8217;identifier à une nouvelle identité multi-ethnique : une référence à des parents de race différente. Les couples interraciaux apparurent 10 fois plus nombreux qu&#8217;en 1960, formant 5 % des mariages ; ils étaient beaucoup plus nombreux à avoir des ancêtres mixtes. Leur répartition ethnique est très inégale, deux provenances géographiques sont privilégiées : Asiatiques et Hispaniques. Les mariages mixtes sont plus fréquents pour l&#8217;Asie du Sud (Thaïlande, Indonésie, Inde, Philippines ou Vietnam) et surtout à l&#8217;égard des Hispaniques (Mexique, Cuba). La mobilité professionnelle et résidentielle permet d&#8217;échapper à l&#8217;hostilité des familles. Or les Américains changent de métier et de résidence très souvent ; la crise industrielle des Appalaches et des Grands Lacs et la crise immobilière chassent la population, notamment les noirs, vers des régions plus dynamiques.</p>
<p><em>« We the people, in order to form a perfect Union » : l</em>e message d&#8217;unité de George Washington, repris par Barack Obama à Philadelphie, est peut-être tout simplement celui de la réconciliation des races, qui passe par le métissage !</p>

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		<title>L’union de la Méditerranée</title>
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		<pubDate>Mon, 04 May 2009 17:26:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>dclambert</dc:creator>
				<category><![CDATA[Economies]]></category>
		<category><![CDATA[Articles]]></category>

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<p>De l&#8217;Atlantique à l&#8217;Oural, entre le cap nord et la mer Méditerranée, une cinquantaine de pays européens se disséminent sur dix millions de kilomètres carrés ; la moitié d&#8217;entre eux sont regroupés dans l&#8217;Union Européenne, leur densité de peuplement est très élevée (115 habitants/Km2), ils occupent 4 millions de Km2. Au sud de la mer Méditerranée, l&#8217;Afrique beaucoup plus vaste regroupe également une cinquantaine d&#8217;États, mais les cinq États riverains de la mer Méditerranée ont une très faible densité de peuplement dans les zones désertiques (Algérie, Libye, Égypte). Sur plus de 5 millions de kilomètres carrés, l&#8217;Afrique du nord est plus étendue que l&#8217;Europe, mais le territoire utile en est moins étendu, car les régions littorales et alluviales forment moins de 10 % du territoire. Entre le Nord et le Sud, la Mer Méditerranée occupe 2,5 millions de kilomètres carrés, si l&#8217;on excepte la mer Noire (500 000 Km2). Le littoral s&#8217;étend sur 20 000 kilomètres, plus déchiqueté au nord qu&#8217;au sud ; la distance la plus grande entre Gibraltar et Beyrouth est de 3750 Km, la largeur entre Alger et Marseille étant de 740 Km.</p>
<p>Que faut-il entendre par Union de la Méditerranée ? L&#8217;initiative de 2008 a été préparée par la stratégie continue de l&#8217;Europe pour associer les pays voisins de l&#8217;Euro-Méditerranée, en particulier le « Processus de Barcelone » en 1995, qui réunissait 5 pays européens d&#8217;Europe méridionale et les pays d&#8217;Afrique du Nord et du Proche Orient ; il était opportun d&#8217;y associer les pays riverains des Balkans. Il faut lever une ambiguïté : <strong>l&#8217;Union de la Méditerranée n&#8217;est pas une nouvelle procédure d&#8217;élargissement</strong>, préparant l&#8217;intégration à l&#8217;Union Européenne. L&#8217;objectif éventuel n&#8217;est pas de faire entrer la Turquie dans l&#8217;Union européenne, mais d&#8217;associer ce partenaire, qui dirige l&#8217;essentiel de ses échanges vers l&#8217;Europe ! L&#8217;élargissement implique une continuité territoriale, essentielle pour la libre circulation des personnes et des marchandises. L&#8217;association des pays voisins peut préparer un élargissement à terme, ce fut le cas pour l&#8217;Europe du Sud et le monde slave, quand l&#8217;État de droit et les libertés politiques et économiques ont été rétablis. Ce partenariat privilégié est fondamentalement une démarche de libre échange, comme l&#8217;ALENA, qui associe le Canada et le Mexique aux États-Unis d&#8217;Amérique, sans pour étant les intégrer comme États à la Fédération. Pas de tarif commun extérieur, pas de marché unique ou de monnaie commune comme dans l&#8217;Union douanière et monétaire, mais une démarche d&#8217;abaissement des barrières douanières, similaire à celles de l&#8217;Organisation Mondiale du Commerce.</p>
<p>Ce projet a été lancé avec succès par Nicolas Sarkozy en juin 2008, en obtenant l&#8217;adhésion de l&#8217;Afrique du Nord (moins la Libye), du Moyen Orient et de la plus grande partie de l&#8217;Europe (moins la Norvège, la Suisse et la Serbie), soit au total <strong>43 pays regroupant plus de 775 millions d&#8217;habitants et 40 % de la richesse mondiale</strong>. La moitié de ces pays ne sont pas des nations bordant la Méditerranée, ce sont des contrées de l&#8217;Europe du Nord et de l&#8217;Europe centrale qui sont entrées dans l&#8217;Union européenne. Quand la Méditerranée est définie par les seuls pays disposant d&#8217;un littoral sur cette mer, l&#8217;extension territoriale est plus modeste (24 pays), le potentiel démographique reste de 450 millions d&#8217;habitants, mais seulement 16 % de la richesse mondiale. Si le regroupement était limité au climat méditerranéen, seule la population de ces régions serait incluse (ce qui concerne les régions distantes de 150 à 200 kilomètres de la mer), en excluant les zones montagneuses et les régions de climat tempéré et humide, voire froid. Même dans cette hypothèse, l&#8217;urbanisation littorale regrouperait la plus grande partie de la population.</p>
<p style="text-align: center;"> <img class="size-full wp-image-2649     aligncenter" title="slide11" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2009/05/slide11.jpg" alt="slide11" width="401" height="438" /></p>
<p> </p>
<p style="TEXT-ALIGN: center"> <strong>L&#8217;Union méditerranéenne</strong></p>
<p align="center"><strong> </strong></p>
<table border="1" cellspacing="0" cellpadding="0">
<tbody>
<tr>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Albanie</p>
</td>
<td width="205" valign="top">
<p align="center"> </p>
</td>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Monaco</p>
</td>
</tr>
<tr>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Algérie</p>
</td>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Grèce</p>
</td>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Monténégro</p>
</td>
</tr>
<tr>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Allemagne</p>
</td>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Hongrie</p>
</td>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Palestine</p>
</td>
</tr>
<tr>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Autriche</p>
</td>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Irlande</p>
</td>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Pays-Bas</p>
</td>
</tr>
<tr>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Belgique</p>
</td>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Israël</p>
</td>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Pologne</p>
</td>
</tr>
<tr>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Bosnie-Herzégovine</p>
</td>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Italie</p>
</td>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Portugal</p>
</td>
</tr>
<tr>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Bulgarie</p>
</td>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Jordanie</p>
</td>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Tchéquie</p>
</td>
</tr>
<tr>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Chypre</p>
</td>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Lettonie</p>
</td>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Roumanie</p>
</td>
</tr>
<tr>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Croatie</p>
</td>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Liban</p>
</td>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Royaume-Uni</p>
</td>
</tr>
<tr>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Danemark</p>
</td>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Lituanie</p>
</td>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Slovaquie</p>
</td>
</tr>
<tr>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Égypte</p>
</td>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Luxembourg</p>
</td>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Slovénie</p>
</td>
</tr>
<tr>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Espagne</p>
</td>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Malte</p>
</td>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Suède</p>
</td>
</tr>
<tr>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Estonie</p>
</td>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Maroc</p>
</td>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Syrie</p>
</td>
</tr>
<tr>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Finlande</p>
</td>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Mauritanie</p>
</td>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Tunisie</p>
</td>
</tr>
<tr>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">France</p>
</td>
<td width="205" valign="top">
<p align="center"> </p>
</td>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">Turquie</p>
</td>
</tr>
<tr>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">UM : 775 millions d&#8217;habitants</p>
</td>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">PIB : 18 878 milliards de dollars</p>
</td>
<td width="205" valign="top">
<p align="center">PIB par habitant : 24 358 $</p>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p align="center"><em>Sources : Atlaseco 2009 et populations et sociétés nº 436 de 2007</em></p>
<p align="center"><em></em> </p>
<p>L&#8217;écart de niveau de vie entre l&#8217;Europe et le littoral oriental et septentrional de la Méditerranée est de 1 à 10, mais l&#8217;écart avec l&#8217;Afrique sub-saharienne est de 1 à 100 ! Un écart de 1 à 5 n&#8217;est pas infranchissable, il existait entre l&#8217;Espagne et la France et a été comblé, il existe entre la Grèce et la Turquie et peut être comblé. Regrouper toute l&#8217;Afrique (30 millions de Km2 et un milliard d&#8217;habitants) pour l&#8217;associer au monde méditerranéen serait un projet utopique et prématuré. Le Sahara est une barrière naturelle et les contrées d&#8217;Afrique noire n&#8217;ont pas été fertilisées par les civilisations de l&#8217;antiquité et de la Renaissance. En revanche l&#8217;union méditerranéenne est cohérente, elle peut accélérer le développement du nord et du sud, et plus tard fournir un modèle aux contrées subsahariennes.</p>
<p> </p>
<p>Trois dimensions :</p>
<p style="text-align: center;">Nos racines</p>
<p style="text-align: center;">Nos atouts</p>
<p style="text-align: center;">Notre destin</p>
<p> </p>
<p><strong>NOS RACINES</strong></p>
<p> </p>
<p>- Un<strong> climat</strong> <strong>spécifique</strong>. La Méditerranée est une région marquée par une végétation qui s&#8217;adapte aux hivers doux et aux étés secs : l&#8217;olivier, le figuier et la vigne, l&#8217;oranger, le mimosa et le palmier, le pin parasol, le chêne vert, le cèdre de l&#8217;Atlas et du Liban et le cyprès de Toscane et du Péloponnèse. Le Sud présente une spécificité de mode de vie dans ces villes et villages chargés d&#8217;histoire et parsemés de monuments qui datent de plusieurs siècles, voire de millénaires. Le nouveau monde ne connaît pas cet environnement.</p>
<p>La vie quotidienne surprend l&#8217;étranger : l&#8217;heure tardive des repas, les rues étroites, les marchés colorés, les spectacles de plein air (corrida, jongleurs et conteurs des rues), le public du « bel canto », les terrasses de café, les vieux qui se chauffent au soleil sur leur banc, la fréquentation des Églises et Mosquées&#8230; bref une certaine oisiveté de fin de journée&#8230; Ce climat est envié par les populations nordiques : les Anglais, Hollandais ou Allemands souhaitent s&#8217;installer au sud.</p>
<p>La nature est plus brutale que dans l&#8217;Europe médiane ; les tremblements de terre et éruptions volcaniques ont été catastrophiques (Santorin, Pompéi, Lisbonne, Agadir, Skopje, Izmit) et les inondations ont dévasté les zones alluviales. La déforestation, l&#8217;érosion des sols et la récurrence de la sécheresse ont contribué à l&#8217;extension de l&#8217;aridité et des zones désertiques.</p>
<p> </p>
<p>- Cette région a connu <strong>les plus vieilles civilisations et le premier éveil économique</strong>, elle a initié les grandes découvertes et longtemps bénéficié d&#8217;une hégémonie maritime, elle fut et reste le berceau des arts. La Méditerranée fut au seizième siècle suivant Fernand Braudel le centre de l&#8217;économie-monde (<em>La Méditerranée et le monde méditerranéen à l&#8217;époque de Philippe II (1550-1600), 2 tomes, Colin 1949</em>).</p>
<p>   La région méditerranéenne correspond encore aujourd&#8217;hui à la carte que l&#8217;on peut observer à Rome au pied du forum : elle épouse l&#8217;étendue de l&#8217;empire romain de Trajan à son apogée vers 116. Il faut lui rendre vie au vingt et unième siècle !</p>
<p><strong></strong> </p>
<p style="TEXT-ALIGN: center"><strong>Le « <em>mare nostrum</em> » de Strabon et l&#8217;empire romain </strong></p>
<p align="center"> <img class="alignnone size-full wp-image-2651" title="slide3" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2009/05/slide3.jpg" alt="slide3" width="521" height="351" /></p>
<p align="center"> </p>
<p>L&#8217;interprétation économique de Braudel ne doit pas gommer les époques antérieures et plus particulièrement la période gréco-romaine, où les conquêtes avaient essaimé sur tout le littoral. Ces racines étaient communes aux deux rives de la Méditerranée jusqu&#8217;au septième siècle.</p>
<p>À partir de la conquête arabe et de l&#8217;extension de l&#8217;empire omeyyade et abbasside, le nord de l&#8217;Afrique et le proche orient furent façonnés par une civilisation islamique brillante, progressivement relayée par l&#8217;empire ottoman. Les deux apports chrétien et musulman ont contribué à la préservation de la culture gréco-romaine dans les riches bibliothèques d&#8217;Alexandrie, Bagdad, Byzance, Rome et celles des abbayes. Cependant, alors que les Califats ont préservé en Orient le legs des précurseurs grecs de la médecine, de l&#8217;astronomie et des sciences exactes et en Occident celui des philosophes, il ne faut pas oublier que des siècles d&#8217;obscurantisme religieux ont longtemps retardé les progrès de la connaissance. Les sciences expérimentales ont émergé en Europe et non en Orient au dix-septième siècle. Comme le souligne Sylvain Gougenheim (<em>Aristote au Mont Saint Michel, Seuil 2007</em>), l&#8217;opposition entre l&#8217;humanisme d&#8217;un « Islam des lumières » hellénisé et l&#8217;obscurantisme des âges sombres d&#8217;une Europe latine et attardée est très excessive. Le rôle des moines chrétiens d&#8217;Orient et d&#8217;Occident fut essentiel, mais nos racines culturelles grecques restaient occultées. Chacune de ces deux étapes a superposé de nouveaux apports culturels aux empreintes inscrites dans l&#8217;héritage gréco-romain.</p>
<p> </p>
<p align="center"><strong>Les conquêtes arabes : six siècles d&#8217;hégémonie</strong></p>
<p align="center"> <img class="alignnone size-full wp-image-2652" title="slide4" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2009/05/slide4.jpg" alt="slide4" width="498" height="309" /></p>
<p> </p>
<p>La longue expansion de l&#8217;empire ottoman assura la relève de Bagdad, cependant l&#8217;hégémonie turque ne parvint pas à dynamiser les terres conquises. La mer Méditerranée sera pour longtemps zone d&#8217;insécurité et de piraterie, au détriment du commerce maritime, donc de l&#8217;Angleterre et de l&#8217;Europe. La Méditerranée ottomane n&#8217;était plus le centre de l&#8217;économie-monde.</p>
<p>Le nord de l&#8217;Afrique, en raison de la prédominance de la religion musulmane et de la langue arabe, exprime aujourd&#8217;hui sa solidarité dans l&#8217;appartenance à la ligue arabe, cependant tous ces pays dirigent leurs échanges vers l&#8217;Europe, qui lui adresse le plus grand nombre de ses touristes et reçoit le plus grand nombre de ses immigrés. À l&#8217;Est, la diversité est beaucoup plus grande : le Proche-Orient juxtapose une trentaine d&#8217;États parfois très peuplés ou souvent semi-désertiques, riches ou pauvres, arabes ou non&#8230;</p>
<p>D&#8217;autres visionnaires, tel l&#8217;historien belge Jacques Pirenne, ont estimé que le développement simultané du capitalisme et de la tolérance ne pouvait pas éclore dans les civilisations continentales, par exemple en Russie, et que seules les civilisations maritimes ouvertes sur le monde extérieur pouvaient catalyser l&#8217;expansion économique. Par un curieux paradoxe de l&#8217;histoire, les deux régions initiatrices de cette première vague de mondialisation : l&#8217;Espagne et l&#8217;Italie, n&#8217;ont pas été les premiers partants de la révolution industrielle, mais les derniers venus ! Et pourtant à cette époque la mer Méditerranée était devenue le premier espace maritime et l&#8217;espace économique le plus dynamique. Aujourd&#8217;hui la Méditerranée est sillonnée par un trafic maritime intense mais ses ports sont secondaires, sont poids économique est déclinant !</p>
<p>Nombre d&#8217;historiens estiment que la civilisation de la Méditerranée atteint son apogée au début de la Renaissance, puis subit<strong> un long déclin </strong>quand le centre du monde se déplace vers la mer du nord. L&#8217;Europe du sud conservera des structures économiques et sociales archaïques, elle ratera la révolution industrielle, l&#8217;Afrique du Nord ottomane échappa à la modernisation, les clans et les tribus s&#8217;affrontèrent au Proche-Orient, les Balkans étaient déjà une poudrière. Les guerres ne furent pas la cause principale du déclin, car l&#8217;Europe médiane en a connu bien davantage et pourtant s&#8217;est modernisée et développée.</p>
<p> </p>
<p align="center"><strong>La ligue arabe</strong></p>
<p align="center"> <img class="alignnone size-full wp-image-2653" title="slide5" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2009/05/slide5.jpg" alt="slide5" width="417" height="366" /></p>
<p align="center"> </p>
<p>Notre intérêt n&#8217;est pas de catalyser l&#8217;africanité du Maghreb, mais d&#8217;en affirmer l&#8217;appartenance au monde de la Méditerranée et à ces civilisations qui ont simplement effleuré le monde subsaharien.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Un mouvement continu de migrations</strong>. Les colonisations successives ont renforcé le mouvement de migrations de l&#8217;espace méditerranéen en contribuant à la formation de sociétés multiethniques, multiethniques et multiconfessionnelles <em>(Catherine Whitol de Wenden, Atlas mondial des migrations, Autrement 2008).</em> Chaque nouvelle conquête et invasion s&#8217;accompagne de mouvements de réfugiés vers les pays voisins. À partir du milieu du dix-neuvième siècle, l&#8217;Europe du sud devient un foyer intense d&#8217;émigration vers les Amériques, en particulier les Italiens ont largement contribué au peuplement européen de l&#8217;Argentine et des États-Unis. Puis vient le temps de la colonisation européenne, qui implante de nouveaux immigrants en Afrique du nord, suivi par leur exode lors de la décolonisation. Les courants migratoires sont aujourd&#8217;hui renversés, l&#8217;immigration latine vers l&#8217;Europe du nord et les Amériques est progressivement tarie.</p>
<p style="TEXT-ALIGN: center"> <img class="size-full wp-image-2654 aligncenter" title="slide6" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2009/05/slide6.jpg" alt="slide6" width="495" height="345" /></p>
<p align="center"> </p>
<p>La Méditerranée est déjà une société multiethnique, façonnée par l&#8217;immigration de l&#8217;Orient et des pays africains. L&#8217;Europe du Sud (Espagne, Italie et Grèce) est devenue en quelques années une zone privilégiée d&#8217;accueil de l&#8217;immigration légale et clandestine. L&#8217;Espagne reçoit aujourd&#8217;hui le tiers de l&#8217;immigration dans l&#8217;Union européenne, les étrangers forment 10 % de sa population. Malgré deux régularisations massives des immigrés clandestins, leur présence est encore évaluée à 1,6 million, si bien que le poids réel de l&#8217;immigration est de l&#8217;ordre de 15 %. Pour beaucoup d&#8217;immigrés et clandestins, l&#8217;Espagne, L&#8217;Italie et la Grèce n&#8217;étaient qu&#8217;un lieu de passage vers le nord. Or la récession actuelle a pour effet de contenir l&#8217;afflux des immigrés, aussi une plus forte proportion d&#8217;entre eux restera sur place en Europe du Sud.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>NOS ATOUTS</strong></p>
<p> </p>
<p>Le monde méditerranéen fait apparaître une divergence profonde entre les pays européens de la rive nord qui sont menacés depuis trente ans par une crise démographique profonde et le proche orient ou l&#8217;Afrique du Nord qui ont conservé une croissance démographique rapide. Notre objet est de montrer que ces divergences, malgré les tensions qu&#8217;elles impliquent, sont en réalité un atout de la Méditerranée, en raison de la complémentarité de ces régimes démographiques. Cependant, la dynamique de la population ne serait pas un atout si la vitalité démographique n&#8217;était pas étayée par la formation d&#8217;un réseau urbain très dense et par une très forte densité économique.</p>
<p> </p>
<p><strong>La démographie complémentaire Nord Sud</strong>. La divergence entre la stagnation ou régression démographique de l&#8217;Europe du Sud et la dynamique de population du sud de la mer rend nécessaire le maintien d&#8217;un courant migratoire soutenu. L&#8217;important, souvent mal perçu en Occident, est le fait que tous les pays de la Méditerranée ont entamé les premières phases de la révolution démographique : diminution de la mortalité et de la fécondité.</p>
<p>La Méditerranée n&#8217;est pas devenue un pôle démographique dominant, comme plus tard la civilisation atlantique de l&#8217;Europe du nord et de l&#8217;Ouest. Sa plus grande extension fut probablement celle des conquêtes romaines. L&#8217;Italie, selon Armengaud et Dupâquier (<em>Histoire de la population mondiale, Montchrétien 1968</em>) au début de l&#8217;ère chrétienne ne semble pas avoir excédé 6 millions d&#8217;habitants. La Méditerranée à son apogée, peut-être peuplée de 60 millions d&#8217;habitants, aurait simplement retrouvé sa population antérieure. La future union méditerranéenne est aujourd&#8217;hui dix fois plus peuplée, elle représente 11 % de la population mondiale.</p>
<p>Nombre d&#8217;historiens ont soutenu la thèse popularisée par Gibbon suivant laquelle la stagnation démographique fut l&#8217;une des causes de l&#8217;effondrement de l&#8217;empire romain. La population de l&#8217;Europe a très faiblement progressé au cours du moyen-âge, les épidémies et les guerres, puis les grandes invasions, ont fauché les excédents de population <em>(Jean Carpentier, Histoire de la Méditerranée, Seuil 1998). La </em>grande déflation démographique suivant la peste noire a particulièrement affecté le midi. Ce constat s&#8217;étend à toutes les civilisations de l&#8217;antiquité avant la révolution industrielle, les puissances conquérantes avaient alors des populations restreintes. La différence avec la période actuelle est que les civilisations affichant des ambitions d&#8217;hégémonie universelle sont très peuplées, par exemple l&#8217;Islam rassemble 20 % de la population de la planète !</p>
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<p><strong>Le réseau urbain.</strong> Beaucoup de Français sont persuadés que l&#8217;Égypte, la Turquie ou l&#8217;Algérie sont des contrées rurales en phase d&#8217;explosion démographique. C&#8217;est une erreur : la fécondité a baissé de moitié, l&#8217;espérance vie est de 60 à 70 ans et surtout 60 à 70 % de la population vit dans les villes. L&#8217;atout du bassin méditerranéen est l&#8217;importance de son réseau urbain, formé d&#8217;agglomérations urbaines considérables approchant ou excédant 10 millions d&#8217;habitants (Le Caire, Constantinople). Ces régions littorales sont reliées au nord par un réseau dense de liaisons rapides, qui sont défaillantes au sud. De Valence à Barcelone et Bézier, de Nice à Gènes, de Livourne à Naples les villes se succèdent. Il suffit de consulter les cartes satellites de nuit pour constater que les lumières de la ville éclairent tout le bassin de la Méditerranée. Partout on construit des maisons et des villes nouvelles, pas seulement des marinas pour les touristes, mais pour loger tous ces ruraux qui sont partis en ville.</p>
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<p align="center"><strong>Carte satellite Europ-Méditerranée</strong></p>
<p align="center"> <img class="alignnone size-full wp-image-2655" title="slide7" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2009/05/slide7.jpg" alt="slide7" width="390" height="348" /></p>
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<p align="center"><strong>Les villes de la Méditerranée</strong></p>
<p align="center"> <img class="alignnone size-full wp-image-2656" title="slide8" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2009/05/slide8.jpg" alt="slide8" width="467" height="315" /></p>
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<p><strong>La densité économique.</strong> La densité économique exprime la concentration dans l&#8217;espace des activités économiques, des infrastructures et des niveaux de vie. Elle forme l&#8217;atout de l&#8217;espace européen, maximale en Allemagne, Belgique, Angleterre ou Hollande, minimale sur les espaces ruraux à faible densité de peuplement. Partout dans le monde, même dans les pays les plus pauvres, les niveaux de vie, la compétence et la santé des populations sont beaucoup plus élevées dans les villes et même dans le bidonville. Au sud de l&#8217;Europe, la région la plus dynamique est celle qui associe l&#8217;Andalousie, la Catalogne, le grand delta Rhodanien, la côte ligurienne, Gènes et Rome. Au nord de l&#8217;Afrique, la région industrielle de Casablanca et Tanger, l&#8217;Oranais, le Sahel algérois, la région de Tunis et Tripoli sont les régions motrices. En Méditerranée orientale, les réseaux urbains grecs, turcs, syriens, israéliens et égyptiens attirent les flux économiques dominants (trafic aérien et maritime, tourisme, transactions financières). C&#8217;est cette densité économique qui avait fondé les atouts de la Méditerranée lors de son hégémonie.</p>
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<p><strong>NOTRE DESTIN</strong></p>
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<p>Le projet d&#8217;Union méditerranéenne introduit une nouvelle espérance : l&#8217;union, le regroupement et l&#8217;association avec l&#8217;espace économique le plus important peut écarter les forces centripètes qui risquent de dissuader les pays membres de concrétiser le projet. Il est essentiel que l&#8217;Union méditerranéenne et l&#8217;Union Européenne choisissent des langues dominantes exprimant leur appartenance commune : une langue latine, l&#8217;arabe et l&#8217;anglais.</p>
<p>L&#8217;union de la Méditerranée est sur le plan géopolitique et stratégique notre destin pour deux raisons : tracer de nouvelles frontières avec les régions périphériques et construire de nouvelles complémentarités entre les deux rives de la Méditerranée.</p>
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<p><strong>Les nouvelles frontières : le Sahara, la Mésopotamie, Le Caucase et l&#8217;Oural. </strong>L&#8217;Europe depuis son élargissement a repoussé les frontières héritées de la guerre froide, en intégrant les anciens pays du monde communiste. Il est à notre avis souhaitable que dans un avenir sans doute lointain, la Russie, qui fait partie de notre héritage culturel, finisse par s&#8217;associer à l&#8217;espace européen. Dans cette hypothèse, l&#8217;Europe unie retrouverait une frontière naturelle, celle de la chaîne de l&#8217;Oural. Au sud-est, la mer Noire prolonge la Méditerranée ; le Pont Euxin était une marche de l&#8217;Empire romain. La frontière naturelle nous semble être le Caucase et la mer Caspienne ; c&#8217;est une zone balkanisée qui restera longtemps une région de conflits militaires. Au Moyen-Orient, la région du Levant (Machrek) est depuis toujours le confluent de l&#8217;Orient et de l&#8217;Occident. Cependant, la frontière naturelle est celle de la Mésopotamie, du Tigre et de l&#8217;Euphrate ; cette région pourrait se regrouper mais elle n&#8217;a pas vocation à s&#8217;intégrer à l&#8217;Europe. Enfin vient l&#8217;enjeu géopolitique majeur, celui du Sahara et des nouvelles frontières avec l&#8217;Afrique noire, d&#8217;où provient l&#8217;essentiel de l&#8217;immigration clandestine. Les pays du couchant (Maghreb) n&#8217;ont aucun intérêt à l&#8217;intensification des flux migratoires subsahariens, qui risquent souvent de rester chez eux, en suscitant de fortes tensions ethniques (Maroc, Algérie, Libye). La coopération avec l&#8217;Europe, déjà en cours, peut contenir l&#8217;émigration clandestine sur place, dans des contrées où la reconduite aux frontières ne pose pas les mêmes problèmes qu&#8217;en Europe.</p>
<p>Le regroupement des pays d&#8217;Afrique du Nord en une vaste zone maghrébine accroîtrait le potentiel économique de la région, comme d&#8217;ailleurs dans l&#8217;Afrique sub-saharienne, où une balkanisation accrue (un millier d&#8217;ethnies et de langues) serait la source de guerres continuelles. Un regroupement subsaharien en quatre ensembles fédérés aurait l&#8217;avantage de leur donner des frontières maritimes et de gommer ces États enclavés qui ne sont pas économiquement viables.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p align="center"><strong>Deux Schémas virtuels de l&#8217;Afrique : regroupement ou balkanisation</strong><strong> </strong></p>
<table border="1" cellspacing="0" cellpadding="0">
<tbody>
<tr>
<td width="307" valign="top">
<p align="center"> <img class="alignnone size-full wp-image-2731" title="slide1" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2009/05/slide1.jpg" alt="slide1" width="236" height="260" /></p>
<p> </td>
<td width="312" valign="top"> <img class="alignnone size-full wp-image-2732" title="slide21" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2009/05/slide21.jpg" alt="slide21" width="266" height="260" /></td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p>            Scénario de regroupement                          Scénario de balkanisation ethnique</p>
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<p><strong>De nouvelles complémentarités : transports, agriculture, industrie, tourisme.</strong></p>
<p>Les transports maritimes et terrestres restent l&#8217;infrastructure la plus défaillante au sud. À défaut de marchandises, les ports sont animés par les ferries et les escales de croisière. Le transport routier est la voie d&#8217;avenir, car il garantit la stimulation des échanges. En Europe méridionale, un réseau dense d&#8217;autoroutes longe tout le littoral, il ne lui manque que quelques tronçons sur la côte dalmate, en Serbie et en Turquie. Les deux verrous sont les portes d&#8217;Hercule et les Dardanelles. Dans le premier cas, de sérieux obstacles techniques bloquent le pont du détroit de Gibraltar, dans le second, les difficultés techniques sont limitées. En Chine, ces ponts seraient construits en moins d&#8217;une décennie ! L&#8217;Afrique du Nord reste bloquée faute de réseau autoroutier littoral, alors que les obstacles du relief sont restreints, sauf dans le Rif, l&#8217;Anatolie et les Balkans. Faire le tour de la Méditerranée par une voie rapide apporterait un lien d&#8217;interdépendance bien nécessaire.</p>
<p>L&#8217;agriculture est le secteur prioritaire, car le nord de l&#8217;Afrique et le Moyen Orient ne parviennent pas à nourrir leur population croissante. L&#8217;Europe peut leur apporter non seulement ses surplus alimentaires, mais un savoir-faire, y compris celui des cultures en milieu aride. Cette région fut jadis un grenier à blé, aujourd&#8217;hui elle importe 50 à 80 % de ses aliments. La meilleure complémentarité est celle qui conjurerait l&#8217;insécurité alimentaire. La vision de ces terres incultes et des bovins et ovins faméliques parcourant des terres arides comme au temps de la Bible peut cesser. Au Nord du Mexique dans les mêmes conditions, les ranchs d&#8217;élevage ont la même productivité qu&#8217;au Texas !</p>
<p>Beaucoup de pays méditerranéens sont dépourvus de vocation industrielle, par exemple l&#8217;Égypte ; d&#8217;autres sont devenus de redoutables concurrents : le Maroc, la Tunisie, Israël ou la Turquie. La rente pétrolière et la bureaucratie d&#8217;État sont peu compatibles avec l&#8217;industrialisation. Cependant, le regroupement des pays maghrébins pourrait dégripper les sources de blocage en créant des marchés uniques. Le meilleur exemple est celui de l&#8217;industrie automobile beaucoup plus féconde que la sidérurgie que l&#8217;on croyait être l&#8217;atout méditerranéen. Une législation commune assurant la fabrication d&#8217;une seule marque et de quelques modèles bon marché pour 150 millions de maghrébins ferait de l&#8217;automobile un véritable pôle de croissance.</p>
<p>Enfin vient le tourisme, le véritable atout de la Méditerranée sur ses deux rives. Principale destination touristique de l&#8217;Europe, les rivages de cette mer peuvent révéler des destinations jusqu&#8217;à présent préservées de la masse de touristes. La Méditerranée à d&#8217;autres choses à offrir que des plages (les Caraïbes et l&#8217;Océan indien en regorgent). Le voyageur de demain voudra également des paysages et des monuments anciens. Nous redécouvrons la côte dalmate et les sites du Moyen-Orient, dès que la guerre s&#8217;arrête et quand l&#8217;étranger est accepté. Visiter un site sous la protection de l&#8217;armée et de la police est peu attirant. Le « grand tour » des romantiques les conduisait en Italie, en Grèce, puis le long du Nil et en Afrique du Nord. On pense alors à deux destinations d&#8217;exception, la Libye pour ses vestiges gréco-romains, et le littoral algérien pour la richesse de sa couverture végétale. Plutôt que de contempler les constructions hideuses du littoral espagnol ou italien, les Européens et pourquoi pas les Chinois, découvriraient des côtes bordées d&#8217;oliviers et de chênes verts. C&#8217;est le vœu que nous formons pour nos descendants !</p>
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<div class="MsoNormal" style="text-align: justify;" mce_style="text-align: justify;" mce_tmp="1"><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" mce_style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" lang="FR">De nouvelles complémentarités : transports, agriculture, industrie, tourisme.</span></strong></div>
<div class="MsoNormal" style="text-align: justify;" mce_style="text-align: justify;" mce_tmp="1"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" mce_style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" lang="FR">Les transports maritimes et terrestres restent l’infrastructure la plus défaillante au sud. À défaut de marchandises, les ports sont animés par les ferries et les escales de croisière. Le transport routier est la voie d’avenir, car il garantit la stimulation des échanges. En Europe méridionale, un réseau dense d’autoroutes longe tout le littoral, il ne lui manque que quelques tronçons sur la côte dalmate, en Serbie et en Turquie. Les deux verrous sont les portes d’Hercule et les Dardanelles. Dans le premier cas, de sérieux obstacles techniques bloquent le pont du détroit de Gibraltar, dans le second, les difficultés techniques sont limitées. En Chine, ces ponts seraient construits en moins d’une décennie ! L’Afrique du Nord reste bloquée faute de réseau autoroutier littoral, alors que les obstacles du relief sont restreints, sauf dans le Rif, l’Anatolie et les Balkans. Faire le tour de la Méditerranée par une voie rapide apporterait un lien d’interdépendance bien nécessaire.</span></div>
<div class="MsoNormal" style="text-align: justify;" mce_style="text-align: justify;" mce_tmp="1"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" mce_style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" lang="FR">L’agriculture est le secteur prioritaire, car le nord de l’Afrique et le Moyen Orient ne parviennent pas à nourrir leur population croissante. L’Europe peut leur apporter non seulement ses surplus alimentaires, mais un savoir-faire, y compris celui des cultures en milieu aride. Cette région fut jadis un grenier à blé, aujourd’hui elle importe 50 à 80 % de ses aliments. La meilleure complémentarité est celle qui conjurerait l’insécurité alimentaire. La vision de ces terres incultes et des bovins et ovins faméliques parcourant des terres arides comme au temps de la Bible peut cesser. Au Nord du Mexique dans les mêmes conditions, les ranchs d’élevage ont la même productivité qu’au Texas !</span></div>
<div class="MsoNormal" style="text-align: justify;" mce_style="text-align: justify;" mce_tmp="1"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" mce_style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" lang="FR">Beaucoup de pays méditerranéens sont dépourvus de vocation industrielle, par exemple l’Égypte ; d’autres sont devenus de redoutables concurrents : le Maroc, la Tunisie, Israël ou la Turquie. La rente pétrolière et la bureaucratie d’État sont peu compatibles avec l’industrialisation. Cependant le regroupement des pays maghrébins pourrait dégripper les sources de blocage en créant des marchés uniques. Le meilleur exemple est celui de l’industrie automobile beaucoup plus féconde que la sidérurgie que l’on croyait être l’atout méditerranéen. Une législation commune assurant la fabrication d’une seule marque et de quelques modèles bon marché pour 150 millions de maghrébins ferait de l’automobile un véritable pôle de croissance.</span></div>
<div class="MsoNormal" style="text-align: justify;" mce_style="text-align: justify;" mce_tmp="1"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" mce_style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" lang="FR">Enfin vient le tourisme, le véritable atout de la Méditerranée sur ses deux rives. Principale destination touristique de l’Europe, les rivages de cette mer peuvent révéler des destinations jusqu’à présent préservées de la masse de touristes. La Méditerranée à d’autre chose à offrir que des plages (les Caraïbes et l’Océan indien en regorgent). Le voyageur de demain voudra également des paysages et des monuments anciens. Nous redécouvrons la côte dalmate et les sites du moyen orient, dès que la guerre s’arrête et quand l’étranger est accepté. Visiter un site sous la protection de l’armée et de la police est peu attirant. Le « grand tour » des romantiques les conduisait en Italie, en Grèce, puis le long du Nil et en Afrique du nord. On pense alors à deux destinations d’exception, la  Libye pour ses vestiges gréco-romains, et le littoral algérien pour la richesse de sa couverture végétale. Plutôt que de contempler les constructions hideuses du littoral espagnol ou italien, les Européens et pourquoi pas les Chinois, découvriraient des côtes bordées d’oliviers et de chênes verts. C’est le vœu que nous formons pour nos descendants !</span></div>
<div class="MsoNormal" style="text-align: justify;" mce_style="text-align: justify;" mce_tmp="1">
<div class="MsoNormal" style="text-align: justify;" mce_style="text-align: justify;" mce_tmp="1"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" mce_style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;" lang="FR"><br />
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		<title>Vers un scénario noir de la croissance mondiale !</title>
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		<pubDate>Thu, 03 Jul 2008 01:13:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>dclambert</dc:creator>
				<category><![CDATA[Economies]]></category>
		<category><![CDATA[Articles]]></category>

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		<description><![CDATA[Quels sont les arguments incitant à prévoir une interruption de la croissance mondiale et ceux qui militent en faveur de la poursuite de la croissance économique ?
UN SCÉNARIO NOIR : ÉMERGENCE D’UNE DÉPRESSION LONGUEUN SCÉNARIO NOIR : ÉMERGENCE D’UNE DÉPRESSION LONGUE
Pour le FMI, d’ici 2030 la croissance économique approcherait de 2 % par an en Occident et de 5 % dans les tiers-mondes. Ces prévisions à long terme ne sont pas modifiées pour les pays émergents, supposés épargnés par le ralentissement. Cette dichotomie est-elle cohérente ? Pourquoi s’inquiéter dès aujourd’hui ? Pour trois raisons : 1. La crise de l’énergie et de l’environnement, 2.Le déclin démographique de l’Occident et des nouveaux pays industriels de l’Asie, 3. L’instabilité de la sphère financière et monétaire.
UN SCÉNARIO ROSE : POURSUITE DE LA CROISSANCE ET RATTRAPAGE DES PAYS ÉMERGENTS
1° Le scénario de croissance des institutions internationales pour 2030.
Les écarts de niveau de vie entre les deux mondes ont fortement diminué : ils sont de 1 à 4 et deviendront en 2030 de 1 à 3. La Banque mondiale a prévu une redistribution majeure des puissances économiques, la Chine devenant la première puissance dans 30 ans.
2° Comment repousser les obstacles à la croissance ?
Une progression maîtrisée de la population mondiale. La population mondiale s’accroît aujourd’hui de 1,17 % par an, deux exceptions : L’Afrique, un milliard d’habitants et l’Islam, un milliard et 400 millions d’habitants. La priorité du progrès scientifique et technique. La Chine en 2006 est déjà devenue la troisième puissance scientifique. La nécessité des réformes de structure.1. La modernisation des Institutions. 2. La mobilisation du travail 3. La rigueur de la gestion budgétaire et financière.


]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[
<div class="topsy_widget_data topsy_theme_" style="float: right;margin-left: 0.75em; background: url(data:,%7B%20%22url%22%3A%20%22http%253A%252F%252Fmondesfrancophones.com%252Fespaces%252Feconomies%252Fvers-un-scenario-noir-de-la-croissance-mondiale%252F%22%2C%20%22style%22%3A%20%22small%22%2C%20%22title%22%3A%20%22Vers%20un%20sc%C3%A9nario%20noir%20de%20la%20croissance%20mondiale%20%21%20%20%23%22%20%7D);"></div>
<p>L’histoire économique et démographique n’a pas été un fleuve tranquille, conduisant tous les peuples vers le progrès et la richesse. Certes, depuis la révolution industrielle, la progression de l’activité économique est devenue beaucoup plus rapide, mais ce sentier de croissance ne retrace pas les fluctuations : des phases de ralentissement et d’accélération, plus encore de régression.</p>
<div class="middlePlacedBody">
<div class="plain">
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Ainsi, quand François Perroux avait estimé sur le long terme la croissance économique française à 2 % par an, cette performance était similaire à celle de l’économie mondiale, mais beaucoup moins rapide que celle des États-Unis. Il est cependant difficile d’oublier le recul observé pendant la Révolution et l’Empire, la modestie des performances de la Restauration et surtout le déclin de l’entre-deux-guerres. De même, la quasi-stagnation démographique de la France masquait l’incidence de la surmortalité des guerres et révolutions. C’est pourquoi à force d’oublier les fluctuations cycliques (la France n’a éprouvé que deux années de récession d’ailleurs faibles depuis 1945) et les accidents et catastrophes (imprévisibles) ; les prévisionnistes sont incapables par simple extrapolation de prédire l’avenir à moyen et long terme. Qui pouvait en 1940 prévoir notre redressement d’après-guerre ? Le déclin et la sclérose sont réversibles ; le progrès et le changement sont discontinus ; le rattrapage favorise les puissances émergentes et non déclinantes. Tout le monde croyait alors au déclin démographique et économique perpétué de l’Europe ; les « déclinistes » se trompaient. Qui pouvait prévoir en 1970 la prodigieuse expansion de l’économie mondiale, le redressement de l’Angleterre et cependant les « trente piteuses » de la France ? </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Aujourd’hui, les turbulences de la sphère financière, le ralentissement de la croissance en Europe et l’annonce d’une récession aux États-Unis, réactivent les Cassandres qui prédisent le retour d’une phase B (période de déclin de la production) du cycle de Kondratieff. L’hiver démographique en Europe et au Japon, puis celui de la Chine et des « tigres asiatiques », le vieillissement accéléré des populations et l’inéluctable réchauffement de la planète annonceraient la fin de la croissance, pourquoi pas la fin de l’histoire ! Le retour vers un raisonnement prenant en compte les fluctuations, les turbulences et les accidents nous paraît cependant salutaire : il retrouve le chemin ouvert pendant plus d’un siècle par les économistes qui nous ont précédés. Cependant, le monde a changé et, comme jadis, seul l’Occident est observé. Spengler prédisait le déclin de l’Occident (l’Europe), il n’observait pas l’Extrême-Orient (le Japon) ou l’Extrême-Occident (le Brésil). Or les nouveaux venus, en particulier les pays émergents, animent aujourd’hui plus de la moitié de l’économie mondiale. Le ralentissement de la croissance en Europe et au Japon n’a pas interrompu la prospérité de l’Asie. Une forte récession aux États-Unis aura-t-elle plus de répercussions sur le système mondial ? La récession de 1992 n’avait pas exercé cet effet, la bulle financière d’internet en 2001 non plus. C’est pourquoi l’éventualité d’un scénario noir de la croissance mondiale, ne permet pas d’exclure celui d’une poursuite de l’expansion des décennies précédentes.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Nous prendrons comme horizon, les perspectives à 25 ans (2005-2030) pour plusieurs raisons. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">En matière de population, la prévision à moyen terme nous semble fondée. Au Congrès de la population de Rome en 1953, les experts de l’ONU avaient prévu 6 milliards d’habitants en 2000, ils ne s’étaient guère trompés ! La prospective d’un quart de siècle reste marquée par l’inertie démographique, celle des compositions par âge, du fait que les enfants nés depuis 2005 ne deviendront adultes que dans une génération et que les classes d’âges actuelles resteront prédominantes. Bien sûr, l’information disponible risque de ne pas identifier des modifications radicales des comportements démographiques, en particulier la modification de la fécondité et de la natalité ou la remontée brutale de la mortalité. De grands retournements imprévus peuvent se produire dans un court délai. Par exemple, l’un des démographes les plus avertis de l’entre-deux-guerres, l’initiateur de la théorie de la transition démographique, Frank Notenstein à la Société des Nations, avait prévu que la France entre 1950 et 1970 verrait sa population décliner à 36 millions d’habitants ; il n’en fut rien, car notre pays atteindra en 1970 le seuil de 50 millions d’habitants, puis 62 millions en 2008 ! Comme le soulignera Alfred Sauvy, « la seconde guerre mondiale allait repeupler » et combler le vide démographique à cause du progrès médical. La planète connaîtra sa croissance démographique la plus rapide, mais l’explosion démographique culmine au cours des années 1970 et depuis chaque année l’accroissement de la population diminue. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Ensuite surgit la prospective économique, beaucoup plus aléatoire. En 1945 le rétablissement de la paix incitait à s’interroger sur l’avenir économique : les prévisions à 25 ans se sont multipliées dans les Instituts de prospective et les Commissariats au plan. Elles ont oscillé entre l’optimisme et le pessimisme, sans pouvoir anticiper les grands changements du système mondial. Les prospectives à très long terme, 50 ou 100 ans, ne semblaient pas relever du raisonnement économique : Bertrand de Jouvenel <strong>(1)</strong> qualifiait ces hypothèses de simples conjectures ! En fait, les bouleversements majeurs se sont produits au cours du dernier tiers du vingtième siècle ; certains étaient cependant prévisibles, c’est pourquoi l’anticipation de l’avenir à long terme reste un exercice indispensable, que Bernard Cazes <strong>(2)</strong> appelait de ses vœux. L’effondrement des systèmes collectivistes fit rapidement apparaître la surévaluation de leur potentiel, l’URSS démembrée n’était plus la deuxième puissance mondiale. Qui pouvait prévoir la décomposition interne du système communiste soviétique ? En France quelques analystes, tels qu’Alain Besançon ou Hélène Carrère d’Encausse, ont anticipé la chute du régime, mais personne ne voulait les croire ! Le miracle japonais s’interrompit, ce qui fut également une surprise, alors que sa fragilité financière et bancaire était bien connue. Puis la Chine et l’Inde devinrent les champions de la croissance économique, ce qui semblait aberrant ! Les États-Unis connurent la plus forte croissance économique de leur histoire et l’Europe retrouva le rythme de progression modeste de la première moitié du dix-neuvième siècle… </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">En matière de prévision économique, l’inertie héritée des situations acquises est plus restreinte qu’en démographie, car la compétition modifie rapidement le poids relatif des nations et des régions. Que la France perde ou gagne quelques millions d’habitants ne modifiera guère la répartition mondiale de la population, si elle prospère ou stagne changera sa place dans la hiérarchie des nations. Dans une économie mondialisée, il n’y a plus d’avantage acquis. Le recul de la puissance et du bien-être surgit dans les régressions caractérisées, il est souvent apparu en Amérique latine ou en Afrique ; pour les pays occidentaux riches, cette hypothèse est rarement envisagée, alors qu’elle fait partie d’un avenir possible. Pourquoi les Français seraient-ils plus à l’abri de la véritable paupérisation que les Argentins ? Seul le déclin relatif est évoqué : la France est distancée par l’Angleterre, elle recule dans les baromètres de la compétitivité au profit d’anciens pays sous-développés, ses usines partent s’installer sous d’autres climats&#8230; Un déclin absolu découlerait du déclin relatif, si les tendances négatives se prolongeaient pendant plusieurs décennies.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">Quels sont les arguments incitant à prévoir une interruption de la croissance mondiale et ceux qui militent en faveur de la poursuite de la croissance économique ?</span></p>
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin-left: 54pt; text-indent: -36pt;"><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;"><span>I-<span style="font-family: 'Times New Roman'; font-size-adjust: none; font-stretch: normal;">  </span></span></span></strong><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">UN SCÉNARIO NOIR : ÉMERGENCE D’UNE DÉPRESSION LONGUE</span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="margin-left: 18pt;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">    L’objectif d’un développement « durable et soutenable » proposé en 1987 par le rapport Bruntland <strong>(3)</strong> conduisit à deux interprétations : pour les uns, il s’agit de rétablir un régime de croissance économique raisonnable de 2 à 3 % par an, pour les écologistes radicaux, il faudrait s’adapter à la décroissance de la production et de la population.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">    La croissance de l’économie mondiale depuis 1970 et surtout l’an 2000 a été deux fois plus rapide que dans la longue période de 1820 à 1970 ; elle a été en 2006-2007 de 6 % par an, mais elle a été animée par les pays asiatiques et par les États-Unis. Or le FMI estimait encore en septembre 2007 que la prospérité pourrait perdurer jusqu’en 2010, mais après quel avenir ? Dès le printemps 2008, le FMI a révisé à la baisse ses estimations de croissance pour l’année 2008, les autres organisations internationales ont suivi ces analyses. Ces révisions sont adoptées en présence de la conjoncture défavorable : elles concernent les tendances à court terme des États-Unis et de l’Europe. En effet, la récession redoutée n’est pas encore confirmée, elle est évaluée par le NBER par la succession de deux trimestres de recul du PIB et semble préfigurée par le ralentissement de la croissance depuis la fin de l’année 2007. Un ralentissement de l’expansion mondiale est alors envisagé, même en Asie. Cependant, les prévisions à long terme ne sont pas modifiées pour les pays émergents, supposés épargnés par le ralentissement. Cette dichotomie est-elle cohérente ? Le nouveau directeur du FMI <strong>(4)</strong> « ne croit pas à la thèse du découplage et estime que les taux de croissance toujours élevés de l’Inde et de la Chine seront affectés par la crise ». </span></p>
<p><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"><br style="page-break-before: always;" /></span></p>
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Croissance annuelle historique de l’économie mondiale</span></p>
<table class="MsoTableGrid" style="border-collapse: collapse;" border="1" cellspacing="0" cellpadding="0">
<tbody>
<tr>
<td style="padding-right: 5.4pt; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; width: 153.5pt; padding-top: 0cm; border: windowtext 1pt solid;" width="205" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Périodes</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: 1pt solid; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 121.9pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="163" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Taux de croissance %</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: 1pt solid; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 108.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="145" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">PIB mondial </span></p>
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">MM$ de 1950 </span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: 1pt solid; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.8pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Indice 100</span></p>
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"><span> </span>en 1820</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 153.5pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="205" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Moyenne 1820-1992</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 121.9pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="163" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2.0</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 108.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="145" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">0.695</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.8pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">100</span></strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 153.5pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="205" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1820-1870</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 121.9pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="163" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1.0</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 108.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="145" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1 127</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.8pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">162</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 153.5pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="205" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1870-1913</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 121.9pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="163" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2.1</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 108.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="145" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2 726</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.8pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">392</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 153.5pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="205" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1913-1950</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 121.9pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="163" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1.9</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 108.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="145" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">5 372</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.8pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">773</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 153.5pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="205" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1950-1973</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 121.9pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="163" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">4.9</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 108.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="145" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">16 064</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.8pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">23 114</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 153.5pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="205" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1973-1992</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 121.9pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="163" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">3.0</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 108.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="145" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">27 994</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.8pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">40 279</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 153.5pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="205" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><em><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1992-2000*</span></em></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 121.9pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="163" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><em><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">3.5</span></em></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 108.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="145" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><em><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">35 889</span></em></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.8pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><em><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">53 007</span></em></strong></p>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">1820-1992 : estimations de Angus Maddison, *1992-2000 sources FMI : World economic outlook, septembre 2007 </span></p>
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"><span>          </span></span><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Que se passerait-il si la progression mondiale retrouvait le rythme séculaire de 1 ou 2 %, voire une croissance zéro : arrêt de l’expansion occidentale et interruption de la prospérité des pays émergents ? Que se passerait-il dans l’éventualité d’une dépression longue, par exemple une diminution de 25 à 30 % de la production mondiale au cours des années 2010/2020 ? Le plus étonnant est que cette éventualité est souhaitée par certains : la « décroissance » proposée par Serge Latouche. <strong>(5)</strong></span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">    Imaginons le scénario catastrophe : la crise part des États-Unis, ceux-ci retrouvent dès 2009 une véritable récession (le PIB régresse de 3 à 4%), la crise boursière prend le relais et s’étend à toutes les bourses mondiales, le dollar se déprécie à tel point que les pays asiatiques et les émirats pétroliers déplacent leurs avoirs vers l’Euro. Puis la récession se mue en dépression comme en 1930, l’Occident revient au protectionnisme et se ferme aux produits asiatiques. Enfin, l’Asie entre à son tour dans la crise économique et financière. On peut imaginer un scénario géopolitique plus simple et aussi vraisemblable : des incidents s’accumulent à propos de la répression au Tibet et du non-respect des droits de l’homme en Chine. La réaction nationaliste et isolationniste l’emporte. Les mesures de rétorsion s’enchaînent, les contrats sont annulés, les capitaux se replient, la spéculation redouble&#8230; Dès lors, la crise part de l’Extrême Orient : la Chine s’effondre, ses partenaires aussi. Si tout se passait comme jadis, la dépression effacerait la prospérité et il faudrait 10 ans pour revenir à l’état antérieur, le seul dérivatif deviendrait le réarmement et la guerre !</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">    En France, un organisme de prévision, le CEPII, avait proposé au seuil de l’an 2000 des estimations moins optimistes que celles du FMI : une progression inférieure à 3 % par an. La croissance des deux dernières décennies aurait été beaucoup plus faible que celle retenue par le FMI et la Banque mondiale. Ce scénario impliquerait la fin de la croissance très rapide des pays émergents.</span></p>
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">Scénario de croissance mondiale du CEPII en 2001</span></p>
<table class="MsoTableGrid" style="border-collapse: collapse;" border="1" cellspacing="0" cellpadding="0">
<tbody>
<tr>
<td style="padding-right: 5.4pt; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; width: 230.3pt; padding-top: 0cm; border: windowtext 1pt solid;" width="307" valign="top">
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">périodes</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: 1pt solid; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 230.3pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="307" valign="top">
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">Taux de croissance moyen annuel du PIB</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 230.3pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="307" valign="top">
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">1970-1980</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 230.3pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="307" valign="top">
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">2.93</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 230.3pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="307" valign="top">
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">1980-1990</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 230.3pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="307" valign="top">
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">2.63</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 230.3pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="307" valign="top">
<p class="MsoNormal"><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">1990-2000</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 230.3pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="307" valign="top">
<p class="MsoNormal"><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">2.91</span></strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 230.3pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="307" valign="top">
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">2000-2010</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 230.3pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="307" valign="top">
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">3.24</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 230.3pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="307" valign="top">
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">2010-2020</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 230.3pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="307" valign="top">
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">3.00</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 230.3pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="307" valign="top">
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">2020-2030</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 230.3pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="307" valign="top">
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">2.73</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 230.3pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="307" valign="top">
<p class="MsoNormal"><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">2000-2030</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 230.3pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="307" valign="top">
<p class="MsoNormal"><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">2.99</span></strong></p>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Source : CEPII, Document de travail 2001-21</span></p>
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Pourquoi s’inquiéter dès aujourd’hui ? Pour trois raisons : 1. La crise de l’énergie et de l’environnement, 2.Le déclin démographique de l’Occident et des nouveaux pays industriels de l’Asie, 3. L’instabilité de la sphère financière et monétaire.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1° La crise de l’énergie et de l’environnement.</span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1- La crise de l’énergie</span></strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> avait débuté par le brusque renchérissement des approvisionnements pétroliers du Moyen Orient lors de la guerre du Kippour (1973), puis à la suite du coup d’État de l’Iran (1979) et de la deuxième guerre en Irak (2003), les cours du pétrole franchissant le seuil de 100$ en 2007. Certes en valeur constante, surtout en zone Euro, le renchérissement des approvisionnements pétroliers est beaucoup plus restreint que l’apparence des prix, mais il ne faut pas oublier que les termes de l’échange sont devenus défavorables aux pays industriels. Les matières premières importées coûtent plus cher alors que les produits manufacturés exportés ont répercuté des baisses de prix, sous l’effet du progrès technique et de la concurrence internationale. Les prévisions d’évolution des cours du pétrole jusqu’en 2000 étaient trop faibles, par exemple celles du CEPII, mais peut-on avancer des hypothèses sûres pour l’avenir ? Si la croissance économique devait s’effondrer, notamment en Chine, la demande de pétrole déclinerait et les prix également.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Les chocs et contre-chocs pétroliers, générateurs d’inflation et de récessions dans les années soixante-dix, ont exercé une influence déstabilisatrice beaucoup plus faible sur le système économique mondial au cours des dix dernières années. En effet, l’impact des importations pétrolières sur les revenus nationaux a fortement décru, alors que d’autres composantes du commerce international sont devenues prédominantes (produits manufacturés, services, taux de change, flux de capitaux). Une variation de 10 % des réserves de change de la Chine aurait beaucoup plus de répercussions internationales qu’une variation similaire des exportations de pétrole.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Le problème réel reste celui de la dépendance persistante de nos économies à l’égard des approvisionnements pétroliers et de l’inéluctable épuisement de ces réserves fossiles non renouvelables, mais quand ? Périodiquement de grands rapports de prospective et des scénarios catastrophe ont annoncé la fin du pétrole et la fin de la croissance économique. Le rapport du Club de Rome s’est-il vérifié ? Certainement pas aujourd’hui : les réserves ont considérablement augmenté, les flux exportés également et de nouveaux exportateurs sont apparus ; alors une pénurie énergétique demain, en 2030 ou 2050 ? La croissance de l’économie mondiale n’a jamais été aussi rapide que depuis 1970. Le pétrole est cher et deviendra plus cher encore, car les énergies de substitution seront coûteuses et très longues à mettre en place. Bref, la pénurie relative de pétrole est vraisemblable et sera un handicap, surtout pour les pays émergents, notamment la Chine et l’Inde. Cependant, les ressources en charbon sont considérables, surtout dans ces deux pays, elles seront exploitées au maximum, en dépit de la pollution qui en résulte. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">En revanche pour les vieux pays industriels, la seule solution efficace restera l’extension et le renouvellement de leur parc de centrales nucléaires, surtout aux États-Unis, en Allemagne et en Europe Orientale. Malheureusement, ce renouveau ne pourra pas prendre effet à moyen terme en raison des délais considérables de mise en service. Il faut craindre que l’urgence ne soit pas prise en compte, car de tels projets sont adoptés et réalisés beaucoup plus vite dans des pays tels que la Chine.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">À moyen terme, la question politique ne peut pas être éludée. Depuis le choc pétrolier de 1973, l’instabilité des approvisionnements et la volatilité des cours prennent leur source dans la localisation des ressources moins coûteuses au Moyen Orient, une région politiquement instable où la permanence de la guerre et l’extension de l’intégrisme religieux ont entretenu l’hostilité envers l’Occident. Le pétrole et le gaz naturel potentiels du Caucase, de l’Asie centrale et de la Sibérie sont également situés dans des régions instables. Dès lors, ces risques perdureront et le danger pour un approvisionnement durable est celui de la rupture d’un maillon de la chaîne : l’Arabie Saoudite, l’Irak, L’Iran, la Russie ou le Kazakhstan, ce qui déstabiliserait l’Amérique, l’Europe et l’Asie industrielle. Le face à face entre les cartels pétroliers, les compagnies exploratrices et les chefs d’État ne suffit pas pour gérer les crises. Une responsabilité accrue de l’agence internationale de l’énergie sera nécessaire pour renforcer la concertation entre les exportateurs et importateurs.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Le scénario noir d’une longue dépression mondiale déclenché par la raréfaction du pétrole et l’explosion des coûts d’approvisionnement pourrait surgir de crises politiques internationales majeures. Cependant, les cris d’alarme sont fondés moins sur les risques géopolitiques que sur les risques économiques. Cette argumentation apportée par les défenseurs de l’environnement et les altermondialistes est-elle plus fondée ?</span></p>
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"><span style="font-weight: bold;">2-</span> <span style="font-weight: bold;">La</span> <strong>crise de l’environnement</strong> a été au cours de ces dernières années le principal argument des partisans d’un scénario noir de la croissance mondiale. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">En France l’agronome René Dumont avait été un précurseur de la défense de l’environnement, sans pour autant proposer une stratégie malthusienne. Il avait dénoncé la plupart des maux de l’agriculture industrielle et les gaspillages qui en résultent : la monoculture des régions tropicales gaspillant les meilleures terres (la canne à sucre de Castro à Cuba, le café au Brésil et en Afrique), la révolution fourragère substituant en zone tempérée l’élevage aux cultures vivrières, les terres irriguées gaspillant l’eau. Qu’aurait-il pensé de l’arrosage systématique et inutile des feuilles de maïs, lors de la canicule de 2003 en France ? Les mauvais choix se sont accentués : le principal débouché des céréales et oléagineux est devenu l’alimentation des animaux, bien plus la quête de l’éthanol conduit à des pénuries alimentaires artificielles ; désormais nos ressources alimentaires sont en partie converties en viande et en biocarburants, par exemple le blé, le maïs, le soja…</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"><span> </span>Comme les adeptes de la croissance zéro pendant les années 1970, les écologistes et altermondialistes d’aujourd’hui, le plus souvent sincères, proposent de réduire nos activités économiques au minimum. Ils affirment que le surpeuplement de la planète et la croissance économique inviable (5 % par an) ne peuvent déboucher que sur l’épuisement des ressources naturelles et la paupérisation des populations. Bien plus le réchauffement du climat par eux constaté proviendrait de l’accroissement des activités humaines et conduirait à terme à la multiplication des catastrophes, famines, guerres et inégalités. Le risque d’un réchauffement du climat est un argument nouveau, car le rapport Paley en 1952 et le rapport Meadows en 1972 (périodes d’envolée des cours de matières premières) avaient déjà prédit l’épuisement des ressources naturelles. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"><span>          </span>En 1997 une conférence des Nations Unies sur l’environnement avait proposé un engagement des pays signataires (Protocole de Tokyo) de réduire d’ici 2008-2012 les émissions de gaz à effet de serre de 5 %, mais on se souvient que les plus gros émetteurs (États-Unis, Chine, Inde), réunis à la conférence de Bali en décembre 2007 se sont gardés de s’y engager. Les partisans des scénarios catastrophe ont alors affirmé que ce n’était pas suffisant et qu’il faudrait réduire ces émissions de 60 à 80% le plus vite possible, du fait que le réchauffement du climat était en cours et serait dix fois plus rapide qu’au siècle précédent. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Le rapport Stern <strong>(6)</strong> en 2004 avait tenté de fixer ces échéances, en prenant la précaution de choisir un horizon à long terme : 2050 ou 2100. Cependant, il s’agissait de proposer des solutions pour enrayer cette évolution dès 2010, 2020 et 2030. L’élévation de la température moyenne qui avait été de 0,6° au XX<sup>e</sup> siècle, surtout au cours des décennies récentes, risquait d’atteindre 2 à 3° d’ici 2050 et 4 à 5° d’ici 2100. La fonte des glaciers, l’instabilité des climats (sécheresse et inondations) et l’aridité croissante des régions agricoles les plus exposées (Méditerranée, Middle West, Australie) auront alors un coût humain très élevé. En particulier l’élévation d’un mètre du niveau des océans annihilerait de nombreuses contrées très peuplées (Bangladesh), or la moitié de l’humanité réside à faible distance de la mer, ce sont les terres alluviales les plus fertiles… Comme les émissions de gaz carbonique les plus massives accompagnent l’utilisation de combustibles fossiles (pétrole et charbon) dans l’industrie et les transports, mais aussi l’agriculture industrielle et le logement, il serait nécessaire de réduire dès aujourd’hui ces consommations. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Les experts du rapport Stern ont voulu chiffrer le coût et le bénéfice des mesures proposées pour les comparer aux conséquences de la poursuite de la croissance non maîtrisée d’aujourd’hui. Le coût des contraintes d’économie d’énergie et de la mise en place d’énergie de substitution (solaire, éoliennes) sera très élevé, mais moins lourd que celui des dommages de la croissance économique. En revanche, le rapport Stern ne mesure pas la perte de compétitivité résultant des « écotaxes » proposées, car il est bien évident que les pays émergents n’imposeraient pas ces pénalités à leurs activités économiques. Le taux de croissance de l’économie mondiale deviendrait alors très modeste, mais faute d’adopter les sauvegardes nécessaires, <strong>le niveau de vie pourrait diminuer de 20 à 30 % dans les pays les plus riches et s’effondrer dans les régions les plus pauvres</strong>. Pour nos générations qui ont profité d’un enrichissement continu cette perspective semble inacceptable. La vision de l’écologie profonde a séduit de nombreux intellectuels, par exemple des philosophes européens vivant en Amérique, tels que Michel Serres <strong>(7)</strong> ou René Girard. Suivant René Girard <strong>(8)</strong>, historien des <span style="letter-spacing: -0.6pt;">religions, le réchauffement global et les problèmes d’écologie sont des signes apocalyptiques réels. </span>Pour d’autres, tels que Jacques Attali <strong>(9)</strong>, l’histoire de l’avenir sera dominée par les bouleversements géopolitiques et la multiplication des zones de chaos et d’ « hyper conflits », accompagnant l’émigration massive des populations chassées par le réchauffement du climat.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">L’hypothèse d’un réchauffement de la température est devenue un article de foi pour les journalistes, hommes politiques, organisations internationales et associations altermondialistes. On demandera aux candidats aux élections de signer un pacte écologique, s’engageant à réduire les émissions de CO<sup>2</sup> ! En revanche, les milieux scientifiques sont très partagés. La dissidence a débuté il y a plus d’une décennie avec la publication du « Skeptical environmentalist » du statisticien danois Bjorn Lomborg <strong>(10) </strong>; les Français, notamment Claude Allègre et Gérard Bramoulé <strong>(11)</strong>, étaient alors fort peu nombreux à dénoncer l’imposture scientifique. La contestation connut une très large diffusion quand un écrivain à succès, Michael Crichton <strong>(12)</strong> (l’auteur de Jurassic Park) publia son « Fear Factor », ouvrage dans lequel il réfutait les hypothèses des écologistes, plus particulièrement celles du rapport Stern. En France en 2007 de nombreux essais ont contesté les analyses du rapport Stern et le gaspillage des ressources affectées à certaines énergies de substitution (solaire, éoliennes, biocarburants), entre autres Claude Allègre <strong>(13)</strong>, Christian Gérondeau <strong>(14)</strong> ou Jean de Kervasdoué <strong>(15)</strong> et Laurent Cabrol. <strong>(16)</strong> Ils s’accordent tous sur la nécessité d’accorder la priorité à l’énergie nucléaire, la moins polluante. La contestation principale porte sur le fait que la réduction des émissions de gaz à effet de serre dans les décennies à venir n’aura qu’un effet marginal sur le stock de gaz carbonique accumulé dans le passé et qu’il n’est pas démontré que les activités humaines soient le principal responsable du réchauffement éventuel du climat. En revanche les deux risques majeurs concernant l’environnement sont sous-estimés : la raréfaction des disponibilités en eau et la progression de la pollution. Plutôt que de construire des moulins à vent, ne vaudrait-il pas mieux colmater les fuites des réseaux d’adduction d’eau et recycler les décharges d’ordures et les eaux usées ? </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2° Le déclin démographique.</span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Pour la plupart des démographes et économistes, le déclin démographique est le prélude de la stagnation et de la régression économique. Cette interprétation avait inspiré les thèses stagnationnistes des années 1930 et le pessimisme de Schumpeter, pour lequel l’arrêt de la croissance démographique sous-tendait la grande dépression. Si la croissance démographique mondiale venait à s’interrompre et l’expansion économique céder la place à la régression, le système mondial serait exposé à une paupérisation massive. Or aucun démographe ne prévoit la décroissance de la population en 2030 ou 2050. La population mondiale continuera de progresser, toujours alimentée par la plus forte fécondité des Amériques, de l’Asie et surtout de l’Afrique. La population mondiale entre 2000 et 2030 devrait progresser encore de 25 à 40 % et approcher de 8.7 milliards d’habitants et commencer à se stabiliser au-delà de 2050. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Projection de la population mondiale 2000-2050, ONU révision 2004</span></p>
<table class="MsoTableGrid" style="border-collapse: collapse;" border="1" cellspacing="0" cellpadding="0">
<tbody>
<tr>
<td style="padding-right: 5.4pt; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border: windowtext 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Année</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: 1pt solid; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Hypothèse basse</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: 1pt solid; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Scénario médian</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: 1pt solid; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Hypothèse haute</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2000</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">6 085 572 000</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">6 085 572 000</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">6 085 572 000</span></strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2010</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">6 781 431 000</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">6 842 923 000</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">6 903 276 000 </span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2020</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">7 280 148 000</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">7 577 889 000</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">7 873 172 000</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2030</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">7 618 083 000</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">8 701 319 000</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">8 784 155 000</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2000/2030 </span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">+1 532 511 000</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">+2 615 747 000</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">+2 698 583 000</span></strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2050*</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">7 792 000 000</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">9 191 000 000</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">11 858 000 000</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2030/2050</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">+ 173 917 000</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">+ 489 681 000</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">+ 3 073 845 000</span></strong></p>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">* sixième révision de 2006, ONU 2008</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">La tendance au ralentissement de la progression de la population devrait au-delà de 2030 s’étendre à toutes les régions. Les incertitudes de la prévision démographique restent cependant importantes, car les évaluations ne sont pas fiables dans beaucoup de régions, par exemple en Chine, en Inde ou en Afrique. Le démographe Jacques Dupâquier <strong>(17)</strong> n’a pas manqué d’en avertir les prévisionnistes. Le vieillissement de la population sera très marqué en Asie : la pyramide des âges de la population mondiale, stabilisée en 2050 aux alentours de 9 milliards d’habitants, exprimerait la généralisation de la transition démographique, la baisse de la fécondité et l’effet du vieillissement des populations.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%; text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-1733" title="introduction-a-le28099economie-du-developpement2" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2008/11/introduction-a-le28099economie-du-developpement2.jpg" alt="Introduction à l’économie du développement" width="499" height="283" /></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%; text-align: center;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Source : G.F Dumont, Population et Avenir, mai 2005.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">L’Europe y compris la Russie, qui accueillait encore 22 % de la population mondiale en 1950 et 11 % en 2005, n’en représenterait plus que 7 % en 2050. Les deux milliards d’habitants de l’Afrique deviendraient trois fois plus nombreux que les Européens ! La stagnation ou diminution de la population en Europe peut être cependant compensée par les migrations provenant des régions à plus forte fécondité. En effet, les migrations contribuent déjà aux deux tiers de l’accroissement de la population européenne : elles ont affecté 190 millions de personnes en 2005 et seront beaucoup plus étendues dans l’avenir. Par ailleurs, rien ne permet d’exclure un rebond de la fécondité, comme on a pu l’observer en France. Autrement dit, il n’est pas certain que l’Allemagne, l’Espagne ou l’Italie, voire la Russie, dont la population commence à diminuer, seront moins peuplées dans une génération, du fait que ces pays attireront de plus en plus d’immigrants. En revanche, les Chinois dans une génération et les Japonais dès aujourd’hui risquent dans l’avenir un vieillissement très rapide et un déclin démographique prononcé ; or leurs populations homogènes sont peu accueillantes aux étrangers.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"><span style="font-weight: bold;">1- </span><strong>L’Europe</strong> est la première région menacée de déclin démographique, surtout l’Europe du Sud, l’Europe centrale et la Russie : depuis plus d’une décennie le taux de remplacement des générations n’est plus assuré. À moins d’accepter une immigration massive, la population diminuera fortement. Les adversaires de l’immigration ont peur de s’aligner sur les bas salaires du tiers monde ; ils se trompent bien souvent. Une diminution des niveaux de vie n’est pas inéluctable du fait de l’élévation des revenus en remontant l’échelle des âges dans toutes les régions où les salaires et pensions augmentent avec l’ancienneté. Moins de jeunes et de familles nombreuses, plus de ménages étroits à deux salaires et d’adultes mûrs et plus de retraités relève le niveau des revenus moyens. Les adultes jeunes sont de plus en plus des immigrés, moins payés que les cadres, mais ils remonteront à leur tour l’échelle des revenus. De nombreux scénarios, à l’image du rapport Stern, font l’hypothèse d’une diminution de 10 à 20 % des niveaux de vie. Or le niveau de vie n’a pas diminué en Espagne, mais augmenté. Le risque n’est pas à titre principal celui de la baisse du pouvoir d’achat, même en cas de dépression, c’est celui de la contraction de la population active et du poids excessif des retraites, car les adolescents d’aujourd’hui devront financer leurs retraites et celles de leurs parents.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"><span style="font-weight: bold;">2-</span> <strong>Les prévisions démographiques</strong> pour 2020 et 2030 soulignent la vulnérabilité de l’Europe occidentale et centrale, comme le souligne Jean François Dumont. <strong>(18)</strong> Cependant depuis l’an 2000 on remarque un réveil de la fécondité et de la natalité, en France, dans l’Europe du nord et en Angleterre. Il faut souhaiter que cette évolution se poursuive et s’étende. Dans le monde germanique et slave, où la chute de la natalité et de la fécondité est très forte, même en Pologne, à plus forte raison dans l’Europe du sud, les prévisions démographiques tablent sur une forte diminution de la population. Même dans l’hypothèse haute de l’ONU d’un redressement de la fécondité, l’Europe sera vraisemblablement moins peuplée dans une génération. Le recul de l’âge au mariage, la fréquence restreinte des familles nombreuses et surtout l’allongement de la durée de vie restent des tendances lourdes du cycle vital : vieillissement, rétrécissement de la pyramide des âges et diminution de la population active.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"><span style="font-weight: bold;">3-</span><strong> L’Asie industrielle</strong> est également menacée par le déclin démographique, mais à plus longue échéance. En effet, la Chine présente aujourd’hui un indice synthétique de fécondité inférieur au taux de remplacement des générations, mais sa population continue de s’accroître chaque année. En revanche, son vieillissement sans transition laisse présager une dégradation rapide du rapport de dépendance entre les actifs et les inactifs. Cependant, on observe en Chine une reprise de la natalité, car la stratégie de l’enfant unique atteint ses limites. En 2030 la population de la Chine aura augmenté de cent millions d’habitants approchant de 1,4 milliard d’habitants, puis elle progressera lentement jusqu’en 2050 et commencera à décliner. L’Inde est loin d’avoir achevé sa transition démographique et sa population finira par excéder celle de la Chine. Le potentiel de baisse de la mortalité y reste considérable au regard de la Chine. Les indicateurs de niveau de vie, de santé et d’éducation attestent la persistance de la pauvreté de masse en Inde et la pression démographique y reste un handicap. En revanche, le déclin démographique du Japon est amorcé, ce pays présente un indice synthétique de fécondité proche de l’Italie et sa population devrait se contracter à moins de 100 millions d’habitants (comme d’ailleurs en Russie). La Corée et Taiwan sont également menacés de déclin démographique. Si la croissance économique très rapide de ces régions devait s’effondrer, les niveaux de vie diminueraient considérablement. Une grande instabilité politique et sociale est prévisible. La fermeture des marchés à l’exportation et la contraction du pouvoir d’achat sur les marchés locaux, priveraient les entreprises délocalisées de leurs débouchés.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">La diminution de la population au cours de la prochaine génération constitue un risque certain pour l’Europe. Cependant, la véritable menace pour l’expansion future nous semble bien davantage découler des turbulences monétaires et financières.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">            3° L’instabilité de la sphère financière et monétaire.</span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Dans le passé récent et même lointain, les crises importantes de l’économie mondiale ont été accompagnées ou précédées par de fortes turbulences financières : dévaluations, inflations incontrôlées, paniques bancaires, effondrement du cours des actions, volatilité des courants de capitaux… Aujourd’hui, la fin apparente de l’inflation et l’efficacité de l’intervention des banques centrales et des institutions internationales semblent nous permettre d’endiguer beaucoup plus rapidement les paniques. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Et cependant, la progression des échanges internationaux et des mouvements de capitaux a renforcé la vulnérabilité du système international et des systèmes financiers nationaux. Les réserves des banques centrales occidentales et institutions internationales ne représentent plus qu’une fraction restreinte des flux de capitaux volatiles déplacés en quelques instants d’une place financière à une autre. Les sociétés financières, fonds de retraite, et « fonds souverains » ont construit des empires sur les plus grands marchés boursiers. Un nombre limité de pays en Asie et au Moyen-Orient accumule des réserves de change croissantes et détiennent l’essentiel des titres de la dette des pays occidentaux. Ces créances sont placées surtout aux États-Unis et libellées en dollars, mais progressivement la valorisation de l’Euro attire ces capitaux flottants. Le double déficit américain, celui du budget et de la balance commerciale, aboutit à la croissance inexorable de leur dette intérieure et extérieure. Ces obligations détenues par la Chine, le Japon, la Russie ou l’Arabie risquent un jour d’être abandonnées pour des titres similaires en zone Euro, ce qui contribuerait à l’instabilité des taux de change et des taux d’intérêt. Bref, l’instabilité financière potentielle des marchés s’accroît.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Le point de vue exprimé par Alan Greenspan <strong>(19)</strong>, qui fut pendant deux décennies à la tête du Federal Reserve System, est éclairant sur les relations d’interdépendance entre la sphère financière et la sphère économique. Certes il ne faut pas oublier que les États-Unis sont un marché très particulier où les fluctuations cycliques sont amples. Leur politique monétaire n’est pas forcément bonne pour le reste du monde, pas davantage les hauts et bas du dollar que ceux des taux d’intérêt ou le manque de rigueur des finances publiques. Cependant, les autorités économiques et monétaires réagissent très vite, à la différence de l’Europe. Le niveau excessivement bas du taux d’intérêt à long terme, le taux d’intérêt réel à court terme devenu nul ou négatif et les débordements du crédit ont incité les investisseurs à se placer sur des titres spéculatifs, sans mesurer leurs risques. Lors de la grande crise boursière de 1987, puis en 1991/92 ou à la fin de l’année 2007, les indicateurs laissaient présager un retournement du cycle vers le bas. Les faillites bancaires et immobilières ont accompagné le mouvement et les autorités monétaires et budgétaires ont dû procéder à leur sauvetage, sans pour autant éviter la récession. Or dans tous les pays occidentaux, ces symptômes se reproduisent et sont associés aux interventions spéculatives sur les marchés immobiliers et boursiers. Cependant, l’Europe, plus ouverte aux échanges extérieurs, est plus vulnérable que l’Amérique, les récessions et crises financières venues d’outre-Atlantique ont toujours déstabilisé l’Europe. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Les cinq récessions des États-Unis depuis 1973/75 ont été beaucoup plus sévères que chez nous (3 à 5 % de baisse d’activité), en revanche les reprises européennes ont été moins vigoureuses. L’incidence des crises boursières et bancaires reste aléatoire, une crise financière ne suffit pas à provoquer une crie économique. Cependant, comme le souligne Philippe d’Arvisenet <strong>(20)</strong>, la sphère financière américaine reste prédominante (près de la moitié de la capitalisation boursière mondiale) et ses turbulences s’étendent à tous les marchés de capitaux. <strong>(21)</strong> L’interdépendance des taux de change et des taux d’intérêt induit alors des mouvements de capitaux spéculatifs incontrôlés. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">L’évolution du cours des changes entre l’euro et le dollar est malsaine, ils ne correspondent pas à la parité des pouvoirs d’achat et alimentent la spéculation : pourquoi pas un Euro à 2 Dollars ou à 50 cents ! Faut-il rappeler qu’après la dévaluation de la Livre en 1967, les pays du Commonwealth ont converti leurs balances sterling en dollars et le système monétaire international est devenu très instable. Le désordre monétaire actuel rappelle le cycle de dévaluations-réévaluations opposant le Franc et le Mark avant l’Euro. La concurrence est faussée, le pays à monnaie faible dope ses exportations, le pays à monnaie forte a des prix de vente trop élevés. Il est évident que seul un étalon multidevises établissant des parités stables entre l’Euro, le Dollar, le Yen et le Yuan pourrait stabiliser les marchés des changes, ce qui supposerait une réforme au FMI. On a trop oublié le déroulement des crises de change en Amérique latine et en Asie, chaque fois au Mexique et en Thaïlande, les économies locales ont subi de graves récessions et la dévaluation de leurs monnaies a contaminé les pays voisins. Nous avons également oublié les crises de la dette dans les pays en voie de développement, quand progressivement ces obligations ne valent plus rien. Le système mondial de l’avenir n’est pas à l’abri de ces crises qui souvent ont déclenché de longues interruptions de croissance.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">La principale inquiétude exprimée par les partisans d’un scénario noir de dépression mondiale concerne les <strong>mouvements de capitaux spéculatifs</strong>. Trop de spéculation irrationnelle à court terme finit par désactiver les fondamentaux de l’économie et de la bourse. Les rendements et la profitabilité dans la sphère réelle sont de 2 à 4 %, ceux des négociateurs (traders) sont de 10 à 15 %, mais les risques de pertes sont beaucoup plus lourds. Les Cassandres soulignent le fait que le commerce international a progressé deux à trois fois plus rapidement que la production intérieure, mais la progression des mouvements de capitaux flottants a été encore plus rapide. Les exportations représentent le tiers du PIB mondial : elles sont de plus en plus formées de services et de nombreuses transactions sont frauduleuses et contraires à l’éthique. La contrebande et l’argent du crime ont progressé avec démesure. Les estimations concernant les transactions sur la drogue sont de l’ordre de 1 trillion de dollars, mais les opérations de blanchiment de l’argent sale, se rapportant aux trafics les plus divers, à l’évasion fiscale et à l’argent de la corruption, nourrissent des transactions financières beaucoup plus importantes. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Les organisations internationales (OMC, FMI, BRI, Banque mondiale) ont exprimé leurs inquiétudes sur les <strong>effets déstabilisateurs de la globalisation financière</strong>. En particulier Jacques de Larosière <strong>(22)</strong>, rappelle que les pays émergents ont au cours de la dernière décennie accumulé des excédents spectaculaires de balance des paiements et détiennent la plus grande part des réserves de change. Ces réserves sont placées à court terme par des « Fonds souverains » en actions et en obligations, mais également en produits dérivés de crédit qui ont alimenté ce marché mondial estimé à 26 trillions de dollars. Bien plus les transactions sur les changes ne mobilisent qu’une faible fraction (3 %) des besoins des exportateurs et importateurs, l’essentiel est animé par les mouvements de capitaux et surtout les capitaux flottants. Le décloisonnement, la désintermédiation et déréglementation de la finance internationale, soulignés par Henri Bourguinat <strong>(23)</strong>, ont abouti à l’accumulation de masses financières spéculatives portant sur la moitié du PIB mondial, en particulier ces « fausses créances » détenues par les « Fonds souverains », plaçant les réserves de change des pays émergents, et par les « Fonds alternatifs » (Hedge funds), captant les capitaux en fuite. Ces intermédiaires sont localisés pour la plupart dans les refuges fiscaux. Le dérèglement de la sphère financière depuis l’an 2000 a accompagné l’essor de la « titrisation » des prêts à risques des établissements financiers, transformé en produits financiers rachetés par tous les établissements bancaires. Le Japon, où les intermédiaires financiers avaient accumulé les créances douteuses, avait déjà connu une crise bancaire et financière, débouchant sur un arrêt de sa prospérité. Ces risques ont été multipliés au cours de la dernière décennie, comme le souligne Hervé Lorenzi <strong>(24)</strong>, et la crise bancaire, partie des États-Unis en 2007, contamine la plupart des places financières.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Cependant, l’augmentation de la fréquence, de la durée et de la contagion internationale des crises bancaires, crises boursières et crises de change au cours des années 1970 et 2000 n’est pas une explication suffisante du ralentissement de la croissance économique en Europe et surtout aux États-Unis. La prévision conjoncturelle permet de diagnostiquer une récession, sans pour autant pronostiquer sa durée et sa puissance de contagion internationale. Comme l’explique Robert Boyer <strong>(25)</strong> au Conseil d’Analyse Economique, les crises financières ne sont pas toujours synchronisées. Les opérations de sauvetage finissent par rétablir la confiance des investisseurs et spéculateurs, par exemple lors de la crise des crédits immobiliers « subprimes » au printemps 2008, mais pour une durée souvent éphémère ! D’autres crises bancaires et boursières plus étendues peuvent survenir. La socialisation des pertes accompagnant le sauvetage des banques renforce l’incidence des déficits et des dettes publiques et l’instabilité de la sphère financière. Le ressort de la confiance en cas de panique est le plus souvent tributaire des interventions des chefs d’État et des autorités monétaires. Si les gouverneurs de banques centrales et les responsables des institutions internationales affichent leur impuissance face à l’imminence d’une grande dépression, elle finit par s’installer !</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">En résumé, le retour de l’inflation, les crises de change et les crises boursières constituent à moyen terme des risques beaucoup plus lourds que l’interruption transitoire des approvisionnements pétroliers ou une diminution (transitoire) de la population.</span></p>
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal"><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">        II- UN SCÉNARIO ROSE : POURSUITE DE LA CROISSANCE ET RATTRAPAGE DES PAYS ÉMERGENTS</span></strong></p>
<p class="MsoNormal"> </p>
<p class="MsoNormal"><strong></strong></p>
<p class="MsoNormal"> </p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Le scénario catastrophe imaginé par les Cassandres de l’économie, de la démographie et de l’environnement conduit plusieurs d’entre eux à projeter sur leur représentation du présent et du passé récent des images catastrophiques qui ne sont pas conformes à la réalité et expriment des préjugés idéologiques. <strong>La peur de la « mondialisation » </strong>en cours, <strong>la hantise de la domination américaine </strong>et <strong>l’hostilité envers le libéralisme et le capitalisme</strong> continuent d’inspirer leurs hypothèses. Ces adversaires de l’économie libérale sont persuadés que la pauvreté et les inégalités augmentent partout, que le tiers-monde est livré à l’explosion démographique, que la population décline dans tous les pays riches, que la planète manque de ressources naturelles et que tous les flux financiers sont spéculatifs et dévastateurs. Cependant, nombre d’économistes, jusqu’alors persuadés de l’instabilité fondamentale du capitalisme financier et du retour des cycles <strong>(26)</strong> y compris les dépressions longues, tels que Pierre Dockès, reconnaissent aujourd’hui que la mondialisation a été diabolisée, « elle est devenue la grande peur du XXI<sup>e</sup> siècle ». <strong>(27)</strong> </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Le bilan du système mondial au cours des trois dernières décennies a été largement positif. La croissance économique n’a jamais été aussi forte : même si la décennie actuelle s’achevait par une croissance mondiale de 2 % en 2009, de 1 % ou de -2 %, elle resterait l’une des plus brillantes de l’histoire économique. Enfin, la production de pétrole, de gaz naturel et surtout de charbon augmente à la mesure de l’expansion de la consommation et la croissance de l’offre des denrées alimentaires n’a jamais été aussi dynamique. Les crises financières sont plus fréquentes, mais plus rapidement contenues. Elles n’ont pas cassé l’expansion mondiale. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Les prévisions de croissance du FMI sont plus optimistes que le scénario du CEPII. C’est en partant de ces tendances que nous évoquerons les principaux arguments en sa faveur, tout en restant conscient du caractère aléatoire de toute projection et extrapolation.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1° Le scénario de croissance des institutions internationales pour 2030.</span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">La plupart des institutions internationales (FMI, Banque mondiale) et régionales (OCDE) ont présenté des scénarios de croissance à moyen terme, en retenant<strong> des prévisions de croissance annuelle dans le monde de 3 à 5% par an jusqu’en 2030</strong>. <strong>(28)</strong> La perspective ouverte est celle d’une future prospérité et non celle d’une prochaine austérité. Les chiffrages varient suivant que les estimations de production sont présentées en dollars courants ou constants ou en parités de pouvoir d’achat. Elles excédent rarement 2 à 3% pour les anciens pays industrialisés et sont deux à trois fois plus fortes pour les pays émergents. Cependant, le ralentissement de ces performances est envisagé dès 2020 et au-delà de 2030. La conséquence la plus évidente de ces tendances serait la poursuite de la réduction des inégalités entre nations riches et pauvres, du fait du rapprochement des niveaux de vie entre les nations émergentes et les pays occidentaux. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">La thèse des inégalités croissantes <strong>(29)</strong> entre pays riches et pauvres a été un fondement des théories de l’échange inégal, elle continue d’inspirer l’économie du développement. Jusqu’à une époque récente, il était courant de présenter le contraste entre l’États-Unis et l’Inde pour affirmer que les écarts absolus de niveau de vie entre les deux pays étaient passés de 1 à 30 à 1 à 100 et que la part des ressources mondiales accaparée par l’Occident était de 80 %. Le tiers monde exploité n’était pas responsable de la pollution, ses ressources naturelles pillées nourrissaient le développement du monde nanti de l’Occident. Aujourd’hui, on constate que la production mondiale se répartit par moitié entre les vieux pays industriels et le reste du monde et que les nations émergentes sont les plus polluées&#8230; Bien plus, <strong>les écarts de niveau de vie</strong> entre ces deux mondes <strong>ont fortement diminué</strong> : <strong>ils sont de 1 à 4</strong> et deviendront en 2030 de 1 à 3. Dans l’avenir, les revenus moyens de l’Asie industrielle auront triplé ou quadruplé. Cette hypothèse s’appuie sur la tendance observée par les économistes de la Banque mondiale (Bourguignon <strong>(30)</strong>, Ravallion <strong>(31)</strong>) depuis 1980, car la pauvreté a diminué de moitié dans le monde depuis cette date, essentiellement en Asie, où se rassemblent les masses démographiques les plus importantes. L’éclairage des institutions internationales est à l’opposé des scénarios de dépression longue, voire de décroissance. L’OCDE prévoit un « boom long » de l’économie mondiale, la Banque mondiale une redistribution majeure des puissances économiques, la Chine devenant la première puissance dans 30 ans. Certes, ces tendances ne sont pas uniformes et laissent une large place aux oubliés de la croissance et aux régions menacées par le déclin démographique (L’Europe et le Japon) ou aux régions encore éloignées de la transition démographique (essentiellement l’Afrique sub-saharienne et une grande partie du monde musulman).</span></p>
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Perspectives de croissance économique annuelle pour 2030 (%)</span></p>
<table class="MsoTableGrid" style="border-collapse: collapse;" border="1" cellspacing="0" cellpadding="0">
<tbody>
<tr>
<td style="padding-right: 5.4pt; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; width: 95.4pt; padding-top: 0cm; border: windowtext 1pt solid;" width="127" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: 1pt solid; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 155.5pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" colspan="2" width="207" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">CEPII</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: 1pt solid; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 213.5pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" colspan="2" width="285" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Goldman/Sachs/Hitatchi</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 95.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="127" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Régions</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.85pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="94" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1970/2000</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 84.65pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="113" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2000/2030</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 114.5pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="153" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1980/2005</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 99pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="132" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2005/2030</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 95.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="127" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">États-Unis</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.85pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="94" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">3.0</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 84.65pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="113" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2.0</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 114.5pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="153" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">3.1</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 99pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="132" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2.5</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 95.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="127" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Japon</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.85pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="94" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">3.2</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 84.65pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="113" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1.4</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 114.5pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="153" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2.3</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 99pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="132" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1.2</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 95.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="127" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Europe</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.85pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="94" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2.6</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 84.65pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="113" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1.9</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 114.5pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="153" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2.3</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 99pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="132" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2.3</span></strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 95.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="127" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Asie</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.85pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="94" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">6.4</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 84.65pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="113" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">5.0</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 114.5pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="153" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">7.2</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 99pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="132" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">5.2</span></strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 95.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="127" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Amérique latine</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.85pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="94" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">3.5</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 84.65pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="113" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">3.2</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 114.5pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="153" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2.3</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 99pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="132" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">4.0</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 95.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="127" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Russie et CEI</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.85pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="94" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">0.1</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 84.65pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="113" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">3.4</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 114.5pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="153" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">0.7</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 99pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="132" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">4.8</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 95.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="127" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Moyen Orient</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.85pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="94" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">3.6</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 84.65pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="113" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">3.0</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 114.5pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="153" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2.7</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 99pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="132" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">4.9</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 95.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="127" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Afrique</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.85pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="94" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2.4</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 84.65pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="113" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">3.8</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 114.5pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="153" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2.1</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 99pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="132" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">5.8</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 95.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="127" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">MONDE</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.85pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="94" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">3.3</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 84.65pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="113" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">3.0</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 114.5pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="153" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">3.4</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 99pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="132" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">3.7</span></strong></p>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">Sources : CEPII, Kousnetzoff, Croissance économique mondiale, un scénario à horizon 2030, décembre 2001-21. Banque Mondiale, Global economic prospect 2007. Goldmann/Sachs, Brick model projections, Economic research paper, 14 octobre 2004. Long term economic outlook, Hitachi Research Institute, 12 décembre 2007.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Avec une croissance économique moyenne de 3 à 4% par an et une croissance démographique modérée, il n’est pas étonnant que les prévisions d’accroissement des revenus moyens soient également très fortes. Les estimations d’Angus Maddison <strong>(32)</strong> anticipent dans toutes les régions un doublement ou triplement des productions nationales et un accroissement rapide des revenus par habitant, même en Afrique. Par rapport au dix-neuvième siècle, la progression depuis 1900 serait exceptionnelle, une multiplication par 17 à 18 en Europe et au Japon, deux fois plus élevée en Amérique du Nord et en Inde, quatre fois plus en Amérique latine et en Chine ! </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Estimation par Maddison du PIB mondial 1900/2030 (Milliards de dollars internationaux 1990)</span></p>
<table class="MsoTableGrid" style="border-collapse: collapse;" border="1" cellspacing="0" cellpadding="0">
<tbody>
<tr>
<td style="padding-right: 5.4pt; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; width: 104.4pt; padding-top: 0cm; border: windowtext 1pt solid;" width="139" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Régions</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: 1pt solid; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 54pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="72" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1900</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: 1pt solid; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 81pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="108" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2001</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: 1pt solid; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 81pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="108" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2030</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: 1pt solid; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 140.2pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" colspan="2" width="187" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Coefficient de multiplication </span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 104.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="139" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 54pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="72" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 81pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="108" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 81pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="108" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="93" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1900/2030</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="93" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2001/2030</span></strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 104.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="139" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Pays développés</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 54pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="72" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1 075</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 81pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="108" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">19 331</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 81pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="108" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">33 704</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="93" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">31</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="93" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1.74</span></strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 104.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="139" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">États-Unis</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 54pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="72" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">313</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 81pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="108" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">7 965</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 81pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="108" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">15 851</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="93" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">51</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="93" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1.99</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 104.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="139" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Japon</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 54pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="72" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">52</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 81pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="108" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2 625</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 81pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="108" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">3 995</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="93" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">17</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="93" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1.52</span></strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 104.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="139" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Europe</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 54pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="72" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">676</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 81pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="108" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">7 550</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 81pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="108" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">11 964</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="93" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">18</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="93" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1.58</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 104.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="139" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Autres</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 54pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="72" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">34</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 81pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="108" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1 190</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 81pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="108" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1 914</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="93" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">56</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="93" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1.61</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 104.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="139" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Tiers Mondes</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 54pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="72" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">8 999</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 81pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="108" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">17 863</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 81pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="108" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">55 576</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="93" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">62</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="93" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">3.11</span></strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 104.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="139" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Russie</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 54pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="72" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">154</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 81pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="108" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1 343</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 81pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="108" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2 805</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="93" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">18</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="93" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2.09</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 104.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="139" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Autres CEI</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 54pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="72" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">102</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 81pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="108" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">729</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 81pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="108" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1 480</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="93" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">14</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="93" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2.03</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 104.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="139" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Chine</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 54pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="72" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">218</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 81pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="108" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">4 570</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 81pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="108" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">16 504</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="93" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">76</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="93" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">3.61</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 104.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="139" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Inde</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 54pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="72" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">171</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 81pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="108" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2 003</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 81pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="108" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">8 630</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="93" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">50</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="93" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">4.31</span></strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 104.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="139" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Autres asiatiques</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 54pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="72" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">116</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 81pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="108" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">4 908</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 81pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="108" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">17 785</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="93" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">153</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="93" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">3.62</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 104.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="139" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Amérique latine</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 54pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="72" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">72</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 81pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="108" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">3 087</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 81pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="108" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">5 960</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="93" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">83</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="93" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1.93</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 104.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="139" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Afrique</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 54pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="72" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">66</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 81pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="108" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1 223</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 81pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="108" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2 622</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="93" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">40</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="93" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2.14</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 104.4pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="139" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">MONDE</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 54pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="72" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1 974</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 81pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="108" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">37 194</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 81pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="108" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">89 480</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="93" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">45</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 70.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="93" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2.40</span></strong></p>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">Source : Maddison, précité et Stanley Fischer, The new global economic geography, Banque fédérale de réserve de Kansas City, 28 août 2006.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Le déplacement de la puissance économique de l’Europe vers les États-Unis est frappant : une production deux fois plus importante en 1900, équivalente en 2000 et inférieure d’un tiers en 2030. Les changements les plus spectaculaires concernent les tiers mondes et le rattrapage de l’Asie industrialisée. Ainsi, en valeur constante, le PIB de la Chine, estimé à la moitié de celui des États-Unis en 2001, deviendrait dès 2030 aussi élevé. Le rattrapage des niveaux de vie serait toutefois plus modeste, les Chinois resteraient quatre fois moins favorisés que les Américains ou les Européens. Dès que les estimations sont proposées en parités de pouvoir d’achat, le rattrapage des niveaux de vie apparaît beaucoup plus rapide, par exemple dans les évaluations de Goldmann/Sachs. Le PNB par habitant des Chinois estimé à 14 % du niveau américain en 2000, en approcherait le tiers en 2030 et la moitié en 2050 et le revenu moyen coréen excéderait celui des Japonais ou Allemands !</span></p>
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Projection des PIB par habitant en dollars de parités de pouvoir d’achat, 2030/2050</span></p>
<div>
<table class="MsoTableGrid" style="border-collapse: collapse;" border="1" cellspacing="0" cellpadding="0">
<tbody>
<tr>
<td style="padding-right: 5.4pt; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; width: 76.75pt; padding-top: 0cm; border: windowtext 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Années</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: 1pt solid; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.75pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">États-Unis</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: 1pt solid; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.75pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Chine</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: 1pt solid; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.75pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Brésil</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: 1pt solid; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.8pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Russie</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: 1pt solid; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.8pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Corée</span></strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 76.75pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2000</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.75pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">34 003</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.75pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">3 823</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.75pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">7 611</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.8pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">7 240</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.8pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">15 074</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 76.75pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2020</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.75pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">47 956</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.75pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">12 534</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.75pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">13 563</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.8pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">18 758</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.8pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">31 209</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 76.75pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2030</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.75pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">56 216</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.75pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">18 448</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.75pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">18 842</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.8pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">27 424</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.8pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">39 977</span></strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 76.75pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2050</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.75pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">82 179</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.75pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">37 304</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.75pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">38 407</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.8pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">48 685</span></strong></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 76.8pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="102" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">61 863</span></strong></p>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
</div>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana; letter-spacing: -0.5pt;">Source : Goldmann/Sachs, Modèle BRICK (Brazil, Russia, India, China and, Korea<em>)</em>, précité.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> <br />
Projection vers 2050 des PIB par habitant en dollars constants 2004</span></p>
<div>
<table class="MsoTableGrid" style="border-collapse: collapse;" border="1" cellspacing="0" cellpadding="0">
<tbody>
<tr>
<td style="padding-right: 5.4pt; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border: windowtext 1pt solid;" rowspan="2" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Pays</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: 1pt solid; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 248.35pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" colspan="2" width="331" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana; letter-spacing: -0.6pt;">PIB/Habitant en $ constants au taux de change 2004</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: 1pt solid; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 97.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" rowspan="2" width="129" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Progression %</span></strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 131.35pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="175" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2005</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 117pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="156" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2050</span></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">États-Unis</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 131.35pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="175" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">40 339</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 117pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="156" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">88 443</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 97.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="129" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">119.2</span></strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">France</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 131.35pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="175" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">33 978</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 117pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="156" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">74 685</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 97.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="129" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">119.8</span></strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Japon</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 131.35pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="175" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">36 686</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 117pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="156" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">70 646</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 97.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="129" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">92.6</span></strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Espagne</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 131.35pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="175" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">23 982</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 117pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="156" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">66 652</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 97.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="129" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">177.5</span></strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Corée</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 131.35pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="175" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">15 154</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 117pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="156" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">66 489</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 97.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="129" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">338.8</span></strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Brésil</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 131.35pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="175" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">3 415</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 117pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="156" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">26 924</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 97.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="129" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">688.4</span></strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Turquie </span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 131.35pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="175" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">4 369</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 117pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="156" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">35 831</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 97.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="129" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">720.8</span></strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Russie</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 131.35pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="175" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">4 383</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 117pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="156" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">41 876</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 97.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="129" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">855.4</span></strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Chine</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 131.35pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="175" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1 664</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 117pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="156" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">23 534</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 97.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="129" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1314.3</span></strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Indonésie</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 131.35pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="175" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1 249</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 117pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="156" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">23 097</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 97.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="129" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1749.2</span></strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: 1pt solid; width: 115.15pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="154" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Inde</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 131.35pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="175" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">874</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 117pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="156" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">12 733</span></p>
</td>
<td style="border-right: 1pt solid; padding-right: 5.4pt; border-top: medium none; padding-left: 5.4pt; padding-bottom: 0cm; border-left: medium none; width: 97.1pt; padding-top: 0cm; border-bottom: 1pt solid;" width="129" valign="top">
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1795.1</span></strong></p>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
</div>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Source, Price Waterhouse Coopers, The World in 2050, mars 2005</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">La prospective à ses limites, elle ne peut pas prévoir les catastrophes et les révolutions ou à l’opposé les « miracles économiques ». Le Brésil et le Mexique avaient au siècle dernier enregistré les records de croissance économique et l’Inde une progression très lente… On aurait pu prédire en 1975 que les Iraniens deviendraient plus riches que les Émirats pétroliers, du fait que la production augmentait de plus de 10% par an, il n’en fut rien. On aurait également pu prédire que l’Inde, univers de la pauvreté de masse, ne parviendrait pas à un niveau de revenu intermédiaire avant un ou deux siècles, aujourd’hui on estime que ce rattrapage se produira en une ou deux générations.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">            2° Comment repousser les obstacles à la croissance ?</span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Quels arguments apporter à l’hypothèse d’une poursuite de l’expansion économique mondiale au cours de la prochaine génération ? Essentiellement trois : la maîtrise plus complète de la mortalité et de la fécondité, l’accélération du progrès scientifique et technique, la mise en place de réformes structurelles propices au développement économique. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Une progression maîtrisée de la population mondiale.</span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">La population mondiale s’accroît aujourd’hui de 1,17 % par an</span></strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">, elle croîtra encore de 0.8 % en 2030 ; ce n’est pas une explosion démographique (+77 millions d’habitants en 2007), moins encore un hiver démographique en 2030 (+ 64 millions d’habitants !). Quand la population commence à diminuer de quelques dizaines de milliers d’habitants en Italie ou en Espagne, l’immigration compense largement le déficit des naissances. Ce déclin de la population devrait être plus prononcé dans un demi-siècle, à plus forte raison dans un siècle : de grands pays, tels que le Japon, auront perdu des dizaines de millions d’habitants, mais ce pays est surpeuplé et très riche.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Quand la croissance de la population n’est pas maîtrisée, tout ralentissement de l’expansion s’achève en recul de la puissance économique et en paupérisation de la population. Or deux régions dans le monde ont échappé à la « transition démographique » : l’Afrique et une partie du monde musulman. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">L’Afrique</span></strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">, aujourd’hui peuplée d’un milliard d’habitants, a une population dix fois plus importante qu’en 1900, elle représente 4 % du PIB mondial, pour 14 % de la population. Une croissance économique rapide est prévue dans l’avenir, mais elle ne suffira pas à enrayer la marginalisation économique du continent, le PIB deviendra quatre fois plus faible que celui de l’Inde. Cette participation pourrait en 2050 s’élever à 5 à 6 % du PIB mondial, mais pour le quart de la population mondiale ! C’est la seule région où le revenu par habitant ait reculé depuis 1980, aucun pays de la région ne s’est arraché au sous-développement, elle est restée le théâtre privilégié des guerres interethniques, elle a reçu le tiers de l’aide au développement qui s’est dissipée en prélèvements de la corruption… Malgré l’hypothèse optimiste d’une accélération de la croissance, la marginalisation de l’Afrique devrait se poursuivre : suivant François Bourguignon « L’Afrique devrait dans une génération devenir la seule région où la pauvreté ne reculera pas » ! La population de l’Afrique devrait augmenter moins vite dans l’avenir, et pourtant la plupart de ces pays conserveront de hautes fécondités. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Pour <strong>l’Islam,</strong> un milliard et 400 millions d’habitants (en incluant l’Islam d’Afrique du Nord et d’Afrique noire), les situations démographiques sont très contrastées. Les régions à prédominance musulmane d’Asie du Sud sont souvent surpeuplées, par exemple en Indonésie ; elles ont amorcé les premières étapes de la transition démographique (baisse de la mortalité et de la fécondité). Une évolution très rapide apparaît en Afrique du Nord <strong>(33)</strong>, où la fécondité devrait devenir inférieure au taux de remplacement des générations. Cependant, une partie de l’Islam continue de présenter des symptômes d’explosion démographique : au Pakistan et au Bangladesh, en Asie centrale, dans la péninsule arabique, les États pétroliers, ou surtout dans l’Afrique subsaharienne. Les prévisions de croissance économique de ces régions sont beaucoup moins optimistes que pour l’Asie industrielle ou l’Amérique latine.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Les bénéfices de la baisse de la mortalité et de la fécondité ont joué un rôle essentiel dans la compression de la pauvreté : celle-ci a été de 50 % dans le monde depuis 1980. En Amérique latine et dans l’Asie industrielle, les taux de mortalité sont devenus plus faibles qu’en Europe, la longévité des habitants est de l’ordre de 70 ans, les familles étroites de 2 à 3 enfants sont prédominantes. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Dans <strong>les pays riches d’Occident</strong>, la baisse de la natalité et de la fécondité est devenue préoccupante. La persistance d’un « baby-boom » eut été bénéfique : elle avait permis d’appuyer le dynamisme économique sur le dynamisme démographique. En fait, préserver un taux de remplacement légèrement positif et une population active croissante n’imposait pas des investissements démographiques disproportionnés. Cependant, la croissance durable de la population américaine a été une exception <strong>(34)</strong>, la règle a été la baisse du taux de fécondité à partir de 1965, par exemple en Europe et au Japon. Le cas des nations du tiers monde est très différent, car la persistance d’une démographie non maîtrisée implique des investissements démographiques considérables (éducation, logement et santé). La régulation des naissances devient une nécessité, comme on peut l’observer en Chine et en Inde ; elle doit précéder plutôt que suivre la baisse de la mortalité. Comment financer les écoles, le logement, les centres de soins, les infrastructures urbaines et trouver des emplois productifs ? Il est évident que la croissance économique asiatique très rapide des dernières décennies a accompagné la transition démographique. Dans le même temps, les indicateurs sanitaires et éducatifs sont devenus plus proches de l’Occident que du tiers monde soumis à l’explosion démographique. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Le cas des pays émergents d’Asie est la meilleure illustration : la proportion de ceux qui vivaient dans la misère a diminué massivement. En Chine, la proportion de ceux qui survivaient avec moins de 1 dollar par jour était de 33 % en 1990, 14 % en 2003, elle serait réduite à 1 % en 2030. Ces pays s’arracheront au tiers monde : les riches y seront beaucoup plus nombreux et une classe moyenne émergera, à l’instar de l’Amérique latine. Comment peut-on désirer l’arrêt de la prospérité asiatique ? Si l’Occident ne devait commercer qu’avec un monde pauvre, par exemple l’Afrique, ces échanges ne pourraient pas propager l’enrichissement des partenaires. La guerre économique et le protectionnisme font le lit des stratégies de domination, des dictatures et des affrontements militaires. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">La généralisation de la transition démographique est la meilleure garantie d’un développement durable et rapide. Elle permet de briser les principaux obstacles au décollage de l’économie : fécondité et natalité incontrôlées, surmortalité, prévalence des maladies, manque de connaissances et de compétences des adolescents et de leurs parents… En moins d’une génération, ces handicaps peuvent se résorber, comme on a pu l’observer en Chine, en Inde ou au Brésil. Mais tous ces changements ne peuvent se généraliser que si, dans le même temps, les acteurs économiques et les pouvoirs publics s’adaptent aux contraintes de la modernisation et de la concurrence. Libérer les obstacles à la croissance suppose en effet un double effort : favoriser le progrès scientifique et technique et réformer les institutions, les administrations, l’organisation du travail, la gestion des entreprises. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">3° La priorité du progrès scientifique et technique.</span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Il serait absurde de vouloir expliquer l’accélération du régime de croissance de l’économie mondiale en oubliant le rôle décisif du progrès scientifique. Ces innovations ont été mises au point et transmises par l’Occident. Sans les découvertes de la biologie et de l’agronomie, les rendements agricoles n’auraient pas été multipliés et les grandes famines se seraient amplifiées. Sans le progrès médical, il n’y aurait pas eu de transition démographique : la population mondiale aurait continué de progresser de 3 % par an, comme dans les années 1970, avec des régimes de haute fécondité et mortalité. Sans les innovations de la recherche pétrolière, le golfe persique n’aurait pas été un îlot de prospérité. Sans la cybernétique et l’électronique, il n‘y aurait pas d’ordinateurs, de télévision, de satellites… Dans tous les domaines, l’accélération des performances a été induite par les découvertes scientifiques et les innovations techniques. Cependant, les Occidentaux, devenus frileux et adeptes du « principe de précaution », commencent à avoir peur de la Science, alors que les Orientaux vénèrent la Science et le progrès comme au temps des « Lumières ». Gageons que, si la prospérité venait à fléchir, les attitudes évolueraient rapidement : les opinions réclameraient la « croissance » et le « progrès » avec beaucoup moins de précautions. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">En fait, la peur du progrès scientifique découle surtout de préjugés idéologiques : les Français voudraient que toutes les découvertes soient faites par les chercheurs du CNRS, et surtout pas par des opérateurs privés. Or il est bien évident que l’innovation, celle qui se propage dans le monde entier, se diffuse par l’intermédiaire d’entreprises privées. Or ces opérateurs sont bien souvent Américains (Monsanto, Merck, Microsoft, Google) et accusés de positions de monopole. Ce sont les entreprises qui apporteront une réponse aux risques redoutés par le rapport Stern. Le recyclage des déchets, le traitement des eaux usées, les travaux d’adduction de l’eau permettront dans l’avenir de lutter de plus en plus efficacement contre la pollution. Londres et Paris ont été capables en peu d’années de réduire considérablement la pollution de l’eau et de l’air, Shanghai et Pékin pourront dans l’avenir bénéficier des mêmes techniques.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Un préalable persiste, les efforts de recherche et de développement de beaucoup de pays occidentaux ont plafonné et beaucoup de pays émergents n’y consacrent que peu de ressources. L’essentiel de la recherche mondiale reste aujourd’hui une caractéristique des pays avancés de l’OCDE <strong>(35)</strong> : les États-Unis assurent près de la moitié des dépenses de R&amp;D (333 MM $ en 2006), l’Europe vient au deuxième rang. Les ressources consacrées à la recherche et à la science, qui avaient été considérables à l’époque de la course aux armements et de la compétition nucléaire et spatiale en URSS, ont considérablement décliné en Russie, l’effort de RD ne dépasse pas 1 % du PIB. Cependant, l’Extrême Orient y consacre l’effort le plus important, le Japon et la Corée plus de 3 % de leurs ressources. L’Europe de l’Ouest y consacre un peu moins de 2 %, mais elle se propose de suivre l’objectif de Lisbonne en portant cet effort à 3 % en 2020. Des efforts scientifiques et financiers considérables seront nécessaires, car la capacité de découverte et d’innovation est le principal atout du monde occidental. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Il est évident que les nouvelles grandes puissances ne pourront construire une autonomie et préparer leur avenir qu’en consacrant 2 à 3 % de leurs ressources à la recherche et en orientant leurs élites vers la science et la technologie. La plupart d’entre elles ne consacrent que des ressources dérisoires à la recherche et se plaignent de leur dépendance scientifique et technologique. Les besoins d’équipement de ces régions sont considérables. Par exemple en matière de transport, la Chine et l’Inde ont les mêmes besoins que le Brésil il y a une génération : routes, aéroports, métros, TGV, ponts… Leur chance est de pouvoir bénéficier de raccourcis techniques et d’accéder aux nouveautés de la science, en formant massivement des ingénieurs et techniciens, qui pourront réparer et améliorer les machines. Ce changement est déjà apparent en Asie. <strong>La Chine en 2006</strong> consacrait 1 % de ses ressources à la recherche scientifique et technologique ; elle <strong>est déjà devenue la troisième puissance scientifique</strong>, dépassant le Japon. La Chine se donne un objectif de parvenir à 2.5 % en 2020, ce qui illustre bien ses ambitions d’autonomie scientifique. La Chine et l’Inde forment aujourd’hui chaque année beaucoup plus d’ingénieurs et de techniciens que l’Europe. Cet effort autochtone est nécessaire de façon à adapter les orientations de la recherche aux circonstances locales et aux spécificités de l’environnement. En revanche, en dehors du Brésil, du Mexique et de l’Argentine, qui consacrent cependant moins de 1 % de leurs ressources à la recherche et au développement, on remarque que les efforts de recherche sont faibles en Amérique latine, a fortiori en Afrique et dans le monde musulman. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Les dirigeants des économies pétrolières ont peu d’ambitions industrielles ; ils sont persuadés que leur richesse perpétuée les dispensera de former des savants et des ingénieurs. Ce décalage découle notamment d’une mauvaise orientation des étudiants, peu attirés par les sciences. Les priorités industrielles évidentes sont dictées par la contrainte de la concurrence, le déplacement des marchés et la dégradation de l’environnement : énergie, pollution, traitement des eaux, biotechnologies, matériaux nouveaux, transports, construction…Le choix des pays pétroliers est surprenant. Dans une génération leurs ressources énergétiques seront souvent épuisées, mais ils préfèrent imaginer l’après-pétrole en reconversion touristique ou financière, objectif qui présuppose la tolérance et l’ouverture internationale. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">4° La nécessité des réformes de structure.</span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span><br />
<strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">1- La modernisation des Institutions</span></strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">. Le levier principal du développement reste la stabilité politique, la présence des services publics efficace, l’adaptation des Institutions au monde moderne et à l’environnement international. Ce préalable résume l’histoire du développement économique, celle des démocraties durables, l’Angleterre, puis les États-Unis, et celle plus éphémère des régimes autoritaires. Mais dans les deux cas, les systèmes politiques et sociaux parvenus à leur maturité se sclérosent, prisonniers des groupes d’intérêt et du conservatisme. Or les risques issus de la compétition mondiale et des limites de l’environnement condamnent tous les régimes politiques à se réformer : à trop attendre, le déclin devient inévitable. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Prenons un exemple dans le monde occidental : celui des <strong>systèmes électoraux et </strong>des <strong>équilibres entre les pouvoirs</strong>. Un certain nombre de pays en Europe ont conservé des systèmes électoraux inviables (scrutin proportionnel, coalitions fragiles, balkanisation des partis politiques), qui ne permettent pas de dégager des majorités claires, ce qui conduit à une instabilité gouvernementale, empêchant de suivre une ligne directrice. On songe à la Belgique et à l’Italie, mais également aux nouveaux partenaires du monde slave. Ailleurs, ce sont des régimes présidentiels ou semi-présidentiels, où le conflit entre un Président élu et un Parlement de tendance opposée, contraint à une gestion à court terme au moment où il faudrait mettre en place une stratégie de longue durée et conduire des réformes difficiles. Le rôle des interventions économiques des gouvernements en place reste décisif, mais il n’est plus, comme au temps de la planification rigide ou souple, le facteur déterminant de la croissance économique. En revanche, les pouvoirs publics doivent être en mesure de prendre des décisions claires et rapides. C’est pourquoi il était nécessaire de relancer la réforme des Institutions en Europe, où la règle de l’unanimité aurait bloqué toute initiative, faute de consensus entre les 27 participants.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Pour le deuxième monde émergent, la modernisation des institutions a été souvent considérée comme le <strong>préalable d’une meilleure gouvernance</strong>. La Banque mondiale commence à être sceptique : le recopiage des modèles institutionnels de l’Amérique ou de l’Europe n’empêchera pas un mauvais gouvernement de choisir une mauvaise stratégie. Un État fort, intègre, juste et impartial doit proposer des lignes directrices et garantir l’ordre public. Cet objectif ne demande pas un élargissement de ses interventions ou une démocratisation souvent prématurée, mais plutôt une contraction des interventions économiques et subventions et un recentrage sur les fonctions régaliennes. On sait bien que les grands monopoles publics dans le tiers monde, en particulier les sociétés pétrolières et gazières (Gazprom, Sonatrach, Pemex, Petroleos de Venezuela, Saudi ARAMCO), sont un État dans l’État et les principaux foyers de corruption. L’opinion internationale reste persuadée que des élections libres et le respect des droits de l’opposition suffiront à lever les obstacles au développement. C’est une illusion dans les régions où la tolérance n’existe pas. Il suffit d’imaginer des élections à la représentation proportionnelle en Inde ou au Congo, des centaines de partis ethniques s’affronteraient et refuseraient les résultats des élections. La tolérance et la démocratisation ne sont pas le terreau de la prospérité, mais sa conséquence. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Commençons par rendre les administrations plus efficaces. Tantôt l’administration est le refuge de personnels pléthoriques et incompétents, ses réglementations paralysent l’esprit d’entreprise. Dans beaucoup de pays africains, l’État est pratiquement le seul employeur, les dépenses publiques sont absorbées par la rémunération des fonctionnaires. Tantôt les services publics sont défaillants et corrompus, leur renouveau impliquerait un effort de rigueur rarement mené à bien. Quand le niveau de vie des masses est encore très bas, il serait incohérent de porter la charge des dépenses publiques à la moitié du revenu national, les économies émergentes y perdraient leur compétitivité. En revanche, pour s’adapter à l’économie de marché et au commerce international, il est nécessaire que l’État soit le garant de la stabilité des règles de droit, du respect des contrats, de la libre concurrence et des accords internationaux. Or il reste beaucoup à faire, même en Chine ! </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span><br />
<strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">2- La mobilisation du travail</span></strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> et la formation de personnels qualifiés constituent le deuxième enjeu des réformes de structure. Or la plus grande partie des blocages de la croissance économique proviennent des obstacles réglementaires à l’emploi et des politiques publiques. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Dans la plupart des régions en voie de développement, il existe un <strong>chômage structurel</strong> affectant 20 à 80 % de la population active. Quand la population est très jeune formée de 50 % de moins de 15 ans, la population âgée est encore peu importante, la population potentiellement active ne trouve pas d’emplois sur place et émigre ou survit sur place. Cependant, les « miracles asiatiques » avaient débuté dans des conditions démographiques similaires, mais l’incitation à prendre un travail, n’importe lequel, a été prédominante, y compris le travail des enfants. Ce modèle n’a pas fonctionné en Afrique, où les travailleurs potentiels restent sans travail et sans emploi. La réglementation mimétique des contrats de travail, l’institution d’un salaire minimum, même ridicule, les concours de la fonction publique, la prédominance des entreprises publiques dissuadent l’esprit d’entreprise et le chômage de masse perdure. Les Chinois d’outre-mer, puis ceux du continent, ont échappé à ces règles tatillonnes : le chômage serait un déshonneur, on travaille de l’enfance jusqu’à la mort, si possible dans un établissement familial, à défaut dans les grandes usines. En Amérique latine, les taux de chômage ouvert sont souvent du même ordre qu’en Europe, ils sont beaucoup moins élevés qu’en Afrique. La réglementation du droit du travail est aussi complexe qu’en Europe, mais elle n’est guère appliquée ; aussi le chômage est rarement et faiblement assisté et la très grande majorité de la population active est au travail, occupée dans les petits métiers du secteur informel, comme en Asie.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">En Europe la situation démographique est très différente. On s’attend au cours de la prochaine génération à une <strong>diminution de la population active</strong>. En France en particulier, la population au travail s’est contractée par les deux bouts, les jeunes sont pour la plupart sans travail et entrent dans la vie professionnelle à 30 ans, ils en sortent à 50 ans : 20 ans de vie professionnelle et 60 ans de vie inactive, écolier, étudiant, chômeur puis retraité ! Faut-il se résigner à cette politique de non-emploi et de chômage assisté ? Certainement pas : <strong>70 % des Français ont l’âge de travailler, moins de 50 % ont un emploi</strong>. Pour comprimer ce chômage de structure, la conjoncture démographique est favorable : la diminution de la population active et celle des nouveaux arrivants sur le marché du travail exercera une action mécanique de contraction du nombre de demandeurs d’emploi, si les personnes sans travail sont dissuadées de s’installer dans le chômage assisté. Il est nécessaire de simplifier les contrats de travail et de faciliter l’embauche et le licenciement. Dès lors est-il opportun d’envisager à l’horizon 2030 l’entrée de 600 000 nouveaux immigrants chaque année ? En réalité en France, il n’est pas certain que la population active potentielle diminue en 2030 <strong>(36)</strong>, d’autant plus que celle-ci est beaucoup plus large que celle de la population disposant d’un emploi. Nous avons, par rapport à nos voisins, le double record du nombre d’inactifs jeunes, écoliers, étudiants ou stagiaires assistés et celui des adultes aptes au travail, chômeurs, préretraités ou retraités prématurés. Près de 6 millions de Français sont âgés de moins de 25 ans ou de plus de 55 ans, seuls 10 % d’entre eux travaillent ; cette participation peut être accrue massivement par l’apprentissage, l’emploi à mi-temps des étudiants et l’emploi des « seniors », si les charges sociales sont abaissées et si les conditions de recrutement et de licenciement sont assouplies.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">3. La rigueur de la gestion budgétaire et financière</span></strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> est probablement la réforme structurelle la plus déterminante pour adapter les interventions de l’État aux contraintes de la compétition et aux défis de la croissance. Or l’objectif de rigueur est honni par les politiciens et les syndicats, du moins en France. Quand les dépenses publiques excèdent durablement les recettes de l’État, la dette progresse inexorablement et l’inflation repart. On ne doit pas exiger des nations émergentes plus de rigueur de gestion et s’en exonérer. L’Europe ne doit pas donner le mauvais exemple : si elle réussit à assainir ses finances publiques et à se moderniser, les pays émergents ne manqueront pas de l’imiter. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Aucun pays occidental n’est en mesure de consacrer 20 ou 30 % de ses dépenses publiques à l’investissement productif (ce qui est la norme en Asie), de préserver une marge d’action suffisante pour faire face à l’imprévu, de contenir la progression des dépenses de fonctionnement surtout celle des dépenses de protection sociale. Les endettements inconséquents des gouvernements successifs ont été très rarement engagés pour financer la modernisation et le développement, mais plus souvent pour reporter sur les générations futures le poids des déficits budgétaires. Le prétexte de maints gouvernements pour renvoyer aux calendes grecques le remboursement des dettes et la résorption des déficits budgétaires était qu’il fallait attendre une meilleure conjoncture, que la diminution des dépenses et l’augmentation des impôts étaient trop impopulaires, enfin qu’il fallait 10 ans ou plus pour rétablir l’équilibre des finances publiques. Tout ceci est faux et démagogique : une mauvaise conjoncture impose encore plus de rigueur. Depuis une décennie, de nombreux gouvernements ont été en mesure de colmater des déficits abyssaux dans un délai inférieur à 5 ans, même l’Allemagne y est parvenue. Bien plus, le cercle vertueux de la rigueur permet de passer rapidement du déficit à l’excédent et de réduire de 5 à 10 points l’incidence des dépenses publiques sur le revenu national. On a pu le constater aux États-Unis au cours des années 1990, depuis l’an 2000 en Angleterre, au Canada, en Nouvelle-Zélande, aux Pays-Bas, en Suède&#8230; Mais la leçon humiliante vient des pays émergents qui ont su construire des finances publiques saines, dans les pays baltes, en Irlande, en Asie du Sud, en Chine&#8230;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Les trois axes proposés sont bien sûr très sommaires au regard des 100 ou 200 mesures recommandées par les collèges d’experts, cependant ces réformes suffiraient bien souvent à rétablir les incitations à la croissance.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;"> </span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">Conclusion</span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Verdana;">La poursuite de la croissance économique mondiale nous paraît plus vraisemblable que son interruption, du fait qu’un monde polycentrique est moins vulnérable qu’un système trop dépendant d’un foyer principal. Les risques économiques liés à la pénurie de ressources naturelles, au déclin démographique et à la globalisation financière sont incontestables, mais ils sont moins importants que les risques géopolitiques liés aux conflits armés et au choc des civilisations.</span></p>
</div>
</div>

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		<title>La France est-elle gouvernable ?</title>
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		<pubDate>Tue, 29 Apr 2008 05:16:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>dclambert</dc:creator>
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<p>Vue d’Amérique, la France apparaît bien difficile à gouverner. En effet, un an après avoir été largement élu à la Présidence de la République, Nicolas Sarkozy connaît une chute de popularité bien compréhensible de la part de l’opposition socialiste, mais également parmi les déçus de son propre camp. Le nouveau chef de l’État s’est heurté à la tyrannie du « statu quo » : Milton Friedman rappelait qu’un chef d’État a trois mois pour engager la « rupture ». Il eut été souhaitable que pendant les congés payés de l’été 2007, les décisions centrales aient été prises par décrets-lois au mois d’août (service minimum, durée du travail, retraites). De toute façon la rentrée était annoncée chaude. Un faisceau de circonstances adverses peut être évoqué, en particulier une exposition des déboires de sa vie privée : divorce puis remariage, lancement simultané de toutes les réformes annoncées dans son programme, ouverture de son gouvernement aux personnalités de la gauche, défaite des élections municipales et hostilité croissante de la presse et des médias audiovisuels. Cependant ce désenchantement est également attisé par les discordances entre les membres de son équipe ministérielle. C’est sur cette défaillance de la gouvernance que nous voudrions insister.<br />
La première vulnérabilité de nos institutions de la cinquième république est la dyarchie du pouvoir et la rivalité entre le Président et le Premier Ministre (Élysée et Matignon). En fait, les énormes administrations regroupées à l’Élysée et à Matignon font exactement la même chose, bien souvent en se tirant dans les pattes. La suppression de l’état major de Matignon, remplacé par une équipe interministérielle restreinte serait une bonne chose. Le Premier Ministre aurait les mêmes fonctions que le « State Secretary » du Président américain, depuis Jefferson, il serait le premier collaborateur du Président et non un vice-président. Comme cette rivalité s’est reproduite chez nous à chaque élection présidentielle, les journalistes saisissent chaque occasion pour opposer le Président à son Premier Ministre. Or aucun système présidentiel ou semi-présidentiel ne peut être efficace si le pouvoir est partagé en deux : le duumvirat n’est viable, sinon durable, que dans un système semi-démocratique, par exemple aujourd’hui en Russie. Bref, le Président doit être le chef de sa majorité parlementaire, comme aux États-Unis. Cette clarification, régime parlementaire ou présidentiel, suppose une réforme des institutions qui n’est pas encore adoptée.<br />
La deuxième vulnérabilité provient de l’indiscipline et des désaccords entre les membres des équipes ministérielles. Ces équipes ont été formées dans l’euphorie de la campagne présidentielle en associant des personnalités compétentes et riches d’une expérience du pouvoir et de la gestion de l’État, issues de sa majorité ou parfois de l’opposition, et de nouveaux venus, souvent dépourvus d’expérience politique, ceux qui justement expriment leurs états d’âme. La raison profonde de cette cacophonie provient du fait que les Ministres ont été désignés par le chef de l’État plus que par le Premier Ministre, et surtout du fait qu’ils ne sont pas libres de choisir leur équipe. Doubler un Ministre chargé de la famille, d’un secrétaire d&#8217;État défenseur de l’avortement et de l’homosexualité, débouche sur des positions contradictoires. Or ce décalage existe dans presque tous les ministères. Pour mettre un terme à ces dysfonctionnements, une solution simple est souhaitable. Quand le Premier Ministre forme son gouvernement en accord avec les lignes directrices du Président, chacun des Ministres doit pouvoir choisir les membres de son équipe : secrétaires d’État, directeurs de cabinet, et collaborateurs techniques. On ne fait jamais du bon travail, si la direction vous impose de travailler avec un collaborateur qu’on ne supporte pas. Nous savons bien que cela existe également dans les entreprises et les résultats ne sont jamais bons.<br />
La troisième vulnérabilité est incontestablement l’hypertrophie des équipes ministérielles. Le chef de l’État pendant sa campagne électorale avait annoncé une mesure rigoureuse : il y aurait seulement 15 ministres et une trentaine de secrétaires d’État, puis au fil des mois le gouvernement est devenu aussi obèse que les précédents. On devine la complexité des coordinations interministérielles, le gaspillage des locaux utilisés, le foisonnement des réglementations. Or beaucoup de ces Ministères sont farfelus et des initiatives dues à la mode, par exemple le ministère du Développement Durable. D’autres séquelles du passé sont inutiles et n’existent pas dans les pays voisins, le ministère de la Culture, le secrétariat d’État aux anciens combattants…. Ces domaines d’activité devraient être rattachés aux ministères centraux.<br />
Voici la véritable rupture, une potion amère pour tous les politiciens avides de pouvoir : 7 ministères centraux, dotés de trois secrétariats d’État, et des cabinets ministériels très restreints.</p>

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		<title>Faut-il aider davantage l’Afrique ?</title>
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		<pubDate>Tue, 04 Mar 2008 01:19:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>dclambert</dc:creator>
				<category><![CDATA[Afriques]]></category>
		<category><![CDATA[Articles]]></category>

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		<description><![CDATA[         L&#8217;Afrique a occupé nos rêves et nos espoirs il y a cent ans ; aujourd&#8217;hui l&#8217;Afrique nous fait peur et nous désespère, car elle semble vouée aux catastrophes et à la violence.           Cependant les évènements catastrophiques sont tantôt la résultante de forces naturelles, par exemple les séismes, tantôt celle d&#8217;interventions humaines, par exemple les [...]]]></description>
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<p dir="ltr">         L&#8217;Afrique a occupé nos rêves et nos espoirs il y a cent ans ; aujourd&#8217;hui l&#8217;Afrique nous fait peur et nous désespère, car elle semble vouée aux catastrophes et à la violence.</p>
<p dir="ltr">          Cependant les évènements catastrophiques sont tantôt la résultante de forces naturelles, par exemple les séismes, tantôt celle d&#8217;interventions humaines, par exemple les guerres ou la criminalité. En Afrique, les catastrophes humaines sont prédominantes.</p>
<p dir="ltr">          L&#8217;Afrique est <strong>relativement épargnée par les catastrophes naturelles </strong>: on songe alors aux tremblements de terre et raz-de-marée, aux inondations, ouragans et autres dérèglements da la nature. Sur ce plan, l&#8217;Afrique est peu vulnérable au regard des Amériques et de l&#8217;Asie.</p>
<p dir="ltr">          Les catastrophes le plus souvent évoquées ont été <strong>la sécheresse et les famines. </strong>Certains attribuent ce fléau au réchauffement du climat et à la pression démographique. Alors la « famine » chronique du Soudan, de l&#8217;Éthiopie et de la boucle du Niger est-elle la conséquence du réchauffement du climat et de conditions naturelles hostiles ? Rien de moins sûr ! Les famines découlent surtout de l&#8217;inconséquence des gouvernements locaux, le plus souvent militaires, des guerres et déplacements de population, et des mouvements de réfugiés.</p>
<p dir="ltr">          Dès lors les organisations internationales tentent de nous persuader qu&#8217;il faudrait aider davantage l&#8217;Afrique. <strong>Aider pour quoi faire ?</strong> Enraciner les dirigeants dans la corruption et la dictature et le peuple dans la pauvreté ? Nous protéger du déferlement de l&#8217;immigration de misère ? Moderniser et promouvoir le développement économique, faire de l&#8217;Afrique une nouvelle Asie ? Pour répondre à ces questions, il faut avoir le courage de faire le bilan de l&#8217;aide aux pays africains.</p>
<p dir="ltr">L&#8217;Afrique reçoit le tiers de l&#8217;aide publique aux pays en voie de développement, soit 35 milliards de dollars, il faut y ajouter les aides d&#8217;origine privée, les annulations de dette et les prêts à faible taux d&#8217;intérêt. Les objectifs du millénaire ont prévu de doubler le montant de cette aide. Est-ce raisonnable ? Aucun pays africain n&#8217;est devenu développé alors que les pays émergents d&#8217;Asie ont reçu peu d&#8217;aide et sont devenus des concurrents prospères, la pauvreté a diminué de moitié depuis 1960, sauf en Afrique où le niveau de vie a diminué. L&#8217;aide n&#8217;a pas apporté le développement souhaité.</p>
<p dir="ltr">La préférence donnée à l&#8217;Afrique s&#8217;explique par la conviction que les malheurs de l&#8217;Afrique résultent de la famine, des catastrophes naturelles et de la colonisation. Ces assertions doivent être contestées : les guerres intestines engendrent les famines, la colonisation et la traite des noirs ne sont pas responsables de la situation actuelle, les caprices du climat et les séismes sont moins fréquents qu&#8217;en Asie. Notre objectif est de montrer que <strong>la stagnation et le déclin de l&#8217;Afrique résultent de catastrophes humaines et non de catastrophes naturelles</strong> : de mauvais gouvernements, de mauvais choix économiques, de mauvais choix sociaux et des comportements d&#8217;assistés. Nous en soulignerons trois dimensions essentielles : l&#8217;assistance corruptrice indissociable du chaos politique et de l&#8217;échec économique, une démographie non maîtrisée qui est source de régression sanitaire, enfin la violence mère des guerres civiles et de l&#8217;exode de leurs victimes.</p>
<p dir="ltr"> </p>
<p dir="ltr"><strong><br />
</strong></p>
<p dir="ltr"><strong></strong></p>
<p><strong></p>
<div>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong><span lang="FR">I. L’ASSISTANCE ET LA CORRUPTION</span></strong></p>
</div>
<p class="MsoNormal"><strong><span lang="FR"> </span></strong></p>
<p></strong></p>
<p> </p>
<p dir="ltr"><strong> </strong></p>
<p dir="ltr"><strong>            </strong>La corruption ne date pas d&#8217;aujourd&#8217;hui en Afrique, elle était très répandue dans l&#8217;Égypte pharaonique, l&#8217;empire romain et l&#8217;empire ottoman. L&#8217;assistance étrangère est en revanche un fléau récent.<strong> L&#8217;assistance structurelle déversée sur le continent africain a été le levain d&#8217;une corruption généralisée</strong> et d&#8217;une dépendance aussi complète que celle du statut colonial. Quand l&#8217;armée et les fonctionnaires ne peuvent être payés que sur l&#8217;argent de l&#8217;aide, quand tout investissement en dépend, il a peu de différences avec les transferts de la métropole à ses colonies. En fait, l&#8217;assistance est vraisemblablement la pire des catastrophes de la région.</p>
<p dir="ltr">          Il faut avoir le courage de regarder en face le bilan de l&#8217;aide aux pays africains. Tibor Mende l&#8217;avait dénoncé il y a quarante ans : l&#8217;aide c&#8217;est comme un artichaut, que les intermédiaires épluchent feuille par feuille pour ne laisser qu&#8217;un reliquat minuscule à ceux qui en ont besoin. <strong>Les détournements de fonds ont commencé dès 1960</strong> dans les pays donataires où une énorme bureaucratie et les conseillers du Prince ont prélevé leurs commissions, pour confier à leurs protégés africains la gestion et distribution de l&#8217;aide. Ces « indélicatesses » caractéristiques de la politique africaine de la France ont progressivement contaminé les institutions similaires de Bruxelles et de Washington.</p>
<p dir="ltr">          L&#8217;aide a été en Afrique la pépinière de la corruption qui ronge cette région. Le fléau de l&#8217;assistance internationale à l&#8217;Afrique a contribué au déclin de cette région pour deux raisons : 1. l&#8217;aide et la corruption sont étroitement liées ; 2. l&#8217;aide étrangère a débouché sur l&#8217;échec politique et économique.</p>
<p dir="ltr"> </p>
<p dir="ltr"><strong>AIDE ET CORRUPTION SONT ASSOCIEÉS</strong></p>
<p dir="ltr"> </p>
<p dir="ltr"><span style="text-decoration: underline;">L&#8217;aide structurelle n&#8217;est pas un vecteur de développement économique</span></p>
<p dir="ltr">          Lord Peter Bauer <strong>(1)</strong>, il y a un quart de siècle, avait proposé l&#8217;interprétation suivante : « L&#8217;Occident n&#8217;a pas provoqué les famines du tiers monde, car elles se sont produites dans des régions qui n&#8217;avaient pratiquement pas de commerce extérieur &#8230; L&#8217;Occident a réellement contribué à la pauvreté du tiers monde et cela de deux façons. L&#8217;aide officielle occidentale a servi à politiser la vie dans le tiers monde. Deuxièmement, les contacts avec l&#8217;Occident ont contribué au déclin très prononcé de la mortalité, qui est à la base du rapide accroissement de la population et a permis à bien plus de pauvres de survivre ».</p>
<p dir="ltr">          <strong>L&#8217;aide publique au développement atteignait 100 MM $ en 2005 ; l&#8217;Afrique en recevait un tiers.</strong> En 2006 elle a reculé ou stagné pour beaucoup de pays africains, mais elle a augmenté massivement, sous la forme de remises de dette et de dons, pour deux États pétroliers qui sont particulièrement corrompus : le Nigeria et le Soudan. Au cours des 30 dernières années les apports d&#8217;aide à l&#8217;Afrique (en dollars constants) ont quintuplé, et pourtant le revenu par habitant a diminué <strong>(2)</strong>. Il est trop facile de dire que c&#8217;est trop peu (0.25 % de nos richesses) et qu&#8217;il faudrait transférer deux fois plus. Ces ressources nourriraient davantage de corruption et non le développement économique. Périodiquement, on demande de doubler le montant de cette aide, les organisations internationales en font un objectif pour le millénaire et les militants revendiquent pour l&#8217;Afrique un nouveau « Plan Marshall ». Mais réfléchissons, en dollars de valeur actuelle, l&#8217;Afrique a reçu pendant 45 ans dix fois plus que l&#8217;Europe sous le plan Marshall, pour quel résultat !</p>
<p dir="ltr">          La partie de l&#8217;assistance sans remboursement, qualifiée d&#8217;aide publique au développement, a très rarement servi au développement de ces pays. Ce pactole nourrit 40 à 60 % des dépenses budgétaires des pays bénéficiaires et souvent la moitié du revenu national. La plus grande partie de ces fonds est destinée au soutien budgétaire, ce qui est une incitation à pérenniser ou accroître le déficit des comptes publics.</p>
<p dir="ltr">          Il y a tant de donateurs : en moyenne 30 dans les nations d&#8217;Afrique et un nombre équivalent d&#8217;organisations non gouvernementales que <strong>le programme des Nations Unies finit par reconnaître une véritable gabegie</strong> <strong>(3)</strong>. En Tanzanie, l&#8217;un des pays les plus aidés et corrompus, l&#8217;administration est supposée contrôler 650 projets, qui bien souvent ont le même objet, et pour lesquels il faut rédiger des milliers de rapports et envoyer des centaines de missions. La coordination, l&#8217;évaluation, le suivi deviennent des missions impossibles tant pour le pays donateur que pour le pays récepteur. <strong>On ne sait pas combien ces pays reçoivent</strong>, chaque donataire expédie des dizaines de missions dans 30 ou 40 pays et ces experts payés au « per diem » finissent par coûter très cher, mais ils remplissent les avions et les hôtels ! L&#8217;Union européenne ne fait pas mieux, elle remplit les avions : les chefs de projet changent tous les six mois, comme leurs interlocuteurs, et l&#8217;on reprend la procédure à 0. À quoi sert cette assistance ? D&#8217;abord à payer les fonctionnaires et la solde des soldats, à satisfaire leur demande d&#8217;équipements militaires, puis à honorer les dépenses somptuaires des dirigeants. Or l&#8217;aide, le plus souvent bilatérale, est depuis longtemps liée aux exportations occidentales : denrées alimentaires subventionnées par l&#8217;Europe et produits manufacturés, souvent trop coûteux pour un pays pauvre. Quant aux projets de développement et aux aides structurelles aux réformes, ils restent dans les tiroirs à l&#8217;état de rapports.</p>
<p dir="ltr">          Quels pays africains ont a reçu l&#8217;assistance internationale la plus massive depuis 1960 ?<strong> L&#8217;Éthiopie</strong> et <strong>le Soudan</strong>, ont reçu de l&#8217;Amérique et de l&#8217;URSS, de l&#8217;Europe et de la Banque mondiale et du Fonds Monétaire International, puis des ONG une assistance massive et stratégique, comme l&#8217;Afghanistan en Asie. Ces deux pays étaient cependant dirigés par des dictateurs sanguinaires (Mengistu et Nemeyri) et farouchement antioccidentaux. Aujourd&#8217;hui le premier bénéficiaire est le Congo-Zaïre (l&#8217;aide a décuplé en 2005), le second est toujours l&#8217;Éthiopie, suivie par la Tanzanie et le Soudan. Sont-ils plus démocratiques ? On pense certes aux opérations d&#8217;urgence et de secours face à la famine, aux massacres ethniques et à la compassion des associations humanitaires. Ce n&#8217;est pas l&#8217;essentiel, il s&#8217;agit surtout d&#8217;aide liée au déversement des surplus agricoles occidentaux, des biens d&#8217;équipement et de confort et aux ventes d&#8217;armements. L&#8217;assistance internationale a pour principale conséquence de transformer l&#8217;Afrique en une immense caserne, où la principale activité consiste à détruire et tuer &#8230; Dans les régimes militaires, l&#8217;aide alimentaire a été souvent détournée par l&#8217;armée et les équipes de secours des « french doctors » ont été régulièrement expulsées &#8230; Aucun de ces pays n&#8217;a présenté l&#8217;amorce d&#8217;un développement économique et d&#8217;une modernisation. Pourquoi ne pas aider les pays qui se redressent, font des réformes efficaces et luttent contre la corruption, au lieu de choisir les échecs les plus patents ? C&#8217;est un vieux dilemme de l&#8217;aide au tiers-monde, <strong>les pays riches n&#8217;ont pas le courage de choisir les bons élèves, ils prennent les plus mauvais !</strong>       </p>
<p dir="ltr">          La corruption perçue par les milieux d&#8217;affaires est particulièrement forte au Soudan, en Éthiopie et en Angola, elle n&#8217;en est pas moins généralisée dans les pays exploitant la rente du pétrole ou des diamants et même dans des pays tels que l&#8217;Afrique du Sud, le Maroc, l&#8217;Algérie, le Nigeria ou l&#8217;Égypte.</p>
<p dir="ltr">          L&#8217;Afrique est une région pauvre et corrompue. Sa pauvreté est attestée par la faiblesse des revenus moyens plus particulièrement dans les zones rurales et les bidonvilles. Son degré de corruption doit être confronté à celui de l&#8217;Asie du Sud et de l&#8217;Amérique du Sud, où la corruption était beaucoup plus étendue il y a une génération. Les guerres interafricaines, la succession des coups d&#8217;État, le rôle prédominant de l&#8217;armée et les effets pervers de l&#8217;aide étrangère ont joué un rôle déterminant. Il suffit de rappeler qu&#8217;au sud du Sahel saharien la moitié des États sont confrontés à des guerres intestines, l&#8217;autre moitié étant riveraine de ces pays sert de refuge aux civils et aux mouvements insurrectionnels ; leur militarisation est inéluctable. Il faut alors une très solide tradition démocratique, comme jadis le Costa-Rica aux frontières du Nicaragua, pour préserver l&#8217;état de Droit.</p>
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<p dir="ltr"><strong>LA REPRODUCTION DES</strong><strong> ÉCHECS POLITIQUES ET ÉCONOMIQUES</strong></p>
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<p dir="ltr">          Les relations internationales ouvrent aujourd&#8217;hui la compétition à quelque 200 nations ; l&#8217;Afrique en abrite 50 et aucune n&#8217;est devenue une grande puissance politique, économique et même militaire. Pour l&#8217;Occident, les États-Unis, la Russie ou l&#8217;Europe, l&#8217;avenir de l&#8217;Iran compte infiniment plus que celui de l&#8217;Algérie et du Nigeria. Les États les plus peuplés ont été périodiquement exposés à des guerres intestines (Nigeria, Éthiopie, Soudan, Congo), mais les risques d&#8217;internationalisation et d&#8217;engagement des grandes puissances sont limités. L&#8217;Afrique ne nous semble pas être aujourd&#8217;hui un enjeu stratégique majeur, en dehors de la Corne de l&#8217;Afrique, du moins tant qu&#8217;elle ne possédera par un complexe militaire industriel incluant une force de frappe atomique. Le Congo n&#8217;est pas le même enjeu géopolitique que l&#8217;Irak ou l&#8217;Iran ! La reproduction des échecs entretient l&#8217;instabilité politique de la région. L&#8217;avenir de l&#8217;Afrique sera-t-il celui d&#8217;une balkanisation renforcée ou de l&#8217;apparition de nouveaux empires ?</p>
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<p dir="ltr"><span style="text-decoration: underline;">Les succès sont restés des épisodes éphémères</span></p>
<p dir="ltr">          Revenons au traité de Berlin en 1885, celui qui partagea l&#8217;Afrique entre les puissances européennes. Ces frontières coloniales seraient-elles à l&#8217;origine des guerres qui ravagent le continent ? Rien de moins sûr.</p>
<p dir="ltr"><strong>            </strong>Depuis l&#8217;accès à l&#8217;indépendance des nations africaines, l&#8217;Organisation de l&#8217;Unité Africaine a constamment réaffirmé <strong>l&#8217;intangibilité des frontières coloniales</strong>. Beaucoup d&#8217;Africains, tels qu&#8217;Antony Asiwaju (Nigérian), considèrent que les démembrements territoriaux et un avenir où « l&#8217;autodétermination ethnique conduirait à la création d&#8217;États plus petits », donc à une balkanisation accrue, s&#8217;opposerait à l&#8217;unité africaine. L&#8217;Afrique ethnique fragmentée en centaines de territoires antagonistes connaîtrait difficilement la paix. Démembrer peut être une méthode pour contrer l&#8217;islamisation de l&#8217;Afrique. Remembrer risque de cantonner la chrétienté à l&#8217;Afrique centrale et australe.</p>
<p dir="ltr">Certes, ce point de vue n&#8217;est pas partagé par tous, ainsi un observateur kényan Makau Wa Mutua, souhaite <strong>un regroupement en une dizaine d&#8217;États</strong>, La proposition bénéficierait à l&#8217;Afrique du Nord (Égypte et Maroc) et à l&#8217;Afrique australe (Afrique du Sud), l&#8217;Afrique occidentale serait regroupée en trois États ; tout le golfe du Bénin serait fédéré, la poussière d&#8217;États des grands lacs serait effacée ! Il ne resterait qu&#8217;une région enclavée baptisée Bénin au centre de l&#8217;Afrique <strong>(4)</strong>, qu&#8217;il serait tentant de regrouper avec le nouveau Ghana, en englobant le Nigeria. On peut aller au-delà et regrouper l&#8217;Afrique en cinq ensembles virtuels : un grand Maghreb arabo-musulman incluant la Mauritanie et l&#8217;Égypte, une haute Nubie intégrant le Soudan et la corne de l&#8217;Afrique ; un grand Bénin occidental francophone et anglophone ; l&#8217;Afrique centrale où le Congo engloberait l&#8217;Angola et le Kenya ; enfin une Afrique australe englobant le Mozambique. Chacun de ces ensembles, assuré de frontières maritimes, regrouperait les régions enclavées. Cette perspective semblera utopique, mais il n&#8217;en reste pas moins que la plupart des petits États africains n&#8217;ont pas une dimension suffisante pour accéder à la puissance qu&#8217;ils souhaitent.</p>
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<p dir="ltr"><strong>DEUX SCÉNARIOS D&#8217;AVENIR POUR L&#8217;AFRIQUE</strong></p>
<p dir="ltr"><img class="alignnone size-full wp-image-1626" title="deux-scenarios-de28099avenir-pour-le28099afrique1" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2008/11/deux-scenarios-de28099avenir-pour-le28099afrique1.jpg" alt="DEUX SCÉNARIOS D’AVENIR POUR L’AFRIQUE" width="500" height="331" /></p>
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<p dir="ltr">          Les hommes politiques français étaient persuadés en 1885 d&#8217;avoir ouvert en Afrique des colonies aussi riches qu&#8217;en Indochine, mais aucune ne tint ses promesses. Comme Jacques Marseille l&#8217;a fort bien démontré, notre politique coloniale a sclérosé notre économie métropolitaine et les territoires occupés <strong>(5)</strong>. Nous leur avons apporté nos soldats, instituteurs et médecins et gagné des hommes de troupe pour la Grande Guerre, mais aucun de ces pays ne s&#8217;est inscrit dans la trajectoire des nouveaux pays industriels. Certes les politiques coloniales ont enregistré des phases d&#8217;essor économique et de progrès social incontestables en Afrique du Nord, en Afrique Australe et en Afrique noire, mais l&#8217;Angola n&#8217;était pas le Brésil et Madagascar n&#8217;était pas Java ou même Ceylan. La modernisation impulsée par les métropoles ne parvenait pas à susciter une croissance autoentretenue.</p>
<p dir="ltr">          En 1960 vient l&#8217;indépendance. Que nous disaient nos experts en France ? Au nord, l&#8217;Algérie sera le seul pays industrialisé du Maghreb grâce au pétrole, il n&#8217;en est malheureusement rien. L&#8217;Algérie n&#8217;est pas un exportateur de produits manufacturés à la différence du Maroc, le tiers de sa population active est sans emploi &#8230; Au sud, on affirmait que la réussite économique éclatante serait celle de la Guinée à cause de l&#8217;aluminium et ce fut un échec ; personne ne parlait encore de la Côte d&#8217;Ivoire qui fut la seule réussite, d&#8217;ailleurs transitoire.</p>
<p dir="ltr">          En effet <strong>les « faux décollages »</strong> observés dans cette région ne furent que des <strong>succès éphémères</strong> : livrée à la guerre civile, la Côte d&#8217;Ivoire ne sera bientôt que l&#8217;équivalent de la Guinée ! Les Anglais faisaient-ils mieux ? Non. Les deux perles qu&#8217;étaient l&#8217;ex-Tanganyika et l&#8217;ex-Rhodésie, sont devenues les zones les plus pauvres ; le Nigeria où l&#8217;on avait tant investi, alors que son revenu moyen était identique à celui du Sénégal en 1960, a fait illusion : c&#8217;est la région la plus dangereuse et la plus corrompue du Golfe du Bénin, ce pays est pauvre et non pas riche. Et l&#8217;Afrique du Sud, a-t-elle répondu aux espérances de l&#8217;historien Jacques Pirenne qui en 1940 pensait qu&#8217;elle deviendrait une grande puissance maritime telle que l&#8217;Australie ? Dix ans après la fin de l&#8217;Apartheid, où est la grande puissance industrielle rivale de l&#8217;Union indienne ?</p>
<p dir="ltr">          En réalité il manque en Afrique une pré-condition du développement qui est la stabilité et continuité des choix et tout simplement, la persévérance. Ce n&#8217;est pas tant la démocratie qui fait défaut (ceci est un discours pour l&#8217;ONU), c&#8217;est un État fort, car les dictatures locales n&#8217;ont engendré que des « États mous », à l&#8217;image des systèmes politiques décomposés que Gunnar Myrdall déplorait en Asie il y a cinquante ans&#8230;</p>
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<p dir="ltr"><span style="text-decoration: underline;">Paupérisation d&#8217;un continent, Pourquoi ? </span></p>
<p dir="ltr">          La charge idéologique, émotionnelle et affective concernant l&#8217;Afrique incite encore la plupart des Africains et beaucoup d&#8217;occidentaux à rechercher un « bouc émissaire » aux malheurs de ce continent : l&#8217;héritage de la colonisation et le devoir de mémoire de l&#8217;esclavage et de la traite des noirs, le sida exporté par la CIA ou pure invention pour le Président M&#8217;Beki, les conséquences du libéralisme sauvage et de la mondialisation, les catastrophes naturelles et la famine, et que sais-je encore !</p>
<p dir="ltr">          Paupérisation, le terme est-il justifié ? Pour les statisticiens, c&#8217;est peu contestable : <strong>l&#8217;Afrique est le seul continent où le niveau de vie ait diminué depuis un demi-siècle et où les situations sanitaires se soient dégradées</strong>. Aujourd&#8217;hui, il est incontestable que l&#8217;Afrique sub-saharienne n&#8217;a pas encore décollé et que les tentatives d&#8217;industrialisation et de modernisation y ont été un échec.</p>
<p dir="ltr">          Peut-on mesurer cette paupérisation relative et bien souvent absolue ? Oui, il suffit de comparer la pauvreté du Congo à la richesse de la Thaïlande, qui avait un revenu similaire en 1950. Cependant il est aussi difficile d&#8217;apprécier le niveau de vie actuel que le niveau de vie précolonial des Africains. En effet, il n&#8217;y a guère de données statistiques fiables quand les trois quarts de la population survivent dans une économie souterraine de trafiquants et de fonctionnaires corrompus.</p>
<p dir="ltr">          À part les pays rentiers du pétrole à faible population, comme le Gabon, seule l&#8217;Afrique du Sud et l&#8217;Afrique du Nord ont atteint un revenu intermédiaire : ils ont toutefois subi une paupérisation relative au cours des trente dernières années. Pour la plus grande partie de la population de l&#8217;Afrique sub-saharienne, les revenus moyens sont très faibles et ont diminué de près de moitié.</p>
<p dir="ltr"> </p>
<p dir="ltr"><span style="text-decoration: underline;">Le chaos économique</span></p>
<p dir="ltr">          Jusqu&#8217;aux années 1980, l&#8217;Afrique sub-saharienne progressait plus lentement que les autres régions, mais il existait des régions prospères, le plus souvent pourvues de rentes pétrolières ou minières, mais également en voie d&#8217;industrialisation comme l&#8217;Afrique du Sud. À partir des années 1980 le développement économique est en panne. Alors que la pauvreté absolue dans le monde a été réduite de moitié depuis 1981, François Bourguignon en présentant le rapport de la Banque Mondiale pour 2004 <strong>(6)</strong>, souligne le fait que la pauvreté s&#8217;est accrue essentiellement en Afrique subsaharienne : « depuis 1981 le PIB par habitant y a diminué de 15 %, si rien n&#8217;est fait <strong>la pauvreté, ancien « drame asiatique », sera presque exclusivement un drame africain dans 20 à 25 ans ».</strong></p>
<p dir="ltr">          La stagnation économique à long terme du continent africain est évidente : pour Angus Maddison : le niveau de vie aurait doublé au cours du XIX<sup>e</sup> siècle et sensiblement augmenté pendant la seconde guerre mondiale, vers 1950 il approchait de 16 % du revenu de l&#8217;Europe, en 1990 c&#8217;était moins de 4 %. Au regard des États-Unis, la régression est aussi marquée en Afrique du nord et au Moyen Orient qu&#8217;en Afrique subsaharienne. Une évaluation rétrospective et prospective (1970-2030) d&#8217;un organisme de recherche, le CEPII, souligne le contraste avec l&#8217;Asie et la Chine en particulier : entre 1970 et l&#8217;an 2000, le revenu moyen des Africains exprimé par rapport aux Nord-américains, décline de 9.1 % à 4.6 %, dans trente ans le déclin serait stabilisé (5.1 % en 2030). D&#8217;ailleurs l&#8217;envolée des cours de matières premières depuis 2000 a permis de redresser le taux de croissance du continent qui approche de 5 % en 2005 et 2006, ce qui rend possible un accroissement du revenu par habitant. La progression du niveau de vie relatif des Chinois contraste avec la paupérisation des Africains.</p>
<p dir="ltr"> </p>
<p dir="ltr">          Certes la prévalence du sida contribue à ces forces centrifuges, mais les échecs économiques sont surtout la conséquence de mauvaises politiques économiques et financières : le dirigisme, puis un libéralisme tardif dévoyé par la corruption, ont nourri les déficits et l&#8217;affairisme. Quelques pays parmi les plus durement frappés par l&#8217;épidémie de sida ont cependant connu une rapide expansion, tels que le Rwanda, le Botswana, l&#8217;Angola, le Mozambique ou l&#8217;Ouganda, d&#8217;autres se sont enfoncés dans la régression, tels que l&#8217;Afrique du Sud, le Zimbabwe, la Côte d&#8217;Ivoire, le Nigeria ou le Zaïre.</p>
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<p dir="ltr"><span style="text-decoration: underline;">Trois mythes</span></p>
<p dir="ltr">          L&#8217;Afrique sub-saharienne n&#8217;a jamais été un eldorado et le riche paradis que certains « rousseauistes » ont prétendu, jadis au cœur du continent de Gondwana ou au temps du royaume du Congo et des chefferies bantoues. L&#8217;Afrique précoloniale n&#8217;était pas un continent plus peuplée, riche, et avancé que l&#8217;Europe.</p>
<p dir="ltr">La <strong>première fable</strong> concerne <strong>l&#8217;ampleur du peuplement</strong> précolonial de l&#8217;Afrique, cette région aurait été la plus peuplée du monde, <strong>600 à 800 millions d&#8217;habitants vers 1600</strong>. Ces estimations de sociologues africains n&#8217;ont aucune vraisemblance. C&#8217;est oublier le rôle régulateur des guerres et des épidémies. La même assertion avait été avancée pour l&#8217;Amérique précoloniale il y quarante ans, on parlait alors de 100 millions d&#8217;autochtones, aujourd&#8217;hui on s&#8217;accorde sur 40 à 50 millions. Le but était de conforter la « légende noire » de l&#8217;extermination des indiens par les conquérants. Pour l&#8217;Afrique, les sources les plus sérieuses portent sur une estimation de 25 à 30 millions d&#8217;habitants. Faut-il rappeler qu&#8217;à l&#8217;époque l&#8217;Europe approchait de 100 millions d&#8217;habitants et le monde de 600 millions !</p>
<p dir="ltr">          Vient<strong> une deuxième fable, elle concerne la richesse de l&#8217;Afrique et fait le procès de la colonisation.</strong> Les comptes fantastiques élaborés par l&#8217;économiste belge Paul Bairoch <strong>(7)</strong>, suivant lesquels les Chinois, Péruviens ou Congolais étaient beaucoup plus riches et « développés » que les Français ou les Anglais en 1600 ne sont également que des fables incantatoires ! Curieuse histoire économique qui ignore les progrès économiques et sociaux de l&#8217;Occident et invente la prospérité d&#8217;un nouveau monde inconnu.</p>
<p dir="ltr">          Il eut été plus cohérent de rappeler que les arabes d&#8217;Andalousie et du Maroc, porteurs d&#8217;une civilisation évoluée, avaient créé à l&#8217;époque de Louis XIV des royaumes prospères et raffinés, en rappelant toutefois que ces régimes féodaux n&#8217;étaient pas très égalitaires. Au sud du Sahara, la disposition de richesses était vraisemblable pour les marchands d&#8217;esclaves et les féodaux, mais bien sûr fausse pour la masse de la population. La seule différence est qu&#8217;à l&#8217;époque de notre Renaissance cette région était peuplée de 20 à 25 millions d&#8217;habitants ; ils sont aujourd&#8217;hui 30 fois plus nombreux et il y a donc beaucoup plus de pauvres.</p>
<p dir="ltr">          <strong>Une troisième fable concerne les origines de l&#8217;humanité</strong>, elle fut brillamment illustrée par les théories d&#8217;un anthropologue vulgarisateur français. Il tente de nous faire accroire que, descendants d&#8217;une séduisante guenon baptisée « Lucy » <strong>(8)</strong>,<strong> nous aurions hérité la civilisation de l&#8217;Afrique</strong>. Des hommes préhistoriques ont été localisés sur tous les continents, jusqu&#8217;à Bornéo. Chasseurs et non-cultivateurs ou éleveurs, vivant de rapines et de razzias, ces petits groupes prédateurs ne formaient pas des sociétés organisées et sédentarisées. Nos ancêtres les plus vraisemblables, descendants de l&#8217;homo sapiens, il y a 40 000 ans, ont connu une très longue évolution avant de fonder des civilisations aux alentours du quatrième millénaire avant l&#8217;ère chrétienne. Il ne faut pas se laisser emporter par les raccourcis chronologiques tendancieux suivant lesquels la civilisation de l&#8217;Égypte des pharaons provient des seules migrations des hommes préhistoriques de la haute Nubie. En 4000 ans, la vallée du Nil avait reçu des migrations des peuples du nord et du proche orient et la population du delta se métissait et différentiait des peuples noirs du Soudan. Les Pharaons représentés dans les fresques de la vallée des rois et des reines étaient dolichocéphales et très grands, ils étaient blancs et non noirs. Cependant les Éthiopiens étaient également grands et dolichocéphales, mais ils étaient noirs, et les pharaons noirs du royaume de Méroé ont également construit des temples.</p>
<p dir="ltr">          Pour revenir aux origines, ceux qui ont appris à parler, puis à écrire, à cultiver le sol, domestiquer le bétail, forger des outils et construire des bâtiments, puis naviguer sur les mers n&#8217;étaient pas des pithécanthropes. À supposer qu&#8217;Yves Coppens ait identifié le premier ancêtre des hominiens, il faut rappeler que le squelette de « Lucy », découvert par l&#8217;anthropologue américain Donald Johanson en 1974 en Éthiopie (dans la région de l&#8217;Afar), correspond à un adulte de moins d&#8217;un mètre de hauteur, dont le crâne était fort modeste. Suivant Johanson, ces restes dateraient de 3,5 millions d&#8217;années à la fin de l&#8217;ère tertiaire et seraient intermédiaires entre ceux des hominiens et des singes anthropoïdes. Il reste à démontrer (les anthropologues n&#8217;y sont jamais parvenus) que l&#8217; « homo sapiens » descend d&#8217;une migration provenant de la seule Afrique et ne soit pas apparu au même moment en plusieurs endroits. Or ces noyaux de peuplement, formés de petits groupes vivant de la chasse et de la cueillette, évoluaient rarement vers la fondation d&#8217;une « civilisation ». <strong>Les traces d&#8217;une civilisation ancienne ont des repères </strong>: agriculture, villes, architecture, poteries, écriture, peinture, sculpture, religions, sciences : <strong>elles furent peu apparentes au cœur de l&#8217;Afrique à l&#8217;époque de Lucy</strong>. Comme si la « civilisation » n&#8217;avait pas éclot il y a 6 millénaires, et non des millions d&#8217;années, certes au bord du Nil, mais surtout dans les vallées du Tigre, de l&#8217;Euphrate et de l&#8217;Indus ! </p>
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<p dir="ltr"><span style="text-decoration: underline;">Deux univers statistiques contrastés</span></p>
<p dir="ltr">          Il faut rappeler que <strong>le monde occidental</strong> se différencie du reste de la planète par la mise en place d&#8217;<strong>une</strong> <strong>organisation statistique très avancée</strong>, d&#8217;un maillage très dense des établissements d&#8217;enseignement et réseaux de surveillance des maladies présents dans chaque région. Par voie de conséquence, <strong>les évaluations ont une vraisemblance</strong> : en France la mortalité infantile est très faible et la durée de vie très longue ; le chômage est très élevé ; la dette publique est considérable ; les comptes publics sont désastreux et la pression fiscale est très lourde. Il s&#8217;agit de mesures objectives et évidentes. Au Nigeria ou au Congo, les repérages statistiques transmis sont rarement fiables. Pour reprendre la formule de l&#8217;économiste Charles Prou, <strong>les pays en voie de développement</strong>, notamment les plus pauvres, <strong>sont des pays à statistiques incomplètes,</strong> ils restent le plus souvent « statistiquement sous-développés ».</p>
<p dir="ltr">          Dans le monde occidental, on mesure et on compte tout. La statistique, depuis les premiers arithméticiens politiques, avait pour objet prioritaire de compter la population et d&#8217;en analyser les structures. Puis la statistique a entrepris de mesurer la richesse nationale en élaborant des comptabilités nationales : le produit intérieur brut et sa croissance sont des évaluations attendues par les économistes et financiers.</p>
<p dir="ltr">          <strong>Dans le tiers monde, les informations statistiques sont incomplètes, souvent inexistantes et parfois systématiquement biaisées</strong>. Le continent africain est particulièrement décalé. Comment pourrait-on évaluer l&#8217;évolution de la population et des ressources disponibles, si le nombre des habitants et les quantités produites sont des hypothèses douteuses ?</p>
<p dir="ltr">          Les recensements ont été souvent inexistants, truqués, non publiés ou faux, par exemple au Nigeria ou au Zimbabwe. Les enregistrements de l&#8217;état-civil sont partiels, approximatifs et souvent faux. La mortalité reste un indicateur souvent plus fiable que le revenu par habitant, car elle est aussi lourde dans le pays pétrolier riche que chez son voisin pauvre, cependant beaucoup d&#8217;experts estiment que la marge d&#8217;erreur est considérable. La scolarisation des jeunes, aujourd&#8217;hui en forte baisse, et l&#8217;alphabétisation des adultes ne permettent pas d&#8217;évaluer leur niveau de connaissance. Les hôpitaux et les réseaux de santé primaire ne sont pas davantage en mesure de transmettre des relevés épidémiologiques fiables. Les fonds publics et l&#8217;aide humanitaire sont trop souvent détournés de leur objet &#8230;</p>
<p dir="ltr">          Bien plus, les statistiques économiques ne sont pas fiables, car on sait que l&#8217;économie souterraine est souvent prédominante. Il est tentant de confronter les classements internationaux des niveaux de vie aux enquêtes sur l&#8217;opacité de l&#8217;information et la prévalence de la corruption de l&#8217;Institut « Transparency International ». Alors on remarque que les pays les plus pauvres, aux états de santé les plus précaires, les plus corrompus et aux données statistiques les plus opaques sont des pays africains au sud du Sahara.</p>
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<p dir="ltr"><span style="text-decoration: underline;">La déconnexion hors de l&#8217;économie mondiale et de la modernité</span></p>
<p dir="ltr">          Idéologiquement l&#8217;Afrique continue de cultiver des utopies contradictoires.</p>
<p dir="ltr">          1. D&#8217;abord <strong>l&#8217;idée que l&#8217;extraction des richesses naturelles</strong> <strong>et non leur transformation suffise pour catalyser le développement économique</strong> : vrai en Europe pour le charbon et le fer en 1850, mais beaucoup plus incertain au troisième millénaire. Les ressources humaines, c&#8217;est-à-dire la compétence et la capacité d&#8217;innovation, représentent 90 % de la richesse des nations nanties. Où sont les richesses naturelles de la Hollande et du Japon ? La hausse récente des cours du pétrole et des matières premières plonge à nouveau l&#8217;Afrique dans ce piège. Alors les Africains accusent l&#8217;échange inégal et voudraient que le cuivre et le café suivent la trajectoire des cours du pétrole. Ils se font des illusions car ces revalorisations ne sont jamais durables, il manque deux conditions : la pénurie d&#8217;une ressource non renouvelable et le pouvoir de coalition. Ils croient que la revalorisation des matières premières et du pétrole pourrait leur apporter la richesse qui leur manque, alors qu&#8217;il n&#8217;en est rien : aucun pays pétrolier ou producteur de matières premières n&#8217;est devenu développé, même pas la Russie.</p>
<p dir="ltr">          2. <strong>Le nationalisme et la xénophobie sont les utopies les plus puissantes</strong>, ce rejet concerne tous les étrangers, les Européens, les Américains et les Asiatiques, mais, ce qui est plus délétère, sur les ethnies différentes de celle qui tient les leviers du pouvoir. Il en résulte des vagues d&#8217;expulsions et de regroupements de population, qui impliquent la scission de nombreux États en une poussière de régions hostiles. Le nombre d&#8217;États-Nations pourrait alors s&#8217;amplifier considérablement : le Congo et le Nigeria pourraient se diviser en 10, 20 ou 50 micro-unités territoriales.</p>
<p dir="ltr">          3. Puis vient <strong>l&#8217;idée que la « mondialisation » est la source de leur appauvrissement</strong> et qu&#8217;il suffirait de se déconnecter de l&#8217;économie mondiale, en faisant fuir les étrangers, les capitaux et les marchandises étrangères pour construire un monde meilleur.<strong> Le mythe de la « déconnexion » </strong>avait été développé par Samir Amin en Afrique dans les années 1970, puis il a connu un renouveau au cours de la dernière décennie. Cette aspiration à l&#8217;autarcie est peut- être fondée pour quelques nations enclavées d&#8217;Afrique centrale, où la population paysanne survit à l&#8217;écart du marché et de l&#8217;échange international. Sans radio, télévision et ordinateur, sans électricité, sans touristes et produits importés, sans impôts ni fonctionnaires, ces petites communautés seraient plus heureuses qu&#8217;aujourd&#8217;hui. Malheureusement les gouvernements ne toléreraient pas ces enclaves. Les utopies tiers-mondistes et altermondialistes propagées par les occidentaux prétendent venir au secours des pauvres du tiers monde. En fait, elles n&#8217;ont fait qu&#8217;un objet masqué : détourner les pays africains de la modernité et surtout ne pas voir apparaître de nouveaux concurrents, tels que les asiatiques. Que le Sénégal et la Tanzanie continuent à produire de l&#8217;arachide, la Sierra Leone des diamants et le Kenya des safaris, les paysans français n&#8217;y perdront rien !</p>
<p dir="ltr">          Le refus de la modernité, particulièrement dans l&#8217;aire islamique, a pour conséquence d&#8217;écarter durablement l&#8217;Afrique du système économique mondial. Certes les apparences sont sauves, si l&#8217;on confond la diffusion de la télévision, de la radio et d&#8217;internet ou les immeubles somptuaires des capitales avec le progrès technique. Ce qui compte c&#8217;est l&#8217;apprentissage des nouvelles technologies, la capacité d&#8217;imiter, de perfectionner, d&#8217;innover : tout ce qui est présent en Inde et en Chine. Accepter la modernité n&#8217;est pas consommer, c&#8217;est changer de routine, savoir fabriquer et entretenir des machines.</p>
<p dir="ltr">          Certains observateurs s&#8217;insurgent contre l&#8217;afro-pessimisme qui nous conduirait à identifier ce continent aux catastrophes mises en lumière par les journalistes. En ce sens Georges Courade <strong>(9)</strong> et ses collaborateurs dressent le catalogue des (fausses) idées reçues : une explosion démographique suicidaire, une région aride dépourvue de richesses naturelles et humaines, des techniques agricoles qui épuisent le sol, des hommes polygames et volages aux femmes soumises, des conflits ethniques et religieux insolubles, des guerres incessantes, des dirigeants et fonctionnaires corrompus, un exode des plus pauvres vers l&#8217;Europe &#8230; Certes tous les pays africains ne sont pas également exposés à la misère et à la régression, beaucoup ont échappé à la guerre et aux massacres ethniques. Cependant l&#8217;Afrique reste la seule région du tiers-monde qui ne parvient pas à sortir des cercles vicieux du sous-développement.</p>
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<p class="MsoNormal"><strong><span lang="FR">II. LA DÉMOGRAPHIE</span></strong></p>
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<p dir="ltr"><span style="text-decoration: underline;">L&#8217;hétérogénéité du continent africain</span></p>
<p dir="ltr">          L&#8217;Afrique est un continent bien délimité par les mers, le détroit de Gibraltar et le canal de Suez.</p>
<p dir="ltr">          L&#8217;Afrique était peuplée de <strong>25 millions d&#8217;habitants en 1600</strong>, il y a un siècle sa population était estimée à 100 millions d&#8217;habitants. <strong>Elle est aujourd&#8217;hui (2007) plus peuplée (944 millions d&#8217;habitants) que l&#8217;Europe ou l&#8217;Amérique latine.</strong> Ce peuplement devrait approcher un milliard d&#8217;habitants au milieu de 2010 et pourrait atteindre 1.3 milliard d&#8217;habitants en 2025 et 1.9 milliard en 2050, si elle n&#8217;était pas confrontée à de multiples fléaux sanitaires.</p>
<p dir="ltr">          Or certaines Organisations Internationales (UNESCO, FAO, OMS) ont regroupé dans la zone Méditerranée du sud et Moyen Orient l&#8217;Afrique du Nord (114 M hab.), et en outre l&#8217;Égypte (73Mh), l&#8217;Éthiopie (77 Mh) et le Soudan (38 Mh) (près de 300 millions d&#8217;habitants). Dès lors l&#8217;apparence de l&#8217;Afrique subsaharienne, sans l&#8217;Afrique du Nord, semble ainsi contenue à 830 millions d&#8217;habitants. Les 115 millions d&#8217;habitants du Soudan et de l&#8217;Éthiopie sont parmi les plus pauvres du continent et ne sauraient être rattachés au monde méditerranéen.</p>
<p dir="ltr">          Le nord du continent est si différent de la zone sub-saharienne. Dans les cinq pays du Grand Maghreb, les niveaux de vie, états de santé et niveaux d&#8217;éducation sont beaucoup plus avancés. L&#8217;association entre l&#8217;Europe et le nord de l&#8217;Afrique peut se construire car cette région connaît une transition démographique et économique. L&#8217;écart de niveau de vie entre l&#8217;Espagne et le Maroc est du même ordre que celui qui séparait l&#8217;Espagne de la France il a 40 ans.</p>
<p dir="ltr">          Au sud, prédomine l&#8217;hétérogénéité sanitaire, culturelle, ethnique, linguistique, religieuse et bien sûr économique. Au regard de l&#8217;Afrique du Nord, a fortiori de l&#8217;Europe, les écarts sont considérables et ne pourront pas être comblés avant plusieurs générations.</p>
<p dir="ltr">          Est-ce à dire que l&#8217;Afrique sub-saharienne soit homogène ? Non. Les pays les plus pauvres du monde sont disséminés au long de la ceinture sahélienne et de la côte orientale, mais certains ont été enrichis par le pétrole, et une région industrielle avancée s&#8217;était formée en Afrique australe.</p>
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<p dir="ltr"><strong>Trois vulnérabilit</strong><strong>És</strong></p>
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<p dir="ltr">          L&#8217;accroissement de la population ne saurait par lui-même constituer un obstacle au développement économique, comme l&#8217;a courageusement analysé le démographe Jean Claude Chesnay <strong>(10)</strong>. L&#8217;accroissement de la population n&#8217;est pas la cause première du déclin économique de l&#8217;Afrique. Si la population de l&#8217;Algérie avait seulement augmenté de 0,5 % par an depuis 1980, cela aurait-il évité l&#8217;émergence de la guerre civile, le chômage et la pénurie ? En revanche, la stagnation ou le déclin démographique sont le prélude de la sclérose et de la régression économique, nous le savons bien en Europe. En Amérique du Sud, le Brésil et le Mexique ont connu une explosion démographique au cours des années 1940-1975 qui n&#8217;a aucunement fait obstacle à leur croissance économique et à leur modernisation.</p>
<p dir="ltr">          Alors pourquoi en Afrique, surtout au sud du Sahara, l&#8217;explosion démographique actuelle a-t-elle contribué à bloquer le développement de leur économie ? Il semble que trois vulnérabilités particulières font obstacle au développement et à la modernisation. D&#8217;abord la « pression démographique » doit être rapportée à l&#8217;environnement et à l&#8217;habitabilité du territoire : quand celle-ci est très limitée, un surcroît de densité sur des territoires peu fertiles suffit à susciter la paupérisation des résidents. En second lieu, un accroissement naturel très rapide et de très hautes fécondités réduisent inéluctablement les ressources disponibles des familles, d&#8217;autant plus que la charge croissante des enfants et adolescents pèse sur une population étroite d&#8217;adultes disposant d&#8217;emplois. Enfin surgit un troisième obstacle, l&#8217;accélération des courants migratoires : exode rural vers les villes, émigration vers l&#8217;étranger et surtout renforcement des migrations intra-africaines, induites par les conflits ethniques et les guerres.</p>
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<p dir="ltr"><strong>La pression démographique et les conflits de densité de peuplement</strong></p>
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<p dir="ltr">          Au regard de l&#8217;Asie ou de l&#8217;Europe, l&#8217;Afrique est apparemment encore sous-peuplée, car sa densité globale reste faible. Et cependant elle est passée de 4 à 30 habitants au kilomètre carré au cours du dernier siècle. Cette densité moyenne englobe le Sahara et les zones arides qui occupent la plus grande partie du continent et <strong>les zones littorales où</strong> <strong>la densité réelle est de 100 à 300 habitants au kilomètre carré, par exemple en Afrique du Nord.</strong> La plupart des peuples limitrophes des zones de désert et de savane vivent dans des régions où la densité reste de quelques habitants au kilomètre carré. Des pays peuplés de moins de 10 millions d&#8217;habitants se juxtaposent sur les côtes, peut-on parler de pression démographique alors qu&#8217;ils ont au nord de vastes territoires inoccupés ? <strong>Tout dépend de l&#8217;accessibilité et de l&#8217;habitabilité :</strong> installer des millions d&#8217;habitants le long du Congo supposerait des voies d&#8217;accès, peupler le désert et la savane au sud du fleuve Niger supposerait des aménagements à la portée de l&#8217;Arabie Saoudite. Certes le Nigeria très peuplé et dense (145 hab. /km<sup>2</sup>) parvient à renforcer les densités agraires des provinces du nord (70 hab. /km<sup>2</sup> dans les provinces de Kebbi et Borno et 500 hab. /km<sup>2</sup> dans la région urbanisée de Kano), mais ces régions sont plus arrosées que le nord de la Côte d&#8217;Ivoire (0.5 h/km<sup>2</sup>) ou du Bénin (0.6 h/km<sup>2</sup>).</p>
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<p dir="ltr"><strong>La persistance de très hautes fécondités</strong></p>
<p dir="ltr">          En Afrique le taux de natalité est en moyenne de 38°/°° et le taux de mortalité de 14°/°°, donc le taux d&#8217;accroissement naturel, qui a sensiblement décliné depuis 10 ans, est seulement de 2,4 % par an. Cependant le solde migratoire de ces pays est rarement publié. L&#8217;accroissement de la population est en fait beaucoup plus rapide pour les pays qui reçoivent l&#8217;afflux de réfugiés des pays voisins. En contrepartie, l&#8217;exode des africains vers les pays voisins ou vers l&#8217;Europe soulage la pression démographique.</p>
<p dir="ltr">Le nombre moyen d&#8217;enfants par femme féconde est de 5.2. <strong>Au Nigeria il naît chaque année 6.2 millions d&#8217;enfants, dans l&#8217;Union européenne 5.2, en Ouganda 1.3 million, davantage qu&#8217;au Japon !</strong> L&#8217;Afrique n&#8217;en reste pas moins la région du monde de plus haute fécondité et de plus forte mortalité. En Asie la natalité et la mortalité sont deux fois plus faibles, l&#8217;indice synthétique de fécondité se rapproche de 2 enfants ou devient comme en Chine inférieur au taux de remplacement. Cependant toute l&#8217;Afrique ne suit pas cette tendance : en Afrique du Nord la transition démographique est amorcée depuis une génération, au Maroc par exemple l&#8217;indice de fécondité est de 2.7.</p>
<p dir="ltr">          La région des très hautes fécondités est localisée en Afrique centrale et orientale et dans l&#8217;Afrique sahélienne, on y observe des taux de natalité de 45 à 50°/°° et des indices de fécondité de 5 à 7. La mortalité qui a considérablement augmenté a le plus souvent retrouvé les niveaux antérieurs à 1960, soit 25 à 30°/°°, ce qui n&#8217;empêche pas la population de doubler en 25 à 30 ans. La mortalité infantile, qui est de 4°/°° en France, fluctue entre 100 et 200°/°°, alors qu&#8217;elle est de 30°/°° en Amérique du Sud. Et pourtant la population des jeunes enfants et des adolescents alimentée par de si hautes fécondités continue de s&#8217;élargir. Par voie de conséquence, <strong>la population rajeunit à chaque génération</strong> : les moins de 15 ans représentent souvent la moitié du peuplement et les adultes jeunes, rarement pourvus d&#8217;un emploi, sont décimés par l&#8217;épidémie de sida et forment les principaux candidats au départ pour l&#8217;étranger.</p>
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<p dir="ltr"><strong>Permanence et renforcement des migrations intra-africaines</strong></p>
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<p dir="ltr">          Les flux migratoires internationaux ont sextuplé au cours de la dernière génération, ils étaient évalués en 2005 à 200 millions de personnes. Or l&#8217;Europe et l&#8217;Amérique pensent surtout à l&#8217;afflux des immigrants provenant du tiers monde et de l&#8217;Afrique en particulier. Cependant, sur les 20 millions de réfugiés enregistrés aux frontières et les 30 millions d&#8217;exilés clandestins, il faut prendre conscience du fait que la majorité d&#8217;entre eux fuient les guerres civiles et les persécutions et se réfugient dans les pays voisins, en Asie et surtout en Afrique. Les migrations transafricaines ont très fortement déstabilisé les pays riverains des zones de chaos, par exemple aux frontières du Soudan, du Congo, ou de la Côte d&#8217;Ivoire. Ces pays riverains sont souvent les plus pauvres. Ils doivent accueillir brusquement plusieurs millions de personnes dans les camps de réfugiés, ce qui amplifie les tensions ethniques, religieuses, politiques et économiques.</p>
<p dir="ltr">          Les observateurs de l&#8217;Afrique et géopoliticiens ont remarqué que l&#8217;Afrique est de loin <strong>le continent affecté par les flux migratoires interétatiques les plus intenses</strong>. Ces exodes et migrations ont existé bien avant l&#8217;instauration de frontières entre les nations. Les déplacements de population accompagnèrent le nomadisme des tribus, le recours à l&#8217;esclavage, les razzias et les guerres.</p>
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<p dir="ltr"><span style="text-decoration: underline;">L&#8217;emprise durable de l&#8217;esclavage et de la traite des noirs</span></p>
<p dir="ltr">          L&#8217;inventaire d&#8217;Olivier Pétré Grenouilleau <strong>(11)</strong>, nous rappelle que, précédant la traite atlantique vers les Amériques, l&#8217;histoire de l&#8217;Afrique et l&#8217;expansion du monde musulman depuis le moyen âge furent étroitement associée à l&#8217;esclavage et à la traite des noirs. Trois traites ont marqué l&#8217;histoire de l&#8217;Afrique.</p>
<p dir="ltr">          La plus ancienne, la <strong>traite orientale des arabes</strong>, accompagne l&#8217;expansion de l&#8217;Islam dès le VI<sup>e</sup> siècle, elle suivait deux orientations géographiques <strong>(12)</strong>, la traite orientale expédiait les esclaves vers l&#8217;Égypte et le Proche Orient et la traite saharienne remontait le Sahel vers l&#8217;Afrique du Nord et l&#8217;empire ottoman. L&#8217;expansion musulmane en Afrique du Nord débuta dès les premiers Califats, pour s&#8217;étendre rapidement aux voies de pénétration transsahariennes, vers l&#8217;Afrique orientale et occidentale <strong>(13)</strong>. Ce trafic s&#8217;est poursuivi et même intensifié du XVI<sup>e</sup> au XIX<sup>e</sup> siècle. En 1830, lors de la conquête française <strong>(14)</strong>, l&#8217;Algérie ottomane était depuis longtemps une contrée vivant de la piraterie de haute mer, de la prise d&#8217;otage et de rançons, les captifs étant réduits en esclavage.</p>
<p dir="ltr">          La <strong>traite occidentale</strong> des Européens, qualifiée de <strong>traite atlantique</strong>, fut dirigée vers l&#8217;Amérique, surtout vers le Brésil et les Caraïbes et vers le sud des États-Unis, elle s&#8217;accompagnait d&#8217;une lourde mortalité (10 %) lors des convois et des transports négriers. Elle a probablement représenté 40 à 50 % du trafic des esclaves, soit 10 à 12 millions de captifs. L&#8217;arrêt du trafic des esclaves entre 1815 et 1840, même au Brésil, la victoire du nord sur le sud aux États-Unis (1865) puis l&#8217;abolition de l&#8217;esclavage parfois très tardive (1888 au Brésil) mirent fin à la traite occidentale. Le triomphe de la cause abolitionniste fut incontestablement celui de l&#8217;éthique occidentale, mais beaucoup d&#8217;historiens de l&#8217;économie estiment que la plantation esclavagiste n&#8217;était plus rentable &#8230; On ne doit pas oublier le rôle prédateur que les Américains et les Européens (Anglais, Espagnols, Portugais, Français et autres nationalités) ont exercé en Afrique, avant même les conquêtes coloniales. Et pourtant d&#8217;autres traites ne suscitaient guère de remords.</p>
<p dir="ltr">          Il faut y ajouter les <strong>traites interafricaines internes</strong> d&#8217;esclaves restés en Afrique noire. La violence et l&#8217;insécurité ont entouré la vie des communautés africaines pendant plus d&#8217;un millénaire, bien avant que ne soit mise en place la déportation des esclaves vers les Amériques, puis la conquête des puissances coloniales européennes. En Afrique la région des lacs avait déjà de fortes densités, elle constituait une réserve inépuisable pour les marchands d&#8217;esclaves. Les guerres entre royaumes et chefferies et les itinéraires de la traite des noirs induisaient des mouvements permanents d&#8217;exode.</p>
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<p dir="ltr"><span style="text-decoration: underline;">L&#8217;intensification des migrations transfrontalières</span></p>
<p dir="ltr">          Les peuples des zones arides ont émigré vers les zones alluviales fertiles et les côtes maritimes et <strong>l&#8217;exode rural</strong> a nourri le courant le plus puissant d&#8217;émigration. Les premiers villageois installés à la périphérie des capitales sont progressivement rejoints par leur parentèle, leur clan ou leur tribu. L&#8217;Afrique est aujourd&#8217;hui parsemée de grandes villes et d&#8217;agglomérations millionnaires : plus elles sont grandes plus elles croissent rapidement. Comme en Amérique latine, il y a une génération, elles doublent en 10 ou 15 ans et les nouveaux venus doivent s&#8217;entasser à la périphérie dans les bidonvilles. L&#8217;agglomération de Lagos approche de 11 millions d&#8217;habitants. À Johannesburg, au Caire ou à Casablanca, Lagos, Kinshasa, Dakar 30 à 70 % des habitants survivent dans les bidonvilles.</p>
<p dir="ltr">          D&#8217;autres habitants sont purement et simplement chassés de leurs terres par l&#8217;incursion des troupes armées. <strong>Les guerres intra africaines</strong> des deux dernières décennies ont accéléré le mouvement, quand brusquement des centaines de milliers de réfugiés ont afflué vers les camps de secours des pays voisins. En fait le mouvement est ancien et permanent : il suit les routes transafricaines et l&#8217;exode des civils expulsés et pourchassés par les soldats et les guérilleros. Les enfants orphelins ou arrachés à leurs parents sont alors recrutés par les seigneurs de guerre pour combattre.</p>
<p dir="ltr">          Enfin il existe une <strong>migration économique</strong>, celle d&#8217;une population excédentaire qui ne peut trouver sur place un gagne-pain, ce sont les candidats à l&#8217;émigration officielle ou clandestine vers l&#8217;Europe ou le Moyen Orient. Tous ces exodes, quelle qu&#8217;en soit la cause, ont pour effet de renforcer la dépendance des gouvernements locaux à l&#8217;égard de l&#8217;assistance étrangère.</p>
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<p dir="ltr"><strong>LE SIDA ET LA RÉGRESSION SANITAIRE</strong></p>
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<p dir="ltr">          L&#8217;Afrique continue d&#8217;abriter les deux tiers des personnes infectées par le virus du sida (VIH). L&#8217;OMS a réévalué ses présomptions de séroprévalence.</p>
<p dir="ltr">          Au nord, la contamination concerne essentiellement quelques pays du Moyen Orient et le Soudan qui présentent un profil épidémiologique proche de l&#8217;Afrique orientale. Les régions du Maghreb ont une faible prévalence : elles sont fortement urbanisées ; le peuplement à prédominance arabe, la religion musulmane et les civilisations qui s&#8217;y sont succédé leur confèrent une spécificité par rapport à l&#8217;Afrique noire. Enfin, malgré la présence de tensions ethniques ou religieuses, à l&#8217;exception de la guerre civile qui a frappé l&#8217;Algérie depuis deux décennies, le nord du continent a échappé aux guerres interethniques et aux massacres qui déchirent l&#8217;Afrique au sud du Sahara. Leur réseau sanitaire est plus dense et qualifié que dans les régions du sud, le niveau de vie et d&#8217;éducation est plus avancé. Or <strong>les taux de prévalence de l&#8217;infection à VIH qui varient en Afrique du Nord entre 0.1 et 0.2 % de la population sont restreints par rapport à la moyenne de l&#8217;autre Afrique, où 20 à 30 % des adultes sont contaminés</strong>. La divergence est similaire pour la progression de la population qui diminue depuis dix ans pour le nord du continent : le nombre moyen d&#8217;enfants par femme féconde y est de 2 à 3 (sauf en Libye), au sud du Sahara il est encore de 4 à 6 !</p>
<p dir="ltr">          Au sud, l&#8217;Afrique sub-saharienne reste la zone géographique la plus affectée par l&#8217;épidémie de sida : comme la transmission du virus est essentiellement hétérosexuelle, la moitié des victimes sont des femmes et la transmission mère-enfant, devenue résiduelle dans l&#8217;Occident, reste très lourde.</p>
<p dir="ltr">          En Europe ou en Amérique le coût de l&#8217;épidémie est dominé par le coût médical. Dans l&#8217;Afrique sub-saharienne, où les dépenses de santé par habitant sont de quelques dizaines de dollars, la fourniture à tous les patients de soins similaires à ceux de l&#8217;Occident absorberait rapidement toutes les ressources affectées à la santé. Les répercussions de l&#8217;épidémie de sida sont considérables du fait que la surmortalité brise la transition sanitaire observée entre 1960 et 1980, et dans beaucoup de pays on a retrouvé les régimes de très hautes mortalités d&#8217;avant-guerre.</p>
<p dir="ltr">          L&#8217;Afrique sahélienne francophone juxtapose d&#8217;immenses territoires à faible population et à faible prévalence du virus (VIH) à l&#8217;Ouest (Sénégal, Mauritanie), puis des pays très pauvres comme le Niger ou le Mali et le Tchad à forte prévalence. L&#8217;Afrique orientale anglophone rassemble des territoires aux dimensions démographiques inégales, dont plusieurs pays très peuplés, tels que le Soudan et l&#8217;Éthiopie. Ils se sont révélés très vulnérables. Les régions limitrophes des Grands Lacs et de l&#8217;Afrique du Sud ont des taux de prévalence très élevés. Enfin vient <strong>le cœur de l&#8217;épidémie africaine, la région des grands lacs</strong> où se concentraient la plupart des cas au début de l&#8217;épidémie : l&#8217;Ouganda, le Rwanda, le Botswana et sur la côte de l&#8217;océan indien le Kenya, la Zambie et la Tanzanie ou sur la côte atlantique le Congo Zaïre. Le pic épidémique se manifeste un peu plus tard dans la mosaïque des petits pays du golfe de Guinée, anciennes colonies françaises, anglaises ou portugaises et espagnoles : en Côte d&#8217;Ivoire et au Cameroun près de 10 % des adultes sont aujourd&#8217;hui infectés. Il faut toutefois mesurer la disproportion des masses démographiques : Le Nigeria et ses 145 millions d&#8217;habitants, où près de 4 millions d&#8217;individus sont infectés, est beaucoup plus peuplé que l&#8217;ensemble de l&#8217;Afrique francophone, le Congo-Zaïre avec ses 63 millions d&#8217;habitants représente la moitié du peuplement de la zone Centre-Est. Dans ces deux pays, aux informations statistiques peu fiables, la prévalence est estimée entre 5 et 10 %. Le nombre des victimes de l&#8217;épidémie y est singulièrement plus élevé que dans le petit Lesotho, Botswana ou Zwaziland.</p>
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<p dir="ltr"><span style="text-decoration: underline;">Le risque des prochaines décennies sera l&#8217;infection généralisée de l&#8217;Afrique australe</span></p>
<p dir="ltr"> <img class="alignnone size-full wp-image-1627" title="le28099infection-generalisee-de-le28099afrique-australe1" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2008/11/le28099infection-generalisee-de-le28099afrique-australe1.jpg" alt="Le risque des prochaines décennies" width="438" height="323" /></p>
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<p dir="ltr">          L&#8217;Afrique australe au cours des années 1980 semblait connaître une faible prévalence, il est vrai que la guerre en Angola et au Mozambique, et surtout la faible couverture statistique et épidémiologique des noirs en Rhodésie et en Afrique du Sud ne permettaient guère de déceler l&#8217;émergence de l&#8217;épidémie. Progressivement l&#8217;OMS devait prendre la mesure d&#8217;une progression très rapide de la contamination. Au début des années 1990 avant la fin de l&#8217;apartheid la région la plus avancée était l&#8217;Afrique du Sud, en raison de ses richesses minières et agricoles et surtout de son industrialisation, mais également ses indicateurs sanitaires étaient beaucoup plus favorables qu&#8217;en Afrique centrale. Cependant quelle confiance pouvait-on accorder à ces informations qui éclairaient les caractéristiques de la population blanche, mais oblitéraient et en fait ignoraient les risques sanitaires de la population noire ? Quinze ans plus tard, il est devenu clair que cette région a perdu son attrait en raison de son insécurité et de sa paupérisation. Alors que le Zimbabwe a connu l&#8217;exode de 3 millions de personnes, colons blancs expropriés et travailleurs migrants des États voisins, en Afrique du Sud une partie de la population européenne s&#8217;est exilée, les travailleurs migrants des pays voisins se sont en partie repliés sur leur pays d&#8217;origine, les capitaux étrangers se sont également repliés et le chômage s&#8217;est amplifié.</p>
<p dir="ltr">          Le cas sud-africain est une illustration exemplaire de la progression brutale d&#8217;une épidémie infectieuse. Et pourtant, il faut s&#8217;interroger : <strong>le sida est-il le principal responsable de la catastrophe africaine ?</strong></p>
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<p dir="ltr"><span style="text-decoration: underline;">Première interrogation : le chaos politique</span></p>
<p dir="ltr">          L&#8217;explosion des conflits interethniques, l&#8217;insécurité de la vie quotidienne, la vague de criminalité des grandes villes africaines et surtout les affrontements armés ne sont-ils pas souvent responsables de plus de victimes que l&#8217;épidémie de sida ? Les massacres du Rwanda, les conflits armés de la Sierra Leone, du Liberia ou du Congo Zaïre, ceux du Soudan (Darfour) et de l&#8217;Éthiopie, plus récemment en Côte d&#8217;Ivoire, en Guinée Bissau, au Kenya, ont entraîné la mort ou l&#8217;invalidité de centaines de milliers d&#8217;hommes, de femmes, d&#8217;enfants et de vieillards. Les estimations de population ou les recensements ne permettent pas de les chiffrer, ces pertes sont souvent imputées au sida.</p>
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<p dir="ltr"><span style="text-decoration: underline;">Deuxième interrogation : la régression sanitaire</span></p>
<p dir="ltr">          C&#8217;est la question essentielle. La baisse de la mortalité et de la fécondité et l&#8217;augmentation de l&#8217;espérance de vie à la naissance étaient amorcées il y a 20 ans : l&#8217;OMS et l&#8217;ONU prévoyaient une amélioration lente mais continue des indicateurs sanitaires. Or au tournant des années 1970 les pays africains ont étatisé leurs systèmes de santé et privilégié les « centres de soins primaires ». Par voie de conséquence les réseaux de surveillance et de prévention des maladies ont été délaissés, en particulier les centres hospitaliers. L&#8217;explosion des maladies infectieuses et transmissibles s&#8217;est propagée dans les zones équatoriales et intertropicales. <strong>En 1950 la plupart des cas de malaria étaient localisés en Asie du Sud, aujourd&#8217;hui en Afrique</strong> ; la prévalence de la tuberculose est également un multiple des autres régions.</p>
<p dir="ltr">          Enfin les programmes d&#8217;éradication des maladies infectieuses infantiles, en particulier la rougeole étaient en voie de réussir, aujourd&#8217;hui ils sont hors de portée. Bref, si le sida tue aujourd&#8217;hui près de 2 millions d&#8217;Africains, soit 12 % de la mortalité annuelle, il ne faut pas oublier que la rougeole, la malaria, la bilharziose et la tuberculose sont responsables de la plupart des décès. Ce bilan des maladies est alourdi par la charge disproportionnée des traumatismes et morts violentes (20 % des décès).</p>
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<p dir="ltr"><span style="text-decoration: underline;">Le choc démographique</span></p>
<p dir="ltr">          Pour la plupart des observateurs, le coût de l&#8217;épidémie de sida est démographique : c&#8217;est là que se rassemblent les répercussions économiques négatives. La perte de croissance économique potentielle de l&#8217;Afrique n&#8217;est pas la conséquence des ressources prélevées pour prendre en charge et soigner les victimes du sida, mais celle de la diminution de la population active, donc de leur capacité de travailler, d&#8217;épargner et de consommer. L&#8217;argument apparaît incontestable et cependant il ne convainc pas de nombreux observateurs.</p>
<p dir="ltr"><strong>1. Les épidémies sont-elles susceptibles de briser</strong> l&#8217;avenir et <strong>le développement</strong> d&#8217;une région ? Oui répondront les historiens en songeant à la grande peste de 1347 ou au transfert des fléaux du moyen âge (variole) lors de la conquête des Amériques. Pour l&#8217;Europe ou le Mexique, une déflation démographique aussi brutale exigea un à deux siècles pour rétablir le peuplement initial. Aujourd&#8217;hui la réponse est moins évidente, du fait que le progrès médical permet d&#8217;identifier les vecteurs épidémiques et d&#8217;enrayer la contamination.</p>
<p dir="ltr">          Plus près de nous vient l&#8217;épidémie de sida. Elizabeth Brainerd et Mark Siegel <strong>(15)</strong> ont tenté de comparer les conséquences du sida et ceux de la grippe espagnole de 1918 : 30 millions de morts en quelques mois pour 1918, mais en un quart de siècle pour l&#8217;épidémie de sida. La surmortalité avait été beaucoup plus lourde en 1918, elle s&#8217;ajoutait aux morts de la grande guerre. Ces deux auteurs estiment que <strong>l&#8217;effet négatif des épidémies sur les taux de croissance économique n&#8217;est pas démontré </strong>: il est au plus marginal de l&#8217;ordre de 1 point de taux de croissance. Au cours des années 1920 les pays les plus durement frappés ayant la plus forte surmortalité sont ceux qui récupèrent le plus vite, du fait que la pression de la population sur les ressources s&#8217;atténua, ce qui permit d&#8217;accroître la productivité du travail. Paradoxe ! Et pourtant on observe aujourd&#8217;hui en Afrique quelques exemples de récupération. L&#8217;Angola et le Mozambique ont aujourd&#8217;hui une croissance économique rapide, qui succède à trois décennies de régression : ils se relèvent à la fois de guerres civiles épouvantables et d&#8217;une épidémie non maîtrisée.</p>
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<p dir="ltr"><strong>2. Le rétrécissement de la pyramide des âges</strong> constitue pour les démographes le coût véritable du sida, parce qu&#8217;il déséquilibre les générations. On connaît l&#8217;exemple déconcertant du Botswana : les actuaires ont estimé qu&#8217;en 2040 la population globale aurait massivement décliné, frappant les adultes et les enfants. En Afrique du Sud, les modélisateurs présentent aujourd&#8217;hui des projections similaires pour construire la pyramide des âges de l&#8217;avenir : la pyramide des âges prendra alors une forme de tuyau ou de cheminée. Le ratio de dépendance se modifiera : les enfants de moins de 15 ans ne représenteront plus que 30 à 40 % de la population, mais les adultes seront très peu nombreux. La charge d&#8217;inactifs deviendra écrasante, car <strong>les hommes et les femmes de 40 à 60 ans seront dix fois moins nombreux</strong>. Ce changement se répercutera sur les charges collectives, il y aura un peu moins d&#8217;enfants à scolariser et soigner, mais il faudra des ressources considérables pour prendre en charge les survivants.</p>
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<p dir="ltr">          On peut remarquer que les pyramides des âges ne sont pas en forme de cheminée mais de toupie, elles finissent par ressembler aux projections faites pour le Japon, l&#8217;Espagne ou l&#8217;Italie, pays à très faible fécondité. Est-ce à dire que l&#8217;Afrique sera écrasée par la charge du vieillissement ? À l&#8217;INED, Gilles Pison <strong>(16)</strong> estime que le vieillissement prématuré de la population n&#8217;est pas certain, car la mort des adultes diminue le potentiel en personnes âgées pour l&#8217;avenir. <strong>La population africaine restera caractérisée par la prédominance des enfants. </strong></p>
<p dir="ltr">          Il faut cependant revenir au point de départ, le manque de vraisemblance des informations statistiques en Afrique. Jacques Dupâquier, le premier démographe à nous avertir de la remontée de la mortalité dans le monde, estime que les chiffres africains sont pour la plupart fantaisistes. Il n&#8217;y a pas d&#8217;état-civil fiable, les cas d&#8217;infection à VIH et de sida notifiés sont extrapolés en partant de quelques enquêtes, dans les régions où la sécurité le permet.</p>
<p dir="ltr">          La population risque-t-elle de diminuer, le régime de mortalité de s&#8217;élever et la fécondité de s&#8217;effondrer ? La population commence à diminuer dans quelques nations de la région des Grands Lacs où le sida est devenu la première cause de mortalité, mais globalement la population africaine continue de progresser de 2 à 3 % par an. Les taux de mortalité ont souvent retrouvé des niveaux très élevés de 25 à 30°/°°. L&#8217;indice synthétique de fécondité reste cependant dans l&#8217;ensemble de la région de 5 à 6 enfants par femme féconde, le taux de natalité de 40 à 50°/°°. L&#8217;ONU révise tous les quatre ans ses projections de population pour l&#8217;Afrique, d&#8217;abord elles furent révisées à la baisse ayant sous-estimé la surmortalité du sida, puis elles ont été réajustées à la hausse.</p>
<p dir="ltr">          Selon Jacques Dupâquier, les prévisions des experts sont à peu près valables pour 2015 en raison de l&#8217;inertie démographique, et plus incertaines pour 2050. <strong>La population</strong> devrait augmenter de 70 % dans les 20 prochaines années ; elle<strong> risque de doubler d&#8217;ici 2050 (17), puis elle dépassera la Chine et l&#8217;Inde</strong>. Le nombre actuel des décès en Afrique subsaharienne (taux de mortalité de 15°/°°) est aujourd&#8217;hui de l&#8217;ordre de 13 millions, dont 2 millions pour le sida. Un rapport de l&#8217;OIT <strong>(18)</strong> estime qu&#8217;entre 1990 et 2015 74 millions d&#8217;Africains pourraient décéder du sida et 48 millions de travailleurs disparaîtraient, soit 12 % de la main d&#8217;œuvre féminine et 6 % de la main d&#8217;œuvre masculine. Cependant la charge annuelle de surmortalité se répartira en fin de période (2050) sur 700 millions d&#8217;habitants supplémentaires, donc le choc démographique sera décroissant.</p>
<p dir="ltr">Avec une très forte mortalité et fécondité, la croissance rapide de la population se poursuit. Certains experts estiment que seule la contamination de 40 à 50 % de la population pendant une longue durée incitera les familles à réduire fortement leur fécondité !</p>
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<p dir="ltr"><strong>3.</strong> L&#8217;impact démographique le plus marquant a été <strong>la diminution brutale de l&#8217;espérance de vie</strong>. Aujourd&#8217;hui l&#8217;espérance de vie moyenne est encore de 50 ans, <strong>mais dans l&#8217;Afrique des Grands lacs, l&#8217;Afrique australe et l&#8217;Afrique de l&#8217;Est elle est de 35 à 40 ans</strong>. En 10 ans un grand nombre de pays ont perdu 10 à 20 ans d&#8217;espérance de vie. Au Zimbabwe l&#8217;espérance de vie à la naissance était estimée à 52 ans en 1990, en 2003 elle ne serait plus que de 34 ans. En Afrique du Sud, elle a été ramenée à 53 ans, au Mozambique à 33 ans &#8230; Dans les 9 pays les plus touchés par l&#8217;épidémie, où 25 à 40 % des adultes sont infectés, l&#8217;espérance de vie est aujourd&#8217;hui inférieure à 40 ans.</p>
<p dir="ltr">          Les experts de la Banque mondiale et de l&#8217;OMS ont souvent évalué les perspectives de l&#8217;avenir en confrontant les tendances de l&#8217;espérance de vie avec et sans impact du sida, par exemple au Rwanda et au Lesotho, pays à plus forte prévalence. Les premières simulations se sont malheureusement vérifiées : dans une très courte période, tous les progrès réalisés par les générations précédentes ont été effacés et ces pays ont retrouvé la courte espérance de vie qui était la leur en 1950 ou 1960. Pour les 29 pays les plus touchés par l&#8217;épidémie, l&#8217;espérance de vie moyenne aurait augmenté de 10 ans sans le sida pour atteindre 60 ans en 2010-2015, avec le sida elle diminuerait de 10 ans ! Quand on sait que la formation des élites demande aujourd&#8217;hui 20 à 30 ans, les cadres formés n&#8217;ont malheureusement que quelques années à vivre.</p>
<p dir="ltr">          Le véritable coût économique du sida est incontestablement l&#8217;appauvrissement du capital humain. La dimension la plus délicate à évaluer est la répercussion de la dégradation de l&#8217;état de santé des populations sur la production et la productivité. La chute de la productivité du travail dans les grandes plantations est attestée par les enquêtes menées sur place.</p>
<p dir="ltr">          En ce qui concerne l&#8217;éducation, les pays africains lui avaient consacré des ressources considérables et parvenaient à scolariser une grande partie des jeunes enfants. Cet effort est largement interrompu, les enfants contaminés et les orphelins du sida quittent l&#8217;école, les professeurs sont décimés par l&#8217;épidémie de sida. <strong>Or les adultes victimes du sida étaient les élites de ces pays. Ils seront remplacés par leurs enfants qui n&#8217;auront pas reçu la même formation. </strong>Les entreprises l&#8217;ont bien compris, car elles perdent leurs techniciens et cadres, aussi elles tentent de donner une formation accélérée aux nouveaux embauchés.</p>
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<p dir="ltr"><span style="text-decoration: underline;">La précarité sanitaire de l&#8217;Afrique et la recrudescence des risques infectieux</span></p>
<p dir="ltr">          Au seuil de l&#8217;an 2000 les organisations internationales (OMS) saluaient la régression des risques infectieux dans le tiers monde, notamment en Asie et en Amérique Latine. Malheureusement cet espoir est encore bien lointain en Afrique où <strong>la prédominance des maladies infectieuses sape les défenses immunitaires de la population</strong>. Or la probabilité de survie des victimes du sida dépend de la persistance des défenses immunitaires : la multiplicité des maladies sexuellement transmissibles, la prévalence des hépatites, la diffusion des maladies parasitaires tropicales et surtout la recrudescence de la malaria et de la tuberculose sont autant de facteurs de risque. L&#8217;Afrique restera très éloignée du progrès sanitaire, tant que les maladies infectieuses transmissibles de personne à personne et les maladies transmises par les insectes et les parasites de l&#8217;eau et des ordures seront à la source des trois quarts des décès et des maladies.</p>
<p dir="ltr">La mortalité infectieuse diminuerait très rapidement si les ordures étaient collectées et traitées et si l&#8217;eau était assainie. Le progrès sanitaire est un préalable au développement économique : il requiert plus de personnel médical mieux formé, mais d&#8217;abord un environnement mieux contrôlé et un mode de vie plus hygiénique.</p>
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<p class="MsoNormal"><strong><span lang="FR">III. VIOLENCE, GUERRE ET INS</span></strong><strong><span lang="FR">É</span></strong><strong><span lang="FR">CURIT</span></strong><strong><span lang="FR">É</span></strong></p>
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<p dir="ltr"><strong>            Depuis 1945, deux cents guerres se sont succédées, en moyenne 30 à 50 chaque année</strong>. Le théâtre des opérations fut d&#8217;abord l&#8217;Europe centrale lors de la mise en place du « rideau de fer », puis celui de l&#8217;Asie, du Moyen Orient, de l&#8217;Amérique centrale et de l&#8217;Afrique, impliquant les puissances occidentales lors de la décolonisation et relayées par les États-Unis. Ces guerres confrontant les États entre des forces d&#8217;occupation et des forces de résistance ont progressivement cédé la place à des guerres civiles intestines et des mouvements de sécession, souvent soutenus par les pays voisins. En Occident les démocraties ne se sont plus opposées entre elles par les armes ; tous ces conflits armés actuels opposent des régimes civils ou militaires rarement démocratiques à des mouvements insurrectionnels dont les objectifs sont antidémocratiques.</p>
<p dir="ltr">          Depuis 1960 en Afrique plus de 8 millions de personnes sont décédées des conséquences de la guerre, les deux tiers étant des civils, ces conflits se sont intensifiés et multipliés à partir de 1980. Le nombre des blessés graves et handicapés n&#8217;est pas identifié, mais il est toujours un multiple des pertes civiles et militaires. Des millions de personnes ont perdu leur maison et tous leurs biens et se sont trouvées condamnées à quitter leur terroir. <strong>Pendant les années 1990 l&#8217;Afrique a concentré la moitié des conflits identifiés dans le monde</strong>, mais depuis l&#8217;an 2000, un certain nombre de conflits se sont arrêtés ou apaisés, au Mozambique et en Angola, en Éthiopie, au Liberia et en Sierra Leone, et même au Congo, si bien que l&#8217;Afrique ne rassemble plus que le tiers des conflits. Cependant d&#8217;autres conflits sont apparus au Darfour, au Tchad, en Côte d&#8217;Ivoire et au Togo, puis au Kenya et les grands conflits de la Corne de l&#8217;Afrique et de la zone des Grands Lacs restent présents. Par voie de conséquence, l&#8217;Afrique, au regard des autres continents, reste une région marquée par la violence, l&#8217;instabilité politique, les viols et prises d&#8217;otages, les affrontements armés, les massacres interethniques et l&#8217;insécurité de la vie quotidienne.</p>
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<p dir="ltr"><strong>L&#8217;instabilité politique</strong></p>
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<p dir="ltr">          La plupart des pays africains aux lendemains de l&#8217;indépendance avaient préservé l&#8217;ordre public et instauré des régimes politiques qui apparaissaient stables. Cette stabilité au Sénégal, en Côte d&#8217;Ivoire et au Cameroun permit souvent de préserver l&#8217;expansion économique. Puis les leaders historiques ont disparu, les partis uniques se sont renforcés, la guerre froide guida maints opposants vers une voie révolutionnaire. Les nouveaux dirigeants, souvent issus des cadres de l&#8217;armée, prirent le pouvoir pour créer des régimes autoritaires, voire totalitaires. Ils éliminèrent les opposants, qui souvent partaient se former à Moscou ou Pékin. La lutte pour le pouvoir en fut exacerbée et dégénéra souvent en guerre civile et en chaos politique. Bien souvent les « dictateurs » ne régnaient que sur une partie du pays, les missions de service public n&#8217;étaient plus assurées, les transports devenaient plus dangereux, les hôpitaux et les écoles ne pouvaient plus assurer leur mission.</p>
<p dir="ltr">          <strong>L&#8217;instabilité politique a-t-elle augmenté au cours des 10 dernières années</strong> ? En apparence, l&#8217;Afrique du Nord est stable, aucun régime n&#8217;est tombé par l&#8217;effet d&#8217;un coup d&#8217;État, et beaucoup de dirigeants d&#8217;Afrique noire sont en place depuis longtemps. Cependant il faut se méfier d&#8217;un piège qui consisterait, lors des successions d&#8217;État, à prendre pour une réalité démocratique les élections qui ont porté au pouvoir le principal opposant supposé démocrate ou d&#8217;anciens dictateurs protégés par tel ou tel pays européen. Le clan est bien souvent le même, quand il change il faut s&#8217;attendre à des massacres. Un second piège est de confondre la stabilité politique avec celle des institutions. Ce qui compte est de savoir si le système est bon ou mauvais. La Banque Mondiale <strong>(19)</strong> en prend conscience : la solidité des institutions politiques et économiques ne suffit pas à déclencher l&#8217;essor économique et le progrès, tout dépend du choix des leviers du changement : libéralisation commerciale, choix du taux de change, statut des investissements étrangers, liberté de la création d&#8217;entreprise.</p>
<p dir="ltr">          <strong>Le chaos politique est incontestablement l&#8217;obstacle majeur au développement</strong>. Des situations similaires sont apparues en Afghanistan, au Cambodge et au Liban ou lors de l&#8217;éclatement des fédérations d&#8217;États, en URSS et surtout en Yougoslavie. Or l&#8217;Afrique est une zone géographique où règne bien souvent le chaos politique, quand les États sont en faillite <strong>(20)</strong> (« <em>failed States</em> »), par exemple au Liberia, en Sierra Leone et en Côte d&#8217;Ivoire, et ce qui est plus important dans de grands pays tels que le Congo ou durant plus d&#8217;une décennie au Nigeria. Dans ces situations, la conjoncture économique devient secondaire et l&#8217;expansion ne peut être qu&#8217;un artifice. La hausse récente des cours des métaux et l&#8217;envol des cours du pétrole ne créent pas nécessairement une meilleure conjoncture, car la plupart des pays africains en sont importateurs net. À long terme, l&#8217;instabilité politique et le non-respect des engagements des gouvernements antérieurs ou la multiplication des spoliations génèrent la fuite des élites, des étrangers et des capitaux, bref des ceux qui créent les richesses.</p>
<p dir="ltr">          L&#8217;application des lois, le respect des engagements contractuels, la continuité des services publics et de l&#8217;administration sont les fondements de l&#8217;ordre économique, sans lesquels le chef d&#8217;entreprise et le commerçant ne peuvent plus exercer leur métier, sinon dans les activités clandestines. Quand la justice et la police sont corrompues, quand l&#8217;armée, les milices armées et les bandes criminelles peuvent dicter leur loi, il n&#8217;y a plus de recours. Quand l&#8217;état de droit n&#8217;existe pas ou n&#8217;existe plus depuis plusieurs décennies, quand toute l&#8217;administration est corrompue, la population finit par se résigner, n&#8217;aspirant qu&#8217;au rétablissement de l&#8217;ordre public et à un régime autoritaire. C&#8217;est ainsi que les démocraties finissent.</p>
<p dir="ltr">          À l&#8217;approche de chaque échéance électorale, le pouvoir en place et le chef d&#8217;État, assurent que les opposants représentent le parti de l&#8217;étranger, ils sont interdits de compétition et souvent éliminés, de telle sorte que le renouvellement du mandat soit assuré. Cependant les dissensions de l&#8217;armée, du parti, voire de la parentèle du Président, entretiennent les complots. À la différence des régimes autoritaires latino-américains des années 1970, les dictatures africaines sont toujours vulnérables et ne parviennent pas à garantir une stratégie cohérente. <strong>Le chaos politique s&#8217;enracine et la fin de la dictature ouvre souvent la porte à plus de désordres dans les transitions démocratiques</strong>. L&#8217;évaluation des progrès vers une meilleure gouvernance, une plus grande intégrité ou un ordre juridique équitable est un exercice bien difficile pour les organisations internationales et les pays occidentaux, car ces progrès sont le plus souvent des effets d&#8217;annonce destinés à les amadouer. Affirmer que l&#8217;Éthiopie, la Tanzanie, le Soudan, le Congo sont devenus plus fiables, surprend car les agences internationales de notation des risques sont toujours fort sceptiques.</p>
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<p dir="ltr"><strong>La prolifération des guerres civiles</strong></p>
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<p dir="ltr">          La multiplication et contagion des guerres civiles en Afrique noire semble à première vue découler de l&#8217;hétérogénéité ethnique du continent. Cette interprétation doit être doublement nuancée.</p>
<p dir="ltr">          1. Tout d&#8217;abord, <strong>l&#8217;affrontement ethnique ou religieux</strong> <strong>peut devenir une source de conflit armé perpétué et de régression avérée</strong>, et la région devient un nouveau « Liban ».</p>
<p dir="ltr">En Amérique centrale et dans les Caraïbes, les conflits ethniques avaient alimenté la fièvre révolutionnaire il y a un tiers de siècle, par exemple au Nicaragua et au Salvador. La coexistence des colons blancs, des indiens autochtones, des africains noirs et des asiatiques, et celle des métisses s&#8217;accompagne d&#8217;affrontements armés et parfois de guerres civiles.</p>
<p dir="ltr">En Asie, les zones de guérillas persistantes des Philippines, de Ceylan ou de la Birmanie masquent également des conflits ethniques.</p>
<p dir="ltr"><strong>En Afrique</strong>, <strong>la diversité voire hétérogénéité ethnique </strong>a un sens particulier, elle se rapporte en fait à la <strong>persistance</strong> dans cette région où le peuplement rural était prédominant <strong>d&#8217;un ensemble de réseaux de proximité</strong> : la famille élargie, le village, le lignage, le clan ou la tribu ; ces groupes partagent des valeurs culturelles, des dialectes, des croyances et des modes de vie proches. Au Rwanda, les Tutsi et Hutu sont à 80 % chrétiens, ils parlent la même langue et ne sont pas de « race » différente. La diversité culturelle ne suffit pas à expliquer le renforcement des conflits interethniques. Les conflits essentiellement politiques et parfois idéologiques ont été attisés par les métropoles européennes dans le passé et surtout par la « re-tribalisation » observée au cours des dernières décennies. J.F. Trani <strong>(21)</strong> souligne que le « tribalisme » n&#8217;explique pas tous les conflits, mais le clientélisme des responsables au profit de leur clan instrumentalise les conflits et les oppositions pour leur donner une explication ethnique.</p>
<p dir="ltr">          2. En second lieu, la diversité des appartenances claniques peut <strong>briser l&#8217;unité nationale</strong> qui est d&#8217;origine très récente, sans parvenir à regrouper les forces d&#8217;opposition qui restent fragmentées et prêtes à s&#8217;affronter. Une comparaison vient à l&#8217;esprit : l&#8217;évolution de l&#8217;Empire des Indes et celle de l&#8217;Afrique depuis un siècle. Hier comme aujourd&#8217;hui, ces régions regroupent une multitude de peuples, de religions, de langues et de cultures différentes. Les langues des colonisateurs se sont imposées aux élites et la masse de la population continue de pratiquer leur dialecte et de préserver leurs coutumes. Cependant la diversité ne doit pas faire illusion : dans les deux cas, on évalue à près de 2000 les ethnies et les langues parlées <strong>(22)</strong>, mais les langues dominantes finissent par s&#8217;imposer et la plupart des patois finiront par disparaître comme cela s&#8217;est produit en Europe. Le décalage entre l&#8217;Afrique et l&#8217;Inde est devenu considérable : l&#8217;Inde s&#8217;est adaptée à la démocratie et à la tolérance : les castes n&#8217;ont pas disparu, les affrontements religieux sont endémiques, mais le spectre de la guerre civile se dissipe. L&#8217;Afrique ne s&#8217;est adaptée ni à la démocratie ni à la tolérance, elle n&#8217;a pas encore trouvé son Mahatma Gandhi !</p>
<p dir="ltr">          Les pays les plus peuplés de la région sont en proie aux guerres interethniques, notamment le Nigeria, le Soudan et le Congo. Miraculeusement, l&#8217;Afrique du Sud où la diversité ethnique est considérable a échappé jusqu&#8217;à présent à la guerre civile et aux massacres de populations. Dans les régions sahéliennes et en Afrique orientale, la progression de l&#8217;Islam et sa radicalisation ont introduit un nouveau vecteur d&#8217;affrontement, dont le Soudan et l&#8217;Éthiopie sont le théâtre d&#8217;opérations. L&#8217;Afrique occidentale n&#8217;y échappe pas et les réseaux terroristes du Djihad commencent à s&#8217;implanter au Sahel dans des camps d&#8217;entraînement destinés aux candidats kamikazes de la diaspora musulmane de l&#8217;Europe.</p>
<p dir="ltr"><strong> </strong></p>
<p dir="ltr"><strong>L&#8217;insécurité quotidienne</strong></p>
<p dir="ltr"> </p>
<p dir="ltr">          L&#8217;insécurité de la vie quotidienne est ressentie par tous les habitants, surtout les plus pauvres. En présence des conflits armés et du très haut niveau atteint par la délinquance et la criminalité dans les villes et dans les campagnes, la peur règne : tout déplacement devient dangereux. Or la violence omniprésente condamne ceux qui y sont exposés à fuir, donc à se déplacer.</p>
<p dir="ltr">          <strong>Les affrontements armés de la guerre civile</strong> se prolongent souvent pendant très longtemps, par exemple en Angola. Ils sont alors la cause principale de la mort violente et opposent l&#8217;armée, les forces de l&#8217;ordre et les milices ou mercenaires aux groupes révolutionnaires. Les pertes dans les combats frappent un nombre croissant d&#8217;enfants-soldats, auxiliaires des insurgés ou de l&#8217;armée. Les victimes civiles sont les plus nombreuses, le plus souvent des agriculteurs ou éleveurs : enfants, adultes ou vieillards. Tant que la guérilla occupe des régions périphériques où les services publics ont disparu, il est très difficile d&#8217;apprécier l&#8217;ampleur de ces pertes. Dès que la guerre civile est durablement enracinée, le plus souvent elle s&#8217;étend aux villes. Le précédent qui vient à l&#8217;esprit est celui de la Colombie, où depuis 60 ans persiste l&#8217;affrontement permanent entre les gouvernements et les groupes révolutionnaires.</p>
<p dir="ltr">          Certes il faut associer en Colombie trois ingrédients : la diffusion des idéologies révolutionnaires marxistes-léninistes (sentier lumineux, néo-castrisme) ; la culture de l&#8217;arbre à coca, celle du pavot ou de la marijuana ; et la dépendance à l&#8217;égard de la drogue des enfants et jeunes adultes. Cette troisième composante n&#8217;implique aucunement un pouvoir d&#8217;achat élevé, car l&#8217;enfant des bidonvilles peut se droguer pour quelques dollars à Hanoï, Recife, Lima ou Lagos et Johannesburg. Jusqu&#8217;à présent en dehors du Rif marocain, zone de culture de la marijuana, l&#8217;Afrique sub-saharienne est restée une zone de trafic acheminant l&#8217;héroïne du triangle d&#8217;or vers l&#8217;Europe, et non une zone de production et de localisation des laboratoires de raffinage des produits stupéfiants. Ce risque ne doit pas être minimisé, il est déjà constaté en Afrique du Sud. Alors la violence deviendrait inséparable de la guerre civile perpétuée.</p>
<p dir="ltr">          <strong>La criminalité et la violence sont omniprésentes en Afrique noire même quand il n&#8217;existe pas de guerre</strong> ou de conflits internes majeurs. Au début des années 1980 Jean Claude Chesnay avait écrit une histoire de la violence <strong>(23)</strong> et surpris ses lecteurs français en leur rappelant qu&#8217;au Moyen Âge la vie quotidienne était aussi dangereuse dans nos villes et nos campagnes qu&#8217;en Afrique aujourd&#8217;hui ; les guerres et affrontements armés exposaient les adultes, les vieillards et enfants aux massacres et à l&#8217;arbitraire. Bref la violence inhérente aux sociétés traditionnelles ne peut se résorber qu&#8217;au fil des siècles quand la tolérance pénètre le système de valeurs, mais la résurgence de la violence dans les sociétés démocratiques illustre le caractère aléatoire de ces progrès.</p>
<p dir="ltr">          Il est toujours difficile de déterminer <strong>les causes de la violence et de la criminalité</strong> et les déterminants que nous tentons d&#8217;identifier en Occident sont rarement pertinents. Ainsi, pour interpréter la montée de la criminalité et la multiplication des zones d&#8217;insécurité dans les banlieues françaises, on incrimine souvent la misère et le chômage, ce qui est peu convaincant. A contrario, à Abidjan, Kinshasa ou Durban, la pauvreté, les taudis et l&#8217;absence de travail sont la norme et multiplient les incitations à la délinquance. L&#8217;explosion de la délinquance et de la criminalité est toujours associée à <strong>l&#8217;extension des zones de non-droit</strong> en France, au Brésil ou en Côte d&#8217;Ivoire. Quand tout le territoire devient zone de non-droit et d&#8217;insécurité, le dernier recours de la population est l&#8217;autodéfense, ce qui entraîne la prolifération des armes.</p>
<p dir="ltr">          <strong>La criminalité a augmenté au cours de la dernière décennie</strong> beaucoup plus vite que la progression du chômage et de la pauvreté. L&#8217;invasion des « beaux quartiers » par le « prolétariat » des bidonvilles est rare en Afrique, elle survient surtout en cas d&#8217;insurrection. Les bidonvilles ne sont pas pathogènes dans toute agglomération : la vie est plus « dangereuse » à Bangui ou Soweto qu&#8217;à Ouagadougou ou Libreville &#8230; La fréquence des vols et des viols est aujourd&#8217;hui plus élevée que dans les autres régions du tiers monde. Malheureusement, les États africains ne publient guère de statistiques sur la criminalité, à la différence de pays tels que le Brésil ou le Mexique, ou bien sûr de Singapour, qui fait de la lutte contre la criminalité une priorité absolue.</p>
<p dir="ltr">          En zone urbaine, les explosions de violences accompagnent la formation de <strong>bandes armées de jeunes délinquants</strong>, se livrant aux viols, aux cambriolages et pillages. La corruption généralisée nourrit la délinquance : l&#8217;arbitraire de la police et de la justice dissuade d&#8217;obéir à la loi, les fonctionnaires et les délinquants s&#8217;approprient les biens privés et les biens publics. La contrebande intense des armements a pour effet d&#8217;approvisionner en armes de combat les « mafias », les seigneurs de guerre et les bandes de jeunes, ce qui explique que les villes africaines aient des taux d&#8217;homicide particulièrement élevés. Enfin une dernière explication de l&#8217;insécurité de la vie quotidienne en Afrique au sud du Sahara réside dans <strong>l&#8217;augmentation considérable du nombre d&#8217;enfants abandonnés</strong> <strong>ou orphelins</strong>, dont les parents sont morts du sida ou victimes des bandes armées. Ces enfants ne sont pas scolarisés : dans les grandes villes ils vivent dans la rue, livrés à la tentation du vol, de l&#8217;agression, de la drogue et de toutes les activités délictueuses. Aujourd&#8217;hui la scolarisation a reculé, les écoles sont fermées ou surchargées, les élites sont fauchées par l&#8217;épidémie de sida, et ces jeunes sans formation ont bien peu de chances de trouver des emplois sur place et a fortiori à l&#8217;étranger.</p>
<p dir="ltr">          Il paraît évident que l&#8217;insécurité de la vie quotidienne est une donnée nouvelle qui n&#8217;était pas présente il y a cinquante ans. Peut-elle diminuer, voire disparaître dans un délai raisonnable ? L&#8217;histoire récente montre que cette ambition n&#8217;est pas hors de portée : l&#8217;insécurité s&#8217;est atténuée en Amérique centrale et en Asie du sud, quand la paix civile est revenue et quand les dirigeants ont entrepris des réformes catalysant le développement économique.</p>
<p dir="ltr"><strong> </strong></p>
<p dir="ltr"><strong>Conclusion : 3 mesures pour sortir l&#8217;Afrique de l&#8217;ornière </strong></p>
<p dir="ltr"><strong> </strong></p>
<p dir="ltr"><strong>            </strong>Le rôle des pays développés en Afrique n&#8217;est pas de se substituer aux Africains ; nous ne devrions pas nous mêler de leurs affaires intérieures et limiter notre aide aux projets constructifs. Faut-il aider davantage l&#8217;Afrique ? Non si les sommes transférées ne sont que de l&#8217;assistance ; oui si l&#8217;argent investi sert à des projets utiles et rentables.</p>
<p dir="ltr">1. <strong>Multilatéraliser l&#8217;aide économique</strong> à l&#8217;Afrique. Il est souhaitable de transférer toute notre aide bilatérale aux organisations internationales compétentes, notamment à la Banque mondiale. Dès lors il sera opportun d&#8217;évaluer les résultats des subventions et prêts distribués aux territoires protégés et la comparaison de nos accords bilatéraux avec l&#8217;aide multilatérale n&#8217;est pas avantageuse. Le Secrétariat d&#8217;État aux DOM/TOM et le Secrétariat d&#8217;État à la Coopération deviendraient moins pléthoriques. Ils pourraient avantageusement être rattachés au Ministère des Affaires Étrangères, notamment au département Afrique. Les traités d&#8217;assistance militaire aux pays africains deviendront caducs : si un rôle de gendarme de l&#8217;Afrique est maintenu, que la responsabilité en soit transférée à l&#8217;Europe, à l&#8217;OUA et à l&#8217;ONU. De même, l&#8217;aide et non l&#8217;assistance, ayant pour objet de promouvoir le développement économique, ne doit pas favoriser les guerres qui ont ravagé l&#8217;Afrique et la corruption des intermédiaires.</p>
<p dir="ltr">2. <strong>Immigration contenue et choisie.</strong> L&#8217;exode incontrôlé de la population africaine vers l&#8217;Europe n&#8217;apporte pas de solution au développement économique des deux régions : l&#8217;Afrique y perd ses cadres, l&#8217;Europe ne parvient pas à intégrer les migrants, le seul résultat est d&#8217;activer de part et d&#8217;autre de la Méditerranée la xénophobie et le racisme. Si l&#8217;Afrique du Nord est associée à l&#8217;Europe, son développement sera plus rapide et l&#8217;aspiration à s&#8217;exiler s&#8217;estompera. De plus, ces États tampons peuvent contenir mieux que nous le flux d&#8217;immigrés clandestins provenant du sud du Sahara. Des négociations bilatérales et européennes avec les États africains sont nécessaires. Ce qui est évident pour le contrôle de l&#8217;immigration clandestine l&#8217;est plus encore pour la sélection de ceux qui, munis de visas de tourisme ou d&#8217;étudiants, ne rentrent pas dans leur pays. Les étudiants africains admis dans les universités de la métropole devraient être orientés vers des filières professionnelles correspondant aux besoins de leurs pays et non vers des emplois n&#8217;existant qu&#8217;en Europe. Alors munis de leurs diplômes ils rentreraient chez eux.</p>
<p dir="ltr">3. <strong>Promotion d&#8217;un développement rapide et durable</strong>. En Afrique, une croissance économique de 4 à 5 % par an pendant plusieurs décennies sera nécessaire pour amorcer un décollage. Dans les autres régions du tiers-monde l&#8217;expansion économique a toujours accéléré la transition démographique, par exemple en Amérique latine et en Asie. Le préalable reste l&#8217;agriculture et non l&#8217;industrie, moins pour exporter des produits de dessert que pour donner aux familles une sécurité alimentaire. Plus encore, le développement économique ne saurait éclore dans le chaos politique et la corruption généralisée. Ces pays ont besoin de régimes forts et stables. Mais les préalables sociaux ne sont pas moins importants : il faudra porter un coup d&#8217;arrêt à la dégradation du système sanitaire et éducatif, car le manque d&#8217;instruction et la prévalence des maladies bloquent l&#8217;expansion de l&#8217;économie davantage que la faiblesse du revenu. Bien que l&#8217;assistance humanitaire soit essentielle, les fléaux épidémiques de l&#8217;Afrique ne se résorberont pas sans une stratégie locale de prévention.</p>

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		<title>L’exception américaine : sa vitalité démographique</title>
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		<pubDate>Wed, 19 Sep 2007 02:29:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>dclambert</dc:creator>
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		<description><![CDATA["Les défaillances de l'intégration des minorités ethniques, surtout celle des noirs, sont incontestables (criminalité, familles éclatées, drogue, sida), mais la prospérité, la mobilité géographique et la machine à emplois ouvrent plus de chances aux nouveaux venus qu'en Europe."]]></description>
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<p>La population des États-Unis était estimée en décembre 2006 à 300 millions d&#8217;habitants, elle continue de progresser sans faiblir (+ 1 % par an) en raison d&#8217;une forte fécondité et d&#8217;un courant d&#8217;immigration très intense. La chute de la fécondité dans le monde occidental s&#8217;est étendue depuis un quart de siècle à tous les peuples d&#8217;origine européenne et même en Extrême-Orient au Japon. Cette tendance est cependant contrariée par <strong>une exception importante : celle des États-Unis d&#8217;Amérique, où le taux de remplacement de la population reste assuré</strong>. Une explication partielle tient au fait que ce pays est une terre d&#8217;immigration. Trois autres régions à peuplement européen partagent ce destin &#8211; le Canada, l&#8217;Australie et la Nouvelle Zélande ; elles ont également un indice de fécondité proche du taux de remplacement, cependant la fécondité et la natalité y ont sensiblement décliné au cours des deux dernières décennies car les nouveaux émigrants, notamment asiatiques, proviennent de régions en transition démographique où les familles sont devenues étroites, alors que la migration vers les États-Unis provient surtout de régions où prédominent les familles larges, notamment le Mexique.</p>
<p> </p>
<p><strong>La crise démographique nourrit le malthusianisme</strong></p>
<p>         La baisse simultanée des fécondités à partir du milieu des années soixante est apparue à la fin d&#8217;une longue période de prospérité économique et au début d&#8217;une phase de crise et de chômage, d&#8217;abord en Europe de l&#8217;Ouest, puis au Japon et également en Europe orientale, avant même l&#8217;effondrement des systèmes économiques collectivistes. C&#8217;est pourquoi il ne faut pas s&#8217;étonner du regain des thèses stagnationnistes, formulées au cours de la grande dépression (1930-35). L&#8217;un des principaux représentants de cette école aux États-Unis &#8211; Alvin Hansen &#8211; expliquait le blocage de l&#8217;expansion économique par l&#8217;arrêt des deux moteurs du progrès : l&#8217;expansion de la population et la diffusion du progrès technique. Ces thèses rejoignaient le pessimisme de Joseph Schumpeter sur l&#8217;avenir du capitalisme, celui de Kondratieff sur la récurrence d&#8217;une dépression longue et plus encore celui des démographes américains et européens. En fait aucun des deux moteurs n&#8217;était en panne : le progrès technique fut d&#8217;une intensité exceptionnelle, alors que la croissance de la population s&#8217;est redressée dès les années 40. La décennie perdue au cours des années 30 sera vite compensée en Amérique par la prospérité de l&#8217;économie de guerre ; de même les dommages économiques de la crise puis de la guerre seront épongés par les gains des « 30 glorieuses » (1945/75) : la reconstruction de l&#8217;Europe et du Japon accompagne le « baby-boom » et leur rattrapage économique.</p>
<p>         Le stagnationnisme et le malthusianisme attirèrent de nouveaux adeptes à la suite de la première crise du pétrole (1973-81) avec les mêmes erreurs d&#8217;optique que pendant les années 30 : épuisement des ressources naturelles, explosion démographique, progrès technique destructeur d&#8217;emplois&#8230; Bien que les Américains des campus universitaires aient suivi avec intérêt les slogans « zegistes » (&laquo;&nbsp;zero population and output growth&nbsp;&raquo;) et les revendications « new age » des environnementalistes, ils sont toujours restés plus optimistes que les Européens et persuadés que les expansions économiques et démographiques allaient de pair. C&#8217;est pourquoi l&#8217;interprétation proposée par Jean-Claude Chesnay en France, suivant laquelle la déflation et la dépression européennes ont des racines démographiques (baisse de la fécondité et vieillissement), a plus de succès en Amérique que la thèse périmée suivant laquelle la cause principale du chômage et de la récession est qu&#8217;il y a trop de jeunes, trop d&#8217;immigrés, trop d&#8217;adultes et de vieillards, que dès lors la diminution de la population pourrait seule fonder le retour de la prospérité et le partage du travail.</p>
<p>         La question que nous poserons ici est la suivante : Pourquoi l&#8217;exception américaine ? Au préalable il nous paraît nécessaire d&#8217;opposer les divergences entre les traits démographiques des États-Unis et ceux du reste du monde occidental.</p>
<p> </p>
<p><strong>Le déclin démographique de l&#8217;Europe et du Japon</strong></p>
<p>         La crise démographique occidentale concerne les deux-tiers de la population du monde développé : elle est d&#8217;une ampleur comparable en Europe occidentale et orientale et au Japon. Dans ces trois régions le nombre moyen d&#8217;enfants par femme féconde est de 1,5, les taux de natalité et de mortalité se rejoignent progressivement aux alentours de 10 pour 1000 et, comme le vieillissement rend inéluctable la remontée des taux de mortalité, la population des principaux pays occidentaux commencera à diminuer au cours de la prochaine génération (2000-2040), d&#8217;abord en Italie, en Allemagne, en Espagne et au Japon, puis en Angleterre et en France. Une fois l&#8217;accroissement naturel devenu négatif, le maintien d&#8217;une population stationnaire ou d&#8217;une progression marginale deviendra entièrement tributaire de l&#8217;immigration, au prix de tensions ethniques souvent difficiles à maîtriser.</p>
<p>         Bien sûr il existe des exceptions en Europe, en fait deux îles : &#8211; l&#8217;Irlande et l&#8217;Islande -, où le taux de remplacement des générations est assuré, s&#8217;opposant à l&#8217;autre extrême, l&#8217;Europe du Sud où l&#8217;indice de fécondité est proche de l&#8217;unité. Puis une troisième exception surgit à l&#8217;aube du troisième millénaire quand l&#8217;indice synthétique de fécondité de la France (2 en 2006) s&#8217;est redressé, si bien que les perspectives démographiques pour 2030 et 2050 ont été réévaluées (la population de la France finirait par dépasser celle de l&#8217;Allemagne déclinante !).</p>
<p>         Or le déclin démographique comporte moins de risques de tensions dans une société ethniquement homogène telle que le Japon ou la Suède que dans les sociétés latine et slaves où s&#8217;affrontent des populations minoritaires en expansion démographique et des populations dominantes en déclin démographique. Malgré la diversité des populations engagées sur la voie du déclin démographique, les tendances démographiques suivent des orientations similaires : la baisse de la fécondité, le vieillissement, la chute du taux d&#8217;activité professionnelle et l&#8217;augmentation de l&#8217;immigration.</p>
<p> </p>
<p><strong>La progression persistante de la population américaine</strong></p>
<p>         Le dynamisme démographique des États-Unis a été une constante de l&#8217;histoire américaine. On peut le rapprocher de trois valeurs qui soudent les Américains et qui semblent un peu étranges aux Européens, trop portés à la contestation de l&#8217;ordre établi : la Constitution, la Religion et le Travail. Ce que les expatriés, immigrants, puis candidats à la nationalité américaine viennent chercher dans le nouveau monde c&#8217;est l&#8217;espoir de l&#8217;assimilation et de la réussite sociale : espoir parfois comblé, souvent déçu, fondé sur l&#8217;optimisme de l&#8217;expansion et de la mobilité sociale. Il n&#8217;est pas évident que l&#8217;Europe parvienne à susciter le même espoir en l&#8217;avenir, or les enfants sont aujourd&#8217;hui choisis et pour s&#8217;y décider il faut avoir confiance en l&#8217;avenir.</p>
<p>          Il nous paraît évident que l&#8217;exception démographique américaine repose sur deux caractéristiques étroitement liées : la prospérité américaine et la permanence de l&#8217;immigration.</p>
<p>1. Une économie et une population en expansion.</p>
<p>2. Une société pluri-ethnique imparfaitement assimilée.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><strong>I- UNE ÉCONOMIE ET UNE POPULATION EN EXPANSION.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p> </p>
<p>          On oublie souvent en Europe la lenteur du peuplement des Amériques au cours des trois premiers siècles de colonisation, à une époque où la population des métropoles européennes (l&#8217;Angleterre et la péninsule ibérique) était trop faible pour peupler de vastes colonies. Le peuplement autochtone amérindien et précolombien reste toujours une incertitude (évaluations variant entre 40 et 100 millions d&#8217;habitants), mais il était surtout concentré au centre du Mexique, en Amérique centrale et dans les Andes ; les populations indiennes du Brésil et du Cône Sud étaient évaluées à quelques millions d&#8217;habitants, ceux des plaines nord-américaines et de la côte est ont été créditées de quelques centaines de milliers d&#8217;habitants (850 000 aux débuts de la conquête, il en restait 250 000 à la fin du 19<sup>e</sup> siècle, mais 2 millions aujourd&#8217;hui). Heureusement depuis quelques décennies, les &laquo;&nbsp;Indiens nord-américains&nbsp;&raquo; ont retrouvé un dynamisme démographique. Il y a cinq siècles, on sait que la conquête avait été suivie, du fait des échanges bactériologiques (variole, rougeole, grippe, syphilis&#8230;), d&#8217;un véritable ethnocide, moins du fait des massacres que de la contamination par les maladies et les germes infectieux des blancs. Il en découla une déflation démographique pour trois siècles, dont l&#8217;ampleur a excédé les effets de la peste noire en Occident ; l&#8217;invasion microbienne de la conquête des Amériques devait ramener la population du Mexique à 3/4 % de son niveau initial.</p>
<p> </p>
<p>         A partir de 1800 la formation de la puissance américaine repose sur un double record : celui de la croissance démographique et celui de la croissance économique, mais comme la population s&#8217;accroît très vite la progression du revenu par habitant est moins rapide que dans certains pays européens déjà en stagnation démographique. Malgré une forte natalité, la croissance démographique sera surtout exogène et tributaire des migrations européennes. La rapidité de la croissance de la population américaine (35 % par décennie jusqu&#8217;à la guerre de Sécession, puis 25 % dans la deuxième moitié du 19<sup>e</sup> siècle et 10 % aujourd&#8217;hui) apparaît avec évidence si nous la comparons sur la longue durée à celle du Mexique et du Japon (Figure 1).</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Figure 1 &#8211; L&#8217;accroissement de la population des États-Unis, du Japon et du Mexique (millions d&#8217;habitants 1500-2025)</strong></p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1746" title="figure-1-le28099accroissement-de-la-population-des-etats-unis-du-japon-et-du-mexique-millions-de28099habitants-1500-20252" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2008/11/figure-1-le28099accroissement-de-la-population-des-etats-unis-du-japon-et-du-mexique-millions-de28099habitants-1500-20252.jpg" alt="Figure 1" width="500" height="305" /></p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p>* prévisions 2025 ONU</p>
<p> </p>
<p>            Malgré une forte natalité, la croissance de la population fut surtout tributaire des migrations européennes.</p>
<p>         Contrée d&#8217;expansions et de récessions, les États-Unis ont bénéficié d&#8217;une croissance économique à long terme sensiblement plus forte que celle des pays européens, elle ne fut dépassée au XX<sup>e</sup> siècle que par celle du Japon. Sur la très longue période analysée par l&#8217;économiste Angus Madison entre 1800 et 2000, la croissance économique des États-Unis a été la plus rapide du monde, sans comparaison avec le Japon, la Russie ou la Chine, mais il suffirait que la progression chinoise (10 % par an depuis un demi-siècle) se poursuive pour que la performance américaine soit dépassée ! Les phases de récession ou de dépression ne semblent pas avoir exercé comme en Europe de tendances négatives sur la natalité ou freiné l&#8217;attrait des courants migratoires, sinon pendant l&#8217;entre-deux guerres. Mais c&#8217;est surtout depuis 1980 que s&#8217;affirme la <strong>correspondance entre prospérité économique et dynamisme démographique</strong>. Nous en soulignerons deux dimensions : la mobilité régionale et la continuité de la progression de la population.</p>
<p> </p>
<p><strong>1° La mobilité régionale.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>         Sur ce continent vide, occupant 20 millions de kilomètres carrés, partagés aujourd&#8217;hui pour moitié entre le Canada et les États-Unis, les Anglais comme les autres colonisateurs vont occuper au départ une petite frange côtière. Ces terres étaient plus riches que les &laquo;&nbsp;arpents de neige&nbsp;&raquo; du Canada, mais les colons vont aborder une région au climat instable, exposée aux catastrophes naturelles. Si la conquête avait suivi le précédent des Portugais au Brésil, le déséquilibre régional entre la côte et l&#8217;intérieur aurait persisté, sans que la mise en valeur puisse s&#8217;étendre à l&#8217;intérieur. En effet l&#8217;immigration coloniale, puis la traite des noirs, ont apporté <strong>un niveau d&#8217;occupation trop faible au départ </strong>et les immigrants se concentraient en Nouvelle Angleterre. En 1700 le pays le plus peuplé de la région &#8211; le Mexique &#8211; avait moins de 4 millions d&#8217;habitants, le Brésil moins de 1 million et les États-Unis 300 000 ! Il est opportun de rappeler que la divergence entre le peuplement des États-Unis et le Mexique ou surtout le Brésil a été l&#8217;attrait que le premier exercera sur les migrations de l&#8217;Europe, ce qui découlait du statut des terres et du mode de colonisation. En Amérique latine, les grandes propriétés et la plantation esclavagiste ont dissuadé les colons pauvres de s&#8217;installer : pas de terres libres, pas de mise en valeur et pas de « frontière ». Aux États-Unis, la liberté d&#8217;accès à la terre, assurée sous le régime des articles de confédération (1776), permit au plus pauvre d&#8217;acquérir un acre de terres pour 1 dollar, si bien que l&#8217;occupation humaine a été suivie de mise en valeur et d&#8217;un aménagement du territoire qui évitait la concentration du peuplement sur les franges côtières. La distribution des terres aux immigrants fut renouvelée en 1862 par l&#8217; &laquo;&nbsp;Homestead Act&nbsp;&raquo;. Au cours du 18<sup>e</sup> siècle, les États-Unis ont commencé à recevoir des flux d&#8217;immigrants croissants qui culminent à la fin du 19<sup>e</sup> siècle.</p>
<p>         L&#8217;ampleur et la permanence de la mobilité régionale s&#8217;explique non seulement par la liberté d&#8217;accès aux terres, les extensions territoriales au-delà du Mississippi, l&#8217;acquisition de la Louisiane et de l&#8217;Alaska et la conquête de l&#8217;Ouest qui s&#8217;achève à la fin du XIX<sup>e </sup>siècle, mais également par les transferts considérables de population entre le Sud et le Nord, l&#8217;Est et l&#8217;Ouest. Ce mouvement est attesté par le déplacement accéléré du centre de population en direction du Mississippi et du Sud, par la formation des &laquo;&nbsp;mégalopoles&nbsp;&raquo; des grands Lacs, du Sud, de Californie et même de l&#8217;axe central du grand fleuve, enfin par la reconversion économique des zones déprimées ou vide et les migrations incessantes entre les Etats et les Comtés.</p>
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<p><strong>A- Le déplacement du centre de la population.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>            </strong>Aux États-Unis la régularité des recensements décennaux de population depuis 1790 et la division cadastrale du territoire en régions (4 à 6), Etats (50) et Comtés (3650), permet de suivre à la différence de l&#8217;Europe le déplacement du centre de la population, suivant deux axes nord-sud et est-ouest, de telle sorte que de part et d&#8217;autre la population du territoire soit répartie par moitié (pour affiner la mesure on mesure un point central moyen et modal).</p>
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<p><strong>Déplacement du centre de population de 1790 à 2000</strong></p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1748" title="deplacement-du-centre-de-population-de-1790-a-2000" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2008/11/deplacement-du-centre-de-population-de-1790-a-2000.jpg" alt="Déplacement du centre de population de 1790 à 2000" width="500" height="389" /></p>
<p>Le centre de peuplement actuel est situé à 1600 kilomètres à l&#8217;Ouest de la côte et de sa localisation initiale proche de Baltimore ; aujourd&#8217;hui situé dans le Missouri à proximité de Saint Louis, il a franchi les rives du Mississippi et s&#8217;est infléchi vers le sud. Il faut remarquer que la moitié de la population américaine vit encore à l&#8217;Est du Mississippi sur un territoire très proche de celui qui était occupé lors de l&#8217;indépendance, avant les acquisitions de la Louisiane et de la Floride et les acquisitions ou cessions du Mexique. Le territoire, lors du recensement, est scindé en 8 millions de petites aires géographiques, dont le centre de peuplement est estimé, ces données sont assemblées et le point central de la nation est repéré à l&#8217;intersection de sa latitude et longitude, de telle sorte que la population se répartisse par moitié entre l&#8217;Est et l&#8217;Ouest, le Nord et le Sud. Gageons que si l&#8217;Europe aujourd&#8217;hui formée de 27 membres, dont les derniers venus sont en Europe Centrale, disposait d&#8217;un semblable outil statistique, le point central de peuplement se situerait quelque part en Suisse ou en Autriche.</p>
<p> </p>
<p><strong>B- Les migrations inter et intra régionales.</strong></p>
<p> </p>
<p>         Un territoire vivant doit susciter un mouvement permanent de déplacements de population et plus encore dans le nouveau monde où les zones pionnières se font et se défont au fur et à mesure du déplacement des activités motrices et du progrès technique. Encore faut-il que la population accepte le changement, aussi les deux mécanismes de la &laquo;&nbsp;frontière&nbsp;&raquo; (conquête de l&#8217;Ouest) et du &laquo;&nbsp;melting pot&nbsp;&raquo; (afflux d&#8217;immigrants provenant du monde entier) ont été étayés par une troisième singularité, celle de la mobilité professionnelle et du changement de résidence. En Europe, on sait que le principal obstacle à un aménagement plus rationnel du territoire est l&#8217;immobilité du parc résidentiel. Quitter son village ou sa ville pour s&#8217;installer dans une région éloignée se heurte à bien des impossibilités : trouver un loyer raisonnable, revendre et racheter une maison, sans pouvoir transférer aux acquéreurs le solde d&#8217;un emprunt contracté, trouver deux emplois pour un couple qui travaille ou surtout changer complètement de métier. Certes en Amérique les valeurs foncières varient autant que chez nous, l&#8217;héliotropisme est aussi puissant, et pourtant pour gagner plus et réussir l&#8217;Américain accepte des sacrifices et quitte Atlanta pour Minneapolis ou Anchorage.</p>
<p> </p>
<p style="text-align: center;"><strong>Les flux interrégionaux de migrations</strong></p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1749" title="les-flux-interregionaux-de-migrations" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2008/11/les-flux-interregionaux-de-migrations.jpg" alt="les-flux-interregionaux-de-migrations" width="481" height="463" /></p>
<p>Comment expliquer la permanence des migrations interrégionales ? En 15 ans, dans chacune des grandes régions la moitié de la population a quitté son domicile, bien plus, en appréciant les migrations intra-régionales, on constate que la plupart des résidents ont changé de domicile : 120 millions d&#8217;Américains ont changé de résidence au cours de 5 dernières années, la moitié d&#8217;entre eux sont restés dans le même Comté, ceux qui sont partis très loin ont préféré les rives du Pacifique, du golfe du Mexique, ou même les possessions américains d&#8217;outre-mer. Entre 1995 et 2000 plus de 11 millions de résidents ont changé d&#8217;Etat, il faut y ajouter plus de 7 millions de nouveaux venus de l&#8217;étranger, et ceux innombrables qui ont changé de Comté, ou simplement de quartier. Par exemple, à l&#8217;Ouest du Mississippi 2.6 millions de personnes ont quitté la région, un nombre équivalent sont arrivés et 2.2 millions sont venus de l&#8217;étranger. Ce bilan migratoire n&#8217;est pas toujours équilibré : le grand Ouest (principalement la Californie) et le Sud enregistrent une immigration nette et le Nord-Est une émigration nette. Ceux qui partent vers le soleil sont le plus souvent retraités, ceux qui partent vers le Nord-Est cherchent du travail, souvent noirs ou blancs avides de réussir. Les Américains dans leur vie entière déménagent en moyenne 5 à 10 fois, beaucoup plus quand ils divorcent (un mariage sur deux) et changent de métier. Celui qui, tel le fonctionnaire français, s&#8217;installe pour la vie dans son appartement et son institution, est une très rare exception. En Amérique, la mobilité du parc de logement et du marché de l&#8217;emploi permet rapidement de quitter sa ville natale.</p>
<p>         Il est important de noter que les migrations régionales ont contribué à renforcer le brassage ethnique de l&#8217;Amérique. La population noire qui était jadis rassemblée dans le Dixie et le Sud a émigré massivement vers la Nouvelle Angleterre, les Appalaches et les grands Lacs à l&#8217;époque où la sidérurgie et l&#8217;industrie automobile étaient dominantes, puis la crise de ces industries est apparue et le chômage s&#8217;est installé, une nouvelle migration vers les zones plus prospère en est résulté. Il n&#8217;en reste pas moins que Washington, Détroit, Chicago abritent les communautés noires les plus nombreuses. Un mouvement compensatoire a débuté également il y a une génération, quand beaucoup de blancs ont quitté le Nord Est, en partie pour des raisons d&#8217;emploi et de sécurité, pour s&#8217;installer au Sud et sur la côte du Pacifique. Le mouvement d&#8217;exode des blancs a été renforcé par l&#8217;attrait exercé par les régions de climat chaud sur les retraités, attirés par la Floride, le Texas, la Californie, voire les petites villes à faible criminalité.</p>
<p> </p>
<p><strong>C- Nouvelles mégalopoles et reconversions régionales</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>            </strong>Les grands couloirs urbains, chers à Gottmann, poursuivent leur expansion, cependant, comme le souligne Yves Boquet, de nouvelles mégalopoles se forment, même dans des régions jusqu&#8217;alors en perte de vitesse, par exemple tout au long de l&#8217;axe vertical du Mississippi, au cœur même du Middle-West.</p>
<p>         Les mégalopoles (plus de 10 millions d&#8217;habitants) les plus anciennes (New York, Los Angeles et Chicago) ont continué de croître de 7 à 20 % entre les recensements de 1990 et 2000. La population de la plupart des grandes agglomérations progresse deux fois plus vite que la croissance démographique nationale. Les villes américaines consomment beaucoup plus d&#8217;espace qu&#8217;en Europe du fait que les banlieues sont formées de résidences aux jardins spacieux et non d&#8217;immeubles collectifs ; en une génération elles occupent une superficie beaucoup plus étendue et les périphéries des villes moyennes finissent par se rejoindre. La nébuleuse urbaine de New York dépasse 21 millions d&#8217;habitants, le tissu urbain de Washington excède 7 millions et Philadelphie 6 millions, celui de Boston est du même ordre, Baltimore et Pittsburgh ne sont pas loin, progressivement le couloir Boston-Washington rassemble la population de la côte du nord-est ! Les projections de population évoquent la formation de couloirs urbains étendus de 500 à 1000 kilomètres, réunissant les plus grandes agglomérations.</p>
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<p><strong>Les grands couloirs urbains en 2040</strong><strong></strong><strong></strong></p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1750" title="les-grands-couloirs-urbains-en-2040" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2008/11/les-grands-couloirs-urbains-en-2040.jpg" alt="Les grands couloirs urbains en 2040" width="499" height="369" /></p>
<p>Le Figaro, 16-10-2006</p>
<p> </p>
<p>         Les 10 plus grandes mégalopoles sont encore concentrées en Nouvelle Angleterre, dans les Appalaches, en Floride, au Texas et en Californie. Les nouvelles formations pluri-urbaines sont apparues sur le couloir du Mississippi, la région de Seattle, les deux Virginies et sur les marches des montagnes rocheuses, mais les grandes plaines agricoles du middle-west, moins peuplées, ont toujours peu de très grandes villes. La zone de libre-échange formée avec le Mexique a favorisé la formation de nouvelles zones urbaines bipolaires autour des postes frontières, ces agglomérations d&#8217;implantation industrielle (&laquo;&nbsp;les maquiladoras&nbsp;&raquo;) ont une croissance très rapide. En revanche la zone frontalière du nord, juxtaposant des régions à faible densité de population, ne semble pas avoir suscité les mêmes complémentarités économiques, en dehors de l&#8217;expansion de Seattle et de Vancouver.</p>
<p>         Une dernière spécificité de la mobilité régionale doit être soulignée : la rapidité des reconversions régionales. A la différence de l&#8217;Europe où les reconversions économiques ont été aussi coûteuses qu&#8217;inefficaces, assistées par les gouvernements et les institutions européennes et programmées par une technostructure dirigiste, les reconversions américaines ont été laissées à l&#8217;initiative des entrepreneurs et des innovateurs. La politique économique n&#8217;est pas exemple de protectionnisme et d&#8217;interventionnisme, mais la réaction aux changements de la conjoncture et du progrès technique est du ressort du chef d&#8217;entreprise face à la concurrence. Les paysans devaient également reconvertir leurs productions : ce n&#8217;est pas le gouvernement qui a décidé d&#8217;encourager les OGM et le soja, ce sont les grandes firmes alimentaires et les fermiers qui ont compris qu&#8217;ils gagneraient plus à choisir ces productions.</p>
<p>         Au seuil des années 1980, la crise de l&#8217;énergie avait brusquement révélé le vieillissement du tissu industriel, notamment dans la nouvelle Angleterre, les Appalaches et la région des Grands Lacs. Les friches industrielles se multipliaient comme en Lorraine ou dans la Ruhr. Les grandes industries ont fermé leurs sites et transféré leurs usines vers le Mexique et surtout l&#8217;Asie. Or 8 Américains sur 10 vivent aujourd&#8217;hui dans les villes et sont employés dans les activités tertiaires de services. L&#8217;industrie occupe moins de 20 % des travailleurs. Le &laquo;&nbsp;Rust Belt&nbsp;&raquo;, cette ceinture d&#8217;usines rouillées, allait-elle agoniser et à force de subventions s&#8217;acharner à maintenir en survie les hauts fourneaux, les ateliers de tissage et de mécanique ? Non. Les friches industrielles ont été rasées et ont attiré des activités de haute technologie de l&#8217;électronique et de l&#8217;optique ou du matériel médical et des sous-traitants de l&#8217;industrie aéronautique. Plus souvent, les firmes nouvelles implantées près des aéroports et carrefours de circulation occupent un espace restreint, la production de masse est transférée à la frontière du Mexique. Beaucoup se regroupent autour des universités et forment des pôles technologiques et des pépinières d&#8217;entreprises (&laquo;&nbsp;start-up&nbsp;&raquo;). Le complexe médico-industriel, fournisseur des hôpitaux, exporte dans le monde entier ; il est devenu le premier employeur de Minneapolis, il y a quelques années c&#8217;était la transformation alimentaire. Bien plus, on songe à la &laquo;&nbsp;Silicon Valley&nbsp;&raquo; près de San Francisco, mais les nouvelles industries se localisent souvent dans des villes moyennes en Arkansas, au Nouveau Mexique, en Virginie du Nord.</p>
<p> </p>
<p><strong>2° Une expansion démographique renouvelée.</strong></p>
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<p>         L&#8217;Amérique de même que l&#8217;Europe et le Japon a connu après guerre une période de baisse tendancielle de la fécondité et de la natalité, mais cette tendance fut rapidement contrariée au seuil des années 1980. Le renouveau de l&#8217;expansion démographique découle de trois traits caractéristiques : la vitalité démographique, l&#8217;accroissement de la population active, un vieillissement moins rapide qu&#8217;en Europe.</p>
<p> </p>
<p><strong>A- La vitalité démographique.</strong></p>
<p> </p>
<p>         L&#8217;indicateur de divergence le plus sensible au regard de l&#8217;Europe est celui de la fécondité : l&#8217;indice synthétique de fécondité, après un fort fléchissement dans les années 70, s&#8217;est redressé et excède 2 enfants par femme féconde. En 1980 la fécondité était proche de celle de l&#8217;Europe et n&#8217;assurait plus le taux de remplacement des générations, depuis elle s&#8217;est redressée alors qu&#8217;elle s&#8217;est effondrée en Europe (figure 2).</p>
<p> </p>
<p><strong>Figure 2 &#8211; La divergence de la fécondité aux États-Unis et en Europe.</strong><br />
(UE à 15 partenaires) : indice synthétique de fécondité (nombre d&#8217;enfants par femme féconde)</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1752" title="figure-2-la-divergence-de-la-fecondite-aux-etats-unis-et-en-europe1" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2008/11/figure-2-la-divergence-de-la-fecondite-aux-etats-unis-et-en-europe1.jpg" alt="Figure 2" width="460" height="315" /></p>
<p> </p>
<p>Sources : Ined</p>
<p> </p>
<p>         Le rebond de la fécondité et de la natalité, amorcé dès les débuts de la seconde guerre mondiale, a été de longue durée et de grande ampleur, mais à la différence de l&#8217;Europe il sera suivi d&#8217;un second rebond à la fin des années 80 au moment où la chute de fécondité s&#8217;accélère en Europe et au Japon. Alors que le taux de natalité de l&#8217;Europe est tombé en dessous de 10 °/°° il reste moitié plus élevé aux États-Unis (figure 3).</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Figure 3 &#8211; La transition démographique nord-américaine et les deux rebonds de la natalité</strong></p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1754" title="figure-3-la-transition-demographique-nord-americaine-et-les-deux-rebonds-de-la-natalite" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2008/11/figure-3-la-transition-demographique-nord-americaine-et-les-deux-rebonds-de-la-natalite.jpg" alt="Figure 3 " width="500" height="306" /></p>
<p>Sources : Woytinsky et Bureau of Census.</p>
<p> </p>
<p>         La vitalité démographique américaine semble répondre bien davantage aux explications de Richard Easterlin que les cycles de fécondité observés en Europe et au Japon. Suivant l‘auteur, l&#8217;alternance de phases de haute et de basse fécondité suivant un cycle trentenaire résulterait des changements économiques et psychologiques. La variable déterminante serait alors l&#8217;espoir de réussite économique et sociale qui guide les parents dans leur désir d&#8217;avoir des enfants : la fécondité s&#8217;élève si les parents anticipent la réussite de leurs enfants, elle diminue s&#8217;ils en anticipent l&#8217;échec. Or les enfants du premier baby- boom, devenus parents sous l&#8217;ère Kennedy, ont espéré un âge d&#8217;or dans une société plus égalitaire, ceux de l&#8217;ère Reagan et ceux de l&#8217;ère Clinton étaient persuadés que l&#8217;avenir de la nouvelle économie restait aussi brillant.</p>
<p> </p>
<p><strong>B- Une population active croissante dans une économie de plein emploi.</strong></p>
<p> </p>
<p>         Au cours des années 70 la croissance économique des États-Unis était faible et instable, le chômage était plus élevé qu&#8217;en Europe, la puissance américaine déclinait, alors que la réussite japonaise était insolente, certains américains évoquaient même le déclin et la décadence. Au cours des années 80 et surtout 90 la prospérité s&#8217;est installée, la croissance économique a été deux fois plus rapide et le chômage deux fois moins élevé. Ce résultat n&#8217;a pas été le fruit du hasard ou l&#8217;effet du pouvoir de domination de l&#8217;Amérique dans une économie mondialisée, mais la conséquence d&#8217;une politique économique appropriée et continue (celle que les Français ont qualifiée de stratégie du cow-boy et de libéralisme sauvage) et peut-être plus encore de la mobilisation du travail.</p>
<p>         Les États-Unis enregistrent 4 millions de naissances par an, autant que l&#8217;Union Européenne qui a un tiers d&#8217;habitants en plus ; par suite de l&#8217;ampleur des flux migratoires la population s&#8217;accroît chaque année de 2 millions de personnes (1 million en Europe). <strong>D&#8217;ici 2020 la population de l&#8217;Europe devrait s&#8217;accroître de 8 millions d&#8217;habitants, puis commencer à décroître ; dans le même temps la population américaine croîtrait de 62 millions d&#8217;habitants</strong> et ne commencerait à diminuer qu&#8217;à partir de 2040. Actuellement la population active potentielle (15-64 ans) représente les deux-tiers de la population des deux côtés de l&#8217;Atlantique, mais la population en activité celle qui dispose d&#8217;un emploi (130 millions de personnes) est plus fournie en Amérique, car le chômage (5 %) est deux fois plus faible et surtout on commence à travailler plus tôt et on finit plus tard. Pour des raisons démographiques, la population potentiellement active devrait cesser de croître en Europe au cours des années 2005-2010, puis décroître tendanciellement. Au cours des 10 dernières années, la population active a augmenté de 1,3 % par an aux États-Unis, de 0,4 % en Europe, l&#8217;emploi de 1,5 % au lieu de 0,4 %. A l&#8217;opposé aux États-Unis la population active devrait continuer de progresser de 1 % par an au cours des prochaines décennies. La véritable divergence concerne la population effectivement occupée : aux deux extrémités de la vie professionnelle, les jeunes de 15 à 24 ans travaillent, les adultes murs de 50 à 65 ans et ceux qui ont plus de 65 ans s&#8217;efforcent de prendre leur retraite le plus tard possible.</p>
<p>         L&#8217;expérience américaine illustre une attitude de bon sens : pour produire et consommer davantage, il faut travailler davantage et plus longtemps et non pas travailler moins et moins longtemps. Cette contrainte est renforcée par le développement des échanges internationaux et la concurrence avec les autres pays, pour la simple raison que les pays les plus compétitifs travaillent encore davantage que les Américains. Cette leçon a été parfaitement assimilée par les Irlandais : le chômage y a été divisé par deux, la croissance économique est la plus forte de l&#8217;Europe et comme aux États-Unis ce pays échappe au destin du déclin démographique et de l&#8217;émigration, les étrangers viennent s&#8217;installer en Irlande !</p>
<p> </p>
<p><strong>C- Un vieillissement différé.</strong></p>
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<p>         Le « gray power » des personnes âgées (leur puissance électorale) donne à tort l&#8217;impression aux Européens qu&#8217;il y aurait plus de vieux en Amérique. Or il s&#8217;agit encore d&#8217;une population relativement jeune où le rapport de dépendance (la charge des retraités sans activité pour ceux qui travaillent) est beaucoup moins élevé qu&#8217;en Europe. De même la longévité des hommes et surtout celle des femmes est sensiblement moindre que celle des Suédois, des Français et même des Espagnols et des Grecs. Enfin l&#8217;importance relative des personnes de quatrième âge, plus de 80 ou 85 ans, est plus faible que chez nous. Mais surtout les Américains se retirent plus tard de la vie professionnelle, le plus souvent après 65 ans ou après 70 ans. La conséquence est importante pour le financement des <strong>retraites</strong> : en France on travaille 35 ans pour passer le même temps à la retraite, aux États-Unis on travaille 45 ans pour passer 20 ans à la retraite.</p>
<p>         La charge du vieillissement n&#8217;est que différée : dans 30 ans les plus de 60 ans devraient représenter le tiers de la population comme dans la plupart des pays occidentaux, mais à court terme le risque de paupérisation des retraités n&#8217;est pas un risque social majeur comme en Italie, en France ou au Japon. En revanche les répercussions du vieillissement sur l&#8217;organisation et le financement de la <strong>santé</strong> (16 % du PIB) sont plus préoccupantes : on sait que le programme « Medicare » est la seule disposition d&#8217;assurance-maladie assurant une couverture publique généralisée pour les personnes de plus de 60 ans et les handicapés, sa réforme est le principal programme social de l&#8217;administration. En effet le coût des soins pour les pathologies de la grande vieillesse est de plus en plus élevé et la population américaine est exposée à des risques lourds, qui tiennent en grande partie au mode de vie (obésité, sédentarité).</p>
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<p><strong>II- UNE SOCIÉTÉ PLURI-ETHNIQUE IMPARFAITEMENT ASSIMILÉE.</strong></p>
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<p>         Les États-Unis sont la seule société multiraciale où l&#8217;observateur extérieur puisse disposer de données statistiques relativement fiables sur la composition ethnique d&#8217;une population. Cela semble surprenant dans cet univers « politiquement correct » de la non-discrimination verbale où l&#8217;on doit parler avec précaution d&#8217;<em>Afro-Americans</em>, noirs hispaniques, <em>American Indians</em>, asiatiques, hispaniques, blancs non hispaniques ou blancs caucasiens. Cependant les feuilles de recensement font état de la religion et de la race, de même que les enquêtes épidémiologiques des médecins relèvent l&#8217;ethnie du patient au même titre que l&#8217;âge ou le sexe. L&#8217;avantage considérable de ces informations statistiques est de suivre au cours de l&#8217;histoire le brassage ethnique, le « melting pot » de la nation américaine. Au tout début de l&#8217;indépendance, avant le premier recensement de 1790, il est évident que les européens étaient minoritaires car les indiens n&#8217;étaient pas comptés alors qu&#8217;ils étaient aussi nombreux que les anglais blancs ; la traite des noirs s&#8217;était amplifiée, ceux-ci représentaient près de 20 % de la population (12 % aujourd&#8217;hui). Cependant l&#8217;ampleur des <strong>migrations européennes</strong> va rapidement établir la prédominance du peuplement d&#8217;origine anglo-saxonne, puis s&#8217;élargir au monde germanique, slave et méditerranéen. Au 19<sup>e</sup> siècle, 90 % de l&#8217;immigration était venue d&#8217;Europe, de 1966 à 1994 seulement 15 % : au total, sur deux siècles, l&#8217;immigration européenne (38 millions d&#8217;entrants), a contribué à 62 % du flux migratoire. Cependant le renversement des courants migratoires au cours des 25 dernières années, provenant aujourd&#8217;hui surtout <strong>d&#8217;Amérique latine</strong> (49 %) et d&#8217;<strong>Asie</strong> (34 %), modifie progressivement la composition ethnique et l&#8217;origine géographique de ceux qui sont installés aux États-Unis : les « WASP » &#8211; anglo-saxons blancs et protestants &#8211; ne sont plus majoritaires ; depuis 1980 la prédominance (73 %) des « blancs non hispaniques » commence à décliner.</p>
<p>         <strong>Les quatre « minorités » principales</strong> : Noirs, Hispaniques, Asiatiques et Amérindiens &#8211; 71 millions de personnes &#8211; représentaient, en 1996, <strong>27 % de la population</strong> américaine. En Europe, la population étrangère ou d&#8217;origine étrangère résidente ne représente que 7 % de la population de la région, peut-être 10 % si l&#8217;on comptabilise les résidents naturalisés dont les parents étaient étrangers et l&#8217;immigration clandestine. Le seul pays qui excède fortement cette moyenne est la Suisse (25 %). On comprend alors les difficultés d&#8217;intégration aux États-Unis d&#8217;une centaine de nationalités, de religions, de langues et de cultures différentes, pour nous autres européens qui essayons d&#8217;assimiler 5 à 10 % d&#8217;étrangers. Or le poids démographique des « minorités » doit rapidement s&#8217;accentuer : 27 % aujourd&#8217;hui, 40 % en 2030, <strong>50 % en 2050 </strong>(figure 4). Ce retournement est déjà en train de s&#8217;opérer en Californie et au Texas au profit des hispaniques et des asiatiques. Les deux conséquences les plus importantes concernent la religion et la langue de communication. Comme les Hispaniques sont pour la plupart catholiques et les asiatiques proviennent d&#8217;appartenances culturelles et religieuses très diverses, la principale répercussion concerne la progression de l&#8217;usage de l&#8217;espagnol et la pratique du catholicisme, au détriment de l&#8217;anglais et des cultes protestants.</p>
<p> </p>
<p><strong>Figure 4 &#8211; États-Unis : pourcentage des minorités ethniques résidentes dans la population</strong></p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1756" title="figure-4-etats-unis1" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2008/11/figure-4-etats-unis1.jpg" alt="Figure 4" width="499" height="185" /></p>
<p>Source : J. C. Chesnay, juin 1998.</p>
<p> </p>
<p>         La permanence de l&#8217;immigration dans la formation de la nation américaine soulève trois questions:</p>
<p>- Quelle est la contribution des migrations à la croissance démographique ?</p>
<p>- Pourquoi les résultats de l&#8217;assimilation des minorités sont-ils inégaux ?</p>
<p>- La famille éclatée est-elle la résultante d&#8217;une société multi-ethnique.</p>
<p> </p>
<p><strong>A- Incidences de l&#8217;immigration sur la croissance démographique.</strong></p>
<p> </p>
<p>         L&#8217;incidence directe du flux migratoire sur la croissance de la population américaine a été très forte dans le passé, elle reste un soutien majeur de l&#8217;augmentation de la population. Cependant l&#8217;incidence indirecte est aussi déterminante, car l&#8217;immigration, surtout celle qui provient de zones à forte fécondité, contribue très fortement aux tendances de la fécondité et de la natalité, du fait que les nouveaux arrivants forment des familles plus étendues que les résidents de longue date. Par conséquent, la persistance d&#8217;une fécondité globale assurant le taux de remplacement des générations dépend surtout du désir d&#8217;enfant des émigrants de deuxième et troisième génération, pour lesquels on observe habituellement un alignement sur les normes de fécondité des familles depuis longtemps intégrées au mode de vie américain (les femmes travaillent et ont leur enfant plus tard).</p>
<p> </p>
<p><strong>Les immigrants forment le tiers de l&#8217;accroissement de la population.</strong></p>
<p>         En 1995, la population américaine avait augmenté de 2,4 millions de personnes, dont 764 000 provenaient du solde migratoire. L&#8217;accroissement naturel était de 0,6 % par an, l&#8217;apport des migrations de 0,4 %. Il est important de noter que les flux d&#8217;immigrants sont en hausse : le maximum décennal fut de 8,9 millions au début du siècle (1 % de la population), le minimum pendant la seconde guerre mondiale (1 million de 1941 à 1950 et 0,07 % de la population), mais pendant les années 80 on retrouve 7 millions d&#8217;immigrants et les années 90 devraient excéder 9 millions d&#8217;entrants. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que les immigrants illégaux vivant aux États-Unis sont estimés à plusieurs millions de personnes et que les sous-enregistrements du recensement tiennent à la difficulté de les identifier.</p>
<p> </p>
<p><strong>Les minorités ont une fécondité différentielle plus élevée</strong></p>
<p>         Si la fécondité et la natalité des familles d&#8217;immigrés étaient identiques à la moyenne nationale, sur 4 millions de naissances les minorités seraient responsables d&#8217;un million de naissances, elles en assurent près de 1,5 million, or la fécondité est différenciée suivant la provenance géographique des arrivants et surtout suivant les attitudes démographiques des familles de deuxième et de troisième génération. De façon générale la fécondité est plus élevée pour les noirs, amérindiens, caribéens, mexicains et latino-américains et ceux qui proviennent de l&#8217;Asie du sud ; elle reste plus faible pour ceux qui proviennent de l&#8217;Extrême-Orient et le premier groupe est plus nombreux.</p>
<p>         Le taux de natalité des populations noires (22°/°°) est deux fois plus élevé que celui des blancs et ce surcroît de fécondité peut également être observé parmi les noirs caribéens, les indiens américains, les populations originaires d&#8217;Amérique latine, du continent indien et des Philippines, alors que les émigrants d&#8217;origine japonaise, chinoise ou coréenne ont une fécondité proche ou inférieure à celle des blancs d&#8217;origine européenne (figures 5 et 6).</p>
<p>         Gérard François Dumont remarque qu&#8217;en 2003 les ressortissants américains d&#8217;origine hispanique avaient contribué à près du quart des naissances et plus de la moitié dans les Etats limitrophes de la frontière mexicaine ; leur indice conjoncturel de fécondité était de 2.79, très proche des niveaux observés au Mexique. En deuxième génération, ces nouveaux Américains auront une moindre fécondité, mais leur contribution à la vitalité démographique de la Fédération est essentielle.</p>
<p> </p>
<p><strong>Figure 5- Contribution des minorités à la natalité (1996)</strong></p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1757" title="figure-5-contribution-des-minorites-a-la-natalite" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2008/11/figure-5-contribution-des-minorites-a-la-natalite.jpg" alt="Figure 5-" width="430" height="353" /><br />
<strong>Figure 6- Répartition ethnique de la population américaine (1996)</strong></p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1758" title="figure-6-repartition-ethnique-de-la-population-americaine" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2008/11/figure-6-repartition-ethnique-de-la-population-americaine.jpg" alt="Figure 6" width="337" height="354" /></p>
<p>Source : Statistical Abstract of the US.</p>
<p> </p>
<p>         Par voie de conséquence, <strong>la participation des « minorités » à la natalité</strong> et à l&#8217;accroissement naturel de l&#8217;Amérique est supérieure à leur poids démographique (27 %), <strong>de l&#8217;ordre de 40 % </strong>(figure 5). Cependant les naissances les plus nombreuses proviennent de familles déjà installées et d&#8217;une deuxième génération née sur le sol américain, leur fécondité se rapproche de la moyenne américaine. Enfin, la très grande diversité des courants migratoires et le renouveau d&#8217;une immigration provenant de l&#8217;Europe orientale limite la progression inexorable du poids des minorités originaires des régions à très forte fécondité.</p>
<p>         En France, la contribution des minorités immigrées à la natalité (18 %) est deux fois plus importante que leur poids démographique. En revanche, l&#8217;apport des étrangères au taux de fécondité français serait restreint du fait qu&#8217;elles ne représentent qu&#8217;une petite fraction des femmes en âge de fécondité. Les résidents d&#8217;ascendance étrangère sont toutefois beaucoup plus nombreux. Dans les deux cas, cette contribution est sous-enregistrée, aux États-Unis en raison de l&#8217;ampleur de l&#8217;immigration clandestine, en France en raison du non-enregistrement du surcroît de fécondité des familles originaires des départements d&#8217;outre-mer et des Français de deuxième génération originaires de l&#8217;Afrique du Nord, du Proche-Orient ou d&#8217;Afrique occidentale.</p>
<p>         <strong>Globalement l&#8217;immigration par ses effets directs et indirects contribue aux deux-tiers de la vitalité démographique des Etats-Unis </strong>; si elle s&#8217;était interrompue comme dans les années 30, l&#8217;Amérique aurait subi une crise de fécondité proche de celle de l&#8217;Europe. Il suffit de constater que dans le Minnesota où le Vermont où les minorités ethniques ont une présence très restreinte, la fécondité n&#8217;assure plus le taux de remplacement de la population. Cependant la vitalité démographique des blancs non-hispaniques reste pour l&#8217;ensemble de la Fédération beaucoup plus forte que dans les autres pays de peuplement européen, leur taux de natalité est proche de 15 °/°°, donc de l&#8217;Irlande.</p>
<p>         Les répercussions de l&#8217;immigration aux États-Unis doivent être relativisées. La deuxième vague d&#8217;immigration depuis une décennie provient essentiellement du tiers monde, elle se dirige de plus en plus vers l&#8217;Europe. Comme le remarque Jeffrey Williamson, ce qui détermine le brassage de population est le pourcentage de la population née à l&#8217;étranger. Aux Etats-Unis, ce pourcentage a peu varié au XX<sup>e</sup> siècle, de l&#8217;ordre de 14 à 15 %, il a considérablement fléchi et s&#8217;établit au début des années 2000 à 11 %. En revanche en France, il était de 2 % en 1870 et de 3 % en 1910, cette proportion a triplé : 10 % en 2000. Le contraste est encore plus évident en Suède où les ressortissants d&#8217;origine étrangère représentaient moins de 1 % de la population au début du siècle, aujourd&#8217;hui 11 %. L&#8217;Amérique latine devient un pôle d&#8217;émigration nette, l&#8217;Argentine, où le tiers des résidents étaient d&#8217;origine étrangère au début du siècle, ne compte plus que 5 % de résidents d&#8217;ascendance étrangère.</p>
<p> </p>
<p>Pourcentage de résidents nés à l&#8217;étranger</p>
<table border="1" cellspacing="0" cellpadding="0">
<tbody>
<tr>
<td width="212" valign="top">périodes</td>
<td width="212" valign="top">États-Unis</td>
<td width="212" valign="top">France</td>
</tr>
<tr>
<td width="212" valign="top">1870-71</td>
<td width="212" valign="top">14.4</td>
<td width="212" valign="top">2.0</td>
</tr>
<tr>
<td width="212" valign="top">1890-91</td>
<td width="212" valign="top">14.7</td>
<td width="212" valign="top">3.0</td>
</tr>
<tr>
<td width="212" valign="top">1910-11</td>
<td width="212" valign="top">14.7</td>
<td width="212" valign="top">3.0</td>
</tr>
<tr>
<td width="212" valign="top">2000-01</td>
<td width="212" valign="top">11.1</td>
<td width="212" valign="top">10.0</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p>Source : Williamson</p>
<p> </p>
<p><strong>B- L&#8217;assimilation des minorités est imparfaite et inégale.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>         Le problème de l&#8217;immigration et de l&#8217;assimilation des étrangers divise l&#8217;opinion américaine depuis longtemps, bien davantage qu&#8217;au Canada ou en Australie, du fait que le principal problème, le seul en vérité : celui de l&#8217;intégration des minorités noires s&#8217;est heurté depuis la guerre de sécession à des obstacles récurrents qui n&#8217;ont jamais pu être levés. Les &laquo;&nbsp;libéraux &nbsp;&raquo; ont été persuadés que l&#8217;assistance des pouvoirs publics et les dispositifs favorisant <strong>l&#8217;emploi préférentiel des minorités ethniques</strong>, notamment depuis les lois sur les droits civiques de l&#8217;ère Kennedy, parviendraient à arracher à la marginalisation et à la pauvreté les deux groupes les plus défavorisés : les amérindiens et les noirs. Depuis cette époque, au travers de l&#8217;alternance des Républicains et Démocrates, les controverses et les bilans opposés se sont succédé pour démontrer tantôt l&#8217;échec de l&#8217;intégration et la paupérisation croissante des familles, tantôt le succès des politiques mises en place. Ce qui paraît le plus évident dans l&#8217;évolution des dernières décennies est le faible succès global de la stratégie d&#8217;emploi préférentiel et surtout le succès très inégal de l&#8217;assimilation suivant les groupes ethniques. Bien plus ces divergences de l&#8217;intégration économique et sociale prolongent une tendance observée à travers toute l&#8217;histoire de l&#8217;immigration, car les minorités dont l&#8217;intégration apparaît la plus difficile sont celles qui sont les plus anciennes et non les plus récentes, en particulier les amérindiens et les noirs.</p>
<p>         Des <strong>interprétations complémentaires ont été proposées par Thomas Sowell et Dinesh de Souza</strong>. Le premier s&#8217;appuie sur l&#8217;histoire (« Etnnic America ») et fait remarquer que les immigrants successifs ont toujours suscité un rejet, étant suspectés de violence et de malhonnêteté : aussi bien les Juifs, que les Irlandais, Polonais ou Japonais ou Chinois. Tant que ces groupes continuent de vivre dans des quartiers séparés, accrochés à leur langue et à leur religion, l&#8217;exclusion persiste ; dès qu&#8217;ils se dispersent sur tout le territoire puis se marient hors de leur groupe, l&#8217;intégration économique et sociale peut commencer, mais elle reste beaucoup plus difficile pour les noirs. Le second (« Illiberal Education ») met en lumière les effets pervers des politiques de quotas préférentiels ethniques sur les campus et dans les Universités américaines d&#8217;aujourd&#8217;hui, en montrant que le recrutement préférentiel des minorités parmi les étudiants et les professeurs favorise les asiatiques plus compétents et moins payés au détriment des noirs moins compétents et plus payés, du fait que la réussite de carrière des asiatiques est plus complète et durable.</p>
<p>         L&#8217;assimilation par décret échoue souvent pour les nouveaux entrants, mais elle réussit le plus souvent pour leurs enfants et petits-enfants. On constate qu&#8217;en deuxième ou troisième génération, ces familles d&#8217;origine étrangère sont devenues américaines dans leur mode de vie, elles abandonnent leur langue et une partie de leur culture et surtout l&#8217;assimilation progresse avec la mobilité géographique quand les immigrés quittent leur ghettos et se mêlent à la population, surtout quand ils accèdent au même niveau d&#8217;éducation, de compétence et d&#8217;emploi que les Américains de souche. Or l&#8217;assimilation la plus rapide s&#8217;est faite pour ceux qui étaient originaires de peuples où la valeur sociale de l&#8217;éducation, du travail et de l&#8217;épargne était la plus élevée, et surtout quand les immigrés de première génération avaient déjà été victimes de discriminations dans leur pays d&#8217;origine et avaient choisi la démocratie américaine pour garantir leur liberté politique ou religieuse.</p>
<p>         <strong>L&#8217;immigration juive et chinoise</strong>, issue de la diaspora, a été celle dont <strong>la réussite économique et sociale a été la plus rapide</strong>, non seulement en Amérique mais dans le monde entier. Dans l&#8217;un et l&#8217;autre cas, ces familles sont restées stables et soudées préservant leurs enfants des tentations de la facilité ; leur ascension sociale sera épaulée par <strong>le primat donné par les parents à l&#8217;éducation, au travail et à l&#8217;épargne. </strong>La réussite de l&#8217;immigration d&#8217;Extrême-Orient présente une autre particularité : les immigrants pauvres acceptent n&#8217;importe quel travail, ils ne sollicitent pas d&#8217;assistance ou d&#8217;emploi préférentiel : il réussissent par leur compétence : si la plupart des professeurs de mathématiques et d&#8217;informatique de la Californie sont originaires de l&#8217;Asie de l&#8217;Est et non des Philippines ou de la République Dominicaine ce n&#8217;est pas en raison des quotas d&#8217;emploi préférentiel ou de quelque sur rémunération mais du fait qu&#8217;ils ont la qualification requise.</p>
<p>         A l&#8217;opposé <strong>les noirs américains</strong>, héritiers d&#8217;un mode de vie sans responsabilité économique et financière au sein de l&#8217;exploitation esclavagiste, formaient déjà des familles désunies où, une fois libres, les parents <strong>n&#8217;étaient pas prêts aux mêmes sacrifices que le coolie chinois pour éduquer leurs enfants et n&#8217;avaient pas les mêmes comportements d&#8217;épargne</strong>. Alors ils retombaient de l&#8217;assistance paternaliste du propriétaire à celle des organisations charitables puis de l&#8217;État, et ne parviendront pas à s&#8217;autonomiser, faute de connaissances et de compétences appropriées. D&#8217;autres migrations essentiellement économiques provenaient de régions où la valeur sociale de l&#8217;éducation, de la réussite par le travail et l&#8217;esprit d&#8217;entreprise étaient plus faibles qu&#8217;en Asie orientale. L&#8217;assimilation fut alors plus lente et incomplète surtout quand les nouvelles vagues d&#8217;immigrants sont arrivées du monde slave et méditerranéen, puis du tiers-monde pauvre, notamment d&#8217;Amérique latine, des Caraïbes et d&#8217;Asie du Sud. Les noirs américains ont été les principaux bénéficiaires des emplois préférentiels et des mesures d&#8217;assistance de l&#8217;administration ; leur niveau d&#8217;éducation et de compétence reste très faible au regard des blancs, à plus forte raison des Chinois. A la différence du Brésil et du Mexique, les États-Unis ne sont pas une société « métisse » mais une société pluri-ethnique qui juxtapose les ethnies des 5 continents avec un brassage ethnique lent où l&#8217;intermariage est limité : seulement 1 noirs sur 10, 2 asiatiques et 3 hispaniques sur 10 contractent une union féconde hors de leur groupe ethnique. Cependant au terme de trois générations ont peut remarquer que les nouveaux Américains abandonnent l&#8217;usage de la langue de leurs ancêtres pour l&#8217;anglais, la persistance du bilinguisme étant beaucoup plus forte pour les Mexicains et l&#8217;espagnol.</p>
<p> </p>
<p><strong>C- La famille éclatée est-elle la résultante d&#8217;une société multiethnique ?</strong></p>
<p> </p>
<p>         La vitalité démographique et économique des États-Unis semble indissolublement reliée à la permanence de l&#8217;immigration au cours de l&#8217;histoire de la Fédération ; elle comporte toutefois une lourde contrepartie : l&#8217;instabilité familiale. À quoi bon échapper au déclin démographique qui menace l&#8217;Occident si l&#8217;avenir de nos enfants doit être celui d&#8217;unions instables, rompues par l&#8217;infidélité et les divorces, où les foyers sont formés d&#8217;enfants de plusieurs lits, dirigés par des mères célibataires, et où les pères bigames ou polygames sont le plus souvent absents du foyer ?</p>
<p>         Existe-t-il une relation de cause à effet entre l&#8217;éclatement de la famille et l&#8217;existence d&#8217;une société pluriethnique ? Il est vrai que dans les sociétés ethniquement homogènes, par exemple au Japon, l&#8217;instabilité familiale ne précipite pas la jeunesse dans la marginalité. A l&#8217;opposé, l&#8217;instabilité des unions légitimes et illégitimes est un trait caractéristique du Brésil et du Mexique, où les sociologues, de Gilberto Freire à Oscar Lewis, ont observé les effets de dissolution de la cellule familiale, tout au long du brassage ethnique et du métissage, surtout quand son origine remonte à l&#8217;exploitation coloniale et au travail servile des esclaves noirs. L&#8217;instabilité des unions et plus encore celle des enfants abandonnés à eux-mêmes, puis s&#8217;incorporant aux nouvelles familles des « gangs » d&#8217;adolescents, est une caractéristique commune de la marginalisation et de la violence dans les sociétés pluriethniques de l&#8217;Amérique. Il existe toutefois une différence essentielle entre l&#8217;Amérique du sud et l&#8217;Amérique du nord : <strong>les États-Unis sont une société pluriethnique et non une société de métissage </strong>; 9 noirs sur 10 et 7 hispaniques sur 10 contractent une union féconde dans leur propre groupe ethnique, le mariage interethnique reste l&#8217;exception.</p>
<p>         <strong>La famille éclatée est un changement que l&#8217;on peut observer dans tout l&#8217;Occident,</strong> même quand l&#8217;immigration est modérée et quand la croissance démographique est faible ou nulle. La permissivité des lois concernant les mœurs, la famille et l&#8217;éducation est à l&#8217;origine de la fragilisation des liens familiaux. Il y a 30 ans les divergences étaient considérables : les pays anglo-saxons protestants avaient un taux de divortialité très élevé, à la différence des pays latins et catholiques ; les familles monoparentales étaient encore peu nombreuses, les naissances hors mariage également. Enfin un trait caractéristique des pays africains et latino-américains, celui des grossesses d&#8217;adolescentes et des filles-mères de moins de 15 ans, semblait ne se reproduire qu&#8217;aux États-Unis. Ces divergences sont devenues fort restreintes. Aujourd&#8217;hui en France et en Angleterre plus du tiers de naissances sont hors-mariage, un mariage sur deux se termine par un divorce, un enfant sur sept vit dans une famille recomposée formée d&#8217;enfants de plusieurs lits. Le problème des États-Unis tient au fait que l&#8217;éclatement de la famille est plus ancien, plus accentué et surtout plus concentré sur les familles noires et latino-américaines. Bref, ce n&#8217;est pas le métissage qui semble générateur de l&#8217;éclatement des familles, sous réserve d&#8217;une plus grande instabilité des mariages mixtes, mais plutôt le fait que l&#8217;éclatement de la famille est plus fort parmi les noirs américains.</p>
<p>         Le surcroît de fécondité des femmes noires américaines prend en grande partie sont origine dans <strong>les naissances non désirées des adolescentes</strong> : la fécondité précoce avant 15 ans est 7 fois plus élevée chez les adolescentes noires que chez les blanches, entre 15 et 20 ans trois fois ; les deux-tiers des naissances surviennent chez des femmes non mariées. Mais surtout ces adolescentes jeunes et sans instruction ont une très faible probabilité de pouvoir se marier et la plupart resteront seules pour s&#8217;occuper de leur enfant. Par voie de conséquence <strong>1 enfant noir sur 2 ne connaît pas son père</strong> et vit dans un foyer où la mère-enfant n&#8217;a que peu d&#8217;expérience et d&#8217;autorité pour l&#8217;arracher aux tentations de la rue et de la délinquance. L&#8217;assistance aux familles monoparentales créée en 1935 a été depuis longtemps rendue responsable de cet échec : des enquêtes transversales ont souligné la reproduction de la pauvreté en suivant 3 à 4 générations de filles-mères suivant le même itinéraire : enceintes à 14/15 ans, elles abandonnent l&#8217;école, puis sollicitent l&#8217;allocation parentale, retombent enceintes pour la prolonger, puis leurs filles et petites filles reprendront la même voie. C&#8217;est pourquoi l&#8217;une des mesures les plus courageuses de l&#8217;administration Clinton en 1996 sera de limiter le bénéfice de l&#8217;aide sociale, y compris l&#8217;allocation parentale, à une période de 2 ans, exceptionnellement portée à 5 ans, en incitant les bénéficiaires à chercher un travail, et le paradoxe de cette réforme, souligné par Gary Becker, est que le nombre des mères célibataires allocataires a diminué de 40 % et que la plupart ont trouvé du travail (en période d&#8217;expansion il est vrai) et que leur situation financière s&#8217;est améliorée.</p>
<p>         L&#8217;éclatement de la famille noire est générateur de <strong>coûts sanitaires élevés</strong> : les enfants prématurés nés avec moins de 1500 grammes sont 5 fois plus nombreux parmi les femmes noires, il en résulte de nombreux handicaps pour ces enfants, les taux de mortalité infantile sont deux fois plus lourds, enfin le recours à l&#8217;avortement clandestin est beaucoup plus fréquent, facteur favorisant la prématurité des naissances ultérieures. Par ailleurs, l&#8217;obésité frappe deux fois plus les femmes noires et leurs enfants que dans la population blanche, elle est plus fréquente dans les familles monoparentales.</p>
<p>         Cependant <strong>le coût social le plus élevé est celui de la criminalité</strong>, car la plupart des meurtres aux États-Unis sont entre noirs. Le fléau de la drogue et du sida pèse aujourd&#8217;hui surtout sur les noirs, et l&#8217;éclatement de la famille en favorise la genèse. Moins de 10 % des homicides sont inter-ethniques, les noirs tuent des noirs et les blancs tuent des blancs. Or les noirs sont auteurs ou victimes de la moitié des meurtres et représentent la moitié de la population incarcérée.</p>
<p>         Les partisans de l&#8217;avortement se sont appuyés en 1999 sur l&#8217;argument paradoxal d&#8217;une enquête de Donohue et Levitt suivant lequel la légalisation de l&#8217;avortement en 1970 pourrait être une explication de la baisse du taux de criminalité. En effet le taux d&#8217;homicide a sensiblement décliné au cours de la dernière décennie, mais il reste le plus élevé du monde occidental. Suivant leurs hypothèses, ceux qui ne sont pas nés en raison de l&#8217;accès à l&#8217;avortement avaient toute probabilité de croître dans des familles monoparentales pauvres où ils auraient été des candidats de choix pour devenir criminels 15 à 25 ans plus tard, précisément au moment où l&#8217;on décèle une diminution du taux de criminalité. Au Brésil la criminalité a explosé dans la même période, bien que les jeunes noires aient recours de plus en plus à l&#8217;avortement. Il ne faut pas oublier d&#8217;autres explications, en particulier le renforcement de la lutte contre le crime et la drogue, par exemple les résultats obtenus par le Gouverneur Giuliani à New York.</p>
<p>         Pour notre part, nous ne pensons pas que le maintien de la vitalité démographique doivent être recherché dans l&#8217;encouragement des naissances non désirées, plus particulièrement lorsqu&#8217;il s&#8217;agit de mères-enfant, et que la seule chance d&#8217;échapper à la pauvreté des enfants noirs est de poursuivre leur scolarité aussi loin que possible, puis de s&#8217;intégrer dans la machine à emploi dynamique de l&#8217;Amérique.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><strong>Conclusion</strong></p>
<p> </p>
<p>         Pour conclure, la vitalité démographique des États-Unis ne devrait pas se démentir dans un avenir proche, mais quel enseignement pouvons-nous en retirer pour l&#8217;Europe et la France ?</p>
<p>1. Le redressement de la natalité implique une confiance dans l&#8217;avenir, ce qui suppose <strong>une expansion économique retrouvée et un marché de l&#8217;emploi ouvert</strong> aux nouveaux venus ; sur ce plan, la préférence pour le chômage et l&#8217;inflexibilité de l&#8217;emploi sont un lourd handicap de la France.</p>
<p>2. <strong>La vitalité démographique ne résulte pas nécessairement de l&#8217;aide et de l&#8217;assistance aux familles</strong>, elle se poursuit en Amérique malgré l&#8217;absence d&#8217;allocations familiales.</p>
<p>3. <strong>Les incitations apportées par les pouvoirs publics à la formation de familles éclatées</strong> se retournent contre les familles légitimes et stables et <strong>sont génératrices de phénomènes d&#8217;exclusion pour les nouvelles générations</strong>. Un redressement démographique durable suppose une augmentation des mariages, moins de divorces et moins de permissivité à l&#8217;égard des unions de personnes du même sexe.</p>
<p>4. <strong>Le recours à une plus forte immigration sera</strong> <strong>inéluctable</strong> en Europe de l&#8217;Ouest pour combler le déficit de naissances et de population active, mais il sera beaucoup plus difficile à assimiler si cette région reste une zone de chômage structurel et de surpression fiscale et sociale. Les immigrants ne doivent pas être accueillis seulement pour faire nos enfants et payer nos retraites, mais également pour produire et garantir notre compétitivité, c&#8217;est pourquoi <strong>il faudra compléter l&#8217;immigration de « droits sociaux » par une immigration de « savoir-faire ».</strong> A l&#8217;instar de l&#8217;Australie et du Canada, il est conforme aux intérêts des États-Unis que les responsables de l&#8217;immigration veillent à préserver l&#8217;attrait du pays sur les élites occidentales (les États-Unis attirent déjà 80 % des expatriés à haut niveau scientifique)&#8230; et il serait conforme aux intérêts de l&#8217;Europe qu&#8217;elle fit de même !</p>

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		<title>Les catastrophes africaines</title>
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		<pubDate>Thu, 19 Oct 2006 02:21:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>dclambert</dc:creator>
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		<description><![CDATA[            L&#8217;Afrique, si proche de l&#8217;Europe, a occupé nos rêves et nos espoirs il y a cent ans : les paysages, la flore et la faune, les populations si diverses et différentes nous attiraient comme jadis les Amériques, l&#8217;Orient ou l&#8217;Asie. Aujourd&#8217;hui l&#8217;Afrique nous fait peur et nous désespère, car elle semble vouée [...]]]></description>
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          L&#8217;Afrique, si proche de l&#8217;Europe, a occupé nos rêves et nos espoirs il y a cent ans : les paysages, la flore et la faune, les populations si diverses et différentes nous attiraient comme jadis les Amériques, l&#8217;Orient ou l&#8217;Asie. Aujourd&#8217;hui l&#8217;Afrique nous fait peur et nous désespère, car elle semble vouée aux catastrophes et à la violence.</p>
<p>          Cependant les évènements catastrophiques, que nous évaluons suivant l&#8217;ampleur des pertes matérielles et humaines, notamment dans les bilans de la Compagnie Suisse de Réassurance, sont tantôt la résultante de forces naturelles, par exemple les séismes, tantôt celle d&#8217;interventions humaines, par exemple les guerres ou la criminalité. En Afrique, les catastrophes humaines sont prédominantes.</p>
<p>          L&#8217;Afrique est <strong>relativement épargnée par les catastrophes naturelles </strong>: on songe alors aux tremblements de terre et raz-de-marée, aux inondations, ouragans et autres dérèglements da la nature. En effet, seule l&#8217;Afrique du Nord, traversée par une ligne de rupture tectonique d&#8217;ouest en est, est exposée aux déplacements des plaques et à la récurrence de séismes, qui d&#8217;Agadir à Orléansville ont entraîné de lourdes pertes humaines. Les inondations et glissements de terrains causent des dommages heureusement moins fréquents que ceux du Bangladesh et du Pérou. L&#8217;activité volcanique est restreinte, cependant présente dans la partie orientale du continent, le long du « rift » africain, mais elle reste éloignée des grandes villes. Les risques imputables aux ouragans et cyclones sont localisés principalement au large de l&#8217;Océan indien et ne touchent la corne de l&#8217;Afrique que sous forme atténuée. Sur ce plan, l&#8217;Afrique est peu vulnérable au regard des Amériques et de l&#8217;Asie.</p>
<p>          Une deuxième source de catastrophe est souvent évoquée : <strong>la récurrence de la sécheresse et de la famine </strong>: certains l&#8217;attribuent au réchauffement du climat, d&#8217;autres à la pression démographique et d&#8217;autres à la « surpaturation » (densité croissante du bétail au Sahel). Il est vrai que depuis plusieurs siècles le désert du Sahara s&#8217;étend de même que la savane subsaharienne, et que la Namibie ne reçoit pas davantage de pluies. Les invasions de criquets pèlerins sont plus fréquentes et, depuis une génération, les sommets de l&#8217;Atlas sont moins enneigés, enfin  les zones semi-arides qui entourent le Sahara souffrent de la sécheresse. Alors la « famine » chronique du Soudan, de l&#8217;Éthiopie et de la boucle du Niger est-elle la conséquence du réchauffement du climat et de conditions naturelles hostiles ? Rien de moins sûr ! Les famines découlent surtout de l&#8217;inconséquence des gouvernements locaux, le plus souvent militaires, des guerres et déplacements de population, et des mouvements de réfugiés.</p>
<p>          Notre objet est de montrer que les catastrophes africaines sont <strong>essentiellement des catastrophes humaines </strong>et non la conséquence de l&#8217;adversité de la nature. Elles découlent d&#8217;abord de la reproduction des échecs dans cette région, où les réussites ont été très rares et transitoires. Elles se manifestent par le cumul de quatre obstacles au développement : l&#8217;assistance terreau de la corruption, la pression démographique vecteur des migrations, la violence et l&#8217;insécurité généralisée, enfin le sida et la régression sanitaire massive.<br />
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<p><strong>I- LA REPRODUCTION DES ÉCHECS.</strong></p>
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<p>          Les relations internationales ouvrent aujourd&#8217;hui la compétition à quelque 200 nations ; l&#8217;Afrique en abrite 54 et aucune n&#8217;est devenue une grande puissance politique, économique et même militaire. Pour l&#8217;Occident, les États-Unis, la Russie ou l&#8217;Europe, l&#8217;avenir de l&#8217;Iran compte infiniment plus que celui de l&#8217;Algérie et du Nigeria. Les États les plus peuplés ont été périodiquement exposés à des guerres intestines (Nigeria, Éthiopie, Soudan, Congo), mais les risques d&#8217;internationalisation sont limités. Le Congo n&#8217;est pas le même enjeu géopolitique que l&#8217;Irak ou l&#8217;Iran ! La reproduction des échecs entretient l&#8217;instabilité politique de la région. L&#8217;avenir de l&#8217;Afrique sera-t-il celui d&#8217;une balkanisation renforcée ou de l&#8217;apparition de nouveaux empires ?</p>
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<p><span style="text-decoration: underline;">Les succès sont restés des épisodes éphémères.</span></p>
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<p>          Revenons au traité de Berlin en 1885, celui qui partagea l&#8217;Afrique entre les puissances européennes. Ces frontières coloniales seraient-elles à l&#8217;origine des guerres qui ravagent le continent ? Rien de moins sûr.</p>
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<div><strong>LE PARTAGE DE L&#8217;AFRIQUE EN 1885</strong></div>
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<p><strong> <img class="aligncenter size-full wp-image-1659" title="le-partage-de-le28099afrique-en-18851" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2008/11/le-partage-de-le28099afrique-en-18851.jpg" alt="" width="461" height="433" /><br />
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<p>Depuis l&#8217;accès à l&#8217;indépendance des nations africaines, l&#8217;Organisation de l&#8217;Unité Africaine a constamment réaffirmé <strong>l&#8217;intangibilité des frontières coloniales</strong>. Beaucoup d&#8217;Africains, tels qu&#8217;Antony Asiwaju (Nigérian), considèrent que les démembrements territoriaux et un avenir où « l&#8217;autodétermination ethnique conduirait à la création d&#8217;États plus petits », donc à une balkanisation accrue, s&#8217;opposerait à l&#8217;unité africaine. Redessiner les frontières pour créer de grands États serait a fortiori une folie : les Camerounais ne voudraient pas se fédérer avec les Ivoiriens et Nigérians ou les Égyptiens avec les Soudanais ! Certes, ce point de vue n&#8217;est pas partagé par tous, ainsi un observateur kényan Makau Wa Mutua, souhaite <strong>un regroupement en une dizaine d&#8217;</strong>É<strong>tats</strong>, qui ne tiendrait pas compte de la langue des colonisateurs. La proposition bénéficierait à l&#8217;Afrique du Nord et à l&#8217;Afrique australe, l&#8217;Afrique occidentale serait regroupée en trois États ; tout le golfe du Bénin serait fédéré, la poussière d&#8217;États des Grands Lacs serait effacée ! Il ne resterait qu&#8217;une région enclavée baptisée Bénin au centre de l&#8217;Afrique <strong>(1)</strong>, qu&#8217;il serait tentant de regrouper avec le nouveau Ghana. Cette perspective semblera utopique, mais il n&#8217;en reste pas moins que la plupart des petits États africains n&#8217;ont pas une dimension suffisante pour accéder à la puissance qu&#8217;ils souhaitent.</p>
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<p><strong>Carte d&#8217;une Afrique regroupée</strong></p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-1637" title="les-catastrophes-africaines2" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2008/11/les-catastrophes-africaines2.jpg" alt="Carte d’une Afrique regroupée" width="479" height="640" /></p>
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<strong></strong>Carte de l&#8217;Afrique proposée par le juriste kenyan Makau wa Mutua</p>
<p>(<em>Boston Globe</em>, 22, septembre 1994)</p>
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<p><strong>L&#8217;AFRIQUE BALKANIS</strong>É<strong>E EN 2003</strong><br />
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<p style="text-align: center;"><strong></strong><img class="aligncenter size-full wp-image-1638" title="les-catastrophes-africaines3" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2008/11/les-catastrophes-africaines3.jpg" alt="L’AFRIQUE BALKANISÉE EN 2003" width="480" height="623" /><br />
<strong></strong></p>
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<p>Nouvel Atlas Gisserot, 2004</p>
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<p>         Les hommes politiques français étaient persuadés en 1885 d&#8217;avoir ouvert en Afrique des colonies aussi riches qu&#8217;en Indochine, mais aucune ne tint ses promesses. Comme Jacques Marseille l&#8217;a fort bien démontré, notre politique coloniale a sclérosé notre économie métropolitaine et les territoires occupés <strong>(2)</strong>. Nous leur avons apporté nos soldats, instituteurs et médecins et gagné des hommes de troupe pour la Grande Guerre, mais aucun de ces pays ne s&#8217;est inscrit dans la trajectoire des nouveaux pays industriels. Certes les politiques coloniales ont enregistré des phases d&#8217;essor économique et de progrès social incontestables en Afrique du Nord, en Afrique Australe et en Afrique noire, mais l&#8217;Angola n&#8217;était pas le Brésil et Madagascar n&#8217;était pas Java ou même Ceylan. La modernisation impulsée par les métropoles ne parvenait pas à susciter une croissance autoentretenue.</p>
<p>          En 1960 vient l&#8217;indépendance. Que nous disaient nos experts en France ? Au nord, l&#8217;Algérie sera le seul pays industrialisé du Maghreb grâce au pétrole, il n&#8217;en est malheureusement rien. L&#8217;Algérie est devenue le premier acheteur d&#8217;armements du continent et le pétrole n&#8217;est pas devenu l&#8217; « industrie industrialisante » promise par certains économistes. Le pétrole n&#8217;est pas vendu pour récolter des céréales, construire des usines ou fabriquer des composants informatiques, mais pour acheter des hélicoptères et des kalachnikovs !  Au sud, on affirmait que la réussite économique éclatante serait celle de la Guinée à cause de l&#8217;aluminium et ce fut un échec ; personne ne parlait encore de la Côte d&#8217;Ivoire qui fut la seule réussite, d&#8217;ailleurs transitoire.</p>
<p>          En effet <strong>les « faux décollages »</strong> observés dans cette région ne furent que des <strong>succès éphémères</strong> : livrée à la guerre civile, la Côte d&#8217;Ivoire ne sera bientôt que l&#8217;équivalent de la Guinée ! Les Anglais faisaient-ils mieux ? Non.  Les deux perles qu&#8217;étaient l&#8217;ex-Tanganyika et l&#8217;ex-Rhodésie, sont devenues les zones les plus pauvres ; le Nigeria où l&#8217;on avait tant investi, alors que son revenu moyen était identique à celui du Sénégal en 1960, a fait illusion : c&#8217;est la région la plus dangereuse et la plus corrompue du Golfe du Bénin, ce pays est pauvre et non pas riche. Et l&#8217;Afrique du Sud, a-t-elle répondu aux espérances de l&#8217;historien Jacques Pirenne qui en 1940 pensait qu&#8217;elle deviendrait une grande puissance maritime telle que l&#8217;Australie ? Dix ans après la fin de l&#8217;Apartheid, où est la grande puissance industrielle rivale de l&#8217;Union indienne ?</p>
<p>          En réalité il manque en Afrique une pré-condition du développement qui est la stabilité et continuité des choix et tout simplement, la persévérance. Ce n&#8217;est pas tant la démocratie qui fait défaut (ceci est un discours pour l&#8217;ONU), c&#8217;est un État fort, car les dictatures locales n&#8217;ont engendré que des « États mous », à l&#8217;image des systèmes politiques décomposés que Gunnar Myrdall déplorait en Asie il y a cinquante ans.</p>
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<p><span style="text-decoration: underline;">Paupérisation d&#8217;un continent, Pourquoi ?<br />
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<p>          La charge idéologique, émotionnelle et affective concernant l&#8217;Afrique incite encore la plupart des Africains et  beaucoup d&#8217;occidentaux à rechercher un « bouc émissaire » aux malheurs de ce continent : l&#8217;héritage de la colonisation et le devoir de mémoire de l&#8217;esclavage et de la traite des noirs, le sida exporté par la CIA ou pure invention pour le Président M&#8217;Beki, les conséquences du libéralisme sauvage et de la mondialisation, les catastrophes naturelles et la famine, et que sais je encore !</p>
<p>          Paupérisation, le terme est-il justifié ? Pour les statisticiens, c&#8217;est peu contestable : <strong>l&#8217;Afrique est le seul continent où le niveau de vie ait diminué depuis un demi-siècle et où les situations sanitaires se soient dégradées</strong>. Cependant un demi-siècle est une durée bien courte pour l&#8217;historien du développement ; beaucoup de régions sont restées immobiles pendant plusieurs siècles. C&#8217;est ainsi que Marx voyait en son temps le « mode de production asiatique » en Chine ou en Inde, ces contrées qui nous fascinent par leur dynamisme 150 ans plus tard&#8230; Aujourd&#8217;hui, il est incontestable que l&#8217;Afrique sub-saharienne n&#8217;a pas encore décollé et que les tentatives d&#8217;industrialisation et de modernisation y ont été un échec.</p>
<p>          Peut-on mesurer cette paupérisation relative et bien souvent absolue ? Oui, il suffit de comparer la pauvreté du Congo à la richesse de la Thaïlande, qui avait un revenu similaire en 1950. Cependant il est aussi difficile d&#8217;apprécier le niveau de vie actuel que le niveau de vie précolonial des Africains. En effet, il n&#8217;y a guère de données statistiques fiables quand les trois quarts de la population survivent dans une économie souterraine de trafiquants et de fonctionnaires corrompus.</p>
<p>          À part les pays rentiers du pétrole à faible population, comme le Gabon, seule l&#8217;Afrique du Sud et l&#8217;Afrique du Nord ont atteint un revenu intermédiaire : ils ont toutefois subi une paupérisation relative au cours des trente dernières années. Pour la plus grande partie de la population de l&#8217;Afrique sub-saharienne, les revenus moyens sont très faibles et ont diminué de près de moitié.</p>
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<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-1639" title="les-catastrophes-africaines4" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2008/11/les-catastrophes-africaines4.jpg" alt="REVENUS PAR HABITANT" width="480" height="494" /></p>
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<p>REVENUS PAR HABITANT</p>
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<p>          L&#8217;Afrique sub-saharienne n&#8217;a jamais été un eldorado et le riche paradis que certains « rousseauistes » ont prétendu, jadis au cœur du continent de Gondwana ou au temps du royaume du Congo et des chefferies bantoues.</p>
<p>          <strong>Une première fable sur les origines de l‘humanité</strong>, brillamment illustrée par les théories d&#8217;un anthropologue vulgarisateur français, tente de nous faire accroire que, descendants d&#8217;une séduisante guenon baptisée « Lucy » <strong>(3)</strong>,<strong> nous aurions hérité la civilisation de l&#8217;Afrique</strong>. Les hommes préhistoriques ont été localisés sur tous les continents, jusqu&#8217;à Bornéo ; chasseurs et non cultivateurs, ils ne formaient pas des sociétés organisées et sédentarisées. Il ne faut pas confondre l&#8217;art primitif des gravures rupestres avec les fresques du Fayoum ou les bas-reliefs de Persepolis. Nos ancêtres les plus vraisemblables, descendants de l&#8217;homo sapiens de Cro-Magnon, il y a 40 000 ans, ont connu une très longue évolution avant de fonder des civilisations aux alentours du quatrième millénaire avant l&#8217;ère chrétienne. Ceux qui ont appris à parler, puis à écrire, à cultiver le sol, domestiquer le bétail, forger des outils et construire des bâtiments, n&#8217;étaient pas des pithécanthropes. À supposer qu&#8217;Yves Coppens ait identifié le premier ancêtre des hominiens, il faut rappeler que le squelette de « Lucy », découvert par l&#8217;anthropologue américain Donald Johanson en 1974 en Éthiopie (dans la région de l&#8217;Afar), correspond à un adulte de moins d&#8217;un mètre de hauteur, dont le crâne était fort modeste. Suivant Johanson, ces restes dateraient de 3,5 millions d&#8217;années et seraient intermédiaires entre ceux des hominiens et des singes anthropoïdes. Ces hypothèses ne garantissent pas l&#8217;identification du chaînon manquant entre les premiers hominiens bipèdes et l&#8217;homo sapiens, et que l&#8217;héritage génétique de l&#8217;homme de Neandertal européen soit assez proche de celui des lointains cousins africains. Il reste à démontrer (les anthropologues n&#8217;y sont jamais parvenus) que l&#8217; « homo sapiens » descend d&#8217;une migration provenant de la seule Afrique et ne soit pas apparu au même moment en plusieurs endroits. Or ces noyaux de peuplement, formés de petits groupes vivant de la chasse et de la cueillette, évoluaient rarement vers la fondation d&#8217;une « civilisation ». <strong>Les traces d&#8217;une civilisation ancienne ont des repères </strong>: agriculture, villes, architecture, poteries, écriture, peinture, sculpture, religions, sciences : <strong>elles sont peu apparentes au cœur de l&#8217;Afrique à l&#8217;époque de Lucy</strong>. Comme si la « civilisation » n&#8217;avait pas éclôt il y a 6 millénaires, et non des millions d&#8217;années, dans les vallées du Tigre, de l&#8217;Euphrate et de l&#8217;Indus !</p>
<p>          <strong>Vient une deuxième fable, celle qui fait le procès de la colonisation.</strong> Les comptes fantastiques élaborés par l&#8217;économiste belge Paul Bairoch <strong>(4)</strong>, suivant lesquels les Chinois, Péruviens ou Congolais étaient beaucoup plus riches et « développés » que les Français ou les Anglais en 1600 ne sont également que des fables incantatoires ! Curieuse histoire économique qui ignore les progrès économiques et sociaux de l&#8217;Occident et invente la prospérité d&#8217;un nouveau monde inconnu. La fable de l&#8217;eldorado se fiait aux récits des conquistadores et des voyageurs, croyant, à la vue de l&#8217;or, découvrir des pays de cocagne, sans mesurer l&#8217;extrême pauvreté de ces populations. Les Indiens esclaves de l&#8217;Inca et de l&#8217;Aztèque et les Africains esclaves des féodaux et chefs de tribu étaient plus démunis et ignorants que les serfs des ducs et des rois de France.</p>
<p>          Il eut été plus cohérent de rappeler que les arabes d&#8217;Andalousie et du Maroc, porteurs d&#8217;une civilisation évoluée, avaient créé à l&#8217;époque de Louis XIV des royaumes prospères et raffinés, en rappelant toutefois que ces régimes féodaux n&#8217;étaient pas très égalitaires. Au sud du Sahara, la disposition de richesses était vraisemblable pour les marchands d&#8217;esclaves et les féodaux, mais bien sûr fausse pour la masse de la population. La seule différence est qu&#8217;à l&#8217;époque de notre Renaissance cette région était peuplée de 20 à 25 millions d&#8217;habitants ; ils sont aujourd&#8217;hui 30 fois plus nombreux et il y a donc beaucoup plus de pauvres.<br />
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<p><span style="text-decoration: underline;">Deux univers statistiques contrastés</span></p>
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<p>          Il faut rappeler que <strong>le monde occidental</strong> se différencie du reste de la planète par la mise en place d&#8217;<strong>une</strong> <strong>organisation statistique très avancée</strong>, d&#8217;un maillage très dense des établissements d&#8217;enseignement et réseaux de surveillance des maladies présents dans chaque région. Par voie de conséquence, <strong>les évaluations ont une vraisemblance</strong> : en France la mortalité infantile est très faible et la durée de vie très longue ;  le chômage est très élevé ; la dette publique est considérable ; les comptes publics sont désastreux et la pression fiscale est très lourde. Il s&#8217;agit de mesures objectives et évidentes. Au Nigeria ou au Congo, les repérages statistiques transmis sont rarement fiables. Pour reprendre la formule de l&#8217;économiste Charles Prou, <strong>les pays en voie de développement</strong>, notamment les plus pauvres, <strong>sont des pays à statistiques incomplètes,</strong> ils restent le plus souvent « statistiquement sous-développés ».</p>
<p>          Dans le monde occidental, on mesure et on compte tout. La statistique, depuis les premiers arithméticiens politiques, avait pour objet prioritaire de compter la population et d&#8217;en analyser les structures. Puis la statistique a entrepris de mesurer la richesse nationale en élaborant des comptabilités nationales : le produit intérieur brut et sa croissance sont des évaluations attendues par les économistes et financiers.</p>
<p>          <strong>Dans le tiers monde, les informations statistiques sont incomplètes, souvent inexistantes et parfois systématiquement biaisées</strong>. Le continent africain est particulièrement décalé. Comment pourrait-on évaluer l&#8217;évolution de la population et des ressources disponibles, si le nombre des habitants et les quantités produites sont des hypothèses douteuses ?</p>
<p>          Les recensements ont été souvent inexistants, truqués, non publiés ou faux, par exemple au Nigeria ou au Zimbabwe. La mortalité reste un indicateur souvent plus fiable que le revenu par habitant, car elle est aussi lourde dans le pays pétrolier riche que chez son voisin pauvre, cependant beaucoup d&#8217;experts estiment que la marge d&#8217;erreur est considérable. La scolarisation des jeunes, aujourd&#8217;hui en forte baisse, et l&#8217;alphabétisation des adultes ne permettent pas d&#8217;évaluer leur niveau de connaissance. Les hôpitaux et les réseaux de santé primaire ne sont pas davantage en mesure de transmettre des relevés épidémiologiques fiables. Les fonds publics et l&#8217;aide humanitaire sont trop souvent détournés de leur objet&#8230;</p>
<p>          Bien plus, les statistiques économiques inspirent peu confiance quand on sait que l&#8217;économie souterraine est souvent prédominante. Il est tentant de confronter les classements internationaux des niveaux de vie aux enquêtes sur l&#8217;opacité de l&#8217;information et la prévalence de la corruption de l&#8217;Institut « Transparency International ». Alors on remarque que les pays les plus pauvres, aux états de santé les plus précaires, les plus corrompus et aux données statistiques les plus opaques sont des pays africains au sud du Sahara.</p>
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<p><span style="text-decoration: underline;">La déconnexion hors de l&#8217;économie mondiale et de la modernité.</span></p>
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<p>          Idéologiquement l&#8217;Afrique continue de cultiver des utopies contradictoires.</p>
<p>          D&#8217;abord <strong>l&#8217;idée que l&#8217;extraction des richesses naturelles</strong> <strong>et non leur transformation suffise pour catalyser le développement économique</strong> : vrai en Europe pour le charbon et le fer en 1850, mais beaucoup plus incertain au troisième millénaire. Les ressources humaines, c&#8217;est-à-dire la compétence et la capacité d&#8217;innovation, représentent 90 % de la richesse des nations nanties. Où sont les richesses naturelles de la Hollande et du Japon ? Alors les Africains accusent l&#8217;échange inégal et voudraient que le cuivre et le café suivent la trajectoire des cours du pétrole. Ils croient que la revalorisation imposée par la force des matières premières et du pétrole pourrait leur apporter la richesse qui leur manque, alors qu&#8217;il n&#8217;en est rien : aucun pays pétrolier ou producteur de matières premières n&#8217;est devenu développé, même pas la Russie.</p>
<p>          <strong>Le nationalisme et la xénophobie sont les utopies les plus puissantes</strong>, ce rejet concerne tous les étrangers, les Européens, les Américains et les Asiatiques, mais, ce qui est plus délétère, sur les ethnies différentes de celle qui tient les leviers du pouvoir. Il en résulte des vagues d&#8217;expulsions et de regroupements de population, qui impliquent la scission de nombreux États en une poussière de régions hostiles. Le nombre d&#8217;États-Nations pourrait alors s&#8217;amplifier considérablement : le Congo et le Nigeria pourraient se diviser en 10, 20 ou 50 micro-unités territoriales.</p>
<p>          Puis vient <strong>l&#8217;idée que la « mondialisation » est la source de leur appauvrissement</strong> et qu&#8217;il suffirait de se déconnecter de l&#8217;économie mondiale, en faisant fuir les étrangers, les capitaux et les marchandises étrangères pour construire un monde meilleur.<strong> Le mythe de la « déconnexion » </strong>avait été développé par Samir Amin en Afrique dans les années 1970, puis il a connu un renouveau au cours de la dernière décennie. Cette aspiration à l&#8217;autarcie est peut-être fondée pour quelques nations enclavées d&#8217;Afrique centrale, où la population paysanne survit à l&#8217;écart du marché et de l&#8217;échange international. Sans radio, télévision et ordinateur, sans électricité, sans touristes et produits importés, sans impôts ni fonctionnaires, ces petites communautés seraient plus heureuses qu&#8217;aujourd&#8217;hui. Malheureusement les gouvernements ne toléreraient pas ces enclaves. Les utopies tiers-mondistes et altermondialistes propagées par les occidentaux prétendent venir au secours des pauvres du tiers monde. En fait, elles n&#8217;ont fait qu&#8217;un objet masqué : détourner les pays africains de la modernité et surtout ne pas voir apparaître de nouveaux concurrents, tels que les asiatiques. Que le Sénégal et la Tanzanie continuent à produire de l&#8217;arachide, le Sierra Leone des diamants et le Kenya des safaris, les paysans français n&#8217;y perdront rien !</p>
<p>          Le refus de la modernité, particulièrement dans l&#8217;aire islamique, a pour conséquence d&#8217;écarter durablement l&#8217;Afrique du système économique mondial. Certes les apparences sont sauves, si l&#8217;on confond la diffusion de la télévision, de la radio et d&#8217;internet ou les immeubles somptuaires des capitales avec le progrès technique. Ce qui compte c&#8217;est l&#8217;apprentissage des nouvelles technologies, la capacité d&#8217;imiter, de perfectionner, d&#8217;innover : tout ce qui est présent en Inde et en Chine. Accepter la modernité n&#8217;est pas consommer, c&#8217;est changer de routine, savoir fabriquer et entretenir des machines.</p>
<p>          Certains observateurs s&#8217;insurgent contre l&#8217;afro-pessimisme qui nous conduirait à identifier ce continent aux catastrophes mises en lumière par les journalistes. En ce sens Georges Courade <strong>(5)</strong> et ses collaborateurs dressent le catalogue des (fausses) idées reçues : une explosion démographique suicidaire, une région aride dépourvue de richesses naturelles et humaines, des techniques agricoles qui épuisent le sol, des hommes polygames et volages aux femmes soumises, des conflits ethniques et religieux insolubles, des guerres incessantes, des dirigeants et fonctionnaires corrompus, un exode des plus pauvres vers l&#8217;Europe&#8230;  Certes tous les pays africains ne sont pas également exposés à la misère et à la régression, beaucoup ont échappé à la guerre et aux massacres ethniques. Cependant l&#8217;Afrique reste la seule région du tiers-monde qui ne parvient pas à sortir des cercles vicieux du sous-développement.</p>
<p>          Le drame africain au début du troisième millénaire résulte de la conjonction de quatre catastrophes.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><strong>II- QUATRE CATASTROPHES SIMULTANÉES</strong></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>          Le continent africain au seuil du troisième millénaire s&#8217;installe durablement dans l&#8217;échec et la stagnation, sous l&#8217;effet de quatre catastrophes simultanées. Ce n&#8217;est pas un phénomène soudain et brutal, mais depuis une génération une aggravation des symptômes de crise. La première catastrophe peut sembler paradoxale, car elle résulte de l&#8217;altruisme apparent des nations nanties. C&#8217;est l&#8217;assistance structurelle qui s&#8217;est installée aux lendemains de la décolonisation : cette « aide » des anciennes métropoles et des organismes internationaux a entretenu et encouragé la corruption des dirigeants et des serviteurs de l&#8217;État. L&#8217;Afrique reste un continent pauvre et corrompu. La deuxième catastrophe est la pression démographique, qui en Asie est beaucoup plus élevée, mais dans cette région exerce une pression sur les ressources impossible à maîtriser. Quand la stagnation est installée et si la population double en 25 ans, il est inéluctable que le niveau de vie baisse. La troisième catastrophe est la violence : elle nourrit l&#8217;instabilité politique, la guerre et l&#8217;insécurité, et devient un obstacle dirimant au décollage économique. Enfin vient le dernier fléau, l&#8217;épidémie de sida qui frappe le plus gravement l&#8217;Afrique, et cependant le sida n&#8217;est que l&#8217;aspect le plus spectaculaire de la régression sanitaire massive de cette région.</p>
<p> </p>
<p>1. L&#8217;ASSISTANCE</p>
<p> </p>
<p>2. LA PRESSION DÉMOGRAPHIQUE</p>
<p> </p>
<p>3. LA VIOLENCE</p>
<p> </p>
<p>4. LE SIDA<br />
 </p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>1. L&#8217;ASSISTANCE ET LA CORRUPTION</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>            </strong>La corruption ne date pas d&#8217;aujourd&#8217;hui en Afrique, elle était très répandue dans l&#8217;Égypte pharaonique, l&#8217;empire romain et l&#8217;empire ottoman. L&#8217;assistance étrangère est en revanche un fléau récent.<strong> L&#8217;assistance structurelle déversée sur le continent africain a été le levain d&#8217;une corruption généralisée</strong> et d&#8217;une dépendance aussi complète que celle du statut colonial. Quand l&#8217;armée et les fonctionnaires ne peuvent être payés que sur l&#8217;argent de l&#8217;aide, quand tout investissement en dépend, il a peu de différences avec les transferts de la métropole à ses colonies. Tout comme la Martinique ou la Réunion, le Mozambique ou le Mali ne pourraient pas régler plus de 10 % de leurs importations par leurs recettes d&#8217;exportation. En fait, l&#8217;assistance est vraisemblablement la pire des catastrophes de la région, car elle rend possibles l&#8217;explosion démographique, les règlements de comptes interethniques, le financement de la guerre, la corruption et l&#8217;indifférence aux problèmes sociaux, notamment la précarité sanitaire.</p>
<p>          Il faut avoir le courage de regarder en face le bilan de l&#8217;aide aux pays africains. Tibor Mende l&#8217;avait dénoncé il y a quarante ans : l&#8217;aide c&#8217;est comme un artichaut, que les intermédiaires épluchent feuille par feuille pour ne laisser qu&#8217;un reliquat minuscule à ceux qui en ont besoin. Les détournements de fonds ont commencé dès 1960 dans les pays donataires où une énorme bureaucratie et les conseillers du Prince ont prélevé leurs commissions, pour confier à leurs protégés africains la gestion et distribution de l&#8217;aide. Ces « indélicatesses » caractéristiques des caisses de coopération et de la politique africaine de la France ont progressivement contaminé les institutions similaires de Bruxelles et de Washington.</p>
<p>          L&#8217;aide a été en Afrique la pépinière de la corruption qui ronge cette région. C&#8217;était inéluctable du fait que les nouveaux dirigeants des États indépendants, civils et plus souvent militaires, demandaient aux anciennes métropoles et aux organisations internationales de les soutenir, notamment par des ventes d&#8217;armement et par une assistance financière durable. Et tous les occidentaux s&#8217;y sont prêtés, surtout dans les années 1960/1990 quand nombre de régimes révolutionnaires se tournaient vers l&#8217;URSS et Cuba.</p>
<p> </p>
<p><span style="text-decoration: underline;">L&#8217;aide structurelle n&#8217;est pas un vecteur de développement économique.</span></p>
<p> </p>
<p>          Lord Peter Bauer <strong>(6)</strong>, il y a un quart de siècle, avait proposé l&#8217;interprétation suivante : « L&#8217;Occident n&#8217;a pas provoqué les famines du tiers monde, car elles se sont produites dans des régions qui n&#8217;avaient pratiquement pas de commerce extérieur&#8230; Si l&#8217;on tentait de secourir en permanence la population à coup de dons gouvernementaux de l&#8217;Occident, tout effort d&#8217;y développer une agriculture viable se trouverait inhibé&#8230; L&#8217;Occident a réellement contribué à la pauvreté du tiers monde et cela de deux façons. D&#8217;abord, le comportement de l&#8217;Occident a beaucoup fait pour politiser le tiers monde. À la fin de la domination coloniale britannique, les interventions gouvernementales limitées furent abandonnées pour des contrôles officiels étroits sur la vie économique et les nouveaux États indépendants se virent présenter un cadre tout préparé pour des économies contrôlées par les gouvernements, voire pour instaurer un système totalitaire. L&#8217;aide officielle occidentale a également servi à politiser la vie dans le tiers monde. Deuxièmement, les contacts avec l&#8217;Occident ont contribué au déclin très prononcé de la mortalité, qui est à la base du rapide accroissement de la population et a permis à bien plus de pauvres de survivre ».</p>
<p>          <strong>L&#8217;aide publique au développement atteignait 80 milliards de dollars en 2004 ; l&#8217;Afrique en recevait un tiers : 25 MM$.</strong> Il est trop facile de dire que c&#8217;est trop peu (0.25 % de nos richesses) et qu&#8217;il faudrait transférer deux fois plus. Ces ressources nourriraient davantage de corruption et non le développement économique. Périodiquement, on demande de doubler le montant de cette aide, les organisations internationales en font un objectif pour le millénaire et les militants revendiquent pour l&#8217;Afrique un nouveau « Plan Marshall ». Mais réfléchissons, l&#8217;Afrique a reçu pendant 45 ans plus de mille milliards de dollars, pour quel résultat !</p>
<p>          Le transfert de ressources des contribuables occidentaux est en fait beaucoup plus important, car dans le même temps les gouvernements locaux empruntent massivement, à faible taux d&#8217;intérêt, aux organisations internationales et sur les marchés financiers. Comme les pays prêteurs ont coutume d&#8217;annuler périodiquement la dette des pays les plus pauvres, ces derniers empruntent à nouveau. La partie de l&#8217;assistance sans remboursement, qualifiée d&#8217;aide publique au développement, a très rarement servi au développement de ces pays. Ce pactole nourrit 40 à 60 % des dépenses budgétaires des pays bénéficiaires et souvent la moitié du revenu national. La plus grande partie de ces fonds est destinée au soutien budgétaire, ce qui est une incitation à pérenniser ou accroître le déficit des comptes publics.</p>
<p>          Il y a tant de donateurs : en moyenne 30 dans les nations d&#8217;Afrique et un nombre équivalent d&#8217;organisations non gouvernementales, que <strong>le programme des Nations Unies finit par reconnaître une véritable gabegie</strong> <strong>(7)</strong>. En Tanzanie l&#8217;administration est supposée contrôler 650 projets, qui bien souvent ont le même objet, et pour lesquels il faut rédiger des milliers de rapports et envoyer des centaines de missions. La coordination, l&#8217;évaluation, le suivi deviennent des missions impossibles tant pour le pays donateur que pour ce pays récepteur. <strong>On ne sait pas combien ces pays reçoivent</strong>, chaque donataire expédie des dizaines de missions dans 30 ou 40 pays et ces experts payés au « per diem » finissent par coûter très cher, mais ils remplissent les avions et les hôtels ! L&#8217;Union européenne ne fait pas mieux, elle remplit les avions : les chefs de projet changent tous les six mois, comme leurs interlocuteurs, et l&#8217;on reprend la procédure à 0. À quoi sert cette assistance ?  D&#8217;abord à payer les fonctionnaires et la solde des soldats, à satisfaire leur demande d&#8217;équipements militaires, puis à honorer les dépenses somptuaires des dirigeants. Or l&#8217;aide, le plus souvent bilatérale, est depuis longtemps liée aux exportations occidentales : denrées alimentaires subventionnées par l&#8217;Europe et produits manufacturés, souvent trop coûteux pour un pays pauvre. Quant aux projets de développement et aux aides structurelles aux réformes, ils restent dans les tiroirs à l&#8217;état de rapports.</p>
<p>          Quel est le pays africain qui a reçu l&#8217;assistance internationale la plus massive depuis 1960 ?<strong> L&#8217;</strong><strong>É</strong><strong>thiopie</strong>, suivie par <strong>le Soudan</strong>, ont reçu de l&#8217;Amérique et de l&#8217;URSS, de l&#8217;Europe et de la Banque mondiale et du Fonds Monétaire International, puis des ONG une assistance massive et stratégique, comme l&#8217;Afghanistan en Asie. Ces deux pays étaient cependant dirigés par des dictateurs sanguinaires et farouchement anti-occidentaux. Aujourd&#8217;hui le premier bénéficiaire est le Congo-Zaïre, suivi par la Tanzanie et toujours l&#8217;Éthiopie. Sont-ils plus démocratiques ? On pense certes aux opérations d&#8217;urgence et de secours face à la famine, aux massacres ethniques et à la compassion des associations humanitaires, ce n&#8217;est pas l&#8217;essentiel, il s&#8217;agit surtout d&#8217;aide liée au déversement des surplus agricoles occidentaux, des biens d&#8217;équipement et de confort et aux ventes d&#8217;armements. L&#8217;assistance internationale a pour principale conséquence de transformer l&#8217;Afrique en une immense caserne, où la principale activité consiste à détruire et tuer&#8230;  Dans les régimes militaires, l&#8217;aide alimentaire a été souvent détournée par l&#8217;armée et les équipes de secours des « french doctors » ont été régulièrement expulsées&#8230; Aucun de ces pays n&#8217;a présenté l&#8217;amorce d&#8217;un développement économique et d&#8217;une modernisation. Pourquoi ne pas aider les pays qui se redressent, font des réformes efficaces et luttent contre la corruption, au lieu de choisir les échecs les plus patents ? C&#8217;est un vieux dilemme de l&#8217;aide au tiers-monde, <strong>les pays riches n&#8217;ont pas le courage de choisir les bons élèves, ils prennent les plus mauvais !</strong></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>AIDE PUBLIQUE AU DÉVELOPPEMENT EN 2003</p>
<p>Millions de dollars</p>
<table border="1" cellspacing="0" cellpadding="0">
<tbody>
<tr>
<td width="154" valign="top">Pays</td>
<td width="154" valign="top">Montant</td>
<td width="154" valign="top">Indice de transparence</td>
<td width="154" valign="top">Rang sur 44 pays africains</td>
</tr>
<tr>
<td width="154" valign="top">Congo-Zaïre</td>
<td width="154" valign="top">5.381,0</td>
<td width="154" valign="top">2.1</td>
<td width="154" valign="top">36</td>
</tr>
<tr>
<td width="154" valign="top">Tanzanie</td>
<td width="154" valign="top">1.669,3</td>
<td width="154" valign="top">2.9</td>
<td width="154" valign="top">14</td>
</tr>
<tr>
<td width="154" valign="top">Éthiopie</td>
<td width="154" valign="top">1.504,4</td>
<td width="154" valign="top">2.2</td>
<td width="154" valign="top">33</td>
</tr>
<tr>
<td width="154" valign="top">Mozambique</td>
<td width="154" valign="top">1.032,8</td>
<td width="154" valign="top">2.8</td>
<td width="154" valign="top">8</td>
</tr>
<tr>
<td width="154" valign="top">Ouganda</td>
<td width="154" valign="top">959,4</td>
<td width="154" valign="top">2.5</td>
<td width="154" valign="top">27</td>
</tr>
<tr>
<td width="154" valign="top">Ghana</td>
<td width="154" valign="top">906.7</td>
<td width="154" valign="top">2.5</td>
<td width="154" valign="top">27</td>
</tr>
<tr>
<td width="154" valign="top">Égypte</td>
<td width="154" valign="top">893,8</td>
<td width="154" valign="top">3.4</td>
<td width="154" valign="top">8</td>
</tr>
<tr>
<td width="154" valign="top">Cameroun</td>
<td width="154" valign="top">883,9</td>
<td width="154" valign="top">2.2</td>
<td width="154" valign="top">38</td>
</tr>
<tr>
<td width="154" valign="top">Afrique du Sud</td>
<td width="154" valign="top">624,9</td>
<td width="154" valign="top">4.5</td>
<td width="154" valign="top">3</td>
</tr>
<tr>
<td width="154" valign="top">Soudan</td>
<td width="154" valign="top">621,3</td>
<td width="154" valign="top">2.1</td>
<td width="154" valign="top">36</td>
</tr>
<tr>
<td width="154" valign="top">Zambie</td>
<td width="154" valign="top">560,0</td>
<td width="154" valign="top">2.6</td>
<td width="154" valign="top">24</td>
</tr>
<tr>
<td width="154" valign="top">Madagascar</td>
<td width="154" valign="top">539,5</td>
<td width="154" valign="top">2.8</td>
<td width="154" valign="top">18</td>
</tr>
<tr>
<td width="154" valign="top">Mali</td>
<td width="154" valign="top">527,6</td>
<td width="154" valign="top">2.9</td>
<td width="154" valign="top">14</td>
</tr>
<tr>
<td width="154" valign="top">Maroc</td>
<td width="154" valign="top">522,8</td>
<td width="154" valign="top">3.2</td>
<td width="154" valign="top">11</td>
</tr>
<tr>
<td width="154" valign="top">Angola</td>
<td width="154" valign="top">498,7</td>
<td width="154" valign="top">2.0</td>
<td width="154" valign="top">40</td>
</tr>
<tr>
<td width="154" valign="top">Malawi</td>
<td width="154" valign="top">497,9</td>
<td width="154" valign="top">2.8</td>
<td width="154" valign="top">18</td>
</tr>
<tr>
<td width="154" valign="top">Kenya</td>
<td width="154" valign="top">483,5</td>
<td width="154" valign="top">2.1</td>
<td width="154" valign="top">36</td>
</tr>
<tr>
<td width="154" valign="top">Niger</td>
<td width="154" valign="top">453,3</td>
<td width="154" valign="top">2.4</td>
<td width="154" valign="top">29</td>
</tr>
<tr>
<td width="154" valign="top">Burkina</td>
<td width="154" valign="top">451,1</td>
<td width="154" valign="top">3.4</td>
<td width="154" valign="top">8</td>
</tr>
<tr>
<td width="154" valign="top">Sénégal</td>
<td width="154" valign="top">449,6</td>
<td width="154" valign="top">3.2</td>
<td width="154" valign="top">11</td>
</tr>
<tr>
<td width="154" valign="top">Rwanda</td>
<td width="154" valign="top">331,6</td>
<td width="154" valign="top">3.1</td>
<td width="154" valign="top">13</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p>Source : Rapport du PNUD pour 2005 et Rapport sur la corruption de « Transparency International » pour 2005, 10 oct. 2005</p>
<p>Note : l&#8217;indice de transparence s&#8217;échelonne entre 9.7 pour l&#8217;Islande, premier, et 1.7 pour le Tchad, dernier.</p>
<p> </p>
<p>          On remarque que l&#8217;Afrique orientale anglophone, du nord au sud, a reçu l&#8217;aide la plus massive, il n&#8217;est pas inutile de préciser que les ventes d&#8217;armement y sont particulièrement importantes et que la contrebande des armes y est très intense. Ces pays ne sont pas nécessairement plus corrompus qu&#8217;en Afrique de l&#8217;Ouest, mais les circuits officiels et clandestins nourrissent un volume croissant de transactions. La corruption perçue par les milieux d&#8217;affaires est particulièrement forte au Soudan, en Éthiopie, et en Angola, elle n&#8217;en est pas moins généralisée dans les pays exploitant la rente du pétrole ou des diamants et même dans des pays tels que l&#8217;Afrique du Sud, le Maroc, l&#8217;Algérie, le Nigeria ou l&#8217;Égypte.</p>
<p>          L&#8217;Afrique est une région pauvre et corrompue. Sa pauvreté est attestée par la faiblesse des revenus moyens plus particulièrement dans les zones rurales et les bidonvilles. Son degré de corruption doit être confronté à celui de l&#8217;Asie du Sud et de l&#8217;Amérique du Sud, où la corruption était beaucoup plus étendue il y a une génération. Les guerres interafricaines, la succession des coups d&#8217;État, le rôle prédominant de l&#8217;armée et les effets pervers de l&#8217;aide étrangère ont joué un rôle déterminant. Il suffit de rappeler qu&#8217;au sud du Sahel saharien la moitié des États sont confrontés à des guerres intestines, l&#8217;autre moitié étant riveraine de ces pays sert de refuge aux civils et aux mouvements insurrectionnels ; leur militarisation est inéluctable. Il faut alors une très solide tradition démocratique, comme jadis le Costa-Rica aux frontières du Nicaragua, pour préserver l&#8217;État de Droit.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>2. LA PRESSION DÉMOGRAPHIQUE</strong></p>
<p> </p>
<p><span style="text-decoration: underline;">L&#8217;hétérogénéité du continent africain.</span></p>
<p> </p>
<p>          L&#8217;Afrique est un continent bien délimité par les mers, le détroit de Gibraltar et le canal de Suez.</p>
<p>          L&#8217;Afrique était peuplée de <strong>25 millions d&#8217;habitants en 1600</strong>, il y a un siècle sa population était estimée à 130 millions d&#8217;habitants. <strong>Elle est aujourd&#8217;hui (2006) plus peuplée (920 millions d&#8217;habitants) que l&#8217;Europe ou l&#8217;Amérique latine.</strong> Ce peuplement devrait approcher d&#8217;un milliard d&#8217;habitants au milieu de 2007 et pourrait atteindre 1.3 milliard d&#8217;habitants en 2025 et 1.8 milliard en 2050, si elle n&#8217;était pas confrontée à de multiples fléaux sanitaires.</p>
<p>          Or certaines Organisations Internationales (UNESCO, FAO, OMS) ont regroupé dans la zone Méditerranée du Sud et Moyen Orient l&#8217;Afrique du Nord (77 M hab), et en outre l&#8217;Égypte (72Mh), l&#8217;Éthiopie (71 Mh) et le Soudan (38 Mh) (près de 270 millions d&#8217;habitants). Dès lors l&#8217;apparence de l&#8217;Afrique subsaharienne semble ainsi contenue à 650 millions d&#8217;habitants. Cependant les 120 millions d&#8217;habitants du Soudan et de l&#8217;Éthiopie sont parmi les plus pauvres du continent et ne sauraient être rattachés au monde méditerranéen.</p>
<p>          Le nord du continent est si différent de la zone sub-saharienne. Dans les cinq pays du Maghreb, les niveaux de vie, états de santé et niveaux d&#8217;éducation sont beaucoup plus avancés.</p>
<p>          Au sud, prédomine l&#8217;hétérogénéité sanitaire, culturelle, ethnique, linguistique, religieuse et bien sûr économique.</p>
<p>          Est-ce à dire que l&#8217;Afrique sub-saharienne soit homogène ? Non. Les pays les plus pauvres du monde sont disséminés au long de la ceinture sahélienne et de la côte orientale, mais certains ont été enrichis par le pétrole, et une région industrielle avancée s&#8217;était formée en Afrique australe.</p>
<p> </p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Trois vulnérabilités</span></p>
<p> </p>
<p>          L&#8217;accroissement de la population ne saurait par lui-même constituer un obstacle au développement économique, comme l&#8217;a courageusement analysé le démographe Jean Claude Chesnay <strong>(8)</strong>. L&#8217;accroissement de la population n&#8217;est pas la cause première du déclin économique de l&#8217;Afrique. Si la population de l&#8217;Algérie avait augmenté de 1% par an depuis 1980, cela aurait-il évité l&#8217;émergence de la guerre civile, le chômage et la pénurie ? En revanche, la stagnation ou le déclin démographique sont le prélude de la sclérose et de la régression économique, nous le savons bien en Europe. En Amérique du Nord, l&#8217;immigration et le dynamisme démographique ont accompagné au cours des deux derniers siècles une expansion économique exceptionnelle. En Amérique du Sud, le Brésil et le Mexique ont connu une explosion démographique au cours des années 1940-1975 qui n&#8217;a aucunement fait obstacle à leur croissance économique et à leur modernisation.</p>
<p>          Alors pourquoi en Afrique, surtout au sud su Sahara, l&#8217;explosion démographique actuelle a-t-elle contribué à bloquer le développement de leur économie ? Il semble que trois vulnérabilités particulières font obstacle au développement et à la modernisation. D&#8217;abord la « pression démographique » doit être rapportée à l&#8217;environnement et à l&#8217;habitabilité du territoire : quand celle-ci est très limitée, un surcroît de densité sur des territoires peu fertiles suffit à susciter la paupérisation des résidents. En second lieu, un accroissement naturel très rapide et de très hautes fécondités réduisent inéluctablement les ressources disponibles des familles, d&#8217;autant plus que la charge croissante des enfants et adolescents pèse sur une population étroite d&#8217;adultes disposant d&#8217;emplois. Enfin surgit un troisième obstacle, l&#8217;accélération des courants migratoires : exode rural vers les villes, émigration vers l&#8217;étranger et surtout renforcement des migrations intra-africaines, induites par les conflits ethniques et les guerres.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>La pression démographique et les conflits de densité de peuplement</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>          Au regard de l&#8217;Asie ou de l&#8217;Europe, l&#8217;Afrique est apparemment encore sous-peuplée, car sa densité globale reste faible. Et cependant elle est passée de 4 à 30 habitants au kilomètre carré au cours du dernier siècle. Cette densité moyenne englobe le Sahara et les zones arides qui occupent la plus grande partie du continent et <strong>les zones littorales où</strong> <strong>la densité réelle est de 100 à 300 habitants au kilomètre carré, par exemple en Afrique du Nord.</strong> La plupart des peuples limitrophes des zones de désert et de savane vivent dans des régions où la densité reste de quelques habitants au kilomètre carré. Des pays peuplés de moins de 10 millions d&#8217;habitants se juxtaposent sur les côtes, peut-on parler de pression démographique alors qu&#8217;ils ont au nord de vastes territoires inoccupés ? <strong>Tout dépend de l&#8217;accessibilité et de l&#8217;habitabilité :</strong> installer des millions d&#8217;habitants le long du Congo supposerait des voies d&#8217;accès, peupler le désert et la savane au sud du fleuve Niger supposerait des aménagements à la portée de l&#8217;Arabie Saoudite. Certes le Nigeria très peuplé et dense (145 hab./km2) parvient à renforcer les densités agraires des provinces du nord (70 hab./km2 dans les provinces de Kebbi et Borno et 500hab/km2 dans la région urbanisée de Kano), mais ces régions sont plus arrosées que le nord de la Côte d&#8217;Ivoire (0.5 h/km2) ou du Bénin (0.6 h/km2).</p>
<p>          <strong>Les polémologues ont souvent tenté d&#8217;interpréter l&#8217;histoire des guerres et des invasions par les divergences de pression démographique :</strong> tantôt le vide démographique attire la contrée surpeuplée, tantôt à l&#8217;inverse le pays vide attaque son voisin surpeuplé ! Il est inéluctable que la juxtaposition entre régions frontalières où coexistent les mêmes ethnies soit génératrice de conflits armés, quand une région surpeuplée se déverse sur un pays voisin sous-peuplé ou quand la région la plus pauvre s&#8217;exile vers la région la plus riche. Ces conflits potentiels sont multiples en Afrique, au Darfour, au Liberia, au Rwanda, en Ouganda ou au Congo et tout autour des Grands Lacs, où se localisent des pays enclavés dont la densité est de 200 habitants au kilomètre carré, aux portes d&#8217;États géants, dont les régions périphériques hébergent 10 habitants au kilomètre carré. L&#8217;Afrique de l&#8217;Ouest francophone et le Cameroun observent avec fascination et inquiétude le Nigeria.</p>
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<p>Écarts de population et de densité en 2003</p>
<table border="1" cellspacing="0" cellpadding="0">
<tbody>
<tr>
<td width="319" valign="top">Pays</td>
<td width="90" valign="top">Population (Mh)</td>
<td width="205" valign="top">Densité (h/km2)</td>
</tr>
<tr>
<td width="319" valign="top">Nigeria</td>
<td width="90" valign="top">140</td>
<td width="205" valign="top">145</td>
</tr>
<tr>
<td width="319" valign="top">Bénin</td>
<td width="90" valign="top">7</td>
<td width="205" valign="top">62</td>
</tr>
<tr>
<td width="319" valign="top">Cameroun</td>
<td width="90" valign="top">16</td>
<td width="205" valign="top">33</td>
</tr>
<tr>
<td width="319" valign="top">Niger</td>
<td width="90" valign="top">12</td>
<td width="205" valign="top">9</td>
</tr>
<tr>
<td width="319" valign="top">Tchad</td>
<td width="90" valign="top">9</td>
<td width="205" valign="top">7</td>
</tr>
</tbody>
</table>
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<p><strong> </strong></p>
<p><strong>La persistance de très hautes fécondités</strong></p>
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<p>&lt;!&#8211;[if !vml]&#8211;&gt;        En Afrique le taux de natalité est en moyenne de 38 °/°° et le taux de mortalité de 14 °/°°, donc le taux d&#8217;accroissement naturel, qui a sensiblement décliné depuis 10 ans, est seulement de 2,4 % par an. Cependant l&#8217;accroissement de la population est en fait beaucoup plus rapide pour les pays qui reçoivent l&#8217;afflux de réfugiés des pays voisins. En contrepartie, l&#8217;exode des africains vers les pays voisins ou vers l&#8217;Europe soulage la pression démographique. Le nombre moyen d&#8217;enfants par femme féconde est de 5.2. <strong>Au Nigeria il naît chaque année 5.5 millions d&#8217;enfants, dans l&#8217;Union européenne 4.7, en Ouganda 1.1 million, autant qu&#8217;au Japon !</strong> L&#8217;Afrique n&#8217;en reste pas moins la région du monde de plus haute fécondité et de plus forte mortalité. En Asie la natalité et la mortalité sont deux fois plus faibles, l&#8217;indice synthétique de fécondité se rapproche de 2 enfants ou devient comme en Chine inférieur au taux de remplacement. Cependant toute l&#8217;Afrique ne suit pas cette tendance : en Afrique du Nord la transition démographique est amorcée depuis une génération, au Maroc par exemple l&#8217;indice de fécondité est de 2.7. &lt;!&#8211;[endif]&#8211;&gt;</p>
<p>          La région des très hautes fécondités est localisée en Afrique centrale et orientale et dans l&#8217;Afrique sahélienne, on y observe des taux de natalité de 45 à 50 °/°° et des indices de fécondité de 5 à 7. La mortalité qui a considérablement augmenté a le plus souvent retrouvé les niveaux antérieurs à 1960, soit 25 à 30 °/°°, ce qui n&#8217;empêche pas la population de doubler en 25 à 30 ans. La mortalité infantile, qui est de 4 °/°° en France, fluctue entre 100 et 200 °/°°, alors qu&#8217;elle est de 30 °/°° en Amérique du Sud. Et pourtant la population des jeunes enfants et des adolescents alimentée par de si hautes fécondités continue de s&#8217;élargir. Par voie de conséquence, <strong>la population rajeunit à chaque génération</strong> : les moins de 15 ans représentent souvent la moitié du peuplement et les adultes jeunes, rarement pourvus d&#8217;un emploi, sont décimés par l&#8217;épidémie de sida et forment les principaux candidats au départ pour l&#8217;étranger.</p>
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<p><strong>Permanence et renforcement des migrations intra africaines</strong></p>
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<p>          Les flux migratoires internationaux ont sextuplé au cours de la dernière génération, ils étaient évalués en 2005 à 200 millions de personnes. Or l&#8217;Europe et l&#8217;Amérique pensent surtout à l&#8217;afflux des immigrants provenant du tiers monde et de l&#8217;Afrique en particulier. Cependant, sur les 20 millions de réfugiés enregistrés aux frontières et les 30 millions d&#8217;exilés clandestins, il faut prendre conscience du fait que la majorité d&#8217;entre eux fuient les guerres civiles et les persécutions et se réfugient dans les pays voisins, en Asie et surtout en Afrique. Les migrations transafricaines ont très fortement déstabilisé les pays riverains des zones de chaos, par exemple aux frontières du Soudan, du Congo, ou de la Côte d&#8217;Ivoire. Ces pays riverains sont souvent les plus pauvres. Ils doivent accueillir brusquement plusieurs millions de personnes dans les camps de réfugiés, ce qui amplifie les tensions ethniques, religieuses, politiques et économiques.</p>
<p>          Les observateurs de l&#8217;Afrique et géopoliticiens ont remarqué que l&#8217;Afrique est de loin <strong>le continent affecté par les flux migratoires interétatiques les plus intenses</strong>. Ces exodes et migrations ont existé bien avant l&#8217;instauration de frontières entre les nations. Les déplacements de population accompagnèrent le nomadisme des tribus, le recours à l&#8217;esclavage, les razzias et les guerres&#8230;</p>
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<p><span style="text-decoration: underline;">L&#8217;emprise durable de l&#8217;esclavage et de la traite des noirs.<br />
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<p><span style="text-decoration: underline;"><br />
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<p>          L&#8217;inventaire d&#8217;Olivier Pétré Grenouilleau <strong>(9)</strong>, nous rappelle que, précédant la traite atlantique vers les Amériques, l&#8217;histoire de l&#8217;Afrique et l&#8217;expansion du monde musulman depuis le moyen âge furent étroitement associées à l&#8217;esclavage et à la traite des noirs. Trois traites ont marqué l&#8217;histoire de l&#8217;Afrique.</p>
<p>          La plus ancienne, la <strong>traite orientale des arabes</strong>, accompagne l&#8217;expansion de l&#8217;Islam dès le VIe siècle, elle suivait deux orientations géographiques <strong>(10)</strong>, la traite orientale expédiait de la côte orientale les esclaves vers l&#8217;Égypte et le Proche Orient et la traite saharienne remontait le Sahel vers l&#8217;Afrique du Nord et l&#8217;empire ottoman. L&#8217;expansion musulmane en Afrique du Nord débuta dès les premiers Califats, pour s&#8217;étendre rapidement aux voies de pénétration transsahariennes, vers l&#8217;Afrique orientale et occidentale <strong>(11)</strong>. Près de 6000 captifs par an ont été ainsi capturés entre le septième et le quatorzième siècle, ceux-là ont suivi la route transsaharienne vers les marchés d&#8217;Algérie, de Libye, d&#8217;Égypte et de l&#8217;Arabie. Ce trafic s&#8217;est poursuivi et même intensifié du XVIe au XIXe siècle. En 1830, lors de la conquête française <strong>(12)</strong>, l&#8217;Algérie ottomane était depuis longtemps une contrée vivant de la piraterie de haute mer, de la prise d&#8217;otage et de rançons, les captifs étant réduits en esclavage. Les captifs occidentaux étaient une source de profit s&#8217;ajoutant à la vente des esclaves noirs de la traite sahélienne. Enfin il ne faut pas oublier que les caravaniers, les responsables des razzias et les marchands d&#8217;esclaves arabes ont joué un rôle essentiel dans l&#8217;approvisionnement en esclaves des ports négriers de la traite atlantique et que l&#8217;esclavage persiste en Afrique, surtout dans les nations islamiques, par exemple au Soudan ou en Mauritanie&#8230;</p>
<p> </p>
<p>          La <strong>traite occidentale</strong> des Européens, qualifiée de <strong>traite atlantique</strong>, fut dirigée vers l&#8217;Amérique, surtout vers le Brésil et les Caraïbes et vers le sud des États-Unis, elle s&#8217;accompagnait d&#8217;une lourde mortalité (10%) lors des convois et des transports négriers. Elle a probablement représenté 40 à 50% du trafic des esclaves, soit 10 à 12 millions de captifs. Ce trafic a culminé au XVIIIe siècle et dans la première moitié du XIXe siècle tant que les débouchés des plantations de coton, de tabac, de canne à sucre et de café furent très rentables ; elles exigèrent une forte main d&#8217;œuvre et semblaient interdire la mécanisation. Le « cycle » du café succéda à celui du sucre au Brésil, mais les plantations se déplacèrent vers des régions d&#8217;immigration et des exploitations non esclavagistes. L&#8217;arrêt du trafic des esclaves entre 1815 et 1840, même au Brésil, la victoire du nord sur le sud aux États-Unis (1862) puis l&#8217;abolition de l&#8217;esclavage parfois très tardive (1888 au Brésil) mirent fin à la traite occidentale. Le triomphe de la cause abolitionniste fut incontestablement celui de l&#8217;éthique occidentale, mais beaucoup d&#8217;historiens de l&#8217;économie estiment que la plantation esclavagiste n&#8217;était plus rentable&#8230; On ne doit pas oublier le rôle prédateur que les Américains et les Européens (Anglais, Espagnols, Portugais, Français et autres nationalités) ont exercé en Afrique, avant même les conquêtes coloniales. Et pourtant d&#8217;autres traites ne suscitaient guère de remords.</p>
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<p>          Il faut y ajouter les <strong>traites interafricaines internes</strong> d&#8217;esclaves restés en Afrique noire. La violence et l&#8217;insécurité ont entouré la vie des communautés africaines pendant plus d&#8217;un millénaire, bien avant que ne soit mise en place la déportation des esclaves vers les Amériques, puis la conquête des puissances coloniales européennes. La création des comptoirs sur les côtes attira les populations de l&#8217;intérieur vers les ports et les villes. Mais à la différence de l&#8217;Amérique du Sud où, sauf au Mexique et au Pérou, l&#8217;intérieur du continent était à peine peuplé, en Afrique la région des lacs avait déjà de fortes densités, elle constituait une réserve inépuisable pour les marchands d&#8217;esclaves. Les guerres entre royaumes et chefferies et les itinéraires de la traite des noirs induisaient des mouvements permanents d&#8217;exode. L&#8217;absurdité des frontières héritées de la colonisation européenne a depuis séparé de nombreuses ethnies qui sont incitées à se regrouper pour préserver leurs coutumes, leurs langues et leurs valeurs culturelles.</p>
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<p><span style="text-decoration: underline;">L&#8217;intensification des migrations transfrontalières.<br />
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<p>          Les peuples des zones arides ont émigré vers les zones alluviales fertiles et les côtes maritimes et surtout <strong>l&#8217;exode rural</strong> a nourri le courant le plus puissant d&#8217;émigration. Les premiers villageois installés à la périphérie des capitales sont progressivement rejoints par leur parentèle, leur clan ou leur tribu. L&#8217;Afrique est aujourd&#8217;hui parsemée de grandes villes et d&#8217;agglomérations millionnaires : plus elles sont grandes plus elles croissent rapidement. Comme en Amérique latine, il y a une génération, elles doublent en 10 ou 15 ans et les nouveaux venus doivent s&#8217;entasser à la périphérie dans les bidonvilles. L&#8217;agglomération de Lagos approche de 11 millions d&#8217;habitants. À Johannesburg, au Caire ou à Casablanca, Lagos, Kinshasa, Dakar 30 à 50 % des habitants survivent dans les bidonvilles.</p>
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<p>          D&#8217;autres sont purement et simplement chassés de leurs terres par l&#8217;incursion des troupes armées. <strong>Les guerres intra africaines</strong> des deux dernières décennies ont accéléré le mouvement, quand brusquement des centaines de milliers de réfugiés ont afflué vers les camps de secours des pays voisins. En fait le mouvement est ancien et permanent : il suit les routes transafricaines et l&#8217;exode des civils expulsés et pourchassés par les soldats et les guérilleros. Les enfants orphelins ou arrachés à leurs parents sont alors recrutés par les seigneurs de la guerre pour combattre.</p>
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<p>          Enfin il existe une <strong>migration économique</strong>, celle d&#8217;une population excédentaire qui ne peut trouver sur place un gagne-pain, ce sont les candidats à l&#8217;émigration officielle ou clandestine vers l&#8217;Europe ou le Moyen Orient. Tous ces exodes, quelle qu&#8217;en soit la cause, ont pour effet de renforcer la dépendance des gouvernements locaux à l&#8217;égard de l&#8217;assistance étrangère.</p>
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<p><strong>3. VIOLENCE, GUERRE ET INS</strong><strong>É</strong><strong>CURIT</strong><strong>É</strong></p>
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<p><strong>            Depuis 1945, deux cents guerres se sont succédées, en moyenne 30 à 50 chaque année</strong>. Le théâtre des opérations fut d&#8217;abord l&#8217;Europe centrale lors de la mise en place du « rideau de fer », puis celui de l&#8217;Asie, du Moyen Orient et de l&#8217;Afrique, impliquant les puissances occidentales lors de la décolonisation et relayées par les États-Unis. Ces guerres confrontant les États entre des forces d&#8217;occupation et des forces de résistance ont progressivement cédé la place à des guerres civiles intestines, souvent soutenues par les pays voisins, et des mouvements de sécession. En Occident les démocraties ne se sont plus opposées entre elles par les armes ; tous ces conflits armés actuels opposent des régimes civils ou militaires rarement démocratiques à des mouvements insurrectionnels dont les objectifs sont antidémocratiques.</p>
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<p>          Depuis 1960 en Afrique plus de 8 millions de personnes sont décédées des conséquences de la guerre, les deux tiers étant des civils, ces conflits se sont intensifiés et multipliés à partir de 1980. Le nombre des blessés graves et handicapés n&#8217;est pas identifié, mais il est toujours un multiple des pertes civiles et militaires. Des millions de personnes ont perdu leur maison et tous leurs biens et se sont trouvées condamnées à quitter leur terroir. <strong>Pendant les années 1990 l&#8217;Afrique a concentré la moitié des conflits identifiés dans le monde</strong>, mais depuis l&#8217;an 2000, un certain nombre de conflits se sont arrêtés ou apaisés, au Mozambique et en Angola, en Éthiopie, au Liberia et en Sierra Leone, et même au Congo, si bien que l&#8217;Afrique ne rassemble plus que le tiers des conflits. Cependant d&#8217;autres conflits sont apparus au Darfour, en Côte d&#8217;Ivoire et au Togo, et les grands conflits de la Corne de l&#8217;Afrique et de la zone des Grands Lacs restent présents. Par voie de conséquence, l&#8217;Afrique, au regard des autres continents, reste une région marquée par la violence, l&#8217;instabilité politique, les viols et prises d&#8217;otages, les affrontements armés, les massacres interethniques et l&#8217;insécurité de la vie quotidienne.</p>
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<p><strong>L&#8217;instabilité politique</strong></p>
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<p>          La plupart des pays africains aux lendemains de l&#8217;indépendance avaient préservé l&#8217;ordre public et instauré des régimes politiques qui apparaissaient stables. C&#8217;était particulièrement vrai dans l&#8217;Afrique noire francophone où l&#8217;indépendance avait été acquise sans guerre et où les premiers dirigeants avaient instauré des régimes politiques présidentiels, même si les élections revêtaient souvent une apparence plébiscitaire. Cette stabilité au Sénégal, en Côte d&#8217;Ivoire et au Cameroun permit souvent de préserver l&#8217;expansion économique. Puis les leaders historiques ont disparu, les partis uniques se sont renforcés, la guerre froide guida maints opposants vers une voie révolutionnaire. Les nouveaux dirigeants, souvent issus des cadres de l&#8217;armée, prirent le pouvoir pour créer des régimes autoritaires, voire totalitaires. Ils éliminèrent les opposants, qui souvent partaient se former à Moscou ou Pékin. La lutte pour le pouvoir en fut exacerbée et dégénéra souvent en guerre civile. Le paradoxe de cette dérive vers les régimes autoritaires est que, loin d&#8217;assurer les nouveaux maîtres d&#8217;un État fort, l&#8217;accoutumance au coup d&#8217;état finit par engendrer un véritable chaos politique. Les « dictateurs » ne régnaient que sur une partie du pays, les missions de service public n&#8217;étaient plus assurées, les transports devenaient plus dangereux, les hôpitaux et les écoles ne pouvaient plus assurer leur mission.</p>
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<p>          <strong>L&#8217;instabilité politique a-t-elle augmenté au cours des 10 dernières années</strong> ? En apparence, l&#8217;Afrique du Nord est stable, aucun régime n&#8217;est tombé par l&#8217;effet d&#8217;un coup d&#8217;état, et beaucoup de dirigeants d&#8217;Afrique noire sont en place depuis longtemps. Cependant il faut se méfier d&#8217;un piège qui consisterait, lors des successions d&#8217;État, à prendre pour une réalité démocratique les élections qui ont porté au pouvoir le principal opposant supposé démocrate ou d&#8217;anciens dictateurs protégés par tel ou tel pays européen. Le clan est bien souvent le même, quand il change il faut s&#8217;attendre à des massacres. On saluera les élections du Nigeria, de l&#8217;Ouganda, du Liberia, ou demain celles du Gabon, du Congo, sans pouvoir mesurer les progrès de la tolérance et de l&#8217;intégrité. Un second piège est de confondre la stabilité politique avec celle des institutions. Ce qui compte est de savoir si le système est bon ou mauvais. La Banque Mondiale <strong>(13)</strong> en prend conscience : la solidité des institutions politiques et économiques ne suffit pas à déclencher l&#8217;essor économique et le progrès, tout dépend du choix des leviers du changement : libéralisation commerciale, choix du taux de change, statut des investissements étrangers, liberté de la création d&#8217;entreprise.</p>
<p> </p>
<p>          <strong>Le chaos politique est incontestablement l&#8217;obstacle majeur au développement</strong>. Des situations similaires sont apparues en Afghanistan, au Cambodge et au Liban ou lors de l&#8217;éclatement des fédérations d&#8217;États, en URSS et surtout en Yougoslavie. Or l&#8217;Afrique est une zone géographique où règne bien souvent le chaos politique, quand les États sont en faillite <strong>(14)</strong> (« <em>failed States</em> »), par exemple au Liberia, en Sierra Leone, en Côte d&#8217;Ivoire, et ce qui est plus important dans de grands pays tels que le Congo ou durant plus d&#8217;une décennie au Nigeria. Tout est désorganisé, les transports, l&#8217;administration, la justice, les écoles, les hôpitaux et surtout la protection des citoyens. Dans ces situations, la conjoncture économique devient secondaire et l&#8217;expansion ne peut être qu&#8217;un artifice. La hausse récente des cours des métaux et l&#8217;envol des cours du pétrole ne créent pas nécessairement une meilleure conjoncture, car la plupart des pays africains en sont importateurs net. À court terme, les mécanismes économiques et financiers ont parfois l&#8217;apparence de l&#8217;irrationalité et l&#8217;expansion économique coexiste avec le chaos politique. Cependant, à long terme l&#8217;instabilité politique et le non respect des engagements des gouvernements antérieurs ou la multiplication des spoliations génèrent la fuite des élites, des étrangers et des capitaux, bref des ceux qui créent les richesses.</p>
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<p>          Qui peut garantir à l&#8217;exploitant d&#8217;une ferme en Afrique australe le maintien de son activité ? Qu&#8217;il soit européen, indien, métisse, et même Zoulou ou Xhosa, sa ferme peut être envahie du jour au lendemain. Qui peut garantir au Français, au Voltaïque, Dahoméen, Guinéen que son entreprise de Bouaké ne sera pas détruite demain ? L&#8217;application des lois, le respect des engagements contractuels, la continuité des services publics et de l&#8217;administration sont les fondements de l&#8217;ordre économique, sans lesquels le chef d&#8217;entreprise et le commerçant ne peuvent plus exercer leur métier, sinon dans les activités clandestines. Quand la justice et la police sont corrompues, quand l&#8217;armée, les milices armées et les bandes criminelles peuvent dicter leur loi, il n&#8217;y a plus de recours. La démocratie repose sur la loi de la majorité et le respect de l&#8217;opposition ; elle restera longtemps une illusion en Afrique où le pouvoir accaparé par un clan ne peut être partagé. Quand l&#8217;état de droit n&#8217;existe pas ou n&#8217;existe plus depuis plusieurs décennies, quand toute l&#8217;administration est corrompue, la population finit par se résigner, n&#8217;aspirant qu&#8217;au rétablissement de l&#8217;ordre public et à un régime autoritaire. C&#8217;est ainsi que les démocraties finissent. Même aujourd&#8217;hui, les Argentins et les Brésiliens sont de plus en plus nombreux à souhaiter la fin de la démocratie, alors en Afrique !</p>
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<p>          À l&#8217;approche de chaque échéance électorale, le pouvoir en place et le chef d&#8217;État, assurent que les opposants représentent le parti de l&#8217;étranger, ils sont interdits de compétition et souvent éliminés, de telle sorte que le renouvellement du mandat soit assuré. Cependant les dissensions de l&#8217;armée, du parti, voire de la parentèle du Président entretiennent les complots. A la différence des régimes autoritaires latino-américains des années 1970, les dictatures africaines sont toujours vulnérables et ne parviennent pas à garantir une stratégie cohérente. <strong>Le chaos politique s&#8217;enracine et la fin de la dictature ouvre souvent la porte à plus de désordres dans les transitions démocratiques</strong>. L&#8217;évaluation des progrès vers une meilleure gouvernance, une plus grande intégrité ou un ordre juridique équitable est un exercice bien difficile pour les organisations internationales et les pays occidentaux, car ces progrès sont le plus souvent des effets d&#8217;annonce destinés à les amadouer. Affirmer que l&#8217;Éthiopie, la Tanzanie, le Soudan, le Congo sont devenus plus fiables, surprend car les agences internationales de notation des risques sont toujours fort sceptiques.</p>
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<p><strong>La prolifération des guerres civiles</strong></p>
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<p>          La multiplication et contagion des guerres civiles en Afrique noire semble à première vue découler de l&#8217;hétérogénéité ethnique du continent. Cette interprétation doit être doublement nuancée.</p>
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<p>          1. Tout d&#8217;abord, <strong>l&#8217;affrontement ethnique ou religieux</strong> <strong>peut devenir une source de conflit armé perpétué et de régression avérée</strong>, et la région devient un nouveau « Liban ».</p>
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<p>En Amérique centrale et dans les Caraïbes, les conflits ethniques avaient alimenté la fièvre révolutionnaire il y a un tiers de siècle, par exemple au Nicaragua et au Salvador. En effet, leur population est plus hétérogène que dans les sociétés métisses du Brésil ou du Mexique. La coexistence des colons blancs, des indiens autochtones, des africains noirs et des asiatiques, et celle des métisses s&#8217;accompagne d&#8217;affrontements armés et parfois de guerres civiles.</p>
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<p>En Asie, les zones de guérillas persistantes des Philippines, de Ceylan ou de la Birmanie masquent également des conflits ethniques.</p>
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<p><strong>En Afrique</strong>, <strong>la diversité voire hétérogénéité ethnique </strong>a un sens particulier, elle se rapporte en fait à la <strong>persistance</strong> dans cette région où le peuplement rural était prédominant <strong>d&#8217;un ensemble de réseaux de proximité</strong> : la famille élargie, le village, le lignage, le clan ou la tribu ; ces groupes partagent des valeurs culturelles, des dialectes, des croyances et des modes de vie proches. Au Rwanda, les Tutsi et Hutu sont à 80 % chrétiens, ils parlent la même langue et ne sont pas de « race » différente, au Cameroun les Bamiléké ne sont pas les représentants d&#8217;une race différente du reste des Camerounais. Comme ailleurs, il existe des noirs, des blancs, des jaunes et des métisses, des autochtones et des descendants d&#8217;immigrants, ils peuvent appartenir à des religions différentes et ne pas parler la même langue. Cette diversité ne suffit pas à expliquer le renforcement des conflits interethniques. Les conflits essentiellement politiques et parfois idéologiques ont été attisés par les métropoles européennes dans le passé et surtout par la « re-tribalisation » observée au cours des dernières décennies. J.F. Trani <strong>(15)</strong> souligne que « tribalisme » n&#8217;explique pas tous les conflits, mais le clientélisme des responsables au profit de leur clan, instrumentalise les conflits et les oppositions pour leur donner une explication ethnique. En effet, les dirigeants, régulièrement élus ou non, ont systématiquement favorisé leur région, leur lignée et leurs clans au détriment de ceux qui régnaient auparavant. Les opposants se regroupent alors autour de leur propre clan.</p>
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<p>          2. En second lieu, la diversité des appartenances claniques peut <strong>briser l&#8217;unité nationale</strong> qui est d&#8217;origine très récente, sans parvenir à regrouper les forces d&#8217;opposition qui restent fragmentées et prêtes à s&#8217;affronter. Une comparaison vient à l&#8217;esprit : l&#8217;évolution de l&#8217;Empire des Indes et celle de l&#8217;Afrique depuis un siècle. Hier comme aujourd&#8217;hui, ces régions regroupent une multitude de peuples, de religions, de langues et de cultures différentes. Les langues des colonisateurs se sont imposées aux élites et la masse de la population continue de pratiquer leur dialecte et de préserver leurs coutumes. Cependant la diversité ne doit pas faire illusion : dans les deux cas, on évalue à près de 2000 les ethnies et les langues parlées <strong>(16)</strong>, mais les langues dominantes finissent par s&#8217;imposer et la plupart des patois finiront par disparaître comme cela s&#8217;est produit en Europe. Le décalage entre l&#8217;Afrique et l&#8217;Inde est devenu considérable : l&#8217;Inde s&#8217;est adaptée à la démocratie et à la tolérance : les castes n&#8217;ont pas disparu, les affrontements religieux sont endémiques, mais le spectre de la guerre civile se dissipe. L&#8217;Afrique ne s&#8217;est adaptée ni à la démocratie ni à la tolérance, elle n&#8217;a pas encore trouvé son Mahatma Gandhi !</p>
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<p>          Les pays les plus peuplés de la région sont en proie aux guerres interethniques, notamment le Nigeria, le Soudan et le Congo. Miraculeusement, l&#8217;Afrique du Sud où la diversité ethnique est considérable a échappé jusqu&#8217;à présent à la guerre civile et aux massacres de populations. Dans les régions sahéliennes et en Afrique orientale, la progression de l&#8217;Islam et sa radicalisation ont introduit un nouveau vecteur d&#8217;affrontement, dont le Soudan et l&#8217;Éthiopie sont le théâtre d&#8217;opérations. L&#8217;Afrique occidentale n&#8217;y échappe pas et les réseaux terroristes du Djihad commencent à s&#8217;implanter dans le Sahel dans des camps d&#8217;entraînement destinés aux candidats kamikazes de la diaspora musulmane de l&#8217;Europe.</p>
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<p><strong>L&#8217;insécurité quotidienne</strong></p>
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<p>          <strong>Les affrontements armés de la guerre civile</strong> se prolongent souvent pendant très longtemps, par exemple en Angola. Ils sont alors la cause principale de la mort violente et opposent l&#8217;armée, les forces de l&#8217;ordre et les milices ou mercenaires aux groupes révolutionnaires. Les pertes dans les combats frappent un nombre croissant d&#8217;enfants-soldats, auxiliaires des insurgés ou de l&#8217;armée. Les victimes civiles sont les plus nombreuses, le plus souvent des agriculteurs ou éleveurs : enfants, adultes ou vieillards. Tant que la guérilla occupe des régions périphériques où les services publics ont disparu, il est très difficile d&#8217;apprécier l&#8217;ampleur de ces pertes. Quand, l&#8217;affrontement devient interethnique comme au Rwanda, les massacres de population font l&#8217;objet d&#8217;estimations présentant des écarts considérables. En revanche, si la guerre civile est durablement enracinée, le plus souvent elle s&#8217;étend aux villes. Les fronts révolutionnaires s&#8217;implantent dans les bidonvilles est poursuivent leur action par des attentats et des actions de commando et de guérilla urbaine. Le précédent qui vient à l&#8217;esprit est celui de la Colombie, où depuis 60 ans persiste l&#8217;affrontement permanent entre les gouvernements et les groupes révolutionnaires.</p>
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<p>          Certes il faut associer trois ingrédients : la diffusion des idéologies révolutionnaires marxistes-léninistes (sentier lumineux, néo-castrisme) ; la culture de l&#8217;arbre à coca, celle du pavot ou de la marijuana ; et la dépendance à l&#8217;égard de la drogue des enfants et jeunes adultes. Cette troisième composante n&#8217;implique aucunement un pouvoir d&#8217;achat élevé, car l&#8217;enfant des bidonvilles peut se droguer pour quelques dollars à Hanoï, Recife, Lima ou Lagos. Jusqu&#8217;à présent en dehors du Rif marocain, zone de culture de la marijuana, l&#8217;Afrique sub-saharienne est restée une zone de trafic acheminant l&#8217;héroïne du triangle d&#8217;or vers l&#8217;Europe, et non une zone de production et de localisation des laboratoires de raffinage des produits stupéfiants. Ce risque ne doit pas être minimisé en Afrique. Alors la violence deviendrait inséparable de la guerre civile perpétuée.</p>
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<p>          <strong>La criminalité et la violence sont omniprésentes en Afrique noire même quand il n&#8217;existe pas de guerre</strong> ou de conflits internes majeurs. Au début des années 1980 Jean Claude Chesnay avait écrit une histoire de la violence <strong>(17)</strong> et surpris ses lecteurs français en leur rappelant qu&#8217;au Moyen Âge la vie quotidienne était aussi dangereuse dans nos villes et nos campagnes qu&#8217;en Afrique aujourd&#8217;hui, que les guerres et affrontements armés exposaient les adultes, les vieillards et enfants aux massacres et à l&#8217;arbitraire. Même au siècle de l&#8217;industrialisation, la violence était omniprésente : violence collective des guerres, révolutions et périodes de terreur, violence privée à l&#8217;origine des meurtres, viols, vols&#8230; Bref la violence inhérente aux sociétés traditionnelles ne peut se résorber qu&#8217;au fil des siècles quand la tolérance pénètre le système de valeurs, mais la résurgence de la violence dans les sociétés démocratiques illustre le caractère aléatoire de ces progrès.</p>
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<p>          Il est toujours difficile de déterminer <strong>les causes de la violence et de la criminalité</strong> et les déterminants que nous tentons d&#8217;identifier en Occident sont rarement pertinents. Ainsi, pour interpréter la montée de la criminalité et la multiplication des zones d&#8217;insécurité dans les banlieues françaises, on incrimine souvent la misère et le chômage, ce qui est peu convaincant. En effet, en France il n&#8217;y a pas de corrélation évidente de la criminalité avec le chômage ouvert, ni avec la misère, mais plutôt avec l&#8217;abandon de la scolarité, la toxicomanie et l&#8217;effondrement des services publics. A contrario, à Abidjan, Kinshasa ou Durban, la pauvreté, les taudis et l&#8217;absence de travail sont la norme et multiplient les incitations à la délinquance. L&#8217;explosion de la délinquance et de la criminalité est toujours associée à <strong>l&#8217;extension des zones de non-droit</strong> en France, au Brésil ou en Côte d&#8217;Ivoire. Quand tout le territoire devient zone de non-droit et d&#8217;insécurité, le dernier recours de la population est l&#8217;autodéfense, ce qui entraîne la prolifération des armes.</p>
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<p>          <strong>La criminalité a augmenté au cours de la dernière décennie</strong> beaucoup plus vite que la progression du chômage et de la pauvreté. L&#8217;invasion des « beaux quartiers » par le « prolétariat » des bidonvilles est rare en Afrique, elle survient surtout en cas d&#8217;insurrection. La violence est souvent confinée aux quartiers chauds, lieux de prostitution et de trafic de stupéfiants. Les bidonvilles ne sont pas pathogènes dans toute agglomération : la vie est plus « dangereuse » à Bangui ou Soweto qu&#8217;à Ouagadougou ou Libreville&#8230; La fréquence des vols et des viols est aujourd&#8217;hui plus élevée que dans les autres régions du tiers monde. Malheureusement, les États africains ne publient guère de statistiques sur la criminalité, à la différence de pays tels que le Brésil ou le Mexique, ou bien sûr de Singapour, qui fait de la lutte contre la criminalité une priorité absolue. L&#8217;insécurité de la vie quotidienne dans les déplacements sur les routes et les voies publiques, sur les lieux de travail ou le chemin de l&#8217;école et la fréquence des agressions au domicile incitent la population à s&#8217;armer. Dans les zones rurales, le risque de meurtre et de spoliation de ses biens est renforcé par la prolifération des bandes armées et par les exactions des militaires et insurgés, responsables des massacres, exécutions sommaires et viols.</p>
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<p>          En zone urbaine, les explosions de violences accompagnent la formation de <strong>bandes armées de jeunes délinquants</strong>, se livrant aux viols, aux cambriolages et pillages. La corruption généralisée nourrit la délinquance : l&#8217;arbitraire de la police et de la justice dissuade d&#8217;obéir à la loi, les fonctionnaires et les délinquants s&#8217;approprient les biens privés et les biens publics. La contrebande intense des armements a pour effet d&#8217;approvisionner en armes de combat les « mafias », les seigneurs de guerre et les bandes de jeunes, ce qui explique que les villes africaines aient des taux d&#8217;homicide particulièrement élevés. Enfin une dernière explication de l&#8217;insécurité de la vie quotidienne en Afrique au sud du Sahara réside dans <strong>l&#8217;augmentation considérable du nombre d&#8217;enfants abandonnés</strong> <strong>ou orphelins</strong>, dont les parents sont morts du sida ou victimes des bandes armées. Ces enfants ne sont pas scolarisés : dans les grandes villes ils vivent dans la rue, livrés à la tentation du vol, de l&#8217;agression, de la drogue et de toutes les activités délictueuses. Au cours des dix dernières années, la scolarité primaire et secondaire qui s&#8217;était considérablement élargie permettait d&#8217;arracher à la délinquance une grande partie de la jeunesse. Aujourd&#8217;hui la scolarisation a reculé, les écoles sont fermées ou surchargées, les élites sont fauchées par l&#8217;épidémie de sida, et ces jeunes sans formation ont bien peu de chances de trouver des emplois sur place et a fortiori à l&#8217;étranger. Bien que la criminalité soit en Afrique, comme dans le reste du monde, essentiellement masculine, les jeunes filles livrées très tôt à la prostitution sont rapidement prises dans les mailles des réseaux maffieux.</p>
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<p>          Il paraît évident que l&#8217;insécurité de la vie quotidienne est une donnée nouvelle qui n&#8217;était pas présente il y a cinquante ans. Peut-elle diminuer, voire disparaître dans un délai raisonnable ? L&#8217;histoire récente montre que cette ambition n&#8217;est pas hors de portée : l&#8217;insécurité s&#8217;est atténuée en Amérique centrale et en Asie du sud, quand la paix civile est revenue et quand les dirigeants ont entrepris des réformes catalysant le développement économique.</p>
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<p><strong>4. LE SIDA ET LA RÉGRESSION SANITAIRE</strong></p>
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<p>          L&#8217;Afrique continue d&#8217;abriter les deux tiers des personnes infectées par le virus du sida (VIH). L&#8217;OMS a réévalué ses présomptions de séroprévalence.</p>
<p>          Au nord, la contamination concerne essentiellement quelques pays du Moyen Orient et le Soudan qui présentent un profil épidémiologique proche de l&#8217;Afrique orientale. Les régions du Maghreb ont une faible prévalence : elles sont fortement urbanisées ; le peuplement à prédominance arabe, la religion musulmane et les civilisations qui s&#8217;y sont succédées leur confèrent une spécificité par rapport à l&#8217;Afrique noire. Enfin, malgré la présence de tensions ethniques ou religieuses, à l&#8217;exception de la guerre civile qui a frappé l&#8217;Algérie depuis deux décennies, le nord du continent a échappé aux guerres interethniques et aux massacres qui déchirent l&#8217;Afrique au sud du Sahara. Leur réseau sanitaire est plus dense et qualifié que dans les régions du sud, le niveau de vie et d&#8217;éducation est plus avancé. Or <strong>les taux de prévalence de l&#8217;infection à VIH qui varient en Afrique du Nord entre 0.1 et 0.2 % de la population sont restreints par rapport à la moyenne de l&#8217;autre Afrique, où 20 à 30 % des adultes sont contaminés</strong>. La divergence est similaire pour la progression de la population qui diminue depuis dix ans pour le nord du continent : le nombre moyen d&#8217;enfants par femme féconde y est de 2 à 3 (sauf en Libye), au sud du Sahara il est encore de 4 à 6 !</p>
<p>          Au sud, l&#8217;Afrique sub-saharienne reste la zone géographique la plus affectée par l&#8217;épidémie de sida : comme la transmission du virus est essentiellement hétérosexuelle, la moitié des victimes sont des femmes et la transmission mère-enfant, devenue résiduelle dans l&#8217;Occident, reste très lourde.</p>
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<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-1640" title="les-catastrophes-africaines5" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2008/11/les-catastrophes-africaines5.jpg" alt="Source" width="490" height="382" /></p>
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<p>Source : Onusida, <em>Le point sur l&#8217;épidémie de SIDA</em>, 2004.<br />
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<p>SÉROPOSITIFS</p>
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<p>          En Europe ou en Amérique le coût de l&#8217;épidémie est dominé par le coût médical. Dans l&#8217;Afrique sub-saharienne, où les dépenses de santé par habitant sont de quelques dizaines de dollars, la fourniture à tous les patients de soins similaires à ceux de l&#8217;Occident absorberait rapidement toutes les ressources affectées à la santé. Les répercussions de l&#8217;épidémie de sida sont considérables du fait que la surmortalité brise la transition sanitaire observée entre 1960 et 1980, et dans beaucoup de pays on a retrouvé les régimes de très hautes mortalités d&#8217;avant-guerre.</p>
<p>          L&#8217;Afrique sahélienne francophone juxtapose d&#8217;immenses territoires à faible population et à faible prévalence du virus (VIH) à l&#8217;Ouest (Sénégal, Mauritanie), puis des pays très pauvres comme le Niger ou le Mali et le Tchad à forte prévalence. En revanche l&#8217;Afrique orientale anglophone rassemble des territoires aux dimensions démographiques inégales, dont plusieurs pays très peuplés, tels que le Soudan et l&#8217;Éthiopie. Ils se sont révélés plus vulnérables. Les régions limitrophes des Grands Lacs et de l&#8217;Afrique du Sud ont des taux de prévalence très élevés. Enfin vient <strong>le coeur de l&#8217;épidémie africaine, la région des Grands Lacs</strong> où se concentraient la plupart des cas au début de l&#8217;épidémie : l&#8217;Ouganda, le Rwanda, le Botswana et sur la côte de l&#8217;océan indien le Kenya, la Zambie et la Tanzanie ou sur la côte atlantique le Congo Zaïre. Le pic épidémique se manifeste un peu plus tard dans la mosaïque des petits pays du golfe de Guinée, anciennes colonies françaises, anglaises ou portugaises et espagnoles : en Côte d&#8217;Ivoire et au Cameroun près de 10% des adultes sont aujourd&#8217;hui infectés. Il faut toutefois mesurer la disproportion des masses démographiques : Le Nigeria et ses 140 millions d&#8217;habitants, où près de 4 millions d&#8217;individus sont infectés, est beaucoup plus peuplé que l&#8217;ensemble de l&#8217;Afrique francophone, le Congo-Zaïre avec ses 57 millions d&#8217;habitants représente la moitié du peuplement de la zone Centre-Est. Dans ces deux pays, aux informations statistiques peu fiables, la prévalence est estimée entre 5 et 10 %. Le nombre des victimes de l&#8217;épidémie y est singulièrement plus élevé que dans le petit Lesotho, Botswana ou Zwaziland.</p>
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<p><span style="text-decoration: underline;">Le risque des prochaines décennies sera l&#8217;infection généralisée </span><span style="text-decoration: underline;">d</span><span style="text-decoration: underline;">e l&#8217;Afrique australe.<br />
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<p>          L&#8217;Afrique australe au cours des années 1980 semblait connaître une faible prévalence, il est vrai que la guerre en Angola et au Mozambique, la faible couverture statistique et épidémiologique des noirs en Rhodésie et en Afrique du Sud ne permettaient guère de déceler l&#8217;émergence de l&#8217;épidémie. Progressivement l&#8217;OMS devait prendre la mesure d&#8217;une progression très rapide de la contamination. Au début des années 1990 avant la fin de l&#8217;apartheid la région la plus avancée était l&#8217;Afrique du Sud, en raison de ses richesses minières et agricoles et surtout de son industrialisation, mais également ses indicateurs sanitaires étaient beaucoup plus favorables qu&#8217;en Afrique centrale. Cependant quelle confiance pouvait-on accorder à ces informations qui éclairaient les caractéristiques de la population blanche, mais oblitéraient et en fait ignoraient les risques sanitaires de la population noire ? Quinze ans plus tard, il est devenu clair que cette région a perdu son attrait en raison de son insécurité et de sa paupérisation. Alors que le Zimbabwe a connu l&#8217;exode de 3 millions de personnes, colons blancs expropriés et travailleurs migrants des États voisins, en Afrique du Sud une partie de la population européenne s&#8217;est exilée, les travailleurs migrants des pays voisins se sont en partie repliés sur leur pays d&#8217;origine, les capitaux étrangers se sont également repliés et le chômage s&#8217;est amplifié.</p>
<p>          Le cas sud-africain est une illustration exemplaire de la progression brutale d&#8217;une épidémie infectieuse. Et pourtant, il faut s&#8217;interroger : <strong>le sida est-il le principal responsable de la catastrophe africaine ?</strong></p>
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<p><strong>Première interrogation : le chaos politique</strong>.</p>
<p>          L&#8217;explosion des conflits interethniques, l&#8217;insécurité de la vie quotidienne, la vague de criminalité des grandes villes africaines et surtout les affrontements armés ne sont-ils pas souvent responsables de plus de victimes que l&#8217;épidémie de sida ? Les massacres du Rwanda, les conflits armés du Sierra Leone, du Liberia ou du Congo Zaïre, ceux du Soudan (Darfour) et de l&#8217;Éthiopie, plus récemment de la Côte d&#8217;Ivoire ont entraîné la mort ou l&#8217;invalidité de centaines de milliers d&#8217;hommes, de femmes, d&#8217;enfants et de vieillards. Les estimations de population ou les recensements ne permettent pas de les chiffrer, ces pertes sont souvent imputées au sida.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Deuxième interrogation : le chaos économique</strong>.</p>
<p>          Jusqu&#8217;aux années 1980, l&#8217;Afrique sub-saharienne progressait plus lentement que les autres régions, mais il existait des régions prospères, le plus souvent pourvues de rentes pétrolières ou minières, mais également en voie d&#8217;industrialisation comme l&#8217;Afrique du Sud. À partir des années 1980 le développement économique est en panne. Alors que la pauvreté absolue dans le monde a été réduite de moitié depuis 1981, François Bourguignon en présentant le rapport de la Banque Mondiale pour 2004 <strong>(18)</strong>, souligne le fait que la pauvreté s&#8217;est accrue essentiellement en Afrique subsaharienne : « depuis 1981 le PIB par habitant y a diminué de 15 %, si rien n&#8217;est fait <strong>la pauvreté, ancien « drame asiatique », sera presque exclusivement un drame africain dans 20 à 25 ans ».</strong></p>
<p>          Certes la prévalence du sida contribue à ces forces centrifuges, mais les échecs économiques sont surtout la conséquence de mauvaises politiques économiques et financières : le dirigisme, puis un libéralisme tardif dévoyé par la corruption, ont nourri les déficits et l&#8217;affairisme. Quelques pays parmi les plus durement frappés par l&#8217;épidémie de sida ont cependant connu une rapide expansion, tels que le Rwanda, le Botswana, l&#8217;Angola, le Mozambique ou l&#8217;Ouganda, d&#8217;autres se sont enfoncés dans la régression, tels que l&#8217;Afrique du Sud, le Zimbabwe, la Côte d&#8217;Ivoire, le Nigeria ou le Zaïre.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Troisième interrogation : la régression sanitaire</strong>.</p>
<p>          C&#8217;est la question essentielle. La baisse de la mortalité et de la fécondité et l&#8217;augmentation de l&#8217;espérance de vie à la naissance étaient amorcées il y a 20 ans : l&#8217;OMS et l&#8217;ONU prévoyaient une amélioration lente mais continue des indicateurs sanitaires. Or au tournant des années 1970 les pays africains ont étatisé leurs systèmes de santé et privilégié les « centres de soins primaires ». Par voie de conséquence les réseaux de surveillance et de prévention des maladies ont été délaissés, en particulier les centres hospitaliers. L&#8217;explosion des maladies infectieuses et transmissibles s&#8217;est propagée dans les zones équatoriales et intertropicales. <strong>En 1950 la plupart des cas de malaria étaient localisés en Asie du Sud, aujourd&#8217;hui en Afrique</strong> ; la prévalence de la tuberculose est également un multiple des autres régions.</p>
<p>          Enfin les programmes d&#8217;éradication des maladies infectieuses infantiles, en particulier la rougeole étaient en voie de réussir, aujourd&#8217;hui ils sont hors de portée. Bref, si le sida tue aujourd&#8217;hui près de 3 millions d&#8217;Africains, soit 3 % de la mortalité annuelle, il ne faut pas oublier que la rougeole, la malaria, la bilharziose et la tuberculose sont responsables de la plupart des décès. Ce bilan des maladies est alourdi par la charge disproportionnée des traumatismes et morts violentes (20 % des décès).</p>
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<p><span style="text-decoration: underline;">Le choc démographique</span></p>
<p> </p>
<p>          Pour la plupart des observateurs, le coût de l&#8217;épidémie de sida est démographique : c&#8217;est là que se rassemblent les répercussions économiques négatives. La perte de croissance économique potentielle de l&#8217;Afrique n&#8217;est pas la conséquence des ressources prélevées pour prendre en charge et soigner les victimes du sida, mais celle de la diminution de la population active, donc de leur capacité de travailler, d&#8217;épargner et de consommer. L&#8217;argument apparaît incontestable et cependant il ne convainc pas de nombreux observateurs.</p>
<p><strong>1. Les épidémies sont-elles susceptibles de briser</strong> l&#8217;avenir et <strong>le développement</strong> d&#8217;une région ? Oui répondront les historiens en songeant à la grande peste de 1347 ou au transfert des fléaux du moyen âge (variole) lors de la conquête des Amériques. Pour l&#8217;Europe ou le Mexique, une déflation démographique aussi brutale exigea un à deux siècles pour rétablir le peuplement initial. En 1918 l&#8217;épidémie de grippe espagnole fit deux fois plus de morts que la Grande Guerre, mais elle n&#8217;a pas empêché de qualifier les années 1920 de prospérité.</p>
<p>          Plus près de nous vient l&#8217;épidémie de sida. Elizabeth Brainerd et Mark Siegel <strong>(19)</strong> ont tenté de comparer les conséquences de la grippe espagnole de 1918 (40 millions de morts en quelques mois) et celles de l&#8217;épidémie de sida. Ils estiment que <strong>l&#8217;effet négatif des épidémies sur les taux de croissance économique n&#8217;est pas démontré </strong>; il est au plus marginal de l&#8217;ordre de 1 point de taux de croissance. Les pays les plus durement frappés ayant la plus forte surmortalité sont ceux qui récupèrent le plus vite, du fait que la pression de la population sur les ressources s&#8217;atténua, ce qui permit d&#8217;accroître la productivité du travail. Paradoxe. D&#8217;ailleurs on observe en Afrique quelques exemples de récupération. L&#8217;Angola et le Mozambique ont aujourd&#8217;hui une croissance économique rapide, qui succède à trois décennies de régression : ils se relèvent à la fois de guerres civiles épouvantables et d&#8217;une épidémie non maîtrisée.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>2. Le rétrécissement de la pyramide des âges</strong> constitue pour les démographes le coût véritable du sida, parce qu&#8217;il déséquilibre les générations. On connaît l&#8217;exemple déconcertant du Botswana : les actuaires ont estimé qu&#8217;en 2040 la population globale aurait massivement décliné, frappant les adultes et les enfants. En Afrique du Sud, les modélisateurs présentent aujourd&#8217;hui des projections similaires pour construire la pyramide des âges de l&#8217;avenir : la pyramide des âges prendra alors une forme de tuyau ou de cheminée. Le ratio de dépendance se modifiera : les enfants de moins de 15 ans ne représenteront plus que 30 à 40 % de la population, mais les adultes seront très peu nombreux. La charge d&#8217;inactifs deviendra écrasante, car <strong>les hommes et les femmes de 40 à 60 ans seront dix fois moins nombreux</strong>. Ce changement se répercutera sur les charges collectives, il y aura moins d&#8217;enfants à scolariser et soigner, mais il faudra des ressources considérables pour prendre en charge les survivants.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Projection de la composition par âges du Botswana et de l&#8217;Afrique du Sud</strong></p>
<p><strong></strong><img class="alignnone size-full wp-image-1641" title="les-catastrophes-africaines6gif" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2008/11/les-catastrophes-africaines6gif.jpg" alt="Projection de la composition par âges du Botswana et de l’Afrique du Sud1" width="350" height="283" /></p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1642" title="les-catastrophes-africaines7" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2008/11/les-catastrophes-africaines7.jpg" alt="Projection de la composition par âges du Botswana et de l’Afrique du Sud2" width="458" height="261" /></p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1643" title="les-catastrophes-africaines8" src="http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2008/11/les-catastrophes-africaines8.jpg" alt="Projection de la composition par âges du Botswana et de l’Afrique du Sud4" width="273" height="244" /></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>AFRIQUE DU SUD -  PERSPECTIVES DE PEUPLEMENT</p>
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<p>          On peut remarquer que ces pyramides des âges ne sont pas en forme de cheminée mais de toupie, elles finissent par ressembler aux projections faites pour le Japon, l&#8217;Espagne ou l&#8217;Italie, pays à très faible fécondité. Est-ce à dire que l&#8217;Afrique sera écrasée par la charge du vieillissement ? À l&#8217;INED, Gilles Pison <strong>(20)</strong> estime que le vieillissement prématuré de la population n&#8217;est pas certain, car la mort prématurée des adultes diminue le potentiel en personnes âgées pour l&#8217;avenir. <strong>La population africaine restera caractérisée par la prédominance des enfants. </strong></p>
<p>          Il faut cependant revenir au point de départ, le manque de vraisemblance des informations statistiques en Afrique. Jacques Dupâquier, le premier démographe à nous avertir de la remontée de la mortalité dans le monde, estime que les chiffres africains sont pour la plupart fantaisistes. Il n&#8217;y a pas d&#8217;état-civil fiable, les cas d&#8217;infection à VIH et de sida notifiés sont extrapolés en partant de quelques enquêtes, dans les régions où la sécurité le permet.</p>
<p>          La population risque-t-elle de diminuer, le régime de mortalité de s&#8217;élever et la fécondité de s&#8217;effondrer ? La population commence à diminuer dans quelques nations de la région des Grands Lacs où le sida est devenu la première cause de mortalité, mais globalement la population africaine continue de progresser de 2 à 3% par an. Les taux de mortalité ont souvent retrouvé des niveaux très élevés de 25 à 30 °/°°. L&#8217;indice synthétique de fécondité reste cependant dans l&#8217;ensemble de la région de 5 à 6 enfants par femme féconde, le taux de natalité de 40 à 50 °/°°. L&#8217;ONU révise tous les quatre ans ses projections de population pour l&#8217;Afrique, d&#8217;abord elles furent révisées à la baisse ayant sous-estimé la surmortalité du sida, puis elles ont été réajustées à la hausse.</p>
<p>          Selon Jacques Dupâquier, les prévisions des experts sont à peu près valables pour 2015 en raison de l&#8217;inertie démographique, et plus incertaines pour 2050. <strong>La population</strong> devrait augmenter de 70 % dans les 20 prochaines années ; elle<strong> risque de doubler d&#8217;ici 2050 (21), puis elle dépassera la Chine et l&#8217;Inde</strong>. Le nombre actuel des décès en Afrique subsaharienne (taux de mortalité de 15°/°°) est aujourd&#8217;hui de l&#8217;ordre de 138 millions, dont 3 millions pour le sida. Un rapport de l&#8217;OIT <strong>(22)</strong> estime que, d&#8217;ici 2015, 74 millions d&#8217;Africains pourraient décéder du sida et 48 millions de travailleurs disparaîtraient, soit 12 % de la main d&#8217;œuvre féminine et 6 % de la main d&#8217;œuvre masculine. Cependant la charge annuelle de surmortalité se répartira en fin de période (2050) sur 700 millions d&#8217;habitants supplémentaires, donc le choc démographique sera décroissant.</p>
<p>          Deux tendances contradictoires marquent la fécondité qui est la plus élevée de la planète : une diminution du nombre d&#8217;enfants désirés pour leur éviter le sort des sidéens ou l&#8217;augmentation de la descendance finale pour remplacer les enfants qui sont morts. Par ailleurs, on a toujours observé à la fin des guerres et des épidémies un regain de fécondité. Avec une très forte mortalité et fécondité, la croissance rapide de la population se poursuit. Certains experts estiment que seule la contamination de 40 à 50 % de la population pendant une longue durée incitera les familles à réduire fortement leur fécondité !</p>
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<p>3. L&#8217;impact démographique le plus marquant a été <strong>la diminution brutale de l&#8217;espérance de vie</strong>. Aujourd&#8217;hui l&#8217;espérance de vie moyenne est encore de 50 ans, <strong>mais dans l&#8217;Afrique des Grands lacs, l&#8217;Afrique australe et l&#8217;Afrique de l&#8217;Est elle est de 35 à 40 ans</strong>. En 10 ans un grand nombre de pays ont perdu 10 à 20 ans d&#8217;espérance de vie. Au Zimbabwe l&#8217;espérance de vie à la naissance était estimée à 52 ans en 1990, en 2003 elle ne serait plus que de 34 ans. En Afrique du Sud, elle a été ramenée à 53 ans, au Mozambique à 33 ans&#8230; Dans les 9 pays les plus touchés par l&#8217;épidémie, où 25 à 40 % des adultes sont infectés, l&#8217;espérance de vie est aujourd&#8217;hui inférieure à 40 ans.</p>
<p>          Les experts de la Banque mondiale et de l&#8217;OMS ont souvent évalué les perspectives de l&#8217;avenir en confrontant les tendances de l&#8217;espérance de vie avec et sans impact du sida, par exemple au Rwanda et au Lesotho, pays à plus forte prévalence. Les premières simulations se sont malheureusement vérifiées : dans une très courte période, tous les progrès réalisés par les générations précédentes ont été effacés et ces pays ont retrouvé la courte espérance de vie qui était la leur en 1950 ou 1960. Pour les 29 pays les plus touchés par l&#8217;épidémie, l&#8217;espérance de vie moyenne aurait augmenté de 10 ans sans le sida pour atteindre 60 ans en 2010-2015, avec le sida elle diminuerait de 10 ans ! Quand on sait que la formation des élites demande aujourd&#8217;hui 20 à 30 ans, les cadres formés n&#8217;ont malheureusement que quelques années à vivre.</p>
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<p><span style="text-decoration: underline;">L&#8217;impact social : l&#8217;appauvrissement du capital humain</span></p>
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<p>          Le véritable coût économique du sida est incontestablement l&#8217;appauvrissement du capital humain. La dimension la plus délicate à évaluer est la répercussion de la dégradation de l&#8217;état de santé des populations sur la production et la productivité. Les agriculteurs sont les plus nombreux à travailler, leurs ressources d&#8217;autoconsommation s&#8217;effondrent et les récoltes destinées à l&#8217;exportation ne sont plus levées faute de main d&#8217;œuvre. La chute de la productivité du travail dans les grandes plantations est attestée par les enquêtes menées sur place.</p>
<p>          En ce qui concerne l&#8217;éducation, les pays africains lui avaient consacré des ressources considérables, parvenant à scolariser une grande partie des jeunes enfants. Cet effort est largement interrompu, les enfants contaminés et les orphelins du sida quittent l&#8217;école, les professeurs sont décimés par l&#8217;épidémie de sida. <strong>Or les adultes victimes du sida étaient les élites de ces pays. Ils seront remplacés par leurs enfants qui n&#8217;auront pas reçu la même formation. </strong>Les entreprises l&#8217;ont bien compris, car elles perdent leurs techniciens et cadres, aussi elles tentent de donner une formation accélérée aux nouveaux embauchés.</p>
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<p><span style="text-decoration: underline;">La précarité sanitaire de l&#8217;Afrique et la recrudescence des risques infectieux<br />
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<p>          Au seuil de l&#8217;an 2000 les organisations internationales (OMS) saluaient la régression des risques infectieux dans le tiers monde, notamment en Asie et en Amérique Latine. Malheureusement cet espoir est encore bien lointain en Afrique où <strong>la prédominance des maladies infectieuses sape les défenses immunitaires de la population</strong>. Or la probabilité de survie des victimes du sida dépend de la persistance des défenses immunitaires : la multiplicité des maladies sexuellement transmissibles, la prévalence des hépatites, la diffusion des maladies parasitaires tropicales et surtout la recrudescence de la malaria et de la tuberculose sont autant de facteurs de risque. Tant que les maladies infectieuses transmissibles de personne à personne et les maladies transmises par les insectes et les parasites de l&#8217;eau et des ordures seront à la source des trois quarts des décès et des maladies, l&#8217;Afrique restera très éloignée du progrès sanitaire. Ce progrès est un préalable au développement économique : il requiert plus de personnel médical mieux formé, mais d&#8217;abord <strong>un environnement mieux contrôlé et un mode de vie plus hygiénique </strong>- démoustication, traitement de l&#8217;eau, élimination des ordures et des grandes décharges, désinfection des centres de soins, hygiène alimentaire, prophylaxie des rapports sexuels&#8230; Bref les interventions de base des urgentistes et équipes de secours dans les camps de réfugiés ou en présence d&#8217;épidémies indiquent la voie à suivre : restituer à l&#8217;organisation sanitaire sa vocation initiale : hygiène et contrôle des risques infectieux.</p>
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<p><strong>Conclusion : 10 mesures pour sortir l&#8217;Afrique de l&#8217;ornière<br />
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<p><strong>            </strong>Le rôle des pays développés en Afrique n&#8217;est pas de se substituer aux Africains ; nous ne devrions pas nous mêler de leurs affaires intérieures et limiter notre aide aux projets utiles et constructifs.</p>
<p>1. <strong>Multilatéraliser l&#8217;aide économique</strong> à l&#8217;Afrique. Il est souhaitable de transférer toute notre aide bilatérale aux organisations internationales compétentes, notamment à la Banque mondiale. L&#8217;aide économique à l&#8217;Afrique devrait être mesurée et proportionnelle à la rigueur budgétaire et à la continuité des réformes des pays receveurs, et inversement proportionnelle à la place des dépenses militaires, à celle des effectifs de l&#8217;armée et à la prévalence de la corruption.</p>
<p>2. <strong>Supprimer le secrétariat d&#8217;</strong><strong>É</strong><strong>tat à la coopération</strong>, service qui sera transféré au Ministère des affaires étrangères, notamment au département Afrique. Les traités d&#8217;assistance militaire aux pays africains seront caducs : si un rôle de gendarme de l&#8217;Afrique est maintenu, que la responsabilité en soit transférée à l&#8217;Europe.</p>
<p>3. <strong>Réduction et transparence des ventes d&#8217;armement</strong> <strong>et grands contrats africains</strong>. Ces contrats seront soumis aux engagements de transparence pris dans le cadre de l&#8217;OCDE, et toute révélation de commissions occultes perçues par des fonctionnaires ou intermédiaires français ou étrangers ouvrira des procédures judiciaires, incluant la levée du secret-défense.</p>
<p>4. <strong>Immigration contenue et choisie.</strong> L&#8217;exode incontrôlé de la population africaine vers l&#8217;Europe n&#8217;apporte pas de solution au développement économique des deux régions : l&#8217;Afrique y perd ses cadres, l&#8217;Europe ne parvient pas à intégrer les migrants, le seul résultat est d&#8217;activer de part et d&#8217;autre de la Méditerranée la xénophobie et le racisme.</p>
<p>5. <strong>Contrôle de l&#8217;afflux des étudiants africains.</strong> Tous les pays d&#8217;Afrique ont aujourd&#8217;hui des universités et trop d&#8217;étudiants partent à l&#8217;étranger suivre des cours qui existent chez eux. Les étudiants africains admis dans les universités de la métropole devraient être orientés vers des filières professionnelles correspondant aux besoins de leurs pays et non vers des emplois n&#8217;existant qu&#8217;en Europe : avec ou sans diplôme, ils devront s&#8217;engager à revenir au pays, de même que les cadres techniciens (ingénieurs).</p>
<p>6. <strong>Promotion d&#8217;un développement rapide et durable</strong>. En Afrique, une croissance économique de 4 à 5 % par an pendant plusieurs décennies sera nécessaire pour amorcer un décollage. Le préalable reste l&#8217;agriculture, moins pour exporter des produits de dessert que pour donner aux familles une autosuffisance alimentaire.</p>
<p>7. <strong>Rétablir un processus de transition démographique souvent interrompu</strong>. Cet objectif implique la maîtrise de la mortalité et de la fécondité.</p>
<p>8. <strong>Promouvoir une organisation politique stable.</strong> Les responsables français, européens et occidentaux, doivent prendre conscience du caractère inadapté de la démocratie parlementaire dans cette région. Ces pays ont besoin de régimes forts et stables.</p>
<p>9. <strong>Arracher l&#8217;Afrique aux démons de la tribalisation</strong>. La communauté internationale ne doit plus couvrir les conflits interethniques en Afrique, elle a refusé de s&#8217;y associer dans les Balkans.</p>
<p>10. <strong>Porter un coup d&#8217;arrêt à la dégradation du système sanitaire et éducatif</strong>, car le manque d&#8217;instruction et la prévalence des maladies bloquent l&#8217;expansion de l&#8217;économie davantage que la faiblesse du revenu. Bien que l&#8217;assistance internationale soit essentielle, les fléaux épidémiques de l&#8217;Afrique ne se résorberont pas sans un effort soutenu de prévention.</p>

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